ORFÈVRERIE
cation, en abaissant le prix de revient, permet de satisfaire la clientèle moderne. Mais si la vulgarisation du luxe a ses nécessités, nous n'en devons pas moins reconnaître les grands efforts dont témoignait la classe 94 à l'Exposition de 1900. Le développement de l'enseignement du dessin et le mouvement qui se produit depuis une quinzaine d'années dans les arts décoratifs, ont exercé une heureuse influence sur la création des modèles et leur exécution, et nous sommes heureux de constater ici les heureuses tentatives de quelques-uns pour conserver l'art d'emboutir le métal et de le rétreindre au marteau, travail traditionnel de l'orfèvre, ou celui de le réparer et de le reprendre au ciselet.
En France, Paris est le grand centre de l'orfèvrerie religieuse et civile; on évalue à 200 le nombre des orfèvres parisiens, occupant environ 4.000 ouvriers (contre 3.300 en 1847), dont le salaire varie de 7 à 11 fr. Lyon fabrique de très belle orfèvrerie religieuse, de même que de nombreux objets d'église destinés à l'Italie.
Bordeaux et Marseille ont plusieurs ateliers où se font le couvert et l'orfèvrerie de table, et il existe quelques fabriques disséminées à Lille, Longwy, Ercuis (Oise), Pontalin (Seine-et-Marne).
III. La Fabrication a l'Etra.\ger. — L'orfèvrerie française est très recherchée à l'étranger pour son goût, sa sobriété, et aussi à cause de l'honnêteté traditionnelle de sa fabrication et de la garantie que lui donne l'État; nous n'en n'avons pas moins à lutter contre la concurrence de certains pays.
En Allemagne surtout, l'orfèvrerie se développe énormément, très légère, visant à l'effet et employant les procédés les plus économiques. La loi du 16 juillet 1884 autorise tous les titres avec un minimum de 0,585 pour l'orfèvrerie d'or et 0,800 pour l'orfèvrerie d'argent; le titre doit être indiqué en millièmes et les ouvrages doivent être munis, par le fabricant, de sa marque de fabrique et de la couronne impériale, dans le signe solaire pour l'or et dans le signe lunaire pour l'argent.
En Angleterre, Londres et Birmingham fabriquent, dans des manufactures considérables, des pièces remarquables surtout par leur massivité et le poids de la matière. Diverses lois de 1181 à 1891 rendent le contrôle obligatoire ; le poinçon est appliqué par la corporation des orfèvres sous la surveillance de l'État; les titres permis sont pour l'or : 0,916, 0,833, 0,750, 0,625, 0,500, 0,375, et pour l'argent 0,950 et 0,925.
En Autriche-Hongrie, le goût est plus afflué; les lois du 19 août 1865 et du 23 mai 1875 rendent le contrôle obligatoire ainsi que la marque des producteurs, et autorisent les titres de 0,920, 0,840. 0,750, 0,580 pour l'or, et 0,950, 0,900, 0,800, 0,750 pour l'argent.
En Russie, la fabrication est toute nationale, n'employant guère que des modèles exclusivement destinés à l'intérieur; d'après le règlement du 1/13 juillet 1896, le contrôle est obligatoire, aucune partie des objets ne peut être au-dessous du titre indiqué par le poinçonnement en zolotniks, qui sont : pour l'or, 91 ou 0,948, 82 ou 0,854, 72 ou 0,750, 56 ou 583 1/3; pour l'argent, 91 ou 0,948' 88 ou 0,916 2/3, 8i ou 0,875.
La Belgique voit depuis quelques années son orfèvrerie se développer d'une façon très artistique; d'après la loi du a juin 1868, le contrôle est facultatif, les titres sont 0,800 et 0,750 pour l'or, 0,900 et 0,800 pour l'argent, et les ouvrages qui ne correspondent pas au titre indiqué reçoivent le poinçon du titre inférieur.
En Danemark, contrôle et titre sont facultatifs (loi du 5 avril 1888), mais les ouvrages ne doivent porter aucune indication inférieure à celle des plus bas titres admis, qui sont 0,585 pour l'or et 0,820 pour l'argent.
En Espagne, diverses ordonnances, d'ailleurs peu appliquées, rendent depuis 1871 le contrôle obligatoire, et
les titres sont 0,916, 0,833, 0,750 pour l'or, et 0,916, 0,750 pour l'argent.
En Hollande, l'apposition de la marque de fabrique est obligatoire, mais le contrôle est facultatif (loi du 18 septembre 1852); les titres sont: pour l'or 0,916, 0,833, 0,750, et pour l'argent 0,934, 0,833.
En Italie, le contrôle, jusqu'alors obligatoire, a été rendu facultatif par la loi du 3 mai 1873; mais il est question de le rendre de nouveau obligatoire; le poinçon de titre inférieur est inscrit sur les ouvrages qui ne correspondent pas aux titres indiqués, qui doivent être 0,900, 0,750, 0,500 pour l'or, et 0,950, 0,900, 0,800 pour l'argent.
En Suède et Norvège, le contrôle est obligatoire, ainsi que l'indication du titre et la marque de fabrique, et pour la Suède seulement, du lieu de poinçonnement et de l'année. Les titres sont : en Suéde : 0,969, 0,833, 0,750 pour l'or et 8121/2 pour l'argent; en Norvège : 0,750, 0,583, 0,500 pour l'or et 0,830 pour l'argent.
En Suisse, le contrôle est facultatif, d'après la loi fédérale du 23 décembre 1880, qui n'a aucun caractère fiscal; mais il est question de le rendre obligatoire pour tous les ouvrages d'or et d'argent, comme il l'est déjà d'ailleurs pour les boîtes de montres portant une indication légale de titre. Les ouvrages non contrôlés ofh'ciellement ne peuvent porter d'autre indication que celle de leur titre réel; s'ils portent cette indication, la marque de fabrique est obligatoire ; les titres sont 0,750 et 0.783 pour l'or, 0,875 et 0,800 pour l'argent.
Au Portugal, le contrôle est obligatoire; il en est de même en Serbie; en Turquie, la fabrication est tout orientale, le contrôle n'est obligatoire que pour l'argent avec le titre de 0,900.
Aux Etats-Unis, l'orfèvrerie, fort intéressante à étudier, a choisi un style très particulier, indépendant de toutes traditions, quoique semi-oriental.
Quant aux Japonais, ils savent, en orfèvrerie comme dans les autres professions artistiques, employer des procédés décoratifs tout spéciaux ; ils ne s'attachent nullement à la préciosité de la matière, mais bien aux effets de couleurs, aux harmonies et aux patines que peuvent donner tous les métaux, cuivre, fer, or, argent ; ils joignent | à cet art du décor, inné chez eux, une habileté d'exécution vraiment remarquable.
IV. Commerce. — V Annuaire- Almanacli-Azur (voy. Bijouterie: IV. Commerce) donne chaque année les noms et adresses des orfèvres, la description de leurs poinçons, les lois et décrets, etc. Quant aux termes ordinaires du commerce de l'orfèvrerie, les métaux bruts ou affinés s'achètent au comptant, sans escompte, et les ouvrages fabriqués se payent d'un à trois mois; il e.st d'usage dan» le gros de facturer séparément le métal et la façon ; l'escompte, quand il en est fait, ne l'est que sur la façon.
On évalue à 35 millions environ la production nationale française, dont 95 7,, environ pour Paris seulement, et à 80.000 kilog., dont 30.000 environ pour 15.000 douzaines de couverts (contre 66.000 liilog. en 1865), la consommation d'argent faite par les orfèvres. Il faut ajouter à ces chiffres 3.000 kilog. pour les médailles, 26.000 kilog. pour l'argenture (rien qu'en couverts en métal blanc, il se fait près de 250.000 douzaines) et 9.000 kilog. pour la tréfilerie, la passementerie et les produits chimiques: soit une consommation totale de 118.000 kilog. environ contre 135.000 aux États-Unis, 110.000 en Allemagne, 90.000 en Angleterre, 40.000 en Autriche, 40.000 en Russie, 32.000 en Suisse, 30.000 en Belgique et Hollande, 50.000 dans les autres pays: soit un total approximatif de 600.000 kilog. employés chaque année par l'industrie du monde entier. En tenant compte du vieux métal, on peut fixer à 515.000 kilog. environ le métal neuf employé industriellement, sur le stock annuel de 600.000 kilog. d'argent fournis par les mines.
Depuis 70 ans le chiffre d'affaires de l'orfèvrerie française n'a cessé de se développer; il a été successivement pour les importations de 19.952 fr. (en 1830), 42.453 (1840), 20.256 (1850), 24.038 (1860), 99.974 (1870), 630.700 (1880), 908.130 (1889), 1.037.290 (1898), et pour les exportations de 715.842 fr. (1830), 1.102.874 (1840), 1.557.384 (1850), 1.821.048 (1860), 2.453.040 (1870), 2.037.829 (1880), 2 mil-