GRAPHIQUE
GRAPHIQUE (Méthode). La méthode graphique a pour objet de représenter des quantités quelconques, longueurs, surfaces, volumes ou valeurs, par des figures géométriques appropriées. La comparaison de diverses quantités de même nature, par exemple, se fera par la comparaison de lignes, de surfaces, cercles ou parallélogrammes proportionnels.
Une annexe, ou une partie de la méthode graphique consiste à représenter les quantités non plus par des figures, mais par des objets matériels, en bois ou en carton; ce sont des sortes de plans en felief présentant l'aspect de massifs de montagnes dans lesquels l'altitude des sommets ou la profondeur des ravins est proportionnelle aux nombres qu'ils représentent. Ces graphiques en relief sont des stéréogrammes, et l'art de les établir est la stéréographie.
L'emploi des stéréogrammes est peu pratique, en raison de leur prix de revient et de l'emplacement nécessaire. Les Ministères, les grandes administrations ou les municipalités peuvent seuls en faire usage pour la représentation de leurs données statistiques. 11 eu est autrement des figures graphiques. Insérées dans un ouvrage, soit sous forme de planches annexes ou simplement de figures dans le texte, elles seront le complément des tableaux de chiffres. Les figures graphiques ont le grand avantage de parler aux yeux, de condenser des quantités numériques, ■des tableaux sous une forme qui les rend immédiatement compréhensibles.
Elles favorisent surtout la comparaison des chiffres. Chacun sait que l'étude d'un tableau statistique est généralement très abstraite. Elle exige une profonde attention pour distinguer les maxima et les minima et des calculs plus ou moins compliqués pour établir les moyennes. Que ce même tableau soit représenté sous la forme d'un graphique, et immédiatement l'enseignement, la démonstration ou les conclusions qu'on en peut tirer ressortent avec toute leur valeur.
Prenons le cas le plus simple, un graphique à deux ordonnées : soit, par exemple, la variation de la récolte du blé (première série d'ordonnées) pendant un certain nombre d'années (deuxième série d'ordonnées. Les quantités de blé récoltées seront représentées par des lignes verticales de hauteur proportionnelle aux récoltes. On verra immédiatement sur ce tableau quelles ligues dépassent les autres et à quelles années elles correspondent : ces lignes iodiqueront les récoltes maxima; les lignes les plus «îonrtes, les années de mauvaises récoltes. On distinguera facilement les séries de bonnes années, les périodes de disette: on pourra établir les moyennes par période, voir si elles augmentent ou diminuent. Un coup d'œil jeté sur ce graphique sera plus instructif et plus démonstratif que plusieurs heures passées à étudier le tableau qu'il représente et qu'il résnnie. La supériorité d'un graphique sur un tableau de chiffres au point de vue de la facilité de compréhension est en somme la même que celle du dessin d'une machine sur le tableau de chiffres qui contiendrait toutes les données numériques permettant de construire cette machine.
Si, dans les graphiques à deux ordonnées, on représente les hauteurs proportionnelles simplement par des points portés sur les lignes verticales, et qu'on relie tous ces points par un trait continu, on
a un graphique sous la forme d'une simple ligne dont l'ascension indiquera l'augmentation des quantités qu'elle repré.sente, et la cliute la diminution des quantités de même espèce. C'est le graphique le plus élémentaire et le plus éloquent.
Les graphiques par surface sont également très compréhensibles : les quantités sont représentées par des carrés, des parallélogrammes ou des cercles proportionnels. On peut ainsi comparer des surfaces de continent ou encore la population de divisions géographiques, par exemple la population des départements français : chaque département sera représenté par une surface proportionnelle à sa population.
Dans cet ordre d'idées les graphiques en segments ont l'avantage de montrer les proportions des diverses parties constituant un tout. Supposons qu'il s'agisse de représenter le budget de la France : la somme totale du budget sera figurée par un cercle ; ce cercle sera divisé en segments (c'est-à-dire en triangles ayant leur sommet au centre) proportionnels aux grandes divisions du budget. L'un de ces segments, le plus considérable, représentera le service de la Dette : un autre, le budget de la guerre ; un autre, celui des travaux publics ; d'autres enfin ceux des divers Ministères. L'ensemble de ces segments constituera le cercle, comme la somme des budgets de chaque Ministère constitue le total du budget. C'est une forme très employée dans les statistiques graphiques officielles.
Les graphiques par bandes de largeurs proportionnelles sont également démonstratifs et de facile compréhension. Le Ministère des travaux publics publie chaque année, par exemple, un magnifique album dans lequel un certain nombre de cartogrammes, représentant la circulation sur les chemins de fer, les routes, les canaux, sont constitués par des bandes qui suivent le tracé de ces diverses voies de communication ; chacune d'elles est d'une largeur proportionnelle au chiffre de la circulation sur la voie qu'elle suit.
Par le même procédé on a pu représenter graphiquement les pertes d'une armée en marche. M. l'ingénieur Minard a publié dans ce sens une série de très beaux graphiques résumant d'une façon saisissante les grandes campagnes, les grandes marches militaires de l'antiquité et des temps modernes. L'un d'eux, consacré à la campagne de Russie (1812-1814), est d'une intensité de démonstration effrayante. La Grande-.\rmée, à son entrée en Allemagne, est figurée par une large bande représentant le chiffre des soldats (422.000 hommes); c'est une sorte de fleuve se dirigeant vers Moscou, mais ce fleuve diminue de largeur à chaque bataille, à chaque combat, à chaque étape. A son arrivée à Moscou, il n'est plus que le quart de ce qu'il était au départ. Puis ce fleuve revient parallèlement à lui-même ; c'est la retraite, diminuant encore à chaque catastrophe : aux approches de la frontière française, c'est un simple trait de plume représentant les 4.000 soldats, débris des 422.000 du départ.
Dans le bel album de statistique publié chaque année par la ville de Paris, M. le D"' Jacques Rertillon, directeur de la statistique municipale, emploie fréquemment un système de graphique simple, et cepeudant très éloquent : c'est le graphique par points. Pour représenter, par exemple, la mortalité annuelle par la fièvre typhoïde, sur un plan de Paris,