TRANSPORT ÉLECTRIQUE DE LA FORCE. V
Force.
TRANSPORTEURS. On donne le nom de transporteurs aux appareils employés pour l'enlèvement et le transport mécaniques des déblais, minerais, sables, terres, graines, etc. Ponr les petites distances, l'appareil le plus simple se compose essentiellement d'une toile ou courroie sans fin passant sur deux tambours aux extrémités de sa course. La matière à transporter, placée à la partie supérieure de la toile, se déverse automatiquement en arrivant à la partie inférieure, dans nne trémie; des dispositions spéciales permettent de jeter la matière en un point quelconque de la course, sans arrêter la marche. Pour les corps lourds on se sert d'une ou deux chaînes sans fin roulant sur galets et portant des palettes en tôle ou en bois à deux joues qui, se recouvrant, forment un tablier continu.
Les transporteurs aériens sont de plus en plus usités dans les grands établissements. On les emploie pour raccorder les usines ou les mines aux voies de communication, les fabriques aux dépôts des matières premières dont elles ont besoin, etc. Ils se composent de wagonnets qui roulent à une hauteur convenable sur deux câbles porteurs reposant sur des pylônes; ces wagonnets sont entraînés par deux câbles tracteurs sans fin s'enroulant aux extrémités de la ligne sur des poulies horizontales dont l'une est reliée avec la transmission d'un moteur quelconque. Chaque wagonnet comprend trois parties : uu chariot de roulement, une caisse, une suspension et son appareil d'accouplement. Quand l'inclinaison de la ligne dépasse 1/23 et que la charge est transportée en descendant, l'appareil fonctionne automatiquement, sans force motrice.
Il existe de nombreux systèmes de transporteurs à câbles aériens ou cableicyas. C'est aux États-Unis que ces appareils sont le plus employés et qu'ils ont été le mieux perfectionnés; ou leur applique aujourd'hui l'électricité. Tantôt les bennes roulent simplement sur un câble immobile, suspendues à un petit chariot qui prend le courant au moyen d'un trolley sur un câble électrique suivant le câble porteur; tantôt elles portent un petit moteur électrique empruntant son courant an câble, à la fois porteur et conducteur; tantôt le chariot est muni d'un moteur électrique indépendant. On a maintenant des chariots transportant jusqu'à 300 kilog. à la fois,
avec un moteur de 15 chevaux; on arrive pratiquement à une résistance au roulement en palier de seulement 1/2 '/, de la charge.
Le mode de transport au moyen de l'électricité, auquel on a donné le nom de telphérage, est d'un établissement facile, d'un jeu régulier, et il se prête à des parcours relativement considérables.
On donne aussi le nom de transporteurs à des navires spéciaux ou ferryboats, employés surtout au transport des trains de chemins de fer par eau. Le Southern Pacific Raiiway (ttats-Unis) a mis en service en novembre 1898 un « ferry-boat » de grandes dimensions, le Solano, qui transporte ses trains d'une rive à l'autre du détroit de Carquinez, à environ 20kil. de San-Francisco. La coque de ce vapeur, en bois, a 130 m. de long et 33 de large. Quatre voies sont établies sur le pont; elles peuvent recevoir, outre les locomotives des trains, 24 voitures à voyageurs de 18 à 20 m. de long chacune, ou 48 wagons à marchandises de 10 m. Le bateau est mû par deux machines à balancier de 2.000 chevaux actionnant chacune une roue à aubes;. il est muni de quatre gouvernails que mettent en mouvement des machines hydrauliques. La largeur du détroit de Carquinez est de 3 kil. 1/2, et la vitesse du courant y atteint près de 13 kil. à l'heure; la manœuvre est cependant facile, et la durée de la traversée, depuis l'arrêt du train d'un côté du détroit jusqu'au moment de sa mise en marche de l'autre côté, est seulement de 10 minutes.
TRANSPORTS. V. AFFRÈTEMENT, Chemins de fer. Navigation.
TRANSSIBÉRIEN (Chemin DE FER). V. RUSSIE : Sibérie.
TRANSVA.VL. (Ancienne République Sud-Africaine.) Pays de l'Afrique Australe compris entre 22- — 28» 40' lat. S., 22"30' — 29« 30' long. E. de Paris. Il est borné : au N. par la Rhodésie britannique, à l'E. par la colonie portugaise du Mozambique et le Tongaland, au S. par le Zoulouland, le Natal et l'Etat d'Orange, à l'O. par le Rechnanaland. Sup. : 308.200 kil. carrés (373 kil. de longueur sur autant de largeur). Pop. : 1.094.136 hab. en 1898, dont 243.397 blancs; 288.730 blancs en 1890, dont env. 80.000 Boërs ou Afrikanders; parmi les étrangers les Anglais sont en majorité. Cap. : Pretoria, 18.000 hab. en 1899, dont 7.000 nègres; ville principale : Jo/jannesfturg', 102.700 en 1899 (voy. ces mots). Le Transvaal est une partie du plateau de l'Afrique Méridionale. L'altitude varie de 4.000 à 7.000 pieds au S. et à l'E., de 1.300 à 4.000 au N.-E. et au N. Nombreux cours d'eau. Deux des plus grands fleuves servent de frontières : le Vaal au S., le Limpopo au N.
Gouvernement. — Le Transvaal était jusqu'en 1900 une République régie par un semblant de Constitution portant la date de 1858, et à tout instant modifié par la volonté du Volksraad, composé de 27 membres; en 1890, on a institué un second Volksraad, sans lui attribuer aucune autorité. Le président de la République, élu pour 3 ans, était assisté d'un Conseil exécutif comprenant 4 fonctionnaires et 2 autres membres. En cas de guerre tous les hommes valides de 16 à 60 ans devaient le service militaire ; en 1894 leur nombre était de 26.299, de 30.000 en 1899.
En 1900 les tronçes britanniques ont occupé le Transvaal comme l'État d'Orange, et le Transvaal a été annexé à l'Angleterre. Des mesures provisoires ont été prises par l'administration civile du pays.
TRANSVAAL
TRANSVAAL
En 1883-84 (du 1" avril au 31 mars), le budget du Transvaal présentait 143.000 liv. st. de recettes et 184.000 de dépenses; en 1884-83, respectivement, 161.000 et 184.000. La découverte des mines d'or a lieu en 1886. En 1889, les recettes atteignent 1 million 577.000 liv. st. En 1892, après la crise de 1890, qui les avait ramenées au-dessous du million, elles se relèvent : elles sont de 2.247.728 liv. st. en 1894, de 2.923.648 en 1895, de 3.912.095 en 1896, de 3 million 9.56.958 en 1897, de 3.329.958 en 1898, et elles étaient prévues en 1899 à 4.087.000 liv. st., année de la guerre avec l'Angleterre. Dans ces chiffres ne sont pas compris : la vente des explosifs (monopolisée) de 1895 à 1898, la part des licences de « claims » de 1895 à 1899; les droits de douane de Delagoa-Bay payés au Netherlands Railway en 1898 et 1899.
Le revenu provient surtout des droits de douane, des licences minières et des droits de sortie sur l'or, du timbre, des patentes. Les principaux chapitres des dépenses sont les appointements et salaires, les fonds secrets, les travaux publics, la guerre. Au 1" janvier 1899, la dette publique était de 69 millions 475.000 fr., dont 62.500.000 fr. de l'emprunt Rothschild à 3 "/„.
Climat. — Généralement salubre. La température devient tropicale à mesure qu'on s'avance vers le nord : max. 35°, min. 3". L'hiver dure de juin à août, l'été de décembre à mars. La sécheresse est parfois excessive. Pluies abondantes de mai à septembre; chute annuelle 0 m. 75 env.
Productions agricoles. — Bien que le sol soit favorable, en beaucoup d'endroits, à l'agriculture et à rélevage, la sup. des terres cultivées ne dépasse pas 20.000 hect. Les récoltes sont loin de suffire à la consommation. II y a 12.245 fermes, dont 3.636 appartiennent à l'État et 1.612 aux propriétaires et Compagnies de l'étranger. On cultive les céréales, le tabac, la vigne, les arachides, le café, la canne à sucre, les légumes. Orangers, pommiers, citronniers, etc. Antilopes, zèbres, éléphants. Bêtes à cornes, moutons, chèvres; les chevaux ne servent que pour la selle.
Mines. — Les richesses minérales sont considérables : gisements d'argent, de plomb, de cuivre, d'étain non exploités; riches mines de houille de bonne qualité. La production de ces dernières s'est élevée de 548.000 T. en 1893 à 791.000 en 1894, 1.133.000 en 1895, 1.437.000 en 1896, 1.667.000 en 1897, 1.953.000 en 1898, dont 1.907.000 T. ont été vendues pour 16.708.000 fr. Les principaux districts sont ceux de Boksburg 1.274.000 T., Heidelberg 313.000 et Middelburg 305.000.
Une publication technique américaineétablitqu'en 1898 la production du diamant, dans le seul district de Pretoria, a été de 11.025 carats représentant nne valeur de 215.755 fr. Le plus gros diamant trouvé cette année-là était de 38 carats et demi. L'étendue des terrains diamantifères, au Transvaal, est considérable, mais leur épaisseur est médiocre; la quantité de diamant trouvée dans tout le Transvaal, en 1898, a été de 22.843 carats valant 1 million 64.060 fr. La valeur moyenne du diamant de Kimberley est de 31 fr. 65 le carat ; de Jagersfontein (État libre d'Orange), de 41 fr. 35; de Pretoria, de 19 fr. 45 seulement.
Les mines d'or du Transvaal sont les plus riches du monde. Les principales sont situées à l'E. et à rO. de Johannesburg, dans la région connue sous
le nom de Witwatersrand ou, par abréviation, de Rand; le commencement des exploitations remonte à 1887. (Voy. Mines d'or, Or : on trouvera dans ces articles les chiffres de la production du Rand et du personnel employé.)
Commerce extérieur.— Les import, se sont élevées de 9.189.000 fr. en 1883 à 87.470.000 en 1892, 134.292.000 en 1893, 161.005.000 en 1894, 245.408.000 en 1895, 352.203.000 en 1896, pour fléchir à 339.0%. 000 en 1897 et 263.822.000 en 1898.
Le pourcentage par provenance des marcliandises importées pendant les trois dernières années a été :
D'Europe 62,3 63,6 59,6
D'autres pays d'outre-mer 3,4 4 » 4,5
Du Cap 14,1 10,5 11,3
De Natal 10,3 9,3 10,9
De Lourenço-Marquès 3,2 6 » 5 »
De l'Etat d'Orange 6,7 6,4 8,7
Les import, consistent surtout en : machines 36.538.000, bétail 27.273.000, vêtements et modes 24.006.000, céréales et farines 15.814.000, épiceries et comestibles 14.802.000, ouvrages en fer 14.427.000, produits chimiques et pharmaceutiques 13.401.000, boissons et spiritueux 8.833.000, ouvrages en cuir 8.630.000.
L'administration des Douanes ne tenant pas compte des export., on n'en détermine approximativement le chiffre que par les statistiques de la Compagnie Xéerlando-Sud- Africaine de chemins de fer (Nzam). D'après cette Compagnie, il est sorti du Transvaal, par voies ferrées, 8.494 T. en 1893, 10.910 en 1896, 32.871 en 1897, 31.378 en 1898 (18.739 vers Lourenço-.Marquès, 27.733 vers le Cap, 4.906 vers Natal), principalement en : charbon 38.774 T., laine 2.537, peaux et cuirs 2.101, minerai 1.920, céréales 811, pierres et chaux 639.
L'usine de dynamite de Zurfontein a fabriqué, en 1898, env. 300.000 caisses d'explosifs; elle en a vendu 270.739 aux Compagnies minières. — Distilleries, brasseries; fab. de ciment, de conserves de fruits, d'huiles; tanneries; atelier de constructions mécaniques de la Compagnie néerlando-sud-africaine de chemins de fer.
Voies et moyens de communication. — Le réseau de la Compagnie Néerlando-Snd-Africaine a nne longueur de 1.147 kil. Pretoria et Johannesburg sont reliés au Cap, à I^oarenço-iMarquès et à Durban. Le nombre des voyageurs a été de 1.818.668 en 1897 et 1.718.139 en 1898; celui des marchandises, respectivement, de 1.509.073 T. et 1.609.031.
En 1897 les bureaux de poste ont reçu et expédié 63 millions 871.123 lettres et cartes postales. Il a été délivré en 1898 pour 4.370.000 fr. de mandats-poste pour l'intérieur et 11.442.000 fr. pour l'étranger. Le nombre des dépêches reçues et expédiées en 1898 a été de 1.674.117. Au 1" janvier 1899 les lignes télégraphiques avaient une longueur de 3.336 kil. et le nombre des bureaux était de 65.
Monnaies.— Les mêmes que dans le Royaume-Uni (voy. ce mot). On se sert aussi de pièces d'or, d'argent et de bronze frappées par l'Hôtel des .Monnaies de Pretoria.
Poids et Mesures.— Les mêmes que dans la colonie du Cap (voy. ce mot). Le daim, unité de superficie minière, égale un rectangle de 150 sur 400 pieds. Cours moyen de l'or on 1898 dans le Rand :
Or de Or de Or fin
batterie cyanuration
1 grain d'or = 0,18 0,13 0,21
1 pennyweight d'or = 4,37 3,73 3,25
1 once d'or = 87, .30 73 « 103 »
Établissements financiers. — 11 y a au Transvaal huit établissements de crédit : la Banque Française de l'Afrique du Sud (cap. 40 millions de fr., siège social à Paris, agem à Londres), la National Bank, la Standard Bank. l'Africi Banking Corporation, la Natal Bank, la Bank of .\frica, Robinson Bank, la Ned-Bank en Crediesverg. De 1897 1898 la réserve de ces banques a été portée de 32.304.000 34.891.000 fr. pour un capital versé de 203.400.000 fr
Douanes.— Le tarif en vigueur est celui de 1894. (Vo; Ann. Com. Ext., 2' fasc. de 1895.) La plupart des droits d'import. sont de 7 1/2 7.. Avec les frais accessoires, une tonne de marchandises (2.240 liv. angl.) valant en Euroj
ne
its ne
TRAVAIL
TRAVAIL
1 .000 (r. on M) liv. st.. revient à Johannesbarg k 60 liv. st. environ. Abel Rwier.
BiRLior.RAPHiK. — V.-S. Aubert. la République Sud- [fricaitie, Paris, 1889; — (ieorges .\abert, l'Afrique du sud: — de Laonay, les Mines d'or du Tratisaaal : — Rapport de l'Ingénieur des Mines de l'État, Pretoria, 1899; — the lioers States, by Keane; — la Politique Boer, par Yves Gnyot; — la Reçue Sud-Africaine, directenr, M. Dnpont: — les Rapports de la Chambre des mines.
TRAV.\IL. (Syn. : Angl. : Labour, Work. AUem.: Arbeit. Ital. : Laroro.) Sommaire : f. Dénnition. — II. Organisation et liberté da
travail. — III. Entreprises contre la liberté da travail.
— IV. Le snrtravail : le sophisme de Karl .Mar.\. — V. La politique socialiste et la concurrence économique. — VI. Le contrat de travail individuel et collectif. — VIL Organisation commerciale du travail. — VIII. La légalité des Sociétés commerciales de travail. — IX. Expériences. — X. Avantages des Sociétés commerciales de travail. — XL Substitution de l'entreprise an louage de service. — XII.Travailà la journée et travail aux pièces.
— XIII. Généralisation du marchandage.
I. Défi.mtiox. — L'homme acquiert des ntilités on par son propre effort, ou par l'échange.
L'effort personnel de l'homme s'appelle le travail. — On l'appelle intellectuel ou musculaire. Le mécanicien de locomotive dirige et ne transporte pas, tandis que le traîneur de brouette transporte plus qu'il ne dirige. La part du travail intellectuel dans la production est en raison de la puissance de roM<j7/rtg^?, c'est-à-dire du capital flxe (voy. Capital).
La valeur de l'homme est en raison de la puissance de l'outil. Sa rémunération peut être pins grande quand il entraîne plusieurs dizaines de tonnes à plusieurs dizaines de kil. à l'heure que lorsqu'il traîne dans sa brouette i/2o de mètre cube de terre en faisant 3 kil. 300 à l'heure.
Les capitaux circulants étant la mesure de la valeur, la valeur du travail humain est en raison de l'abondance des capitaux circulants et de la puissance des capitaux fixes.
On oppose le travail an capital. J'ai déjà montré art. Salaires) l'impropriété de ce dualisme.
Dans une entreprise, le capital remplit les usages suivants : organisation de l'outillage: achat des matières premières: garantie, aux ouvriers qui emploient cet outillage à transformer ces matières premières en produits, qu'ils recevront une rémunération déterminée, quel qne soit le sort de ces produits.
Le capital garantit le payement du produit fourni on du service rendu par le travail. C'est une avance qu'il récupère sur le consommateur : autrement il est absorbé et disparait.
IL Organisation et liberté du Tr.\vail. — La première forme du travail est le travail servile. Le Fuégien considère que la femme est uu esclave donné par la nature. Dans le travail servile il y a contrainte, il n'y a pas échange. L'esclave devient serf, puis serf abonné. L'individu ne cesse de multiplier ses efforts pour jouir de la propriété personnelle de ses forces, de manière qu'il puisse en échanger les produits, sous forme de services ou de marchandises, avec ceux qui en ont besoin.
En 1774 Turgot proclama la liberté du travaiL
La Révolution française, en abolissant les corporations, maîtrises et jurandes, l'établit. I^ contrat de travail, comme tous les autres contrats, comporte la libre discussion entre les parties contractantes et la garantie de l'exécution. L'art. 1780 du C. Civ.
I stipule que rindividn ne peut engager ses services qu'à temps et pour une entreprise déterminée. C'est I nne nouvelle preuve de la loi du progrès, dégagée j par Sumner .Maine : Substitution du contrat libre- \ ment consenti aux arranijements d'autorité. i III. Entreprises contre la liberté du Travail. i — On a vu lart. Sv.nuicatsi le caractère régressif j de l'opinion démocratique dans la plupart des pays: ' on vent confîsqner la liberté individuelle da travail j an profit de syndicats ou de trade-unions: on vent soumettre le travail à une réglementation qui aboutit à subordonner l'industrie à la police. I Les salariés, se considérant comme opprimés par \ les salariants, croient que pour défendre leur liberté ! contre cenx-ci, ils doivent l'aliéner à des corpora- I tions et à l'État.
' On trouvera plus loin un tableau, dressé par { XI. Dufourmantelle, de la réglementation da travail j établie dans les divers pays. Elle répond à ane conception très simple : l'Etat doit intervenir pour assurer aux salariés le maximum de salaire et le minimum de travaiL S'il le peut et s'il ne le fait pas, il est contre les ouvriers ponr les patrons. Voilà tout. Mais Karl Marx a voulu donner nne base d'apparence scientifique à la lutte des classes, en montrant que le bénéfice du patron ne provient qne du surtravail de l'ouvrier : par conséquent, pour réduire l'exploitation de l'ouvrier par le patron, le législateur doit « réduire les heures de travail ». {Voy. Sa- L.VIRES, § IX, p. 1277.)
IV. Le Surtravail. Karl Marx. — Il n'est pas inutile d'exposer le sophisme marxiste, que ne comprennent même pas la plupart de ceux qni l'exploitent. Le voici tel qu'il se trouve dans le t. III de son grand ouvrage, Le Capital, publié seulement par Engels en 1894.
Karl Marx dit : « Une valeur est capital lorsqu'elle est avancée dans le but d'engendrer un profit. »
On voit ici sur quelle équivoque subtile il base sa démonstration :
De même qne ce qui excède une grandeur ne peut pas en constituer une partie, de même le profil, l'excédent de la valeur même de la marchandise sur l'avance du capitaliste, ne peut pas constituer nne fraction de cette dernière. Si la valeur avancée par le capitaliste est le seul élément qui concourt à la création de la valeur de la marchandise, il est impossible que la production fournisse une valeur supérieure à celle qui y a été engagée, à moins qu'on n'admette que quelque chose se forme de rien.
Voilà des principes fort exacts. Rien ne se forme de rien. L'excédent d'une grandeur ne peut pas en constituer une partie. Mais il s'agit de savoir si ces principes s'appliquent an profit.
Karl Marx avance encore un certain nombre de vérités incontestables quand il dit : « Le capitaliste n'a en vue que l'excédent de la valeur du produit sur la valeur du capital consommé. »
En termes plus simples, l'industrie et le commerce ont le gain pour objet.
j Mais Karl Marx conclut :
! Le capitaliste ne peut atteindre ce but qu'en échangeant son capital variable contre du travail vivant et en exploitant celui-ci.
Il ne peut exploiter le travail que parce qu'il se dresse comme propriétaire des conditions du travail en face du travailleur, qni ne possède que la force de travail.
Karl Mars distingue trois sortes de capital industriel : 1» le capital fixe, qui représente l'outillage: 2* le capital constant, qui représente les matières
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premières; 3° le capital variable, qui représente la main-d'œuvre.
Karl Marx appelle plus-value l'expression du rapport de la plus-value au capital variable, et taux du profit l'expression du rapport de la plus-value au capital tout entier.
Le profit provient de ce que le capitaliste peut mettre en vente une chose qu'il n'a pas paj'ée; or, ce qu'il n'a pas payé, c'est le surtravail. Par conséquent, le rapport doit s'établir entre le capital variable représentant la main-d'œuvre et l'excédent de la valeur obtenue par la marchandise.
Nous allons voir les conséquences de ces données.
Karl Marx prend comme exemples les chiffres
donnés par une filature de coton de 10.000 broches
pour une semaine d'avril en 1871 et les étend à toute
l'année. Il élimine toute question de crédit (en liv. st.):
Capital fixe (machines) 10.000
Capital circulant 2.500
Capital total 12.500
Valeur du produit hebdomadaire
Capital fixe (nsure des machines) 20
Capital circulant constant (loyer, 6 liv. st. ; coton,
342; charbon, huile, gaz, 10) 358
Capital variable (salaires) 52
Plus-value (travail non payé) 80
Total 5ÏÔ
Le capital avancé hebdomadairement est :
Capital circulant constant 358
Capital variable (salaires) 52
Total ÏTÔ
Proportion pour 100
Capital constant 87,3
Capital variable (salaires) 42.7
Si on rapporte ces éléments à l'ensemble du capital circulant (2.500 liv. st.), on trouve 2.182 liv. st. de capital constant et 318 liv. st. de capital variable.
La dépense annuelle de salaire s'élevant à 52X52 = 2.704 liv. st., le capital variable (318 liv. st.) accomplit 8 1/2 rotations par an.
Le profit de toute l'année s'élève donc à 80Xo2 = 4.160 liv. st. Si on divise ce nombre par le capital total, soit 12.500, on obtient 33,28 %• Tel est le taux du profit.
Le profit est la comparaison de la plus-value du travail ou du capital variable à l'ensemble du capital; mais ce n'est pas le profit qu'il faut voir. La plus-value du capital variable ne doit être comparée qu'au capital variable, c'est-à-dire aux salaires payés aux ouvriers.
Nous avons alors :
80 liv. st. de plus-value divisées par 52 liv. st., montant du capital variable payé chaque semaine :
on
Mais comme le capital variable (318 liv. st.) se renouvelle 8 fois 1/2 par an, nous avons : 153 11/13 V, X 8 1/2 = 1.307 9/13 7.
Ce chiffre de la plus-value, c'est le cliiffre du surtravail ; c'est le taux du capital-vampire. Quand l'industriel paye 100 fr. en salaires, il gagne 1.307 fr.; quand il paye 1 fr. de salaire, il gagne plus de 13 fr. {Le Capital, t. III, trad. franc., p. 58.)
Karl Marx et ses disciples ont beau jeu pour dénoncer une pareille exploitation du travail par le capital.
Un déclamateur socialiste n'analyse pas la manière dont ce rapport a été obtenu.
II met tous les mathématiciens au défi de démontrer que le calcul de Karl Marx n'est pas juste; et aucun, à coup sûr, ne contestera la justesse du calcul.
De ce silence il conclut que Karl M;irx a prouvé, non pas d'après une hypothèse en l'air, mais en prenant l'exemple d'une filature anglaise, pendant une semaine de 1871, que le patron gagnait plus de- 13 fr. par franc donné au salarié; que ces 13 fr.sont le résultat de ce franc de travail ; qu'ils représentent la plus-value du travail humain absorbé par le capital; qu'ils représentent le travail non payé!
Le marxiste continue en disant :
L(! capital que nous avons envisagé se subdivise en- 12.182 liv. st, de capital constant et 318 liv. st. do capital variable, en tout 12.500 liv. st., soit 97 1/2 7. de capital constant et 2 1/2 7. de capital variable (employéau salaire). La 40* partie du capital total seulement sert, mais en jouant ce rôle plus de huit fois par an, à payer les salaires.
Et toute la plus-value provient de ces 2 1/2 Vo.
Telle est la thèse.
Seulement, un esprit critique demanderait compte des restrictions suivantes, qui se trouvent dans letexte d'Engels :
Ce profit (33,28 7o relativement à l'ensemble du capital) est anormalement élevé : il s'explique par une conjoncture exceptionnellement favorable, — des pri.\ très bas pour le coton et très élevés pour le fil — qui n'a certainement pasduré pendant toute l'année.
Quelques lignes plus bas, confondant les mots ((profit et plus-value», Engels, parlant du taux de 1.307 Vo, dit :
Pareil profit n'est pas rare dans les périodes de très grande prospérité, que nous n'avons plus traversées, il est vrai, depuis un certain temps.
11 nous semble que ces deux restrictions ruinent tout le calcul: si le prix du coton, matière première, et du fil, produit, jouent un certain rôle pour augmenter ou diminuer le profit, alors le profit n'est pas le simple produit du travail, et le taux de- 1.307 "/o disparaît, tandis qu'apparaissent d'autres éléments que le surtravail dans la valeur du produit.
Karl Marx a dénoncé la rapacité des vampires qui s'engraissent du travail non payé ; il aurait dû surtout railler leur désintéressement imbécile.
D'après le calcul ci-dessus, la part du capital réservé au salaire n'est que de 2 1/2 "/„ relativement , au capital total; or, si le bénéfice porte tout entier j sur cette part, pourquoi les industriels, au lieu de] l'augmenter, ne cessent-ils pas de la restreindre?
Pourquoi perfectionnent-ils leur outillage, au lieaj d'augmenter le nombre de leurs salariés?
Si le travail humain non payé est le seul élément! de profit, pourquoi le remplacent-ils par le travail] mécanique?
Comment n'ont-ils pas reconnu leur erreur, depui*| que Karl Marx leur a signalé le moyen d'acquéritj des bénéfices indéfinis, à la condition d'augmentei indéfiniment leur main-d'œuvre?
V. L.v Politique soculiste et la Coxcuhue.n'ci ÉCONOMIQUE. — De ce sopliisme naît toute la théoriel de la lutte de classes. L'ouvrier exploité doit donner le moins possible de travail non payé qui constitue le bénéfice unique du patron. Comment le salarié peut-il faire cesser son exploitation par le capitaliste? Au moyen de la conquête du pouvoir politique.
Le socialisme a pour but de remplacer la concurrence économique par la concurrence politique : le
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syndicat est nne association de combat qni est entraînt'-e par sa nature même à toujours sortir du terrain économique pour entrer sur le terrain politique. Mauvais intermédiaire entre les salariants et les salariés, il aboutit à la tyrannie syndicale.
Revenir à la loi de 1791, qui supprimait le droit d'association entre personnes de la même profession est impossible : mais il faut chanjfer le caractère de ces associations; d'associations de combat il faut en faire des Sociétés commerciales, et leur donner pour objet non plus la concurrence politique, mais la concurrence économique, en les intéressant à celle-ci.
Il faut que les industriels, et surtout les grands industriels, envisagent nettement le problème.
VI. Le Contbat de travail individuel et collectif. — Le problème qni se pose est celni-ci : Le contrat de travail peut-il n'être qu'individuel dans les usines comprenant plusieurs dizaines, plusieurs ceutaines, à pins forte raison plusieurs milliers d'ouvriers ?
M. de Molinari, dans nn article sur l'Avenir des Chemins de fer, avait montré, en 1842, avec une prescience remarquable, la contradiction qui devait exister entre le développement de l'outillage, de l'industrie, le développement des moyens de transport, etc., d'une part, et en même temps l'achat en détail du travail, d'autre part. Et il avait indiqué qu'il serait indispensable que les industriels traitassent en gros de l'achat du travail.
Le Play, au contraire, a toujours insisté pour qu'on continuât le traitement individuel.
Il avait cru qu'un chef d'industrie devait représenter un être conforme aux traditions patriarcales de la Bible. Il avait considéré que ce patriarche devait traiter individuellement avec chacun de ses ouvriers. (Voy. Patron.)
Le grand patron a considéré qu'il avait charge d'ûmes et qu'il devait avoir des droits de police et de surveillance morale, politique et religieuse sur ses ouvriers, qu'il devait les conduire au bonheur dans cette vie et dans l'autre. Et enfin il s'est donné nn rôle tufélaire, incompatible avec le caractère économique du contrat de travail. Qu'estil arrivé? D'abord cet excès de philanthropie qui résulte du patronat et qni a pour résultat de compliquer les rapports entre salariants et salariés.
Or, quel est l'idéal à poursuivre dans les affaires commerciales et industrielles? C'est de simplifier les rapports et de faire des contrats dont l'objet soit aussi restreint que possible.
Pour tout établissement comprenant un grand nombre d'ouvriers, le traitement individuel comporte nne police avec tous les inconvénients qu'elle entraine à sa suite.
Un industriel ne doit pas organiser de police à l'égard de ses ouvriers. Il n'a nullement ce droit. Une fois qne le salarié a livré son produit et qu'il a reçu le prix convenu pour ce produit, il est absolument indépendant du salariant, lequel est complètement libre à son égard.
Qu'une grève éclate, et ceux des industriels qui avaient proclamé le plus haut qu'ils ne traiteraient pas autrement qu'individuellement reçoivent, nne fois la crise déclarée, des délégués nommés dans un mouvement de colère, et ils sont réduits à capituler au moment le plus grave et dans des circonstances néfastes.
Ils traitent avec des délégués et acceptent le plus souvent l'arbitrage que ceux-ci demandent.
Il est détestable pour les industriels, au point de vue de la bonne tenue de l'industrie et de l'autorité morale qu'ils peuvent avoir sur les salariés, qu'ils préconisent, en temps normal, nn système auquel ils se hâtent de renoncer an moment de la grève.
Ils feraient beaucoup mieux de commencer par considérer que le système qu'ils veulent perpétuer n'est pas viable avec des agglomérations se montant à plusieurs milliers et même à quelques centaines de salariés.
En conséquence, nous pouvons dire qne le traitement individuel du travail, au fur et à mesure que se développe la grande industrie, est une forme d'organisation vieillie, usée, surannée, anti-économique, d'une moralité douteuse, et qui amène de sérieux canflits entre employeurs et employés.
Actuellement le salariant et le salarié sont presque toujours d'accord pour considérer que le contrat de travail n'est pas un véritable contrat. Le salariant pense qu'en dépit de l'art. 1780 il n'a pas de recours contre le salarié, si celui-ci refuse d'exécuter son engagement : et le salarié considère volontiers qu'il n'y a que le salariant qui soit engagé. En cas de grève, presque toujours, il suspend brusquement le travail sans tenir compte des délais convenus.
Donc, pour le salariant, la garantie de l'exécution du contrat présente un intérêt de premier ordre.
Celte garantie ne peut être que collective.
VII. Organisation commerciale du Tr.\v.ul. — 1° Les engagements individuels sont impossibles dans les établissements industriels qui comprennent un grand nombre d'ouvriers. Dès qu'il y a conflit, ils se transforment en engagements collectifs. Ils ne présentent qu'une garantie précaire.
2" Les syndicats sont des organisations de guerre en France, véritables Sociétés secrètes, dont l'existence se manifeste surtout dans les moments de crise et dont les chefs ont le plus souvent intérêt à provoquer des crises.
3» Les bureaux de conciliation et d'arbitrage reposent sur nn principe faux : ils exigent que les industriels rendent compte de leurs opérations aux salariés; ils interviennent, sans responsabilité, pour déterminer les termes d'un contrat, alors que c'est seulement l'interprétation ou l'exécution d'un contrat qui peut être soumise à la décision d'un arbitre.
4° On a crn trouver nne panacée universelle dans la participation aux bénéfices. Elle n'est propre qu'à certaines industries. (Voy. Participation aux bénéfices.)
5° On a préconisé les associations coopératives de production. Or, ces associations ont à remplir les I fonctions suivantes :
1» Constitution et administration du capital: 2" Organisation de l'ontillage :
3° Achat des matières premières ; 4» Organisation du travail ; ' 5* Placement des produits.
.\u lieu d'associations de production il faut cons- ' tituer des Sociétés commerciales de travail, qui ' n'aient besoin que d'un très petit capital, qui ne i fournissent ni outillage ni matières premières et
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qui n'aient ({u'iin seul produit à placer : celui du travail de leurs membres.
Que désire l'industriel? Un travail fourni dans les meilleures conditions possibles, le meilleur marché possible, et il recherche les procédés et les machines qui remplacent le travail humain.
Toute l'énumération des fonctions de l'industriel se résume ainsi: faire des actes de commerce. Sa mission, étant donné le capital constitué, c'est d'acheter et de vendre.
Il fait un acte de commerce quand il se procure la matière première, quand il établit .son outillage, quand il achète, sous forme de salaire, les produits résultant du travail qui a transformé, à l'aide de l'outillage, les matières premières qu'il s'était procurées d'abord; enfin, il fait un acte de commerce quand il vend ses produits, résultats de la mise en œuvre des matières premières par les salariés.
L'industriel cherche l'économie de l'ellort. Il vise à simplifier les différents actes de commerce qu'il a à faire.
Il achète en « gros », et non pas en « détail » ; il essaie de faire des marchés considérables, à longs termes, et d'assurer les déboucliés de sa fabrication pendant une longue durée.
Il ne lui en coûte pas plus de faire un marché de plusieurs milliers de francs que d'en conclure un de quelques francs seulement.
Par conséquent, tout son effort consiste toujours à faire les marchés les plus gros possibles, soit pour acheter les matières premières, soit pour vendre ses produits, parce que, plus ces marchés sont considérables, moins souvent il a à répéter le même effort.
L'industriel a comme idéal de faire une série d'entreprises à forfait, des détails desquelles il n'ait point à s'occuper et qui lui permettent d'établir avec sécurité son prix de revient.
De même qu'il a la préoccupation de ne pas acheter des matières premières au-dessus du cours et de ne pas vendre ses produits au-dessous, il a la préoccupation de ne pas acheter le travail au-dessus du cours.
Le salarié a la même préoccupation : ne pas vendre le travail au-dessous du cours.
Le salariant désire acquérir, dit M. Schloss, au moins pour six deniers de travail pour chaque six deniers payés, quelle que soit la forme du salaire, et le salarié, non moins naturellement, désire ne pas vendre huit deniers, ou même sept deniers de travail pour six deniers.
Le travail obéit à la loi de l'offre et de la demande. Il doit se vendre et s'aclieter an cours, comme du blé ou du charbon sur un marché ordinaire.
Ce qu'il faut donc, c'est, comme n'a cessé de le réclamer M. de Molinari, commercialiser le travail.
Sur le marché du travail les luttes personnelles doivent être remplacées par la concurrence économique.
La Société anonyme est la forme du groupement de travail qui assure en même temps l'organisation du travail collectif et l'indépendance de l'individu.
Le syndicat professionnel est une association de personnes; la société anonyme de travail doit être une association destinée à fournir un objet : du travail, ou plutôt les résultats du travail.
La personne n'est engagée dans l'association que
pour fournir du travail. Rien de plus. Le travail y est anonyme.
Quand la personne a fourni la qualité et la quantité de travail convenues, elle est aussi indépendante de la Société qu'un actionnaire d'une Société anonyme qui a payé son action est indépendant d'elle.
Dans le syndicat, un membre peut être exclu. S'il s'en retire, il perd toute sa quote-part de l'avoir social.
Dans la Société anonyme par actions, il conserve sa quote-part de l'avoir social sous forme d'action.
Il peut la conserver ou la vendre au cours, la Société ne pouvant se réserver qu'un droit de préemption.
La solution du problème de l'organisation du travail dans l'industrie, c'est la constitution de Sociétés anonymes de travail, ou, si l'on préfère ce nom, de Coopératives de travail.
Ces Sociétés seraient des Sociétés par actions, de manière que chacun de leurs membres fût toujours copropriétaire de l'avoir social. Elles n'auraient d'autre objet que de traiter pour le travail de leurs membres et de garantir l'exécution du contrai de travail.
La Société vendeuse de travail n'aurait pas à s'occuper de la bonne ou de la mauvaise direction des affaires de l'industriel avec qui elle traite, ni des hasards de sa fortune commerciale. Elle n'aurait pas à demander une participation dans les bénéfices.
Elle aurait exclusivement h garantir à l'industriel un approvisionnement de travail pour un laps de temps et à un tau.v déterminés.
Les Sociétés anonymes dites de coopération de travail seront-elles constituées par corps de métiers ou par usines? Elles peuvent être régionales; elles peuvent être générales. Les plus puissantes seront celles qui, groupant une catégorie d'ouvriers de la même spécialité, pourront fournir des ouvriers de pren\ier choix partout où la demande se produira.
Dans son article sur l'Avenir des chemins de fer, M. G. de Molinari avait montré la m'-cessité de mobiliser le travail. Cette mobilisation n'est pas encore proportionnée aux moyens de circulation que l'industrie a mis à la disposition de l'homme. 11 faut développer la circulation du travail comme la circulation de toutes les autres valeurs.
Ces Sociétés anonymes ou ces Sociétés coopérât) vesj de travail pourront l'organiser. Sous cette influenceJ de politiques les Bourses de travail deviendront éco| nomiques.
Ici encore nous trouvons l'application toute nato^ relie des principes qui doivent déterminer toute lél gislation sur les associations, dégagés par MM. Bao| doux et Henry Lambert.
Les syndicats professionnels sont des association de personnes. Ils sont à durée indéterminée. Leur propriétés constituent des biens de mainmorte. Lea| objet est vague. Ils ne sont pas tenus à des compt exacts. Ils comprennent leur nMe de défenseurs Ai travail en demandant une intervention toujours d^ plus en plus grande des pouvoirs publics dans le rapports entre salariés et salariants. Ils sont exclu sifs, car ils se disputent entre eux la prééminenc et le pouvoir.
Les Sociétés anonymes ou Coopératives de travai seront à la fois des associations de capitaux et d^ personnes. Leur durée sera déterminée.
Elles seront astreintes à des comptes exacts
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ainsi se fera, par la pratique, l'édncation économique lie leurs membres. Chacun de leurs membres aura toujours à sa disposition sa quote-part de l'avoir social. Elles auront un objet économique nettement déterminé.
Elles offriront à l'industriel la sécurité de la maind'œuvre à un taux et pour des délais déterminés. Elles offriront à chacun de leurs membres l'indépendance à l'égard du salariant et la certitude d'être payé selon sa valeur professionnelle, au cours du marché du travail.
VIII. La légalité des Sociétés commerciales de TRAVAIL. — Au point de vue légal, la constitution des sociétés commerciales de travail ne présente aucune difficulté. L'art. 68 de la loi de 1867, modiOée par la loi de 1893, dit que « quel que soit leur objet, » les Sociétés en commandite ou anonymes, qui se- » ront constituées dans les formes du C. Com. ou de » la présente loi, seront commerciales et soumises » aux lois et usages du commerce ».
En Belgique les Sociétés commerciales sont nettement déterminées par l'art. 1" de la loi de 1873, qui déclare que les Sociétés comprises dans l'art. È du titre I du C. de Com. ressortissent de la loi sur les Sociétés en Belgique. Dans le § 3 de l'art. 2 du C. de Com., nous trouvons que la loi répute acte de commerce « toute entreprise de manufactures ou » d'usines, de travaux publics ou privés, de commis- » sion de transport par terre ou par eau ». Ces entreprises ressortissent donc de la loi sur les Sociétés commerciales et coopératives.
En France, avec les art. 50 et 52 sur les Sociétés à capital variable, et en Belgique avec les dispositions de la loi sur la coopération, on peut trouver toutes les garanties qui pourraient donner satisfaction à ceux qu'effrayerait une trop grande liberté. Ainsi, nous trouvons dans la loi belge qu'au point de vue commercial un associé démissionnaire ne peut provoquer la liquidation de la Société. 11 a droit à sa part telle qu'elle résultera des opérations du bilan, celui-ci étant fait en temps et lieu.
Le nouveau projet de loi sur les syndicats, déposé par M. Waldeck-Rousseau, donne à ceux-ci une certaine extension, mais il est obligé de reconnaître « que si le syndicat fait des actes de commerce, il » arrive qu'une Société se juxtapose en réalité à ce » syndicat ». Par conséquent, il faut toujours en arriver à la Société commerciale. (Voy. Syndicats.)
IX. Expériences. — M. Louis Strauss, président du Conseil supérieur du Commerce et de l'Industrie en Belgique, a publié dans le Siècle du 7 février 1900 une étude sur les « Nations d'Anvers », constituées en Sociétés commerciales de travail pour le chargement et le déchargement des navires.
Une Société de travail a été constituée à Paris en 1881, sous le régime de la loi de 1867. Le Siècle du 3 avril en a publié les statuts : c'est la Société anonyme à capital variable de composition, impression, expédition et distribution des journaux officiels de la République française. Elle a été prorogée le 12 janvier 1901 pour une durée de vingt années. Le capital social, fixé primitivement à la s«mme de 5.000 fr., est porté à la somme de 6.400 fr., divisé entre 128 actions de 50 fr. chacune.
Je puis affirmer que les membres de cette Société ont lieu d'être satisfaits des résultats qu'ils ont obtenus et que l'État a fait une très bonne affaire en traitant avec elle. Nous n'avons à nous étonner que
d'une chose : c'est que cet exemple n'ait pas été suivi.
Cependant il y a quelques Sociétés de travail : celles des ouvriers paveurs de Paris, fondée en 1886, des piqnenrs de grès, en 1889, des piquenrs de grès et des granitiers.
En Italie il y a des associations d'ouvriers agricoles, « les braccianti ». .M. Lnzzatti a déposé an projet de loi pour la création d'une banque destinée à assister les Sociétés de travail et à les substituer aux entrepreneurs. Mais alors elles perdraient leur caractère de Sociétés de travail.
L'artel russe est bien, dans certaines conditions, une Société de travail. L'ordonnance sur les corporations de métiers en donne la déQnition suivante : « L'artel est une réunion de plusieurs personnes qui, par suite d'une entente mutuelle, se chargent collectivement de devoirs et de travaux qui dépassent les forces d'un homme isolé. » Mais l'artel n'a pas de personnalité juridique, et ce mot s'étend à des corporations de tout genre. (Voy. suprà :ARTEL,et l'Artel et la Coopération en Russie, par Paul Apostol, 1899.)
Au congrès socialiste de Marseille de 1879 M. Gouttes, aujourd'hui inspecteur divisionnaire du travail à Bordeaux, exposa la constitution et le fonctionnement des Associations ouvrières de production n'ayant ni outillage ni capitaux d'exploitation. C'est une très bonne définition des Sociétés commerciales de travail. Il en montrait les bénéfices pour l'industriel aussi bien que pour l'ouvrier. 11 considérait comme double du produit actuel le produit du travail de la société ouvrière. Ses allégations n'étaient pas basées simplement sur des calculs et des probabilités. M. Gouttes avait fait en 1878 l'expérience de la construction de 40 wagons pour la marine militaire dans l'usine Mouraille et C'% à Toulon. « Nous avons fait, m'a-t-il écrit, dans trois mois les quarante wagons, alors qu'il avait fallu dix mois pour en faire trente : le prix consenti était le prix antérieur, moins mes appointements (250 fr. par mois). Ma part dans les trois mois de travail fut de 3.200 fr. environ. » Mais il se heurta aux difficultés suivantes: Il avait de la peine à se faire donner l 'outillage nécessaire; le personnel des frais généraux, les comptables voulaient participer aux bénéfices réalisés par les ouvriers : or, c'était à l'industriel de les rémunérer sur les bénéfices qu'il obtenait par la rapidité de l'exécution de cette commande. L'industriel ne trouvait pas ce bénéfice suffisant. 11 considérait que ses ouvriers avaient trop gagné et il aurait voulu avoir une part de leurs bénéfices obtenus. Ce vieux préjugé patronal doit disparaître : leur bénéfice leur était acquis comme est acquis le bénéfice du marchand qui lui avait fourni de la houille ou du fer. L'intérêt de l'industriel est que les salariés soient incités à toucher toujours de plus hauts salaires, si son prix de rerient est diminua dansune moindre proportion quelconque, qui lui permette d'étendre ses débouchés et d'assurer un renouvellement plus rapide de son capital circulant.
M. Gouttes établissait le compte suivant : Un armatear traite avec les Forges et Chantiers de la Méditerranée pour la constraction d'nn navire dansleqael il entre actnellement :
Matières premières loO.OOO
.Main-d'œuvre 75.000
Frais généraux : 73 •/, de la main-d'œuvre 36.230
Bénéfices : 10 */. des sommes ci-dessus 28.123
Pris de revient total 309.375
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Darée ilu travail : trois mois.
Si nous considérons le môme travail exéculù par une association ouvrière, sans tenir compte de la diminution des frais généraux résultant de la suppression do certains employés, nous trouvons en première ligne que la production de l'ouvrier intéressé étant double, non seulement parce qu'il redouble de zèle, mais encore parce que ses collègues plus intelligents que lui l'aident de leurs conseils, le temps employé pour l'exécution sera de 1 mois 1/2 au lieu de 3 mois. Le devis deviendra donc :
Matières premières 130.000 »
Main-d'œuvre 73.000 »
Frais généraux : 37,3 7. 28.123 »
Bénéfices : 10 V. sur les sommes ci-dessus.. . 23.312.50
Total 278.437,30
La dilïérence entre ce prix de revient et celui précédemment établi, s'élevant pour le môme travail à 309.373 fr., constitue un bénéfice de 30.037 fr. 50 pour l'armateur. Cette valeur augmente pour lui si le producteur des matières premières emploie aussi une association ouvrière. Si nous considérons la production annuelle de l'industriel, dans le premier cas, nous trouvons :
Matières premières ioO.OOO X 4 = 600.000
Main-d'œuvre 73.000 X 4 = 300.000
Frais généraux 36.230 X 4 = 223.000
Bénéfices 28. 123 X 4 = 1 12.300
Total 1 .237.300
Dans le cas où il traiterait avec une association ouvrière, la production serait :
Matières premières
Main-d'œuvre 73.000X8= 600.000
Frais généraux.
Bénéfices
Total 2.473.000
En comparant ces divers produits, nous trouvons que dans le premier cas les bénéfices annuels ne sont que de 112.300 fr.,soit 08.000 fr. qu'il touchera en plus; ce sera pour lui une prime que toutes les protections des tarifs de douane ne pourront compenser. Je rappelle pour mémoire qu'il ne court |)lus de risques de pertes et que les frais généraux sont toujours couverts comme par le passé. Les ouvriers employés dans l'établissement, avec le salaire, ne toucheraient qu'une somme annuelle de 300.000 f r., tandis qu'avec l'association ils toucheraient 600.000 fr. Cette somme de 600.000 fr., qui représentera la valeur du travail produit annuellement, sera pour les travailleurs une cause d'amélioration, de bien-être proportionnel pour leurs familles.
X. Avantages des Sociétés co.mmergiales de travail.— Je résume les avantages et les caractères des Sociétés commerciales de travail :
1» Achat en gros du travail substitué à l'achat en détail.
2° Garanties de qualité et de durée pour un temps déterminé ou une quantité déterminée, permettant à l'industriel d'établir sou prix de revient.
3° Grandes opérations dégagées de tous les détails accessoires.
4° Responsabilité efiective de la Société contractante pour retard, malfaçon, etc.
o» Assurance directe de ses associés par la Société commerciale de travail.
XI. Substitution de l'entreprise au Louage de SERVICE. — L'art. 1710 du C. Civ., le même en Frauce qu'en Belgique, dit que le « louage d'ouvrage est un » contrat par lequel l'une des parties s'engage à faire » quelque cliose pour l'autre, moyennant un pri.K con- » venu entre elles ».
L'art. 1779 distingue trois espèces de louage d'ouvrage et d'industrie :
1° Louage des gens de travail qui s'engagent au service de quelqu'un.
2" Celui des voituriers, tant par terre que par
eau, qui se chargent du transport des personnes ou des marcJiandises.
3° Celui des entrepreneurs d'ouvrages par suite de devis ou marchés.
Et tous ces articles sont régis et complétés par la section 3 du chapitre 3 du titre VIII du Code, par les art. 1787 à 1789.
Ueiris et marchés. — Art. 1787 : « Lorsqu'on » charge quelqu'un de faire un ouvrage, on peut » convenir qu'il fournira seulement son travail ou » son industrie, ou bien qu'il fournira aussi la ma- » tière première. » (Voir aussi art. : 1788 et 1789.)
Eh bien, quelle est la caractéristique de la réforme que nous proposons? C'est la substitution de l'entreprise au louage de services.
Quelle est la distinction ?
XII. Travail a la journée et Travail aux pièces. — Pendant longtemps, beaucoup de salariés ont voulu opposer le travail à la journée au travail à la pièce. Ils considéraient qu'avec le travail à la journée ils travaillaient le moins possible, et qu'en prolongeant le temps nécessaire à la confection des commandes ils s'assuraient du travail. Les Sociétés commerciales de travail font disparaître cette question r elles substituent le travail aux pièces au louage de services.
XIII. GÉNÉRALIS.\TION DU M.\RCHANDAGE. —Le décret du 20 mars 1848 interdisait le marchandage en France; mais il déclarait que les « associations qui n'ont pas pour objet l'exploitation des ouvriers ne sont pas considérées comme « marchandages ».
Malgré tous les efforts qu'on a faits pour le supprimer, malgré les décrets du 10 août 1899, signés de M. Millerand, le marchandage a persisté et persistera.
Le système des Sociétés commerciales de travail, c'est la généralisation du marchandage.
Yves Guyot.
BiiiuoGitAPHiE: O.de Molinari, les Bourses duTravail. — .\ndré Liesse, le Travail. — Yves Guyot, la Science économique; l'Économie de l'Effort: l'Organisation commerciale du Travail.
TRAVAIL. (LÉGISLATION.) Diverses des matières qui touchent à l'organisation du travail ont déjà été traitées. (Voy. Accidents, Apprenti, Arbitrage, .\teliers, Bourses du travail, Chômage, Coalitions, Conciliation, Corporations, Délégués mineurs, Établissements insalubres, incommodes ou dangereux. Grèves, Louage d'ouvrage. Louage DE services. Marchandage, Prud'hommes, Salaires, etc.) Il nous reste à examiner maintenant le travail considéré en lui-même, dans l'acte même de sa prestation, et à exposer dans quelle mesure les diverses législations ont cru devoir intervenir pour le réglementer. Afin de permettre une comparaison facile entre ces différentes législations, nous en avons résumé les dispositions respectives dans les tableaux ci-après. Maurice Dufourmantelle.
BiiiMoc.KAfniK.— c. Caire : la Législation sur le travail industriel des femmes et des enfants, 1 vol. 1896. — Landmann : die Geiverbeordnuuij fiir das deulsche Reich (3* édit.),2 vol. — Heilinger : Œsterreicliisches Gewerhcrecht, 2 vol., 1897. — Levasseur : l'Ouvrier américain, 2 vol., 1898. — Howel : a Handy-book of the labour-laiCS, 1 vol., 1893. - Conrad, Elsler, Lexis et Lœning : Handwœrterbuch der Staatsicissenschapen (2'èAH.,l8'M),v'Arbeiterschutzgcsetzgebung.—\Bn\i&\Te3 de législation étrangère publiés par la Société de législation comparée.
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