TARTRIQUE (ACIDE
français en 1899 s'est élevée à 11.687.798 liv. angl. d'une valeur de 940.360 dollars. En douze mois donc, et rien qu'à New-Yorl£, par le fait de la réduction de taxe, notre import, a été supérieure à celle des deux années précédentes réunies pour tous les ports de l'Union.
TARTRIQUE (Acide). L'acide tartrique est un corps possédant, au point de vue chimique, deux fonctions alcool et deux fonctions acide. Ses propriétés participent donc à la fois des alcools et des acides ; sa formule brute est C H" 0".
Il a été découvert par Scheele en 1770; il existe à l'état de bitartrate de potasse ou de chaux dans la plupart des plantes, mais notamment dans le jus des raisins, des sorbes, des mûres et des topinambours. Le moût de raisin, quand il a été fermenté pour former le vin, dépose aussi, dans les tonneaux où l'on conserve ce vin, une croûte saline ou tartre qui est formée de bitartrate de potasse ou crème de tartre, de tartrate de chaux et de matières colorantes. C'est le tartre qui est la principale source d'acide tartrique. (Voy. Tartres.)
L'acide tartrique est extrait des tartres des vins rouges et blancs, des cristaux d'alambics dans lesquels se fait la distillation du vin et des cristaux de lies. On commence par préparer la crème de tartre dans un état suffisant de pureté. Pour cela, le tartre est dissous dans l'eau dans de grandes cuves en bois, à agitateurs, chaullées à la vapeur; on y ajoute alors de l'acide chlorhydrique et du sulfate de potasse; le tartrate de chaux, qui souillait le bitartrate de potasse du tartre, est à son tour transformé également en bitartrate, en sorte qu'on n'a plus que ce dernier sel en dissolution. On passe au filtre-presse le liquide pour en éliminer les impuretés et le sulfate de chaux formé, et on fait cristalliser en agitant pour avoir de petits cristaux faciles à essorer et d'une plus grande pureté ; on égoutte dans des entonnoirs à double fond.
Les eaux-mères sont cristallisées à part et servent ensuite à dissoudre le tartre brut au début de l'opération. Finalement, quand elles sont devenues trop impures, on les précipite par la chaux pour en extraire sous forme de tartrate de chaux l'acide tartrique qu'elles contiennent.
Les cristaux de crème de tartre obtenus sont lavés et redissous dans l'eau avec addition de kaolin et de noir animal pour purifier et décolorer. La solution est alors filtrée et prête à être employée à la fabrication de l'acide tartrique.
Pour cela, cette solution de bitartrate de potasse est traitée par la chaux ; il se fait du tartrate de chaux insoluble et du tartrate neutre de potasse soluble. On ajoute alors du chlorure de calcium, qui décompose ce dernier en donnant encore du tartrate de chaux insoluble et du chlorure de potassium. On filtre; le tartrate de chaux est retenu, la solution de chlorure de potassium qui passe est cristallisée, et le sel est employé comme engrais.
Le tartrate de chaux obtenu est décomposé par l'acide sulfurique; à cet effet, on le délaye dans l'eau, dans une cuve en bois recouverte d'une feuille de plomb,munied'un agitateur et chauffée à la vapeur. On ajoute l'acide sulfurique nécessaire à sa décomposition, on filtre pour séparer le sulfate de chaux formé, on concentre la solution et on la fait cristalliser. L'acide tartrique obtenu est raffiné par une seconde cristallisation.
Le tartrate de chaux, qui forme, comme on le
voit, un des intermédiaires de la fabrication de l'acide tartrique, peut encore s'extraire des lies et des vinasses ou résidus de distillation des marcs ou des vins. Après distillation des lies, on traite par l'acide chlorhydrique, on sature par le carbonate de chaux et on filtre; ou bien on reprend par l'eau, on traite par l'acide sulfureux; la solution laisse déposer du tartrate de chaux cristallin et dans l'eau-mère le bitartrate de potasse cristallise. On le redissout et on y ajoute du sulfite de calcium, qui donne du tartrate de chaux insoluble et du sulfite de potasjium restant en solution et qui, avec la chaux, redonne du sulfite de calcium.
Le traitement des vinasses consiste à y ajouter de la chaux et à y faire passer de l'acide sulfureux; le tartrate de chaux cristallise.
Comme on le voit, la fabrication de l'acide tartrique est très simple et nécessite un matériel très peu coûteux. De plus, les usages de ce corps, quoique importants, sont relativement limités jusqu'ici et les différentes sources que nous avons indiquées sulBsent largement à assurer à l'industrie les quantités qui lui sont nécessaires. La fabrication de cet acide n'a donc guère subi de modifications sérieuses depuis le début et jusqu'à nouvel ordre on n'y voit guère de progrès possibles.
L'acide tartrique est un corps solide, cristallisé en prismes rhombiques, solubles dans l'eau, d'une saveur acide, fondant à 170", puisse décomposant sous l'action de la chaleur.
L'acide tartrique ordinaire du tartre dévie à droite le plan de la lumière polarisée; eu d'autres termes, examiné dans un polarimètre, il détruit l'unité de teinte qu'on observe dans la lunette, et on est obligé de tourner l'analyseur à droite pour ramener cette unité.
Par contre, il existe un autre acide tartrique déviant à gauche le plan de la lumière polarisée et ub acide n'agissantpassurcette lumière. C'est cedernier acide, que l'on appelle racémique, que Pasteur a dédoublé en quantités égales d'acide tartrique droit et d'acide tartrique gauche ; ainsi se trouve expliquée l'inaction apparente de l'acide tartrique racémique sur la lumière polarisée.
Enfin, il existe une quatrième sorte d'acide tartrique, l'acide inaclif, qui ne fait pas non plus dévier le plan de polarisation de la lumière et qui ne peut pas être dédoublé en acides droit et gauche.
Cette notion des corps inactifs, racémiques dédoublables en corps droit et gauche, que Pasteur avait signalée pour la première fois à propos de l'acide tartrique, s'est du reste généralisée depuis et se trouve étendue maintenant à quantité de corps chimiques possédant les fonctions les plus variées. Elle a été la genèse de progrès immenses dans la chimie organique.
L'acide tartrique est employé dans les laboratoires, dans les fabriques de boissons rafraîchissantes, d'eau de Seltz; il est usité comme « rongeant » dans les usines d'indiennes, pour enlever les couleurs sur les étoffes et y former des dessins. Les sels de l'acide tartrique servent surtout en médecine : le sel de Seignette, ou tartrate double de potasse et de soude, est purgatif; l'émétique, ou tartrate double d'antimoine et dépotasse, est vomitif; le tartrate de fer et de potasse, désigné sous le nom de « boulettes de Nancy, de Molslieim, d'acier, » constitue une excellente préparation ferrugineuse.