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II. FiLERiE DE Cocoxs.— Lc filcuT de cocons, im

proprement dénommé filateur, est l'industriel qui dévide le cocon, qui le dépelotonne. A l'inverse du filateur proprement dit, qui, pour former le fil df coton, de laine, de lin, de chanvre, de schappe, doil faire subir aux filaments, souvent courts et ténus, une série de préparations des plus complexes, le filcn i de cocons n'a qu'à trouver le bout du cocon et à im\ assembler un plus ou moins grand nombre, suivant la grosseur qu'il doit donner au fil de grège.

Néanmoins, ce travail n'est pas aussi simple et facile qu'il le paraît. Il y a lieu tout d'abord pour le filateur de procéder au triage des cocons , puis d'écarter: les cocons percés, les cocons ouverts; les cocons calcinés, qui renferment une chrysalide morte de la muscardine; les cocons choquettes, qui sont tachés ou gâtés ; les chiques ou cocons inachevés, les cocons cotonneux, qui ne sont pas homogènes; les cocons doubles, c'est-à-dire renfermant une ou plusieurs chrysalides; les cocons fondus, rouilles on tachés, etc. : en un mot, il ne faut conserver pour le tirage de la soie grège que des cocons parfaits. (Voy. GnÈGE.)

Le ver à soie secrète une bave composée de deux brins; cette bave peut avoir jusqu'à 1.500 mètres de longueur sans solution de continuité, mais la moyenne est de 1,200.

Nous n'avons pas à décrire techniquement l'outillage d'une filerie de cocons; il nous suffira de dire que l'unité de travail est la bassine à eau chanf' conduite par une ouvrière appelée fileuse. Les cocoi mis dans l'eau bouillante, sont agités, battus, pu.M enlever avec un petit balai les brins soyeux, imparfaits, qui sont à l'extérieur des cocons. Ces brius sont les frisons, qui sont, sous le nom générique de déchets, employés dans les filatures de schappe.

La fileuse réunit le nombre de baves nécessaire pour former la soie grège du titre (grosseur) demandé, et pendant le tirage surveille attentivement lidépelotonnage des cocons pour pouvoir ajouter, au moment opportun, une nouvelle bave qui remplace; celle dont le tirage est achevé et conserver ainsi une grosseur uniforme au fil de grège. Une filen habile peut produire 250 à 3,50 grammes de si. grège dans sa journée. La quantité varie suivant k, titre (ou grosseur) donné à la grège. Pour obtenir nnl kilog. de soie grège, il faut ordinairement 12 kilode cocons frais; mais cette quantité varie suiv;i la nature et l'origine des cocons.

Tous les renseignements qui précèdent concerm la soie du mûrier {Bombyx mori). Mais il 'des soies dites sauvages, de provenance analogue fournies par des chenilles qui se nourrissent <1 feuilles de chêne, de ricin, etc., et qui appartiennent au genre Àntherœa. Ainsi, les Indes produisf" l'.4. Assama. VA. Mylitta;\a Chine, 1'^. Perni, le Japon, l'i. Yamamaï. L'ensemble de ces soi sauvages constitue ce qu'on appelle tussah, elhtrouvent largement leur emploi dans les multipl' tissus que le bon marché exigé par la consommai!' oblige à produire. (Voy. Soie sauvage.)

La filerie de cocons française comporte 268 us! n renfermant 13.570 bassines; elle produit 700.000 800.000 kilog. de soie grège, d'un prix moyen 50 fr. le kilog., soit 40 millions de fr.

Les soies grèges sont libres de droits de douai mais la filerie française est placée sous le régimi des primes d'État par la loi du 2 avril 1898, l'effet se produira jusqu'au 31 mai 1908. Cette

SOIK

i'sao

soit

([111 remplace celle dn 13 janvier 1892, alloue les primes annuelles suivantes : 400 f p. par bassine à plus de trois bouts, Qlant des cocons français; ^40 fr. si ce sont des cocons étrangers: 200 fr. par bassine filant à uu bout (cocons français), et 170 fr. (cocons étrangers). Le total des primes liquidées trimestriellement ne peut dépasser 6,50 par kilog. pour la soie provenant des cocons français, et 5,50 par kilog. pour celle provenant de cocons étrangers.

m. .MocLix.vGE. — La soie grège, c'est-à-dire simplement composée d'un nombre de baves de ver à soie, peut être employée directement par le tissage, mais à condition de ne pas être teinte an préalable, c'est-à-dire d'être tissée en écru. En effet, la teinture, qui nécessite des bains d'une température élevée, désagrégerait les Gis formés simplement par la coagulation du grès des baves et les rendrait intissabies. .\ussi, pour permettre à la soie grèg« de supporter les manipulations qui précèdent le tissage, on la soumet au mnulinage ou ourraisan.

Voici quelles sont généralement les opérations du moulinage :

1° Dévidage des écheveanx de soie grège sur des bobines:

î* Torsion donnée séparément à chaqae fli de grège;

3* Doublage de deux Qls de grège préalablement tordus ;

i" Torsion imprimée au double til obtenu et nouveau dévidage sur bobine :

o* Torsion nouvelle de fils provenant de deux ou d'un plus grand nombre de Ois de grège mis en écheveanx.

In seul fil de grège tordu se nomme pot/.

La trame est formée de deux ou plusieurs fils de grège tordus ensemble sans torsion individuelle préalable.

L'organsin est un fil composé de deux on plusieurs fils de grège tordus préalablement et individuellement de droite à gauche, et qu'on tord de gauche à droite après les avoir assemblés. Les organsins servent pour la chaîne des tissus.

Le moulinage français produit 3 millions à 3.500.000 kilog. de soies ouvrées; il pourrait en produire davantage, mais la vogue de plus en plus grande des tissus dits teints en pièce, qui sont tissés avec une chaîne de soie grège, ne comporte pas l'emploi des trames d'organsin.

Les façons d'ouvraison varient de 2 fr. 50 le kilog. pour des trames, à 4 et 5 fr. pour des organsins. Les soies dites à torsion forcée, pour crêpes et mousselines, entraînent des prix d'ouvraison souvent élevés, en raison du nombre de tours donnés à la soie.

Régime douanier. — l^s soies moulinées, organsins, trames, poils et redévidées non dn pays d'origine (voy. Grège) payent un droit de 3 fr. le kilog. an T. M. et an T. G.

IV. Déchets de Soie. — Les trois branches de l'art de la soie que nous venons d'examiner: sériciculture, filerie et moulinage, laissent chacune des sousproduits ou plutôt des déchets. La blaze, les frisons, les cocons défectueux en tons genres, constituent les matières premières d'une industrie relativement récente : la filature des déchets de soie, industrie qui a beaucoup d'analogie avec la filature de coton, de laine, etc. (Voy. Schappe et Fantaisie.)

Cette industrie, à laquelle des capitaux importants sont nécessaires, se trouve généralement concentrée entre les mains de quelque puissante Société ; du moins il en est ainsi en France, en Italie, en Allemagne, en Suisse, en Angleterre. Les matières premières de la filature des schappes lui sont fournies par tous les pays séricicoles. Les fils qu'elle produit

sont classés en deux grandes catégories : les Ois de fantaisie, faits avec des déchets supérieurs; les fils de schappe, avec des matières inférieures. Tous ces produits subissent une opération préliminaire, le décreusage, qui a pour but de permettre d'écarter toutes les matières étrangères à la soie. Puis les filaments soyeux, étant bien nettoyés, sont soumis au peignage, qui rend les fils parallèles; un second nettoyage a lieu avant de passer à la filature. Enfin, la filature transforme les peignés en rubans qni,après une série d'étirages, deviennent nue mèche de filature, puis un fil ordinaire. Les produits de la filature sont soumis au numérotage décimal : pour les fils simples, le numéro s'obtient par le nombre de 1.000 m. de fils dans un kilog. Quand les fils sont retors à plusieurs bouts, on fait précéder le numéro du chiffre indiquant le nombre de bouts: ainsi le n* 2/150 est un fil à deux bouts dont 150.000 m. pèsent nn kilog.

Les fils de schappe, soit simples, soit retors, sont très employés comme trame des étoffes de soie genre foulard, ainsi que pour poils de velours, de peluche. La passementerie en absorbe beaucoup, ainsi que la bonneterie et l'ameublement.

Signalons enfin les fils deboorrette, faits avec d«> déchets de filature de schappe; ces produits inférieurs sont employés dans des mélanges.

La filature française de schappe transforme env. chaque année 8 millions de kilog. de déchets de tontes sortes, dont on tire environ 1.900.000 kilog. de matière pure.

Les prix des déchets et des filés s'établissent comme suit :

Filés : le kil«g.

Or<iiiir«2/l«).. 16,75 20.25

roBrTrltirs2/140. 18,50 21,85

)t(kets:l« kilog.

Provenances 1898 1899

Italie 5,80 6,84

Chine 6,20 6,30

Japon 5,65 6,17

Le mouvement d'affaires auquel donnent lieu les déchets est indiqué par le tableau des import, et export, (en kilog.), en 1899 :

Bourre de soie Import.

En masse 8.020.500

Peignés 279.000

Filés

De schappe 282.500

De bourrette , 7.400

Comme on le voit par le peu d'importance de l'import. de filés, la filature française de schappe saflSt à alimenter la consommation du pays.

Régime douanier. (Tarif de 1892.) — Fils de bourre de soie (Qeuret) mesurant au kilog. :

1* Écrus, blanchis ou azurés : T. G

Simples : de 80.500 m. au moins 95

plus de 80. 500 150

Retors : 80.500 an moins en fil simple 120

plus de 80.500 m. en fil simple 1^

2» Teints (mêmes droits augmentés de). . . 75 Fils de bourrette, fils de déchets de bourre de

soie : a) simples 35

b) retors 40 et 30

C'est la longueur multipliée par le nombre des bouts qui détermine le classement des fils retors, .\insi, des fils retors à deux bouts, si leur longueur est par exemple de de 50.000 m. au kilog., doivent être traités comme des fils simples mesurant 100.000 m.

V. Commerce de la Soie. — Dès 1540 Lyon a été déclaré l'unique entrepôt de toutes les soies étrangères qui entraient en France. C'est à Lyon que Paris, "Tours, etc., devaient les acheter ou du moins devaient les faire passer, qu'elles vinssent par Marseille (du Levant) on par le Pout-de-Beauvoisia

Export.

SOIE

SOIE

(d'Italie). Les soies d'Avignon, du Comtat-Venaissin, de la principauté d'Orange étaient réputées soies étrangères. Les soies de France elles-mêmes venaient acquitter les droits à Lyon. (Voy. Lyon.)

Pendant les XVII" et XVIII« siècles, les privilèges de la ville de Lyon subirent des alternatives diverses, mais finalement furent à peu près maintenus jusqu'à la Révolution. La première moitié du XIX' siècle ne présenta rien de remarquable : les soies de France étaient assez abondantes; les approvisionnements étaient complétés par les soies d'Italie, d'Espagne et du Levant.

Mais les soies de Chine et du Japon passaient toutes par Londres. Dès 1851 ou 1852, quelques maisons lyonnaises avaient bien noué des relations directes avec l'Extrême-Orient; toutefois, elles ne portaient que sur une faible quantité de soies. On évalue, en effet, à 1/2% la part directe de Lyon sur les envois totaux de Chine et du Japon à cette époque.

Jusqu'en 1862 le marché principal des soies en Europe était à Londres, entrepôt international des soies asiatiques. Mais cette situation était anormale: le grand centre de fabrication devait devenir un grand entrepôt de matières premières ; des efforts prodigieux furent faits pour affranchir Lyon de l'intermédiaire onéreux de Londres et acheter directement en Chine et au Japon. La lutte fut difficile : les Anglais avaient pour eux l'aide de capitaux immenses, une expérience très grande de l'Extrême-Orient et de ses habitudes, des organisations complètes dans ces pays, une marine puissante, un service de paquebots solidement organisé, des établissements de banque bien conduits. Malgré cette situation, Lyon n'hésita pas. Les marchands de soie, les banquiers lyonnais se consacrèrent au succès de l'œuvre entreprise, le Comptoir d'Escompte de Paris créa en Chine une succursale importante, la Compagnie des Messageries Maritimes prolongea ses services de navigation à vapeur jusqu'aux extrémités de la mer de Chine et créa des connaissements directs à destination de Lyon, comme si cette ville était le port de mer destinataire. Il faut ajouter que ces efforts ont été largement secondés par l'ouverture du Canal de Suez.

Parmi les institutions lyonnaises qui aidèrent au mouvement que nous examinons, il faut placer en ]^TemièTe ligue ïe Magasin général des Soies, fondé en 1859 sur l'initiative de M. Arles Dufour; cette institution fait des avances sur soies.

Le succès le plus complet couronna tous ces efforts. On en jugera aisément par l'examen du tableau suivant des export, de soies d'Extrême-Orient: Exportations de soies écrues (en balles)

(Moyenne annuelle)

De Shangliaï

Pour l'Angleterre...

— la France^

îtô.OOO

— l'Amérique....

De Canton

Pour l'Angleterre.. .

— la France ^

— l'Amérique

De Yokohama

Pour l'Angleterre...

— la France^. . . .

— l'Amérique

On voit le déplacement

considérable qui s'est

opéré au profit de

Lyon.

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