‹ Dictionnaire des synonymes de la langue françaiseChapitre 55 sur 444 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

ligne ou une phrase , on Tefface tout entière , il n'en reste rien. Faire des ratures , au contraire , sert à marquer diverses actions partielles , tour à tour interrompues et reprises ; en sorte que si on fait des ratures dans une ligne ou dans une phrase, on n'en fait disparaître que certaines parties ou certains mots. Silvio PeUico , dans sa prison , ne recevait les lettres que sa famille lui adressait qu'après qu'une certaine conmiission y avait fait des ratures avec une encre très-noire. Un jour, le gedlier lui en remit une qui avait été raturée de manière qu'il n'y restait plus que ces mots du commencement : Mon cher Sihio , et ceux-ci de la fin : Nous Vemt>rass(ms tous deeœur. Un ouvrage qui mérite d'être raJturi ne vaut rien , ne contient rien de bon ; un ouvrage où il faut faire des raJtures n'est pas parfait , mais on peut le rendre tel en le corrigeant. — Môme différence entre ré^mander et faire des réprimandes. On réprimande durement, vertement, c'est-à-dire qu'on malmène, qu'on traite en maître , avec empire et quelquefois avec menace. Faire des réprimandes a bien moins d'énergie : on fait des réprimandes comme on fait des représentations, en exprimant un simple blAme. c Quelqu'un fit des réprimandes k Aristote de ce qu'il avait donné TaumOne à un méchant homme. > Fin,

Bnsuite, le verbe a plus de rapport à. la forme, et son explication en a davantage à la matière ; l'un exprime le mode d'action ou d'occupation du sujet, l'autre a trait & la nature de ce qu'il fait ou de ce qui l'occupe. Cela doit être. Le Terbe contient implicitement le substantif, mais sans le laisser apparaître , saillir; au contraire, dans la définition , le substantif est dégagé et mis à nu , et c'est pourquoi il attire particulièrement l'attention sur la nature des choses qu'il signifie. Ne le troublez point, il réfléchit; paintenant qu'il est ruiné , qu'il a conmiis la Ikute , il fait des réflexions. Un observateur de la nature humaine soutiendra que , dans le sommeil , nousr^vons toiiyours, quoique nous n'en gardions pas toujours le souvenir ; après une journée remplie d'agitation , nous faisons des rêves. Dans les écoles de la philosophie scolastique on argumentait: c'était en général l'occupation à laquelle on se livrait ; pour résoudre les questions agitées alors on faisait des arguments : c'est à ce genre de moyen de connaître qu'on avait recours. C'est l'habitude des enfants de questionner les personnes avec lesquelles ils se trouvent; voulez- vous qu'ils vous révèlent ce qu'ib savent , faites-lent des questions. Les enfants crient sans cesse et à tout propos ; on fait des cris quand on est violemment afiecté , en présence d'un péril , et qu'on appelle du secours. Le verbe complimenter est tout à fait indépendant de ce qui £ait le sujet des paroles agréables qu'on adresse, c Avoir fait mille visites de devoirs et de couvents, aller, venir, complimenter, s'épuiser, devenir tout aliénée, comme une dîame d'honneur, c'est ce que nous fîmes hier. > SÂv. « Le roi Jacques envoya à Rqme le duc de Berwick pour complimenter le pape sur son élection. * Montbsq. Faire des compliments se rapporte aux choses dites en complimentant, c Ne nous sentir pas plus émus quand on nous

dit des injures que quand on nous fait des pliments. » Fân. Il est d'usage d'aller ou d'envoyer complimenter un grand , mais non pas lui faire des compliments , à l'occasion d'un événement heureux ou malheureux qui lui arrive. Ce qu'il importe d'exprimer en ce cas , c'est le £ait de la démarche et non Ir genre de discours teiiii. à la personne complimentée. Mais on est plus ou moins habile à faire des compliments. « Quoi* que je n'eusse pas fréquenté longtemps la senora Dalfa et sa nièce , j'avais si bien profité de leurs entretiens, que je savais déjà faire des compltments. » Les. ^

Il arrive quelquefois aux dictionnaires, dans leur explication du verbe, de ne pas mettre au pluriel et de ne pas faire précéder de l'article* le nom de la chose qu'on fait. Exemple : chaisir^ faire choix. Alors la différence du verbe et de sa définition semble se réduire à celle que constitue l'opposition de la forme et de la matière. Ainsi, choisir est formel, subjectif, significatif du genre d'action en lui-même, et indépendant de l'objet vers lequel porte cette action : c'est 4 vous de choisir. Faire choti, au contraire, est matériel et exige qu'on indique l'objet précis et particulier du choix : faire choix de quelqu'un ou de quelque chose. C'est ce que Girard veut dire , mais ce qu'il exprime peu nettement dans le passage qui suit : « Le mot de choisir marque plus particulièrement la comparaison qu'on fait de tout ce qui se présente , pour connaître ce qui vaut le mieux, et le prendre. Le mot de faire choiss marque plus précisément la simple distinction qu'on fait d'un sujet préférablement aux autres. Les princes ne choisissent pas tom'ours leurs ministres ; on n'a pas fait choix en tout temps d'un Colbert pour les finances, ni d'un Louvois pour la guerre. 9 — Hais dans cowriiser , faire la cour , la seule difllér^ice qu'on puisse saisir est la pre-

4 . Ni eomjUimenter nijaire des compUmaUt ne prouvent qu'on s'intéresse réellement i ce qui touche la personne complimentée. Car complimenter douie souvent ridée d'une simple forme, d'une simple démarche, qui marque seulement qu'on fklt attention anx personnes , qu'on ne les oublie pas ; ei faire des compliments annonee presque toujours, woome/eùre des amitiés, qu'on se borne i des démonstrations. C'est d'ordinaire pure cérémonie, d'une part, et pure politesse , de l'autre, ce Après la mort d'Elisabeth d'Angleterre, Jacques étam monté sur le trône, le prétexte de le complimenter sur son avènement fournissait une occasion de sonder son oaractère. » Goir». c En Italie \efais des compliments à tout le monde ; en Allemagne Je bois avee tout le monde. > MonvaQ. ^- Quand il s'agit d'exprimer qu'on prend véritablement part i ce qui arrive aux autres , il tàni se servir àe/aire compliment, c Faire compliment i quelqu'un sur son prochain mariage. » Jmm, « Votre Mijealé a la bonté de me/aire compliment aur mon âge de 70 ans. » Volt, (an roi de Prusse). < Le bailli , qoi s'était caché dans sa cave pendant le combat, vint faire compliment an vainqueur. » lo. — Quant à faire u^ compliment^ c'est composer, débiter ou lire un discours dans lequel on complimente, une sorte d'éloge. Un enfant fait wa compliment i son père le jour de la fête de oeloi-d. « Dans Inès, tragédie de La Motte , le rftle de l'ambassadeur de Gastille est inutile ; ee personnage ne parait que dma la première ■cène pour^'r» M» ceîiy/MMMl. » hèM.

SYNONYMES QUI ONT LE MÊME RADICAL

tÉkn, celle de Fabsolu au relatif, du général au puticolier, de l'habituel à l'accidentel, du sens ngoureuz au sens aflaibU. On eourtûe continuellement, arec persèyérance; on fait la cour une fois, passagèrement, dans l'occasion. Celui qui fiowlùe est courtisant ou eounkan , c'est pour lui comme an état ou une profession; celui qui fait la aw Mt une seule action de courtisan , sans Vèin, sans en avoir la qualité, sans que ce soit soQ onctère ou son genre de vie.. Les courtisans jl'Bapnnoe le co«rlttent; un voyageur , qui ne fait qse pssser dans le pays, va faire la cour au jnace qu*il désire connaître. Un galant courtise ks dames, il les fréquente sans cesse, et en fait pour ainsi dire métier. « N'avons-nous pas employé nos beaux jours à courtts«f les dames ? » Les. Us jeune homme fait la courk une jeune personne qu'il doit épouser dans peu. Ensuite l'assiduité , k plénitude d'action , marquée par le verbe , fait qu'il se prend d'ordinaire en mauvaise part; c'est k contraire pour faire la cour , par la raison contraire. On oourtûe les grands , afin d'en obtenir des laveurs à force d'obsessions et de flatteries; c'est Que injure pour eux ; et les femmes que l'on coertiie sont supposées des beautés peu sévères , de» eoiirttsafies. Mais ni les grands ni les femmes ne s'offensent et ne peuvent s'offenser qu'on leur famlaeomr.

Une antre chose à remarquer, c'est que le verbe de la définition n'est pas toujours Jaire , mais quelque antre verbe presque aussi com- Bum et non moins usuel, comme mettre^ ovotr, àirt, iontur. D'où, par exemple, les expressions synonymiques, écarter et mettre à l'écart , c'est-àdire dire disparaître de la vue ou de sa vue quelque chose, enoter et awnr etme, c'est-à-dire désira' la possession de ce qu'on n'a pas. Leur diiEèrence revient toiyours à l'une de celles qui ont été ci-dessns indiquées. Ainsi , mettre à V écart atténue le sens à! écarter en l'étendant. viÉcarter , dit l'Encyclopédie, est plus fort que mettre à f écart. On écarte ce dont on veut se débarrasser pour toujours : on met à V écart ce qu'on veut ou qu'on peut reprendre ensuite. Un juge doit ^coiier toute ]»^Tention, et mettre à V écart tout sentimeot j^enonnel. » « Je souhaiterais que la mort ^eorfdf d'ici cette femme pour jamais. » Mol. Et dans l'École des Femmes, Amolphe raconte que de peur des damoiseaux, il a mis Agnès à P écart daqs un couvent. On écarte une question qu'on noonce à traiter; on met à V écart celle qu'on se réserre pour une autre fois. Suivant Voltaire, «on homme qui veut s'instruire est obligé de l'en tenir au fil des grands événements , et d'^carler tons les petits faits «particuliers qui viennent s la traverse. » P'autre part , il écrit au comte d'Argental , à qui il parlait souvent de tragédies , et à qui il comptait bien en parler encore : «Il ne ^agit pas tous les jours de conspirations et d'asassinals. Je mets, pour cette fois, à V écart les Gnci et les Romains, et je ne songe qu'aux dîmes.»

De même, emvier dit plus que a^aoir envie: c'est éprouver un sentiment décidé , une sorte de chagrin à la vue des avantages d'autrui ; acoir enoie , c'est leiilexiftent éprouver un léger désir concernant

quelque chose de petit, de frivole, de peu considérable. «Les subalternes envient l'autorité des supérieurs : les enfants ont envie de tout ce qu'ils voient. On dit, envier le bonheur de quelqu'un, et , avoir envie d'un mets. » Gir.

De môme encore, mentir est plus fort que difê des mensonges j parce qu'il est essentiellement significatif du genre d'action. « L'amour qui loue en nous des perfections que nous n'avons pas , les voit en efiet telles qu'il les représente; il ne ment point en disant des mensonges. » J. J. C'est aussi la différence qui existe entre injurier et dire des injures. Les amants se disent quelquefois des injures sans s*injurier.

Un chien est placé à la porte d'une maison pour chasser les voleurs ; et dans un cas particulier il donne la chasse aux valeurs. Un sanglier ravagetril quelque contrée , les paysans accoutumés à chasser de pareils animaux se rassemblent pour donner la chasse à celui-là. -— On congédie pour toujours , on donne eofi0^ pour un temps. On congédie une armée qu'on licencie, qu'on renvoie sans retour; on donne congé à des écoliers en leur accordant seulement un ou quelques jours de loisir et de repos. D'ailleurs on congédie net, sans formalité, sans ménagement; on doniis congé d'une manière plu$ douce , c'est plutôt une permission qu'un ordre de se retirer. — Enfin, et pour supprimer des détails qui seraient à présent superflus , on distinguerait de la même manière louer et donner des louanges , souffleter et donner des soufflets , assister et donner assistance , satisfaire et donner satisfaction , conseiller et donner conseil, etc.

STNOIITMIB DBS VERBSS aéCIPROQUES BT DB LBUR

DEFINITION coMKBNÇANT PAR se mettre à.

ff attabler, se mettre à table. S'aliter, se mettre au lit. S'agenouiller, se mettre à genoux.

Le verbe apparaît dès l'abord comme une expression recherchée et qu'on emploie bien plus rarement que la phrase explicative. C'est l'indice d'une différence plus profonde. En effet , on se sert de la définition dans tous les cas qui se présentent fréquemment , c'est-à-dire toutes les fois qu'il s'agit d'exprimer que quelqu'un prend , pour un temps et pour des motifs ordinaires , la position marquée par le radical ; au lieu que le verbe ne convient que s'il est besoin de désigner l'action de prendre cette position dans certaines circonstances particulières , pour un temps plus long ou pour des motifs autres qu'à l'ordinaire.

C'est généralement pour manger et boire qu'on se met à table, et l'on y reste pendant un certain temps ordinairement assez court. En pareil cas , on devra toujours dire se mettre à table. Mais lorsqu'on se met à table pour écrire ou pour jouer pendant plus ou moins de temps , on ^attable , et on ^attable aussi quand on se met à table pour prendre un repas , mais qu'on y reste pendant un temps plus long que de coutume. •

On se met au lit pour se coucher, pour se reposer durant quelques heures; on *'aZtl« pour cause de maladie , et d'ordinaire on garde le lit plus d'un jour. « Les pauvres gens ne s'al%tent que

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