PREMIÈRE PARTIE
fluides . qui , ayant jaiUi contre un corps , réfléchissent et retombent dans des lieux où ils n'étaient pas d'abord dirigés. » L'eau jaillit^ puis, rencontrant un obstacle qui la renvoie, elle reiaUlit. Dans rejaillir, il y a non-seulement jet, éruption , mais aussi répulsion de Tobstacle contre lequel le liquide ya frapper. « C'est le même amour (de Dieu le Père) qui va droit à son fils et rêjaiUit 9Ur nous. a> Bqss. a Polyphème se saisit de deux de mes compagnons et les écrase contre une roche comme de jeunes faons ; leur cervelle rejaillii de tous côtés. a>FÉII.
Le plus souvent rejaillir signifie , non pas rigoureusement j'atlUr une seconde fbis et en un autre sens , mais jaillir beaucoup de fois et çà et là, en divers sens, de toutes parts, avec force et abondance , j'atUtr ei jaillir encore.
Failei courir, $ondir et rejaUtir celle onde. Du.. ^ Jaillir^ dit Roubaud, exprime proprement l'action de s'élever avec force , de sortir comme un trait, de former un jet subit; et rejaillir^ l'action de se répandre à la suite du jaillissement , de suivre des directions difiérentes, de former par son abondance des jets divers. »
Jaillir se dit plutôt des liquides pour lesquels le mouvement semble être en quelque sorte naturel , et qui ne sont pas jetés fort loin ; au lieu que rejaillir convient mieux en parlant de ceux qui s'échappent violemment de l'endroit où ils étaient retenus, et qui sont lancés à une grande distance. « Le tuyau , par lequel l'eau rejaillit , la contient pour la jeter bien haut au milieu des airs et pour la verser dans le bassin de marbre qu'on lui a préparé. » Boss.
D'autres fois rejaillir exprime un retour du liquide vers sa source , ou vers le lieu d'où il est parti. De l'eau qui tombe rejaiUit. c Les fontaines se souvenant toujours de leurs sources , portent leurs eaux, en rejaillissant , jusqu'à leur hauteur, qu'elles vont chercher au milieu de l'air.» Boss.
Au figuré, même différence. Les idées, les expressions jaillissent d'un esprit fécond , d'une bouche éloquente. Rejaillir marque le contrecoup, le retour, l'action de retomber de l'un sur l'autre : la gloire des grands hommes rejaiUit sur les princes qui savent les employer.
SENTIR , RESSENTIR. Éprouver quelque chose d'agréable ou de désagréable.
Ressentir , c'est sentir par réflexion , par contrecoup. On sent ses propres maux, on ressent ceux des autres. « Ressentir les maux du prochain. » Boss. cYoyait-il un membre affligé, il reuentait toute sa douleur. » Id. « Dans toutes les épreuves de l'Église et dans toutes ses douleurs, elle ne sent rien que je ne ressente avec elle. » Boom).
Sentir marque quelque chose d'intime, de subjectif; ressentir est relatif à une cause étrangère dont on reçoit l'action. Ainsi, l'&me, distincte du corps , sent ses maux , et ressent ceux du corps. « L'âme, dit Pascal, ressent les passions du corps. » « Le premier homme , dit Malebrancbe, ressentait du plaisir dans ce qui perfectionnait son corps , comme il en sentait dans ce qui perfectionnait son âme. » On doit se servir de sentir toutes les fois que l'on veut simplement
exprimer l'affection de l'âme, forte ou C&ible; et» au contraif e , de ressentir quand on veut faire entendre qu'elle est la suite ou l'effet de telle oi& telle chose. On sent les atteintes de la goutte « quand on commence à en souffrir ; à la suite d'un excès de table, on ressent les atteintes de la. goutte. On ressent plutôt qu'on ne sent les effets de la haine ou de la libéralité de quelqu'un. Labruyère dit que nous ressentons de la colère contra ceux qui nous raillent ; et dans cette phrase sentir serait impropre , parce que la colère est ici clairement l'effet de la raillerie. Quelquefois ressentir signifie sentir bien après l'impression , à une époque qui en est éloignée : les femmes de la Chine auxquelles on casse les pieds , pour les rendre petits, «t ressentent cette douleur pendant toute leur , vie. 9 Bdff. c Damon ressent la perte de son ami dans ce moment, tout comme il la sentait au moment de ses funérailles. » Mabm.
Se SENTIR , se RESSENTIR. Éprouver quelque reste d'un mal qu'on a eu, les suites d'un malheur, ou l'influence, soit heureuse, soit funeste de quelque chose.
Nous nous sentons de ce qui vient de nousmêmes, de notre bonne ou de notre mauvaise conduite ; nous nous ressentons de ce qui vient des autres, des fautes de nos parents, par exemple.
Ensuite , on se ressent longtemps après , ou à une grande distance : Quiconque a négligé son éducation s'en ressent toujours. « Ce n'est pas que mon cœur se ressente encore de ses anciennes blessures. » J. J. Dans la hiérarchie administrative , si l'un des employés principaux obtient de l'avancement, le moindre commis peut quelquefois s'en ressentir, « De cette autre mienne vie qui loge en la connaissance de mes amis , je sais bien que je n'en sens fruit ni jouissance que par la vanité d'une opinion fantastique : et, quand je serai mort , je m'en ressentirai encore beaucoup moins. » Mortaighe.
ÉPANDRE, RÉPANDRE. Laisser tomber, jeter çà et là, en plusieurs endroits.
Répandre enchérit sur épandre; il marque plus d'impétuosité dans l'action, une plus grande dispersion de la chose versée. On épand un liquide en l'étendant, en l'étalant doucement; on le répand, en le jetant de tous côtés avec force ou de haut. Montaigne dit, pour marquer que les princes doivent être modérés dans leurs libéralités, qu'il faut épandre le grain , non pas le répandre, Epandre esi d'un usage très -borné, et se dit principalement en parlant d'un fleuve dont les eaux se déploient paisiblement sur un espace plus ou moins étendu. « Ce fut alors , dit Fléchier , que la charité , conune un fleuve , rompit ses bords et s'épandit sur tant de terres arides. » « La lame affaiblie qui vient s'è^ndre sur la rive basse eu un léger réseau. » Boff. « Un embrasement qui , poussé par les vents, s^ épand au loin dans une forêt. » Labr.
ABAISSER, RABAISSER. Ils expriment l'action de faire passer de haut pn bas, de diminuer la hauteur, la valeur, le prix, la dignité, le mérite, la réputation.
Abaisser marque une dépression modérée. L'action de rabaisser est plus forte ; car rabaisser ,
cfestiftoûfcr eneore davantage , de plus en plus ,
vtc effort ou redoublement d'action. On àbaiise feBcrîte par tm mot, un propos, en passant; on g'ad^arne à le rabaisser. Babaisser emporte plus itkntB non-seulement dans Faction « mais aussi éaas Fintentiaa, dans la yolonté; il suppose or- Ênairement de Vudmosité.
I>e plus, Ttbaùttr donne Tidée d'un état anté-
lieuT an-dessus duquel on s'est éleyé et auquel
lamène celai ^ rabaisse; c'est pourquoi l'on dit
plutôt reftMcr qo^abaisser les prétentions de
quelqu'oii, Je caquet, le ton d'une personne,
Vorgueî], Parrogance , la présomption et tous les
TÎces qai font qu'on se met à une hauteur déme>
surée ou illégitime. On se rabaisse pour rentrer
dans «3 état ao-dessus duquel on avait voulu
s'élever.
OoeJ^efois rabaisser est réactif; il exprime fae des peraoïmes abaissées par d'autres font ensuite et réciproquement subir à celles-ci le même snt.'cL» retigieuz, qui avaient été abaissés ptr les Jésuites, les ralKiicséreia à leur tour. » TotT.
ABATTIS, RABATTRE. Ces deux mots se disent eo parlant de l'orgueil , de la fierté, de l'arrogance qu'on fait tomber ou qu'on rabaisse.
Abattre exprime cette idée sans aucun accessoire.
Sa raalbeiin s'avaient point abatt» sa fierté. Rag. IsboUre, c'est abattre avec force. « L*arrogance des princes, dit Bossuet, est fortement robottue par le spectacle de la suite des empires. » — c Ce sont les pieds du paon qui abattent son orgueil. » lojrTAïaii. m. La fortune , qui prend plaisir à rabattre notre ]»résomption , n'ayant pu ûdre les malhabiles sages, eÛe les fut heureux, à l'envi de la verta. » lu.
D'ailleuTs, presque toujours rabattre suppose qw k sujet de l'action s'anime et (kit de grands cfnts, tandis que celui contre qui il agit résiste arec plus ou moins d'opiniâtreté.
(^H sait bnve suerrier, qu'il soit grand oapitalDe , Je ami Ken ràbMtre nne humeur si hautaine. Goaii.
On ue dit pas plus abattre qu'oboister le caquet; il (sut ^re le fobaHre ou le rabaisser.
AYllA^ BAVILnt. Abaisser de manière k rendre vil , méprisable , à couvrir de honte , d'opprobre, d'infismie.
iaviUr est augmentatif, c'est a«t{tr à plu- MTs reprises, avec redoublement d'action : le saétier d'espion fwoiUt, « Une puissance ennemie , dit Bossuet au sujet du culte païen , avait entrepris de ravUir le nom sacré de Dieu. » « Jean- Baptiste n'est rien de ce qu'on pense : il n'est point Sbe, il n'est point prophète; et bien loin d'être kMesâe, il n'est pas digne, dit-il, de lui délier Ks souliers : car il se sert même de cette expresùn basse ^ afin de se ra«tttr tout à fait. » lu. BsctJir marque souvent aussi le rétablissement dNm état antérieur : l'éclat et la renommée sfaient ennobli les beaux-arts ; la pauvreté les ravitt. « Tout est à nous p ar Jésus-Christ, dit tacon Bossuet; il n'y a rien au-dessus de nous, psorfu seulement que nous ne nous rawlissions pas aous-mèmes. v SmiK-, MEXPUK. Rfndre un vase pleiA,
mettre dans un vaisseau jusqu'à ce qu'il soit plein.
Jlempitr a deux nuances distinctives. D'abord, il désigne une réparation, le complément d'un vide partiel , une réitération de l'action de verser; de sorte qu'il signifie ajouter ce qui manque pour que la chose.soit tout à fait pleine. On emplit tout d'un coup et ordinairement un petit e^ace , un objet ou un vase de médiocre capacité , sa main (Boss.), ses poches (DacL.), un verre ou une bouteille (Acâd.), une cuiller (Labs.), une cruche (Laf.)* « Il prend la grande cuiller, la plonge dans le plat, Vemplit^ la porte à sa bouche. • Labr. Psyché , heureusement parvenue à la fontaine de Jouvence , « emplit sa cruche. » Laf. Quand l'ftne , chargé d'épongés , s'est jeté à l'eau ,
L'éponge devint si pesante.
Et de tant d*ean %*emplU d'abord.
Que rsne succombant ne put gagner le bord. Lav.
Hais un étang se remplit d'eau par des crues successives.
Le second caractère de remplir tient au premier. Emplir se prend ordinairement à la rigueur , de manière que le vase n'est empli que quand il n'y reste point de vide; et, au figuré, il exprime de même une plénitude absolue. Montaigne dit , en parlant de l'immuable éternité de Dieu : a Par un seul maintenant il emplit le toujours. » Dieu ne pourrait entièrement empitr aucun espace par un certain nombre de petites boules; car les boules qui se touchent laissant un espace triangulaire , il faut pour remplir autre chose que des boules (Mal.). Au contraire , remplir marquant succession , action partielle , se prend souvent dans un sens relâché pour désigner seulement l'abondance ou la multitude. De là vient qu'il est d'un usage beaucoup plus étendu au* propre, et surtout au figuré. Emplir se dit proprement des vases, des vaisseaux, des choses destinées à contenir de certaines matières ; remplir se dit indifféremment de toute place occupée par la multitude ou par la quantité. Vous emplissex tme cruche d'eau , un verre de vin , un sac de blé , vos poches de fruits , une bourse d'argent; vous remplisss% une rue de gravois, une basse-cour de fumier, un pays de mendiants, un bois de voleurs, et, de quelque matière que ce soit, des trous, des interstices, des fondrières , des vides qu'il faut boucher. — Dans le sens figuré, on se sert toujours de remplir : remplir une charge , un emploi ; une tète remplie de pensées , d'aflaires. « L'imagination grossit les plus petits objets jusqu'à en remplir notre âme.» Pasc. C'est avec raison que Labarpe reproche à Voltaire d'avoir mis emplir au lieu de rempUr dans ce vers de Mérope :
L'horreur et la vengeance empUroni tous les coeurs.
A8SCRER, RASSURER. Au propre, ces deux mots signifient afiermir , rendre stable; et, au figuré , tranquilliser, donner de l'assurance.
Au propre , on assure contre un danger possible ou éventuel , et on rassure ce qui est près de tomber, ce qui menace ruine. « Si loin que vous ^ étendiez votre prévoyance , Jamais vous n'égalerez les bizarreries de la fortune : vous aurez tout assyiré aux environs , l'édifice fondra tout à coup