TÉLÉGRAPHIE SANS FIL
TELEGRAPHIE SANS FIL
signaux hertziens envoyés dans l'espace. MM. Marconi et Dncretet perfectionnèrent, chacun de son côté, ces dispositifs, et les expériences se succédèrent rapidement, de plus en pins concluantes.
L'appareil Branly repose sur la propriété que possède la limaille métallique, non conductrice de l'électricité dans les conditions ordinaires, de le devenir sons l'action des ondes hertziennes émises par nn oscillateur.
Ce dispositif, auquel il donna le nom de radioconducteur, plus généralement appelé cohéreur, est l'appareil récepteur indispensable. Il est formé d'un tube contenant deux pistons placés dans le circuit d'un transformateur amplificateur appelé jigger et séparés par un intervalle de 1 mm. rempli d'une petite quantité de limaille très fine. Les piles, accumulateurs, bobines d'induction, oscillateur, batteries de bouteilles de Leyde, etc., constituent les appareils de transmission; enfin, un récepteur Morse ordinaire enregistre la dépèche, qu'on lit à mesure sur la bande de papier qui se déroule.
La transmission s'effectue de la manière suivante : chaque fois qu'on ferme le circuit en appuyant sur une clef de contact, une série d'étincelles se produit «ntre les deux sphères de l'oscillateur et donne ainsi naissance aux ondes hertziennes, qui sont émises dans l'espace par l'antenne. Ces ondes vont actionner les appareils récepteurs du poste correspondant, où, recueillies par la seconde antenne, elles vont, à travers le jigger, influencer la limaille placée entre les deux pistons du cohéreur.
Cette limaille, rendue conductrice, ferme le circuit d'une pile locale dans lequel est intercalé un relais Siemens. Ce relais, à son tour, met en mouvement le récepteur Morse, et aussi un autre appareil qu'on nomme le tapper, composé d'un électroaimant et d'un petit marteau dont la fonction est de frapper sur le tube du cohéreur pour décohérer la limaille, c'est-à-dire la désagréger de nouveau et la remettre dans son état primitif, prête à recevoir une onde nouvelle. Le tapper agit en interrompant le courant dès que le signe graphique est enregistré. Ce sont ces alternatives de passage et d'interruption du courant qui donnent sur la bande les caractères conventionnels du Morse.
On recherche actuellement le moyen de transmettre simultanément deux dépèches par la même antenne, comme on fait, dans la télégraphie ordinaire, passer plusieurs dépèches par le même fil.
Le grand inconvénient, auquel on n'a pas encore trouvé le moyen de remédier, de ce procédé de transmission par les ondes hertziennes, c'est que celles-ci peuvent être recueillies par un ou plusieurs autres postes que celui avec lequel le poste de départ a voulu exclusivement se mettre en communication. On a constaté, d'autre part, que les ondes hertziennes transmises à travers l'espace par la télégraphie sans fil exercent une action notable sur la boussole des navires qui les rencontrent. De là de sérieux dangers pour la navigation. On arrivera probablement ^jnelque jour à remédier à ces inconvénients.
M. Pilsoudski, colonel du génie militaire en Russie, a établi au Vésinet (juin 1901) deux postes de télégraphie sans fil, non par ondes aériennes, selon le système Marconi et autres jusqu'ici employés, mais par ondes terrestres. Le matériel dont il se sert ne diffère du matériel Marconi que par les électrodes, qui sont au nombre de deux àchaqneposte dedépart
on de réception du message, dont l'une est enfonie en terre à une certaine profondeur. La distance à laisser entre les deux électrodes d'nn poste croît avec la distance des deux postes en relation. Celles qne.M. Pilsondski a établiesan Vésinet sontéloignées de 550 mètres, et elles fonctionnent avec des appareils qui, par voie aérienne, ne transmettraient pas les ondes a pins de 50 mètres. La transmission serait donc beanconp plus facile et plus intense par terre que par air. L'inventeur prétend que la puissance de transmission par terre est illimitée; il s'occupe déjà de relier sa station dn Vésinet avec une antre située à l'étranger, à plusieurs centaines de kilomètres.
Un chariot et un cheval peuvent aisément transporter tous les appareils nécessaires à l'établissement d'une station télégraphique sans fil par voie de terre; en vingt minutes, huit hommes, sous la conduite d'un sous-ofBcier, peuvent placer les électrodes et mettre le système en état de fonctionner. Le gouvernement russe a déjà demandé an colonel Pilsoudski de procéder à des essais définitifs.
France. — Les commanications ont pu être successivement établies, en France, entre le Panthéon et la tonr Eiffel (1898), entre la tour Eiffel et Villejaif (3.500 m.), entre le Sacré-Cœur et la me de Tolbiac (7.000 m.); du pied an sommet du Mont-Blanc, sans que le brouillard on la tempête y mettent le moindre obstacle. En mer, les progrès étaient pins significatifs et plus rapides encore : en août 1898, le lieatenant de vaisseau Tissot échangeait des télégrammes entre l'île d'Oaessant et le phare de Trézim (26 kil.), entre un sémaphore et le J/a5séna (34 kil.); en 1900, entre le Masséna et le phare de Porlzic (65 kil.), avec des antennes de 30 m. de hauteur. Le croiseur la Vienne a pu correspondre, en novembre 1899, pendant tonte une journée, jusqu'à 67 kil. de distance, arec les stations de Wimereu.x (côte française, Manche) et de South- Foreland (côte anglaise), malgré un brouillard intense. Celte expérience a notamment démontré la possibilité de n'influencer qu'une seule des stations côtières. Enfin, en avril 1901, des communications hertziennes étaient établies entre Calvi (Corse) et le village de Biot (près .\ntibes), à une distance de 173 kil. On peut donc dire que la télégraphie sans fil a franchi aujourd'hui la période des études et des expériences et qu'elle entre dans celle des utilisations pratiques.
Angleterre. — L'amirauté anglaise a décidé (octobre 1900) l'installation de postes de télégraphie sans fil (système .Marconi) à bord de 13 navires de guerre : 7 cuirassés de la station de Malte, i de la station de Gibraltar et 2 de Hong-Kong. En outre, des postes communiquant avec l'arsenal de Portsmouth seront établis sur les côtes d'.\ngleterre, à Douvres, Cul ver, Clifl, Rame's Head, Scilly et Rock-Point.
Les Compagnies anglaises des chemins de fer du Sonth- Eastern et du London-Chatham ont conclu un arrangement avec la « Telegraph Signal Company » (fév. 1900) pour l'emploi du télégraphe sans fil Marconi dans le service de leurs steamers entre Douvres et Calais, Folkestone et Boulogne. Les bateaux pourront être mis en communication avec l'une on l'autre côte, à un point quelconque de leur parcours. Un seul màt sera établi à Douvres pour les deux lignes. Il est question d'nn arrangement semblable pour la ligne Donvres-Ostende. Ces communications hertziennes seront d'abord réservées aux dépêches de service.
M. Marconi a équipé un auto-car à vapeur muni d'un appareil permettant de communiquer à plus de 30 milles (de 1.832 m.) de distance; cet auto-car à télégraphe sans fil pourrait être employé dans les opérations en campagne.
Allemagne. — Le télégraphe sans fil vient d'être adopté (avril 1900) par la marine marchande allemande. LeLloyd de l'.\llemagne du Nord a décidé que ses navires rapides seront pourvus des appareils nécessaires pour annoncer leur approche des côtes allemandes, en correspondant avec