PREMIÈRE PARTIE
« lies Romains n'oublièrent rien pour faire regarder ces concessioru comme des gr&ces passagères et qui ne fondaient point de droit, s Vert.
La concession porte aussi généralement sur un objet plus considérable, plus étendu, presque toujours appartenant au domaine public; au lieu que la cession n'est souvent qu'un transport de droits entre particuliers. L'Etat fait la concession, d'une mine ou d'un chemin de fer; Voltaire reproche à Polyèucte la cession qu'il fait de ^a femme à un païen. •
SE FIER, SE CONFIER. Ne pas craindre de communiquer à quelqu'un ses affaires , ses secrets , de lui commettre le soin de ses intérêts.
On ne se fie que sous un certain rapport ou pour une seule affaire ; on se confie sans restriction et pour toute sa fortune. Se fier témoigne une confiance sans abandon; se confier , une confiance pleine , complète , illimitée , qui fait qu'on se donne tout entier , pour ainsi dire. « On m /le à quelqu'un qu'on connaît ou qu'on ne suspecte pas; on se confie à quelqu'un qu'on connaît bien et dont on se croit sûr. On se fie k quelqu'un pour de légers intérêts ; on se confie à un ami dans les choses importantes. » Roub. On se confie en Dieu; on ne dit pas s'y fier, ce serait une expression injurieuse , à cause de cette sorte de réserve dont l'idée s'y trouve toujours jointe. On n'ose se fier (Boss.) , on ne se fie pas trop (Paso.) , ou on commence à se fier (Fén.) à quelqu'un; on se confie absolument en Dieu (Boss.).
L'étendue de la confiance distingue si bien se confier , qu'en latin confideniia , comparé à fiducia , signifie une confiance téméraire , présomptueuse. Il est vrai qu'ensuite le verbe confidere perd cet accessoire défavorable et se trouve , relativement à fidere , dans le même rapport que se confier relativement A se fier.
TENIR, CONTENIR. Ces deux verbes servent à exprimer combien il entre de certaines choses ou d'une certaine chose dans un certain espace.
Tentr , en sa qualité de radical pur , fait abstraction de toute circonstance réelle et marque la capacité à priori , et , pour ainsi dire , la capacité idéale ou de droit. Par la raison contraire , contenir exprime la capacité de iait. Un vase fieni tant, quand il est susceptible de recevoir telle quantité de liquide; il contient tant, quand il s'y trouve actuellement tant de liquide. La cassette d'Harpagon , dans VAwwe , est petite , parce qu'elle tient peu de choses mais maître Jacques l'appelle grande, « pour ce qu'elle contient (dans le moment où il parle). » Mol. Vous achetez une bourse qui tient tant , à raison de la quantité d'argent que vous voulez y mettre; pour récompenser une personne , vous lui donnez une bourse qui eoffiftent'tant. « La bourse que je vous renvoie contient le double de ce qu'elle contenait la première ibis. « J. J. c II y a dans la cave un grand sac de cuir qui conlient vingt mille francs. «Rsoir. Un champ contient , et non pas tient , tant d'arpents , c'est un fait , et non une possibilité.
Si quelquefois contenir se prend aussi dans le sens apriorique de tenir , ce n'est point pour exprimer de même une mesure ordinaire , réglée , légale. Une salle de spectacle contient tant de
personnes ; le boiasean tient tant de litres. Autrefois le muid tenait tant de pintes , et on disait d'un muid réel et particulier qu'il contenait tant de pintes.
PREFaSS CON BT BE.
Contenir^ retenir. Convenir^ revenir. Commettre , remettre» Conserva, réserver»
CONTENIR, RETENIR. Ces mots signifient tons deux s'opposer au mouvement , i l'action , au développement d'une chose, de manière à le modifier.
Mais on contient une chose de peur qu'elle ne s'écarte, en réglant son cours; on la retient de peur qu'elle n'échappe ou n'aille trop loin, en empêchant ou en ralentissant son cours. On con^ tient et on dirige; on retient et on modère. Un général contient des troupes dans le devoir, en s'opposant à ce qu'elles fassent abus de leurs forces, à ce qu'elles pillent ou se révoltent; il retient dans le devoir ses troupes qui menacent de déserter. On se contient en parlant, afin de ne pas parler autrement qu'il ne faut; on se retient ^ afin de ne pas aller trop loin et de ne pas en trop dire. Contenir ses passions , c'est les empêcher de se répandre de tous les côtés pour ainsi dire , de prendre de mauvaises directions, de s'égarer; les retenir, c'est, ou absolument ne pas permettre qu'elles se développent, ou seulement ne pas leur lâcher la bride , ne pas les laisser se développer avec excès. Toutes nos passions sont bonnes de leur nature ; mais il faut savoir les contenir^ avoir soin de les contenir; toutes nos passions sont violentes de leur nature ; il faut avoir la force de les retenir.
D'ailleurs , on contient comme on arrête par des moyens apportés du dehors, et on retient par des moyens qui se trouvent dans la chose même ; car contenir , c'est mettre une digue ou des bornes , et retenir, c'est faire sentir le frein ou refréner, «c Dans la république , comment confentr des domestiques, des mercenaires, autrement que par la crainte et la gêne? Mais on retient les citoyens par des mœurs , des principes , de la vertu. » J. J.
CONVENIR, REVENIR. Avoir du «apport; agréer, plaire.
Convenir enchérit sur revenir dans tous les sens. Une chose convient à une autre quand elle va bien avec elle , quand elle s'y adapte ou s'y ajuste ; une chose revient à une autre , quand elle ne s'en éloigne pas , quand elle n'y répugne pas , quand elle ne jure pas avec elle : telle est une couleur relativement à une autre. Ce qui convient, revient entièrement, sous tous les rapports; ce qui revient, convient d'une certaine manière.
De même U chose qui me convient me piatt, parce qu'elle répond à mes besoins , parce qu'elle m'est utile ; la chose qui me revient me pliât par je ne sais quoi d'agréable , qui me frappe d'abord, à Ut première vue , et dont l'appréciation dépend plus de l'humeur que du jugement. Je suis fait pour la personne qui me convient ; toutes ses qualités sont en parfait accord avec les miennes; j'ai simplement du goût pour celle qui me revient. Une jeune fille épouse un homme qui lui convient ,
SYNONYMES QUI ONT LE MtHE RADICAL.
900e qa*û revieni à ses parents, a Songeons à ma iOfi. Tu sais Tamour que Cléonte a pour elle : c'est un honime qui me revient , et je veux aider a recherche. * Madame Jourdain. Mol.
On renroie un domestique, parce qu'une longue éprcnre a démontré qu'il ne convient pas. « Qui TOUS oblige à m'abandonner, dit un maître à son dotrttstiqae. Vous m'avez témoigné plus d'une fois que moD humeur tous convenait , et je suis trèssatisfait de la TÔtre. » Las. On refuse un domestique qui se présente , parce que sa physionomie ne TttieiU pas. « Je reçois à mon service le garçon que to m'amènes ; il me revient assez. » Les. <ie lereçob d^autant plus volontiers^que sa phyâoBomie me revient. » lo.
Ce qui nous convient fait notre affaire; ce qui soas ntient nous affecte et nous dispose fovorahlmeûi. Il n'y a pas de personnes , douées d'assez de qualités , pour convenir à tout le monde ; il y G a d'assez ainuibles pour revenir à tout le BOQiie (Las. , S. S.).
ConiETTRE, REMETTRE. Donner la garde de quelqu'un ou de quelque chose.
* Le premier se rapporte surtout au prix qu'on ittache i l'objet confié , au soin qu'on attend de U personne à qui on le confie et à la responsahiiitè qui pèse sur celle-ci.
Cklie les pleurs, Céphise; et soutiens^loi (^ le tort d'Andromaque est commis à ta foi. Rag. Enlcrer le dépôt commis an soin du garde. Lav. Horteoae est commise â tes soins. Lay.
La porte dans le chœur à sa garde est commise, Boo*. f Les mahres doivent se rendre habiles pour instruire ceux qui sont commis à leurs soins. » Mal. cLes rois faisant eux-mêmes lesgr&ces ont commis i des magistrats particuliers la distribution des peines. > Mohtbsq. Les peuples sont* commis aux princes (Boss.) , les fidèles aux pasteurs (Mass.) , les domestiques à la vigilance desqpiattres (Bourd.). « Le souyerain peut commettre le dépôt du gou- Teroement à tout le peuple. » J. J. a L'éducation du roi fut commise k Eulée. » Roll. Remettre indique à peu près exclusivement l'action ou le fait de lirrer, le changement de possesseur : l'objet était dans mes mains, je vous le remets , il passe dans les vôtres ; c'est , pour ainsi dire , une seconde mise ea possession. Averti de sa fin prochaine , Koise resiil à Josué le commandement qu'il avait possédé lui-même, et, suivant la juste exprèsnon de Bossuet, « lui commit ce qui restait à bire. >
Le rqelon des rois, à leur garde commis ^
Entre les mains d'Octar est-U enfin remis ? Yolt.
COÎfSERTER, RÉSERYER. Garder une chose, oe pas s'en défaire , ne pas s'en servir , ne pas ruser.
Conserver marque l'attention avec laquelle on Teille sur la chose , les précautions dont on l'entoure. Réserver indique retour, exprime qu'on renendra à la chose , qu'on la garde pour une autre occasion , pour s'en servir plus tard. L'un est le fait d'un homme soigneux , l'autre , celui d'uD homme prévoyant et prudent. On conserve tt éloignant les dangers , en prenant garde que la ebose n'éprouve quelque dommage; onréserve en gardant pour une destination ultcrieurc. Un en-
fant reçoit, comme prix de son t^vail,*un livre précieux : au lieu de le lire, il le conserve ou il le réserve; il le conserve , s'il s'abstient de le lire , de peur de le gftter , et il le réserve^ s'U ne fait qu'en différer la lecture.
« Je vous prie de conserver soigneusement cette estampe. » J. J. « Qui ne mourrait pour conserver son honneur , celui-là serait infftme. » Pabc. < Cette femme a grand soin de conserver son teint. » AcAO. « Dans ce traité , Carthage fut principalement attentive à se conserver l'empire de la mer. » Roll. Mais dans Lafontaine , la jeune souris prise par le vieux chat lui demande la vie en ces termes :
A présent Je suis maigre ; attendes quelque temps. Réservez ce repas à messieurs vos enfanta. Réservons cet enfant pour un temps plus heureux.
Rac. (Athalie, Josabet â Joas.) <t Je ne puis mêler un tel sujet à celui-là dans la même lettre; je le réserve pour la première que je vous écrirai. » J. J.