VUI INTRODUCTION
promulguent au nom de l'usage des lois axes et absolues; tandis que la rhétorique indique des moyens dont le succès dépend en grande partie du génie de celui qui parle , du caractère de ceux à qui il parle et de plusieurs circonstances non moins variables au milieu desquelles il parle. Et , pour ne tenir compte que du génie de celui qui parle, on peut dire que l'éloquence el la poésie sont plutôt des talents que des arts , et que jamais la rhétorique n'allume le feu sacré dans l'toie de celui qui ne l'a point reçu du ciel.
Puisque les déterminations de la lexicologie et les règles de la grammaire intéressent tous les membres de la nation et sont indispensablement obligatoires ; puisque, d'autre part, les préceptes de la rhétorique, destmés à quelques-uns seulement, ont une efficacité fort incertaine, ne semble-t-il pas s'ensuivre que les études lexicologiques et grammaticales ont dû être de tout temps plus cultivées que la troisième partie de l'art de bien dire ? Ce serait une erreur de le penser. La granunaire, il est vrai, quoique la théorie et la rédaction en soient abandonnées à des savants modestes et peu estimés , n'a jamais cessé de jouir d'un assez grand crédit : elle est l'objet de nombreux traités, et il n'y en a pas qui soient recherchés par autant de lecteurs. Mais on ne saurait imaginer toute la négligence apportée dans les travaux de la lexicologie et combien peu de prix on attache en général à leur perfectionnement ; comme si la connaissance de la propriété des termes était chose trop facile ou trop indifférente pour mériter qu'on en fasse , ainsi que de la rhétorique , une partie essentielle de l'art de bien parler, et qu'on s'applique à l'acquérir.
Les dictionnaires ont pour t&che principale de définir les mots de telle sorte qu'ils ne soient pris ni à contre-sens par celui qui parle ou écrit, non plus que par l'auditeur ou le lecteur, ni en sens divers par les ulis et par les autres, ce qui occasionnerait inévitablement des méprises et des malentendus. Or, il s'en faut de beaucoup que les définitions qui s*y trouvent répondent à cette idée. A part un très-petit nombre de termes significatifs d'idées simples et claires par ellesmêmes, tous les mots sont susceptibles de définition, parce que tous, exprimant des collections d'idées élémentaires ou des nuances, se peuvent résoudre en termes qui représentent celles-ci d'une manière distincte et détaillée. C'est seulement à l'égard de ces mots complexes que nous prétendons critiquer le travail des dictionnaires; il y aurait de l'injustice à exiger par rapport aux autres une rigueur reconnue impossible.
Que parmi les définitions des dictionnaires il y en ait de fausses , c'est un mal sans doute, mais un mal de peu de conséquence ; car il est présumable qu'elles choqueront à la longue le bon sens des vocabulistes , et qu'ils sauront bien les corriger. Mais on peut reprocher aux dictionnaires un vice tout autrement grave, parce qu'il réside dans la manière même de définir, et que leurs auteurs ne paraissent pas soupçonner combien elle est défectueuse. Us se bornent pour l'ordinaire à traduire un mot par un autre ; ce qui est en même temps ne rien expliquer et faire nattre dans l'esprit du lecteur une erreur manifeste. C'est ne rien expliquer, si le lecteur ne connaît pas le sens du mot par lequel on définit,