PREMIÈRE PARTIE
mari est un homme qui abuse de la nécessité de la loi pour suppléer aux agréments qui lui manquent. » M0BTB8Q.
Si ees mêmes Uenliidu
▲anient dû tuppUer a mes bûbles attnUli. Rac. Son bien supplie au défAOt de son âge. Laf.
Or , ce qu'on si^plée , quand on supplée à une chose j n'étant pas du même genre que ce à quoi on supplée , suppléer à est préférable toutes les fois qu'il s'agit de réparer le manque d'une chose entière en la remplaçant par une autre éqmvalente. Dans des temps de disette on a suppléé au pain par le riz et par les pommes de terre. Au contraire , le supplément , quand on supplée une chose, devant être exactement ce qu'U faut, et du même genre que ce qui manque , suppléer , à l'actif, doit s'employer principalement quand il s'agit d'un manque partiel dans une chose qu'on complète en ajoutant rigoureusement ce qui lui manque et en même nature que ce qui lui manque. Ce sac doit être de mille francs, et ce qu'il y aura de moins, je le sitppléerai, je suppléerai U reste. C'est donc conséquemment à la modification générale imprimée par à aux verbes auxquels il se joint, que suppléer à une chose signifie la remplacer, quand elle manque, par une autre équivalente ; et suppléer une chose , la fournir, quand elle manque,* pour faire un tout complet.
CROIRB quelqu'un ou quelque chose , CROIRE A quelqu'un ou A quelque chose.
Croire à dénote une croyance moins directe , moins ferme , moins pleine , ou plus faible et plus molle. En parlant des personnes, on n'emploie cette locution qu'à l'égard de celles en qui on a une sorte de confiance, aux paroles de qui on ajoute foi avec ^réserve, et en s'en tenant pour ainsi dire encore éloigné : Croire aux astrologues , aux médecins. » Acad. Croire quelqu'un , c'est avoir en ses paroles toute confiance et se conduire en conséquence , suivre ses conseils : < Croire les médecins. » Acad.
De même , croire à quelque chose , c'est y ajouter foi quelque peu , comme de loin , en se tenant comme à distance , et la croire , c'est en être persuadé, l'admettre comme un dogme, comme une chose démontrée , lui donner place en sa créance. Nous croyons à une chose par une simple adhésion ; pour que nous la croyions , il doit y avoir entre elle et nous une sorte d'intimité. « On croit à l'astrologie , à la médecine , au rapport , aux promesses de quelqu'un. » Acad. « Ces reproches n'étaient point fondés; n'eneroyex pas d ses douleurs, elles la trompent. » J. J. Mais on dira: « Ces philosophes croient l'existence de Dieu, et l'immorulité de l'âme. > J. J. « C'est un aveuglement de vivre mal en croyant Dieu. » Pasc. c Impie , tu ne croyais pas la religion. » Fén. « Les chrétiens croient tout ce que l'Église enseigne. Ils croient les mystères , les articles du symbole , la communion des saints. » Acad.
Enfin la différence est la même , quand croire et croire à signifient reconnaître l'existence : « On croit aux revenants , aux esprits , aux miracles. » Acad. On croit Dieu : « Si Dieu se découvrait continuellement aux hommes, il n'y aurait point
de mérite à le erotre. » Pasc. « Wiclef croyait le purgatoire. > Boss.
CHASSER le ou la, CHASSER AD ou À la. On ditic/uisfer le cerf, le sanglier , le chevreuil , le renard , , le lièvre , etc. ; chasser aux perdrix , aux bécasses , aux oiseaux , au lièvre.
Chasser le ou la, signifie poursuivre eflectivement les animaux dont le nom sert au verbe de régime direct ; et chauer ou ou d la, être à la recherche de ces animaux , afin de les poursuivre si , par hasard, on en rencontre. Un chien qm excelle à chasser le lièvre peut ne rien valoir pour chasser au lièvre ; il sera bon coureur et adroit à saisir le gibier, mais il ne saura pas le trouver et le dépister. < Il y a deux espèces de loups-cerviers ; les uns plus grands, qui chassent et attaquent les daims et les cerfs ; les autres plus petits qui ne chassent guère qu'au lièvre. » Boff. L'auteur nous montre le sujet, là, actuellement aux prises avec l'objet, ici, seulement à sa quête. Il y a donc un rapport plus étroit d'un côté que de l'autre , entre le sm'et qui agit et la chose qu'il fait, ou sur laquelle il agft; il en est moins éloigné. Il en est de même , quand on dit travailler une chose , la terre , par exemple , et trawiiller à une chose: la première locution fait voirie second terme du rapport , montre la chose modifiée par le sujet, au lieu que ce même terme disparaît presque dans la seconde locution , pour ne laisser voir que le sujet et son occupation.
On distinguerait semblablement beaucoup d'autres verbes , susceptibles , comme ceux qui précèdent, de prendre et de ne prendre point à devant leur régime. Ainsi , on dit , présider une assemblée , en parlant du fait, et présider à une assemblée, en parlant du droit en général; et c'est à cause de l'extension , donnée à ce verbe par la préposition d , que présider à finit par signifier vaguement, diriger, veiller à : c'est lui qui a présidé à Texécution de l'entreprise. — Par oommasuier les armées, on entend un fait positif, qui se peut constater physiquement , et de là vient qu*on dit aussi d'une citadelle, qu'elle commande la ville; mais commander aux nations n'implique que l'idée d'une autorité plus indéterminée, d'un commandement sans limites précises, et, si on dit que le capitaine commande à ses soldats , c'est , non pas un fait particulier qu'on rapporte , mais un droit général qu'on énonce,-^ Applaudir et souscrire quelque chose , c'est faire effectivement l'action propre , physique , nettement marquée par ces verbes : applaudir et souscrire à quelque chose , c'est , dans un sens étendu , moral , idéalisé , l'approuver , y adhérer , y donner son assentiment. — Le rapport est le même entre atteindre et atteindre à , qu'entre toucher et toucher à : atteindre à indique seulement qu'on est près d'arri. ver à un but, qu'on s'efforce de parvenir jusqu'à lui : on atteint ce dont on va se rendre maître , on atteint à un modèle. — Le verbe penser , dans , voMs pensex nous tromper, présente moins d'incertitude et un objet moins éloigné que ce même verbe suivi d'd, dans, tous penses à nous tromper , car il signifie , là , vous croyez nous tromper , et ici , vous cherchez à nous tromper. — Ne manquer aucun sermon du carême , c'est les en-
SYNONYMES QUI ONT LE M&ME RADICAL
tain étj en quelque sorte, les receroir tous.
if ai arrêté une place pour ne manquer aucun
lennon du carême. » Vin, Ne moa^uer à aucun
«mon du carême , c'est se faire un «devoir ou
remplir le devoir d'assister à tous. «Quand ai-je
muiqÊé à la messe et aux devoirs des chrétiens à
leur psRMsse ? » Pàsg. Manquer une affaire , c'est
la petdre, y échouer ou la laisser échapper;
«en^MT à une affaire , c'est ne pas y travailler
de tout son pouvoir , c'est s'y rendre coupable de
pêgtjgfiice, « Dans ce que j'entreprenais , j'agis*
sab Boins pour ne pas manquer les affaires que
]Knr ne pas manquer aux affaires. » Momtbsq.
snoirriiiB dbs verbes actifs dont le régim a ,
^UVB PAHT , EST , ET , DE l'aUTRB , H'BST PAS PIÊCBDÉ DE LA PRÉPOSITION de.
Approcher quelqu'un, approcher de quelqu'un. Désirer, espérer obtenir ou faire quelque chose ; iétirtr, espérer cT obtenir ou de faire quelque chose. Préférer mourir, préférer de mourir. Hériter une chose , hériter d'une chose. Traiter QDe matière, une question; traiter d'une matière, (fune question. Etc. ,
La préposition de, du latinde, hors de, ou sur, touchant, marque réduction, l'extraction, la séparation, la distinction, ouïe sujet particulier dont on parle , dont on s'occupe , dont il s'agit , et sûQ F51e général , quand elle suit un verbe , c'est d'en restreindre l'action en la spécifiant , en déàgoant déterminément son but , en tirant ce but da milieu des autres, en le dUtinguant, en le mettant à part. Aussi , quand un même verbe peut s'employer tantôt sans , tantôt avec cette prépositi(Mi, il exprime, d'un côté, quelque chose de plus général , de plus ojdinaire et de plus indétenniné , de l'autre quelque chose de plus partieoUer, de plus singulier et de plus précis. On approche quelqu'un , un prince , par exemple , habituellement, et c'est là une expression tout idéale qui marque l'accès et la faveur dont on jouit auprès de lui ; on approche de quelqu'un dans un cas particulier , et cela signifie , au propre ei physiquement, avancer et aller se mettre auprès de lui. On dit bien aussi approcher un homme du commun , mais c'est toujours quand il s'agit d'exprimer l'habitude : il lait le bonheur de tous ceux qui Vapproehenl; ou bien à l'idée d'aller se placer i côté de quelqu'un s'en trouve mêlée une antre qui la rend moins précise et moins nette : ae m'opprocAex pas , vous me saliriez.
Ce caractère' de spécialité , attaché à la partiaile de , la |uit dans toutes ses acceptions et dans tontes les locutions où elle entre. On le trouve , par exemple , dans la phrase il ien faut de beautovp, par rapport à cette autre, U ^en faut Uûtcoup, La première suppose une estimation et ae s'emploie guère que quand il s'agit de nombre et de qualité : il s'en faut de beaucoup que vous lojez aussi âgé que votre frère. «La Russie n'est pu peuplée à proportion de son étendue , il s'en fMt de beaucoup. 3» Volt. La seconde annonce une différence considérable, mais indéterminée n toot approximative : il s'en faut beaucoup que TOQs soyez aussi sage que votre frère. « la Be-
laiion des Indes et de la Chme n'est pas un livre qu'on doive croire sans examen ,ils^fn faut beaucoup.» Volt. — Il en est de même de toutes les phrases où de se trouve placé avant beaucoup : elles particularisent , elles supposent une appréciation plus exacte et ne sont pas propres à mar^ quer une simple exagération. On ne dira donc pas indifféremment d'une personne ou d'une chose, qu'elle est beaucoup , ou de beaucoup meilleure qu'une autre, supérieure ou préférable h une autre , qu'un honmie est beaucoup ou de beaucoup plus savant qu'un antre. On réservera le second tour pour les cas où l'on voudra faire entendre que le degré de prééminence a été mesuré et qu'on pourrait l'indiquer avec quelque rigueur. Girauh Duvivier indique à peu près la même différence et la confirme par de nombreux exemples. — On distingue pareillement il ne fen faut guère et t( ne s'en faut de guère, H ne s^en faut de guère est bon, dit Vaugelas : quand il s'agit d'une quantité comparée avec une autre , comme si l'on mesure deux choses et que l'une ne soit qu'un peu plus grande que l'autre, on dira fort bien qu'elle ne la passe de guère.
Une chose à remarquer relativement aux locutions que nous prenons pour exemples , c'est que celles où entre de sont pour la plupart plus rares que celles où il n'entre pas. C'est déjà une preuve que cette préposition s'emploie seulement dans des cas extraordinaires, singuliers, où il est besoin de particulariser. On désire , on espère obtenir ou faire ce qu'on obtient ou ce qu'on fait facilement, communément, tous les jours; on désire y on espère d'obtenir ou de Aire quelque chose d'extraordinaire , de difficile , qui demande un bonheur ou des efforts particuliers : ici l'étrangeté et la spécialité du tour ont leur raison dans l'étrangeté et la spécialité de la chose désirée ou espérée. On d^ctre et on espère vaguement obtenir ou faire quelque chose; on d^ttre ei on espère fort d'obtenir ou de faire quelque chose. Désirer ou espérer obtenir ou faire est la manière habituelle de s'exprimer , et on ne s'en départ que pour marquer un désir ou un espoir qui sort de l'ordre conmiun , qui suppose des obstacles , que l'on veut mettre en saillie et sur lequel l'esprit doit s'arrêter. On d^stre, on eip^e se promener, voir ou entendre une personne; on désire, on cip^e de réussir, de gagner un procès, de remporter un prix , de plaire à quelqu'un , d'amasser des richesses. «Je crains toujours de perdre oe que je désire si ardeomient de conserver. » J. J.
De produit la même modification de sens dans préférer de mourir, comparé à préférer mourir. On dira préférer mourir toutes les fois qu'à mourir ne se trouveront pas ajoutés des mots accessoires qui le déterminent : Je préfère mourir plutôt que de trahir un ami. Hais , quand le genre de mort sera spécifié de quelque manière , il faudra se servir de préférer dfi : Je préfère de mourir dansles tourments , de la mort des criminels , plutôt que de trahir un ami. Je préfère fnourir se dit absolument , et équivaut à , je préfère la mort ; je préfère de mourir annonce et doit amener oes circonstances parUcuUères. Dans cette^hrase de Buffon : « H préfère de périr avec eux plutôt que