‹ Dictionnaire des termes employés dans la construction (volume 2)Chapitre 190 sur 255 · TÊTE-NOIRE · texte numérisé non relu

TÊTE-NOIRE

bien encore des chéneaux en mêlai ou en terre cuite. Dans ce dernier cas, on faisait souvent usage de tètes de lion, qui servaient, en même temps, d'orifice pour Tecoulement des eaux.

La tête du bélier se trouve sculptée aux angles d'une infinité d'autels, de trépieds et de cippes de toute espèce, etc.

Les bucranes (voy. ce mot) accompagnés de bandelettes, de festons et de guirlandes, étaient un symbole caractérisant le lieu des sacrifices.

Les modernes ont conservé l'usage antique d'orner avec des têtes humaines les clefs des arcades dans les portiques. Les têtes d'animaux servent quelquefois à indiquer la destination de certains lieux; c'est ainsi que des têtes de chien sont souvent placées sur les chenils, des têtes de cerf ou de sanglier sur les portes d'un parc, des têtes de cheval sur les bâtiments d'écurie, etc.

2° On donne le nom de tête à différents ouvrages de construction ; ainsi, l'on appelle :

Tête de mur, ce qui paraît de l'épaisseur d'un mur dans une ouverture et qui est ordinairement revêtu d'une chaîne de pierre ou d'une jambe étrière ;

Tète de vonssoir, la face antérieure ou postérieure d'un voussoir ;

Tête de chaussée, le commencement d'une chaussée pavée, et dans une chaussée bombée, une partie de pavé placée au-devant de deux ruisseaux qui se réunissent pour n'en former qu'un ;

Tête de chat, un petit moellon presque rond ;

Tête de chevalement, une pièce de bois posée horizontalement sur deux étais pour soutenir un pan de mur, une pile, un angle de façade, pendant que l'on fait une reprise en sous-œuvre;

Tête de poteau, une extrémité d'un pieu que l'on a recépé dans un pilotis ;

Tête de cabestan, la partie de l'axe du cabestan qui est percée de mortaises destinées à recevoir les extrémités des barres servant à faire mouvoir cette machine ;

Tête de marteau, la partie carrée ou ronde opposée à la pointe ou panne d'un marteau ;

Tête de clou, la partie du clou sur laquelle on frappe pour l'enfoncer ;

Tête plate, la forme de la tête des clous à ardoises, à lattes et d'épingle ;

Tête de champignon, la tête ronde, plate ou creuse en dessous des clous à pointe, des clous rivés, des boulons ;

Tête fraisée, une tête de clou que l'on fait plate dessus et convexe dessous, de manière à ce qu'elle entre dans le bois, la pierre, le métal, et que le dessus affleure le nu ;

Tête à la romaine, une tète de vis de forme sphérique, que l'on a percée d'un trou au milieu pour la tourner;

Tête perdue, une tête de boulon, de vis, de clou encastrés dans la pierre ou le bois et qui n'en excède pas le parement;

Tête de pêne, la partie du pêne qui entre dans la gâche ;

Tête de palastre, la partie de la serrure qui affleure l'épaisseur de la porte et dans laquelle est pratiqué le passage du pêne ; on dit aussi têtière ;

Tête de pivot, la partie saillante d'un pivot à équerre ;

Tête de capucin, un outil dont une extrémité est recourbée et qui sert à tourner les barreaux de grille pour les fixer en place.

On donne encore le nom de tête de clou à un ornement de sculpture de la forme indiquée par la figure 3282, qui

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Fig. 3282.

était employé, dans l'architecture romane, pour décorer les bandeaux et les archivoltes.

Tête-noire [Pierre de la). — Cal-

TETU.

THEATRE

caire tendre, blanc, légèrement jaunâtre, provenant de la carrière de la Tête-noire, dans la commune de Longèves (Vendée).

Cette pierre, à grain fin et homogène, présente une hauteur d'assise de 0m,20 à lm,20 ; elle pèse 2,030 kilogr. le mètre cube et s'écrase sous une charge de 180 kilogr. par centimètre carré.

Têtière, s. f. — Tète de la cloison de la serrure dans laquelle passe le pêne.

Téton, s. m. — Petite saillie que portent les lames de certains forets ou fraises appelés forets ou fraises à tétons.

Tétrastyle, s. m. et adj. — Édifice qui possède en façade une ordonnance de quatre colonnes.

Fig. 3283.

Tel est le temple de la Fortune virile à Rome (fig. 3283), édifice construit par Servius Tullius , détruit peu de temps après la mort de ce prince et réédifié ensuite sur le môme plan.

Têtu, s. m. — Marteau à tête carrée qui sert à abattre la pierre pour la dégrossir près des arêtes.

La figure 3284 montre deux têtus de formes différentes.

On emploie aussi cet instrument pour

assurer la pierre sur le mortier quand on la met en place.

Fig. 3284.

Théâtre, 5. m. — Édifice consacré aux représentations scéniques.

L'origine des théâtres est généralement attribuée à la célébration des fêtes de Bacchus, pendant lesquelles un récitateur chargé de raconter ou de chanter quelque fait relatif à l'histoire du dieu se tenait d'un côté de l'autel ou thymele qui lui était consacré, pendant que les spectateurs se tenaient de l'autre côté.

En effet, tous les théâtres antiques présentent ces trois divisions principales : Yautel, la scène et les gradins.

Dans les premiers temps, le creux d'un vallon ou quelque partie circulaire de montagne furent les endroits choisis pour ce genre de spectacles; plus tard, on établit, pour ces fêtes, des échafauds temporaires et enfin de véritables théâtres construits en charpente ; mais ce n'est qu'après l'écroulement des anciens gradins de bois que Ton songea à élever ces édifices en maçonnerie.

Le premier, ou du moins l'un des premiers théâtres en pierre, fut édifié à Athènes, 500 ans avant Jésus-Christ, sous le nom de théâtre de Bacchus.

On choisissait pour emplacement la pente d'une colline, de l'acropole de la ville, par exemple, et l'on y taillait des gradins que l'on complétait, au besoin, par des blocs de rapport et de la maçonnerie. Ces gradins formaient un amphithéâtre demi-circulaire d'où les

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THÉÂTRE

spectateurs jouissaient d'un horizon étendu ; ainsi, quand cela était possible, on plaçait ces édifices sur le versant d'une montagne avec vue sur la mer, comme à Sicyone, à Taras et à Taormine.

Les gradins étaient divisés par des escaliers dirigés vers le centre et quelquefois aussi par une ou plusieurs allées circulaires comme eux, ainsi qu'on le voit sur le plan (tig. 3285) réprésentant le théâtre de Ségeste, ville de Sicile, fondée par une colonie grecque.

Fig. 3285.

Le dernier gradin inférieur dessinait ainsi une aire en demi-cercle dans laquelle s'élevait l'autel: c'est dans cette partie du théâtre, appelée orchestre, que se tenaient les chœurs. Ceux-ci avaient leurs mouvements indépendants de ceux de la scène, et pouvaient entrer et sortir librement, selon les nécessités de l'action, par un passage situé de chaque côté de l'orchestre. La scène formait en face des gradins une construction quelquefois très considérable et qui se composait généralement de trois corps, de bâtiment : Yépiscénion, occupant le milieu, et les ailes. C'est dans ces bâtiments que l'on renfermait le matériel du théâtre, les machines, les costumes et les masques ; les acteurs s'y retiraient pendant les représentations. L'espace situé en avant du mur de fond de la scène elles ailes était Yhyposcénion ou avant-scène. Le mur du tond lui-même était décoré par une ordonnance d'architecture.

Nous donnons (fig. 3286), à l'échelle de 0m,000o pour mètre, le plan du

Fig. 32S6.

théâtre de Taormine, en Sicile, d'après le relevé fait par M. Henri Labrouste des ruines qui subsistent. Cet édifice est taillé presque entièrement dans une montagne de roche au sommet de laquelle il se trouve et d'où l'on découvrait la mer ; on estime que près de trente mille spectateurs y pouvaient trouver place. On voit encore bien indiqués les deux bâtiments en ailes et l'épiscénion , avec sa façade décorée de colonnes.

La coupe de ce théâtre que présente la figure 3287, à l'échelle de 0m. 00125 pour mètre, montre encore les divisions des gradins dans le sens de la hauteur, la galerie du haut, les piliers quadrangulaires supportant les voûtes qui recouvraient le portique extérieur en hémicycle ; l'épiscénion et l'une des portes donnant accès aux bâtiments en ailes. Sous la scène, existe un passage voûté qui donnait issue sur le côté de la montagne regardant la mer.

Les dispositions générales des théâtres romains étaient à peu près les mêmes que celles des théâtres grecs.

Les gradins étaient établis en demicercle et divisés en compartiments cunéiformes (cunei) par des escaliers qui servaient aux spectateurs pour descendre jusqu'à la rangée où se trouvaient leurs places respectives quand ils

THÉÂTRE

THÉÂTRE

avaient débouché dans l'enceinte par des escaliers partant des passages coules portes (vomit oria) où aboutissaient verts ménagés dans l'épaisseur du bâti-

Fig. 3287.

ment. Au bas du corps de l'édifice occupé par les spectateurs et nommé cavea, était Yorchestre. Cette dernière partie, qui avait la forme exacte d'un demi-cercle, ne servait pas, comme l'orchestre grec , aux évolutions des chœurs, mais contenait des sièges réservés aux magistrats et aux personnages.

[j'orchestre était séparé par un mur

bas (pulpitum) de la partie occupée par les acteurs et que l'on appelait avantscène {proscenium) ; le nom de scène était appliqué au mur formant le fond du théâtre. Ce mur était percé de trois portes où étaient placés les vestiaires des acteurs ainsi que les magasins du théâtre ou postscenium.

La figure 3288 représente le plan du théâtre d'Herculanum, dans lequel on

Fig. 3288.

voit en A les corridors divisant l'édifice en précinctions, en B les cunei, en C Yorchestre, en D le proscenium, et en E les magasins.

Un grand rideau orné de figures, qui se baissait au lieu de se relever comme

les nôtres, séparait avant le spectacle et pendant les entractes, le proscenium de la partie de l'édifice réservée au public. Les gradins, l'orchestre et le proscenium étaient entièrement découverts, et les représentations avaient lieu en plein

THEATRE

jour. Un portique établi derrière le proscenium ainsi que ceux qui étaient distribués sur la hauteur du théâtre servaient de refuge en cas de pluie. Dans la suite, on prit le parti de couvrir tout le théâtre par une grande toile, appelée velarium, qui s'ouvrait et se fermait à volonté, était richement décorée et se fixait à des mâts implantés sur les murs d'enceinte.

Certains théâtres romains étaient construits sur de vastes proportions : ceux de Marcellus et de Pompée pouvaient contenir, le premier seize mille spectateurs et le second, paraît-il, jusqu'à quarante mille. Ces chiffres sont sujets à discussion, mais il n'en est pas moins certain que les proportions suivant lesquelles ces édifices étaient construits nécessitaient des dispositions spéciales pour que de tous les points on pût juger les physionomies et entendre les acteurs. Ainsi, ces derniers se couvraient la tête de masques très accentués, divisés en tragiques, comiques et satyriques et dont la bouche, très largement ouverte, était garnie de feuilles métalliques destinées à renforcer la voix. En outre, plusieurs machines fonctionnaient

sur la scène et secondaient le jeu des acteurs ; on y comptait : Vekkyclima, sorte d'échafaudage en bois, porté sur des roues qui pouvaient servir à donner le spectacle d'une scène d'intérieur ; le pegma, autre machine en bois, où plusieurs étages , placés dans la partie basse de l'échafaudage , pouvaient en sortir comme d'une gaîne, s'élever à une certaine hauteur et y rentrer ensuite ; le geranos, sorte de grue servant à enlever un personnage dans les airs ; Yanapiesma, qui faisait monter de dessous le théâtre sur la scène. les divinités infernales ; le rannocipéion et le bronthéion servant à imiter la foudre (1).

Il fut construit, pendant le règne des empereurs, un grand nombre de théâtres dans toutes les provinces de l'empire romain.

On retrouve, en France, les ruines encore importantes de monuments consacrés aux spectacles ; tels sont les théâtres de Nîmes , d'Orange , d'Arles, etc.

La figure 3289 représente une vue perspective des restes du théâtre d'Arles. Cet édifice qui, par sa disposition, se rapproche plus des théâtres grecs

Fig. 3289.

que des théâtres romains, était jadis revêtu de marbre et orné de statues. On voit assez bien la disposition intérieure

et les gradins où se plaçaient les spec-

(1) De Caumont, Abécédaire d'archéologie.

THÉÂTRE

tateurs, mais on n'y trouve plus le grand mur de scène qu'on voit encore à Orange et qui se prolongeait avec toutes ses dépendances, jusqu'à la rencontre des portiques extérieurs.

Aux édifices de ce genre, il convient de rattacher les odéons ou théâtres de musique , dont le plus célèbre fut l'odéon de Périclès à Athènes (voy.

Odéon).

Interrompue à la suite des invasions des Barbares, la construction des théâtres ne fut reprise que vers la fin du moyen âge, à une époque que Ton ne saurait déterminer d'une manière précise. Les représentations dramatiques avaient lieu jusque-là sur des échafaudages temporaires, dressés sur la voie publique ou dans de vastes salles.

C'est au xvie siècle que furent édifiés les premiers théâtres permanents ; mais les architectes qui les élevèrent s'appliquèrent surtout à imiter les théâtres antiques et non pas à mettre ces édifices en rapport avec les usages modernes.

C'est à cette époque que Bramante éleva à l'extrémité de la grande cour du Vatican un théâtre en pierre sur le plan des théâtres antiques. Palladio éleva sur les mêmes données, en 1580, celui de Vicence. Ce n'est qu'au siècle suivant que Ton commença à donner à ces édifices les dispositions qu'ils présentent aujourd'hui.

On remplaça d'abord les gradins par des rangs de loges ou des balcons et la scène devint plus profonde afin de faire jouer les machines et d'obtenir des effets pittoresques.

Un des premiers et des plus importants théâtres construits en France au xvne siècle fut celui que fit édifier au Palais-Royal le cardinal de Richelieu.

A l'intérieur de la salle étaient disposés vingt-sept gradins et deux rangs de loges ; des banquettes placées sur les côtés de l'avant-scène étaient réservées à la noblesse ; les femmes occupaient les fauteuils ou des chaises qu'elles se faisaient apporter dans les gradins ; au

parterre, on se tenait debout. Les représentations avaient alors lieu dans le jour. Plus tard, on les donna le soir et il fallut éclairer les salles de spectacle, ce qui amena l'emploi du lustre (voy. ce mot).

Les théâtres modernes diffèrent en tous points des théâtres anciens : ils sont d'abord infiniment moins vastes, puis ils sont toujours couverts. Ils présentent généralement quatre divisions principales : 1° les accès (porches, vestibules, escaliers, bureaux, etc.) ; 2° les repos (foyers , galeries) ; 3° la salle ; 4° la scène.

1° Les accès doivent largement suffire aux arrivants, qui se divisent en quatre catégories : piétons munis de billets d'entrée ou de places réservées; piétons qui n'ont ni places réservées, ni billets, et qui sont obligés de faire la queue ; personnes venant en voiture et qui ont leurs coupons ou leurs places retenues ; personnes venant en voiture et n'ayant ni billets, ni places gardées, de sorte quelles doivent aussi prendre place à la queue.

Pour le service des piétons, il faut dans tout théâtre d'une certaine importance : 1° un porche ou galerie d'entrée; 2° un grand vestibule de repos ou de promenade ; 3° un vestibule de contrôle. Ces trois divisions doivent naturellement communiquer largement ensemble, et être placées à proximité les unes des autres. Pour le service des piétons prenant les billets et faisant queue, il faut : vestibules, pièces ou tambours d'entrée pour la galerie d'attente ; galerie fermée pour cette attente ; vestibule ou pièce contenant les bureaux de la prise des billets. Cette catégorie de spectateurs se réunit à la première catégorie de piétons dans le vestibule de contrôle. Pour le service des spectateurs venant en voiture et qui sont munis de leurs coupons ou de leurs entrées, il faut : une descente à couvert, placée sur le flanc de l'édifice, afin de laisser toute la libre circulation de la façade aux pié-

THEATRE

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tons: un premier vestibule de passage entre l'extérieur et l'intérieur; un vestibule ou espace pour les valets de pied; un grand vestibule ou salon d'attente et de repos provisoire. Enfin, pour les personnes qui arrivent en voiture et qui n'ont pas pris de billets à l'avance, il faut une entrée spéciale, munie de tambours qui brisent l'arrivée de l'air extérieur, et communiquant avec la galerie d'attente destinée aux spectateurs qui attendent l'ouverture des bureaux. Ces vestibules servant à l'entrée doivent aussi être utilisés pour la sortie, qui n'est plus effectuée que par trois catégories de spectateurs. Ceux qui s'en vont à pied doivent sortir par la façade en repassant par le vestibule de contrôle et par le premier grand vestibule. Les spectateurs qui veulent prendre une voiture non retenue sortent par le péristyle, comme les précédents, ou par le vestibule de contrôle et des issues particulières auprès desquelles viennent se ranger les voitures de place. Les personnes que leurs équipages viennent attendre à la fin du spectacle sortent par le vestibule-salon et la descente à couvert. Notons ici que toutes les portes de ces vestibules doivent toujours pouvoir s'ouvrir en dehors. Quant aux portes battantes, elles doivent s'ouvrir des deux côtés. Ajoutons enfin que le vestibule de contrôle ne doit contenir, dans les théâtres d'importance secondaire, qu'un seul bureau de contrôle, d'où l'on puisse facilement surveiller d'un coup d'œil l'entrée de toutes les places. Comme annexes du contrôle, il faut placer le bureau des suppléments et un petit cabinet spécial, dans lequel le contrôleur principal peut établir chaque soir le montant de la recette pendant le cours même de la représentation.

Dans un théâtre de premier ordre, il faut diviser les escaliers en deux catégories : les escaliers servant aux places ordinaires et les escaliers servant aux places de luxe, de manière à ce que le chemin soit tracé pour chaque nature de

place et que la confusion soit évitée. Il faut donc un escalier d'honneur, occupant une place centrale et communiquant facilement avec des escaliers secondaires, situés latéralement, c'est-àdire à droite et à gauche de l'escalier principal. On donne à ce dernier un aspect monumental tant par la disposition des rampes, que par la décoration de l'escalier même et de la cage qui le contient. Mais l'escalier monumental exige un emplacement considérable et des ressources proportionnées à l'effet que l'on veut produire. L'architecte est donc tenu, dans un théâtre secondaire, d'adopter une disposition plus modeste.

Il est alors obligé, pour desservir l'accès aux divers étages, de multiplier les escaliers, non pas en raison de chaque espèce de places, mais suivant une classification générale des places. Ainsi, les fauteuils, les stalles d'orchestre et les baignoires du rez-de-chaussée pourront être, sans inconvénient, desservis par les mêmes escaliers, n'ayant, du reste, qu'un petit nombre de marches ; le parterre doit avoir un accès spécial ; aux premières et aux secondes, il est bon de donner un escalier spécial ; les troisièmes et les quatrièmes peuvent être réunies par le même escalier. Ces divers escaliers ont tous leur départ sur le même vestibule de contrôle et servent aussi à la sortie du public après la représentation.

2° Parmi les repos, le foyer est le plus important : il sert de promenoir et de lieu central de réunion ; aussi doit-il occuper l'emplacement qui se trouve entre les escaliers et le devant de la façade, au-dessus du grand vestibule du rez-de-chaussée. Dans les grands théâtres, à ce foyer est adjointe une galerie extérieure ou loggia, destinée aux spectateurs qui désirent se reposer ou se promener à l'air libre, sans sortir de l'édifice et qui veulent jouir de la vue des abords du théâtre. Les autres repos sont les galeries ménagées à chaque étage au pourtour des loges, et

THEATRE

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qui peuvent servir de promenoirs; le fumoir, où certains spectateurs vont fumer un instant pendant l'entr'acte, et le buffet, où d'autres vont prendre quelques rafraîchissements, soit debout, soit assis. Ces deux derniers locaux doivent être en communication à peu près directe avec le foyer et les couloirs de la salle.

3° Les salles dans les théâtres actuellement construits sont établies suivant deux systèmes très dictincts, le système français et le système italien.

La salle française occupe toute la hauteur de l'édifice jusqu'à la naissance du comble; ses parois intérieures portent plusieurs galeries élagées dont le diamètre augmente à mesure qu'elles s'élèvent davantage et auxquelles on accède par des corridors. Ces galeries sont divisées, sur une partie de leur largeur, par des cloisons qui s'abaissent en se découpant près de l'appui pour dégager les vues latérales et forment ainsi des loges découvertes. De grands amphithéâtres ou cintres avec ou sans séparations occupent les parties supérieures de la salle.

La partie inférieure de la salle qui touche immédiatement à la scène et qui est en contre-bas du plancher de celleci, de lm,70 environ, est réservée aux musiciens ; elle est disposée sur une table d'harmonie et reçoit le nom d'orchestre. A la suite vient le parquet, occupé par plusieurs rangées de sièges et désigné aussi, quelquefois, mais improprement, sous le nom d'orchestre.

Enfin, au-delà du parquet, se trouve le parterre qui se prolonge, dans certains théâtres, sous le premier étage des galeries.

Dans quelques théâtres, le parterre est suivi d'un amphithéâtre ou sorte de galerie de rez-de-chaussée précédant les galeries de balcon et qui est garnie de sièges à prix élevé.

C'est d'ailleurs en raison du prix des places que les sièges sont plus ou moins espacés. Les rangs doivent être distants

de 0"\90 environ d'axe en axe à l'orchestre, au balcon et au premier amphithéâtre; de 0m,8o, dans les premières loges ; de 0m,80, au parterre, dans les galeries supérieures et à l'orchestre et de 0m,55 partout ailleurs.

De cette variété d'aspect et de disposition pour chaque catégorie de places, il résulte dans les salles françaises un air de fête et d'animation que ne présentent pas les salles italiennes. Dans celles-ci, en effet, le pourtour est divisé verticalement en un grand nombre de petites loges placées à plomb les unes des autres et donnant à l'intérieur du théâtre un aspect qui rappelle vaguement celui d'un colombier.

La partie supérieure du vaisseau , dans les salles françaises, est presque toujours terminée par une voussure on voûte plate qui s'harmonise avec les formes générales. Quant aux points d'appui supportant les galeries et le plafond, ils peuvent être disposés suivant deux partis différents : l'un, qui consiste dans la division du pourtour par petites travées égales ; l'autre, fréquemment appliqué, qui divise la salle en trois grandes parties seulement, séparées par des entrecolonnements formant loges, ce qui réduit considérablement le nombre des points d'appui.

Quant à la forme que doit affecter la salle en plan, elle varie suivant la destination du théâtre. Si la féerie doit être seule représentée, si le public doit plutôt voir qu'entendre , il conviendrait mieux d'établir la salle sur plan elliptique, ayant son grand axe parallèle au rideau, c'est-à-dire plus large que profonde, parce qu'alors la grande masse des spectateurs est placée de face, et, par suite, dans les meilleures conditions de vision. S'il s'agit, au contraire, d'un théâtre lyrique , dans lequel l'audition est la chose essentielle, la salle devra plutôt trouver son développement dans le sens de la direction des sons émis par les chanteurs ; elle devra être plus longue que large ; il y aura

THÉÂTRE

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ainsi un plus grand nombre de places de côté, moins bonnes pour la vue, mais dans lesquelles on entendra parfaitement ; on est ainsi conduit à la salle en forme d'aimant ou fer à cheval. Une disposition avantageuse est celle du cercle

Pig. 3290.

tronqué vers le quart par l'ouverture de rayant-scène, et, vers le cinquième, par celle du rideau. Les salles du théâtre San Carlo, à Naples ; du théâtre de Bordeaux dont la figure 3290 représente le plan : du théâtre Français et de l'Opéra de Paris ont été établies d'après ces données.

L'éclairage de la salle se fait au moyen d'un lustre qui descend d'une ouverture ou lunette pratiquée au milieu du plafond. Toutefois, cet appareil a l'inconvénient de gêner la vue pour un certain nombre de spectateurs placés dans les galeries les plus élevées et de produire une chaleur, souvent excessive; aussi, a-t-on essayé, au théâtre du Châtelet et au théâtre Lyrique, à Paris, de supprimer le lustre et de le remplacer par un verre de grande dimension, dépoli et ciselé, au-dessus duquel on concentre un grand nombre de becs de gaz. de sorte que la lumière est comme tamisée et arrive dans la salle considérablement adoucie. Mais on paraît renoncer à cette innovation, en rai-

son précisément du peu d'éclat qui en résulte ; le lustre, au contraire, a l'avantage d'être un splendide ornement et de donner à la salle un plus grand air de fête.

Mais l'architecte doit se préoccuper d'autres conditions très importantes sous le rapport des satisfactions des sens, des commodités du corps et de l'état de santé de chacun des spectateurs. Il faut que l'on puisse avoir une température régulière et douce dans toutes les parties de la salle et dans toutes les saisons ; respirer un air sain, largement et également renouvelé dans toutes les parties de la salle ; entendre bien et également bien dans toutes les parties de la salle. De ces trois conditions, les deux premières sont intimement liées entre elles, et l'examen des procédés nécessaires à leur réalisation exige des développements que le lecteur trouvera à l'article Ventilation.

La bonne audition, si importante dans les théâtres lyriques, se rattache aussi au mode employé pour aérer la salle, mode qui influe sur la répartition du son dans le vaisseau ; mais cette condition dépend surtout des lois de l'acoustique, science qui est encore dans la période de l'enfantement et dont les applications sur une grande échelle n'ont encore été que peu nombreuses.

Toutefois, il y a certains points acquis et confirmés par les faits, a Ainsi, dit M. L. Sauvageot (1), on reconnaît généralement aujourd'hui que la nature et l'épaisseur des matériaux formant les parois de la salle sont sans influence appréciable sur la réflexion du son. On pourra donc employer indifféremment la maçonnerie, le fer ou la charpente en bois, dans la construction du périmètre, des points d'appui et du plafond de la salle, sans que cela modifie la sonorité du vaisseau. Il semble moins certain que l'emploi de tel ou tel genre de maté-

(1) Considérations sur la construction des théâtres.

THÉÂTRE

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riaux soit sans influence sur le timbre, c'est-à-dire la nature du son. A cet égard, un léger revêtissement en bois de l'intérieur des parois de la salle paraît le mieux convenir pour conserver intactes et parfaitement distinctes à l'oreille les qualités essentielles des instruments à cordes et en cuivre. »

Quanta la forme de la salle, nous avons vu que la plus favorable à l'audition, était celle du plan elliptique allongé en profondeur. Il convient aussi d'avancer le plus possible le proscenium dans la salle et d'établir les avant-scènes en évasement, en y ménageant des surfaces réfléchissantes destinées à projeter le son en avant.

4° La scène communique avec la salle par une large baie appelée Couverture de la scène et qui se ferme à volonté au moyen d'un vaste rideau que Ton manœuvre par le haut. Pour rétablissement de ce rideau, il y a plusieurs systèmes : les tentures réelles, les tentures simulées et la reproduction d'objets animés ; le second de ces procédés est généralement adopté.

La scène comprend deux divisions principales, Y avant-scène, placée entre l'orchestre et le rideau, et la scène proprement dite.

L'avant-scène est accompagnée , à droite et à gauche, de loges dites loges d'avant-scène et dont il faut signaler ici l'inconvénient ; les sons s'y engouffrent et ne sont pas renvoyés dans la salle comme il le faudrait.

Une série de becs de gaz appelée rampe et placée tout à fait en avant de la scène sert à l'éclairer.

« Il serait préférable d'employer , pour cet objet, dit M. Léonce Reynaud dans son Traité d'architecture , des foyers lumineux entièrement soustraits à la vue des spectateurs, distribués latéralement sous les premières loges d'avant-scène, à peu près au niveau de la tête des acteurs, et disposés de telle façon que la lumière soit uniformément répartie sur toute la largeur de la scène,

tout en diminuant d'intensité à mesure que les plans se reculent. »

Au milieu de la rampe se trouve le trou du souffleur, qui est caché aux spectateurs par une sorte d'écran.

La scène s'étend depuis le rideau jusqu'au mur du fond. Elle se prolonge, en outre, sur les côtés latéraux d'une quantité au moins égale à sa largeur visible. Le sol est formé par un plancher composé de traverses de bois situées à une certaine distance les unes des autres et de feuilles de parquet mobiles qui s'élèvent et s'abaissent, vont et viennent, au moyen de rainures pratiquées dans les traverses.

Ces pièces de parquet constituent les trappes et les trapillons qui servent au jeu des décorations.

Sous la scène est un espace dont la profondeur est au moins égale à la moitié de la hauteur de l'ouverture de la scène. Cet espace est divisé verticalement par les supports des traverses, et, de plus , partagé , dans les grands théâtres, en trois étages à planchers mobiles, auxquels on donne les noms de premier, deuxième et troisième dessous.

Un espace semblable et distribué de la même manière existe au-dessus de la scène, et ses divisions forment ce qu'on appelle les dessus. Cet espace se termine par un gril en charpente chargé de machines, treuils, roues, etc.

Dans la machinerie des théâtres, on appelle :

Châssis ou coulisses, les décorations qui forment les côtés de la scène et cachent au public la vue des ailes;

Toiles, les décors qui descendent des dessus pour former le fond de la scène, les ciels, les plafonds et généralement toutes les parties supérieures ;

Fermes, des pièces montées sur châssis qui s'élèvent des dessous ou viennent des côtés pour former la partie inférieure des tableaux de la scène et les objets isolés qui occupent les divers plans ;

THEATRE

Praticables, les décors qui donnent passage aux acteurs, tels que portes, ponts, etc., et les objets réels, tels que meubles, etc.

La scène est toujours accompagnée d'un certain nombre de dépendances

qui servent de magasins, de bureaux pour l'administration, de foyers pour les acteurs, etc.

Nous donnerons ici (fig. 3291), à l'échelle de 0m,001 pour mètre, le plan du théâtre de l'Opéra, construit à Paris,

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Fig. 3291.

par M. Garnier, avec des proportions et une magnificence qui en font le premier théâtre du monde entier.

Entièrement isolé par de larges voies de communication et précédé d'une

vaste place publique, cet édifice est composé de quatre parties principales :

1° les grands vestibules, les escaliers les plus importants et les foyers ouverts au public; 2° la salle et ses dépendances;

THÉÂTRE

3° la scène et ses accessoires ; les pièces destinées à l'administration et aux artistes du théâtre. Il y a, de plus, deux appendices latéraux qui présentent l'un la loge du chef de l'Etat et ses dépendances ; l'autre, les salons, cabinets et offices d'un restaurant.

Voici la légende indiquant les divisions de ce plan et leurs destinations diverses :

1, place de l'Opéra ;

2, portique ; au-dessous, porche principal ;

3, grand foyer ; au-dessous, vestibule principal couvert à ses deux extrémités, donnant accès aux escaliers et aux galeries latérales qui mènent aux bureaux de distribution des billets ;

4, à gauche, foyer des fumeurs ; à droite, galerie des rafraîchissements; au-dessous, galelie conduisant aux bureaux de distribution des billets ;

5, restaurant et dépendances ; au-dessous, porche ouvert aux voitures ;

6, cage du grand escalier dont les rampes diverses conduisent au niveau du couloir de l'amphithéâtre, des baignoires et de l'orchestre des spectateurs, au premier étage et enfin à un salon circulaire situé sous la salle et destiné aux personnes qui attendent leurs voitures;

7, escaliers secondaires desservant tous les étages ;

8, la salle comprenant, sur le pourtour, les loges avec leurs salons placés derrière, et les quatre divisions suivantes : l'amphithéâtre des premières, le parterre, l'orchestre des spectateurs et l'orchestre des musiciens ;

9, loges du chef de l'État, avec grand salon circulaire et dépendances ; au-dessous, porche sous lequel entrent les voitures ;

10, scène ;

11, remise des décors ;

12, foyer de la danse ;

13, foyer du chant ;

14, magasin des accessoires ;

15, loges et galeries des choristes hommes ; au-dessous , loges et galerie des choristes femmes ;

16, escaliers des artistes;

17, loges des premiers artistes du chant et dépendances ; au-dessus et au-dessous, loges des autres artistes, bureaux et dépendances;

18, cour ;

19, grande cour d'entrée de l'administration et des artistes.

Nous n'entrerons pas ici dans le détail des richesses décoratives qui ont été déployées dans cet édifice, non plus que

des divers systèmes adoptés d'après les perfectionnements les plus récents pour le chauffage et la ventilation (voy. ces mots) ; nous signalerons seulement, au point de vue général, l'accentuation très nette que M. Garnier a su faire au dehors des principales divisions de l'intérieur : une loggia somptueusement décorée annonce au spectateur la partie réservée à la circulation du public ; la salle et la scène sont indiquées la première par la coupole qui la surmonte, la seconde par un fronton triangulaire qui domine l'ensemble, accentuant ainsi la plus vaste des divisions du monument; enfin, les bâtiments d'administration placés derrière la salle sont également accusés par des formes spéciales et le tout s'harmonise de manière à conserver intacte l'unité de composition.

Nous terminerons cet article en indiquant quelques dispositions destinées à diminuer les chances d'incendie et à permettre, en tous cas, au public et au personnel d'évacuer rapidement le théâtre. Il importe, en premier lieu, d'employer des matériaux incombustibles dans toutes les parties de la construction qui le comportent, d'établir de larges dégagements et de multiplier les escaliers de sortie. Outre ces mesures générales, il faut user de moyens spéciaux très énergiques surtout pour parer aux chances d'incendie que présente la scène, avec son agglomération de châssis, toiles, cordages, frises et bandes d'air qui traversent les cintres au milieu d'innombrables becs de gaz.

Dans la brochure citée plus haut , M. Sauvageot parle d'essais fort curieux faits à Rouen, il y a quelques années, sous la direction de M. Besongnet, inventeur d'une combinaison d'appareils hydrauliques facilement applicable sur la scène d'un théâtre. Dans ce système, il y a deux parties distinctes : la première, qui a pour objet de satisfaire aux premiers secours, comprend le service des lances, établies, comme d'ordinaire,

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