‹ Dictionnaire du commerce, de l'industrie et de la banqueChapitre 161 sur 1134 · àl6l · texte numérisé non relu

àl6l

A partir de 1877, la production a été en augmentant jusqu'à 1883; les années suivantes ont été des années de crise où la production a baissé sensiblement ; puis, à partir de 1887, elle a été en reprise

FONTE

FONTE

marqnée . De 1892 à 1893, elle est restée à peu près stationnaire, mais 1896 accuse uoe augmentation de près de 17 V« par rapport à 1895. Si on compare 1877 à 1896, on trouve que dans ces vingt années l'augmentation de la production totale a été de 53 Vo ; pour la fonte au coke, elle a été de 67 %, pendant que la production de fonte au bois et de fonte mixte baissait notablement pour arriver à un chiffre presque insignifiant.

Au point de vue des emplois, la production de 1896 se subdivise comme suit :

Tonnes. P . 100 du total

Fonte brute d'affinage 1.838.800 soit 78,6

Fonte Ixrute pour moulage en

2* fusion 424.000 — 18,1

Fonte moulée en 1" fusion 76.700 — 3,3

Le nombre des usines en activité a été de 60, avec 107 hauts-fourneaux à feu, dont 96 au coke, 8 au bois et 3 aux deux combustibles.

La production moyenne annuelle par fourneau a été de 21.900 T., et si l'on n'envisage que les hautsfourneaux au coke, leur production moyenne annuelle s'est élevée à 24.123 T. Elle a été de 28.000 T. en Meurthe-et-Moselle et s'est élevée à 36.300 T. à l'usine d'Isbergues, de la Société des Aciéries de France.

Les départements dont la production a été la plus importante sont :

Meurthe-et-Moselle 1 . 469.000 T.

Nord . . . . , 261 .000 »

Saône-et-Loire 99.000 »

Pas-de-Calais 73.000 »

Landes 72.000 »

Loire-Inférieure Oi.OOO «

Hante-Marne 59.000 »

Le département de Meurthe-et-Moselle a produit à lui seul 63 % de la production totale ; en 1877, la production n'y était que de 383.000 T., soit 23 °/o du total ; dans ces vingt années, l'accroissement a été de 310 %. Il comptait, en 1896, 39 fourneaux existants, savoir: 33, dont 31 à feu, dans le groupe de Longwy, et 24, dont 16 à feu, dans le groupe de Nancy.

Sur les 76.700 T. de fonte moulée en 1" fusion, la Haute-Marne en a produit à elle seule 31.380 ou 67 Vo- Pour la fonte moulée en 2' fusion, les Ardennes viennent en première ligne avec 69.000 T. Parmi les usines à fonte les plus importantes, nous signalerons les suivantes, dans les divers groupes métallurgiques :

1° Nord et bassin de Paris.— Société des Hauts-fonrneaux, Forges et Aciéries de Denain et Anzin, à Denain et Anzin ; Société anonyme des Aciéries de France, à Isbergnes.

2° Est. — Société des Aciéries de Longwy, à Mont- Saint-Martin; Société anonyme des Aciéries de Micheville, à Micheville; Société anonyme de Vezin-Aulnoye,à Maxé- Ville; MM. de Wendel et C", à Jœuf ; MM. Fould-Dupont €t C", à Pompey ; Société anonyme des Aciéries du Nord «t de t'Est, à Jarville; MM. G. Raty et C", à Saulnes.

3" Ouest. — Société anonyme des Aciéries, Hauts-fourneanx et Forges de Trignac, à Trignac.

4° Centre.— Schneider et C'*, au Crensot.

5* Midi.— Hauts-fourneaux de Saint-Louis.

6' Sud-Ouest.— Compagnie des Hauts-fourneaux, Forges ■et Aciéries de la Marine et des Chemins de fer, au Boncau.

Importations et Exportations. — De 1877 à 1888, les import. de fonte l'ont emporté sur les export- ; de 1889 à 1893, il y a eu à peu près équivalence, mais depuis 1894, les export, présentent, par rapport aux import., un excédent qui va croissant et qui en 1896 a atteint 135.113 T.

Prix moyens. — Le tableau F ci-après donne, année par année, de 1887 à 1896, le prix moyen de la tonne des fontes au coke, pour affinage et pour moulage en 2' fusion, ainsi que des fontes moulées en 1" lusion:

F. — Prix moyen de la tonne des fontes

Fonte

Fonte

Fonte moulée

Années

d affinage

de moulage

1" fusion

fr. c.

fr. c.

fr. c.

.55 rt

L'année 1886 avait marqué le terme d'une baisse des prix qui se faisait sentir depuis 1880. De 1887 à 1890, il y a eu un relèvement continu des prix, qui sont ensuite redescendus lentement, pour remonter légèrement en 1896.

Comptoir métallurgique de Longwy. — Les producteurs-vendeurs de fonte de Meurthe-et-Moselle se sont groupés pour former le « Comptoir métallurgique de Longwy », Société en nom collectif qui achète aux associés, pour les revendre en France, toutes les fontes brutes de leur fabrication, excepté celles destinées à leur propre consommation et celles qu'elles peuvent vendre à l'étranger. Le but est de réduire les frais de vente, de s'entendre pour les achats de combustible, la poursuite des améliorations des tarifs de transports, et pour toutes questions d'intérêt commun. L'entente a pour effet de régulariser les prix de vente ainsi que les chiffres de production, et d'éviter ainsi les grosses fluctuations des cours, par suite aussi celles des salaires.

Les marchés se font d'après un prix de base correspondant à un certain cours du coke, et les prix de vente définitifs sont fixés tous les six mois d'après le prix d'achat des cokes consommés pendant le semestre correspondant.

Le Comptoir, fondé en 1876, ne comprenait au début qu'une partie des producteurs-vendeurs de Meurthe-et-Moselle ; tous s'y sont ralliés depuis. Il est leur vendeur exclusif pour la France et contrôle ainsi plus de la moitié de la production des fontes françaises; partout ailleurs que dans ce district, les marchés de fontes se traitent directement entre producteurs et consommateurs.

§ 3. Angleterre. — Jusqu'en 1889, l'Angleterre a conservé le premier rang comme producteur d« fontes. En 1871, elle produisait encore plus de la moitié de la production totale du monde ; en 1889, sa part proportionnelle tombait à 32,3 Vo et en 1895 à 26,8 V«, alors que celle des États-Unis était de 32,2 Vo.

De 1877 à 1896, la production des fontes n'a augmenté en Angleterre que de 30 Vo, tandis que dans cette même période l'accroissement a été de 320 V» aux États-Unis, de 230 Vo en Allemagne, de 100 V» en Belgique, de 33 % en France.

La production de 1896 se décompose comme suit :

Fontes de puddlage et de moulage 4.106.101 T.

Fontes Bessemer et Thomas 4.468.517 »

Spiegel, ferro-manganèse, etc 125.602 »

Total 8.700.220 T.

FONTE

Voici, avec l'indication du nombre des hauts-fourneaux existants et à feu, comment elle se répartit entre les principaux districts :

fniitim l"-fiiri(ui l"-r«iritux

Toties (listutt à fca

Cleveland 3.220.720 138 95

Ecosse 1.198.885 108 78

Cnmberland 732.515 49 20

Lancashire 716.486 42 21

Galles da Sud 819.773 72 22

Lineolnsliire 303.965 21 14

^orthamptonsbire 236.118 26 13

Derbvshire 265.450 41 24

Xotts' et Leicestershire. . 246.267 16 14

Stanordshire Nord 219.285 34 14

Yorkshire 287.179 39 17

Shropshire , Galles du

Nord et antres districts 453.577 26 15

'GÔÏ

FONTE

Clereland n* 3 Ouest Camberiand

fr.

Minerai

Coke

.Main-d'œuvre

Castine et divers

Totaux 8.700.220

Le district qui est de beaucoup le plus important producteur est le Cleveland, voisin du Durham et du Northumberland, qui lui fournissent la houille et possèdent également des mines de fer. Ces trois régions réunies produisent près de 38 Vo de toute la fonte anglaise. Les fontes d'Ecosse fabriquées avec le Blackband représentent environ 14 % de la production totale. .\u sud de l'Ecosse sont les districts du Cnmberland et du Lancashire, qui traitent les hématites €t fabriquent environ 17 '/„ de la production totale. La production moyenne par haut-fourneau a été ; en 1891 de 24.033 T.^ alors qu'aux États-Unis elle a ; atteint oo.lOO T. : en 1887, elle était de 18.420 T. j Si, au lieu de prendre la moyenne générale, on considère séparément les divers districts, on trouve des écarts très sensibles ; ainsi, alors que les 24 hautsfourneaux du Derbyshire ont produit en moyenne hseulement 11.060 T., les 95 hants-fourneanx du fCleveland ont produit en moyenne 33.902 T., et les [22 appareils des Galles du Sud, 37.262 T. On a cons- Ftpuit en effet, pendant les dernières années, dans les rdistricts les plus favorisés, des fourneaux des types [nouveaux à grande production.

Un des principaux avantages de l'Angleterre ré-

Fside dans la faible distance qui sépare le minerai du

rcharbon. Les usines de la côte Ouest sont les seules

rqni aient à faire venir leur combustible d'une dis-

Ftance notable (150 kil. en moyennel et à subir de ce

F«hef un transport de 7 fr. 50 à 8 fr. 50 par T. Le

Cleveland n'a que 3 fr. de transport pour son char-

'bon et dans les Galles du Sud, comme en Ecosse et

dans plusieurs autres districts, les hauts-fourneaux

sont sur le combustible.

On peut admettre que le coût moyen du minerai de fer rendu aux fourneaux de la côte Ouest est de 16 fr. 75 par T. pour le minerai de Cumberland, soit 0 fr. 30 par unité de fer, et de 13 fr. 75, soitOfr. 25 par unité pour le minerai du Xord-Lancashire. Dans le Cleveland, le minerai rendu aux fourneaux coûte en moyenne 5 fr. par T. ou 0 fr. 16 par unité de fer. Pour l'ensemble du pays, on peut admettre le prix moyen de 5 fr. 50 par T., ce qui met le prix de l'unité de fer à 0 fr. 20. Env. 33 % de la production de fonte vient de minerais importés, presque tous d'Espagne, qui coûtent en moyenne 15 fr. 50 par T. rendus franco à bord en Angleterre, pour un rendement de 48 %; rendus au haut-fourneau, on estime le prix moyen de l'unité de fer à 0 fr. 325.

Les prix de revient actuels des deux types principaux de fontes anglaises, la Cleveland n" 3 et l'hématite de rOuest-Cumberland, s'établissent respectivement à peu près comme suit :

L'Onest-Cumberland est le seul district anglais qui possède beaucoup de minerai d'hématites pour fonte Ressemer. Ce minerai est cher et coûte rarement moins de 11 à 12 fr. la T. à la mine; aussi certaines usines du Cumberland, quoique rapprochées de ce minerai, font-elles venir de grandes quantités de minerai d'Espagne.

Parmi les districts de moindre importance, comme le Nord-Staffordshire, le Lincolnshire, il y en a qui peuvent encore produire de la fonte à bon marché. Dans beaucoup de points le minerai peut y être exploité à ciel ouvert et ne coûte guère que 1 fr. 25 à 1 fr. 80 par T. à la mine, ce qui permet de fabriquer des fontes à 37 ou 38 fr. la tonne.

Exportation. — L'export. des fontes brutes se chiffre comme suit pour les trois dernières années :

De 18^ à 1896, il y a eu une augmentation de 196.265 T., soit de 22 V..

Modes de rentes. Warrants.— Une grande partie des fontes de l'Angleterre proprement dite et la presque totalité des fontes d'Ecosse sont vendues par les fabricants à des courtiers contre des warrants; ces warrants peuvent toujours être réalisés auprès des banquiers. Les consommateurs achètent donc les fontes dont ils ont besoin aux courtiers, d'après les cours du jour; le marché principal esta Glasgow. Les consommateurs ne traitent directement avec les producteurs que pour des contrats à longue échéance, ou encore pour certaines marques spéciales, comme les Langloan, les Carron, etc., en Ecosse.

Les fontes hématites se vendent en général par l'intermédiaire des courtiers de Glasgow : les marques Cleator et Distington sont les plus répandues.

La production du Durham est presque totalement utilisée par les forges de la région même, parmi lesquelles on peut citer les suivantes : Bolckow et C", William Withwell et C*% Consett et C".

Les fontes des autres régions sont habituellement vendues directement par les producteurs, qui en fixent les prix dans des réunions trimestrielles qui ont lieu à Wolverhampton et à Glasgow.

Nous devons mentionner aussi spécialement les fontes de Low-Moor et de Bowling (Yorkshire), qui ont une très ancienne réputation et qui sont fabriquées à l'air froid.

Prix moyens. — Le tableau ci-après donne les cours moyens annuels des fontes en Angleterre de 1887 à 1896, en francs, par tonne de 1.000 kilog. :

Fonte PaddUge Moulage

Années hématite blanche n* 1

fr. fr. fr.

FONTE

§ 4. Allemagne et Luxembourg.— L'Allemagne occupe un des premiers rangs parmi les pays sidérurgiques. Quoique, considérée dans son ensemble, elle ne soit pas dans les meilleures conditions pour produire de la fonte à très bon marché, dans un de ses districts la fonte est fabriquée au prix le plus bas que l'on connaisse dans le monde. C'est l'usine Peine et C'% située dans la province de Hanovre, qui fabrique de la fonte Thomas à 30 et 32 fr. la T. Comme bon marché l'Alsace-Lorraine vient ensuite avec un prix moyen évalué à 40 fr. pour 1895.

C'est la Westphalie qui produit le plus fort tonnage, à un prix moyen évalué à oo fr. oO pour 1895, la moyenne générale des prix de la production de tout l'Empire étant de 53 fr. 50.

En Westphalie, le minerai vient principalement de trois régions : l'Alsace-Lorraine, le Luxembourg et la France (Meurthe-et-Moselle), qui en sont assez éloignées, de sorte que le minerai rendu au fourneau revient en moyenne à 8 fr. par T., malgré des tarifs de transport très réduits.

L'Alsace-Lorraine et le Luxembourg fabriquent un tonnage très important de fonte; mais si ces districts ont le minerai sur place, dans de très bonnes conditions, le combustible doit y être amené de loin. Ainsi le transport du coke de Westphalie jusqu'à Esch est de 10 fr. par T. : celui des cokes belges est inférieur de 2 fr. 50 à 3 fr., mais la qualité des cokes de Westphalie leur fait eu général donner la préférence.

L'Allemagne importe env. 730.000 T. de minerais d'Espagne et de Suède pour la fabrication de la fonte Bessemer; malgré le bon marché des transports par le Rhin, ces mêmes minerais reviennent moins cher aux hauts-fourneaux anglais; la différence est de

1 fr. 23 à 1 fr. 80 par T., ce qui fait un écart de

2 fr. 50 à 3 fr. 75 par T. de fonte à l'avantage de l'Angleterre.

Au point de vue du combustible, l'Allemagne est aussi favorisée que n'importe quel autre pays; elle a en grande abondance du bon charbon, donnant un coke de bonne qualité qui est vendu à bas prix, grâce à l'utilisation des sous-produits de la fabrication. Mais ces avantages sont en quelque sorte neutralisés pour la sidérurgie par la distance qui sépare le minerai du charbon, et qui nulle part n'y est inférieure à 150 kil.

De 1877 à 1896, grâce en grande partie au procédé Thomas, la production de la fonte a plus que triplé dans le Zollverein, passant de 1.907.000 à 6.361.000 T. Ce dernier chiffre, qui présente une augmentation de plus de 10 % sur celui correspondant de 1895, se décompose comme suit :

Fonte de puddiage et Spiegel .... 1.689.200 T.

— Bessemer 515.352 »

— Thomas 3.252.765 »

— démoulage 903.665 »

Total 6.360.982 T.

La répartition proportionnelle de la production entre les divers groupes a été la suivante :

Groupe du Nord-Ouest : Westphalie, Provinces rhénanes . . 51,6%

Groupe de l'Est : Silésie 9,6 »

Groupe du Nord : Saxe, Brandebourg, Hanovre 4,3 »

Groupe du Sud : Bavière, Wurtemberg, Luxembourg 12,9 »

Groupe du Sud-Ouest : Sarre, Lorraine 21,6 »

Fonte (le Fonte <le

moulage moulage

fr. fr.

En 1895, la production moyenne annuelle par fourneau dans tout le Zollverein a été de 26.500 T. pour 211 fourneaux en activité. Si l'on considère seulement le Luxembourg, 23 fourneaux en marche ont eu une production moyenne de 35.400 T., et en 1896, dans le même district, 25 fourneaux ont produit en moyenne 38.480 T. La consommation intérieure s'est beaucoup développée, en sorte que, malgré l'accroissement important de la production en 1896, et contrairement à ce qui s'était passé en 1894 et en 1895, l'Allemagne a dû importer de l'étranger 284.713 T. de fontes, alors que l'export. n'a atteint que 140.449 T., soit un excédent de 144.266 T. à l'import.

Prix moyens. — Le tableau suivant donne le cours moyen annuel des fontes de 1890 à 1896, en francs, par tonne :

Fonte

Fonte Fonte Je

Années Thomas Bessemer ))uJillage

fr. fr. fr.

§ 5. Belgique. — Comme on le verra plus loin, la Belgique, par l'importance de ses export, de produits sidérurgiques, occupe le 3' rang parmi les pays producteurs et vient après l'Angleterre et l'Allemagne. Peu de contrées cependant se trouvent dans des conditions de production aussi peu favorables. Pratiquement, elle est dépourvue de minerais, ceux que renferme son territoire étant pauvres et chers; elle en importe les 9/10 de sa consommation. Son charbon est d'une qualité inférieure et l'exploitation de ses houillères est bien plus difficile que celle des mines des États-Unis, de l'Angleterre et de l'Allemagne. Elle n'a qu'un seul port important, très bien outillé, il est vrai; mais ses mines de houille sont loin de la mer, en sorte que les hauts-fourneaux établis sur le charbon (et c'est le cas de toutes les usines à fonte importantes qui se trouvent dans les districts de Liège et de Charleroi) ont à supporter un transport notable pour les produits destinés à l'export.

Malgré tous ces obstacles, la Belgique a conquis une place importante dans la sidérurgie, et elle a pu importer de ses produits en Angleterre et même aux États-Unis; elle est arrivée à ce résultat grâce à un remarquable esprit d'entreprise, à une grande énergie, à une main-d'œuvre très réduite, au grand développement de ses voies de communication et à des prix de transports très modérés; les produits destinés à l'export. sont transportés à plus de 130 kil. pour 3 fr. 75 par T., et les minerais, pour un parcours d'env. 200 kil., ne payent pas plus de 5 fr. par T.

Plus des 2/3 des minerais importés proviennent du Luxembourg et coûtent de 7 fr. 50 à 8 fr. la T. rendue aux usines de Charleroi : ce prix est à peu près le même que celui payé par les hauts-fourneaux de Westphalie. Le charbon, qui est sur place, coûte de 7 fr. 50 à 10 fr. la T. et les usines peuvent faire de la fonte à un prix de 44 à 46 fr. la T.

Depuis 1877, la production de la fonte a plus que doublé. Le tonnage fabriqué en 1896 se décompose comme suit par nature des fontes et par districts ou inspections :

Fonte de monlage

— de pnddiage. . .

— Bessetner

— Thomas

— manganésifère.

Totaux

FONTE

'• inspection Hainaut

Tonnes

2* inspection

Liège, Namur

Luxembourg

Tonnes

lU.OOl

Totaux

Tonnes

397.490 561.924 Le nombre des hauts-fonrneaux existants en 1896 a été de 43, celui des fourneaux à feu de 34, ce qui fait une production moyenne annuelle par fourneau de 28.218 T. ; en 1887, elle était de 26.061 T. Le nombre des ouvriers employés en 1896 par cette industrie a été de 3.3Cfâ.

Prix moyens. — Les valeurs moyennes à la T., pendant les cinq dernières années, ont été les suivantes :

Années

Affinage

Moulage

Bessemer

Thomas

Ensemble

fr.

fr.

fr.

fr.

fr.

Importation et Exportation.— En 1896, la Belgique a importé 314.740 T. de fonte; l'export. a été de 10.750 T., en sorte qu'il y a eu excédent de 303.990 à l'import. La consommation a été par suite de 1.274.154 T.

§ 6. Russie. — La sidérurgie a réalisé depuis quelques années des progrès considérables en Russie : elle y prend un développement qui va croissant, grâce à la situation économique de l'Empire, à la grande extension donnée au réseau des chemins de fer, au régime douanier et à la sollicitude du Gouvernement, qui favorise de tout son pouvoir l'exploitation des immenses richesses minérales du pays et la création d'une industrie sidérurgique nationale qui puisse le rendre indépendant de l'étranger pour le fer et ses dérivés.

Depuis quelques années, des usines importantes et fortement outillées ont été installées ou sont en cours d'installation, en particulier dans le Sud, où Plies sont alimentées presque exclusivement par les minerais de fer de Krivoï-Rog(voy. chap. I : Mine- R.US) et par les houilles du bassin du Donetz. De nouveaux établissements se fondent aussi dans la région de l'Oural, déjà exploitée depuis longtemps, où le minerai abonde, et dont les immenses forêts fourniront pendant de longues années encore le combustible nécessaire.

En 1895, la production de fonte de la Russie s'est élevée à 1.466.000 T. réparties comme suit :

Oaral....

Pologne...

Moscou...

Finlande..

Midi

Sibérie

Malgré l'augmentation considérable de sa production, la Russie est loin encore de suffire à ses besoins, qui vont d'ailleurs croissant : en 18^ elle a importé près de 45 Vo de sa consommation de fonte.

§ 7. Autriche-Hongrie. — Les usines métallurgiques y sont depuis quelques années dans une situation favorable. Le développement de la consommation intérieure, l'élévation des droits de douane, les circonstances monétaires spéciales à ce pays, enfin l'existence de « cartels » unissant les producteurs en sont les causes essentielles.

§ 8. Espagne. — Bien que l'Espagne se troave au

4» rang des pays producteurs de mineraisde fer, elle ne fabrique encore que peu de fontes : l'Italie seule en produit moins. Cela tient d'une part à ce que l'extraction de la houille n'y a pris encore que peu de développement et d'autre part à l'insuffisance des voies de communication. Les progrès de l'industrie sidérurgique y sont cependant sensibles et méritent d'attirer l'attention. En 1896, la production de fonte a été de 246.000 T., en augmentation de 36 '/, sur 1895. .\u jour, peut-être prochain, où les houillères des environs de Gijon pourront livrer de bon coke à un prix d'environ 20 fr. la T. rendue aux hautsfourneaux des Asturies,qui peuvent se fournir, à un prix de 6 fr. à 6 fr. 30 rendu, de minerai d'une teneur de 50 •/•, on pourra fabriquer dans cette région des fontes Bessemer à un prix excessivement réduit.

§ 9. Italie. — La production sidérurgique va diminuant dans ce pays; la cause en est essentiellement aux conditions presque exclusivement artificielles dans lesquelles cette industrie s'y était développée, alors que le combustible minéral lai fait défaut.

§ 10. États-Unis. — Dans ces dernières années, les États-Unis sont arrivés à prendre le premier rang parmi les pays producteurs de la fonte et de ses dérivés. Après avoir été longtemps tributaire» de l'Europe pour les produits métallurgiques, ils ont pu vendre des fontes et des aciers à l'Angleterre et à la Belgique. Il y a là une situation dont on ne soupçonnait même pas la possibilité il y a vingt ans. Alors qu'en Angleterre, pour les usines métallurgiques les moins favorisées, le charbon et le minerai ne sont pas distants de plus de 150 kil.,que la mer n'en est pas à plus de 30 kil. en moyenne, aux États-Unis le charbon et le minerai sont séparés l'un de l'autre par des distances variant de 150 à 1.600 kil., les usines principales sont à l'intérieur du pays, distantes de la mer de 300 à 900 kil. : les salaires y sont en outre sensiblement plus élevés que dans aucune contrée d'Europe. Mais les usines y ont atteint une puissance de production formidable : les plus puissantes, celles de la Compagnie Carnegie, établies dans les environs de Pittsburg, à 700 kil. de New-York, qui viennent de relier directement leurs hauts-fonrneaux de Duquesne aux mines de fer du lac Supérieur par une voie ferrée, produisent à elles seules 2 millions de T. de fonte par an, soit plus du double delà production entière de la Belgique, et près du quart de celle de l'Angleterre ; en 1896, on y a coulé 1 million de T. de lingots Bessemer, soit 72 •/, de ce que l'Angleterre en a produit dans la même année, et on y a laminé 650.000 T. de rails. Cette même Compagnie vient de s'organiser pour produire annuellement dans ses forges de Homesteadl million de T. d'acier Martin. La « Illinois Steel C », la « Tennessee Coal and Iron C* » arrivent ensuite avec une production notablement supérieure à celle des plus grandes usines d'Europe, et après celles-ci viennent encore un grand nombre d'établissements considérables. Quelles sont les causes principales d'un tel état de choses? Il est intéressant de les passer rapidement en revue. La consommation a eu aux États-Unis un développement sans exemple ailleurs, par suite de l'extension si considérable et si rapide de toutes les industries, et notamment de la construction des chemins de fer. Les besoins du marché intérieur, et

FONTE

FONTE

d'autre part des droits de douane très élevés auxquels s'ajoutait le fret important qui grève les produits européens, eurent bientôt surexcité la production nationale au point, non seulement d'arrêter toute concurrence sérieuse de l'étranger, mais encore de déterminer une compétition assez forte pour réduire souvent les prix sur le marché intérieur au niveau de ceux pratiqués eu Europe. En ce qui concerne les éléments de la production, les États-Unis ont un avantage énorme sur tous les autres pays et notamment sur l'Angleterre : ils disposent, dans la région du lac Supérieur, du gisement le plus considérable qui soit connu dans le monde d'un minerai de qualité supérieure, qui est exploité souvent à ciel ouvert, manutentionné et chargé par des engins mécaniques de grande puissance et revient à un prix inférieur à tous autres. Ce minerai, il est vrai, est loin du charbon, mais les Américains sont arrivés à réduire les frais de transport à des chiffres très inférieurs à ce qu'ils sont en Europe ; aussi, alors qu'en 1880 il revenait à environ 24 fr. 50 la T. rendue à Pittsburg, son prix ne dépasse-t-il pas maintenant, dit-on, 10 à 12 fr., le prix du transport, pour une distance de 1.300 kil., ayant pu être abaissé à environ 5 fr. par T. L'épuisement de ces mines n'est pas à redouter d'ici longtemps, et on peut admettre que, à part la Russie, dont les richesses en minerais sont bien plus grandes que celles, déjà très considérables, reconnues jusqu'ici, les États-Unis possèdent des ressources en minerais qui dépassent actuellement celles de tout autre pays producteur. Il n'en est peut-être pas de même de leurs ressources en charbon, et il se peut que ce soit de là que viennent plus tard les premières difficultés pour la sidérurgie américaine.

Les salaires sont beaucoup plus élevés aux États- Unis qu'en Europe ; en Belgique, où ils sont, il est vrai, très bas, ils ne sont guère que le tiers de ce qu'ils sont en Amérique. C'est à cause de cela même que les Américains ont cherché, et sont arrivés pour un grand nombre de produits, à réduire considérablement la dépense en main-d'œuvre ; le rendement de l'ouvrier est plus grand chez eux qu'en Angleterre, mais c'est essentiellement par le perfectionnement continuel de leurs installations, par la recherche constante et dans les moindres détails de la substitution du travail mécanique au travail manuel, qu'ils sont arrivés à ce résultat. Il faut dire d'ailleurs que leurs ouvriers acceptent facilement l'emploi d'outils nouveaux destinés à diminuer la main-d'œuvre, tandis qu'en Europe des transformations de ce genre se heurtent très souvent à des résistances telles que les industriels reculent devant leur adoption. On peut dire qu'aujourd'hui il n'y a pas une seule contrée où la dépense en maind'œuvre soit moindre qu'aux États-Unis pour la production du minerai, du charbon, de la fonte, des lingots, des rails ou des barres laminées.

C'est dans un ordre d'idées analogues, dans le but de diminuer les frais de fabrication par l'augmentation de la production, que les Américains ont été conduits aux installations gigantesques dont nous avons parlé.

En 1850, la production de la fonte aux États-Unis n'était que de .572.000 T. ; en 1870 elle atteignait 1.692.000 T. et en 1895 elle s'est élevée à 9.598.000 T. En 1896, année de crise métallurgique aux États- Unis, elle a baissé à 8.761.000 T., qui se sont ré-

parties proportionnellement comme suit entre les États producteurs :

Pennsylvanie, 46 V„; Ohio, 14; Illinois, 10; Alabama, 14; autres États, 20.

Au point de vue des emplois, le tonnage fabriqué se décompose de la façon suivante:

Fonte de puddlage et de moulage 3.571.000 T.

— Bessemer 4.730.000 »

— Thomas 342.000 »

— spiegel, ferro-manganèse, etc.. 118.000 »

En 1896, sur 469 hauts-fourneaux existants, pouvant produire annuellement 17.650.000 T., il n'y en a eu que 159 en marche, ce qui donne pour ceux-ci une production moyenne annuelle de 55.100 T., alors qu'en 1880 la production moyenne par fourneau n'était que de 8.761 T.; en 1887 elle était de 19.213 T. On voit par le rapprochement de ces chiffres l'importance et la rapidité des progrès réalisés.

Les 159 hauts-fourneaux en marche en 1896 se répartissent comme suit par nature des combustibles employés :

Hauts- Fourneaux

Houille et coke

Anthracite et mélange de coke et d'anthracite. Charbon de bois

Importation et Exportation. — Le mouvement de l'import. et de l'export. des fontes, de 1894 à 1896, a été le suivant :

fr.

Exportation 24.!W0

Importation... 15.800

Prix moyens. — Le tableau ci-après donne la moyenne annuelle des cours des fontes à Philadelphie et à Pittsburg, de 1887 à 1896, en fr., par T. de 1.000 kil.

fr.

fr.

Fonte de

Fonte de

Fonte de

moulage

puddlage

puddlage

Bessemer

Philadelphie

Philadelphie

Pittsburg

Pittsburg

fr. c.

fr. c.

fr. c.

fr. c.

74 rt

§ 11. Tableau comparatif des cours au 1" novembre 1897. — Le tableau suivant donne les cours des foutes dans les cinq principaux pays producteurs au 1" novembre 1897 :

Cours des fontes (en francs, par 1.000 kilog.) au 1" novembre 1897

Désignation des fontes

"au

ti

Puddlage blanche.

Moulage n" 3

fr. c.

fr. c.

fr. c.

fr. c.

fr. c.

48 rt 56 « 60 rt 52,50

Thomas

§ 12. Droits de douane. — Nous donnons ci-après le montant des droits de douane à l'entrée des fontes dans les divers pays; ces droits sont exprimés en fr. par 100 kilog. (Pour l'équivalence des poids et des monnaies, voy. Acier.)

FONTE

FONTE

France. T. G. T. M.

Fonte brnte de moulage et fonte d'afiBnage fr. fr.

contenant moins de 23 7. de manganèse. 2 » 1,30 Ferro-manganèse contenant plus de 23*/, de manganèse: ferro-siliciam contenant pins de 5 */, de silicinm ; silico-spiegel contenant au moins 30 '/, de silicium et de manganèse ; ferro-chrome à 10 '/. de chrome ou plus; ferro-alnminium à

10 •/. d'aluminium on moins

Ferro-alnminium à plus de 10 7. d'aluminium 9 •

Allemagne et Luxembourg »

Autriche- Hongrie »

Belgique •

Russie.

Fonte d'aflSnage et de moulage en gueuses :

— importée par mer »

— — parterre 8,60

— de manganèse, de chrome, de sili-

cium »

Suéde »

Italie. — Fonte d'afiBnage et de moulage en

gueuses »

Espagne. — Fonte d'affinage et de moulage

en gueuses

États-Unis. — Fonte en gueuses

Angleterre. Les fontes, comme les fers et les aciers, sont

exempts de droits d'entrée.

Résumé comparatif de la situation actuelle de la sidérurgie dans les principaux pays producteurs; revue sommaire des pays consommateurs.

De l'exposé sommaire que nous avons fait des conditions actuelles et antérieures de l'industrie sidérurgique dans les divers pays, considérée an double point de vue de la production et du commerce des fontes, des fers et des aciers, il se dégage, en ce qui concerne la situation actuelle et l'avenir prochain de cette industrie, quelques conclusions que nous exposerons brièvement :

De 1850 à 1896, la production totale de fonte a passé de 4.750.000 T. à 31.000.000 de T.; si les besoins continuaient à croître dans la même proportion que dans les vingt dernières années, ils s'élèveraient en 1920 à 50 millions de T. Sans aller jusqu'à admettre que l'accroissement de la consommation poursuive une marche aussi rapide, il n'en est pas moins certain que chaque jour amène des applications nouvelles du fer et de l'acier, que d'immenses régions s'ouvrent continuellement au commerce et à l'industrie, soit par la colonisation, soit par des traités, en sorte que, sans même envisager l'hypothèse de découverte de nouveaux procédés de fabrication

onvant réduire très notablement les prix de revient Bt amener, comme l'a fait jadis l'invention de Bes- Isemer, un accroissement imprévu et énorme de la [^consommation, on peut affirmer que l'industrie sidé- ^rnrgique est assurée pour un assez long avenir d'un Marge développement des besoins. On peut se demander si la production pourra se tenir au niveau d'une consommation ainsi croissante : le passé permet, croyons-nous, de répondre affirmativement en présence des richesses minérales énormes qui existent, encore inexploitées, dans le monde, et dn développement continu des voies de communication. Userait beaucoup plus difficile de dire quelles seront les contrées qui pourront satisfaire le plus largement aux besoins nouveaux et qui l'emporteront dans la concurrence sur le marché international.

Si l'on considère, d'une part, la production, et

d'antre part, l'export. de l'ensemble des fontes, fers et aciers des cinq principaux pays métallurgiques, et que l'on compare les chiffres de 1880 à ceux de 1896, on arrive aux constatations résumées dans le tableau ci-dessous :

Désignation des l»ays

Angleterre..

.\Uemagne .

France

Belgique . . .

États-Unis .

Bien que sa part proportionnelle dans le total des export, ait diminué d'une façon très appréciable, on voit qne sur le marché international l'Angleterre tient cependant encore, et de beaucoup, le premier rang. Ses mines lui fournissent le minerai et le charbon à très bas prix ; elle dispose d'un magnifique réseau de voies de communication, canaux, rivières navigables, chemins de fer, de nombreux ports de mer admirablement outillés, enfin d'une organisation commerciale et d'une puissance financière les premières du monde. Les minerais indigènes ne suffisent plus, il est vrai, à ses besoins ; mais elle n'est pas seule dans ce cas et aucun pays n'est en situation de se procurer des minerais étrangers à des conditions plus favorables que l'Angleterre.

La production des États-Unis dépasse maintenant celle de la Grande-Bretagne, et on peut dire que le fait qui caractérise le plus essentiellement la période des vingt dernières années est précisément l'essor prodigieux de la sidérurgie aux États-Unis ; après avoir été longtemps un client des plus importants pour l'Europe, et en particulier pour r.\ngleterre, ce pays est arrivé à s'en rendre complètement indépendant et commence à devenir exportateur. Cela est dû non pas seulement à un état de choses momentané (nous voulons parler de l'état respectif du marché des fontes aux États-Unis et en Europe en 18%), mais en majeure partie à des causes dont l'action semble devoir persister dans l'avenir. Avec les prix réduits auxquels le minerai arrive maintenant à Pittsburg, et grâce au très bas prix du coke, avec leurs hauts-fourneaux perfectionnés et à très grande production, les Américains peuvent produire des fontes Bessemer à 35 fr. la T., peut-être à moins. Dans des usines étudiées spécialement en vue de produire des quantités énormes aux plus bas prix possibles, lesquels ne seraient pas réalisables avec des productions moindres, les rails d'acier n« leur coûtent plus aujourd'hui que de 80à 85 fr. laT., alors qu'ils leur revenaient, il y a vingt ans, à ^0 fr. En résumé, l'Amérique a aujourd'hui des prix de revient de fonte, d'acier et de fer qui, pour la majeure partie de sa production, ne dépassent pas ceux de l'Angleterre, et pour le reste sont inférieurs à ces derniers. Les Compagnies de chemins de fer ont, de leur côté, favorisé l'export. des usines de Pittsburg par les ports de r.\tlantique en abaissant leurs tarifs, pour des distances qui dépassent oOO kil., à 2 centimes 15 et jusqu'à 1 centime 55 par T. et kil. Il est intéressant de relever ici le fait que la politique économique des États-Unis n'a jamais été

FONTE

FORCE

un obstacle à l'initiative de ses inclnstriels, non plus qu'à l'esprit d'invention de ses ingénieurs, car ce paj's tient incontestablement, et de beaucoup, le premier rang pour la pratique technique.

En Allemagne, la sidérurgie a largement participé aux progrès extraordinaires réalisés depuis 25 ans par l'industrie et le commerce de ce pays. L'invention du procédé basique a puissamment contribué à lui donner une situation de premier ordre dans l'industrie métallurgique. Elle est devenue pour l'Angleterre un concurrent redoutable, et sa part proportionnelle dans le total des export, a dépassé 24 % en 1896.

Dans la même année, la part de la Belgique a été de 10,63 Vo- En France, l'export. a commencé à prendre une importance appréciable, mais il n'est pas probable qu'on puisse y augmenter très notablement l'extraction des minerais à bon marché, et d'autre part le combustible et les transports y sont chers. L'Autriche-Hongrie a développé sa production, et n'a eu à importer, en 1896, que 16 % du tonnage qu'elle a produit.

La Russie a réalisé des progrès considérables dans l'industrie du fer et de ses dérivés; dans un avenir prochain, non seulement elle suffira à sa consommation, mais elle aura constitué, entre la mer Noire et la mer Caspienne, des centres de production qui alimenteront une partie de la Turquie et de la Perse. L'Espagne aussi développe sa production, et son sol renferme les éléments nécessaires pour progresser rapidement dans cette voie. Si la Chine, le Japon, les Indes anglaises, l'Australie, l'Afrique, comme le Mexique et les Républiques de l'Amérique du Sud, continuent à être pour l'Europe des acheteurs importants, plusieurs de ces contrées, notamment la Chine et le Japon, cherchent à créer chez elles l'industrie sidérurgique et plusieurs usines y fonctionnent déjà. Le Canada, qui a produit 85.000 T. de fonte en 1896, se développe de son tôté ; d'ailleurs, à raison de la plus grande facilité des communications, il augmente ses achats aux États-Unis, au détriment de l'Europe. Pour ce qui est de l'Australie, on admet aujourd'hui que les richesses en minerai et en charbon qui se trouvent dans la Nouvelle-Galles du Sud sont telles, qu'on pourra y produire de la fonte à un prix aussi bas que dans n'importe quelle autre partie du monde.

L'Angleterre est le seul pays où l'industrie sidérurgique ne soit pas protégée par des droits de douane qui permettent aux États-Unis, et surtout à l'Allemagne, à l'aide d'une forte organisation des syndicats de producteurs, de surélever momentanément les prix sur le marché intérieur et d'écouler au dehors, souvent à des prix de détresse, l'excédent de leur production. Les salaires y sont plus élevés et moins stables que sur le continent ; des grèves fréquentes y apportent un grand trouble dans l'industrie, qui, de ce fait, ne présente pas la sécurité si nécessaire au point de vue économique et au point de vue commercial.

Dans plusieurs pays, notamment en Allemagne, l'État est intervenu pour forcer les industriels à assurer à leurs ouvriers des pensions de retraites et des indemnités en cas d'accidents ; les frais qui en résultent sont une charge, et on estime qu'en Allemagne elle s'élève à 4 ou 5 % des salaires ; il est vrai que les industriels la considèrent, en général, comme une assurance avantageuse contre les grèves.

De telles dispositions n'existent ni en Angleterre, ni aux États-Unis, et ce dernier pays a encore sur tous les autres l'avantage de n'avoir pas à supporter les charges de lourds budgets de guerre.

Les Américains pourront sans aucun doute développer encore leur production, mais il ne semble pas probable qu'ils puissent réduire leurs prix de revient actuels. Les usines anglaises, au contraire, ont des frais de fabrication qui présentent une marge assez importante; le jour où elles adopteraient les méthodes américaines, où elles disposeraient de cokes dont les prix de revient auraient été réduits par l'utilisation des sous-produits de leur fabrication, elles regagneraient vraisemblablement une partie de la prépondérance qu'elles ont perdue. A. Charbonnier,

Ancien Secrétaire général du Creusot.

FORCE (Transport électrique de la). Le transport de la force par l'électricité est une question qui a été étudiée avec beaucoup de soin depuis l'année 1879. Elle intéresse, en effet, non seulement la science, mais aussi l'industrie, puisque une force développée par un moteur quelconque ne devient utile que lorsqu'elle a été amenée au lieu où elle doit être employée.

Or, avant la découverte des machines génératrices d'électricité et des machines réceptrices électriques désignées sous le nom d'électro-moteurs, les procédés que l'on pouvait mettre en œuvre pour le transport et la transmission de l'énergie présentaient des inconvénients qui limitaient beaucoup leur emploi pratique.

Ainsi, le transport et la distribution de l'énergie mécanique dans les établissements industriels s'opéraient, avant l'emploi des électro-moteurs : 1° au moyen d'organes mécaniques (engrenages, câbles, arbres, poulies, courroies) transmettant aux divers appareils à mettre en mouvement la puissance mécanique développée par une ou plusieurs machines à vapeur, ou par un ou plusieurs moteurs hydrauliques groupés en un point central ou répartis en divers endroits de l'usine ; 2° par la vapeur produite dans une chaufferie centrale ou dans plusieurs chaufferies et envoyée directement par des tuyaux à des moteurs à vapeur actionnant les divers appareils à mettre en mouvement ; 3° par l'eau sous pression : une ou plusieurs machines à vapeur ou hydrauliques compriment l'eau qui est envoyée sous pression, par des conduites, à des moteurs hydrauliques placés aux endroits où la puissance doit être utilisée ; 4» par l'air comprimé: ce système, analogue au précédent, exige comme lui des machines pour la compression de l'air, des conduites pour le transporter et des moteurs pour actionner les appareils.

Si on examine successivement les avantages et les inconvénients de chacun des systèmes de transmission d'énergie que nous venons d'énumérer, nous trouvons :

1° Que la distribution par organes mécaniques absorbe par frottements, glissements, etc., une grande partie de la puissance qu'il s'agit de transmettre, nécessite des installations compliquées, difficiles à changer ou à déplacer, encombre les ateliers, etc. ;

2° Que la distribution par la vapeur, à côté d'un avantage incontestable, la simplicité, présente les inconvénients suivants : impossibilité d'envoyer la vapeur à des distances un peu grandes, à cause des pertes par condensation, développement d'une cha-

FORCE

FORCE

leur qnelqnefois excessive dans les locaux que traversent les tnyaux de vapeur, développement dans ces locaux d'une humidité malsaine due aux fuites légères de vapeur presque iuévitables, risques d'accidents, matériel lourd et encombrant ;

3" Que la distribution par l'eau sous pression, tout en présentant des avantages au moins aussi grands que la distribution par la vapeur, offre comme inconvénients: le poids et l'encombrement des tuyaux, l'humidité résultant du suintement des joints, la congélation dans les contrées froides, la nécessité de maintenir l'eau à une pression élevée et constante; 4° Que la distribution par l'air comprimé, assimilable à celle par la vapeur, au point de vue des effets produits, nécessite un tuyautage lourd et encombrant et oblige à une double transformation.

Si on examine maintenant les avantages et les inconvénients du système de distribution par l'électricité, basé sur la réversibilité des dynamos, c'està-dire sur la propriété remarquable que possèdent ces machines de produire de l'électricité quand on fait tourner leur induit à l'aide d'un moteur quelconque, et de se mettre d'elles-mêmes en mouvement quand on leur fournit de l'électricité, de façon à être génératrices dans le premier cas et réceptrices dans le deuxième, on trouve qu'ils peuvent se formuler ainsi:

Avantages. — La distribution peut se faire à une distance aussi grande qu'on le désire, à l'aide de conducteurs beaucoup moins encombrants que des tuyaux. Ces conducteurs, étant flexibles, peuvent passer dans les endroits les plus resserrés et desservir des locaux de forme plus ou moins irrégulière ; ils ne donnent pas lieu à un développement de chaleur gênante, à des fuites malsaines ou dangereuses, comme les tuyaux d'eau ou de vapeur, et sont à l'abri de la congélation. Les électro-moteurs peuvent être rendus complètement indépendants; ils permettent de conduire des appareils avec une grande précision. Les électro-moteurs peuvent affecter des formes appropriées aux usages auxquels on les destine : ils sont peu encombrants et se placent dans n'importe quelle position. Enfln, leur manœuvre à distance peut être facilement réalisée. Leur seul défaut (auquel il est d'ailleurs aisé de remédier) est de tourner à de grandes vitesses. Cette circonstance, favorable dans certaines applications, est désavantageuse dans d'autres cas, parce qu'il faut alors interposer entre le moteur et l'appareil à actionner des organes mécaniques de réduction de vitesse, ce qui complique l'installation et absorbe une partie de la puissance transmise.

On voit, d'après ce qui précède, que l'électricité peut être avantageusement appliquée soit à distribuer la puissance mécanique dans un rayon plus ou moins grand des machines qui engendrent cette puissance, soit à transporter cette puissance à de grandes distances.

C'est ce dernier problème qui a tout d'abord occupé les savants et les praticiens dès qu'on eut découvert la réversibilité de la machine dynamo-électrique ; et, en effet, il paraissait extrêmement séduisant, puisque l'on entrevoyait la possibilité d'utiliser, par ce moyen, tout ou partie des forces naturelles laissées jusque-là inactives parce qu'elles se développaient dans des régions inaccessibles on trop éloignées de centres industriels.

On voyait enfin dans cette application de l'élec-

tricité le moyen de procurer à nos usines l'énergie, à des prix plus avantageux que ceux résultant de l'emploi des combustibles minéraux. Ceci posé, et avant d'indiquer l'état actuel de l'industrie spéciale des transmissions de force par l'électricité, nous allons en donner un historique succinct.

La réversibilité de la machine dynamo à courant continu a été remarquée par hasard, à l'Exposition de Vienne (Autriche) en 1873, au cours d'expériences faites par M. H. Fontaine, qui y exposait des machines Gramme. En 1879, MM. Félix et Chrétien appliquaient cette propriété pour transmettre à 620 m. la puissance fournie par une machine à vapeur et utilisaient cette puissance au labourage mécanique d'un champ. Ces expériences Orent grand bruit dans le monde savant et dans le monde industriel, et deux spécialistes, M. Cabanneilas et M. Marcel Deprez, étudièrent la question an point de vue théorique et pratique. M. Marcel Deprez procéda à des essais de transport de force à Munich, en 1882, et au chemin de fer du Nord, en 1883. L'Académie des sciences nomma une Commission pour suivre ces essais et vérifier les résultats obtenus.

D'autres expériences du même genre furent faites ensuite à Grenoble, puis sur une plus vaste échelle entre Creil et Paris, en 188o. On parvint ainsi à transmettre 40 chevaux de force à 56 kil. avec un rendement industriel de 50 °/o. Puis vinrent de nouvelles expériences faites par M. H. Fontaine en 1886, pour prouver que toutes les dynamos, et en particulier les machines Gramme, pouvaient être utilisées, dans d'aussi bonnes conditions de rendement que des machines spéciales, pour le transport de la force à distance. Les nombreuses applications faites depuis, dans tous les pays, ont montré qu'en effet on pouvait réaliser facilement, avec les types de machines connus, des transports de force, en étudiant convenablement les détails de l'installation. Ce qu'il importe de remarquer, c'est que plus la distance du transport augmente, plus il faut également augmenter la force électro-motrice ou la tension du courant, et diminuer par conséquent son intensité, afin de ne pas exagérer outre mesure la section du conducteur et par suite le poids du cuivre employé à la construction de la ligne, et aussi afin de ne pas dépenser dans cette ligne une partie trop considérable de l'énergie à transporter.

Dans les applications de transport de force réalisées avec les dynamos à courant continu, depuis les expériences de Creil, nous voyons rarement employer des tensions supérieures à 3.000 volts. On peut ainsi transporter l'énergie à des distances atteignant jusqu'à 10.000 m. Mais quand on veut dépasser cette distance, on se trouve conduit à utiliser les dynamos à courants alternatifs, avec lesquelles on peut facilement atteindre des tensions de 10.000 volts et plus.

On pourrait citer de nombreux exemples de transports d'énergie s'effectuant à ces tensions élevées. Nous donnerons simplement quelques chiffres qui permettront de se rendre compte de l'importance de ces applications de l'électricité au point de vue industriel : En Suisse, les forces hydrauliques utilisables sont évaluées à 60.000 chevaux et celles qui sont utilisées, grâce à la possibilité de les transporter électriquement à grande distance, à plus de 10.000 ch. Dans la région des Alpes françaises, et en particulier dans la région dauphinoise, on trans-

Page 1