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Pour la France et Continent (Italie, Suisse

Le commerce des soies d'Asie est des plus difficiles. Les marchands indigènes, chinois, japonais achètent les soies dans l'intérieur du pays, les classent et les apportent sur les marchés d'exploitation : Shanghaï, Canton, Tchéfou, Yokohama, où ils vendent aux maisons européennes qui y sont établies et qui s'y servent de compradores (voy. ce mot). Les maisons européennes envoient ces soies en Europe, soit en consignation pour leur compte, soit en exécution d'ordres d'achat transmis par Lyon, Milan, Zurich, Crefeld, Londres.

La maison européenne établie en Asie se rembourse au moyen de traites documentaires, c'est-àdire auxquelles sont annexés le connaissement et la police d'assurance, à 4 ou 6 mois de vue. Ajoutons toutefois que, depuis un certain temps, le Chinois et le Japonais cherchent à se passer d'intermédiaire.

A Lyon. — A Lyon, le commerce des soies s'exerce à l'aide du concours de plusieurs établissements : le Magasin général et les banquiers; les institutions publiques de pesage, de conditionnement, de décreusage. (Voy. Condition DES Soies.)

Les Magasins généraux sont des établissements autorisés par la loi, qui reçoivent les marchandises: des récépissés sont délivrés aux déposants; à chaque récépissé est annexé un bulletin de gage appelé icarrant. La Société lyonnaise des Magasins généraux des soies possède et exerce le privilège spécial de garantir au porteur du warrant, pour un temps déterminé, quand on le lui demande, la valeur des marchandises déposées : non pas la valeur intégrale au cours du jour, mais une valeur moindre qu'elle fixe elle-même; elle délivre des bulletins de garantie qui sont joints au warrant. La Banque de France a été autorisée à accepter à l'escompte, au même taux que les effets de commerce, ces warrants garantis. L'avance sur warrant est généralement de 75 °/. de la valeur de la marchandise estimée au cours du jour.

Le recours aux établissements publics (conditionnement, titrage, etc.) ne mérite aucune mention spéciale. (Voy. ces mots.)

L'Intervention des banquiers dans le commerce des soies n'a pas le même caractère, suivant qu'il s'agit de soies d'Europe ou de soies d'Asie.

S'il s'agit de soies d'Europe (France, Italie, Espagne), le rôle des banquiers est de faire des avances au moment des achats de cocons aux filateurs et aux marchands de soie qui opèrent sur ce produit. Ils font aussi des avances sur les soies déposées, soit au Magasin général à leur nom, soit dans leurs propres entrepôts, et sur des soies qu'ils vendent ensuite eux-mêmes. Enfin ils escomptent les traites des marchands de soie sur l'acheteur.

En ce qui concerne les soies de Chine et du Japon vendues en Europe, les traites tirées par les vendeurs sont généralement à longue échéance : quatre ou six mois de vue. Le voyage ne durant pas moins de six semaines, chaque opération n'est donc terminée qu'au bout de six à huit mois. Si les traites étaient libres, il en résulterait de grands dangers pour le vendeur et le banquier porteur de traites. Aussi se sert-on de traites dites documentaires, auxquelles on joint le connaissement et la police d'assurance. Ces documents mettent la marchandise à la disposition du porteur de la traite, à titre de gage, et celuici a le droit de ne délivrer lesdits documents au destinataire que contre payement de la traite.

Les maisons de banque européennes qui ont des succursales en Asie, et réciproquement, achètent ces traites documentaires. Le plus souvent une banque d'Europe avise son correspondant d'Asie qu'elle a ouvert un crédit à tellt telle maison d'Europe, jusqu'à concurrence d'une som de... Dès lors les banquiers d'.Vsie escomptent toutes traites de ce genre qui leur sont présentées, jusqu'à con currence de la somme indiquée, et les envoient avec les documents à leur succursale en Europe : celle-ci présente ces traites au banquier d'Europe pour qu'il les revête de son acceptation, et elle lui délivre les documents. Le bao

suu

SOIE

nier d'Europe se dessaisit ou non des documents en (avenr ::i marchand de soie, suivant les conventions passées entre

iix, avant ou après la couverture pour le montant des

cceptations, et le l>an4uier prélève une commission, soit

ir le montant total du crédit, soit sur la seule partie du

redit qui a été utilisée.

L'assurance maritime fait aussi partie essentielle des 'louages du commerce des soies. C'est une précaution que le commerçant néglige rarement de prendre et qui est même obligatoire pour lui quand il vent obtenir des avances sur marchandises. .Ainsi l'assurance est exigée par le banquier de Chine qui prend les traites fournies «ar les maisons européennes; car si le navire qui porte le /:4ge venait à sombrer, le banquier, n'ayant plus la garantie :•' la marchandise, pourrait voir son avance compromise.

Kn cas d'avarie, l'expertise est faite par un on deux

lurtiers: lorsque le dommage n'atteint pas 1 ou 2 •/. pour les soies et 3 */. pour les déchets de soie, on dit que l'avarie n'atteint pas la franchise, et la Compagnie ne rembourse pas le dommage causé; si l'avarie a dépassé la franchise, la Compagnie rembourse intégralement tout le dommage.

Lorsque l'avarie est très importante, la Compagnie se réserve le droit de payer la totalité de la marchandise et de faire vendre celle-ci aux enchères pour son compte.

On assure généralement une marchandise pour 10 */. de plus que le montant de la facture du pays d'origine. L'assurance se fait dans le port de départ ou dans le port d'arrivée, mais toujours avant le départ du navire sur lequel la marchandise a été chargée.

I^ marchand de soie de Lyon remplit souvent le rôle de banquier: il avance de l'argent an moment des achats de cocons au Bleur français, italien ou espagnol, ou à nn agent qui le représente. Plus tard, ce filear envoie ses soies en consignation au marchand son prêteur. Parfois le fiieur est riche et ne prend ses avances qu'au moment où il envoie la soie. Dans ces deux cas, les avances sont presque toujours faites au moyen de traites à trois mois fournies par le fileur sur la maison de commerce. Celle-ci vend la soie qoi lui est consignée et remet le compte de vente au filenr. Elle est responsable du payement et demande généralement une commission de 2 à 2 1/2 7„ ducroire compris (voy. Dlcroire). Il arrive souvent aussi que le Olenr est à compte à demi avec le marchand de soie on le spéculateur.

En6n, il est fréquent de voir des fileors-rnooliniers entièrement sous la dépendance de maisons de commerce et travaillant à façon pour elles. Il y a des maisons de commerce de Lyon qui sont propriéuires de filatures et de moulins en France et à l'étranger.

Le marchand de soie achète aussi de la soie grège qu'il rçTend à l'état d'ouvrée (trames, organsins et poils). Il court ainsi le risque de la hausse et de la baisse des prix. An- j trefois, il n'était qu'un intermédiaire pur et simple: il re- 1 cevait la soie grège du fileur, la vendait an fabricant et recevait une nouvelle commission. !

11 se conclut aussi, au moment de la récolte des cocons, | des marchés à livrer plus ou moins importants. Ces mar- ! ehés sont traités auprès des fileurs soit par des marchands de soie, soit par quelques grands fabricants qui désirent s'assurer une qualité de soie.

En ce qui concerne les ventes, plusieurs manières sont en pratique. Dans la plupart des cas, le marchand de soie Tend directement an fabricant de soieries, qui est sollicité par les commis, les placiers do marchand de soie. Parfois les transations sont faites par l'intermédiaire de courtûrs en soie, l^ courtier sert d'ordinaire à la fois les intérêts de l'acheteur et ceux du vendeur. On le tient pour un juge impartial, et très souvent il concilie des diflérends survenus entre les contractants. La corporation des courtiers a été abolie par la loi de 1866 ; toutefois, les courtiers qui se font imcrire (moyennant nn droit de 3.000 fr.) ont encore certains privilèges : ils doivent être appelés pour présider aux ventes publiques des soies, pour faire les expertises, ainsi que dans toutes les circonstances où la loi prescrit la présence d'un courtier. De plus, ils sont membres de droit de la commission qui fixe le cours officiel des soies. Mais en général le rôle de courtier est assez

diminué à Lyon, place de consommation où le fabricant, connu des marchands de soie, économise le courtage.

Les conditions de vente sont : 90/100 jours, escomptables à 1/2 V. P>r mois.

Le poids marchand de la balle de soie est fixé par la condition (voy. ce mot).

Le chiffre des transactions varie avec le cours des soies: en moyenne, on l'évalue à 300 mil^ons de francs par an. . Le commerce des soies à Lyon a constitué depuis 1872 nn syndicat professionnel sous le titre : Union des Mar' chands de soie de Lyon. Ce syndicat, qui comprend la presque totalité des marchands de soie, sert de centre de réunion pour l'étude des questions générales et spéciales de ce commerce. Le tribunal de commerce lui renvoie des litiges à expertiser ou à concilier; depuis sa création, le syndicat dresse chaque année la statistique de la production de la soie dans le monde. Ce document, établi avec soin, jouit d'une grande autorité. D'accord avec V.issociation de la fabrique lyonnaise, le syndicat a fondé VEssai de soie des marchands de soie et fabricants de soieries, établissement où se font les essais de titrage, de dévidage des soies, en concurrence avec le bureau de titrage de la Condition publique, car le conditionnement est la seule opération monopolisée par le décret d'institution de 180i. Enfin le Syndicat des marchands de soie a pris une large part à la création et au fonctionnement de la Caisse générale de secours des fabricants et marchands de soie, institution dont il est parlé aux fabriques de soieries (voy Soieries).

Voici comment se résume le commerce de la soie en France :

Soies grèges (1899)

ImporL Export.

Prorenances on destinations Kilog. Ktlog.

Allemagne » 36.900

Angleterre » 139.400

Belgique » 5.700

Chine 4.976.100 »

Espagne » 174.000

Italie 882.100 2.310.900

Japon 1.330.700 »

Suisse » 827.800

Turquie 819.600 »

Autres pays 304.100 256.500

Totaux 8.314.600 3.751.200

Soies ouvrées (organsins et trames)

IUlie 9.400 »

Suisse » 303.100

Autres pays 5.100 107.300

ToUnx 14.500 410.400

Ces chiffres ne comprennent pas ceux afférents à la production de la filature française, qui sont d'environ 700.000 kilog. de soie grège.

P.ws ÉTRANGERS. — Voici,au point de vue de la production et du commerce de la soie, les données les plus récentes sur la production de la soie grège :

Chine. — Production : 10 millions de kilog. environ. Marchés d'export: Shanghaï, qui exporte 60.000 à 65.000 balles par an. soit 3 millions à 3.500.000 kilog.: Canton, qui exporte 40.000 halles (2.000.000 de kilog.): en outre, les soies tussah donnent lieu à une export.de 800.000 kilog.

Japon. — Production: 7 à 8 millions de kilog. Yokohama, port d'export., expédie de 3 millions à 3.500.000 kilog. Le reste est employé sur place.

Indes Anglaises. (Bengale, Pendjab.) — Production en soie du mûrier, GOO. 000 kilog. ; en soie sauvage, 60.000.

Indo-Chine. — Production: 1.000.000 de kilog. soie du mûrier, dont 50.000 environ sont exportés. Le reste est employé sur place en même temps que les soies tassab.

Afghanistan et Délouchistan. — Production : 50.000 kilog. consommés à l'intérieur.

Perse. — Production : 250.000 kilog. Les régions de Noukha, de Choucba exportent 240.000 kilog. de cocons et 50.000 à 60.000 de soie grège.

Turquie d'.isie. (Brousse, Beyrouth, Smyrne, Diarfoékir.)— Production : 900.000à 950.000 kilog. Export.: 780.000 kilog. de cocons et 700. UOO de soie.

Turquie d'Europe. (Salonique, Andrinople.)— Prodne-

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