II. — Pétrole artificiel
Ainsi que nous l'avons dit plus haut, on désigne sous le nom de pétroles artificiels les huiles minérales obtenues par la distillation des schistes bitumineux, deslignites bitumineux et du goudron. Ces huiles sont employées à l'éclairage et au graissage.
Les schistes bitumineux sont des roches à textare feuilletée, formées de silicate d'alumine imprégné d'une quantité de bitume variant de 3 à 6 '/, en poids, mais on ne traite pour l'extraction de l'huile que les schistes où cette proportion atteint 4 % an moins.
Le charbon de boghead est un schiste contenant 8 % de bitume; il en existe des gisements en France, dans le département de Saône-et-Loire, mais principalement en Ecosse.
On exploite certains antres gisements de schistes bitumineux dans l'Allier, en Saône-et-Loire (.\utun), dans le Puy-de-Dôme et le Var; la proportion de bitume de ces schistes atteint de 4 à 3 •/••
On traite également des schistes bitumineux et des lignites bitumineux, dont il existe de puissants dépôts en .\llemagne et en Bohême.
L'industrie des huiles de schiste a pris naissance en France, près d'Autun, où elle a été créée par Selligue. En 1848, elle a été introduite en Allemagne par Vohl, et en 1830 en .\ngleterre par Young,qui fonda une usine pour la préparation de la parafBne extraite de ces huiles.
FABRia4Tio\. — La fabrication comprend deux opérations :
1* La poodnction dn goudron ou huile de schiste brute.
2* La rectification de ce goudron pour en séparer les huiles légères ou essences, les huiles lampantes et les huiles lourdes paraffinées.
^'' Production du goudron. — On distille le schiste dans des fours ou cornues analogues à celles que l'on emploie pour la fabrication du gaz de houille; il se dégage du goudron mélangé d'eau ammoniacale et d'impuretés. La proportion du goudron ne représente guère plus du dixième du poids du schiste soumis à la distillation, ce qui explique pourquoi on ne peut traiter industriellement que des schistes d'une richesse déterminée en bitume. On débarrasse le goudron de l'eau et des matières entraînées, en le chauffant à 100» avec de la vapeur. On le laisse ensuite reposer et on obtient trois couches : la première, an
PETROLE
PETROLE
tond du bac de repos, est de l'eau ammoniacale; la deuxième, au milieu du bac, est du goudron trouble, «ouille d'impuretés; enfin, surnage le goudron pur, ■qu'on décante.
Ce goudron, qui constitue l'huile de schiste brute, est un liquide épais, brun foncé, nauséabond, qui se solidifie vers 10» ou même à une température plus élevée, par suite de la cristallisation de la paraffine qu'il contient. La densité des huiles brutes de boghead est de 8o0 à 865, tandis que celle des huiles de •schiste indigène varie de 890 à 900.
%" Rectification du goudron. — L'huile brute est rectifiée dans des cornues en fonte ou en fer forgé, chauffées à feu nu. Au début, quand la température est inférieure à 100°, on obtient un dégagement de sulfate d'ammoniaque et de gaz ; à 100", il se dégage de l'ammoniaque hydraté, ensuite il coule du serpentin un filet d'huile ; à 200°, il vient de l'eau pro- 'venant de la créosote hydratée, puis des huiles paraffinées; enfin il reste dans les cornues une matière visqueuse adhérente aux parois. Si on veut pousser plus loin la distillation, il faut agiter la masse et envoyer dans les cornues un courant de gaz inerte sous pression. A 400" la distillation est complète, et il reste dans les cornues du brai.
100 kilog. de goudron soumis au traitement que nous venonsd'indiquer donnent, en moyenne, 2 kilog. •d'eau ammoniacale, 8 d'huiles légères, 15 d'huiles lourdes et 75 de brai.
Les huiles légères sont diaphanes, jaune ver- -dâtre opalescent, d'une odeur particulière, plus prononcée pour les huiles de schiste indigène que pour les huiles de boghead. Leur densité est de 800 à 860: «u delà de 860, elles ne sont plus marchandes. Ces hniles servent à l'éclairage; on les brûle dans des iampes spéciales à fort courant d'air; elles ne sont pas sensiblement volatiles et ne présentent pas de danger au point de vue de l'explosion. On peut, en les distillant, en retirer des essences. On les expédie dans des barriques de 250 à 500 kilog. ou dans des touries ou bonbonnes de 40 à 60 kilog.
Les huiles lourdes, d'aae densité de998, servent pour l'éclairage extérieur (on les brûle dans des lampes à tirage forcé), pour la fabrication des peintures extérieures, du noir de fumée, pour le graissage des machines et pour l'exti^action de la paraffine. (Voy. ce mot.)
Mélangées au brai, elles constituent ce qu'on appelle le brai gras, employé pour la fabrication des agglomérés, pour les enduits, etc.
L'industrie des huiles de schiste a été fortement atteinte à partir du moment où les pétroles américains ont été importés en France, c'est-à-dire vers l'année 1865, et se sont alors vendus à des prix ■relativement bas, à cause du manque de débouchés .pour ce nouveau produit. Elle a failli disparaître à cette époque; si elle a subsisté, elle n'a pu que végéter en France. Elle est, au contraire, relativement prospère en Ecosse, où l'on a surtout en vue la fabrication de la paraffine et de l'ammoniaque.
La production de toutes les usines d'Ecosse était •estimée annuellement, ces dernières années, à 326 millions de litres d'huile brute ayant donné :
10.900.000 litres d'essences diverses, de densité 0.6G0 à 0,730. 90.870.000 — d'huiles lampantes — 0,800 à 0,832.
,58.870.000 — d'huiles lourdes — 0,840 à 0,890.