AQUEDUC
encore les regards de ce dernier aqueduc, placés à 40 ou 50 mètres de distance l'un de l'autre. D'une manière générale, les canaux qui conduisaient l'eau à Athènes étaient construits en pierre et couverts de tuiles ou de dalles plates. Sous la domination romaine, cette ville fut dotée d'un aqueduc nouveau qui amenait l'eau du Céphise.
Syracuse était, de même, alimentée par des conduits souterrains. On cite encore, parmi les aqueducs de construction grecque, ceux de Cyrrha, de Sicyone, de Crisia, de Chalas, etc.
Les procédés d'exécution mis en usage par les peuples orientaux se trouvèrent également adoptés par les Étrusques.
Les Romains eux-mêmes suivirent certainement , tout d'abord , la coutume ancienne. Le premier aqueduc qu'ils élevèrent sur des arcades, n'était ainsi apparent que sur l'espace de soixante pas ; toute la partie en dehors de la ville était souterraine. Il fut construit, en l'an 441 de Rome, sous la censure d'Appius Claudius Cœcus et prit de là le nom (VAqua Appia. On a retrouvé récemment, près de la porte Majeure, le canal de cet aqueduc taillé dans le roc, haut de 2 mètres, large de 1 mètre et muni de plusieurs puits d'aération.
A partir de cette époque, les aqueducs de tout genre se multiplièrent et devinrent l'une des merveilles de Rome.
Le consul Frontin, qui avait l'inspection des aqueducs sous l'empereur Nerva, parle, dans un ouvrage où il traite de cette question, de neuf aqueducs, qui axaient 13,594 tuyaux d'un pouce de diamètre. Procope, qui a écrit après lui, compte 14 canaux portés par les neuf aqueducs. Enfin, pour donner une idée de la prodigieuse alimentation dont cette ville était pourvue, il suflit de citer la quantité d'eau (1,320,600 mètres cubes environ) que ces conduits amenaient, toutes les vingt-quatre heures, d'endroits distants de Rome de 30, 40 et 60 milles. Ces aqueducs ne vonl que par des sinuosités fréquentes, peut-être
AQUEDUC. — 83
pour rompre, par leurs détours, la trop grande impétuosité de l'eau, qui, coulant eu ligne droite dans un espace aussi considérable, aurait toujours augmenté de vitesse et aurait détérioré les canaux en peu de temps.
Les aqueducs de Rome étaient, en général, désignés par le nom du lieu d'où l'eau venait ou de la personne qui les a fait construire, joint au mot aqua, eau. Les plus renommés sont Y Aqua Appia, cité plus haut, Y Aqua Marcia, YAqua Tepula, YAqua Julia, YAqua Virgo', YAnio Vêtus, YAqua Asietina ou Augusta, YAqua Claudia, YAqua Crabra ou Damnata, YAqua Trajana, YAqua Alexandrina, YAqua Septimiana, etc.
Le plus beau de tous est YAqua Claudia, construit sous l'empereur Claude et qui est tout en pierres de taille rustiquement taillées. Cet aqueduc avait 46 milles de long, dont plus de 10 étaient formés par des arcs élevés quelquefois de 30 à 35 mètres.
Les provinces soumises à la domination romaine furent dotées, comme la ville de Rome elle-même, lY aqueducs dont quelques-uns sont de véritables monuments que le temps a conservés.
Ces constructions sont à une ou plusieurs rangées d'arcades superposées :
Yaqueduc de Ségovie, en Espagne, a deux rangées d'arcades; Yaqueduc du Gard en a trois ; celui de Tarragone en a deux.
L'aqueduc de Ségovie est en pierres de taille posées sans ciment; les arcs ont 5m,7i2, les piles ont le quart des arcs. Les pieds-droits de la première rangée d'arcades s'élargissent, de haut en bas, par des retraites couronnées de moulures. La construction a 66 mètres de haut,
Vaqueduc de Tarragone est fait de pierres à bornage ; sa hauteur totale est de 31 mètres et sa longueur de 218 mètres. Les piliers des arcs inférieurs sont en talus de quatre côtés ; ceux des arcs supérieurs sont, en façade, aplomb de la dernière assise des précédents et ne
AQUEDUC
diminuent que sur les faces intérieures des arcades.
L'aqueduc appelé Pont du Gard amenait à Nîmes les eaux des sources d'Eure
Fig. 154.
et d'Airan, situées à 40 kilomètres environ de cette ville. La construction en est attribuée à Agrippa, gendre d'Auguste. Il franchit la vallée profonde et encastrée dans laquelle coule la rivière qui lui a donné son nom. Il est
Fig. 155.
composé (fig. 154) de trois rangs d'arcades superposées; le rang inférieur comprend six arches ; le second en a onze et le troisième, trente-cinq. La
aqueduc:. — i
hauteur des eaux de Vaqueduc au-dessus de celles de la rivière était de 48 mètres. La construction est entièrement exécutée en pierres de t;iillr posées sans mortier, à l'exception de la cuvette, qui esl maçonnée en moellons et enduite à l'intérieur el qui a, dans œuvre, lm,32 de large sur lm,64 de haut : l'intérieur est enduil d'un ciment épais de 0m,05; le fond est un blocage de petites pierres et mortier. En 1743, on a exécuté à ce monument quelques travaux de consolidation et l'on a prolongé les piles inférieures pour leur faire supporter un pont (fig. looj.
Vaqueduc de Roquefavour est un des plus importants parmi les aqueducs modernes : il conduit à Marseille une parlie des eaux de la Durance et n'a pas moins de 82m,6o de hauteur audessus du fond de la vallée, sur 490 mètres de longueur. Les arches du premier rang sont au nombre de douze ; il y en a quinze au second rang et cinquante-trois au troisième. La construction, due à l'ingénieur Montricher, est en pierres de taille d'excellente qualité et de très -for tes dimensions, pour la plupart.
Construction des aqueducs. Le conduit d'eau (specus) des aqueducs romains était construit en maçonnerie de blocages revêtue de briques et enduit, à l'intérieur, d'un ciment composé de chaux, de sable et de tuileaux broyés et battus. Ce canal était voûté ou recouvert de dalles; di^ ouvertures ou regards, appelés lumina, étaient ménagés, de distance en distance, pour les réparations. Deux réservoirs étaient plaies aux extrémités, et d'autres, sur le parcours ; ces derniers fournissaient de l'eau aux campagnes; le réservoir d'arrivée alimentait la ville, à l'aide de tuyaux. Les arcades supportant les aqueducs apparents étaient construites en pierres de taille, par grandes assises sans mortier, ou en pierres de taille et moellons, ou bien encore, e! c'est le cas le plus général, en blocages revêtus de petits matériaux.
AQUEDUC
La construction des aqueducs est aujourd'hui exécutée de manière à ce que chacun de ces conduits puisse débiter un volume d'eau déterminé. Cette quantité de liquide dépend, à la fois, de la sert ion et de la pente du canal. Cette dernière condition est très-importante, non-seulement au point de vue du débit, mais aussi sous le rapport de la vitesse d'écoulement nécessaire pour que l'eau n'obstrue pas le conduit par les dépôts qu'elle peut y laisser. Toutefois, cet élément du tracé dépend encore et surtout de la différence de niveau qui existe entre les points de départ et d'arrivée. Il est donc permis de dire qu'on ne peut le fixer, a priori, comme le fait Vitruve, qui veut, pour les aqueducs, une pente minima de 1/200, c'est-à-dire o mètres par kilomètre. Il suffit, dans la plupart des cas, pour que Vaqueduc ne s'engorge pas par des dépôts vaseux, que l'eau ait une vitesse majeure de 0m,30 par seconde au moins, et l'on arrive à ce résultat pour de^ grands aqueducs.
comme ceux de Rome et de Paris, avec des pentes de 0m,10 à 0m,15 par kilomètre. Les conduites d'eau construites par les Romains n'atteignaient pas, sous ce rapport, le chiffre indiqué par Vitruve, mais elles possédaient, néanmoins, une pente bien supérieure à la donnée exposée ci-dessus. Nous pré-
Fig. 156.
senterons ici les débits, pentes et sections comparés de certains aqueducs de Rome el de ceux de la Dhuis et de la Vanne à Paris.
La figure 156 montre, à gauche, la
AQUEDUC. — 85
section de V aqueduc romain appelé Aqua Marcia dit aujourd'hui Marcia ancienne
et, à droite, celle de Y Aqua Pia ou Marcia nouvelle; la hauteur sous clef et la hauteur de la section mouillée sont indiquées par des chiffres. Pour le premier de ces conduits, le débit est de 1,170 litres par seconde et la pente kilométrique de 2m,32; pour le second, le débit est de 930 litres par seconde et la pente kilométrique environ 0m,60.
De même, la figure 157 représente, ta gauche, la section de la Dhuis, qui fournit un débit de 500 litres par seconde, avec une pente kilométrique de 0m,10
Fig. 157.
et, à droite, celle de la Vanne, qui donne un volume d'eau de 1,160 litres par seconde, avec une pente de 0m,12 par kilomètre.
Examinons maintenant les divers systèmes de construction des aqueducs, suivant la nature des localités qu'ils traversent.
Ces conduites d'eau sont, comme celles des Romains, apparentes pour franchir les vallées ou les fleuves, et souterraines pour traverser une montagne. Dans le premier cas, on fait aussi porter la rigole ou canal de Y aqueduc sur une série d'arches, en la voûtant ou la laissant à ciel ouvert. Dans le second cas, la nature du travail exige des ouvrages particuliers : on commence le percement de la montagne par les deux extrémités du canal ; la direction est donnée par la boussole et le niveau.
Souvent on fonce des puits verticaux jusqu'au niveau du sol que doit avoir la galerie; ensuite, on part, de chaque côté, dans la direction prévue de Yaque-
AQUEDUC
duc. Pendant la construction, c'est par ces puits qu'on fait le déblai ; plus lard, on les conserve en guise de regards et une trappe les ferme à l'extérieur. Le revêtement est voûté et formé d'une ma-
Fig. 158.
çonnerie au ciment, avec un enduit intérieur, que l'on fait plus épais pour la cuvette ou cunette (fig. 158). La section à donner au conduit dépend du volume d'eau nécessaire. Autrefois, on adoptait des dimensions considérables : ainsi le canal de Y aqueduc d'Arcueil a 1 mètre de large sur 2 mètres sous clef au-dessus du trottoir qui s'y trouve ménagé, sans compter la profondeur de la cuvette, qui est de 0m,45. Aujourd'hui, on peut considérer comme convenable , pour un aqueduc moyen, une largeur de 0m,60 sur une hauteur de 0m,90. Certains conduits destinés à débiter un petit volume d'eau n'ont pas plus de 0m,30 de large sur 0m,45 de hauteur sous clef. Leur exécution en béton de ciment est très-économique. La pente des canaux est déterminée de façon à produire une vitesse d'écoulement qui ne dépasse pas 1 mètre par seconde (1). Les aqueducs apparents portés sur des arcades donnent lieu à des travaux considérables de maçonnerie. Il est bon, dans ce cas, d'imiter les constructions romaines de ce genre, en élevant sur une ou deux rangées d'arches ta grande ouverture une série de petites arcades qui portent la rigole, et de consolider les piles au moyen de contreforts. Ce système a été appliqué à Yaqueduc de
(1 ) Laboulaye, Dict. des arts et manufactures.