SIGNA
N*» (Sentence de l'Écriture).
Au moment du dépouillement, si Fun des cardinaux réunit les deux tiers des votes, les bulletins sont aussitôt totalement ouverts, afin de lire le nom de chaque votant. Dans le cas contraire, on procède à un scrutin d'acc^iiitr de la manière suivante : les bulletins de vote sont disposés comme les premiers ; seulement les mots du quatrième espace sont changés en ceux-ci : Accedo ReverendistifM
domino meo Cardinali N , et il n'est pas permis de
porter son vote sur le cardinal qu'on a déjà nommé. Par
ce moyen, celui qui déjà a obtenu des voix les cumule avec celles que lui attribue V accessit ; comme ces voix se portent ordinairement sur celui qui en a obtenu le plus au premier tour de scrutin (moins celles des scrutateurs qui l'avaient nommé en premier lieu), on arrive bientôt à fournir les deux tiers des votes à Tun des cardinaux. Quand le nouveau pape a accepté sa nomination, cette nouvelle est annoncée au peuple par le premier cardinal-diacre , et aussitôt toute Tartillerie du château Saint-Ange se fait entendre , ainsi que le son de toutes les cloches de la ville.
CONCURRENCE. La concurrence a lieu quand un office commence avant que Vautre ne soit fini ; alors on dit les vêpres de celui dont le rit est plus grand ; si le rit des deux offices est le même, on fait l'office de celui dont le rang est le plus élevé, dans Tordre suivant : fêtes de Notre-Seigneur, delà sainte Vierge, d'un apôtre, etc. Comme cette règle n'est pas générale, on doit se conformer au bref [voy. ce mot) diocésain.
CONFESSEUR. Ce mot se rend en latin par deux expressions : confessor et confessarius . Dans le premier cas, il indique le nom qu'on donnait , dans la primitive Église, aux chrétiens qui confessaient la foi de J.-C. devant les magistrats , au péril même de leur vie ; plus tard, on a donné ce nom à ceux qui ont confessé J.-C, par une vie sainte. Dans le second cas , il indique les prêtres autorisés à entendre la confession, dans le sacrement de pénitence. Aux xiii® et xiv' siècles, les prêtres n'avaient pas toujours le droit de choisir leur confesseur. En 122&, les prêtres du diocèse de Rouen devaient se
confesser à leur évoque ou à son pénitencier, au moins une fois Tan ; ailleurs , Grancolas nous apprend que deux prêtres ne pouvaient pas se confesser alternativement. Il ne reste plus rien de cette ancienne discipline ; cependanl , les religieuses cloitrées ne peuvent se confesser qu'au prêtre approuvé ad hoc.
CONFESSioN; On a donné ce nom, confession martyrium, dans les premiers siècles, aux tombeaux des confesseurs de la foi, sur lesquels étaient élevés des autels ou des oratoires.
CONFESSIONNAL. Pendant les premiers siècles de l'Église, il n'exista aucun meuble qui eût le moindre rapport avec les confessionnaux actuels. Le prêtre se plaçait sur un siège, et le pénitent, après lui avoir fait une inclination de tête , venait s'asseoir vis-à-vis de lui. Un trait de la vie de saint Joachim, abbé de Flora, semble même indiquer qu'au \if siècle le pénitent s'asseyait à terre. Le saint prêtre ayant été appelé au palais de l'impératrice Constance, à Palerme, il la trouva dans l'église assise sur son siège ordinaire. Elle lui dit de s'asseoir sur un petit siège auprès d'elle ; ce qu'il fil. Mais, lorsqu'elle lui eut fait connaître qu'elle voulait se confesser, il l'arrêta et lui dit avec autorité : 4'. Je tiens ici la place de J.-C, et vous celle de Madeleine ; descendez et asseyez-vous à terre, autrement je n'entendrai point la confession de vos péchés. » L'impératrice, dit l'historien Luc de Cozence, fit ce que le prêtre lui ordonnait.
Au XIII® siècle, le pénitent se tenait à genoux pendant tout le temps de la confession ; mais il n'y avait encore aucune cloison entre lui et le confesseur, auquel il était
même recommandé de se placer de manière à être vu du peuple. Pendant le xvi® siècle , on commença à séparer le confesseur du pénitent par une basse cloison percée d'une ouverture, en forme de cercle, à laquelle on adapta plus lard une espèce de grille. Saint Charles- Borromée, qui mourut en 1584, recommande aux prêtres de ne jamais entendre la confession des femmes sans cette espèce de cloison intermédiaire, et, en 1590, le concile provincial de Fermo ordonne de placer dans les églises- un nombre de confessionnaux proportionné à celui des confesseurs. Nous pensons que la forme actuelle des confessionnaux ne se produisit généralement, surtout dans les campagnes, qu'aux xvii® et xv!!!** siècles. En 1618, les statuts de F. de Harlay, archevêque de Rouen, disent que « pour la commodité des confesseurs et pénitents, il y aura en toutes les églises des confessionnaux. » En Espagne, on ne fait pas usage de confessionnaux à grilles comme en France ; le pénitent se tient debout en face du confesseur [voy. Pénitence).
CONFIRMATION. Dans les premiers siècles de l'Église, l'évêque administrait ce sacrement aussitôt après le baptême ; mais il est bon de se rappeler que les néophytes étaient en général adultes et avaient reçu les instructions nécessaires {voy. Baptême). On ne peut fixer l'époque à laquelle on a cessé de confirmer immédiatement après le baptême ; mais il paraît certain que cet usage n'était plus suivi au xiii* siècle. Quoique l'évêque soit le ministre ordinaire de la confirmation, ainsi que le déclare le concile de Trente, les simples prêtres possèdent le pouvoir radical de confirmer ; toutefois, ils ne peuvent
l'exercer qu'avec une délégation spéciale du pape, comme cela a eu lieu, du temps de saint Grégoire-le-Grand, dès la fin du vi^ siècte : sous Nicolas IV, au xiii®; Jean XXII et Urbain V, au xiv% et Léoa X, au xvi°.
Nous ne saurions dire si l'onction du saint chrême (voy. ce mot) était en usage dans la primitive Église; ce que nous savons, c'est que ce sacrement était accompagné d'une onction.
CONFITEOR . Le cardinal Bona dit que cette confessioa se trouve dans des missels antérieurs à l'an 1300; cependant, l'évéque de Mende , qui acheva son Ratioml en 1284, semble donner à entendre que le célébrant ne, faisait alors, avant la messe, qu'une espèce de confessioft préparatoire sans forme précise , puisqu'il dit que le prêtre ne doit pas, en faisant cette confession, blesser la conscience des auditeurs, mais confesser ses péchés en général. Cette confession du prêtre, suivie de celle des assistants, nous parait avoir pour origine ces paroles de saint Jacques : Confitemini alterutrum peccata ves^tra.
Au IX® siècle, cette espèce de confession n'était qu'une préparation à la sainte messe ; on pouvait la faire dans la forme qu'on voulait, et même avant de se présenter à l'autel. Ce n'est que depuis l'inauguration d'une liturgie plus uniforme, par le pape Pie V, que le Confiteored récité au bas de l'autel selon la formule connue (1). Avant cette époque, on ajoutait plusieurs noms, de saints à ceux qu'on a conservée : saint Jérôme, saint Augustin,
(i) Toutefois» il existe encore des exceptions : à Soissons, le célébrant, arrivé au bas de l'autel^ salue la croix^ le choeur, et monte «ussitôt les degrés.
saint André, saint Sébastien, sainte Marie - Madeleine , sainte Catherine, etc. Le P. Arnaud nous apprend qu'à la fin du XVII® siècle on pouvait encore adjouster le nom du patron avec la licence du pape. Dans le diocèse de Rouen, on nommait saint Romain , au commencement du XVIII® siècle. Les ordres religieux ajoutent encore généralement le nom de leur fondateur. L'usage de se frapper la poitrine est très-ancien : un passage de saint Augustin fait voir que cet usage existait au commencement? du V' siècle.
CONFRÉRIES. On trouve quelques confréries religieuses dès le IX® siècle; mais ce n'est qu'au xiii* qu'elles reçoivent une bonne organisation. Au xvr siècle, on établit en Normandie un grand nombre de Confréries de Charité, sous l'invocation de divers saints, notamment dans les campagnes . Le but de ces confréries se trouve indiqué dans divers statuts de Georges d'Amboise II , archevêque de Rouen, en 1546. Chaque confrérie devait se pourvoir d'aomemens honnestes, croix, bannière, cierges, clochéties, torches, chaperons, drap des trépassés, etc. Les Frères payaient dix-huit deniers par an pour Yentretenement de la société. Ils devaient communier en certains jours. Ils étaient obligés de porter le corps des défunts à l'église et de faire célébrer une messe pour le repos de l'âme de ceux, home ou feme, qui avaient payé la cotisation annuelle pour participer aux bienfaits de la eonfrérie. On pouvait être associé, quoique habitant une autre paroisse. Les bornes de cet ouvrage ne nous permettent pas d'entrer dans de plus grands détail^n existe encore quelques confréries de charité ; mais^
généralement leurs fonctions se bornent à marcher en tête des processions et à porter indistinctement tous les morts à l'église, qu'ils soient ou ne soient pas membres de la confrérie, moyennant une faible redevance.
CONSÉCRATION. La consécration par excellence est celle qui a lieu à la messe. Quelques auteurs pensent que le moment précis de cet acte a lieu quand le prêtre prononce les paroles : Hoc est corpus meum ; d'autres disent que la consécration était déjà opérée quand J.-C. proféra ces paroles. D'après le missel de Rouen, le prêtre qui se serait servi d'une matière douteuse pour consacrer, devrait reprendre -aux paroles Qui pridiè.
On donne aussi le nom de Consécration à certaines bénédictions (voy. ce mot) dont l'objet est ensuite dit consacré.
COQ. On cite comme le premier coq connu qui fut placé sur un clocher, celui de Brescia, fondu en 820 ; il était en bronze et portait une inscription rappelant le nom de celui qui le fit fondre, et l'année de son érection. Un auteur du x* siècle parle aussi en termes pompeux d'un coq placé sur une église de Winchester. M. Bouet cite, dans le Bulletin monumental, un document qui nous apprend que la foudre détruisit, en 1091 , le coq de la grande tour de la cathédrale de Cou tances. Il semble qu'à partir de cette époque l'usage de placer un coq sur les clochers devint à peu près général.
Cicéron passe pour être le premier qui ait employé le mot gallus pour désigner un coq ; les Romains le nommaient coccus.
Quoi qu'il en soit de la dénomination latine du
coq (1), il est certain qu'il était consacré à plusieurs dieux , principalement à Mars , à cause de sa vigilance et de son ardeur pour les combats. C'est sans doute de là que l'usage est venu de le prendre pour emblème du zèle sacerdotal. Saint Eucher, qui mourut au milieu du V® siècle, dit que les prédicateurs sont désignés sous le nom de coq, parce qu'ils s'appliquent à annoncer la lumière éternelle , au milieu des ténèbres de la vie présente : Gain nomine designantur prœdicatores , etc. Or, quoi de plus propre à rappeler au prêtre l'accomplissement de son devoir et à le prémunir contre le danger d'y manquer, que la présence de cet oiseau dont le chant rappela si cruellement à saint Pierre sa présomption et le malheur qu'il eut, non-seulement de ne point prêcher la doctrine de son divin maître, mais encore de le renier en présence du danger! Le coq fut donc placé au sommet de l'église , pour rappeler au prêtre qu'il est le coq de Dieu , qu'il doit prêcher sa doctrine , et réveiller les pécheurs de leur assoupissement : Gallus super campanile significat doctorem, ut dormientes excitet.
CORPORAL. Comme son nom l'indique, ce linge est placé sur l'autel pour recevoir le Corps de J.-C. Dans la primitive Église, les corporaux avaient une bien plus grande dimension que ceux de nos jours ; ce qui était nécessaire, à cause du grand nombre de communiants. C'était en quelque sorte une nappe de toile plus fine dont les extrémités servaient à couvrir le calice, avant qu'on
(I) On a remarqué que ce mot était le seul de la langue française qui se termioât par la lettre q.
se servit de la palle [voy. ce mot) proprement dite.
Le peuple des campagnes croit que les prêtres peuvent éteindre les incendies à volonté; cette croyance se rattache à une ancienne superstition qui consistait à jeter un corporal au milieu des flammes pour les éteindre. Cette coutume fut défendue, sous peine d'anathème, par le 6* canon du concile de Selingstad, en 1022.
COULEURS. Jusqu'au x^ siècle, il ne paraît pas qu'il y ait eu de règles liturgiques sur la couleur des ornements. D'abord, on se servit indistinctement de blanc ou de rouge. Vers le vr siècle, on plaça sur les ornements blancs des espèces de nœuds ou clous de couleur pourpre. Le pape Innocent III et Durand de Mende nous apprennent qu'au XIII® siècle les couleurs usitées étafent le blanc, le noir, le rouge et le vert. Cependant, l'évêque de Mende parle aussi de la couleur violette, il mentionne également le jaune et le bysse. Nous pensons que , par ce dernier mot, il faut entendre le gris, c'est-à-dire la couleur de la toile de lin qui n'a pas subi l'opération du blanchissage ; à Paris, on se sert encore de la couleur cendrée pendant le carême. Quant au jaune, nous le retrouvons dans nos ornements de drap d'or qui servent pour toutes espèces de fêtes; quelques rites veulent qu'on n'emploie cette couleur que le jour de saint Joseph et i la messe de l'aurore, le jour de Noël. A la cathédrale de Rouen , la couleur jaune ou aurore caractérisait les saints qui ont été en quelque sorte l'aurore de J.-C. : saint Joseph, saint Jean - Baptiste , sainte Anne, etc. Pendant les douze premiers siècles, la couleur noire était en usage dans l'avent et le carêm^e. Au xvii" siècle,
et môme au x\'iii% la couleur bleue était aussi admise en quelques lieux. M. l'abbé André nous apprend, dans la Revue de VArt chrétien, que le bleu était encore en usage, à la fin du siècle dernier, dans l'église de saint Siffrein de Carpentras , le jour de la Purification de la sainte Vierge.
Grimaud dit, dans sa Liturgie nacrée, que l'Église se sert du blanc dans les fêtes de Notre-Seigneur, de la sainte Vierge, etc., comme symbole de pureté; — de rouge, pour les martyrs et les apôtres , en mémoire du sang qu'ils ont versé; — du vert, au temps qui suit la Pentecôte, surnommé le Pèlerinage, en signe d'espérance d'arriver à la vie éternelle ; — de violet, pendant l'avent et le carême, eomme marque de tristesse; — de noir, aux funérailles, pour exposer le deuil. Les couleurs ne servent pas aux mêmes fêtes, dans toutes tes églises; ainsi, dans le diocèse de Rouen, on emploie le vert aux fêtes des docteurs ; ailleurs, c'est le blanc.
COULOIR. Nous traduisons ainsi les mots cœbus, cola, colatorium, qui, au ix® siècle, indiquaient un ustensile de métal percé de petits trous. Ce couloir était placé sur le calice, au moment d'y verser le vin destiné au Saint Sacrifice, afin qu'il fût plus clair et qu'il ne s'y mêlât aucun corps étranger.
COUVENT. Les couvents nous offrent peu à dire sous le rapport liturgique. Les supérieurs des couvents reçoivent une bénédiction appelée Comécration; s'ils sont moines, on les appelle abbés réguliers; dans le cas contraire, ils sont nommés abbés séculiers ou commen^ datai res. Les abbesses des couvents de femmes reçoivent
à peu près la môme bénédiction; mais généralement Tévêque ne leur donne pas la mitre, les gants, la crosse, etc., comme aux abbés; cependant, quelques-unes reçoivent le droit de crosse, Tanneau et la croix pectorale. Claude de Vert dit que Tabbesse de Ilemiremont bénissait l'encens à l'offertoire, et que celle de Messine portait le camail comme les chanoines. Plusieurs abbés, chefs d'ordre , jouissent du droit de conférer la tonsure, les ordres mineurs et le sous-diaconat à leurs religieux (voy. Abbaye).
CRÉCELLE. On donne ce nom à un instrument en bois dont on se sert dans les trois derniers jours de la semaine sainte, en remplacement du son des clocheS; pour appeler les fidèles aux offices. Cet usage , qui existait au viii® siècle, est encore suivi dans les paroisses de la campagne.
CRÉDENCE. On nomme ainsi une petite table, souvent inhérente à la muraille du sanctuaire, sur laquelle on place les burettes , le calice , etc. Un rubricaire du xv!!** siècle dit que la crédence doit être couverte d'une nappe,^ et assez large pour qu'on puisse y placer les chandeliers des acolytes. On a aussi donné ce nom à une espèce de petit reposoir qu'on met sur l'autel , pour les saints, et sur lequel on pose le Saint-Sacrement.
CROIX. Il a toujours été d'usage de faire un. grand nombre de signes de croix dans nos cérémonies religieuses. Au temps de TertuUien, ce signe adorable était déjà gravé sur divers objets, mais on ne les exposait pas publiquement, à cause des persécutions. D'abord, les croix étaient ornées de fleurons, de couronnes, de Y Alpha
et de Y Oméga, etc., mais Ton n'y voyait pasTimage de J.-C. crucifié. Au iv*" siècle, le Sauveur est représenté tenant sa croix à la main , ou bien elle est portée par un ange. Ce n'est qu'au vi^ siècle qu'on commence à représenter J.-C. attaché à la croix ; et cet usage se répand si lentement qu'il n'était pas encore général au viii®. A cette époque, on peignait l'image du Christ sur le bois, ou bien on la gravait sur le métal de la croix. Ce n'est qu'au siècle suivant qu'on commença à faire des crucifix en ronde-bosse ; toutefois, cet usage n'était pas encore généralement suivi, aux x** et xf siècles, pour les croix que l'on plaçait alors fréquemment sur les chemins, et qui étaient , comme les églises , des asiles offerts à ceux qui y cherchaient un refuge contre leurs ennemis.
Nous ne saurions dire à quelle époque on commença à porter la croix en tète des processions et à la placer sur l'autel pour la célébration de. la messe [voy. Crucifix) ; nous ne croyons pas cette coutume antérieure au XV® siècle. La rubrique romaine veut que, dans les processions, la figure du Christ tourne le dos au clergé ; c'est le contraire en France.
On a dit bien souvent que la croix des archevêques avait deux traverses et que celle du pape en avait trois ; il paraît que ce double et triple croisillon n'ont existé que dans l'imagination des peintres ; les patriarches d'Orient sont les seuls dont la croix soit à double branche.
Quand sainte Hélène eut découvert la vraie croix , on prit l'habitude de l'exposer, le Vendredi-Saint, à la vénération des chrétiens, qui venaient nu-pieds vénérer et baiser cette sainte relique ; de là est venue la coutume
que les rubriques prescrivent encore au prêtre officiant d'ôter ses souliers pour Tadoration de la croix en ce même jour.
Au moyen - âge , les jugements par la croix étaient fréquents et se pratiquaient de deux manières : 1** en jetant une croix de bois au feu ; quand elle ne brûlait pas, celui qui l'avait jetée était regardé comme innocent; 2° en faisant tenir les bras élevés en forme de croix à plusieurs personnes; la première fatiguée était considérée comme coupable.
CROIX (Chemin de la). Cette pratique de piété est fort répandue depuis une trentaine d'années. Selon une pieuse tradition, après l'ensevelissement de J.-C, la sainte Vierge visita tous les lieux de sa passion ; et, à son exemple, les pèlerins avaient l'habitude de visiter les traces du Sauveur, quand il monta au Calvaire. Léon X rappelle cette tradition dans sa bulle de 1517. C'est surtout à Benoît XIV qu'on doit la propagation du Chemin de la croix ; pour l'établir, il faut une autorisation spéciale de l'évêque.
CROSSE. L'usage de porter un bâton pastoral devant les évêques est très-ancien ; nous le trouvons mentionné dans les vies de saint Césaire d'Arles et de saint Germain de Paris, qui vivaient au vi° siècle. Toutefois, ce bâton ressemblait à un T, à une béquille comme les infirmes en placent sous leurs aisselles pour marcher ; c'était un tau grec , espèce de croix qui a été fort longtemps en usage. Ce n'est que vers le xi* siècle qu'on voit paraître les crosses à bout recourbé, ornées de diverses manières; dans le principe, le bâton épiscopal était en bois.
La crosse est aussi donnée aux abbés ; mais ceuiL-ci portent la courbure en-dedans , pour marquer qu'ils n'ont de pouvoir que sur leurs religieux, tandis que les évoques portent cette courbure en-dehors , en signe de la juridiction qu'ils exercent dans tout leur diocèse. En courbant ainsi la crosse, l'on aura peut-être eu la pensée mystique de représenter une houlette. Quelques abbesses portent aussi la crosse.
CRUCIFIX. A l'article Croix, nous avons assigné l'origine des crucifix ; mais ils ne furent pas toujours placés sur l'autel, pour la célébration de la messe. Selon D. Claude de Vert, on se contenta d'abord de représenter J.-C. crucifié à la première page du canon ; ensuite, on exposa cette divine image à la vue du prêtre, pendant le Saint Sacrifice , sur un petit rideau d'étoffe noire ou violette; plus tard (ceci avait lieu au xiir siècle), le prêtre porta lui-même le crucifix , en allant à l'autel , et le rapporta après la messe ; enfin, on finit par l'y laisser toujours, mais cet usage n'était pas encore général au XVII® siècle.
Jusqu'au xi* siècle, le Christ en croix fut représenté le plus souvent vêtu d'une longue robe à manches. Au XII®, les manches disparaissent, et la robe devient moins longue. Au xiii®, la poitrine se découvre, et la robe est très-courte. Au xiv°, et surtout au xv®, ce n'est plus qu'un morceau d'étoffe roulé autour des reins ; usage qui est resté jusqu'à nos jours. Nous venons d'exposer la règle; mais nous devons constater qu'elle a eu de nombreuses exceptions. Ainsi, on voit des crucifix qui n'offrent que le buste du Christ; d'autres représentent Jésus-Christ
assis, tenant un livre; on en voit qui montrent le Sauveur debout et dans l'action de bénir ; sur quelques* uns, Jésus est représenté avec des ailes.
En certains diocèses , on retire le crucifix de Tautel , quand le Saint-Sacrement est exposé ; en d'autres, on le laisse. Il convient que ce crucifix soit bénit; cependatit, plusieurs auteurs pensent que cette bénédiction n'est pas nécessaire , et qu'il se trouve sanctifié par l'usage qu'on en fait.
CRYPTE. Pendant les quatre premiers siècles, les chrétiens se retiraient dans les catacombes , pour y célébrer les Saints Mystères , et ils y donnaient la sépulture à leurs morts . Plusieurs de ces souterrains sont i mmenses; il est constaté que les catacombes qui portent le nom du pape saint Calixte renferment les corps de 46 pontifes et de 114,000 martyrs. Ces vastes nécropoles sont formées de plusieurs voûtes superposées; souvent il y en a trois, et parfois jusqu'à cinq. Après les temps de persécution, on conserva le souvenir de ces anciennes cryptes, et l'on en fit construire sous les églises qu'on bâtissait, en mémoire de celles des chrétiens primitifs. On plaçait ordinairement dans ces cryptes les reliques du saint sous le nom duquel l'église était consacrée ; mais cet usage s'est effacé peu à peu, surtout depuis le xii® siècle (1). Le xiii^ siècle, qu'on devrait bien plutôt appeler l'âge de la Renaissance que le siècle qu'on a qualifié de ce beau nom, ayant donné l'élan aux arts religieux, l'on retira
(4) C'est dans la crypte de l'église Saint-Gervais de Rouen que furent déposés les corps de saint Melîon et de son successeur.
— Modes cryptes les châsses dans lesquelles étaient conservés les corps des martyrs. Ces châsses, déjà couvertes d'or et de pierreries au temps de saint Eloi, devinrent de véritables chefs-d'œuvre qu'on exposa à la vue des fidèles, sur le maître-autel lui-même; de là, la rareté des cryptes construites après cette époque.
CURE. On désigne ainsi un bénéfice dont le titulaire a la conduite des âmes d'une paroisse , peu importe qu'elle soit de première classe ou simple succursale. Jusqu'à la fin du siècle dernier, on pouvait être pourvu d'une cure, sans être prêtre; mais il fallait être promu à la prêtrise dans le courant de l'année. Toutefois, en Normandie, le titulaire ainsi nommé ne jouissait des fruits de la cure qu'à partir dû moment où il en remplissait les fonctions ; jusque-là, l'évêque jouissait des revenus, sous le nom de déport [voy. ce mot).
Divers conciles déclarent que les prêtres auxquels l'évêque aura donné une cure la desserviront pendant toute leur vie, à moins qu'ils ne soient destitués par un jugement en forme ; mais aujourd'hui , en France , les bénéficiaires des cures appelées succursales sont considérés comme amovibles à la volonté des évêques ; c'est une suite de la loi du 18 germinal an X, publiée sous le titre d'Articles Organiques.
CURÉ. Pendant les trois premiers siècles, ce nom ne fut pas plus connu que celui de paroisse. Alors l'évêque remplissait les fonctions curiales , assisté des prêtres et des diacres qui formaient son presbyterium; à certains jours, il envoyait quelques-uns de ces prêtres dans les églises éloignées de son diocèse, afin de pourvoir aux
besoins spirituels des fidèles, et, après ce devoir accompli, ils revenaient auprès de Tévêque. Mais le nombfe des chrétiens étant venu à augmenter considérablement, les églises durent pareillement augmenter, et Ton finit par attacher, d'une manière fixe, un prêtre à chacune de ces églises, pourl'administration des sacrements; le21** canon du concile d'Arles , tenu en 31 4 , défend à ces prêtres de quitter leur résidence , sous peine de déposition. Ces curés ou cardinaux [voy.ce mot] remplirent la plupart des fonctions attribuées aux évêques jusqu'au x^ siècle; mais alors ils commencèrent à étendre tellement les bornes de leur puissance , que les évêques finirent par revendiquer leurs anciens droits sur les curés, vers le commencement du XIV* siècle.
Quelquefois les évêques prenaient, dans les paroisses rurales , des prêtres qu'ils attachaient à leur cathédrale, sans les priver des bénéfices de leur cure ; ils étaient seulement tenus de fournir une subsistance convenable au prêtre qui les remplaçait sous le titre de vicaire perpétuel ; on appelait ce faible trailement portion congrue. Cet usage est mentionné dans le 12^ canon du concile de Mérida, tenu en 6ij&, On donna à ces curés le nom de curés primitifs ; on donna la même qualification à ceux dans la cure desquels on établit de nouvelles paroisses, par démembrement de territoire. Cet ordre de choses ayant fait surgir une foule de difficultés, l'assemblée du clergé de France déclara, en 1635, que les droits des curés primitifs se borneraient à la célébration du service divin aux quatre fêtes principales, ainsi qu'à celle du patron, et à percevoir la moitié de la cire et des offrandes
en ces jours seulement. L'usage de mettre dans les certificats : Nous, prêtre, curé, etc, vient de ce que les curés en titre n'ont pas toujours été prêtres.
CUSTODE. C'est le nom qu'on a donné .aux boîtes dans lesquelles on conservait autrefois l'eucharistie ^ quand il était permis de l'emporter dans les maisons. Aujourd'hui on appelle custode le yase qui sert à porter la sainte eucharistie aux malades; c'est ainsi pareillement qu'on désigne la boîte, munie de deux cristaux, placée au milieu de l'ostensoir, et dans laquelle on met l'hostie.
CYCLE. Le cycle liturgique, le seul dont il puisse être question dans cet ouvrage , commence au premier dimanche de l'Avent et se termine au dernier dimanche après la Pentecôte. Ce cycle ou année ecclésiastique est le développement des événements de la rédemption du genre humain dont l'Église célèbre le souvenir dans ses fêtes religieuses. L'Avent nous prépare à célébrer la naissance de J.-C. ; Noël nous rappelle la venue du Sauveur ; Y Epiphanie , sa manifestation aux hommes ; le Carême, sa passion et sa mort pour notre rédemption; Pdqiies, sa résurrection d'entre les morts; Y Ascension, son retour au ciel ; la Pentecôte, le don de ses grâces, etc.
DAIS. Ce nom fut d'abord donné à un ornement fixe placé sur la tête des hauts personnages, dans les circonstances solennelles. Le dais portatif, formé de quatre coijixtines et supporté par deux ou quatre bâtons , a
commencé à être en usage longtemps après Tinstitution de la Fête-Dieu ; nous ne croyons même pas qu'on s'en servît communément dans les campagnes au siècle dernier. Aujourd'hui , le dais sert non-seulement aux processions du Saint-Sacrement, mais encore on le porte pour recevoir les prélats , lorsqu'ils font leur visite pastorale, et pour la réception des souverains, quand ils sont reçus dans^une église.
DALMATIQUE. Selon saint Isidore, cet ornement tire son origine de la Dalmatie; mais il est loin d'avoir conservé son ancienne forme. C'était primitivement une robe longue et ample dont les manches étaient larçes et descendaient jusqu'au coude. Vers le ii® siècle, les Romains adoptèrent ce vêtement et en firent un habillement de distinction ; il était de soie blanche et parsemé de petites roses pourpre semblables à des têtes de clou. Le dictionnaire de Boudot nous apprend que les Romains employaient ces espèces de clous pour marquer leur dignité ; on distinguait les sénateurs par le clavus latm, et les chevaliers par le clavus angustus. La dalmalique ne fut adoptée comme vêtement sacerdotal que vers le iv^ siècle. Le pape saint Sylvestre passe pour en avoir introduit l'usage dans l'Église ; mais cet usage ne régna pas en France avant le viii" siècle. Dans le principe, on ne portait la dalmatique qu'à Rome ; plus tard, le pape la permit aux évêques, qui la mettaient par-dessous la chasuble, comme ils font encore aujourd'hui, quand ils officient pontifîcalement ; au ix* siècle, quelques prêtres commencèrent à la porter; et, selon le P. Martène, on commença à la donner aux diacres , à feur ordination,,
vers le xni® siècle. A celle époque, on mettait la dalmatique par-dessus la tunique (voy, ce mot] y et elle avait perdu sa forme primitive ; Durand de Mende nous apprend qu'elle avait déjà deux bandes .écarlate^ devant et derrière, depuis le haut jusqu'en bas ; les manches avaient été fendues en-dessous, ainsi que les côtés de la robe; en un mot, elle différait peu de la dalmatique actuelle des diacres ; celle des évoques se rapproche davantage de l'ancienne forme; elle est en soie, sans doublure, ni galon.
DANSE. A l'exemple de David, qui dansait devant l'arche, les premiers chrétiens dansaient en chantant des psaumes et des hymnes en rapport avec la solennité du jour. Souvent ces danses avaient lieu à la porte des églises ou même à l'intérieur du saint lieu, notamment à Noël et à Pâques. La pieuse simplicité des chrétiens ne voyait là qu'une sainte imitation de l'allégresse des bienheureux. Mais les abus ne tardèrent pas à naître i et la danse religieuse fut défendue. Cependant, elle se perpétua, en quelques églises, jusqu'au xvii*' siècle, malgré la défense des papes et les édits des rois.
DÉDICACE. La dédicace des églises ne commença à se faire avec solennité qu'au iv*' siècle , c'est-à-dire lorsqu'on put consacrer des temples au vrai Dieu après les persécutions ; la cérémonie durait quelquefois plusieurs jours , et tous les ans l'on en célébrait l'anniversaire. Il ne faut pas confondre la dédicace avec la bénédiction : la première ne peut se faire que par un évêque, tandis qu'un simple prêtre peut être autorisé à procéder à la seconde.
Nous ne pouvons menlionncr ici qu'un petit nombre des longues cérémonies de la dédicace d'une église. L'évoque l'annonce par un mandement, et il ordonne un jeûne qui est obligatoire pour lui-même. La veille, les reliques destinées à cette église sont déposées dans une église voisine ou sous une tente préparée à cet effet. Dans l'intérieur de l'église. Ton peint douze croix sur les murailles et l'on place un cierge vis-à-vis de chacune d'elles. Le jour de la cérémonie, l'on allume ces cierges à l'entrée de l'évêque, qui sort presque aussitôt, nelaissant qu'un diacre dans l'intérieur de l'église. Après avoir été réciter des prières au lieu où sont conservées les reliques, il revient faire des aspersions d'eau bénite autour de Féglise et frappe à la porte avec son bâton pastoral. La porte reste fermée, et il fait une nouvelle procession, en ' aspergeant les murs ; il frappe encore etfait une troisième aspersion ; puis, après avoir fait une croix sur la porte, elle s'ouvre. Après diverses prières, on chdiïitehBenedictm, pendant lequel le pontife trace avec sa crosse une croix en X, dite de saint André, sur la cendre dont le pavé a été légèrement couvert , et il forme sur les branches de cette croix les alphabets grec et romain. Il bénit ensuite un mélange d'eau, de sel , de cendres et de vin, et il en asperge les murs et l'autel de la nouvelle église ; fl consacre l'autel avec l'eau, l'huile des catéchumènes et le saint chrême , en traçant cinq croix sur celles qui y sont déjà gravées, puis l'on va chercher les reliques, qu'on apporte en chantant les litanies. An retonr, le prélat consécrateur fait une onction mt chacuwe des douze croix peintes sur les murs ; ensuite il forme sur