‹ Dictionnaire des synonymes de la langue françaiseChapitre 77 sur 444 · POUR et AFIN, AVEC et PAR · texte numérisé non relu

POUR et AFIN, AVEC et PAR

Quand d et de sont synonymes , on peut ai* sèment réduire chacun à son; râle précis et véritable en mettant entre eux l'opposition de la généralité à la spécialité. U en est de même quand d et de se trouvent synonymes , chacun de son côté, des prépositions spécificatives , par, aœc , pour , eto. ; le caractère de la généralité convient aux premières , et aux dernières celui de la spécialité. Mais Uy a plus: les prépositions spécificatives sont-elles elles-mêmes synonymes entre elles , alors leur différence se trouve en* core dans cette même opposition i-l'une des deux prépositions est plus générale , l'autre plus spéciale. De sorte qu'on peut établir d'une manière presque absolue la règle suivante pour la distinction des prépositions à qui il arrive d'exprimer le même rapport , c'est-à-dire d'être synonymes , c'est que l'une d'elles est pour les cas ordinaires , habituels , communs , l'autre pour les cas extraordinaires , particuliers , remarquables. Après tous les détails donnés dans ce chapitre et dans les trois qui précèdent , il suffira d'apporter seulement deux exemples pour confirmer cette théorie.

* POUR et AFIN signifient l'oa et l'autre qu'on fait une chose ou qu'une chose est faite en vue d'une autra.

En ce sens , pour est, par rapport à à , l'expression spéciale, partieulièn, remarquable : trovaiUer à s'instruire , travailler pour s'instruire. Mais il devient à son tour l'expression générale , ordinaire, vague, par rapport à afin : travailler pour sf Instmire , traoaiUler afim. de s'instruire. U

marque une fin, une intention, moins perticulière pour Tindividu ou pour la circonstance. Toutel les femmes se parent pour aller au bal; mais , parmi elles , il y en a quelques-unes qui se parent afin de faire des conquêtes. Vous mangez pour vivre , et dans la maladie vous mangez de préférence de certains aliments afin de rétablir i votre santé.— Et non-seulement pour exprime plus . vaguement^ plus faiblement l'intention , mais en- , core il semble être tout objectif et n'avoir rapport I qu'au résultat qu'on a en vue de produire; il I pourrait être remplacé par, à V effet de; tandis que afin , tout subjectif, annonce expressément le dessein d'arriver à un certain but et se traduirait plutôt par, en vue de. On dit faire ses efforts, ou s'efforcer pour , quand on ne cpnsidère que l'effet qu'on s'efforce de produire, et faire des efforts afin , quand on a surtout égard au dessein , à l'intention , au désir qu'on a d'atteindre un but

Mais plus on fait d'efforts «Jm de le bannir. Plus j'en veux employer à le mieux retenir. Mol. (prgon parlant de Tartufe].

Dans sa démonstration de VEsisienee de Dieu . Fénelon , voulant montrer que tout dans l'univers manifeste un dessein , un plan , une intention , dit de chaque chose , elle est arrangée de telle et telle façon, afin que... On dira au contraire, pour faire telle chose , il faut ^ il est nécessaire , il suffit que... , parce qu'alors on considère surtout la possibilité et la facilité du résultat indépendamment de l'intention où l'on est de produire. Ainsi, afn signifie une intention particulière, ou particulièrement l'intention. Il signifie ime fin particulière, une fin qui n'est pas celle qu'a tout le monde en faisant la chose , une fin à soi , secrète , fine , peu commune , détournée , éloignée , en un mot , qui se distingue des fins ordinaires. «IjO marchand fait des montres pour donner de sa marchandisi ce qu'il y a de pire : il a le cati et les faux jours, afin d'en cacher les défauts et qu'elle paraisse bonne ; il la surfait pour la vendre plus cher qu'elle ne vaut ; il a des marques fausses et mystérieuses , afin qu'on croie n'en donner que son prix. » Labe. « Nous nous étions bâtés de venir attaquer Salente pour nous défaire du plus faible de nos ennemis, afin de retourner ensuite nos armes contre oet ennemi plus puissant. 9 vis.

AVEC et PAR expriment le rapport de l'instrument ou du moyen employé pour parvenir au but proposé , avec l'agent qui emploie cet instrument ou ce moyen.

Mais avec est l'expression spéciale, et partant il désigne un rapport plus étroit, plus immédiat, un instrument précis, réel, physique; par est l'expression générale, ce qui fait qu'il signifie un rapport plus indirect ou plus éloigné , un moyen abstrait, idéal. Blair {Rhétorique, 8* partie , lecture X) , à qui nous empruntons cette distinction , la développe et la justifie de la manière suivante : « On tue un homme avec une épée , il meurt par violence; un criminel est garrotté avec une corde par le bourreau. On trouve , dans un passage de riristotre i]P Ecosse, par Robertson, un exemple sensible de la différence qui existe entre ces deux particules. Un ancien monarque écossais daman* dait à ses loUes, par quel diroit ils pom^diisnt

SYNONYMES QUI ONT LE KËMB RADICAL

faoEi tems ; les noDles se levèrent , et tira&t leurs içées: «Ceat par elles, s'écrièrent-ils, que nous la ATOQs acquises , c'est wcec elles que nous les déreadTons. » Par elles indique que leur épée fat on des moyens par lesquels ils acquirent leurs terres, lorsqu'ils employèrent la force pour s'en lendn les maîtres , et avec elles signifie que leur épèe est l'instrument direct et inunédiat qu'ils sont prêts ï employer pour les défendre.

10" CONTRE. — CONTRE et Ây CONTRE et

SVM, ETC.

i et de sont les seules prépositions dont nout

170B5 longuement déterminé la valeur en les

6«!sidéfant, dans des chapitres distincts, à la ffiite de verbes qui s'emploient aussi sans préposition. Exemples : prétendre, toucher, suppléer, croire quelque chose; prétendre, tousher, suf^léer , croire à quelque chose : désirer, espérer, préférer faire une chose et de faire une chose, hériter une chose et d'une chose, traiter on sujet et d'un sujet. On pourrait faire le môme tnTail sur d'autres prépositions , sur contre , par eiemple : on dit également combattre quelqu'un ou quelque chose , et combattre contre quelqu'un eu qadqae chose. Après quoi , le sens de la préposition étant bien constaté, il serait facile de la distinguer soit de d et de de , soit de celles des prépositions qui sont spécificatives. Ainsi on apercevrait plus aisément la différence d'ottenler contre parnpport à attenter d et à attenter sur, celle ^entrtfrmàre contre par rapport à entreprendre Air, et ainsi des autres exemples , s'il y en a.

COnUTTRB quelqu'un ou quelque chose, CXnraATTBS CONTRE quelqu'un ou quelque chose.

Cbnire marque opposition : combattre contre se doit donc dire , quand il s'agit d'exprimer une opposition forte, extraordinaire, acharnée, la hitte d'un homme qui combat le sachant et le voulant, d'une manière ouverte et déclarée, qui ne craint pas de s'élever et de se porter contre. Cette expression dénote naturellement de la part da sujet une grande hardiesse ou de l'audace , et de la part de la personne ou de la chose combattue une grande résistance et la difficulté de la vaincre. Les Titans eombattirent contre Jupiter. «Soinnt les traditions de l'antiquité, les premiers héros eombattirent contre les lions et contre les sangliers avec des massues. » Volt. « Par ces flèches tu seras invincible , comme je l'ai été , dit Hercule à Philoctète, et aucun mortel n'osera tombaitn contre toi. » Fén. « Semblable à un rocher oofilre lequel les vents combattent en vain , Hiiloelès demeurait immobile. » In. « Combattre eontrê un plus puissant que soi. » lUx..

ATTENTER A, ATTENTER SÇR , ATTENTER OONTRE. Conunettre un attentat,

A est uns préposition générale, indétenninée, Ofue; au lieu que sur et contre sont des prépo- Rtions ^écifioatives. Attenter à sera donc l'exyresion générale , affaiblie , idéale , abstraite : attouer à l'honneur , à la probité , à la pudeur , à ^ liberté, mais non pas attenter à une personne. B'sQtant que , suivant l'étymologie de la prépositioai, attenta d doit désigner une tentative avec OD phu ou moins grand éloignement du but. AitaHv d la vie d« qMlw'un représenta rattental

sous le point de vue moral , comme une violation; attenter sur ou contre la vie de quelqu'un signifie physiquement et rigoureusement porter la main sur lui, ou du moins o'est le sens propre d'ol« tenter sur^ et, de son côté, attenter contre sa.distingue par un caractère tout particulier. ~ On attente sur et contre les personnes; et quand on attenté sur et conire les choses, cela s'entend d'une manière plutôt physique et redis que morale et abstraite.

Voici maintenant la différence d'atfenlef sur et d'attenter contre. Attenter sur, prendre sur, empiéter sur, est d'un usurpateur, d'un homme injuste; attenter contre, s'élever et marcher contre, sans crainte ou sans respect, est d'un audacieux ou d'un sacrilège. On attente proprement sur les droits. « Attenter sur la bourse du prochain. » Les.

Amour m'a fait défense D'attenter sur des Jours qui sont en sa puissance.

(Psyché.) Lhw, ,

a Ozias attenta sur les droits sacrés du sacerdoce.» Boss. On attente proprement contre ce qu'il y a de plus élevé et de plus vénérable, et cette expression donne l'idée de marcher contre, ouvertement, hardiment, malgré les obstacles , l'opposition ou le caractère d'inviolabilité. * Attenter contre l'Ëtat, contre son roi, contre Dieu, s Boss. « Richelieu fit accuser les conspirateurs de vouloir attenter contre le roi même. > Volt. « Si un prêtre osait parmi nous attenter quelque chose de semblable à l'action de Joad contre les personnes du sang royal , il serait condamné au dermer supplice. » In. « Ceux qui s'emparaient des droits régaliens voulurent épouvanter par le supplice de la roue quiconque oserait attenter contre eux. » In, « Garde-toi bien , dit l'Amouf i Psyché , d'attenter contre ta vie ! » Laf. ENTREPRENDRE SUR, et ENTREPRENDRE

CONTRE diffèrent absolument comme attenter sur et attenter contre.

Entreprendre sur exprime une simple usurpation; c'e^t, sans aucun titre et violemment, s'arroger un droit ou une autorité. « En jugeant du prochain noua attentons sur l'autorité de Dieu , nous entreprenons sur ses droits , nous nous donnons ou nous prétendons nous donner un pouvoir qu'il s'est réservé, et qui lui est propre.» Bouan. a L'adultère entreprend sur la femme àe son prochain sans autre titre que sa convoitise. » Boss. a Chez les Grecs l'homme civil n'était autre chose qu'un bon citoyen qui se laisse conduire par les lois, et conspire avec elles au bien public « sans rien entreprendre fur persoime. > In. EntrC" prendre contre se dit en parlant d'une entreprise ou d'une usurpation indigne , audacieuse , insolente. « La puissance des démons les rend superbes et audacieux : ils entreprennent contre le fils de Dieu môme; peut-on voir ime audace plus emportée?» Boss. « L'homme, ver de terre , croit que le presser tant soit peu du pied « c'est un attentat énorme, pendant qu'il compte pour rien ce qu'il entreprend hautement contre la souveraine majesté de Dieu et contre les droits de son empire 1 » In. « Ce prétendu attentat d'un soldât chrétien contre Julien eût pase4 pour ims entre-

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