TOILES
Sommaire : Fabrication de la toile : préparation de la chaîne, préparation de la trame, tissage. — Toile de chanvre. — Toile de lin : lieux de prodaction. — Des diverses sortes de toiles : batiste, toile à voiles, toile d'emballage; divers états des toiles. — Toile de ramie.
— Toile de jnte. — Commerce extérieur de la France.
— Droits de douane.
Le mot toile est une dénomination générique qui s'appliqae à des tissas pouvant être formés de di-
I verses matières; mais on fait toujours suivre le mot
; toile da nom de la matière qui les compose. Ainsi
; l'on dit : toile de coton, toile de chanvre, toile de
I lin, toile de jute ; la toile métisse est celle qui est
{ fabriquée de fils de coton et de fils de lin. D'ailleurs,
le mot toile employé seul s'applique spécialement
aux tissus de chanvre et de lin et principalement aax
tissus unis, à croisements réguliers, c'est-à-dire qui
ne sont ni satinés, ni ouvrés, ni damassés.
Fabrication de la Toile. — La toile, comme la plapart des tissas, est le résultat des entrecroisements successifs d'un fil appelé trame dans une série de fils parallèles qu'on nomme chaîne.
Préparation de la Chaîne. — Le fil de lin, arrivé au tissage en écheveaux, soit à l'état écru, soit blanchi, soit teint, est enroulé d'abord sur des bobines au moyen d'un métier nommé bobinoir.
Ces bobines sont ensuite portées à l'ourdissoir et dévidées de telle façon que leurs fils vont s'enrouler parallèlement, au nombre de plusieurs centaines et plus ou moins serrés les uns à côté des autres, sur une sorte de grande bobino qu'on appelle rouleau.
On réunit souvent les fils de plasieors de ces rouleaux pour obtenir une chaîne plus serrée et comprenant un plus grand nombre dt; fils; cette opération s'appelle réunissage.
Elle se fait parfois seule et parfois ou la combine avec celle du parage, qui consiste à enduire d'un apprêt à base de fécule de pomme de terre, de farine de froment ou de seigle, les fils de la chaîne, de façon à les lisser et à leur donner plus de raideur et de solidité, en agglutinant leurs fibres constitutives. La chaîne parée se sèche, soit en s'enronlant sur des cylindres de cuivre chauffés par la vapeur, pour les fils de coton, soit pour les fils de lin par rayonnement et au moyen de courants d'air chaud produits par des appareils rotatifs. Puis, la chaîne séchée se renvide de nouveau sur un rouleau qu'on nomme ensouple, qui du parage est porté an métier à tisser.
Préparation de la Trame. — La chaîne constitue donc, comme on le voit, la réunion de tous les fils parallèles qui forment la longueur de la pièce de toile à tisser. La trame est le fil qui est destiné à s'enchevêtrer, en largeur, à travers les fils de chaîne pour former le tissu.
Pour préparer la trame, on dévide les écheveaux de fil sur des tubes de bois à base conique appelés cannettes ; quand ces tubes de bois sont remplis de fil on les nomme épeiiles, et ce sont eux qu'on introduit dans la navette du métier à tisser.
Tissage. — Le rouleau contenant la chaîne, ou ensouple, est placé derrière le métier à tisser, ses fils sont engagés dans des lames ou lisses formées de fils tordus et vernis et douées d'un mouvement de bas en haut qui soulève et abaisse alternativement une partie des fils de la chaîne. Il se produit de cette façon, entre ces deux parties des fils de chaîne, un intervalle qui permet le passage rapide, de droite à gauche et de gauche à droite, du fil de trame lancé vivement par une navette de bois. Les entrecroisements successifs da fil de trame avec les fils de chaîne soulevés et abaissés produisent le tissu.
Telles sont, succinctement résumées, les diverses opérations qui permettent de transformer le fil en toile.
Toile de Chanvbe. — La fabrication et l'usage
TISSUS DE CHANVfiE, DE LIN
des toiles de chanvre sont assez répandus en France, et dans quelques provinces elles constituent presque exclusivement le linge et les draps de lit des habitants de la campagne. Elles servent aussi à faire des torchons, des serviettes communes et des sacs ou des emballages. Jadis très employées comme toiles à voiles, elles ont pour cet usage cédé presque complètement la place au lin et au coton. La fabrication des toiles de chanvre s'opère surtout dans les départements de l'Orne, de laSarthe, de la Mayenne, de Maine-et-Loire, etc., mais on en tisse aussi dans le Nord, en particulier à Lille et Armentières.
Toile de Lin. — Le tissage du lin n'était autrefois qu'une industrie rurale : il s'opérait au domicile de l'ouvrier, possesseur de son métier, avec l'aide de sa femme et de ses enfants. Le fabricant fournissait le fil de chaîne et de trame au tisserand et lui en payait la façon aussitôt que la pièce était terminée. Aujourd'hui, ce mode de travail a presque disparu ; il ne subsiste plus que dans quelques campagnes et pour la fabrication de tissus spéciaux, tels que la batiste ou le linge damassé, et encore un peu dans le Nord, notamment à Hazebrouck et à Roncq.
Il y a 50 ans toute l'industrie linière, culture, filature et tissage, était entre les mains des paysans. Les terres cultivées en lin étaient extrêmement divisées : sur de petits champs de quelques ares le cultivateur semait et récoltait son lin. La femme le filait et l'homme le tissait pendant l'interruption des travaux de la campagne. Les jours de marché, on voyait les hommes et les femmes faire jusqu'à six et huit lieues à pied, portant leur pièce de toiie sur le dos ou la poussant dans une brouette.
De nos jours la fabrication de la toile est devenue absolument industrielle, et il existe de nombreuses usines mettant en action des centaines de métiers qui produisent d'énormes quantités de tissus.
Lieux de production. — La toile de lin est tissée en France dans un grand nombre de centres manufacturiers. Le département du Nord en comprend de très importants : Lille, Armentières, Halluin, Hazebrouck, Baillenl, etc. On y fabrique des toiles de toutes .sortes : toiles à matelas, toiles à teindre, linge de table, toiles pour fournitures militaires, etc. Dans les environs de Cambrai et de Valenciennes on fabrique surtout le linon, la batiste et les mouchoirs.
La Normandie était jadis le siège d'une partie importante de l'industrie linière ; il suffit de citer les fabriques de Lisieux,de Vimoutiers etdeBernay. C'est là que se produisait une grande partie des tissus destinés à l'usage du ménage et de la literie. Cholet conserve sa spécialité de mouchoirs blancs et en couleurs.
La Sarthe, la Mayenne, l'Orne produisent aussi des toiles, principalement de qualités moyennes ou communes, et surtout des toiles de chanvre. Mais aujourd'hui, c'est le département du Nord et la contrée de Lisieux qui fabriquent les plus belles qualités.
On fabrique aussi un peu de linge de table dans le Béara et à Panissières dans la Loire.
La fabrication des toiles à voiles est en France dans un petit nombre de mains. Produites jadis en quantité, avant l'application en grand de la vapeur, leur consommation a beaucoup diminué depuis. Il s'en fabrique cependant, pour les besoins de la marine de guerre, à Lille et à Armentières, et une maison de Lille a même réussi à faire adopter ses produits par la marine néerlandaise. Nous pourrions citer
encore les toiles de Voiron (Isère), celles des départements de l'Oise et des Vosges, mais il serait impossible d'énumérer tous les lieux où le tissage du lin est épars en France. C'est une industrie des plus importantes. (Voy. Lin.)
La Belgique était, comme le Nord de la France, la terre classique de la fabrication des toiles, principale industrie du pays flamand. Elle a partagé la misère qui atteignit ces provinces lors de la chute du filage à la main. Toutefois, insensiblement, l'industrie delà toile y est redevenue florissante et elle y présente maintenant une assez grande variété de produits. On fait des toiles communes à Gand, des coutils à Turnhout, à Roulers, à Isegliem, à Courtrai; des toiles grises, des toiles à blouses, etc., dans un grand nombre d'autres localités. Mais la spécialité dans laquelle la Belgique est sans égale, c'est la fabrication des belles toiles fines, dont le centre est à Courtrai.
L'Allemagne est aussi un pays producteur de toiles: la VS^estphalie donne des toiles pour chemises, fines et un peu légères; le principal centre de cette industrie est Bielefeld. Les toiles de Paderborn ont été longtemps connues; on donnait le nom de la ville d'Osnabrûck à des toiles légères dont l'Angleterre a entrepris avec succès la fabrication. La Silésie produit des toiles communes; enfin la Saxe a conservé son ancienne industrie du linge damassé, dont elle avait autrefois presque le monopole. Avant l'application du métier à la Jacquart, cet article ne pouvait être entrepris que dans les pays oïl la main-d'œuvre était à très bon marché. Le métier à la Jacquart a beaucoup égalisé les conditions, mais il est fort bien employé en Saxe, et les laborieux habitants de ce pays n'ont pas perdu leur aptitude pour le travail du linge damassé.
Le pays quiproduitleplusdetoilesestle Royaume- Uni. L'Ecosse prend une part importante dans cette industrie. Le linge damassé se fabrique en grande quantité à Dunfermline ; à Dundee on tisse le lin, moins peut-être que le jute; à Arbroath on produit des toiles à voiles. Les métiers à lisser sont nombreux à Cupar, à Airdrie, et dans presque tout le comté de Fife. Enfin Forfar est le centre d'une importante production de toiles grossières, auxquelles en Angleterre on donne le nom de cette localité.
Ces industries toutefois sont loin d'atteindre l'importance de l'industrie des toiles en Irlande. Elle a été favorisée dans ce pays par le bon marché de la main-d'œuvre. En même temps, le climat brumeux, l'abondance et la belle qualité des eaux étaient des conditions toutes spéciales pour le blanchiment des toiles. Aussi est-ce par milliers que l'on compte les métiers qui battent en Irlande. Leur fabrication est extrêmement variée, mais elle porte surtout sur les toiles fines pour chemises, sur les toiles pour draps, et accessoirement sur le linge ouvré ou damassé. Belfast est un des principaux centre de ces fabrications.
L'Angleterre fabrique presque tous les genres de toiles, cependant elle ne livre pas à la consommation des produits aussi fins que les belles toiles de Courtrai, ni peut-être de tissus aussi forts et aussi nerveux que certaines toiles françaises. Un des éléments de succès de l'industrie du Royaume-UjJ surtout de l'Irlande, est la beauté du blanchime et de l'apprêt. Quand on leur donne ce qu'on appell le beetled finish, les pièces, soumises à la percus-
elir^l
sion de pilons de bois, deviennent unies, presque lostrées, mais le grain de la toile est fort écrasé. Cet apprêt convient très bien aux toiles creuses, pelucheuses et surtout an linge damassé commun; pour le linge de corps, les serviettes, les draps de lit, il est peu du goût des Français, qui aiment à sentir le grain de la toile. La toile anglaise de qualité courante, plus unie, plus régulière, plus apparente, n'est pas meilleure que nos toiles grenues et nerveuses. Le linge damassé anglais de qualité commune est fait principalement avec des fils d etoupes : il est souvent pelucheux et cotonneux.
Nous en dirons autant du linge ouvré destiné à la toilette. Il est vrai que la qualité spongieuse de ce tissu est précisément ce que les Anglais recherchent.
Des diverses sortes de Toiles de lia. — Bien que les tissus de lin ne présentent pas la même variété que ceux de coton et surtout que ceux de laine, ils comptent cependant un grand nombre d'espèces différentes. On emploie pour leur fabrication des fils de lin on d'étoupes filés à sec ou au mouillé.
La batiste est leplus fin de tous les tissus de lin; il se fabrique presque toujours en 2/3 et en 3/4, c'est-à-dire en 80 ou 90 centimètres de large, quand il n'est pas tissé avec encadrements pour mouchoirs. Il reçoit quelquefois une impression, soit des vignettes on un encadrement, pour mouchoirs, soit un semis de petits dessins, pour chemises: il s'en faut, du reste, que le lin s'imprime aussi bien que le coton.
De ce que nous venons de dire on serait tenté de conclure que la batiste et la toile sont deux produits dont la distinction est bien tranchée. Ils sont en effet différents d'aspect : la batiste est plus claire, plus légère; elle a, on au moins elle doit avoir un aspect brillant et soyeux, dû au lustré du fil à la main qui la composait toujours autrefois et qui y rentre encore parfois aujourd'hui. Mais, avec tout cela, il n'est pas possible de déterminer, d'une manière absolue et précise, la distinction de ces deux tissus. On a pensé à la baser sur la différence de leur poids: en effet, tandis qu'une toile blanchie, ayant 25 fils de chaîne aux a mm., pèse environ 90 gr., par m. de 90 cm. de largeur, une batiste du même compte de fils pèserait peut-être 40 gr. par mètre de même largeur. Mais cette différence, très sensible pour les qualités belles et fines, est bien moins appréciable pour les sortes communes.
La toile à voiles se fait en lin, comme nous l'avons dit: pourtant l'innovation américaine d'employer le coton pour cet usage paraît avoir fait des progrès. Le plus grand mérite d'une toile à voiles est sa solidité, aussi est-ce un tissu très épais et très serré, fait avec des fils de bonne qualité et fortement battu au tissage. Les lés sont nombreux et leurs coutures, d'une nature particulière, arrêtent les déchirures et augmentent encore la solidité. On ne blanchit pas les toiles à voiles, mais les fils qui servent à les fabriquer reçoivent une sorte de lessivage assez énergique, afin de mieux purifier la fibre du lin et de ne laisser dans le tissu que de la matière capable de contribuer à la résistance et peu susceptible d'altération.
Il serait fort difficile de donner les largeurs et les prix de toutes les espèces de toiles. La largeur Tarie de 5, 8 ou 70 cm. à 10/4 ou 3 mètres. On peut même dépasser cette dernière, mais ce n'est guère que sur commande, ou pour un usage tout spécial, comme la toile pour tableaux.
A côté des sortes que nous venons de citer, on en pourrait encore nommer un grand nombre d'autres. Dans presfjue tous les pays producteurs de lin on fait des toiles grises ou même des toiles blanches communes pour utiliser les étonpes ou les lins les plus communs. On fabrique encore des toiles à matelas bleues et blanches.
On fait aussi, depuis quelques années, une grande quantité de toiles dites métisses, où l'on emploie comme chaîne des fils de coton et comme trame des fils de lin, ou inversement. Ces toili;^ métisses, d'une apparence plus belle et d'un grain très régulier, se fabriquent abondamment à Lille et à Armentières. La toile d'emballage tout àfait commune setisse avec des étonpes de lin ou de chanvre de basse qualité, ou même avec des déchets.
Toutes ces sortes de toiles ne se vendent pas toujours dans le même état: elles peuvent être employées : ^' à l'état écru; 2' ayant reçu une sorte de teinture qui rend leur nuance grise plus égale ou plus foncée; 3° crêmées; 4' blanchies ; 5* teintes.
l' Les toiles qu'on vend en écru ne reçoivent qu'un nettoyage, quelquefois une sorte de lessive avant l'apprêt. Souvent le fil a été débonilli, c'està-dire chauffé dans une solution alcaline, avant le tissage. Dans cet état la législation douanière l'as- ! simile au fil écru.
I 2." On ne regarde pas non plus comme une teinture proprement dite l'opération qui consiste à rendre les toiles écrues d'un gris plus ou moins foncé au moyen de procédés particuliers. On emploie souvent des fils ainsi préparés avec des fils blancs, et quelquefois avec des fils teints, et on obtient de la sorte des damassés d'un effet assez agréable. On donne encore parfois aux toiles nne teinte jaune, et on les appelle alors toiles ocrées.
3' On nomme crémées les toiles tissées avec des fils blanchis à l'avance : le fil, venant de la filature, I est lessivé, lavé à l'eau pure, plongé dans une s.jIuj tion légère de chlorure de chaux qui le blanchit ! faiblement, et rincé avec de l'eau mélangée d'acide j sulfurique, afin de neutraliser le chlorure de chaux I qui pourrait rester en excès. Il conserve une nuance j jaune crème assez caractéristique. Il perd dans cette i opération environ un dixième de son poids et même I davantage. On emploie les fils crémés pour faire les j toiles à blanchir, de manière à n'avoir pas trop de I matière à enlever au tissu une fois formé; cela ne j se fait pas cependant pour les toiles les plus fines. I 4' La douane assimile les toiles crémées et mi- ' blanches aux toiles blanches, pour le motif que, 'bien qu'un œil exercé puisse discerner les différents degrés de blanchiment, c'est une distinction qui serait sujette à beaucoup d'erreurs. On regarde donc comme blanche toute toile qui a subi, non un lessivage plus ou moins énergique, mais une décoloration à laquelle le chlore prend presque toujours part. Toutefois les fabricants de toile regrettent que la Douane ne puisse admettre en principe que ne devraient être considérées comme blanchies que les toiles ne devant plus subir aucune opération ultérieure de blanchiment. En effet, il est absolument impraticable de fabriquer avec des fils aussi poussés au blanc que possible, une toile qui ne doive pas subir un blanchiment supplémentaire. Le blanchiment proprement dit des toiles exige deux natures d'opérations: !• le traitement à l'atelier par des lessives, des lavages au savon, des bains de chlorure de chaux.
des rinçages à l'eau pure ou acidulée, etc.; 2» l'exposition à l'air, et principalement à l'air humide et brumeux. Le soleil dessèche la toile et compromet la réussite de l'opération. C'est un des écueils du blanchiment en France, et particulièrement dans le département du Nord, où la chaleur est quelquefois très forte et très soudaine pendant l'été. Aussi arroset-on les toiles ainsi exposées à l'air, opération qui d'ailleurs produit de l'ozone, gaz que l'on considère généralement comme l'agent le plus actif du blanchiment.
Les toiles blanchies reçoivent un apprêt : elles sont un peu empesées avec de l'amidon, quelquefois légèrement azurées, cylindrées, pressées, enfin roulées ou pliées de différentes manières, selon les lieux de fabrication, la nature et la destination de la marchandise. Elles ne reçoivent jamais une aussi grande quantité d'apprêt que les tissus de cotent Aussi, tandis que ces derniers gagnent du poids au blancliiment, les tissus de lin y perdent beaucoup. Le coton est une bourre blanchâtre, légère, pelucheuse: il a besoin qu'on y ajoute, non pour devenir blanc, mais pour paraître solide, uni, pour prendre du corps; le lin est une matière grise ou jaune: pour le blanchir, il faut en éliminer les résines associées aux filaments, ce qui lui fait perdre quelquefois ju.squ'au quart de son poids. Ainsi une toile peut perdre au blanchiment de 20 à 25%; elle ne regagne à l'apprêt que 1 ou 2 »/„. Cela varie, du reste, beaucoup .selon les degrés de blanchiment, car on di.stinguele quart-blanc, le mi-blanc, etc., jusqu'au blanc à fleur, de tous le plus pur et le plus complet.
;? Nous avons dit que le lin ne s'imprime pas si bien que le coton ; il ne se teint pas non plus en autant de nuances. Il est teint en fils ou en pièces. Sont teints en fils : les mouchoirs à carreaux qui se font particulièrement à Cholet, quelques articles un peu plus forts appelés madras de fil, les toiles à matelas, certains damassés, etc. On teint en pièces : les treillis pour tabliers grossiers, les toiles vertes ou noires pour rideaux communs ou housses, surtout les toiles bleues pour blouses.
Ces dernières se tissent en fils écrus ou lessivés, quelquefois en fils crémés, pour leur faire prendre une nuance plus claire et plus pure. La teinture des toiles se fait principalement à Lille.
Indépendamment de l'impression des batistes, on imprime quelques toiles en dessins à peu près semblables à ceux des foulards. Ces foulards de fil s'impriment aux environs de Paris; ils sont l'objet d'une consommation fort restreinte.
Toile de Ramie. — Ce textile, d'une grande finesse et blanchissant d'une façon remarquable, n'est pas encore, malgré ses qualités, d'une large consommation. On fabrique pourtant en fils de ramie des toiles et du linge de table. Malgré son prix élevé, la Compagnie Transatlantique l'a adopté pour la fabrication du linge mis en service sur ses paquebots. Des documents authentiques établissent que le linge de ramie supporte un nombre de lessivages bien .supérieur à celui que peut tolérer le lin.
Toile be Jute. — A côté du lin, du chanvre, du coton, il y a un grand nombre de végétaux filamenteux et textiles. Ce n'est pas le lieu de les énumérer;
1 . Pour s'assurer qu'un tissu est de lin, de ramie ou de chanvre, et non de coton, on lui fait subir, si c'est nc'cessaire, le débouilli du s.ivon, afin d'enlever l'apprêt; on dégage ensuite quelques fils, on les détord entre les doigts, on les défile, et c'est à la longueur des filaments primitifs qu'on reconnaît leur nature : si ces filaments ont plus de 40 mm., il y a certitude qu'ils ne sont pas de coton.
mais il en est un qui prend ici sa place, car il est beaucoup plus répandu que les autres, c'est le jute (voy. ce mot). Indépendamment de son travail et de sa consommation dans l'Inde, il est entré dans l'industrie européenne, où il a pris rapidement une extension considérable. Traité à peu près comme le chanvre et le lin , souvent par les mêmes fabricants, il remplace en beaucoup de cas l'une ou l'autre de ces deux substances; il reste toutefois douteux que les consommateurs y gagnent. Le jute peut être crémé, blanchi ou jauni. Il se teint très bien en couleurs vives et variées, mais toujours peu solides; lavé, il se détériore extrêmement vite et ne peut presque pas supporter de lavages réitérés. Même à l'état écru, il a peu de résistance; le simple séjour à l'air l'altère; en tordant un fil de jute et en l'étirant, on le casse toujours plus facilement qu'un fil de lin. C'est donc en somme une médiocre matière textile; son plus grand mérite est dans sa prodigieuse abondance et dans son bon marché.
Le jute se file à peu près comme le lin, sauf qu'il faut commencer par l'arroser avec un mélange d'huile de poisson et d'eau chaude, dans lequel on le laisse un peu séjourner, opération analogue à l'ensimage des laines.
Le filament est très long ; on doit toujours le couper avant de le travailler. Certains fabricants trouvent de l'avantage à faire passer toute la matière à la carde et à la traiter comme étoupe.
On peut employer le jute de bien des façons: mêlé à l'étoupe de lin, il sert à faire des tissus à très bas prix, des serviettes destinées à la consommation la moins exigeante des États-Unis, des stores avec rayures en carreaux de couleurs pour la Havane, des. damassés tout à fait communs, etc.
En Angleterre on l'emploie teint en couleurs vives> pur ou mélangé d'autres fibres textiles, telles que chanvre de Manille, bourre de coco, sparterie, pour les tapis rasque ce paysconsommesi abondamment. On fait même des moquettes à poil tout en jute, avec dessins exécutés au moyen du métier Jacquard. Oo fait également des velours de jute, et ce textile entre dans la fabrication de certains tissus pour ameublement.
Le jute sert aussi comme trame de moquettes de laine, pour toiles destinées à être cirées ou peintes sur enduit; mais son usage le plus considérable est la fabrication des toiles écrues communes pour sacs et emballages.
Le jute ne paraît pas appelé à faire une concurrence sérieuse au plus grand nombre des tissus de lin. Son travail n'est rien moins que facile, et dès qu'on atteint un certain degré de finesse il n'y a plus profit à l'employer. Mais il peut engager avec le chanvre une lutte très redoutable, pour les usages les plus communs. E. Debièvre. *
COM.MEHCE EXTÉKIEUU DE LA FRANCE. — PoUT éviter deS
répétitions et des longueurs inutiles nous représentons par de simples lettres, dans les tableaux qui suivent, les diverses sortes de tissus de lin, de chanvre ou de ramie :
Tissus unis ou ouvrés : A. écrus, B. blanchis, C. teints, D. ii primés ; — E. toile cirée et linoléum ; — F. toile préparée pom peinture; — G. toiles damassées; — linge de table damassé : H. i I. chiné et blanchi; — J. coutils ; — K. batiste et linon; — ] tissus mélangés ; — M. velours et peluches de lin pour amea ment.
Nous ne nous occupons pas ici de la passementerie,' la bonneterie, des dentelles et guipures, qui ont à mots leurs statistiques particulières; de même, on pourra se reporter au mot Lingebie pour le linge de table damassé-.
! pOlll
.écgni
eol^BJ
doDt nous donnons cependant, plus loin, les cbiiires poar les années 1898, 1899 et 1900.
Voici d'abord le mouvement des import, et export. (C.S.) de 1867à 1896, par périodes décennales et moyenne annuelle:
Importations
Kilog.
Francs
Kilop.
Francs
Kilog.
Francs
El
rt
Exportations
EV
rt
Voici maintenant le tableau des export, et des import. iC.S.) pour les années 1898, 1899 et 1900 : Importations
Kilog. Francs
Kilog.
Francs
Kilog. Francs 139.500 361.3(6 321.400 3.104.724 6(4.500 24.150 5.721.750 13.800
Exportations
ISO. 8.35
bord 166. 7iO, en Tunisie 87.40i, an Sénégal 51.060, en Belgique 38.307, dans la Zone franche 27.561, en Indo- Chine 23.300, en Espagne 20.959, en Nouvelle-Calédonie 18.746, an Brésil 18.5i5, à .Madagascar 18.082, etc. — B. : en Belgique 131.666 kilog.. en Algérie 90.970, en Suisse 29.8i2, en Egypte 22.382, à la Réunion 15.352, en Indo- Chine française 12.722, en Turquie et an .Mexique de 10.200 à 10.500 chacun, etc. — C. : en Espagne 38.010 kilog., en Belgique 14.249, en Angleterre, en Allemagne, en Suisse, en Italie, de 3.150 à 3.700 chacune, 2.556 à Madagascar, etc. — D. : en Espagne 630 kilog., en Allemagne et dans la République .\rgentiDe 350 à 380 chacune.
— E. : en Algérie 30.378 kilog. et en Espagne 30.678, en Belgique 18.782, en Suisse 16.810, en Italie 11.630, en Angleterre 8.012, en Norvège 7.373, en Guyane 4.296, de 3.300 à 3.700 en Tunisie, en Indo-Chine et à la .Martinique pour chacune. — F. : en Indo-Chine 27.950 kilog., puis en Espagne 5.051, en Belgique 3. 136. en Allemagne 2.843, en Russie 1.326 et en Angleterre 1.193. — G. : les 4/5 vont en .Angleterre, soit 43.209 kilog., 2.495 en Espagne et 1.143 en Italie. — H. : près de la moitié à ta .Martinique et l,/3 en Belgique. — I. : près de 1/2 en Belgique, 2.923 kilog. en .\llemagne, 1.704 en Italie. — J. : les 3/4 en Algérie (31.927 kilog.), 2.535 en Autriche, 1.499 en Tunisie, 1.470 au Brésil, etc.— K. : presque tout en Belgique. — L. : 1/3 en Angleterre (11.107 kilog.), 6.432 en Belgique, 6.350 aux Étals-Unis, 2.910 en Allemagne, etc.
— .M. : les 4/7 en Belgique, 1.489 kilog. en .\llemagne. Droits de Douane. — Nous renvoyons, pour les droits
de douane concernant la lingerie, la passementerie, ta bonneterie, les dentelles et guipures, à chacun de ces mots. Pour les autres sortes de tissus de lin, de chanvre ou de ramie, voici les taxes dont ils sont frappés à l'un et à l'autre tarif :
Les tissus purs, unis ou ouvrés, écrus, on blanchis, ou imprimés, teints et ouvragés, sont taxés à la fois d'après le poids en kilog. nets aux 100 m. carrés et d'après le nombre des fils en chaîne et en trame dans un carré de 3 mm. de côté, après division du total par 2. 1' .\u-dessns de 40 kilog. par 100 m. carrés :
Imprimés Écrus Blanchis
6 fils et au-dessous
7 et 8eis
9etl0 —
11 etl2 —
Plus de 12 fils
on teints
Détail par provenance et par destination, pour l'année 1890 : Importations, -r A. : d'Allemagne 48.613 j Icilog., de Belgique 33.581, de Suisse 33.173, d'.\ngleterre i 23.937, etc. — B. : presque tout d'Angleterre 392.619 ki- | iog., 13.190 seulement de Belgique et 7.864 d'.\llemagne.
— C. : presque tout d'.\ngleterre, 131.070 kilog.; de Belgique et d'.\llemagne, 2.400 seulement chacune. — D. : à peu près exclusivement d'.\llemagne, 4.476 kilog. — E. : d'Angleterre pour les 9/10, soit 1.773.000 kilog., 206.000 de Belgique et 18.600 seulement d'.Vllemagne. — F. : les 2/3 viennent de Belgique, 2.270 kilog.; le reste d'.Vllemagne 536, puis d' -Angleterre 333, enfin 134 de Suisse.— G. : insignifiant. — H. : peu de chose, de Suisse et d'.Aliemagne.
— I.: d'.Vllemagne pour les 2/3, soit 4.330 kilog., d'.\utriche-Hongrie, d'.Vngleterre et de Suisse, à parts à peu près égales, pour le reste. — J. : presque exclusivement d'.Angleterre. — K. : tout de Belgique.— L. : presque tout d'.Vllemagne. — .M. : d'Angleterre pour 417 kilog. et d'Allemagne pour 343.
Exportations. — A. : en .Angleterre 259.738 kilog., en Algérie 207.009, en Belgique 134.479, en provisions de
1. Le linoléum, ainsi que la toile préparée pour peinture, ne figure avec la toile cirée qu'à dater de 1892.
2* De 10 à 40 kilog. les 100 m. carrés :
6 fils et au-dessous 59 » 45 89,68 63 n 107,61 72,45
"et 8 fils 84,50 65 128,44 91 n 154,12 104,65
13etl4 — 162,50 125 247 » 175 » 296,40 201,25
An-dessous de 10 kilog. les 100 m. carrés :
15, 16 et 17 fils 182,50
18, 19et20 — 286
21, 22 et 23 — 390
Plus de 23 — 520
14 fils et an-dessous IK
15, 16 et 17 fils 234