CARCER
d'abri aux voyageurs qui venaient visiter les Lieux saints.
En Occident, rechange des denrées ne se faisant point par caravanes, les grandes constructions de ce genre n'eurent pas de raison d'être. Cependant, certains monastères possédaient, en dehors de leur enceinte, un établissement dans lequel les voyageurs et les marchands trouvaient la nuit un refuge, et le jour un abri en cas de mauvais temps .
Le caravansérail est une sorte de halle ou grande salle voûtée à une ou deux nefs, avec arcades cintrées ; une banquette adossée au mur sert de
siège et de lit ; le jour est donné par la voûte, au moyen de lucarnes. Une fontaine ou un réservoir d'eau vive est disposé pour les ablutions.
Souvent aussi le caravansérail est une vaste cour entourée de portiques qui donnent accès aux salles réservées aux voyageurs, aux logements et aux magasins qui servent à entreposer les marchandises. Une fontaine et de grands arbres occupent le milieu de la cour; les chameaux et autres bêtes de somme y sont déchargés «les bagages et y prennent du repos.
La figure 738 représente le plan , à l'échelle deOm,001 pour mètre, d'un ca-
ravansérail de la ville du Caire, dont la légende qui suit explique la disposition :
1. Entrée du caravansérail; — 2. Porche; 3. Loge du portier ; — 4. Magasins où sont déposées les marchandises; — 5. Oratoire ou petite mosquée ! 6. Bassin pour les ablutions ; — 7.Latrines ; — 8. Escaliers conduisant au premier étage ; — 9. Grande
cour.
Au-dessus, sont disposées des chambres pour les marchands, avec galeries correspondant aux portiques du rez-dechaussée.
Un grand nombre de ces établissements servent à la fois d'atelier, de magasin, de bazar, de caravansérail et d'auberge ; on leur donne le nom iïokels.
Carbonate de chaux, s.
Combinaison d'acide carbonique et d'oxyde de calcium formant la base des calcaires (voy. ce mot).
Carbonisation des pieux, s. f. - Souvent on brûle la surface des pieux et poteaux qu'on veut enfoncer en terre :
on les empêche ainsi de pourrir, en les carbonisant.
Carcasse, s. f. -- Les menuisiers nomment ainsi le bâti d'une feuille de parquet garni de toutes ses traverses et prêt à recevoir les panneaux de remplissage.
Career. — 1° Prison romaine (voy.
Prison).
2° On appelait career, dans un cirque
CARIATIDE
CARIATIDE
romain, les remises d'où partaient les chars au moment de la course.
Le nombre des remises destinées aux chars était ordinairement de douze, six de chaque côté de la porte appelée
porta pompas, et par laquelle entrait le cortège.
Leur disposition, par rapport à l'arène du cirque , était toute particulière (fig. 739). Le bâtiment qui les rehfer-
mait était construit sur une ligne circulaire placée dans une direction très oblique relativement à l'axe du cirque, de manière que le centre du cercle E était sur la ligne de milieu, du côté droit de Yarea. Cette disposition était nécessaire pour permettre à tous les chars d'entrer, en même temps, dans la véritable carrière, ce qui n'eût pas été possible, si la ligne des carceres avait été dans une direction droite. La ligure 739, qui représente le plan du cirque de Caracalla, fait comprendre la disposition que nous venons d'indiquer.
A chacune des extrémités du bâtiment contenant les carceres, il y avait une espèce de tour, A, dont la partie supérieure, suivant Bianconi, était destinée aux musiciens qui, pendant les jeux, fai- ! saient de la musique ; dans la partie in- ; férieure étaient renfermées les machines qui servaient à ouvrir les grilles des \carceres. Ceux-ci étaient voûtés et assez (spacieux pour qu'un quadrige pût y être iplacé commodément. Ils étaient ouverts du côté de Yarea et du côté extérieur ; Jc'est par cette dernière entrée que les chars pénétraient dans les carceres. Les deux ouvertures étaient fermées par des grilles en bois ou portes à claire-voie. fl y avait entre deux carceres un mur de Réparation orné d'hermès, du côté de I arène. Chaque carcer avait un numéro cliquant à chaque concurrent la place l"i lui était échue par le sort.
Cariatide, Caryatide, s. f. — Fi-
gure de femme drapée, formant support et remplaçant une colonne ou un pilier. Les cariatides servent à soutenir un entablement, une corniche, un balcon, etc.
L'usage des figures humaines, comme supports ou comme pilastres, est fort ancien, suivant Diodore de Sicile, qui a décrit quelques édifices égyptiens où l'on voyait, dit-il, des cariatides colossales.
On sait que les Grecs, à une époque reculée, ont employé des figures humaines pour supporter les trônes, les trépieds, les bassins ; mais il est impossible de déterminer la date de leur application comme membres d'architecture.
Selon Vitruve, les habitants de la ville de Carya, dans le Péloponèse, s'étaient liés avec les Perses contre les autres peuples de la Grèce. Ceux-ci, après avoir vaincu les Perses, à la bataille de Platée, déclarèrent la guerre aux habitants de Carya, s'emparèrent de cette ville, tuèrent tous les habitants mâles et emmenèrent en captivité les femmes, qu'ils firent paraître, dans la pompe triomphale, sous leurs vêtements et avec leurs ornements accoutumés. Les architectes prirent de là occasion d/employer dans les édifices publics, au lieu de colonnes, des statues semblables à ces femmes pour supporter les entablements.
En même temps, ajoute Vitruve, les Lacédémoniens imaginèrent de faire
CARIATIDE
CARIATIDE
soutenir le toit d'un portique à Sparte, par des figures de Perses vaincus. Mais Pausanias, qui mérite, à cet égard, plus de confiance que Vitruve, puisque! a vu Sparte, dit que les statues des Perses se trouvaient sur les colonnes de ce portique, ce qui signifie, sans doute, qu'ils étaient ligures en relief sur la frise de l'entablement, ou bien que ces statues étaient placées au-dessus des colonnes pour supporter le comble du toit, le portique étant probablement double en hauteur.
Quant au récit de Vitruve sur les caria l ides, certains auteurs le regardent comme fabuleux. Lessing, entre autres, dans ses Mélanges d'antiquités, fait observer que les deux Cary a situées dans le Péloponèse avaient trop peu d'importance pour avoir pu concevoir le projet de s'allier aux Perses contre les autres Grecs. Il ajoute qu'on donnait le nom de cariatides aux jeunes filles Spartiates qui célébraient annuellement, dans le bourg appelé Caryœ, en Laconie, une danse solennelle auprès de la statue de Diane Caryatis, placée en plein air.
Quoi qu'il en soit de l'origine des cariatides, il ne paraît point qu'on en ait fait un usage fréquent. Suivant toutes probabilités, les cariatides du sexe masculin ou atlantes (voy. ce mot), sculptées par Diogène pour le Panthéon d'Agrippa, étaient placées dansl'attique de l'intérieur, avant que cet ordre fût changé par Septime Sévère, à la suite d'un incendie.
On cite les cariatides d'un attique appartenant au monument dit les Tutelles, à Bordeaux. Mais Perrault a fait de cet . édifice, détruit au xvnc siècle, un dessin qui montre que ces prétendues cariatides n'étaient que des ligures de bas-reliefs, sculptées sur les deux faces des pilastres de L'attique, qu'elles ne remplaçaient point ces pilastres et n'avaient pas l'aspecl de supports.
La Hiême observation peut s'appliquer aux ligures qui ornaient l'attique d'un
monument semblable à Thessalonique', et dont les sculptures ont été rapportées au Louvre par M. Mille]-.
Les'seules cariatides antiques que Ton puisse citer comme faisant véritablement fonction de supports sont cri 1rs du Pandrosion d'Athènes, qui tient au temple d'Èrechthée. Ce sont (fig. 740)
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Fig. 740.
de belles figures de femmes, revêtues de longues draperies et qui portent sur leur tête un chapiteau composé d'un abaque et d'une échine ornés, qui soutient l'entablement. Ces cariatides sont élevées sur un podium ou soubassement continu d'environ 8 pieds au-dessus du niveau extérieur et d'environ 15 pieds au-dessus du pavé de l'édifice. Des six figures qui composaient primitivemenl ce portique, il n'en reste que quatre en place. Onaretrouvé récemment le torse d'une cinquième cariatide donl on arerail la tête et le bas du corps, restauration qui, du reste, est bien intérieure
CARIATIDE
CARIATIDE
sous le rapport du fini, au travail primitif; cette cariatide à été élevée, en 1846, sur le côté oriental du portique où était son ancienne place.
Dans l'architecture du moyen âge, on ne trouve point de cariatides; cependant on peut juger, par quelques figures accroupies placées par André Orcagna pour soutenir les arcades du portique appelé la loge des Lances, à Florence, que remploi de figures humaines, comme supports dans l'architecture, n'était point tout à fait tombé en désuétude.
C'est à la Renaissance que les cariatides reprirent leur place dans la décoration des édifices. On en reconnaît l'application dans les gravures sur bois du songe du Polyphile, dans l'architecture en grisaille des fresques de Raphaël.
A la même époque, Michel-Ange employait les cariatides dans le mausolée de Jules II, à San Pietro in Vincoli ; Vignole s'en servait pour la décoration des jardins Farnèse, sur le mont Palatin et dans les bains de la vigne de Jules III.
Mais les plus belles cariatides mo-
Fig. 741.
dénies sont celles de Jean Goujon sou-
tenant la tribune de la grande salle du rez-de-chaussée du vieux Louvre. L'un de ces supports est représenté par la figure 741. Le célèbre sculpteur, « en leur coupant les bras, dit M. Léon Château, montre qu'il était digne de comprendre les grands principes de l'art antique, c'est-à-dire qu'il ôta à ses cariatides toute apparence de statues, et surtout de réalité, et prouva l'intention qu'il avait d'en faire seulement des supports en forme de figures. C'est surtout en ajoutant à ces belles statues couronnées d'un chapiteau et d'un riche entablement, les socles circulaires sur lesquels elles posent, que Jean Goujon caractérisa, d'une manière sans exemple jusqu'alors, la statue-colonne, et donna à ses figures mutilées qui pourraient offrir quelque chose de choquant, une puissance imposante qui en fait un des chefs-d'œuvre de la sculpture moderne. »
Nous citerons encore les cariatides de Sarrazin, au pavillon de l'Horloge du même monument ; les cariatides de Puget, à l'hôtel de ville de Toulon (voy. Atlante) ; celles toutes modernes et très belles aussi qui décorent les façades des pavillons du nouveau Louvre, et qui sont dues à Simart et à Francisque Duret.
Ce mode d'ornementation a quelquefois été appliqué aux monuments funéraires ; mais, dans ce cas, les cariatides ne sont plus des supports isolés ; elles sont appliquées contre un mur et souvent les corps sont remplacés par des gaines (voy. ce mot).
Nous terminerons cet article en faisant observer qu'on ne doit pas faire abus de ce genre de support dans l'architecture ; il faut surtout en faire un emploi judicieux : c'est ainsi que le goût et la prudence même interdisent de les appliquer comme soutien des parties trop lourdes d'architecture ou comme points d'appui des arcades. On voit, en effet, que les cariatides d'Athènes, comme celles de Jean Goujon,