PRÉFIXE AD
Faire croire^ faire accroire. Ranger, arranger. Paraître , apparaiire. Poster , «poster. Maigrir . 4imaiigrir. Àoûser, /ibatsser. Se donner , tfor donner.
Ad , préposition et particule initiale latines , signifie, à côté, auprès, et plus souvent, à, vers^ du côté de ; elle manque proximité ou direc\ioii . tendance vers un endroit ou nue personne , et par suite addition. Accola {ad cola) , qui habite auprès ; asseuar ( ad eedere) , qui est assis à cdté . conseiller; odstitre, sauter vers; ndrepere, se traîner vers en rampant; arridere^ rire à quel* qu'un ; adfuw^io , action de joindre une chose à u«e autre; admûoef», mêler -en ajoutant aooesseirement. Ensuite , -comme en ajontaat on augmente ce à quoi Ton ijoute, ad indique quelquefois simplement une augmentation «et prend le sens de beaucoup : odougere, augmenter teancoup; afpaere , couler en grande abondanoe ; adjîÊea/re^ aider beaucoup; aémonere, aveitlr fortement; oflenuaf», rendre très4énu; <et en français, aiionger^ modae plus long ou très^ungpar addition.
Quand ad nommeaoe nn mot , synonyme d'en antre, qui est le radical pur du premier, il apporte antfo eux princqNdement ladififérsnoeenivante. Le simple exprime l'action sinplMnint, telle ^'alle se passe d'ordinaire, sans rien aanonoer de 4«marquable dans l'agent considéré comme tel. Au contraire, le verbe qui en est formé par Injonction de ad contient de plus ane idée accessoire qni détermine dans certains cas i le préférer au siaaple ; et cette idée consiste, ainsi que pour la plupart des mots composésA l'aide d'autres pré&tes, an ce que le dérivé suppose dans l'agent plus d'activité , ou une aotivitâ plus digne d'attention, plus créatrice, qui lui appartient d«vanit|tge,'une intention plus lérmelle, plus de soin, plus d'intelligence, pins de talent, plus d'adresse, pins de spontanéité. -^ Cette sente tndicatian , quoique auffiianle pour certains axeDa^ss et toujours la plus importante , me dispenae pas néanmoins de Tscourir aussi poar nl'aatieaà^la vaieor particttlièfe de lapsépesittmi.
FAIBE CROIRE , FAIRB AGOlOiRS.
laiorayanK.
tMn^aeenéremmmutn dans le sujet pins dfaotivîlé, ou «ne part pins grande prise A flMaion; ce qu'il fait atcreir»^ il le crée, il rineenle; amsai ne fa#«on iMsrsàra ^OB ce 'qni est €nix , «andia que foin crmeese dû i^palmaant ^ien panr fine 4ffo«lerdBiAesqpii asteéritahli. Aestiéfl^,
SYNONYMES QUI ONT LE MÏME RADICAL
ficadémie , yangeha , Seaazée , Ronbaud et Gon^ dillac loDt unanimes.
c Autrefois , J'ai mené TOtre père *par le nez ; je Uù fais acermre te que je veux, s Regn. — Xns IbLlebranche dit , en parlant d'une opinion qiaHlregirde comme Traie : « VoiU quelques raisons qm peutent /titre ervire que , etc. » « Voilà de gnaAes et nécessaires vérités que FautorKé de Tt^&st fait croire aux simples et aux ignorais. > ID. Et Port- Royal : a Quand on dit à ((oeiqii'aa, tous en ayez menti , ces paroles font erwf que celui qui nous les dit ne se soucie pas de lOQs ftiire injure , ce qui les rend injurieuses et 0f «osantes, s
lUis rimpertant est de faire Toir la difiërence ée ces deux locutions « prises l'tme et l'autre en isnTatse part, dans ie sens de tromper, en im- ;cifT. On y parTient à l'aide du même principe de (iistioctitn.
Dansfatre accroire, le sujet apparaît, non-seuleoeot coome inventeur, ce qui peut aussi arriler à celui qui fait croire ^ mais encore comme iOTBDteur à dessein, avec intention, et souvent iree srt, talent et adresse; or, comme il n'y a que les personnes qui puissent agir de propos délibiré , et avec intention , faire accroire ne àoâx ^«ttribuer qu'aux personnes. Mais faire (TOUT t'tttribue tout aussi bien aux choses, en tant qu'eOes font l'action de nous tromper, de nom dire admettre des choses imaginaires, contrDQ?ées.« Ces termes sont propres à faire croire au stupîdes et aux libertins que Dieu n'est point seul la Traie cause de toutes choses. » K^l»
U y a plus : noa-seulçment faire accroire s'emykât toujours en mauvaise part, et en supposant iiBs personne pour sujet, deux circonstances qui pcuTent manquer à faire croire^ mais f ncore les dsox loctttîPiiadÂff&renten vertu de la même règle, ^loand tou^ deux ^ disent de TacUon d'une persaDM qui induit en erreur. Jl faut plus d'inventiOD et plus d'art pour faire accroire que pour fêire croire; on ne fait accroire que par artiûce ai (or on coup monté. Vous faitee croire k un imbédie tout ce que vons voulez; il n'j a pas à cd&gaode difficulté. «Le vieux eunuque est un ioUÔla à q^i l'on fait croire tout oe qu'on ntsL M X0H7540. On peut même faire croire malgré aoi, par malheur : c Si j'ai eu le n^alheur de n'expliquer assez obscurément pour faixe .croire V» j'accordais au feu un mouvement essentiel xion is^mé, je suis bien loin de penser ainsi. » Voi^t. ^nefaiu aecrmre gue parce qu'on le veut, sciem- ■tttt, 4 iom. d'esprit et de ruse. Un fourbe fait Mcrotfv (Volt.) «Quoil vous trouvez que ma >Mk AanqiM d'artt.Elle n'en a que trop en faiemt «Bovar» qu'elle doit épouser le chevalier. » V«ir. Jdant l'ii<ars, .Ff osine dit k Cléante : « J'au- Qis assez d'adresse pour faire accroire k votre pènquece jeiait une pesionne riche de eent juile écus en ai^nt comptant. » Et à la fin du ^vKffnii gmtilhomme^ 11. Jourdain , qui croit un J)oraota /Ait aeuleoiAnt semlulant dis vouloir ipotner Dtoiwhnfi afin de tromper Mme Jouri4tia, dit tout haa à Dorante : « C'est pour lui fnre.aeenrirf^'hA.MwJiomkX» jAftM ia.U.Uux to ramuser par cette feinte. »
D'ailleurs , faire ortt^ ae rapporte seulement k la vérité , et faire agraire a>plutdt rapport à la réalité : quand vous faiîee croire faussement une chose ou à une chose , vous la faites envisager sous un faux point de vue; et quand vous fctfes accroire une chose, vous l'inventez, c'est une chimère. Ia première etpression est 'toute for-* melle, l'autre est matérielle. Soseuet a bien observé cette distinction dans les deux exeBiplds suivants. « César changeant en douceur ses premières cruautés , fait croire qu*il y a été entraîné par ses collègues. » Il ne cherche point à abuser sur l'existence même de ses cruautés , mifts s«r la manière dont il y a été conduit. « Bsdtas n'aurait pu faire ac«i*oire tout à coup k tout un peuple que ce sont là les livres anciens qu'il a toujours révérés. 9 Ici la tromperie aurait consisté à faire admettre faussement comme réelle une ciiose controuvée, supposée, et non pas'seiilement à égarer l'esprit sur la maniera de ooosidérer quelque chose de r6el. C*est-à-di#e toujours , en déânitive , que faire accroire implique un sujet plus inventir, plus créateur, et tirant da^'umage de son propre fonds.
RANGER, ARRA^GSR. MeUre ^ ordre.
H. Guizot a très-iûen distingué ces .deux Yerbes sans connaître la règle générale, ce , qui n'en prouve pas l'inutilité. Arranger, c'est ranger k côté,. et par conséquent ce mot composé partage l'attention entre la chose qu'on range et celles auprès desquelles on la range. Ranger, au contraire, n'est point relatif, mais absolu; U arrête exclusivement l'esprit sur l'objet rangé, il n'exprime qu une idée individuelle. & C'est en rangeant^sQs livres que Ton arrange sa bibliotlièque.» Guiz. c On range la chose qui est hors de sa place ; on en arronge pjlusieuis.qui étaient en désordre. » CoND. En deux mots , l'action de rcmger produit l'ordre ; l'action d*arranffer Le produit aussi , mais au moyen d'une combinaison, d'une disposition de plusieurs choses, qui fait qu'elles sont bien en rapport les unes avec les autres. — Ainsi, afranger suppose pluralité ou variété dans les choses et complication dans l'ordre établi. On se range, c'est-i-dire toute sa personne d'un seul coup, pour laisser passer une voiture : on s'arrange pour aller en visite, c'est-à-dire qu'on donne une disposition convenable à toutes les parties de sa personne. Dans les revues, les officiers rangent les soldats sur deux lignes.
3es gardes «fOigés Imitaient son silence autour de lui raagét, Ric.
Mais la principale différence résulte de pe que le composé représente 1^ sD^et comme plus agissant. Quand vous arrangex, c'est vous qui créez, et à l'instant même, ie raqg des choses ; quand ^aas rangef, vous »ne fûtes que mettre les choses k leur .place , qu'agir conloxmément à un rang donné par un arrangemem préfi^nt, ou À un ordre nécessaireiOAnt^détecwné par la nature de la chose. 3i hian ,qua r^f^g^r signifie mettre A sa place; et arranger, crier, as^goer a^a choses des places convenables, s On.«m»n^s une fois, on range tous les jouo. .» Cni^. On arrange dans une cirfionstance «t pour une destination partipulière ie salon qu'on range chaque matin* « Je
PREMIÈRE PÀRTIB :
disais à^^afranget ce salon pour l'audience publique. » Bbàum.— On se range à son devoir , à l'avis de quelqu'un, c'est-à-dire qu'on se met à une place filée d'avance, qu'on adhère à quelque ^hose de donné. On arfa/ng^ un projet dans sa tête , on s* arrange pour faire une chose , c'est-àdire que de soi-même on ordonne les parties d'un tout où l'on marque à chaque chose la place qu'elle devra avoir.
En outre , le sujet n'agit pas seulement davantage en arrangeant y mais il agit d'une manière plus remarquable , avec choix , intelligence , discernement , capacité d'embrasser un ensemble et d'en disposer convenablement tous les détails. «Le maître arrange son appartement à sa fantaisie , le domestique le range ensuite d'après les ordres qu'il a reçus. » Guiz. Il ne faut pas grande habileté pour ranger ses papiers; il n'y a qu'à suivre l'ordre des matières ou l'ordre des dates; mais bien arranger ses idées et ses paroles est un travail plus difficile en môme temps que plus compliqué. — Tout le monde peut ranger un discours , car ce n'est que parler avec suite ; et il n'y a que les insensés qui en soient incapables. « On sut que U tète du roi , Philippe V d'Espagne , était ébranlée par cette maladie au point de ne pouvoir ranger un discours. » S. S. Mais pour savoir arranger un discours , il faut être orateur et orateur habile. « Les Grecs cherchent la sagesse et les discours arrangée^ comme ceux de leur Platon et de leur Socrate. » Boss.
Au participe passé , le simple se dit d'un homme qui a de l'ordre dans sa conduite, dans ses affaires , et le composé sert à désigner celui qui , dans ses discours et ses manières, pousse jusqu'à l'affectation le soin et l'attention à bien faire.
PARAITRE, APPARAITRE. Tomber SOUS les sens , devenir visible , se montrer.
Le simple est le terme général, ordinaire, et Ton n'a recours au composé que s'il s'agit d'une appartiton, d'un phénomène, c'est-à-dire de la manifestation d'une chose qu'il est très-difficile ou très-rare de voir , et dont la présence par conséquent fait naître la surprise ou excite l'intérêt. « Le soleil , la lune , l'aurore parait. > Acad. C'est un fait qui arrive tous les jours. Dieu apparut à Moïse , un ange à Joseph ; des spectres apparaUsent dans une maison. « Il apparaU de temps en temps sur la face de la terre , des hommes rares , exquis....» Làbr. En conséquence, des deux phrases suivantes, empruntées à l'Académie, la seconde renchérit sur la première, c Les grands génies que ce siècle vit paraître» » < Ces génies extraordinaires qui apparaiucnt à de longs intervalles. »
POSTER, APOSTBR. Mettre dans un poste , placer quelqu'un dans un endroit d'où il peut faire ce que nous exigeons de lui , pour observer ou exécuter quelque chose.
Poster vient de ponere (potitum , pottum , postare) , et apotter répond à apponere. L'action de poster est ordinaire; elle ne se fait point dans des circonstances remarquables , n'est point dirigée contre telle ou telle personne , tel ou tel objet bien déterminé, et ne suppose point de U part
du sujet attention, finesse, artifice, tous accessoires réservés à aposter. *
C'est en termes de guerre le plus souvent qu'on a coutume de se servir de poster^ d'autant qu'il rappelle mieux l'idée radicale de poste , et n'an* nonce pas qu'on ait l'intention de se cacher, de ruser, d'y mettre du mystère. « Les Gaulois Tarent arrêtés quelque temps aux Thermopyles par les troupes qu'on y avait postées pour défendre cet important passage. » Roll. « Il n'y a ni sentinelles , ni corps de garde postés autour du camp des ennemis selon les règles de la guerre. » In. c Des gens postés par l'ordre de Gellias , le plus riche des citoyens d'Agrigente , aux portes de la ville invitaient tous les étrangers qui y arrivaient à venir loger chez leur maître. » lo. Un jour le lion se mit en tête de chasser et de se servir pour cela du ministère de l'âne :
Le Non le pofte, le couvrit de ramée.
Lui commanda de braire, etc. Lkv.
C'est dans la vie civile, et en parlant d'un stratagème , d'un coup monté , d'un piège tendu à un ennemi particulier que aposter s'emploie exclusivement; il se prend presque toujours en mauvaise part. « Artaxerxès , outré de dépit contre Datame , et voyant qu'il ne pouvait le vaincre par la force et par les armes , ne rougit point d'employer l'artifice et la trahison pour s'en défaire. Il aposta plusieurs meurtriers pour l'assassiner.» RoLL. < Jacques d'Artevelle avait des hommes apostés dans toutes les villes, qui tuaient au premier ordre tous ceux qui s'opposaient à ses desseins. » Boss. « Sitôt que ces sénateurs commençaient à parler , une troupe insolente de petit peuple , apostée par les tribuns , poussait dès cris confus. B Vbrt. c Appius avait aposté un homme qui réclamait devant lui Virginie comme son esclave. » MONTBSQ.
Des soldats postés en un endroit devront observer ou combattre , s'il y a lieu , et quel que soit l'ennemi qui se présente. Les gens apostés pour insulter ou pour assassiner quelqu'un , pour charger un innocent par leur témoignage mensonger , ou pour arracher un testament à un moribond , ont en vue un objet bien déterminé , et une action , non pas éventuelle , mais certaine.
D'ailleurs , non-seulement celui qui aposîe agit davantage, y met plus du sien, en dirigeant ses vues contre tel ou tel homme qu'il veut surprendre artificieusement , mais encore il va quelquefois jusqu'à aposter un personnage imaginaire, une personne à laquelle il donne un caractère oa un rôle inventé. « Charles IV , duc de Lorraine , étant amoureux de Mme de Cante-Croix , aposîa un courrier qui lui apporta la nouvelle de la mort de sa femme. » S. S. « Thaïes aposta un certain homme qui feignit d'être étranger , d'arriver tout nouvellement d'Athènes et d'y avoir appris la mort du fils de Selon. » FéN. , Roll.
MAIGRIR, AMAIGRIR. Devenir maigre.
Nul doute que la particule initiale du second ne vienne du latin ad; comme celle d'orù {ad ri' dere) , d*aloi {ad legem) , d'ameuter (ad massam) , d'am^itof er ( ad melius , oris ) , d'amoindrir ( ad minus , oris) , plutôt que de la préposition à , qui marque l'éloignement. Quoi qu'il en soit« maigrir
SYNONYMES QUI ONT LE MÊME RADICAL
otloujoars neatre et intransitîf^ caractère corn- ■■a à un grand nombre de yerbes simples , en opposition aux verbes composés qui en dérivent. Au contraire, amaigrir se prend d'ordinaire dans le sens udf , et au lieu d'énoncer simplement le fait . il le ^t remarquer davantage , il le montre ^accomplissaiit dans un objet. Quand il signifie , eoomie «Mft^nr, devenir maigre , il garde quelque chose de sa première acception ; il &it voir la B&aîgniir attaquant le sujet et le minant peu à peu; iJ est rq)résentatif . Dire de quelqu'un qu'il maigrit, c'est annoncer un fait sans l'exprimer, sans le dépeindre , sans en marquer les progrès , cemme quand on dit d'un homme qu'il amaigrit. Oi maigrit à vue d*œil , c'est-à-dire en très-peu k tenps, tout d'un coup , par l'aéTet d'une maladie mienle ou d'une forte passion. «Cette inquiétude ft Boe telle impression sur le maréchal , qu'il en maigrit à vue d'oeil. » S. S. « Il y a des personiies qui oe prennent pas la chose (l'expulsion des jésQites) si fort en patience , qui en maigrissent & me d'œîL « Volt. — On amaigrit peu À peu , tous lejoars, par l'effet de la fatigue, d'une nourritare îssoffisante ou mauvaise, c Toutes les bécasses i'amaigrisseni à mesure que le printemps s'afanee. » Boff.
Lefcodbeor du proebain vous caose de l'ennui, Et ftm amaigrissez de l'embonpoint d'autnii. Dm. Koe DudefiEuid écrit à un de ses amis qu'elle est maigrie par suite d'une maladie de quelques JGois; mais Mme de Sévigné, dans une de ses lettres, exprime la crainte que sa fille ne soit amaigrie à force de subir, pendant des années , en Prarâce, l'influence du mistral.
UISSEft, ABAISSER. Faire descendre, faire aller de haut en bas.
Que la particule initiale du second mot ait son •hgine dans la préposition ad , comme il nous scaible, ou dans la préposition latine a , ou dans la française à , il n'importe , car la différence des deax verbes provient uniquement de ce que l'un est le radical simple qui entre dans la composition de l'autre.
1* Baisser est quelquefois neutre , jamais àbaism. La rÎTière , le jour , un vieillard , sa vue , son espht, une marchandise baisse. Mais alors il n'y a pas de synonymie entre eux.
2* Abaisser s'emploie plutôt au figuré , et il f^j emploie seul en parlant des personnes et qoand il devient réciproque; à l'égard des peramoes, baisser est inusité, et, dans le sens réciproque, il ne se dit qu'au propre. Mais c'est là ane différence trop facile à apercevoir pour ■iriter l'attention du synonymiste.
I* Baisser est absolu , et abaisser relatif; distiastîoo sentie et vaguement exprimée par Girard, DÛS que Condillac a mise dans tout son jour, t Ooand on se sert de baisser , dit celui-ci , on ttosidère différentes hauteurs seulement par rapport à une chose; quand on se sert à* abaisser , on considère les différentes hauteurs d'une chose pv npport à d'autres. Baisser une chose , c'est là mettre plus bas qu'elle n'était; V abaisser^ c'est la mettre plus bas qu'une autre , ou du moins la fûn descendre jusqu'à une autre qui était plus ^qu'elle. » Aa fiiit, àbais$er , c'est baisser vers*
« Les oiseaux qui ont les jambes longues , ont aussi le cou long à proportion, pour pouvoir abaisser leur bec jusqu'à terre et y prendre leurs aliments. » Fin. Cependant la différence essentielle n'a frappé ni Girard ni Condillac.
4° Baisser est le terme général , celui dont on se sert communément quand on n'a rien de remarquable à exprimer : il désigne une action ordinaire qui se fait sans peine et souvent. On baisse la tète , la voix , les yeux , un voile et une voile , un rideau , un store , une jalousie, comme à l'or-t dinaire, et pour le motif ordinaire. Abaisser signale un abaissement remarquable, soit parce que la chose n'a pas coutume d'être baissée , au moins de cette &çon , soit qu'on ait en la baissant une intention particulière. Chacun de nous baisse à chaque instant la paupière , et l'oculiste abaisse la cataracte à un aveugle. « Elle se mit à rougir en baissant la paupière. Dès qu'une personne e»\ morte , on abaisse ses paupières sur ses yeux. »
ACAU.
Les personnes qui ont soin des lanternes pu< bliques les baissent tous les jours pour les allumer; et un jour le commissaire trouvant une lanterne placée trop haut pour éclairer convenablement , la fait abaisser. De même , baisser un couvercle , une visière , un voile , un pont-levis , un store , signifie l'action ordinaire et conforme à la destination de ces objets de les faire aller en bas; mais les abaisser ^ c'est une opération de l'ouvrier qui les a faits et qui les refait de manière à les fixer , à les attacher moins haut. Vous baissez une muraille pour qu'elle soit moins haute , c'est le motif habituel d'une pareille ac tion ; vous Vabaissex , afin qu'elle ne vous empêche pas d'avoir la vue sur la campagne.
On baisse la tête , les bras , les yeux , lorsqu'on les dirige en bas; c'est une action commune et faite pour des motiCs communs : mais dans le langage particulier des arts on abaisse la tête , les bras , les yeux d'une figure , afin de lui faire produire l'effet particulier qu'on a en vue. En géométrie on abaisse une perpendiculaire sur une ligne ; ce n'est pas une opération dont le premier venu soit capable.
« On baisse les yeux ; on abaisse ses regards. » ÀCAD. La Fontaine dit , en s'adressant à Dieu et pour exalter sa puissance :
Les cieu\ t'abaissent sous tes pieds.
« Le sacrement adorable (de la communion) approche ; voyez comme la reine abaisse cette tête auguste devant laquelle s'incline l'univers. » Boss.
Quelquefois ce qvCabaisser offre de remarquable , c'est que l'action se fait peu à peu et non tout d'un coup. « L'œil se baisse pour voir ce qui est près de la terre. » Volt, c II contemplait la lune qui s'abaissait ?ers le couchant. » In.— « Tous les nuages baissent pour nous à l'horizon, à la distance d'une lieue, et ils s^abaissent par degrés. » Id.
Se DONNER , s'ADONNER. Embrasser un certain genre de travail.
Dans le verbe composé la particule initiale est inchoative et marque plus d'activité; de même que dans apercevoir relativement au simple percevoir, et. suivant Dcederlein, dans le latin oda-
PMBMËRE PAR1IB
mante, nm «ti rtfpfMrri avee son radical am«rv. Celui qui m dofUM À va art ou à une science ne s'appartient plus, y est livré tout entier, en est pour ainei dire Tesclave; celui q.ui s'y adenns y est seulement attaché , et en Hait le but vers lequel il dirige ses pensées et ses action».
Du reste , se* donner parait rarement employé dans ce sens, tfonteëqnieu a dit au sujet de Christine de Suède : « Une reine abdioua la cou^ ronne pour se donner tout entière à la philosophie. 3» St Fénelon , écrivant à- Mme de Mainte^ non : « Ce détail extérieur, quand tous vous y donnertsjr tout entière, sera toujours au-dessus de vos forces. » Et Rollin parlant de Socrate : « Il s'est donn^ tout entier à ce qui concerne les moBurs. »
Le simple exprime la plénitude du dévouement , et le composé la destination , la tendance vers un certain but, l'exercice de l'activité en un certain sens : « Les Turcs ont été de tout temps adonnés au brigandage. » Hontesq.
Je ohante dens ces vers les fiUcs de lliiiée, Tnnipe aux arts de Fallu dés reofanceo^/oAii^. L^f.
c Pendant la guerre , U Jeunesse ne s'adonne plus auoi lettres. » Fëit. Il y a des peuples adonnés au commerce, à ragriciiltui>e, à la gnerre (lo.). a Platon inspira à Speusippe un violent désir de Vimiter, el de s'adonner à U philosophie.»
ROLb.