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JUIFS DE METZ

L'établissement des Juife à Metz remonte à une époque très-reculée. L'histoire des Conciles en fait mention dès Tannée. 625. Ce n'est pas cependant qu'ils n'aie at été exposés dans cette ville

à des avanies et k des humiliations sans nombre , comme dans les autres pays.

Dans un Concile tenu le i.w mai 883, h l'abbaye de S.t Arnoult, on frappa en quelque sorte d'anathême les Juifs de Metz , en déclarant que c'était commettra un sacrilège que de manger avec eux : indignum atque sacrilegum eorum cibos à christianis sumi.

Lors de la première croisade prêchée en iog5 , les Juifs de Metz subirent le sort de ceux d'Allemagne : ils furent tous massacre'*, de même qu'à Trêves , à Mayence , etc.

Le 17 juillet i365, le tonnérre ayant brûlé 22 maisons en Jurue, les Magistrats s'imaginèrent que les Juifs avaient attiré sur la ville la malédiction du ciel , et ils les chassèrent. On ne sache pas qu'il leur ait été permis d'y rentrer.

Deux siècles après, en i565, les Magistrats avaient autorisé deux Juifs à rester à Metz pendant un an. L'année révolue, les Magistrats leur notifient Tordre de partir, mais ils l'éludent et à force de sollicitations , ils obtiennent , le 6 août 1 567 , du maréchal de la Vieilleville , une ordonnance qui permet à quatre familles juivés de demeurer à Metz , sous la condition 1 .° qu'elles payeraient à la ville 200 écus pour droit d'entrée } a.° deux cents francs messins annuellement au receveur de V aumône; 3.° qu'ils assisteraient une fois par mois aux prédications dans les Eglises ,

«ous peine de 4° sous d'amende (>) ; 4-° q^ils ne pourraient habiter dans les principaux quartiers de la ville , tels que les rues des Allemands , de Marcelle, de Fournirue, des Clercs, etc. 5 5.° qu'ils ne prêteraient qu'au taux d'un denier par semaine , avec la faculté de vendre, au bout de quinze mois, les effets qu'on leur aurait mis en gage.

En moins de quarante ans, ces quatre familles avaient multiplié au point de former vingt-cinq ménages* Ils donnèrent de l'ombrage aux Magistrats qui voulurent les expulser 5 mais le 20 janvier 1602, le duc d'Epernon, gouverneur de Metz, leur accorda une sauve-garde; et le 24 mars de la même année , Henry IV étant à Metz , les prit sous sa protection spéciale , parce qu'ils s'étaient soigneusement employés durant les derniers troubles à secourir , aider, assister ceux qui avaient charge par deçà et pour le service du RoL

En 1614 * Us formaient cinquante- huit familles* Les Magistrats renouvelèrent leurs plaintes ; nonseulement elles furent rejettées du duc d'Epernon \ mais encore il leur permit de s'établir dans le quartier de S.* Ferroy, et d'y acheter des maisons.

(t) Cette obligation fut renouvelée en i6to par le cardinal de. Givry; mais ils s'en affranchirent par la suite en payant L'un de* vicaires de la paroisse de Sainte-Segolène. Ils donnaient en outra, au cure *4 fr< ct deux pains de sucre.

Les statuts synodaux de 1714 défendirent aux chrétiens d'entrer en domesticité chei les Juifs, et même de les servir le jour di4 6aJ)hat.

Le 6 août 1617 , les Messins firent des remontrances au Roi contre les Juifs qui, en nombre excessif, attiraient à eux la substance des habitans à la ruine de maintes bonnes familles, lh étaient alors au nombre de cent dix ménages.

Le marquis de Lavalette n'en confirma pas moins, en 1624, la permission donnée par le duc d*Epernon , son père. Il y ajouta que le quartier de S.1 Ferroy serait limité par des bornes , audelà desquelles les Juifs ne pourraient s'étendre ( 1 ) } qu'ils ne prêteraient qu'à seize pour cent, et que Tannée révolue, l'intérêt serait réduit à huit et un tiers, qui était alors le taux commun des rentes dans le pays. Louis XIII confirma ces ordonnances par des lettres-patentes du 24 janvier i632 et du 21 septembre 1657. Louis XIV dit, dans ces dernières lettres, qu'il a eu tout sujet de se louer des Juifs de Metz, et qu'ils ne pourront, à V avenir 3 choisir un Rabbin sans s*étre retirés pardevers lui, pour en obtenir la permission.

Cette disposition fut modifiée par des lettrespatentes de Louis XV, du 3i décembre 1715, et par un arrêt du Conseil, du 9 juillet 1718, qui , en confirmant les Juifs de Metz dans leurs privilèges, porta que l'élection du Rabbin sera soumise à l'approbation du Roi.

Une déclaration du Roi, du 20 août 1742 , obligea les Juifs à rédiger un recueil des statuts

(1) Ces bornes furent de grands crucifix en pierre incrustés dans U dernière maison du quartier*

particuliers , d'après lesquels ils devaient être juges par leurs Elus en matière civile.

Ce Code fut déposé et homologué au Parlement l'année suivante, et imprimé en 1786* C était la loi commune des Juifs de Metz : elle différait, sur beaucoup de points, des lois du royaume.

Enfin , par des lettres-patentes du 3 février 1777, Louis XVI confirma toutes celles de ses prédécesseurs , à la condition que les Juifs continueraient de payer la redevance annuelle de 20,000 Jr. à laquelle ils étaient assujettis envers la maison de Brancas, par les lettres-patentes de 1715.

Malgré la protection accordée par nos Roi» aux Juifs de Mets, les Magistrats de la ville et le Parlement cherchèrent constamment l'occasion de les humilier, et ils étaient odieux au peuple.

Par un arrêt du s3 mai i634, ils furent consignés dans leurs quartiers les jours de dimanche et de fôtes. Un autre arrêt du 26 mars 1670, leur défendit de paraître dans la ville depuis le mercredi-saint jusqu'au mercredi suivant. Une ordonnance de police de 1703, les obligea do porter des chapeaux jaunes. Enfin leur costume demeura réglé ainsi : chapeau sans (orme, manteau noir, rabas blanc et longue barbe j ils le portèrent jusqu'en 1790.

Les Causes célèbres ont rapporté la condamnation d'un Juif au supplice du feu , par un arrêt du Parlement de Metz, sous la date du a3 jan-

?ier 1670 (1). Ce malheureux était faussement accusé d'avoir enlevé, sur la route de Boulay, un enfant de Glatigny,et de l'avoir conduit à Metz. Après avoir subi la torture y il fut brûlé vif sur la place du Champ-à-Seille (deCoislin). L'opinion commune était alors dans le peuple que les Juifs sacrifiaient, en blasphémant contre J. -C. , des cnfans chrétiens dont ils brûlaient le cœur.

Metz était la seule ville de France où les Juifs eussent un culte public , une synagogue , un rabbin agréé par le Roi.

Des lettres-patentes, du 4 juin I77^1 avaient permis de monter k Metz une imprimerie hébraïque. Il en est sorti plusieurs commentaires assez estimés sur le Talmud. Cette imprimerie a été rétablie par un acte du Gouvernement, en date du a décembre 1812.

(1) Le Procureur général avait ajouté à ses conclusions n qu'il *> serait fait de trés—hurables remontrances au Roi, pour obtenir ti de sa justice que tous les Juifs soient chassés et bannis à perpétuité Y) de Metz et du Pays -Messin , et autres endroits du royaume, 7> attendu qu'ils opprimaient, par leurs usures et trafics illicites^ * les sujets de S. M., et en pouvaient corrompre les moeurs par t leurs mauvais exemples, n Les remontrances du Parlement ne purent déterminer le Roi à retirer aux juifs de Metz sa protection. Loin dc-là, comme Us avaient été d'un grand secours peudaat la guerre, le gouvernement crut utile de favoriser l'accroissement de leur population, et il défendit à l'intendant de laisser marier leurs filles eu pays étrangers.

Le 1 1 juillet 1714 1 cette absurde accusation de sacrifier des enfans fut encore renouvelée; mais le gouverneur fit cesser les poursuites, et les Juifs celte fois en furent quittes pour la peur.

Les historiens allemands citent un assez grand nombre de Juifs condamnés, dans les i3.e, i5.' et i6.e siècles, au supplice

«le la roue et du feu, pour avoir enlevé et martyrisé des enfans.

Les Juifs de Metz rie se sont point récupéré* -des pertes énormes que leur ont causé les remboursemens en papier-monnaie , et surtout l'émigration, en 1792, des jeunes officiers français, dont ils avaient un grand nombre pour débiteurs.

Quelques-uns ont quitté leur ancien quartier bas, humide et malsain, pour se loger plus commodément dans la ville.

La plupart d'entre eux ont renoncé à l'usure. Ils s'adonnent au commerce , ils cultivent les arts, les sciences et exercent des métiers.

Les Juifs de Metz sont au nombre de 2200. Leur consistoire comprend les départemens de la Moselle et des Ardennes. Il en existe fort peu dans ce dernier Dépiartement , mais dans celui de la Moselle , on en compte 3900 dispersés dans 91 communes, où ils ont douze oratoires qui ressortissent a la grande synagogue de Metz.

Les Juifs de la Lorraine allemande, notamment ceux de Boulay, de Morhange et de Frawenberg, n'eurent qu'une existence précaire jusqu'en 1739, que le roi Stanislas publia un édit en leur faveur» Ils étaient alors au nombre de 200 familles. En 1753, il fixa les lieux de leur résidence*

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