PÉRIODE SUSPECTE. V. FAILLITES
PERLASSE (Potasse). V. Potasse.
PERLE FINE. (Syn. : Angl. : Pearl. Allem. : Perlen. Russe : Shemtshug. Esp. et Ital. : Perla.) La perle est, comme la nacre, un composé de carbonate de chaux et de matières organiques produit par différents mollusques de mer ou de rivière, mais elle est formée de fines lamelles concentriques, tandis que celles de la nacre sont rectilignes; elle est -en outre bien moins dure et même assez fragile ; elle se laisse attaquer par les acides et se détériore avec le temps, devenant une perle morte à l'intédrieur de laquelle on peut, en enlevant soigneusement quelques couches, quelquefois retrouver une ■bonne perle plus petite. Comme l'a prouvé récemment M. Charles Diguet, la vraie perle fine provient •d'une calcification pathologique qui se fait à l'intérieur des tissus; elle est provoquée par des parasites ■qui produisent un petit abcès dans lequel la perle ■se forme d'abord à l'état gélatineux et se calcifié •ensuite peu à peu en couches concentriques, pour être enfin expulsée de l'intérieur des tissus vers la coquille. Les huîtres perlières, en recouvrant d'une couche de nacre les différents corps étrangers, grains de sable, détritus quelconques, qui s'introduisent entre leurs coquilles sur leurs manteaux, créent aussi des perles dites perles de nacre; les Chinois ont utilisé depuis longtemps ce fait pour faire recouvrir de nacre de menus objets introdcits dans des huîtres dont ils ont percé la coquille ; récemment, d'ailleurs, de très sérieuses études ont été faites au laboratoire de Roscoff sur des haliotis dans lesquelles on introduisait par trépanation une petite sphère de nacre ordinaire qui se recouvrait peu à peu de nouvelles couches concentriques de nacre irisée ; ce ne sont là qu'expériences de laboratoire qui ne donnent pas la vraie perle fine, et comme on ignore la cause qui amène les parasites dont nous parlions plus haut, dans des tissus où la vie ne leur ■est probablement pas possible, le moment n'est pas ■encore venu où se pourront produire artificiellement les vraies perles, dont les possesseurs doivent n'avoir aucune crainte à ce sujet.
Les antiques bancs de la mer Rouge sont actuellement épuisés, et les perles proviennent aujourd'hui des pêcheries du golfe Persique, du détroit de Manaar, entre les Indes et Ceylan, de Zanzibar, du Japon, des Philippines, de Taïti, des côtes de Californie, de Panama, du Mexique, etc., produites surtout par l'arondeperlière (Avicula margaritifera),
l'haliotis, la meleagrina et même l'huître comestible. On trouve aussi la perle dans certains fleuves de l'Amérique du Nord, et les perles d'Ecosse proviennent du lac Tay, dans ce pays. Peut-être même en trouvera-t-on prochainement en Italie, si la Compagnie qui s'est formée récemment pour peupler de Meleagrina margaritiferaïea côtes de Calabre peut réussir.
Aux Indes, les huîtres pêchées par des plongeurs sont abandonnées à l'air libre jusqu'à complète putréfaction avant qu'on ne recueille les perles; dans d'autres pays, en Amérique notamment, on recherche la perle en écrasant avec les doigts l'animal aussitôt péché, Ce qui lui conserve, dit-on, pureté et orient. Après avoir été lavées et polies quelquefois avec une fine poudre de nacre impalpable, les perles sont triées suivant leur qualité, leur grosseur, leur forme, leur peau, leur couleur et leur éclat, dit orient; les plus estimées sont rondes ou en forme de poire, bien lisses, d'une couleur égale blanc azuré ; on en trouve aussi des roses, des jaunes, des grises, des bronzées, des noires, ces dernières très estimées des amateurs. On nomme perles robolles, baroques ou grotesques les perles de forme irrégulière ou bizarre, et semences ou graines de perles les tontes petites perles qui sont employées surtout pour les ornements d'église ou les riches vêtements orientaux.
Les perles, après classement, sont généralement percées et enfilées en rangs qui, réunis à plusieurs, forment des masses qui étaient autrefois expédiées à Constantinople, Venise, Lisbonne et Leipzig, et sont aujourd'hui envoyées à Londres et à Paris. Les perles se vendent toujours au grain ou quart du carat (voy. ce mot) et leur prix croît avec leur grosseur, suivant une progression géométrique : c'est ainsi qu'à qualité égale une perle d'un grain, d'une valeur de dix fois le poids, par exemple, vaudra 10 fr. le grain, soit 10 fr., et une perle de 10 grains vaudra 10 X 10 = 100 fr. le grain, soit 1.000 fr. Ces prix s'augmentent encore d'une valeur d'association pour deux perles apairées ou un rang bien composé. Dès la plus haute antiquité, la perle a été recherchée comme objet de parure; les Hindous la font intervenir dans leurs nombreuses et poétiques légendes; Phéniciens, Égyptiens, Grecs, Romains, Byzantins ont pour elle une véritable passion qui va jusqu'à la folie ; la conquête de l'Amérique fait passer en Espagne toutes les perles amoncelées dans les temples incâs; la France des XVII' et XVIIP siècles ne la recherche pas moins, et le goût de la perle en ce siècle se développe encore en France, en Angleterre et surtout aux États-Unis, en doublant et triplant la valeur, depuis une dizaine d'années, suivant la qualité. On lui attribuait même jusqu'à la fin du moyen âge une vertu pharmaceutique que lui ont encore conservée les Chinois.
Nombre de perles sont célèbres; les plus connues sont : les deux perles de Cléopâtre, évaluées 4 millions, et dont elle fit, suivant la légende, dissoudre l'une dans le vinaigre, buvant ensuite cet affreux breuvage; la perle estimée 1 .200.000 fr. que donna César à Servilie, mère de Brutus ; celle de l'empereur Rodolphe II, pesant 180 grains ; les perles dont parle Tavernier, l'une ayant 23 mm. sur 20, vendue 1.400.000 livres au shah de Perse, l'autre appartenant à l'iman de Mascate et estimée 800.000 livres ; la Peregrina, en forme d'œuf de pigeon, de 536 grains, trouvée à Panama et achetée 50.000 du-
PERLE FINE