CS 5.906 5.055 1.12T
De ces 368 grèves, 75 avec 10.594 grévistes ont réussi ; 123 grèves avec 32.546 grévistes ont abouti à une transaction ; 170 grèves enfin avec 38.925 grévistes ont échoué.
Des poursuites correctionnelles ont été exercées au cours de 13 grèves et ont abouti à 140 condamnations, dont 30 à l'amende et 110 à la peine d'emprisonnement.
II n'est pas sans intérêt de relever que, durant ces derniers mois, un certain nombre de grèves ont été occasionnées par l'application de la loi dn 9 avril 1898 sur les accidents dn travail. Certains patrons, en eSet, ont estimé qu'afin de faire face aux charges nouvelles résultant de cette loi, ils devaient augmenter la retenue qu'ils faisaient subir
auparavant à leurs ouvriers sur lenr salaire pour payer une partie de la prime d'assurance collective. Les ouvriers, de leur côté, ou bien n'ont pas accepté cette augmentation de retenue, ou bien même en ont réclamé la suppression complète. A raison de conflits de ce genre, 14 loclc-ont et 57 grèves ont éclaté dans le courant de juillet 1899 : la majorité de ces différends se sont terminés par des réussites au profit des ouvriers ou par des transactions.
Nous avons vu précédemment que la loi dn 27 décembre 1892 a cherché à prévenir ou à solutionner les différends collectifs entre patrons et ouvriers an moyen de la procédure de conciliation et d'arbitrage (voy. ces mots), qui n'a, d'ailleurs, rien d'obligatoire.
Durant l'année 1898, le recours à la conciliation et à l'arbitrage a eu lien dans 94 différends, dont 2 avant que la grève n'ait été déclarée: par rapport an nombre total des grèves de l'année, la proportion dn recours à celte procédure a donc été de 25,54 •/», proportion un peu supérieure à la moyenne (21,53V») des cinq années antérieures. Sur l'ensemble de ces 94 recours à la conciliation et à l'arbitrage, dans 20 cas la grève a été terminée par les comités de conciliation et d'arbitrage ; dans 2 cas la grève a pris fin dès la réunion de ces comités ; 4 grèves ont en outre cessé an cours de la procédure de conciliation ; 4 grèves enfin ont été terminées par les ouvriers après le rejet de la conciliation par les patrons. Ces 30 différends soumis à la conciliation et à l'arbitrage se subdivisent, an point de vue du résultat, en 4 réussites, 20 transactions et 6 échecs. Les 64 autres conflits (30 différends prolongés après le désaccord dans le comité de conciliation, et 34 grèves continuées on déclarées après le rejet de la proposition) ont abouti à 6 réussites, 2> transactions et 33 échecs.
Eu dehors de ces cas d'application de la loi du 27 décembre 1892, diverses grèves, au nombre de 45, ont pris fin à la suite de diverses interventions officielles ou privées : 26 grèves notamment ont été terminées grâce à l'intervention des syndicats.
IV. Procédés de mise en œuvre des grèves. — L'organisation et la réalisation d'une grève comportent dans la pratique trois éléments : la direction de la grève, les ressources financières destinées à alimenter la grève et la tactique employée ponr la faire réussir.
Le premier soin des ouvriers qui se mettent en grève est de constituer nn comité directeur de la grève. Comme la plupart du temps les grévistes sont organisés en syndicat, c'est le bureau du syndicat ou des délégués du syndicat qui composent ce comité. Celui-ci représente les ouvriers grévistes dans leurs revendications et dans leurs pourparlers avec les patrons ou les autorités ; il propose l'attitude à tenir par les grévistes, la tactique à adopter dans la lutte, les secours à répartir entre les chômeurs; il veille enfin à l'exécution des mesures votées par les réunions plénières des ouvriers en grève. Il est bien rare, d'ailleurs, lorsque la grève présente quelque importance à raison soit du nombre des grévistes, soit de l'entreprise contre laquelle elle est dirigée, que les agitateurs politiques n'accourent pas joindre leur action à celle du comité directeur et ne fassent dévier le conflit en lutte sociale et politique.
Cette double tendance préside également dans la plupart des cas à la constitution dn fonds de grève.
GREVE
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c'est-à-dire de la caisse destinée à soutenir la grève et à payer des indemnités de chômage aux grévistes: quelquefois à chacun de ces objets correspond une caisse particulière et distincte, la caisse de résistance d'une part, et la caisse de secours d'autre part. Les fonds ainsi groupés proviennent avant tout des cotisations versées en temps de paix au syndicat, et des amendes prononcées par le comité directeur contre les grévistes. Mais c'est une source souvent insuffisante ; aussi voit-on fréquemment des municipalités, des conseils généraux, d'autres syndicats, des particuliers même accorder d'importantes subventions en faveur de la grève au comité directeur, surtout lorsque le conflit a une allure révolutionnaire ou du moins un caractère aigu : les mineurs d'Anzin ont de la sorte recueilli environ 60.000 fr. pendant leur grève de 1884; de même le Conseil municipal de Paris a voté une subvention de 10.000 francs en faveur de la grève des mineurs de Decazeville en 1886 ; tout récemment encore, la grève des terrassiers, qui s'est produite à Paris en septembre 1898, a été alimentée en partie par un secours de 20.000 fr. voté par le Conseil municipal de Paris, et par une subvention de 10.000 fr. du Conseil général de la Seine.
Ainsi dirigée et soutenue, la grève se manifeste par des procédés d'action divers, qui tous ont pour but d'assurer la suspension du travail. Le principe de la liberté du travail reçoit en ces circonstances plus d'une entrave directe ou indirecte ; par exemple les grévistes se postent à l'entrée de l'établissement mis en interdit pour empêcher les non-grévistes de se rendre aux ateliers; de même on cerne leurs maisons ou on leur adresse des menaces. Pour retenir les grévistes dans la grève, des amendes sont prononcées par le comité directeur contre les dissidents, de fausses nouvelles sont répandues dans le public, les propositions de conciliation des patrons sont dénaturées. Parfois même des actes de violence sont exercés par les grévistes : les machines sont détruites, les ateliers sont mis dans l'impossibilité de fonctionner; à Decazeville, en 1886, l'ingénieur VVatrin fut misa mort. Dans toutes les grandes grèves, il est nécessaire de faire intervenir l'armcie pour maintenir l'ordre public et tâcher de faire respecter la liberté du travail. Au surplus, quelques exemples monographiques de grèves en mettront en relief le fonctionnement pratique.
En 189,"î, les ouvriers verriers de Carmaux (Tarn), organisés en syndicat, se mettaient en grève pour exiger la réintégration de deux ouvriers renvoyés pour une absence non autorisée. Les ouvriers montrèrent dans les premiers temps une attitude conciliante : ils offrirent un arbitrage; ils proposèrent même de reprendre le travail, abandonnant la demande de réintégration des camarades renvoyés. La Direction de l'usine refusa. Alors le conflit devint aigu. Une campagne d'injures fut organisée contre le patron et les ingénieurs; un attentat fut même dirigé par une main inconnue contre M. Rességuier. Des ouvriers de Rive-de-Gier ayant été embauchés, les fours commençaient pourtant à se rallumer; les grévistes, dirigés par le député socialiste Jaurès, prétendirent que c'était une comédie, qu'on allumait des feux de paille dans les fours pour tromper les ouvriers et leur faire croire à la reprise du travail. On dut reconnaître néanmoins que des ouvriers arrivaient de Rive-de-Gier. Le comité de la grève envoya
alors des délégués sur les routes, aux embranchements de lignes, pour empêcher les nouveaux embauchés d'arriver à Carmaux; ces efforts n'empêchèrent pas les fours de se garnir du personnel nécessaire et de se rallumer, et devant l'évidence de l'inutilité de la lutte, le comité de la grève décida, le 21 novembre, la reprise du travail, après 4 mois de grève. Les grévistes reçurent de la caisse de secours environ 120.000 fr. d'indemnités de chômage : en même temps, un particulier, M"" Dembourg, faisait parvenir, par l'entremise de M. Rochefort, une somme de 100.000 fr. destinée à créer une verrerie appartenant en'propre aux ouvriers : ce don fut l'origine de la «verrerie ouvrière» d'Albi, dont la fondation fut la conséquence et l'épilogue de cette grève.
Les mêmes procédés d'intimidation se retrouvent dans toutes les grèves, pour y maintenir les ouvriers : c'est la tactique ordinaire.
Les grèves qui ont éclaté à Amiens en 1893 sont particulièrement instructives dans ce même ordre d'idées. La grève avait pris naissance dans les ateliers de tissage des deux maisons Hagimond et Mouret; les ouvriers réclamaient une réduction de la journée de travail avec maintien des salaires payés pour une journée de douze heures . Peu à peu la grève s'étendit, les grévistes se portant successivement vers les autres usines de tissage et même d'industries différentes, et en entraînant les ouvriers souvent malgré eux : pour forcer la main aux camarades hésitants, les grévistes enlevèrent les courroies des arbres tournants, arrêtèrent les machines dans certains ateliers; quand l'atelier était protégé par la troupe, ils se bornaient à se masser aux portes de la fabrique, et à la sortie du travail les ouvriers, accablés de huées et de sarcasmes, .se laissaient, pour y échapper, entraîner dans la grève. Dans les industries qui faisaient travailler à la campagne, comme la cordonnerie, on interceptait les envois de marchandises; les confectionneuses de vêtements travaillant en chambre recevaient même à leur domicile les visites comminatoires des grévistes.
Il semble que dans la plupart des grèves le principe de la liberté du travail ait été celui dont les ouvriers coalisés se soient le moins souciés.
V. Les grèoes à l'étranger. — Le tableau suivant^ donne la statistique des grèves dans les principaux pays durant ces dernières années'.
De cette statistique, il résulte que c'est dans les pays anglo-saxons que le mouvement gréviste a atteint sa plus grande intensité, ce qui n'est pas fait pour surprendre, puisque ce sont aussi ceux où l'industrie est le plus développée : consacrons-leur quelques explications.
Les États-Unis n'ont pas de législation uniforme sur les coalitions. Certains États ont voté des lois autorisant expressément la coalition pacifique des ouvriers et punissant les violences et les menaces^ d'autres ont indirectement reconnu ce droit,
1. L'addition des chiffres figurant dans les colonnes des éch«i et réussites ne donne pas toujours le total des grèves relevées, pa que les résultats de certaines d'entre elles n'ont pas été conrnl Les rapports % de la Grande-Bretagne concernent les ouvtW grévistes ; les rapports "/• àes États-Unis visent au contraire grèves elles-mêmes.
2. Le Reiclist,ng allemand a repoussé pour la seconde fois (M vembre 1899) un projet dit « du bagne », qui condamnait aux travafl forcés quiconque, abusant du droit constitutionnel de coalition, rait exercé une pression illégitime sur autrui pour l'associer soit i une coalition contre la liberté du travail, soit à une grève proprement dite.
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