‹ Dictionnaire du département de la MoselleChapitre 4 sur 118 · MI · texte numérisé non relu

MI

trêve jusqu'au mois de juillet de l'année suivante* Ce temps s'emploie en négociations» Le duc de Lorraine se détache de Pierre de Bar , et s'allie au duc de Bar et aux Messins pour réduire ce seigneur. Les deux princes et Tévêque de MeU font une convention pour garantir la sûreté des chemins infestés par tant de seigneurs armés. La cité est attaquée de toutes parts, même par ses alliés 5 elle résiste courageusement En vain Pierr* de Bar vint surprendre et brûler la Horgne , insulter' et dépouiller au Champ- à-Panne les dames de Metz qui y dansaient , les Messins le poursuivirent aussitôt à toute outrance , emportant de vive force les châteaux de Pierrefort et de Soigne dont ils firent pendre la garnison et décapiter les chefs. Enfin après quatre ans d'incursions , de pillages , la paix se fit les 8 juin et 29 octobre 1 375.

A tant de désastres qui affligèrent alors le, Pays- Mess in, se joignirent encore de graves discussions entre le peuple et le clergé. Les Messins , pour subvenir aux frais de la guerre , avaient établi , par un atour de i365 , une nouvelle maltote de six deniers par livre sur le prix de tous les objets vendus dans la ville et dans les fauxbourgs , tels que vins , blés ? fruits , draps , pelleteries , vaisselle d'argent , etc. Les fermages et les récoltes n'en furent pas même exempts. Ces taxes parurent onéreuses au clergé. U voulut invoquer les immunités accordées par les papes , récemment renouvellécs par Urbain V, et même confirmées par l'empereur Charles IV. Les magistrats n'admirent

(lia)

aucune exception : ils bannirent d'âbord râbbe de Saint-Àvold qui aVait fait résistance 5 ils firent emprisonner plusieurs ecclésiastiques , ét forcer les couvens, les abbayes pour lever les rtialtotes* L'e'vêque , retiré à Vie , excommunia , par une bulle du 3 juin 1873^ tous les magistrats de Metz 5 jetta un interdit sur la ville } mais ces armes spirituelles n'ébranlèrent point les babitans. Ils étaient depuis deux ans sous le poids de l'excommunication , quand des débris dë ces terribles compa~ gnies blanches reparurent dans le pays sous le nom de Bretons. Le danger t approcha févêque des Messins. Us aimèf ent mieu* transiger avec ces brigands que de les combattre. Il en Coûta 34,ooo*fi\ à la cité et 16,000 k Tévêque. II releva alors les Messins des censures ecclésiastiques. Il leur accorda, même* gratuitement, la permission de faire des deniers d'argent, de 71 au marc (1). La ville, reconnaissante de ces bons procédés, lui donna, par un acte du a juin 1376, une indemnité de 1 6,000 fr, pour les services qu'elle en avait reçus dans la guerre contre Pierre de Bar. La réconciliation avec Pévêque fut suivie de traités de paix avec un grand nombre de petits seigneurs. La ville fit même des pensions à plusieurs d'entr'eux (2). Elle put goû-

(1) Le niarc dVgent valait alors sût francs. Cet acte est de i3;6; mais en i383 le prélat engagea solemnellement toutes* monnaie à la ville, jusqu'à ce qu'il ait pu lui rembourser 4°°© florins d'or qu'elle lui avait prêtés.

(a) Pierre de Bar eut une pension de 600 f. , le sir de Fénes— ♦range roo f. , Henry, comte de Morhange, 60 f. , Valerand de

ter enfin le repos pendant quelques années. Elle voulut même affermir la paix en faisant, en i38o, avec le duc de Lorraine, un traité d'alliance offensive et défensive, m^mé contre tévéquede Met%, S'il en est besoin. Ces précautions n'empêchèrent cependant pas Gilles de Rodemack de faire des incursions dans le Pays-Messin , et d enlever les troupeaux de Mézières , de Talange , etc. ; mais en revanche les Messins lui prirent des trains de bateaux et mirent ses villages à Contribution. D'un autre côté , Jean de Mirbel , sir de Varsbei g , commit des hostilités contre les Messins, sous prétexte qu'ils avaient affranchi et reçu au nombre de leurs bourgeois des hommes qu'il prétendait être ses serfs 5 mais , forcé de reconnaître ses torts , il se Soumit à une indemnité de 20,000 fr* envers la ville, et au pèlerinage de Boulogne-sur-Mer. Ce traité singulier est du 24 janvier i38i. Le duc de Lorraine s'engagea à le faire exécuter.

Enfin la ville fut en paix pendant quatre ans , malgré les troubles causés par les deux papes qui se disputaient le trône pontifical* Les Messins se déclarèrent pour Clément VII ; ils bannirent le suffragant ( x ) et deux théologiens qui avaient

Luxembourg ^ comte de Ligni* too £1 le comte de Salin to f. et le droit de Bourgeoisie, tout en la forme et niagnière corn nous en avons Usei et coustumei de récepvoir aultres seigneurs forains»

(1) n se nommait Bertrand, étêque de Teflize en Arménie. II passait pour savant et pour habile prédicateur : on a de lut plusieurs sermons et deux ouvrages, Tua sur les illusions du démon f foutre sur le schisme.

cherché à former un parti à Urbain VI , protég* de l'empereur Venceslas. Le chapitre de la cathédrale subit alors une réforme considérable. Les prébendes furent réduites de 60 à 4° ( 1 )• On rétablit ^'ancienne discipline dans toute sa sévérité (2).

Le police civile ne fut pas négligée. On se rappelle que les artisans formaient des corporations nombreuses. Âprès la suppression du grand-maître 'des métiers, les syndics se rendirent très-puissans , au grant préjudice de la haltour et noblesse de la cité et où grant dapmage des poures gens desdits mestiers* Un atour du ?4 mars i38a f abolit toutes les frairies de corps et métiers , leur défend de s'assembler désormais , ordonne la vente de leurs maisons, ne permet aux artisans de se réunir qu'une fois Tan pour élire leurs jurés. Il prononce de fortes amendes contre ceux qui se ligueraient pour augmentèr le prix des ouvrages , des marchandises ou de la main-d'œuvre. Beaucoup d'autres atours de la même année réglèrent

(1) La réforme fut entreprise en i38i. Clément VII la confirma par une bulle du 18 juillet i584. L'ordre qu'elle établit fut suivi jusqu'en 1790.

(a) Le cardinal d'AigrefeuiUe, légat du pape Clément , fit re— Vitre la règle de Ghrodegrand , dont les chanoines s'étaient écartés. Il leur défendit de porter leur barbe plus de trois semaines, de laisser croître leurs cheveux au-delà de» oreilles, de paraîtra en habit séculier et sans tonsure. Il rétablit l'office de nuit, leur prescrivit à tous d'y assister, de se tenir au chœur avec modestie et recueillement, sans en sortir pendant la durée de l'office , sans causer et sans changer de place, etc.

particulièrement la police d'une foule de métiers, tels que les drapiers , les fouleurS de draps , les serruriers , les fabricant de faulx, les fourbisseurs, les armuriers, les potiers d'ctain, les tanneurs t les tailleurs d'habits et les viéciers ou fripiers (i), etc. , etc.

Un autre atour du mois de mai suivant détermine comment on doit ajourner , poursuivre et faire condamner en paiement de leurs dettes ceux qui par malice , par fraude 5 par barrât (2) en yroient fuers dou paiis.

On fixa , dans la même année , les conditions nécessaires pour acquérir le droit de bourgeoisie à Metz ou dans les fauxbourgs de la ville. Pour y être admis , il fallut avoir un an et un jour de domicile j et payer, savoir: les habitaûs des villages du Pays-Messin 3o liv. , et les étrangers le cinquième de leurs biens (3). Enfin un atour du 1 3 février i384, régla le cours des monnaies. Cet atour prouve que les relations commerciales de

(t) Les tailleurs qui auraient fait au dapmage à bonnes gens ^ devaient être condamnés à io sous d'indemnité et à l'amende* Les viéciers eu fripiers vendaient de vieux habits ou wamernens retornés. 11 leur était défendu de retourner des étoffes brochées.

(a) Barrât ou tromperie. On dit proverbialement : qui fait barrât , barrât lui vient.

(3) Les villages 'du Pays-Messin étaient au nombre de trois cent quarante-cinq, savoir: le Val de Meta, 3q ; Vlsle, 35; le Saulnoy, 68; le Haut-Qiemin ou la plaine de Sainte-Barbe « 73; le Franc-Àleu du ban Saint-Pierre % ao; le ban de Bazaille, 4; la terre de Gone, 26.

la ville étaient très-étendues , puisqu'une foule de pièces étrangères y circulaient (i).

Sur ces entrefaites mourut févêque Thierry de Boppart. Pierre de Lu xerabourg lui succéda: il n'était âgé que de seize ans , et voulut , à l'imitation de Notre- Seigneur, faire son entrée a Metz nuds pieds et monté sur un âne. Il avait autant de savoir que de piété. L'empereur Yenceslas voulut traverser son élection, parce qu'il était dévoué à Clément VII } il vint à Metz et essaya d'y faire recevoir pour évêque Tillemand de Voise, qui était du parti d'Urbain VI, mais il ne put y réussir. Cela n'empêcha cependant pas les Messins de le reconnaître pour roi des Romains, par une déclaration du i5 novembre i384; le même jour Venceslas fit expédier en leur faveur une charte où il leur garantit la libre jouissance de leurs libertés et de leurs franchises. Les Messins lui firent présent d'une coupe de vermeille remplie de florins d'or , monnaie de Metz, et de plusieurs pièces d'argenterie. Il accepta en outre de la ville une pension de 3oo liv.

L'élection des Treize se faisait ordinairement en présence de l'évêque ou de son lieutenant qui recevait leur serment. Les Messins refusèrent d'y. admettre leur évêque , sous prétexte qu'il était

(i) Les florins d'or de Florence, de Gènes, du Pape , de Hongrie , de Bohême , étaient reçus pour 11 sous de Metz, le mouton d'or de France pour i5 sous, Fécu neuf d'or de France pour la sous, le nantais pour deux angevines. D'après une ordonnance du x5 mars 1396, le marc dV Talait 72 florins de Mets, et U snarc d'argent 74 *°**«

trop jeune. Mais en affranchissant les Treize de l'espèce de suprématie que donnait sur eux à Tevéque le pouvoir de les instituer, la cité rétablit , pour limiter leur juridiction , dtsÈwardours qui devinrent premiers magistrats. Plus occupé des devoirs spirituels que de ses droits civils, le saint Prélat abandonne son siège, et se retire à Avignon auprès du pape qui le fait cardinal, L'archevêque de Strasbourg administre le diocèse : mais le comte de Saint - Pol , frère de Pierre de Luxembourg , soutint à main armée les droits de févêque. Il s'établit à Ennery avec une petite armée 5 Louis III , duc de Bourbon , lui envoie quatre cents hommes d'armes ; Gorze tombe en son pouvoir. D'un autre côté , Tillemand de Voise veut s'emparer à main armée du siège épiscopal , et fond sur le Pays- Messin avec. les troupes du duc de Juliers, du comte de Namur et de sir de Boulai. Les Messins résistent pendant près de trois ans à toutes cei agressions dont ils se vengent en prenant d'assaut Thionville qu'ils réduisent en cendres , et en brûlant un grand nombre de villages. Enfin Pierre de Luxembourg meurt en 1887 (1) : il a pour successe urjRaoul de Coucy, beau-frère du duc de Lorraine/ A la recommandation de Charles AI, il est bien accueilli des Messins à qui le roi en fit ses remerciemens par une lettre du 4 mai i388.

(x) Le roi de France fonda en son honneur un couvent de celé s tins à Avignon. Quoiqu'il eut été attaché au schisme de Clément, il n'en fut pas moins héalifié en iSa;. On a de lui us fecueil de lettres ei des protw d'cglise.

Ce prélat s'applique aussitôt à rétablir la paix, La cité signe plusieurs traités avec les seigneurs de Boulai (i) , de Caste! , de Blanfcenheim , de Sancy, d^Orly, avec Antoine de Morbange, le duc des Deux-Ponts, etc. Le comte de Saint-Pot reçoit une indemnité de 5,ooo florin* d'or pour, les dégâts que les Messins avaient faits dan? ses domaines , mais ils lui retirent la pension 'de aooih qu'ils lui faisaient avant la guerre. Ils en donnent une de 100 fr, au duc des Deux-Ponts, en lui accordant le droit de bourgeoisie 'y le comte de Créhange obtient les mêmes avantages en s'enga* géant au service de la cité. Enfin les duc de Lot* raine et de Bar , Févêque de Metz et Ja cité se coiifédèrent , le 1 7 mars 1 393 , pour six ans , con« tre les pillards qui désolaient leurs provinces. Chacun s'engage à tenir sur pied, pour la sûreté des campagnes et des chemins , deux cents lan** ciers, trois cents seigneurs de pied et cinquante archers. Pour cimenter la bonne harmonie entre les Messins et leur évêque , on renonça de pari et d'autre , par un acte du i5 décembre i3<)3 , aux discussions qui s'étaient élevées depuis la mort

de Tb ierry de Boppart ( a ) , et la ville fit don

(1) Le a avril 1397, la ville prit à son service le sir de Boula? , en lui accordant le droit de bourgeoisie et une pension de» »oo f,

(■2) L'évêque reprochait aux Messins d'usurper sur l'autorité ecclésiastique , en jugeant les procès relatifs aux dîmes , à l'usure et au viol; en forçant les prêtres d'absoudre les excommunies; en fesant contribuer le clergé; en exerçant sur lui des violences, au point d'avoir fait arrêter le vicaire-général môme dans le palais épiscopal y et d'avoir condamné un sous-diacre au dernier supplice.

cTune somme de 3,000 florins d1or au prélat qui , par un autre acte 'du même jour , promit de ne point, pendant huit ans, s'immiscer dans l'élection des treize (1). Cette renonciation lui fut payée 6000 f. d'or qu'il employa à dégager les châteaux devant Gerbevillers , la châtelainie de Hombourg , et à restaurer ses domaines ruinés par les schismatiques (2). Ces schismatiques étaient les partisans de Tillemand de Voise qui se disait toujours évêque de Metz; mais les Messins, fidèles alliés de Raoul de Coucy , étaient parvenus à désarmer son compétiteur par une trêve du 16 novembre i3g3. Ils firent ensuite la paix avec le comte de Nassau et avec le sir de Boulai qui avaient repris les armes pour Tillemand (3). Alors Raoul gouverna paisiblement son diocèse; mais les Messins , après avoir affermi leur évêque , eurent de grands démêlés

(1) Deux atours, l'un de IÎ93, l'autre de 1397, prescrivent des précautions pour empêcher les cabales, la vénalité, de s'in— • troduire dans l'élection des Treize, pour obliger ces magistrats de), rendre la justice exactement et aVoïr^ chescun jour , les bonnes gens que plaindre se voiront , sous peine de cinq sous d'amende | de ne recevoir aucune plainte qui ne soit écrile.Un atour du i.e* juin 139a , avait crée' un ordre des avocats sous le uom de plaidiour*

(a) A cette époque l' évêque engagea les seigneuries d'Albe , d'Apremont, de Commercy, d'Epinal, de Sarrebourg, de Nois—

ville, la châtelainie de Saint — A vol J, avec douze villages; le, marquisat de Nommcoy , avec quatorze villages, etc.

(3) Sous le prétexte de soutenir les droits de Tillemand, évêque nommé par Urbain, plusieurs seigneurs dévastaient les terres de Metz et de l'évéché. Les Messins les traitèrent comme des bri-* gands. Plusieurs gentilshommes furent décapités devant la cathédrale: on pendit quinze de leurs écuyers, et les autres s'enrôlèrent au service de la cité.

avec l'empereur Venceslas, à l'occasion d'une dettes que leur réclamait Fritz Hoffmann, habitant de Francfort. Cités à la chambre impériale , ils refusèrent de comparaître , et furent mis, au ban de l'Empire par un décret du 19 ûpvembre i3<)4 (0-. La cité soutint dans un long mémoire y qu'étant ancienne , puissans <T armes, tenable en la feda-. tion (3) romaine , elle n'était point Justiciable de Vempereur. Ce procès dura cinq ans pendant lesquels les Messins firent des ravages dans, le duché de Luxembourg, pour se venger de Yenceslas qui les avait condamnés. Enfin Venceslas vint à Luxembourg en 1398., les Messins lui envoyèrent des députés. Leur indépendance e*. leurs privilèges furent reconnus v la sentence révoquée (3), et l'empereur lui-même déclara , dans une charte du a3 mai 1 Sqq , qu'il ne réclamait, rien aux Messins, pour les incursions qu'ils avaient faites dans ses domaines (4).

Toutes les querelles étaient appaisées , la ville

(1) Cette sentence rendue parle marquis de Brandebourg, porte que les Messins sont mis hors de la paix; que leurs biens sont abandonnés à un chacun , et que toute communication est mterv. dite avec ces proscrits.

(2) CVsst sans doute fédération,

(3) ^es lettres d'abolition sont du 4 juin 1399.

(4) 11 fallait que la puissance des Messins imposât beaucoup à Venceslas, pour qu'il se montrât si généreux envers eux , car il s'était rendu odieux par sa tyrannie. U était toujours accompagné du bourreau qu'il appelait son compère , et dont il avait tenu un enfant sur les fonds de baptême* On dit même qu'il fit embrocher et rôtir un cuisinier, pour le punir de lui avoir serv^ un mauvais di&er. Ses cruautés le firent déposer en i£oo.

( la* )

était en paix avec ses voisins ; mais, ennemis du repos et avides de gloire militaire , plusieurs de ses citoyens accompagnent Cbarles-le-Hardi , duc de Lorraine et Enguerrant de Çoucy sur les côtes d'Afrique : de là ils vont au secours des chevaliers Teutonique* ( i ) çontre le duc de Lithuanie , et assistent à la bataille de Vilna, Ils contribuent puissamment , avec les Lorrains , à la conquête de ces provinces où , plus de quatre siècles après 9 leurs neveux ont éprouvé de cruels désastres,

A peine revenus de cette expédition, des brouil* leries s'élevèrent entre le Duc et les Messins , mais elles s'appaisèrent aussitôt par l'entremise du duc de Bar. Vers le même temps , la ville eut des contestations avec Ferry de Lénon court, abbé de Gorze. Une journée fut assignée à Jouy. Des gentilshommes Lorrains qui accompagnaient l'abbé dans cette conférence, ayant insulté les Messins , ceux-ci les firent arrêter et conduire dans les prisons de la ville , où ils restèrent huit jours. On leur fit jurer, en recouvrant leur liberté, de ne garder aucun ressentiment de ces violences (2), La paix ne fut donc point troublée , mais la ville fut alors affligée d'une peste terrible , la même peut-être <jui, 4ix ans auparavant, avait désolé

(i) Ces chevaliers feaaient 1* guerre an* Prussiens et aux J-i-i Ûmanicns pour les CQUverlir.

(a) Au nombre de ces seigneurs étaient Jean d'Apremont , Bcan-r doin de la Tour, Simon de Choo ville, etc.

Avignon (i) et s'était étendue jusqu'à Metz. (a). Les Messins, pour se relever, auraient eu besoin d'un long repos, mais on ne pouvait l'espérer dans un temps où toute l'Europe était en proie aux plus violences dissension*. L'Allemagne était partagée entre deux Empereurs} deux Papes se disputaient le trône pontifical ; deux factions divisaient la France: Tune tenait pour Philippe de Bourgogne, l'autre pour Louis d'Orléans, qui tous deux prétendaient à la régence pendant la folie du roi Charles VL II était difficile aux Messins de rester neutres au milieu de tant d'agitations : ils prirent le parti de Ruppert pour qui s'étaient déclarés la Savoie , la Bavière, l'Autriche, Venise, etc, Venceslas, relégué à Prague, engagea, en septembre 1/^02 , le duché de Luxembourg au duc d'Orléans. Loin d'imiter les dispositions bien* veillantes du roi son frère qui , l'année précédente , avait fait traduire au parlement de Paris des gentilshommes français pour avoir osé faire des incursions dans le Pays-Messin , ce prince arme contre la cité 5 avec les comtes de Nassau (3), dt Saimj

( 1 ) Peut— être les Messins avaient rapporte' la peste ^e leur expédition en Lithuanien peut-être encore provenait — elle des bannis rentres dans leur patrie après avoir passé leur exil , soit eu. Qupre, soit à Samt-Jean.-4tAore, où les magistrat* avaient cou-i tonne de les envoyer.

(a) Les annales disent qu'en 1S90 il mourut à Meta 16,000 per-» sonnes, et en i400i Moo , sans compter les enfans.

(3) Trois ans auparavant ce prince avait fait avec la ville un traité d'alliance pour cinq ans, et le sir de Boulai s'était engagé pour toujours, eu 1^97, au service de U cite cjui lui avait açço«« dé le droit de bourgeoisie*.

de Saverne , le sir de Boulai , etc. Son lieutenant le sir Di eu de Belrain s'avance jusqu'à Montigny ; il en est délogé le surlendemain , et les Messins lui font 160 prisonniers. L'année suivante i4<>4» les confédérés renouvellent leurs agressions : ils brûlent Cheminot, Sorbey , etc.; mais ils ne peu. vent pénétrer plus avant. Rebutés du mauvais succès de leurs entreprises , les prince de Salm , de Nassau, le sir- de Boulai, font la paix le 19 septembre. Elle ne dure que quatre mois. Le duc d'Orléans attire de nouveau ces seigneurs dans la guerre qu'il soutenait toujours contre les Messins et où il fait encore intervenir le duc de Bar.

L'empereur Ruppert qui favorisait les Messins dont il avait confirmé , étendu même les privilèges par une charte du 26 novembre i4o4, écrivit à Isabelle de Bavière, reine de France, pour l'engager à détourner le duc d'Orléans de ses poursuites acharnées contre les Messins , mais il ne fut point écouté. Loin de se décourager , les Messins firent une vigoureuse résistance. Indépendamment de leurs nombreux soldoyeurs et de leurs hommes d'armes , on apprend, par les rôles conservés dans les archives de l'hôtei-de-ville , qu'ils avaient alors sur pied, parmi les citoyen*

des Paraiges. . , 33 1 "\

Parmi les bonnes gens, qui n'ap- f aoy partenaient à aucun paraige . . i5g (cavaliers.

Dans le clergé (1) 9" '

(1) 11 y STait alors dans les six Paraiges i55 chefs de famiil. , dont le tiers appartenait au Paraige du commun, et i$ cheTalers.

Les remparts étaient garnis de quarante-sept bouches à feu (i).

Malgré l'inébranlable résolution que les Messins avaient prise de se défendre à toute outrance , ils pensèrent perdre alors leur indépendance parla discorde qui éclata , le 24 juin 1 4o5 , entre le peuple èt ses magistrats , dont les uns furent emprisonnés et les autres bannis ou décapités. Dans le grand atour du 16 novembre de la même année , sur la réforme des abus introduits dans le gouverne-» ment de la cité, on reprocha au Maître-Eehevin et aux Treize 7 de ruiner les marchands par des droits excessifs de maltote et de courtage , de juger arbitrairement les procès des bonnes gens , de battre hommes et femmes , de ravir l'honneur et les joyaux des femmes , de détourner à leur profit les amendes , les impôts , pour gouverner par la force et pour euloo enrichir et appauvrir la ville , d'avoir donné 1 3oo florins d'or aux comtes de Nassau , de Salm et au sir de Boulai, malgré le vœu de la cité, et quoiqu'ils eussent dévasté le pays , de fitfre des emprunts forcés sur les habi->

Dans la liste des autres citoyens qui n'étaient point des Paraiges , on trouve des Bouchotte, des Ancillon et même des Baudoche et des Roussels, quoique ces deux familles fussent puissances dans les Parafes. U s'y rencontre même des gentilshommes. Ainsi les familles les plus distinguées n'étaient pas toutes daus les Paraiges.

(1) On se rappelle qu'en 13*4 la ville avait déjà de l'artillerie sur ses remparts. Cependant les historiens n'en font mention qu'à la date de i3bo, où les Vénitiens l'employèrent contre les Génois. Jl n'en est q îestion en France dans les comptes de l'administration 4e la guerre, que sous l'année t3$9-

tans, sans jamais les restituer; de ne point veiller à la sûreté publique, au point qu'une fille avait été tuée dans la rue des Clercs , et que le chapelain de Saint-Simplice le fut dans sa chambre , sans qu'on eût arrêté les assassins; d'avoir laissé voler des cuirs dans la Seille , derrière la Vigne-Saint- Avold ; d'avoir fait arracher les vignes de ceux des bonnes gens qui n'en possédaient pas trois journeauac; de laisser dépouiller les propriétaires et les marchands par les princes voisins ou par leurs partisans, sans exiger la réparation des dommages , au grant deshonneur et préjudice de la liberté des bonnes gens. Ce même atour changea la forme du gouvernement qui devint démocratique. Il fut statué qu'on élirait chaque année , hors des six paraiges , un prudhomme dans chacune des vingt paroisses de la ville , pour assister au conseil, aider à gouverner la ville, connaître les recettes et les mises , pour le proufit , honneur et franchise de la cité.

que le peuple opposa souvent aux Paraiges , lorsqu'ils abusèrent de leur autorité , ces prudhommes furent des tribuns chargés de balancer la puissance des magistrats et des familles patriciennes d'où ils étaient tirés. Ou leur conféra le pouvoir de faire élire dans chaque paroisse , en leur présence , les comtes jurés , hors des Paraiges et parmi les gens de bonnes mœurs et de bonnes conversations. On leur confia , en concurrence avec les Treize t les clefs de la ville , du trésor et des sceaux de la

cité, dugrdhd commun sel et même des sceaux des Paraiges. On leur imposa l'obligation de faire rendre la justice ^ tant au grant , au moj*en comme au petit $ que si les grants doivent aux petits , ils soient contraints de faire raison En conséquence , il fat permis d^appeler devant eux des jugemens rendus par les Treize ou par le Maître-Echevin , et de leur soumettre la décision des procès sur lesquels les magistrats n'auraient pas statué dans trois semaines. Enfin ce grand atour défendit, ij° d*emprisonner aucun habitant , si ce n'est pour rnéurtre ou larcin , de bannir hors de la cité , si ce n'est pour crime de bouter feu pour dettes hors de la cité, a moins de guerre avec le seigneur , ou que le débiteur ne soit feudataire du Messin créancier $ 3*° d'aller dans le» tues de la ville ou des fauxbourgs après neuf heures en hiver ou après dix heures en été , sans une lanterne ; 4-° Centrer de nuit ni de jour par huis^ fenestre ou autrement , à l'aide de fausses-clefs, en maison daultrui, que ce ne soit par le droit huis et par le consentement des demeurons (i) f 5.° de faire justice ctaulcun , que ce ne soit de plein jour , en publique , devant le peuple et qu'on ne soiche la cause et pourquoi (a) ; Ç ° de vendre deux fois ses récoltes, sous peine de mort; 7.0 de prendre des sauves - gardes des seigneurs , parce

(l) L'atour dit que pttuiows de la cité allaient de nuict es maisons des bonnes gens contre leur gré et volonté*

(a) Il parait que les magistrat* se permettaient alors de faire *&> exécutions secrètes,

qu'elles étaient contraires aux franchises de la cité ( i ) } de souffrir dans la ville des ribaudss des joueurs de boulles, de des, ni aultres oiseuses gens, sans rente, commerce ni métier, les-* quels devaient être expulsés, et s'ils reparaissaient, noyés. On voulut que les comptes de la ville se rendissent aux Prudhommefi tous les mois; que chaque semestre ceux-ci fissent connaître aux pa-^ roisses assemblées l'état des recettes et des dépenses , afin que les bonnes gens saiclient à quels usaiges l'argent sera mys et converty. On annulla toutes les ventes faites des biens de l'hôpital depuis 3o ans. Enfin il fut ordonné que nul ne pourrait porter offices qui ne soit de la nation ^ de loyal mariage , fils de la sainte Eglise , de franche condition , et qu'il ne soit ne tabellion , ne notaires, ne plaidoiours, ne clercs (écrivain) ou pensionnaire de la cité.

La sédition durait depuis plus de quatre mois lorsque cet atour fut publié } on voit , par Y atour du 16 janvier 1407, qu'elle' ne fut appaisée que le jour de l'assension 1406 ; cependant si l'on s'arrête aux termes du grand atour du 5 novembre i4o5, il paraîtrait qu'alors la réconciliation était déjà faite entre le peuple et les Paraiges , puisqu'il s'exprime ainsi : Wons , le McUtre-Echtvin r les six Parai*

(1) Les Messins étaient si jalons de leur indépendance, qu'il* ne voulaient pas même que leurs citoyens s1 abaissassent à deman*-» der des sauve— gardes aux seigneurs voisins. Aussi le même atour prescrivit aux magistrats de protéger contre les excursions des ligueurs , les petits aussi bien que les grands.

ges*... et toute la communauté.,.* par le bori gré et volunté de nous tous* avons fait bonne paix^ bon accord entre nous pour toujours.... et en promettant encore de vivre et de mourir les ungs avec les autres , pour Ihonnéur , proufit et salut de nous et de notre cité. L'observation de cette Charte fut jurée unanimement sur Tautel de la cathédrale , et les grands dignitaires du clergé y mirent leur sceau ( i )♦

On n'a recouvré que deux actes de ce nouveau gouvernement $ ils sont tous deux du mois de mars i/\o6\ le premier est un traité avec Jacques Morel , pour battre monnaie pendant six ans \ le second est une ordonnance pour abaltré les soixante taux des changeurs (2) qui rétrécissaient la place de St. Louis , masquaient l'église de St. Simplice , l'hôtel de Vezeneuf et la rue de Port-Sailly* Dans ces deux actes, les Paraiges ne sont pas dénommes : ils avaient donc été, depuis la grande Charte du 5 novembre , exclus du gouvernement. Sans doute , après les premiers avantages , le peuple , devenu plus exigeant , ne sut pas user modéré' ment de la victoire. Tout porte à croire même, d'après le petit nombre de monumens qui restent de cette révolution passagère , que les familles des

(1) On choisit pour recevoir le serment, nohle homme , seigneur Oeojpoy^de Nancy. Il s'était sans doute concilié. tous les partis, puisqu'il recevait encore en 1^17 la pension qui lui avait été assignée pendant la rébellion.

(a) 11 fallait que la circulation de l'argent fat bien active à Metz , pour qu'il y eût soixante changeurs. Aussi en douze ans , à dater de if\o6, on y fabriqua en monnaie d'argent, 31,177 marcs. Le marc valait alors 6 francs 75 cent., ce quifesait l4^V*4 francs eu notre monnaie actuelle.

Paraiges furent chassées de la ville par les violences de la multitude. Le jour de l'Ascension 1406, elles entrèrent, à main armée, dans la ville (i) et se ressaisirent de l'autorité. Les plus mutins furent noyés au nombre de trente-six (2), d'autres furent bannis à dix lieues du pays Messin et des terres de TEvêché. On confisqua les biens de Jean Aubrion . échevin , et de Nicole le Gournaix (3) , qui s étaient jetés dans le parti populaire. Enfin, un grand nombre d'habitans furent condamnés à de fortes amendes. La plupart aimèrent mieux dé^ serter la ville que de les payer, et il leur fut défendu d'y rentrer ( 4). Enfin , après sept mois de

(1) L'atour du i5 décembre i^oq qui donne au chapitre de la cathédrale une partie des biens confisques sur les bannis , pour célébrer à perpétuité , dans l'octave de l'ascension , une vespre et ung service solempney, porte que cest en remontrance du miracle et de la grâce que N. S> Jict à la citey, le jour de l'assompuon de N. S. que la ville fut rewaignêe (reprise) en 1406, par les airmes de tous ceulx de nostre citey.

(a) Les condamnés étaient conduits , avec un sac sur le cou , au Pont-des- Morts, d'où on les précipitait dans la rivière, après les avoir enfermés dans ce même sac.

(3) Aubrion était du Paraige de Jurue, et le Gournay de Port" Saillf' Cette famille nombreuse et puissante s'était introduite dans quatre Paraiges pour s'attribuer exclusivement les magistratures : aussi plusieurs Gournay fureut bannis à diverses époques, parce qu'ils causaient de l'ombrage.

(4) Une ordonnance du 7 juillet 1406 appelle ces amendes la, grosse taille des Bourjoix. L'atour du 6 janvier 1407 dit » tout 7) ceulx et celles qui se sont fugitifs et obsenleit.... pour cause de 9 sertennes sommes d'argent à quoi ils étaient ordonner de payer, i> et qu'ils n'ont mies volluit * paier, ne purent touts iceulx ne •n icelles revenir, * Le même atour porte t> que touts ceulx qui ont

D été noiei pour cause de la rébclliou et entre prinse dou

rt gouvernement de la citeit qu'ils ont retenu entre «aulx.

vengeances et de proscriptions , on sentit le besoin d'y mettre un terme, et le 7 janvier 1407, on proclama une amuistie générale en faveur de ceux qui Savaient pas encore été condamnés ( 1 ). Mais les exilés avaient conservé à Metz de si nombreuses intelligences , que 1 dans le mois de février * suivant , ils entrèrent en négociations aVec les ducs de Bar et d'Orléans pour leur livrer la ville. Les Magistrats , de leur côté , envoyèrent à Paris des députés qui parvinrent à détourner Louis d'Orléans de traiter avec des rebelles. Ce prince

7) ne doivent cslrc translateit don lieu où ils gissent eh terre noii n saincte pour remettre eu terre saincte, ne les bannis estre rap— 71 pelcis, se don n*est que ce soit parle consentement, plaisir et r> voulonleit des magistrale et des Pareiges. a

(l) Cet atour porte que <r> par la commotion, tumulte, sédition •0 f aie te en la cite, en i4<>5, le a4 jmui et potirsevant jusqu'à n l1 ascension 1 406, le commun peuple do nostre citey ayant faict « et comis plnscurs et divers grans et griefs excès et outrages. . „ rt et por ce plussours et grant quantitéc d'ealx , par rigour dejus- -n tice, debverient estre mis à exécution de corps et de biens... -n Si corne aucuns des principaux actours dou dict mc'faict sont n c'tci par bon et juste jugement, noyés, bannis et fort jugiés. . . ï) toutevoies nous vrellans atlempricr la rigour de justice par grâce 'A et miséricorde , et mettre débonairctey devant rigour ... nous n avons asseurey et assurons , dou commun accord et consentement A de. nous tous... que tout le remanant dou peuple, bornes et

V) femes.... lor pardonnons et donnons générale rémission et

n abolition de tous les faicts de ladietc rébellion , . . . sans jamais faire -a porseUte ... ou acquerellement, et défendons . . . de dire ou n faire.. ..à nuls ou à nulles dou peuple,... à occasion de ces choses. . . m injure, opprobre, ville nie ou reproche qnelquonqne en euls ap~ n pelant : Jacques Malvais , vilains rébelles n. Ce mot Jacques vient de la rébellion qui avait éclaté en France pendant la captivité du Roi Jean. Jacrfues Bonhomme s'étant mis à la tête des révoltes 9 tous les séditieux Rappelèrent du mime nom.

écrivit donc, le 7 septembre, à Robert de Bai*^ qu'il entendait nem ployer contré Metz que des moyens avoués par l'honneur , et n^en faire le partage qu'après lavoir conquise. Le duc de Bar1 qui sans doute fondait ses espérances de succès , moins sur la force des armes que sur la trahison , fut déconcerté par cette réponse. Il lui importait que les Messins ignorassent cea dernières dispositions du duc d'Orléans. Il fît donc , contre le droit des gens, arrêter leurs députés qui revenaient de Paris, et résolut de brusquer une attaque contre la ville. L'expédition préparée à la hâte à Pont- à-Mousson , arriva dan* la nuit du i5 septembre sous les murs de Metz , dont les bannis devaient favoriser l'escalade} mais ils fu-» rent découverts , obligés de fuir , abandonnant dans le pré de St. Symphorien , (1) leurs cordes, leurs échelles et leur artillërie.

Sur cîes entrefaites, le duc d'Orléans fut assassiné à Paris : Josse de Moravie reprit le gouver-* nement du duché de'Luxembourg , et les Messins s'empressèrent de lui offrir aussitôt la paix qui fut conclue le 26 octobre 14075 mais ils ne purent l'obtenir de leurs autres ennemis que huit mois après : elle fut signée, le 2 juillet 1408, avec le duc de Çar, et le 25 du même mois avec les comtes de Nassau , de Salm , de Saverne , de Sarrebruck et avec le sir de Boulai (2). On se confédéra même ,

(1) Ce pré était sous les murs de la citadelle. (3) La ville leur paya les i5oo florins d'or qu'elle s'était engagée à leur délivrer quatre ans auparavant.

pour six mois , contre les malfaiteurs , pilleurs et. robeurs qui étaient rebelles et désobéissons , en prenant chaque jour les hommes et subgiez 7 les fiez et arrières-fiez , etc.

Quoique le duc de Bar se fût allié aux Messins , ses deux (ils Jean et Edouart, marquis de Pontà-Mousson , tramèrent cependant , dans le mois de janvier i4<>9, un complot avec les bannis pour surprendre la ville. Ils s'étaient rassemblés plusieurs fois à Vaux et à Mars-la-Tour , où se rendaient en secret les partisans qu'ils avaient conservés dans leur patrie. Leurs menées furent découvertes , et les Messins firent arrêter , dans ces deux villages , les principaux moteurs de la trahison. Les bannis au nombre de sept , et Âdnet Prévôt de Bouconville , furent punis du «dernier supplice (i). Trois gentilshommes du duché do .Bar, obtinrent, par l'intervention de Févêque, leur liberté après une détention d'un mois ; et en reconnaissance de ce que la cité leur avait fait grâce de la vie , ils s'engagèrent , eux et leurs frères ou leurs parens, au nombre de neuf, au service de la ville dont ils se reconnurent hommes féals, par droit d'hommage, (2). Cet engage-

(1) Ces bannis nommes Guenddo, Hennequincet, Baucbin^ Liétard et Létraitte ^ confessèrent d qu'ils étaient Tenus et assembles

ez lieu* on Us furent prins, en intention de trouver voies et 71 manière de prendre la citer et icelle bailler en main étrange, t»

(2) Ces trois gentilshommes étaient Jean de SampignivGuille— min de Slainville et Gillet de Sorcey. Parmi leurs compagnons d'armes étaient Jean Dourche , Baudouin de la Tour , Jean de ScToacourt, etc.

ment, fut sanctionné le n par le duc de Bar.

Mais les Messins n'en furent pas plus tranquilles: Simonnin Chevalot, dont la famille était dans le Paraige d'Outre - Seille , arma contre sa patrie. Peut-être il était, comme Aubrion et Gournay,au nombre des bannis. Il fût soutenu par le comte de Créhange et par Carlot de Deuilly. Ce puissant Seigneur du Barrois engagea quatre-vingt-huit autres gentilshommes à défier la ville. Leurs lettres de défi sont des mois de juin , de juillet et d1août 1409. Celte guerre se poursuivit avec opiniâtreté, sans que les princes voisins y intervinssent. Elle devint plus sérieuse, en iii5, à l'occasion de l'emprisonnement à Sancy des évêques d'Evreux et de Carcassonne , qui revenaient du concile de Constance. Carlot de Deuilly , Henry de Latour , gouverneur de Sainte - Ménehould et Vinchelin de Latour son frère , qui sans doute s'étaient déclarés pour le duc de Bourgogne dans ces tems désastreux de guerres intestines , avaient arrêté ces deux prélats, le 8 juin i4*5, auprès de Pagnisur-Meuse , et les avaient conduits dans la forteresse de Sancy que le duc de Brabant tenait en dépôt pour un an, sous la garde de Carlot , en vertu d'une convention faite au mois de mars de la même année avee le duc de Bar. Ce prince , indigné d'un procédé aussi déloyal, assemble ses troupes à la hâte , appelle à son aide les Messins et le duc de Lorraine , pour aller délivrer les deux évêques , qui recouvrèrent leur liberté quatre jours après leur emprisonnement. Les Messins n'arrivèrent

que le lendemain de la prise de Sancy 5 mais ils rasèrent le château. Ils firent plus ; le maréchal de Tronville , complice de cette arrestation , étant venu à Metz vers la fin de juillet , les Mçssins l'arrêtèrent et le firent pendrç le i.er aput (i). Cet acte de sévérité irrita Carlot de Deuilly, qui chercha par-tout des vengeurs à son compagnon d'armes. Alors neuf cent cinquante-trois gentilshommes , la plupart Bourguignons , envoyèrent des lettres de défi à la cité. Ils pénétrèrent dans le Pays-Messin jusqu'à Scy et Moulins ^ qù il$ mirent tout à feu et à sang. Le duc de Lorraine les protégea secrettement , malgré son alliance aveû les Messins, et quoiqu'il reçût d'eux une pension de 3ooo liv. Les Messins s'en plaignirent hautement , et l'on entra en pourparlers. Sur ces entrefai-r tes, la garnison de Preny alla piller Xonville. Les Messins firent aussitôt mettre le feu à Preny. Ces premières hostilités furent interrompues par une trêve d'un aù qui fut signée le 11 avril ifa^î mais ajorsle parti de Carlot deDeuilly se renforça encore de plusieurs gentilshommes qui envoyèrent à la ville un défi dont elle se mit peu en peine 5 elle ^e fit rendre aussitôt la forteresse d'Ennery où Ferry de Chambley venait d'entrer par trahison (3), aidé secreHement du 4uc de liOrraipe , malgré la

(1) Le 4 juillet 14 15, lè concile adressa des lettres de renierfime.ns aux Messins, et il fit le procès à Carlot de Deuilly.

(2) 11 se servit d'un cabaretier pour y introduire des troupes enfermées dans de gros tonneaux. Ce caharctier fut pris en i4ao *\ eçartelc sur le Po^t-des-Morts.

trère récemment conclue avec lui.Les Messins gardèrent du ressentiment contre le duc , et , pour le punir de sa mauvaise foi, ils taillèrent eu pièces, quelques mois après, un gros de Lorrains qu ils avaient rencontré près de Mailly (i). Charles fut obligé de dévorer cet outrage, et les Messins le forcèrent même de renoncer à la pension qu'ils lui faisaient. Il se sentait donc trop faible pour lutter à force ouvertç contre la cité qui , sans s'inquiéter de la foule d'ennemis qui l'entouraient 7 avait dans ses murs des divertissemehs, des joutes , des tournois et fesait jouer des mystères (2) , preuve certaine de l'état prospère de la République , quoique cependant les frais énormes de tant de guerres intestines et étrangères eussent forcé les magistrats

(1) Village voisin de Nommeny.

(a) Les premiers mystères ou drames religieux qui aient été joues à Mett, datent de 1^11. Celait, dit Boileau , une troupe de pèlerins qui, dans les x5.e et i6.« siècles,

Sottement zélée en sa simplicité' , Joua les Saints , la Vierge et Dieu par piété.

Metz jouit avant Paris de plusieurs de ces spectacles , dont les prêtres étaient les directeurs, et où ils jouaient même des rôles. On débuta par l'Apocalypse , qui fut représentée sur la place Saint- Louis et qui dura trois jours. On y mit aussi eu actions l'histoire de Saint—Vit qui, à l'âge de îa ans , reçut les honneurs du martyr en Lucanie, celle de Saint- Victor , de Sainte— Catherine de Syenne , de Saint-Erasme , la vengeance de N. S. J. C et la destruction de Jérusalem, poème de plus de trente mille vers» enfin le mystère de la Passion, dont les acteurs étaient au nombre de cinquante-six. Ce dernier spectacle était le plus imposant On raconte que le curé de Saint— Victor pensa y prrdi e la vie dans le rôle de N. S. (Voyes l'essai historique sur Tait dramatique, naç. 168, 33*0

d'établir des impôts onéreux, tels que 6 deniers par livre sur toutes les ventes de denrées ou d'immeubles (i), la i3.e du prix du vin et de toutes les liqueurs fermentées introduites à Metz (s), ' Ces impôts devaient produire de grands revenus dans une ville riche et très-peupléé, et lui fournir de puissans moyens d'imposer à ses ennemis. Aussi elle tint toujours envers eux une conduite ferme et courageuse qui la rendit redoutable. Elle osa, sans égard aux représentations du duc de Bar, faire arrêter à Pont-à-Mousson , en 1421, Jean Aubrion, échevin b anm a cause de la rébellion de 1406, et qui intriguait encore pour ressusciter les troubles domestiques. Elle refusa, en 1422, de donner satisfaction au duc de Lorraine, pour des courses faites à Hombourg. Cependant des conférences s'ouvrirent à Boulai, dans le mois de juin de la même année, et enfin le 10 octobre i423 , les anciens traités d'allianceconclus entre le duc de Lorraine, l'évêque Raoul de Coucy et la cité de Metz, furent rompus. Mais alors que la mésintelligence était près d'éclater d'une part, de l'autre la ligue de seigneurs formée contre Metz s'affaiblissait. Henry de la Tour demandait la paix : on convint d'en régler les conditions à Boulai, ensuite à Pont-à-Mousson, où Ton s'assembla dans le mois de mars 1424, Alors on fit maints traités particuliers, à la suite

(1) Atour du 17 septembre 1406.

(a) Atour du a fdyrier 1407.

desquels Vinchelin de la Tour, qui avait été l'un des plus ardens ennemis de la cité, s'enga-r gea à son service (i).

A peine il s'était écoulé deux ans, que le duc de Xiorraine , qui épiait l'occasion de s'armer contre la ville, prit pour prétexte les droits réclamés par ses officiers sur une hottée de pommes'transportée des jardins de S^-Martin-lès-Metz dans la ville, où. l'abbé en querelle avec ses religieux s'était retiré. Cette abbaye, quoique située aux portes de Metz, dépendait du duché de Lorraine. Les magistrats, <n vertu de leurs franchises, défendent à l'abbé de payer les droits. Charles s'en offense , et ne veut pas qu'aucuns de ses sujets ou vassaux conduisent désormais des denrées sur les marchés de Metz. L'abbé de Villers obéit; il en est puni par la saisie et la vente des meubles qui garnissaient son hôtel a Metz. Bien plus, les Messins le menacent, au mois de février i427i de détruire et le monastère et l'église (a), s'il n'approvisionne la ville.

(i) Henry de la Tour, soldoyeur de Metz, qui en 1468 épousa la fille Levoirier dont û. était devenu" eperduement amoureux, en lni voyant jouer le personnage de Sainte-Catherine , était sans doute fils ou neveu de ce seigneur* Philippe de Vigneulles dit que , quoique son rôle contint aîoevers, elle les sçavait tous sur le doigt , et qu'elle fit si merveilleusement son devoir , et parlait si vivement 1 si piteusement , qu'elle provoquait plusieurs gens à pleurer.

(?) Dans la lettre du a3 mars 14*7 aux magistrats de Metz, l'abbé se plaignait de ce qu'ils l'avaient menacé que si werre se fesait , il serait froutté et estrillè des premiers , qu'on ne lui lare* pain à mangier. *

Les abbayes de Rethel (i) et S.te-Marie-s<ux-Bois, sont traitées avec la même rigueur et dévastées* Ce; qu'on ne voulait point amener de gré, les coureurs le prenaient de force. Veriy xTOnville 7 hardi partisan, secrètement autorisé par la ville où il venait de se marier, battait les campagnes et en rapportait un immense butin (2). Le sei-r gneur de Château-Villain et de Pierrepont avait amené douze cents conibattans qui furent reçus à Novéant au service de la cité. Leurs premiers exploits furent le pillage de Pagny. Ces petites hostilités durèrent deux ans, pendant lesquelles les Messins vécurent aux dépens du duc de Lor^raine , en prenant sur ses terres ce que le prince avait défendu de leur vendre. Las d'être ainsi harcelé, le duc envoya Didier de Chaufour défier les Messins le 3o mai i&g (3), et il voulut que toute sa noblesse l'imitât 5 la ville reçut donc , dans l'espaœ de trois moi? , six mille cinquante-neuf let-

(1) L'abbaye de Rethel avait été rasée en i36o par les Messins qui, sur ses débris, avaient construit une grosse tour pour commander le pays.

(a) Le duc de Lorraine attirant alors sous ses drapeaux un trèsgrand nombre de seigneurs, les Messins trouvèrent difficilement des soldoyeurs. Alors ils s'attachèrent des Allemands, et ce fut la première fois qu'on en vit à leur solde.

(3) Pendant que le duc se préparait sérieusement à la guerre contre les Messins, ceux-ci avaient donne' un azile à Alix ou Alison de May$ sa maîtresse, dont il avait eu cinq enfans. Le traité est du 24 ma* i4*7« EUe fut reçue pensionnaire ou privcmdihre à l'hôpital de Saint-» Nicolas pour une somme de 710 fc. Elle devait recevoir 40 s* par an pour se v4tir , et par jour un pain blanc de §aint— Ladre du poids <fe 3 livres, une portion de viande, un pot de vin, le feu, la lumière dans sa chambre^* ainsi que le linge de l\t , de corps et de table*

très de défi. Charles ne s'en tînt pas là , il grossit son armée des troupes que lui fournirent les ducs

de Bar , de Bavière , de Bade , l'archevêque de Cologne , les sirs de Rodemach et de Boulai (i) ; il avait aussi sollicité la duchesse de Luxembourg de se joindre à lui ; mais les Messins parvinrent à conclure , avec cette princesse , une trêve d'un an. Le 28 juin, le duc de Lorraine entra en campagne avec vingt mille hommes d'inlànterie et dix mille chevaux. En vain le cardinal duc de Bar et Thierry de Boppart , évêque de Metz , avaient offert leur médiation : les conférences ou Journées qui s'ouvrirent à Pont-à-Mousson et à Moulins au milieu du tumulte des a*mes, n'eurent aucun succès. Charles pénétra dans le Pays-Messin par Goin et par Sainte-Barbe. Il saccagea tout sur son passage , il fit faucher les bleds , couper les vignes et brûler les villages de Crépy , de Peltre , de Magny, etc. Quelque formidable que fut son armée , il n'osa pas former le blocus de Metz dont les habitans dédaignèrent même de fermer les portes. Ils redoutèrent si peu leurs ennemis, qu'ils envoyèrent des détachemens mettre le feu à Rodemach et à Moërs. Ils détruisirent de fond en comble le bourg de Saint-Martin qui, selon les uns , se composait de cent vingt maisons et de quatrevingt selon les autres. Ils ne laissèrent debout que les deux églises, celles de l'abbaye et de la

(1) Ces deux derniers reçurent du duc 3ooo fr. pour entrer dans la ligue formée contre les Messins* t.

( Mo)

paroisse. Leduc de Bar, pressentant l'impossibilité de prendre Metz, se retira prudemment dès le 20 juillet. L'armée de son beau-frère , affaiblie par cette défection , fut obligée de se repUer sur Pont-à-Mousson , d'où il fit , dans le val de Metz , quelques incursions qui ne tournèrent pas à son avantage (1). Il vit même , sans pouvoir s'y oppa* ser , les Messins faire des courses; sur la terre de Gorze , dont l'abbé lui était secrètement dévoué , et piller , sous ses yeux, le village d'Arnaville , où il avait des espions. Il perdit sans retour l'abbaye et le bourg dè Saint-Martin que les magistrats de Metz défendirent de réédifier, par un atour du • 3 octobre 1429 (a). En vain on représentait de toutes parts à ce prince que tous ses efforts contre les Messins échoueraient, qu'ils avaient des forces * — —

(1) Dans une 4e ces courses , io,ooo fantassins prirent la fuite devant 4oo cavaliers messins , qui leur prirent 70 soldats et 2 capitaines.

(?) L'atour porte que les babitans favorisaient la contrebande Ct la fraude des droits de maltote ; qu'ils tenaient des jeux de hasard. où les Messins compromettaient leur fortune, «te En conséquence il statue que nuls de Metz , ne des bourg ficelle , ne des subjects à ceux de Metz, clercs, ne laïcs, ne faicent refaire , ne édifier en ladite ville de Saint— Martin, maxons, grainges , vhauxeus ( pressoirs ) , ne aultres édifices quelconques ^ ne prester à aultres qui volroient bdtir. Il ne fut pas permis d'entourer les héritages. La digue de Wadrineau , qui n'était qu'en bois , fut construite en pierres avec les démolitions du bourg et de l'abbaye. Cette digue qui, depuis plusieurs siècles, était entretenue par les propriétaires des moulins situés sur la Moselle , faillit se rompre plusieurs fois par leur négligence. Mais la ville, par un atour du ai juin i4*5, acheta tous ces moulins au nombre de douze, défendit à qui que ce fût d'en établir d'autres depuis le pont de Moulins jusqu'à Saint — Julien , et même d'aller moudre ailleurs. Alors elle prit à son compte l'entretien de la digue de Wadrineau.

supérieures , des troupes mieux aguerries (t), il nç voulait entendre à aucun accommodement. Cependant on parvint à lui faire souscrire , au mois de décembre i429i un armistice de dix* jours» Alors Tévêque de Metz employa ses bons offices pour conclure la paix qui fut signée le i .er janvier i43o , dans l'abbaye de Saint- Arnoult ; mais Cbarles , toujours irrité contre les Messins , refusa de ratifier le traité. Les choses restèrent dans cet éta£ jusqu'au 12 mars i43i , où , après la mort de Charles (2), René d'Anjou son gendre et héritier des duchés de Lorraine et de Bar , fit enfin exécuter le traité. On voit par une lettre que les sept ' de la guerre écrivirent 1 le 9 novembre 1 43o , à Henry de Latour, que, dans cet intervalle, lés

fout, continuèrent de commettre des hostilités contre les Messins qui s'en vengèrent avec usure } qu'on trama dans la ville quelques oomplots contre les magistrats, mais qu'ils furent aussitôt décou-

(t) Cependant la cité n'avait alors que 586 bourgeois montés: mais elle avait à sa solde 58 gentilshommes allemands et leurs vassaux, Henry de la Tour, Robert de. Sarrebruck, le fameux Wary •u Warret d'Onville , etc.

(a) Les chroniques du temps racontent ainsi sa mort :

L'an mil quatre cent et trente ans ,

Le mardi , lendemain de la Saint- Vincent ,

En ce même jour et propre heure ,

Car en peu d'heures d'un labeur© ,

Charles , le duc de Lorraine

Commença sa dernière haleine.

(3) La lettre dit que n dariennement aulcuns mauvais garnemet*

Les messins n'épargnèrent rien pouf cimente!1 la paix. Le 22 août i43ô, ils firent pour deui . ans un traité d alliance et de Commercé' avec la duchesse de Luxembourg, hé 22 mai i ffii 5 ils reçurent , avec les plus grands honneurs , la duchesse Marguerite , veuve de Charles (1). Le comte de Vaudémont ayant disputé à Réné d'Anjou la succession au duché de Lorraine , les Messins voulurent garder la nèutralité la plus rigoureuse , et défendirent, par un a tour du 18 octobre i43i , à tous leufs citoyens de prendre part à cette querelle. Le sir de Commercy, qui était au service de la cité, se déclara pour le comte de Vaudé-

* de la cite a raient entreprins plusieurs choses ccritre le bien et n l'honneur de la cité, et f es oient debvoir de atraire ( attirer) à leurs ti accords plusieurs marchands et aultres de la communauté, et ne *n peurent trouver qui en vourist estre^ excepte 6 ou 8. . . * trois Tï.ou quatre qui éuient dudit faict s'en sont enfouis, et trois sont d été exécutés : et n'ont nos seigneurs de la ville trouvé au de— r> meurant du puepplc cfue toits bons convivtfs et oheissans , ne d ni ait évus rimour ni aultre dissension. «En i |36,la ville donna à l'abbaye de Sainte-Glossinde plusieurs cens qui étaient dus à Jean de Tollos , en dédommagement d'un cens affecté sur sa maison que la ville avait fait raser, en le bannissant et en le dépouillant de ses charges amant et de Solchier * , pour plusieurs délicts et énormes J'aie ts criminels par conspiration» Tollos avait trempé dans le même complot et s'était enfui.

(i) On lui offrit à Mets deux brochets* trois grosses carpes « trois grands barbeaux , six grosses anguilles , un gros saumon , trois bœufs gras, vingt-cinq moutons et trois queues d'excellent >in.

* Le Solcherie était l'office de collecteur d'un droit établi sur les secs de charrue. Cet impôt, l'uu des plus anciens de la cité) existait déjà dans le i2.« siècle.

taont. La cite rompit avec lui 5 il la défia le 20 septembre 1432 , mais il sentit bientôt le besoin de se réconcilier avec les Messins , et il fit sa paix au mois de mars i433. Le 4 a°ût de la mêmé * année , la cité se confédéra avec le duc Réné d'Anjou contre les brigands qui dévastaient leurs états. Le 28 septembre , la duchesse de Luxembourg et Févcque de Metz adhèrent à ce traité (i). En i434 •> Réiié, devenu paisible possesseur de la Lorraine et du Barrois, ordonna des réjouissances à Pont-à-Mousson. Les Messins vinrent y prendre part, et se distinguèrent dans les tournois. Robert de Commercy eut la déloyauté de les attaquer au retour, et d'en faire dix-huit prisonniers. Le duc de Lorraine , la duchesse de Luxembourg , les évêques de Metz et de Verdun , le comte de Salm , la cité de Toul, indignés de cet attentat, se joignirent aux Messins pour punir Robert. Ils l'assiégèrent dans Commercy où il s'était retiré , et où il se défendit en désespéré } mais , à la sollicitation d'Arthur de Richemont , alors connétable de France, le siège fut levé, et on lui pardonna par nn traité du 19 octobre i434 (2), où il s'engagea à payer 100,000 écus d'or, si désormais il manquait encore à la foi et à l'honneur. La ville conti-

K'. •> .rjù A <»•.'

(1) Ces pilleurs , râleurs, etc., étaient des gentilshommes ou seigneurs de^châteaux, qui, avides de bâtir, refusaient, après la publication de la paix, de déposer les armes.

(a) Dans cette aimée, il y eut plusieurs tournois à, Metz et des fêtes brillantes, où assistèrent les princes et les seigneurs dt la contrée.

nua de lui payer la peDsion de loo francs qu'elle lui faisait , en récompense de ses services passés. Mais il n'en fut ni plus fidèle ni plus reconnaissant : sous prétexte que la ville lui devait 3ooo florins d'or, il recommença les hostilités, et ne cessa , pendant 10 ans, de harceler les Messins (t) , qui n'eurent alors ni repos ni trêves. Leurs terres furent ravagées par des aventuriers français, qui s'étaient détachés de Farinée de Charles VII } Ancy, Ars , Gorze et plusieurs autres lieux en souffrirent beaucoup (2). Les régens de la Lorraine , pendant l'absence du duc Jléné , inquiétèrent aussi les Messins qui se défendirent vaillamment , et usèrent de représailles en pillant et en brûlant des villages , pour se venger de semblables désastres. Au milieu de ces calamités , ils s'efforçaient néanmoins de rester étrangers aux guerres trop fréquentes qui divisaient les seigneurs , les princes, les monarques et les prétendans au trône pontifical. En i436, ils avaient demandé au roi de France d'être neutres dans la guerre qui s'allumait entre Pempereur Sigismond et lui (3), En i438, ils obtinrent des Lorrains et des Luxembourgeois d'oublier leurs dissensions, pour réunir toutes

(1) La fureur des combats dont cet homme turbulent était sans cesse tourmenté ne l'enrichit pas, car on trouve dans les actes du Lombard de Mets, qu'eu t45i A avait engagé ses habits dans cette maison^ Le taux du prêt était alors par semaine de deux deniers pour livre au profit de la ville.

(a) La moitié de la ville de Gorze fut réduite en cendres par 3ooo français, en 1 4- 1 K *

(3) La lettre datée du a5 février i436, porte que S. M. » sera

leurs forces contre les aventuriers (i) qui ravageaient ces provinces. Le traité fut sigué à Metz , le 12 février, par l'évêque Bayer de Boppart, par les députe's du gouvernement de ht Lorraine et par ceux d'Isabelle de Luxembourg. Mais le voisinage de la France, et sur-tout la conformité de mœurs et de langage , avaient porté les Messins à favoriser et à recevoir les Français. L'impe'ratrice douairière leur en fit de vifs reproches, et ils s'excusèrent sut l'embarras de leur position et sur l'empire des circonstances (u). D'un autre côté t Philbert du Chàtelet , l'un des gouverneurs de la Lorraine , n'avait pas voulu accéder au traité du 12 février; et dans ses iucursions, il avait ruiné le village de Lorry ainsi que Marie ules,Vezon, Màlroi, Montoy , Coude' , etc. } cependant Louis, fils de Réné d'Anjou , le força , au mois d'octobre i44x * à déposer les armes-. Mais à peine ce seigneur se fut soumis , que Thierry des Armoises commit dest aggressions contre les Messins, qui envoyèrent, au mois d'octobre i44*5 3oo cavaliers et 1600

il supplice (fti'il jflâise à icelle , si la guerrë va en ayant entre n sadicte Majesté et PEmpereur , ordonner à ses capitaines, chefs de a guerre et gents de ses garnisons jomdans des frontières cTEig y m que cette cité de Metz, comme impériale et neutre, ensemble À le pays d'icelle, nous et les nos très, puissions être gardés des fi dommaiges et molestez des gents de guerre d'icelle Majesté royale.

(1) Ces aventuriers appelés vulgairement bouchiers, écorcheurs 6u gascons , dans les chroniques, étaient des troupes licenciées qui, sous la conduite du Bâtard de Bourbon , ravageaient les campagnes.

{pi) Hsjdirent dans leur réponse du 1 3 avril 1 43? que <n prochains des ri François et par ce en plus grant dangier d'estre envéhis d1eulx. . . ii ih sont contraints néger entre deux exues, comme neutres. •

hommes d'infanterie dévaster les territoires de Fléville , de Lixières et d'Ozerailles , dont ïallard , frère de Thierry, était propriétaire (i). Celui-ci vint aussitôt &:ettre le feu a Hagondange et à la Grande-Maxe. La régente de Lorraine avait sans doute embrassé la cause de la famille des Armoises* Les Messins pillèrent alors la prévôté de Belrain. (2) Dans ces guerres sans cesse renaissantes , des conférences ou des journées furent vainement assignées à Port-sur-Seille , à Metz , à Ancy-sur-Moselle : elles étaient éludées par la Lorraine , et chaque Jour on s'enlevait réciproquement des hommes, du bétail, des récoltes, qui, sans décider rien sur l'issue de la guerre , réduisait à letat le plus déplorable , et les campagnes où il n'y avait point de sûreté , et le commerce qui ne pouvait plus se faire sans escorte.

Les Messins se lassèrent de tant de délais : peutêtre même ils furent aigris des marques d'ingratitude que semblait leur donner la duchesse de Lorraine , dont ils avaient , pendant l'absence du duc René [son époux , soutenu le gouvernement et de leurs armes et deleur argent contre les nouvelles prétentions du comte Vaudémont, pour qui même ils avaieut fait bien plus, en intervenant pour faire

(i) Colard des Armoises , dans sa plainte adressée aux Messins le i5 octobre 1 44 1 1 évalue à plus de 12,000 florins du Rhin la butin que les Messins avaient pris sur ses terres»

(1) Un acte de vente du 39 mai 1 44 1 •> porte qu'on a mis à r encan à Metz 20 chevaux, quatre veaches et quatre vaux du butin ïait à Belrain sur le duc de Lorraine. Ce bétail fut adjugé à F. ttopiennes pour 84 liv. 12 sous.

recouvrer à René sa liberté , lorsqu'il était prisonnier du duc de Bourgogne , au point d'y dépenser plus de 1 00,000 fl. Ils prirent donc un parti violent, et sous le prétexte jde se rembourser des sommes que leur devait la Lorraine , ils enlevèrent dans le thoi de mai i444? sur ^e chemin de Pont-à-Mousson , les bagages de la duchesse qui allait avec sa cour chercher dans cette ville des indulgences publiées par le pape Eugène. Cette insulte engagea la cité dans une guerre désastreuse. La duchesse alla aussitôt demander vengeance au roi de Sicile son époux. Ce prince était dans la province d'Anjou 5 il invoque l'assistance du roi de France, Charles VII, qui venait de conclure une trêve avec le roi d'Angleterre et le duc de Bourgogne, et qui saisit avidement cette occasion pour occuper ses troupes , sans considérer que les Messins . l'avaient servi contre les Anglais qu'au risque même de déplaire à l'Empereur, ils avaient fait cher eux un bon accueil aux Français 5 qu'ils avaient poussé le scrupule au point de ne vouloir pas prêter leur maître d'artillerie au duc de Bourgogne (2) ;

«il». 1 « — ■ ■■ .1 ■ ■ ....

(l) Ils avaient sur-tout vaillamment combattu à ses côtes, au siège de Montereau— sur— Yonne.

(a) An mois d'octobre 1443,1e duc de Bourgogne faisait le siège de Floranges, qui traînait en longueur. Pour l'avancer, il pria let Messins de lui envoyer leur maître canonnier. n Plaise votre grâce) » lui répondirent-ils, dans leur lettre du 5 novembre, savoir que d nous, ne nos prédécesseurs n'avons mie éhues uaaiges ne cou. n tûmes de prester nos canonnier à personnes quelconques . . • a Néanmoins pour honneur et révérence de votre dicte grâce t t> nous ly avons dict que s'il lui plaisait issir du service de notre H cité) nous le contenterions gracieusement de son salaire. »

qu'ainsi loin d'avoir aucun sujet de ressentiment contre les Messins , il leur devait de la reconnaissance. Charles rassemble donc son armée , à laquelle se joignent les troupes du roi de Sicile, celles du comte du Maine, du sir de Commercy etc. Ils s'emparent sur leur passage de la ville de Toul dont ils exigent une contribution de 20,000 fM et tandis qu'ils s'avancent vers Metz par Pont- à -Mousson , les habitans se disposent a faire une vigoureuse défense. Pour empêcher l'ennemi de s'établir près de la ville , ils détruisent eux-mêmes les faubourgs des Allemands, de S^-Arnoult, de SZ-Simphorien , de S.le-Elisabeth et de S.MVIartin (1) ; ils brûlent Vallières , les Bordes , la ferme de S.l-Eloi , la Horgne-aux- Sablons , la Grange-aux-Dames et la Grange-Marine* Ils ruinent les églises de Notre-Dame-des- Champs , de Saint-Louis et de Saint-Thibaut. Us culbutent tous les jardins autour de Metz, et y construisent des redoutes et des ouvrages avancés* Après avoir pris les forteresses d' Ancy , de Verny, de Talanges etc. , et le pont de Moulins dont les Messins leur avaient vainement disputé le passage, les ennemis s'avancent, à la fin de septembre, jusques sous les murs de la ville qu'ils assiègent par la porte de Scarponne ou de Serpenoise. Les Messins font de fréquentes sorties où ils obtiennent

( 1) L1abbë et les religieux de Saint— Martin sVtaut donnes à la ville par un acte du ai décembre 14^7 , dès-lors il fut permis de relever l'abbaye et de rebâtir les maisons. Ce monastère fui compris sur les contrôles militaires de la YÀlle pour un vaUt ou cavalier . montés et armeù.

* ôuvent l'avantage : ils poursuivent même jusqu'à Longwy Philippe de Savigny qui heureusement se réfugie dans cette place. Leur courageuse résistance , les approches de Thy ver ralentissent Tarê deur des assiégeans. On envient à des pourparlers , * tantôt à Moulins, tantôt à Cheminot, même à Nancy ; mais Charles VII insistant pour que les Messins se rangeassent sous ses lois , les Messins résolurent alors de s'ensevelir sous les ruines de leur cité plutôt que de renoncer à leur indépendance. La rigueur de la saison fit donc convertir le siège en blocus , et les avenues de Metz furent gardées par 1 1,750 hommes de cavalerie française, qui fermèrent toutes les communications (i).Quoir que la ville fut réduite, par ce blocus, aux plus dures extrémités , chacun néanmoins , prêtres et laïcs rivalisèrent de bravoure et de dévouement. On ne cessa d'enlever des détachemens aux ennemis ; on mit en commun tous les approvisionne* mens } on établit sur la place du grand Saint-Hilaire neuf moulins mus par des chevaux (2). La contenance imposante des Messins détermina le

roi Charles VU à reprendre les négociations , qui

(1) On reprocha aux Messins d'avoir , dans cet état de détresse t noyé les prisonniers, parce qo'ils ne pouvaient les nourrir. Çcpendant les comptes de la ville portent une dépense de 607 fr. pour la nourriture des prisonniers pendant le siège , et une autre de 1 a fr. à Aubertin le barbier pour avoir guéri les Français pris et blessés.

(a) La montagne Saint — Hilaire* en Alleu était le quartier d* la rue de la. Qarde. La construction de ces jnoulins coûta a35 kx lo sous.

eurent lieu à Pont-à-Mousson et i Nancy les 1 2 décembre , 5 janvier et a5 février. Enfin la paix fut signé dans cette dernière ville le 29 février i44^ ? et par un acte subséquent du même jour, le roi s'engagea à n'entreprendre aucune guerre contre les Messins pendant dix ans (1). Le dauphin de France, le comte du Maine et de Guise, Rêne, roi de Sicile et duc de Lorraine acquiescèrent à ces traités les 2 et 3 mars , et Robert sir de Cornmercy seulement le 12 juin. La ville fit remise à René de toutes les dettes que ce prince ou ses prédécesseurs pouvaient avoir contractées envers elle depuis trente ans 5 on réserva néanmoins celles, dont la ville avait des gages, des censives, des lettres de créance ou des hypothèques. La ville fut obligée de délivrer au roi de France , pour l'indemniser des frais de la guerre r une somme de i^ooo liv." faisant en monnoie messine 84,000 francs, et 10,000 florins de Metz à Pierre de Brézé qui avait commandé le siège et négocié la paix. Enfin cette guerre coûta à la ville , indépendamment des pertes immenses que lui causa la ruine de ses fauxbourgs , une somme totale de 124,231 liv. 13 s. 11 messins (2). L'évêque avait été forcé

(1) Les Messins lui gardèrent leur foi, car en i ^58 ils firent arrêter et pendre chez eux un bordelais pour avoir volé an minisire de ce prince 600 ecus d'or qu'ils lui renvoyèrent. Ce ministre les remercia «Le cette bonne justice, en promettant den faire relation au Roi, afin <quil connaisse de plus en plus le bon vouloir des Messins envers lui»

(a) La soldé des troupes alliées coûta i&tai fr. \ célto des bombardiers ou artilleur* 191 ^ La dépense des fortifications sVteva à 5375 fr.

«Touvrir les portes de plusieurs villes de ses domaines aux troupes françaises : elles ne voulurent point en sortir , même après la paix;. Les Messins aidèrent le prélat à les en déloger ; on pendit même quelques-uns des plus mutins , surtout des Anglais qui, attirés par Tespérance du pillage, s'étaient, après la trêve signée à Tours entre Charles et Henry , mêlés dans les rangs de Farinée française. Mais le roi refusa obstinément de restituer Epinal à Févêque , sous prétexte que les habitans de cette ville s'étaient volontairement rangés sous sa dorai- . nation (i).

Affaiblis , épuisés sans doute par ce siège désastreux , les Messins s'attachèrent long-temps à n'avoir aucun démêlé avec leurs voisius , sans que néanmoins leur gouvernement perdit rien de sa vigueur et de sa fermeté. Attentifs surtout à maintenir les franchisés de leur cité, ils y attirèrent une foule "d'étrangers qui, dans ces temps de discordes et dépressions , s'estimaient heureux de trouver une terre libre. Par exemple un certain Jean de Germini avait à se plaindre de Fabbé de Qorze. U n'était pas assez puissant pour en tirer vengeance : il vint à Metz , où il fit pendre Fabbé en effigie devant Fhôtel de ville. L'abbé demanda vainement satisfaction de oet outrage aux Messins , qui répondirent que Germini n'était ni leur con^

(i) En 1466, le roi de France céda Epinal an duc de Lorraine* qui l'incorpora définitivement à ses états, malgré les décrets de l'empereur et les brefs du pape, qui lui aiaient ordonné de rendra, «eue place à Véyêque 4e Meta.

citain, ni leur justiciable (i). LMnqutsition sVtafc alors introduite à Metz y mais, ce tribunal n'y fut . jamais redoutable. Jamais les magistrats ne lui permirent d'usurper une autorité dangereuse. Une .ordonnance du 13 juillet 1^56 porte que les personnes accusées d'bérésie ne peuvent être enfermées que dan& la prison civile r et que deux magistrats doivent assister aux interrogations et aux *■ autres actes de la procédure (a). Ils avaient besoin de réprimer souvent les entreprises cPun clergé opulent , jaloux du pouvoir , et impatient du joug. L'année 1462 leur en fournit encore une occasion» éclatante, où ils montrèrent un grand et noble caractère. Le pape Pie II avait déposé Dither , archevêque de Mayence , pareequ'il avait refusé d'énormes subsides exigés par la cour de Rome (3). Il lui fit donner pour successeur Adolphe de Nassau , et écrivit à toutes les puissances de l'Allemagne pour qu'elles s'armassent en sa faveur. L'évêque de Metz s'empressa d*obéir (4), mais la ville résista aux ■ . ■»■■■»■ ■ ■■ 1 . ■ ■

(1) La lettre e$t du 9 mai, i4^9«

(?) Il s'agissait alors de plusieurs femmes arrêtées par la justice civile, et que réclamait Jean d'Alixey, jacobin , inquisiteur de la foi, çlisajit icelles fempios estre accusée* de cap (Vhêrésie.

(3) On lui demandait, pour être confirmé dans son bénéfice, 14,000 écus et la promesse, sous la foi du serment, de payer les décimes et de vendre les imftulgences. Hist eccles. Livre 1 ir».

(4) LVîvêque de Metz, le marquis de Brandebourg x le duc de Bade, les comtes de Salm, de Virtembcrg, l'archevêque de Trêves, levèrent une armée pour établir Adolphe de Nassau sur le siège épiscopal de Mayence : le duc de Bavière et le prince palatin du Rhin, défendirent Ditbcr et taillèrent en pièces ses ennemis dans le premier combat qu'ils se livrèrent. lA'véque de Met* y fut fait prisonnier.

ordres du pape et aux injonctions de l'empereur. Elle répondit à Tun que 7 chargé d'entretenir la paix entre les peuples , il commettait un scandai© en soufflant la discorde et la guerre (i); à l'autre que frontière de l'empire, elfe était trop occupée contre ses voisins pour oser s'engager dans une guerre lointaine (2). Le chapitre de la cathédrale qui sans doute était dévoué au pape, s'agita beaucoup pour qu'on assistât Adolphe de Nassau , et fomenta des troubles dans la ville. On lui notifia que ■

(1) La première protestation des Messins contre les huiles du pape est du a juin i4^a Dans ce long plaidoyer écrit avec beau— coup de force, ils disent au Saint-Pere : Bellum evitanâum est, guod fit pro discordid. . . . Bellum nutrit seditiones. . . . Scribituf in sac ris historiis : dissipa génies quœ bella volunt-

(9) Dans leur réponse au mandement de l'empereur, les Messins représentèrent que leur cité était n porte de l'empire, entre di— d vers seigneuries et en pays où so ivent émeut guerre et aultres 7) rigours en rencontre de la cité. Nous et autres des nobles oitains» » bourjoix et poivre peuple, sujets d'icelle, ei) exposant corps et ravoir, avons de tout tempt, et pais naît guaire , souffert et n seusteuus plusieurs grans, inormes, innumérables et inrécupe*— m râbles dommaiges , tant en occision de biaucopt d'hommes vail- 7> lans et nobles, comme en destruction d'églises et édifices...., y avec ce depestillence , de mortalités et aultres grant affaire que r> en loing— temps ne seront réparez. «n Us voulaient parler du siège de f444î (*) et d'une maladie pestilentielle qui venait d'enlever à Mets plus de ^ooo personnes ; ces calamités ne les empêchèrent cependant pas d'aller dans le Barrois faire des courses dont le dommage fut estimé par le duc de Lorraine à 100,000 écus d'or.

(*) Ce siège meurtrier coûta uni doute la vie à beaucoup de citoyen* de* parafes , puiaqu'en 1449 il» étaient réduit* h 90 familles , au lieu de x55 dont tb étaient composés en 1406 et en 1430. Le paraige du commun «eut avait perdu 80 fa* nulles. Auesi un atout du S avril 14S6 prouve qu'il en restait à peine aaaei poui tecuper Ie« magistratures qui étaient exclusivement réservée* aux paxaiges.

si, dans sept jours, îl ne changeait pas de conduite et de sentiment, il serait mis hors de la garde de la cité. Alors il s'établit une scission dans le chapitre : vingt-quatre chanoines se retirèrent à Poutà-Mousson , et sepurestèrent fidèles a la patrie avec la presqu'unanimité du clergé. Le pape , l'empereur, le roi de France, le duc de Bourgogne, le duc de Lorraine épousèrent avec vivacité les intérêts des chanoines expulsés de la ville, et qui , fiera de si hautes protections , se promirent d'en tirer parti pour se rendre puissants dans la cité. Mais, les Messins ne se laissèrent intimider ni par les citations à la cour impériale , ni par cinq bulles d'excommunication , lancées successivement par les papes Pie II et Paul II (i). Elles ne firent pas plus d'impression sur les ecclésiastiques qui continuèrent l'office dans les églises quoiqu'elles fussent interdites. Le pape courroucé lança contre eux une bulle qu'on afficha clandestinement a Mets dans la nuit du i5 janvier 1 463 5 ils n'en furent pas plus ébranlés } au contraire tous se réunirent, prêtres, moines, religieuses et laïcs pour protester contre les condamnations dn pape ; et comme les chanoines , trop près de Metz , y entretenaient de dangereuses intelligences , les Messins , sans égard pour les bulles du pape , pour les mandemens de l'empereur (2) qui avaient approuvé, protégéhaute-

(1) Ces bulles sont des 37 août et i.e* décembre 14(2, 99, 3o> m ai et 91 octobre i4ô5.

(9) La charte de l'empereur est du a5 jum i4<>3. Louis XI accorda aussi aux chanoines une sauve-garde la 94 août 1.469 ^ et le papa Ta* remercia par un bref.

jhent la translation du chapitre à Pont-à-Mousson, obligèrent le duc de Lorraine à les en expulser. Alors Pévêque les reçut à Vie. Cependant les Messins envoyèrent des députés à la cour de Rome (i) 7 tandis que , par la médiation de la reine de France (3) et du duc de Bourgogne , une réconciliation se négociait entre les chanoines et la cité ; l'empereur fut le premier à rendre justice aux Messins ; mais le pape s'obstinait toujours à multiplier les censures et les Interdictions, dans lesquelles il enveloppa jusques aux bonnes religieuses. Enfin après maintes assemblées à Thionville , à Saint -Mihel , è Nommeny, à Saint~Arnoult , les Messins consentirent de laisser rentrer les chanoines dans leur cité. Le pape alors s'adoucit, et révoqua ses excommunications par une bulle du 11 mars 1 465} mais comme il y censurait amèrement la longue obstination des Messins, qu'il leur faisait Pinjonction humiliante de concéder aux chanoines des privilèges nouveaux et contraires aux lois de la cité , ils renvoyèrent au pape sa bulle avec une lettre où, après avoir invectivé avec beaucoup de véhémence contre les chanoines , ils demandent au pape qu'il cen-

fi) Ils partirent dans le mois de février 146*3, Le long séjour qu'ils firent à Home les mit dans le cas d'emprunter , le a mars i465, 45o florins dn Rhin auprès de Cosroes de Medicis, marchand florentin.

(a) La reine, par une lettre du 16 novembre i46a, avait prié le roi son époux, d'avôir, au sujet de ce démêlé, i> les Messins, ■n en singulier et espécialle recommandation , et mesmement , dit-elle , n en faveur des service et plaisir qu'ils me firent, quant je passé -n par leur eité ponr aller devers vous , as paiis de Brébant 1»

jurât au contraire ces mêmes chanoines qui seuls étaient coupables, et lui protestèrent qu'ils ne do-, mineraient jamais à Metz (i). Le saint Père , que 1© mépris obstiné des Messins pour ses interdits avait déjà violemment indisposé contre eux ^ ne put retenir sa colère : il fulmina le a i octobre une bulle d'anathêmes et de malédictions (2) 5 mais le sage evêque Georges de Bade s'étant offert comme médiateur , le pape saisit cetle occasion de terminer un différent, où sans doute il regrettait de s'être trbp avancé. Il se déchargea donc de ce soin sur I e'vêque , et le commit pour pacifier et pour absoudre. II le fit avec beaucoup de prudence et de

(1) Cette lettre est curieuse ; on y dit des chanoines : Surit incorrigi biles in sua perversitate, . .. atque tam féroces at scelerati% fjuod potius deberent à verts honestis et pacis cultoribus per— petuo evitari .... Ensuite les Messius s'étonnent qu'on exige d'eux des garanties envers les chanoines, puisque tout le monde sait que les ecclésiastiques ont toujours été si honores , si respecté* flans leur ville , que souvent de grands dignitaires, des seigneur* de diverses nations ont renoncé à de grands bénéfices pour en accepter de médiocres à Mets, qui leur offrait une vie plus douce, in ea quictius et felicius victuri, <?*<v, puis revenant aux chanoines \ fi supra nos regnare .... cupiunt, inanes

(a) Le Saint-Pére leur déclara que, si dans un mois ils ne s'étaient pas soumis à ses sentences, il les vouait à la damnation éternelle. Nos eos œterna maledietione dammamus siculi Datam et Abiron, quos terra sustinere non valent, vivos absorbuit^ et sicut jjudœ iscariotœ {comités fsempiternis suppliciU deputatL Le pape ordonne en outre que ces bulles soient publiées par les ar~, çhevéques de Mavence, de Trêves, de Cologne, de BÎheims, de Lyon, de Paris, etc. etc.-, il exhorte et /néme requiert Tempe-j reur, le roi de France, les ducs de Lorraine, de Bourgogne e% tous les princes d'Allemagne, de punir les violences, la révolte 1 1 Tes profanations imputées aux Messins.

to^nagemehs. Deux traités eurent Heu, les 9 février 1466 et 18 avril 1467^ entre les chanoines et la ville. Le dernier fut du onze mai i47-3, quoique cependant le chapitre eût été établi le 2 mai 1467* La ville déclara i.° qu'elle le dispensait de faire le guet et de monter la garde , excepté dans le ca* d'attaque ou d'invasion ^ mais qu'il paierait annuellement pour cette exemption une somme de 36 f. (1 ) j 2.0 que lorsque les besoins de la ville exigeraient qu'on imposât une taille sur les habitans , le chapitre y contribuait du daième de ses revenus et même de plus fortes sommes, s'il était nécessaire 5 3é* qu'il serait soumis à l'octroi ou aux droits d'entrée sur les vins , sur les blés , etc. mais qu'il en ferait exempt pour le luminaire et pour les oruemens achetés par la fabrique de la Cathédrale.

Ainsi se termina ce grand procès , dans lequel lfci Messins eurent la courageuse fermeté de combattre Victorieusement un pouvoir qui était devenu redoutable, et contre lequel n'osaient s'élever lcfi plus puissans souverains ( 2 ).

(1) Les chanoines s'acquittèrent exactement de cette taxe jus— qu'en 1648, que là. ville étant définitivement réunie à la France* par le traité de Munster , elle fut dispensée de se garder et d« se défendre elle-même- '

(a) Les Messins avaient porté l*animositc contre les chanoines, jusqu'à défendre à qui que ce fût de travailler pour eux , de leur rien Vendre et même de leur parler. Deux prêtres qui avaient enfreint l'ordonnance furent bannis, et lorsque l'cyéque ramena les chanoines à Metz après cinq ans d'exil, on ne leur fit aucun accueil. L'un d'eux ayant eu l'imprudence d'insulter un bourgeois , il fut «basse de la ville. Le ao mai <4?si *cu ayant pris à la toiture)

Cependant d'autres affaires non moins sérieuses les avaient occupés pendant ces orageux démêles. Le 9 mai 1464 , ils avaient reçu de Louis XI une lettre où il les menaçait de sa colère, s'ils ne se donnaient à la France , ainsi qu'ils en avaient autrefois formé le vœu , pour être plus sûrement protégés contre les ducs de Lorraine ( 1 ). Les Messins répondirent que leurs querelles avec ces princes étaient appaisées (2), et que d ailleurs ils ne pouvaient se détacher de l'Empire germanique* Ils dénoncèrent en outre à l'Empereur les prétentions du roi de France qui désavoua sa lettre, vraie ou fausse ; mais, déjà le 4 du même mois, l'empereur avait ordonné à tous les princes d'Allemagne de secourir les Messins contre les rois de France et de Sicile. Dès-lors on cessa de les attaquer 5 mais on ourdit, en 1466 et en 1467 , des trames pour surprendre la ville. Les Messins se mirent sur leurs gardes , ils firent réparer et aug-

de la cathédrale, les habitans refusèrent <Ty porter secours jusqu'à ce qu'ils Tirent le clocher de mutte en danger d'être brûle'. An re^ic il ne faisaient qu'user de représailles envers les chanoines, qui toujours envenimes, suscitaient maints procès aux Messins sur les pertes qu'ils avaient faites pendant leur longue absence. Ces procès furent abolis , comme contraires aux traités , par des lettres de l'empereur, du ao février 1470, et par des sentences de la chambre impériale.

(1) Le roi voulait sans doute rappeler le prétendu vœu formé pendant les troubles civils de 1404.

(?) La duchesse de Lorraine était venue cette même année *

Mets , o£ elle avait reçu des fêtes et des présent*

tnenter leurs fortifications (i), et l'empereur, touché de leur position critique, les dispensa de contribuer à la guerre contre les Turcs et contre le comte Palatin (2); mais, malgré toute leur vigilance ^ ils pensèrent tomber au pouvoir des Lorrains. Le duc Nicolas (3) , après avoit rassemblé secrettement une armée à Pont-à- Mousson, partit de cette ville dans la nuit du 9 avril 1 473, et arriva vers quatre heures du matin à Saint-Ladre avec plusieurs princes d'Allemagne , six cents gentilshommes , dix - huit cents chevaux et huit mille hommes d'infanterie. 11 envoya vers la ville deux chariots qui se présentèrent à la porte Serpenoîse5 escortés de plusieurs soldats déguisés en marchands de poissons* Sur Tun de ces chariots étaient des armes enfermées dans des tonneaux : l'autre portait nne machine qu'on devait placer sous la porte

(1) L'on construisit de nouvelles redoutes sur le pont de Mazclle et au champ Nemmery, entre cette porte et la porte de Saint— Thiébault. On exhaussa la tour qui dominait le Champ-à-Pannet et Ton introduisit les eaux en plus grande abondance dans les fosses du Pont-des-Morts, du Pontifroy et de la porte des Allemands.

(1) Dans sa lettre du a juillet i47»i on remarqua les passages tuivans: i> Or par vos orateurs nous a ëlé exposé les rois et

n princes à vous prouchains estre en grant fureur d'armes

7) et pour ce que ces guerres et contentions, et aussy les dé— •n pens de vostre garde nous sont très— aigres à ouïr, laquelle rage, 9» si elle n'émeust poiut les seigneuriers chr es tiennes à batailles n civiles, nous ne reverrions point les maulvaix furieux Turcs , de n leurs loingtaines fins, avoir pénétres aux eontrées de la nation 91 germanique* t)

(3) Ce seigneur avait toujours été ami et allié des Messins s ta conduite fut regardée comme une trahison* t

four l4empêcher de se fermer. En entrantes tuent le portier, déchargent leurs armes, dressent leur» machines, appellent leurs camarades qui accourent et se précipitent dans la ville , en criant : Vive Calabre ( i ) , ville gagnée , tue ! tue! Il en était centré six cents ^ lorsqu'un boulanger j nommé Forel , qui était déjà à l'ouvrage , se jette au travers des ennemis, gagne le haut de la porte, abat les herses qui tombent sur la machine , et s'y enfoncent au point que personne ne pouvait plus entrer ni sortir* Gaspard de Laville qui commandait l'expédition, est arrêté tout-à-coup devant cette barrière } il appelle son monde à grands cris i tandis que du haut des murailles Forel sonne l'alarme. Les habitans se lèvent en toute hâte et nuds , armés de bûches , de haches ^ ils se mettent à la poursuite des Lorrains qui remplissaient les rues de Serpcnoise ët de Chaplirue. Ils les repoussent vers la porte sous laquelle ils sont obligés de se1 trajner pour rejoindre l'armée. Bertholdt Krailtz, écuyer du duc de Bavière , protégea leur retraite avec une rare intrépidité } mais enfm il succomba et trente-huit gentilshommes avec lui , parmi lesquels étaient Jacob d'Helmestadt. Giiquame-deux autres ■ furent trouvés cachés dans la ville , dans les jardins et conduits en prison. Les Messins ne perdirent que deux hommes , dont l'un était fou.

Le duc de Lorraine se retira confus d'une ex-*

(i) Les ducs de Lorraine avaient censerre le titre de* roi: de Sicile et de duc de Calabre, où ils régnaient encore en 1460.

pédition aussi malheureuse que déloyale. L'empereur et le duc de Bourgogne s'empressèrent d'en complimenter les Messins , et de leur offrir des secours s'ils en avaient besoin»

Le duc de Lorraine osa faire réclamer ses prisonniers et les quatre étendarts qui étaient restés au pouvoir des Messins. Ils lui firent répondre ' qu'il vînt les chercher lui.même ( i )* Il se préparaît à attaquer la ville avec toutes ses forces , lorsqu'il mourut subitement ét sans postérité, le a3 juillet lifêî aussitôt les Messins accordèrent une trêve aux sollicitations de la duchesse Iolande sa tante, dont le fils René II, comte de Vaudémont hérita du duché de Lorraine. Cette trêve fut suivie d'un traité de paix conclu à Nommeny, le 28 avril i474-

(a) Ou à prétendu que les Messins avaient fait pendre la plupart de ces prisonniers , et notamment Bertholde Krantz, parce qu'ils avaient violé toutes les lois de la guerre , et que d'ailleurs on leur avait attribué le dessein de saccager, de détruire la ville. En effet i la relation envoyée à l'empereur de cet événement dit:

* Les Lorrains * . . entrèrent en grande multitude et fureur bien •n avant dans la cité , et avait ordonné le duc que tous nobles et ti aultres de tous estats, femmes et enfans de tous âges fussent 9 mis à mort sans nul épargner, et de faict y firent tous leurs

* efforts i mais Dieu nostre créateur nous fut en ce sy humain, ft Secourable et aidans, que, par peth nombre de gents des nostres Tt quasi nuds et petitement embastonnés, ils furent virilement et ti à leur vitupère (honte), reboutés hors de la cité, plusieurs de il ses gents occis, defakt et grante quantité de blessés, et ne de— n meura de nostre part, que deux ou trois morts au plus, n Cette relation ne parle pas des prisonniers , mais une de nos chroniques dit seulement, et en Jtct—on ce qifon en devait faire , ce qui donne tien à penser qu'on les fit périr,

Eu mémoire de cet heureux événement, le* Messins érigèrent , auprès de la Cathédrale ^ une cha^ pelle sous l'invocation de la Ste. Vierge , et qu'on appela chapelle des Lorrains on de la Victoire. Par une huile du a5 novembre i474 ? 'e pape promit les indulgences à ceux qui la visiteraient (i)^ Dans le même temps , les Messins furent assez habiles pour rester neutres dans la guerre qui s'alluma entre l'empereur , le roi de France f Charles-le-Hardi, duc de Bourgogne , etRéué II, duc de Lorraine. Ils s'entretinrent en bonne intelligence avec tous ces princes dont les armées couvraient le pays autour de Metz. Aussitôt qu'ils surent l'arrivée de Charles à Luxembourg, à la tête de a5ooo hommes, ils y envoyèrent, le 2 septembre 5 des députés qui offrirent à ce prince cent queues de vin , et à son favori douze tasses d'argent. Le duc de Bourgogne , sensible à leur démarche, les accueillit avec distinction. Le 18 même mois, l'empereur étant venu à Metz, accompagné du fils du Grand-Seigneur , de plusieurs prélats , des princes d'Allemagne , des ambassadeurs de France , d'Angleterre , de Bourgo-

(1) Lorsqu'on fit la dédicace de cette chapelle, le 29 septembre 1478, on y suspendit les cinq étendarts pris sur les Lorrains. Le maître échevin présenta un cierge de quinze livres à l'offrande, avec deux florins d'or et plusieurs gros de Metz- Il était suivi de trois des plus anciens chevaliers portant trois gros pains, et de quatre autres tenant en main des jattes d'argent remplies iïkipocrat, de vin blanc , de vin clairet et de vin rouge. Celte chapelle fut détruite en i^5i ) lorsqu'on abaissa le sol de la place d'armes.

gne ^ ils lui rendirent les plus grands honneurs (i), et il y resta jusqu'au 27 septembre qu'il partit pour Sierck avec son fils Maximilien , duc d'Autriche (2).

Les Messins ne purent néanmoins , malgré toutes leurs précautions , empêcher les puissances belligérantes de violer quelquefois leur territoire ; mais lorsque leurs armées paraissaient dans le pays Messin ^ au lieu de les repousser par la force , ils se les rendaient favorables par des présens , et par de bons procédés. Ils fournissaient des vivres aux Bourguignons , aux Lorrains , aux Français 5 mais ils avaient le plus grand soin de n'en laisser dans les campagnes que le moins possible. Toutes les récoltes du pays furent ^ pendant plus de six ans ,

amenées à Metz , dont l'entrée fut sévèrement

(1) La ville le reçut à la porte de Scarpone, et il fut conduit processionnellemetit sous uu dais aven le clergé, à la cathédrale où Ton chanta le Te Deurn. Le cortège était escorté de deux cents flambeaux. L'empereur entendit la messe à la cathédrale le dimanche , le lundi et le mardi. Il porta successive me ment une roba de velours rouge, une de velours gris et la dernière de drap d'or. La ville lui fit présent de soixante-deux bœufs, de, cinq cent vingt moutons, de soixante queues de vin et de dix—huit cents quartes d'avoine. Le tout coûta 680 liv. 10 s. 10 d. La cité fit aussi de semblables présens aux princes et aux ambassadeurs qui accompagnaient l'empereur, et comme elle craignait cependant que sa neutralité ne fut violée, pendant les dix jours que Frédéric* passa dans cette ville, elle eut la précaution, pour éviter toute surprise, de tenir quatre mille hommes toujours sous les armes et cachés dans les granges et dans les pressoirs des dhTérens quartiers.

(a) Ce jeune prince était entré, en partant de Metz, dans l'église de Saint— Vincent avec des éperons à ses bottes : les moines l'entourèrent pour lui faire payer une amende , qu'il taxa lui-même à deux florins du Rhin,

interdite à tout corps armé. Les Messins refusé*reut le passage à dix mille Bourguignons qui allaient au siège de Nancy, et ils ne consentirent à recevoir les Français qu'au nombre de cent ( i ). Cette neutralité, savamment maintenue, leur fut très-avantageuse ; et tandis que la Lorraine , le Luxembourg , les terres de TEvêché étaient dévastées, les Messins jouissaient, en repos, de tous les plaisirs ; on jouait des mystères , on avait des joutes, des tournois, des champs de bataille , sur la place de Change, ou de Saint-Louis et au Champà-Seille. Trois cents danseurs amusaient le peuple à l'Hôpital de St.-Jean-en~Chambre. Metz devint alors le refuge d'une foule de gens qui s'éloignaient du théâtre de la guerre. (2) D'une part, Charles-le- Hardi envoyait dans cette ville quatre-vingts pièces d'artillerie qu'il avait prises à Nancy (3); de

(t) La Tille veillait si soigneusement à sa sûreté, qu'elle força l'abbé de Saint-Martin à démolir une petite église qu'il avait fait construire dans la plaine , craignant qu'elle ne nuisît à la défense de la place. Tous les habitans montaient la garde aex portes et *ur les remparts. Les forteresses, les châteaux, du pays avaient une garnison nombreuse, et pour éviter toute mésintelligence, tout sujet de rupture , il fut défendu de prendre querelle , sous quelque prétexte que ce fut, avec les soldats ou les chefs des différentes armées. Cesv sages précautions eurent les plus heureux effets.

(a) L'ailluence des étrangers à Metz devint alors si grande qu'on fut obligé d'en renvoyer un grand nombre, et c'est de-là que date l'ordonnance de police qui assujettit les aubergistes à tenir un livre des étrangers qu'ils logent et à en donner chaque jour la liste aux magistrats -, elle est de 1476.

(3) Au nombre de ces pièces d'artillerie était une bombarde qui pesait dix— neuf mille, et que trois ans auparavant le duc Nicolas avait emmenée dan» sa malheureuse expédition contre la

l'autre, plusieurs familles considérables de la Lorraine, qui n'avaient pas voulu subir le joug du vainqueur , venaient y chercher un asile. Des seigneurs Bourguignons mirent aussi leurs femmes et leurs enfans sous la protection de cette cité. Ce n'est pas cependant que les Messins ne souffrissent quelquefois des désordres auxquels ne manquaient pas de se livrer des troupes alors très-peu disciplinées. La plaine de la Seille et le val de Metz éprouvèrent des dégâts. Le duc de Lorraine en commit lui-même en fesant le pélérinage de Sainte- Barbe , pour invoquer l'intercession de cette patrone du pays messin contre le duc de Bourgogne. Il passa au travers des blés, foula les récoltes, et prit sur son chemin plus de mille têtes de gros bétail (i). Belles dispositions à la piété ! Ce prince nourrissait contre les Messins une haine qu'il n'osait faire éclater dans les circonstances fâcheuses où il était placé , puisqu'il avait été dépouillé de presque tous ses Etats. Il soudoya contre eux Gratien Daguerre, seigneur de Danvillé quif

Tille de Metz. Les Messins conçurent une si grande joie de rabaissement de la maison de Lorraine, qu'à peine Charles-le-Hardi et ut fait son entrée solennelle à Nancy, qu'ils lui envoyèrent une de'putation pour le complimenter et lui faire présent d'une coupe d'or le plus fin, et remplie de pièces de monnaie du même métal. Le duc les trouva si belles qu'il s'en fit faire un collier. Cela n'empêcha pasles Messins d'aller, quelques mois après, faire leur cour au due de Lorraine dans la ville de Toul, où il avait asséfohU ses Etats, et de lui porter de la venaison qu'il reçut gracieusement.

(i) René II, duc de Lorraine, fit ce pélèrinage le 31 juin ifa5. Charles, duc de Bourgogne, mit le siège devant Nancy le 28 octo* bre suivant, il y entra le 3o novembre, et fut tué sous les murs de cette villa le 3 janvier 1477»

sans déclaration, sans motif, vint inopinément tomber , le 24 mars 1 479 ? sur 'es villages d'Ars et d'Ancy , où il pilla , brûla plusieurs maisons et tua quelques hommes. Les Messins se mirent aussitôt à sa poursuite , et ne purent l'atteindre } mais, comme il était Français, ils s'en plaignirent au roi qui força Daguerre à quitter le service du duc.de Lorraine. Quelques mois après, Louis XI leva une armée de 5o,ooo hommes pour disputer la province de Luxembourg à Maximilien, duc d'Autriche, qui en avait hérité par sa femme. Les Français , arrivés à Verdun , firent demander^ * le 26 mai 1480, à la cité de Metz le passage suf ses terres : elle y consentit , s'engagea même tacitement à leur laisser acheter des vivres dans la campagne 5 mais pour ne pas violer trop, ouvertement sa neutralité , elle ne voulut teur ouvrir, ni ses portes , ni ses magasins. Sou territoire fut donc respecté : elle vit autour d'elle les Français saecager les environs de Thionville , les Bourguignons brûler Gorze qui était occupé par les Français , et chasser de ses domaines le sir de Rodemack qui s'était trop ouvertement dévoué à la France.

Les Messins avaient envoyé au roi dç France deux ambassades qui revinrent comblées de présens et d'honneurs' (1) } ils rendirent les mêmesT

( 1 ) Les députes reçurent du roi l'accueil le plus affectueux : jf> Messieurs de Metz, leur dit-il en présence de toute sa cour, 71 j'ai plus grand mestier (besoin) de vous que vous n'ayez de moi.

devoirs à Maximilien, lorsqu'il fut arrivé à Luxembourg pour défendre ses états; mais loin d'en rieu recevoir, ils lui portèrent une coupe d'or du poids de neuf marcs , pleine de florins. Cette générosité des Messins envers le duc d'Autriche nerapécha pas F empereur son père de leur demander 48 cavaliers et 65 fantassius pour servir dans la guerre contre les Turcs (1). En vain ils objectèrent qu'il en avaient été dispensés dans les diètes de Nuremberg et de Ratisbonne; Ternpereur insista, et les fit condamner à une amende de mille florins pour n'avoir pas fourni leur contingent (2), Cependant ils parvinrent à faire révoquer cette sentence, que sans doute l'empereur avait provoquée pour punir indirectement les Messins de l'affection qu'ils portaient aux Fran-

» Vous m'estes venus visiter, sans que tous ayez mestier de moi. ti Je veulx estre rostre amy et boa Toysin, et me suis délibéré w de ne vous faire jamais guerre, par ma foy et sy aulcun tous * voulait grever, venez à moy, je vous seconderai comme mes n amis, d Nos chroniques disent que le roi s'entretint facilement avec les Messins, la main appuyée sur l'épaule de Michel-IeG*urnay fun d'eux, à qui il fit une pension de uoo liv.', qu'il donna aux. trois autres un office à la cour : elles font remarquer que Louis XI portait alors un jupon de satin rouge, une robe qui descendait jusqu'au-dessous du genoux, des guçtres de Jmane et un bonnet rose sous uu chapeau de cuir tanné.

. (1) Il s'agissait alors de repousser les Turcs qui, maîtres dm l'empire de Conslantinople , avaient pénétré par le port d'O tramé «n Italie»

(a) L'empereur, dans sa lettre du juillet 1481 aux Messins 4 leur dit: r> J'ai obtenu par sentence en ma chambre impériale t » n que taules franchises, privilèges, que yous avez de nos predé-* « cesssurs , de nous , du Saint-Empire t soit anéantis et perdus. *

çais. Aussi cette puissance avait choisi leur villa , pour y traiter des différens relatifs aux duchés de Bourgogne et de Luxembourg (1). Le congrès; s'ouvrit à Metz au mois de février i4&3. Les négociations durèrent cinq semaines, et Ton $e sépara sans rien terminer (a).

Le comte de Varsberg, sir de Rodemact, qui avait assisté à ce congrès, passa alors du service de France à la solde de la cité, et comme il tenait à Metz un état de maison considérable auquel ne pouvait suffire les appointemens qu'il recevait de la cité, ni les revenus de ses domaines qu'il venait de recouvrer, et qui étaient ap^uvris par. la dernière guerre, il se mit à piller les terres des puissances voisines. Dans une de ses çourse* il avait surpris Gorze le 3 février i483 , et en ayait emporté de la vaisselle d'or et d'argent pour plus de 6000 fr. (3) Les ducs de Lorraine et de

(0 Nos chroniques rapportent que 1« plénipotentiaire de France, étant à Metz, dit au* habitans: -n Messieurs, sachez, que le rojt Y> nostre sire a toujours en vostre cité pour recommandée , et Vm fi aymee et faict encore, comme il peut apparoir, parce qu'il n l'a eslue pour nous y envoyer tenir journée , pour le lieu le plus » fe'able qu'il put eslire. m A ce contrés assistèrent des ambassadeurs d'Autriche, de Saxe, du Palatinat,de la Lorraine, et une, foule de seigneurs. La ville leur fit présent de deux cent soixante cinq quintaux d'avoine et de neuf queues de vin.

(a) La rupture vint de ce que les Français voulaient que les conférences se tinssent dans l'hôtel qu'ils occupaient, et que les allemands insistaient pour que l'on choisit ou le palais de la cité , ou 1 eveche.

(3) En racontant cette expédition, les chroniques disent naïve'» ment : n et estait le£ict comte à Metz faisant grande chère, alors 7> que ladicte course fut faite, n

Bar, les comtes de Bitche et de Nassau, le gouverneur de Luxembourg et tous les seigneurs de cette province, se liguèrent pour réprimer ses brigandages , et sommèrent d'abord la ville de ne plus le soufïrir dans ses murs (î). Les Messins balancèrent quelque teins, mais enfin ils comprirent qu'ils ne pouvaient plus, sans désbonneur, garder à leur solde un homme qui ne vivait que de rapines. Non-seulement ils rompirent avec lui, mais ils intervinrent dans la confédération qui so forma contre lui, le 18 mai 1483 (2). Ils se chargèrent du siège de Richemont, qu'ils prirent d'assaut le 7 juilletde la même année, après trenteneuf jours d'attaque (3). Les Lorrains et les Luxembourgeois qui avaient entrepris le siège de Rodemack, s'en rendirent maîtres le 5 d»i même mois. Le comte de Nassau pritNeufchâtel. Ces trois forteresses furent rasées. Le butin fait à Richemont devait se partager entre les Messins et le gouverneur

le Luxembourg (4). Celui-ci prétendit que les

(0 H était ên liaison étroite avec les Messins. Il venait d'assister aux noces d'un de leurs principaux habitans, et dont le braquet fut suivi d'un combat singulier sur la place du Change : raincn devait donner au vainqueur cinquante écus d'or cl son enharnaché.

W £0 traité fut conclu pour r> résister aux insolences, invaiï *ions, oppressions et dommages comme irréparables, commis t> journellement par Georges de Vernembourg, par exploits violens,

tiltre souflisant ne honnorable. n

pour ce siège iiyi liv. 19 sous, ut de Metz cent maçons pour démolir Riche mon >runtérent 1000 florins pour le siège de Rodemack. d'admirer l'artillerie des Messins, l'inventaire qui fut dressé le i.« août du lot échu

Messins lui avaient fait tort , et pour se récupérer, il fit attaquer et rançonner les Messins sur les. chemins, dépouiller leurs marchands au retour de la foire d'Anvers, saisir leurs bateaux sur la Moselle, etc. .(i) Les Messins s'en plaignirent à Maxûuilien, duc d'Autriche et de Luxembourg, qui réprimanda son gouverneur ; cependant ce» démêlés ne furent entièrement apaisés qu'en i488T ou enfin l'autorité du souverain fut écoutée (2).

Des afFaires non moins sérieuses occupaient alors les Messins. Les chanoines qui , pendant leurs querelles avec la ville, s'étaient réfugiés à Pont-à-Mousson , nommèrent, par un sentiment, invétéré de haine et de vengeance contre leur patrie,, un prince de la maison de Lorraine à Févêché de Metz. A peine ce nouveau prélat , Henry de Vaudémont, est élu, qu'il conteste à

au gouverneur de Luxembourg, on trouva une serpentine, deux arquebuses, une couleuvrine, douze barils de poudre, cinq cents flèches, deux grands lits, quinte autres lits, que gratits, que petits , que ions , que malvaixes, vingt-six linceuls, une robe de Perse, un fiel gippon d'Allemagne, deux viels mantels de drap de Perse, vingt plats, trente-six écuelles, etc. etc.

O) Les Messins firent de nuit, le a4 décembre i$H5, une course jusqu'à Hettange, o£ ils brûlèrent la maison qui servait d'asile aux pillards de Luxembourg, qui avaient eutre autres dévalisé^ un médecin, chanoine de la cathédrale. Trois de ces coureur* forent pris, amenés à Metz, mis au pilori et pendus. On voit d'ailleurs par des préliminaires signés à Metz le 19 février 1^87 , «ntre la cité cl le prévôt de Thionvillc , et qui devaient se ratifier à Talange, que les gens de Thionville avaient, dans ces excursions , enlevé aux Messins quarante chevaux , trente-huit bêtes à corne «t quatorze prisonniers.

(a) Le gouverneur de Luxembourg réclamait aux Messins une indemnité de 100,000 florins, mais loin de l'obtenir, il fut obligé de restituer, tout ce qu'il avait pr«.

la cité ses droits et ses privilèges. Il la dénonce le 34 janvier i485 à la cour de Rome qui, le

12 mai i486., délègue les ofticiaux de Toul et de Verdun pour faire cesser les entreprises des Magistrats sur le pouvoir spirituel, mais 011 ne peut s'accorder^ Féveque a recours au roi des Romains dont il n'est pas écouté ; enfin il se réduit à proposer des accommodemens. On tient donc des conférences à Pont à-Mousson, à Hattoncbâtel, à Dieulouart, mais elles n'ont aucun résultat. LTévêque s'en venge sur le clergé Messin , contre lequel il public, de Joinville où il vivait retiré, des ordonnances de réforme qui supposaient des mœurs très-déréglées (1). En même tems il livre les domaines et les places fortes de $QnévêchéàRéné II, son neveu, duc de Lorraine. Ce prince avait conçu le projet insensé de reconquérir le royaume de Naples , qui avait été légué à Réné I.cr, son ayeul, par Jeanne IL II pria les Messins de lui prêter 0000 llorins d or pour subvenir aux frais de cette expédition (2;.. Il paraît qu1 ils n accédèrent pas à sa demande , et que, pour s'en venger, il envoya piller quelques

(1) 11 leur reprocJu»il de courir par ki ville eu armes, de fréquenter les tavernes, les maisons de jeux et de débauche» Pres~+ bitheroa et clericox^ noclurno tempore fj.ost horom congruam^ variis armçrum telis accinctos , per pialtas et vicos , canendo cantionet) incedere , ptiblicas tubernas fi equentare^ ac Utdis pu— bticiè interesse , aelia que cjccçrabilia perpetrare.

(3) Sa lettre est du. premier juillet i486. On lui avait donne sans Joule quelqu^esperancc, puisqu'il dit : r» Nos bailiif et receveur ?! général nous ont faici relation du bon vouloir de la citc^ dont y» summes tant contens que plus ne poulrious. •»

mois après les villages de Louvigny , de Cheminot, de Foville, sous prétexte que les habitans devaient une redevance à févêque son oncle. Les Messins s'en plaignirent; des conférences furent assignées à Gorze et toujours éludées. Jacques Duchatel osa, dans le même tems, insulter à Metz même un soldoyeur de la cité sans vouloir lui en rendre raison (i), La cité se brouilla aussi avec l'archevêque de Trêves, dont les gens avaient, san» aucun motif, commis des brigandages sur son territoire Les Luxembourgeois arrêtèrent

de nouveau les marchands messins qui revenaient de la foire d'Anvers (3), Le prévôt de Thionville

(1) Ce soldoyeur , nommé Guillaume de Failly , s'exprime ainsi dans son cartel du ao, janvier 1487 ; * Je fais sçavoir à Jacquet « du Châtel, que pour les déshonorables parolles que, de ton aigre, * tu as irrésaunablement proférées en cette cité, présens plusieurs •» de MM. de la justice, pardevant lesquels nous avons faietpro- % messe de faire champ de Bataille, l'un contre l'autre, montés •n et armés avec bâtons de défense jusqu'à outrance ou extrémité do

n mort te mande et requiers que tu veuille comparoir pour

4 accomplir nostre dicte promesse. ... et au cas que de ce faire 7» tu fusses encore refusant, te reputera et publiera par toute cour -n de seigneurs, pour foi menteur, homme infâme et desléal, le » planterai et pourterai à la queue de mon cheval. ... -n

(a) Dans un mémoire du mois d'octobre 1488, les Messins se plaignirent que les gens à la livrée de l'archevêque, avaient, sans déclaration de guerre, pris des marchands de Mets sur les hauts ehemins, arrêtés leurs bateau* sur la franche rivière de Muselle i toutes les feux nuitamment en plusieurs villaiges où ils ont brûlés grant multitude de grains, bêtes et aultres biens inextimables.

(3) Les doléances envoyées en 1^89 par les Messins à l'archiduc d'Autriche, MaximiHen, portent que, depuis 1487 , le gouverneur de Luxembourg faisait des incursions jusques dans les fauxbourgs de la cité ; qu'il dévalisait les marchands sur les routes , que u darien*

Vient surprendre des troupeaux jusqu'aux porte* de Metz, Forcé de les abandonner, il pille, dans sa retraite, Olgy^ Chieule, Charly. Les frère* Krantz , sous prétexte de venger la mort de leur père tué ou pendu dans Teutreprise du duc Nicolas contre Metz, font des courses sur son territoire (i). Le duc René leur donne azile, de même qii14 Gratien Daguerres, qui prétendait avoir aussi un outrage à venger contre les Messins (2). Il soutenait encore secrètement les seigneurs de Bassompierre, de Landres et de Fénétranges, qui dépouillaient les campagnes où ils pouvaient pénétrer. Le nombre des autres seigneurs qui dans le même temps insultèrent la cité , serait trop long a détailler. Le duc Réné chercha même à indisposer Charles VIII contre les Messins , alors même qu'ils lui livraient Chrétien dit Paloiseau, qui s'était réfugié chez eux, emportant la caisse de l'artillerie (3) 5 mais le roi de France repoussa

mm, ■ , , .

« ntment il avait, en la terre de Metz, bouté les feux en huit % bons villaiges, et tous les biens et grains consommes et détruits % avec occision de personnes , prinses de corps d'hommes , et à 7) Vheure qu'on voit les feux allumes, envoya ses lettres de dé— % fiance, » Ce gouverneur fut pris par les Messins, qui le tinrent long-tems en captivité.

(1) Les Messins traitaient ces aventuriers comme des brigands, En juin i4&9i deux des hommes ôVArnoult Krantz tombèrent entre leurs mains auprès de Poutoy. L'un fut tué et l'autre pendu,

(a) Les Messins envoyèrent, dans le mois d'avril 1490, des députés à Charles VIII pour faire cesser les nouvelles agressions de Gratien Daguerre, son vassal, qui se prétendait offensë par le supplice de neuf bandits que les Messins avaient pris à Pontoy, Dù ils avaient signalé leur arrivée par l1incendie de vingt-deux maisons, l'assassinat de trois hommes et l'enlèvement de plusieurs

(3) Le roi leur en fit faire ses remereiemens. D'ailleurs ils ne

les insinuations du duc de Lorraine qui , petdatit l'espérance de se taire contre les Messins un allie aussi puissant ^ résolut d'entrer avec eux en accommodement. Des négociations s'ouvrirent donc à Nancy dans lé mois de décembre 1 489 ; mais les esprits étaient déjà trop aigris et Tonne put s'entendre (1). Les Messins se hâtèrent donc de rappeler les troupes qu'ils avaient envoyées en Flandres au secours de l'archiduc Maximilien contre les révoltés de Bruges et de Gand (2)5 ils prennent à leur solde une fou!e«de gentilshommes de toutes nations , Français, Allemands, Strasbourgeois , Bourguignons, Gascons, Biscayens^ Espagnols. Tous les citoyens/ prêtres et laïcs, s'engagent à défendre, à venger la cité. Le signe de ralliement est une bande noire et blanche : on s'approvisionne pour trois

laissaient échapper aucune occasion de montrer leur attachement à la France. A la mort'de Louis XI, ils lui firent plusieurs services solennels dans toutes les églises et dans toutes les paroisses de la ville.

(t) Les Messios avaient arrêté* des coureurs à Ville-snr-Iron* à Mcrinvillc, sur le ban de Bataille, et les avaient fait pendre * comme des brigands, parce que personne n'osait encore les avouer , la guerre n'étant pas déclarée.

(1) Ce prince, en les congédiant par an acte du mois de juillet 1488, dit ou* t> ayant égard aux bons et loyaux services faicts r par lesdits de Met*, et au grant et bon vouloir qu'ils ont envers *) nous , et à ce que leur cité est frontière de France , et d'autres

T> tenant parti contre nous et à la grant charge que jour—

n nellement leur convient supporter, tant à la résistance de leurs n ennemis , comme à la deffense d'iceUe cité , nous les avons quitté. . . 9 dés maintenant et pour* le temps à venir, d'icelui service... n

ans* et les préparatifs achevés (i), on déclare la guerre au duc de Lorraine le 28 janvier i49°* Le ducy répond par un manifeste du 1 6 février (2) 7 alors les campagnes étaient en feu* Les Messins dévastaient la Woivre, et les Lorrains commettaient toutes sortes d'excès dans les vallées de la Seille et de la Moselle. Surpris sous les murs du château de Secours, ils éprouvent une san*glante défaite, dans laquelle les Messins font prisonniers le comte de Salm et Gérard d'Harancourt} mais le corps de troupes commandé par le duc lui-même est plus heureux au siège de l'église d'Ancy. Après y avoir perdu plus de cent cinquante gentilshommes , il prend d'assaut cette forteresse le 16 février 1490, et fait passer au fil de Tépée et la garnison et les habitans qui s'y étaient réfugiés. Les femmes seules furent épargnées ( 3 ). Les gens d'Ars , effrayés de cet acte

de barbarie , brûlent eux-mêmes leur église et tout

(1) Il y avait alors dans les coffres de la ville 10,935 fr. On retira du lombard ou mont— de— piété' 348 marcs d'argent pour battre monnaie. Le marc d'argent valant alors 7 fr. , ils produisirent ?436 fr.

(a) René II accusa, dans ce manifeste, les Messins d'avoir tué auprès de Gorze trois ou quatre lorrains, d avoir détroussé auicuns marcliands, enlevé ses convois de sel, (*) et fait, en, par s a varans toujours de mal "en pis, plusieurs et gtiefs dont— maiges sur lui et ses paulvres subjels*

(3) Les Messins furent si affligés du massacre des gens d'Ancy, qu'ils en prirent le deuil, et que le premier mars on leur fît un service dans toutes les églises.

(*) En 1493 , lea Bleasins Tendirent pour 38 00 Jir. 1$ a. 494* quintaux d« »•! arti'iU araitmi taltvtfa au dtfc dt Lcuraiot.

ce qu*ils y avaient renfermé pour ne laisser tombe* rien au pouvoir des ennemis, et se sauvent à Metz. Le duc de Lorraine établit son quartiergénéral à Sainte-Rufiine, d'où il envoie des coureurs porter le ravage et Tincendie dans les campagnes du Pays-Messin. Tous les villages depuis Pouilly et Verny jusqu'à FAcquenefcy, ceux de Courcelles-sur-Nied , des Etangs, de Glatignyt toute la plaine de la Moselle jusqu'à Talange, et même les vignes de Saint-Quentin, sont brûlés* Les Lorrains ont la barbarie de couper les oreilles à des femmes de Scy, d'en mettre d'autres toutes nues et de les chasser devant eux jusqu'aux portes dé Metz. Les Messins, en revanche 1 dévastent les terres de la Lorraine, du Barrois et de TEvêché (i). Ils brûlent cinq villages auprès de la Chaussée, le bourg de Mars-la-Tour et six villages dans ses environs, vingt sur la Chiers, huit sur la Sarre, quarante-six sur la Nied, depuis Bouzonville jusqu'à Faulquemont, vingt-cinq autour de Sierck; Arry, Pagny, Vaudières sont saccagés, ainsi que Rombas, Moyeuvre, Pierreville, etc. Ils ramenèrent de ces expéditions une immense quantité de chevaux , de bestiaux et de denrées : aussi , quoique Tannée lorraine se fut avancée jusqu'à Moulins et Longeville, la ville était dans rabondance} on faisait des courses au

(i) Au mois d'avril i49°* de Vie réclama vainement

a la cité des sujets de l'évéché, qui avaient été arrêtes portant la double croix ou la croix de Lorraine.

Chainp-à^SeilIej des joutes sur la rivière, on donnait des fêtes, des bals dans la cour de S.1- Vincent, et tandis que les Messins se divertissaient, le duc de Lorraine déplorait la ruine de ses états : réduit à demander la paix, il la fait solliciter par l'archevêque de Trêves son cousin, qui vient luimême à Metz pour appaiser le courroux des Messins} mais aigris par la déloyauté du duc, ils avaient juré la dévastation de la Lorraine , et repoussaient toute espèce d'accommodement. Cependant secondé par 1 evéque de Metz et le marquis de Bade ? par les ambassadeurs de France et de Strasbourg, le prélat parvint à conclure la paix le 18 juin 1490, et le surlendemain il en fit ratifier le traité à Corny par le duc Réné, qui attendait impatiemment dans ce village l'issue des négociations.

Les pertes que le souverain de la Lorraine avait éprouvées dans cette guerre, aussi courte que désastreuse, lui étaient trop sensibles pour qu'il ne cherchât pas tous les moyens de s'en dédommager. Il fit faire des courses dans le pays messin 9 il chercha querelle aux gens de Maizières et dê Semécourt , il soudoya de nouveau les frères Krantz auxquels se joignit Biaise de Flocourt (1). Il eut même recours à la calomnie et à la trahison. D'une

(r) Les eoclésiastiques de Metz ayant donné azile, sur leurs terres, à des Seigneurs dont les Messins venaient de mettre la tête à prix; ils furent menacés d'être déclarés ennemis de la cité, mis hors de Sa protection , et par conséquent d'être proscrits. L'évêque , craignant pour ses domaines et pour ceux de son église, reconcilia lé cierge avec la ville, et rentra lui-même en grâce auprès d'elle en abandonnant le parti du duo son neveu,

part il accusa devant la cour de Rome les Messins d'avoir voulu empoisonner lui, sa famille et son armée (i); de l'autre il corrompit Fun des Treize pour lui livrer la ville, et il osa le réclamer comme son sujet (2). Il fit répandre dans la ville des écrits séditieux, où Ton cherchait à ébranler la confiance

(i) Le 18 airrfl 1491 , ils envoyèrent au pape des députés pouf détruire cette inculpation à laquelle sa Sainteté* paraissait avoir ajouté foi, puisqu'elle leur avait adressé un bref où elle leur reprochait un si noir attentat

(*) Ce magistrat se nommait Jean de Landremont 3 il était dtf paraige du commun* De concert avec Charles du Quennelet son complice, il devait introduire les Lorrains dans la ville par la porte du Pontlfrey, le i5 novembre 149». L'exécution du complot ayant été remisé au mois de janvier, du Quennelet f homme craintif ei irrésolu, én fit la révélation aux magistrats. Landremont fut arrêté" le 10 décembre. On trouva dans ses papiers les titres de la pension* que lui faisait le duc de Lorraine , et il fut forcé d'avouer son crime. René II compromit son honneur et sa dignité au point de revendiquer ce traitre comme son sujet et son pensionnaire. Ses lettres sont des 16 et aa décembre. Quoique pleines de hauteur» et de menaces, elles n'intimidèrent point les Messins qui punirent du dernier supplice leur perfide magistrat. En voici la relation s » Le 5 janvier 149a. .... après le procès lut, on mât Jean de et Landremont sur nn cheval. . . . par tous les carrefours de la ji cité 4 et à chacun carrefour fut huchié (publié) à son de trompe : n Vécir Jehan de Landremont qui ait voulu trahir la cité. On en u fera justice à deux heures .... item à deux heures fuct ledict » Landremont mis en une brouette et menés en la place en Chanv- 71 bre, et mis sur une pareque (échafand) et fut attachiee à une 11 planche tout droict et liés. ... et après fuct vif ouvert f le ventre fi fendu par le maître des œuvres patibulaires , les entrailles tirées ,

Ti lui faisant ostentation de «on coeur après fuct mis en quar-

» tier comme un traisire. n »

Le to janvier on fit une procession générale où tout le clergé et le peuple assistèrent en grande pompe, pour remercier Dieu rU ce qu'a avait ssmvtf la ville.

du peuple envers ses inagisjràts Quoique ces odieuses trames eussent tourné â la confusion de René , les Messins consentirent encore à traiter de la paix qui fut négociée sans succès dans le mois de juin i493j Pa? l'entremise de la ville de Strasbourg et de l'archevêque de Trêves (2)- Le duc de Lorraine était trop ulcéré contre les Messins (3). Au mépris* des traités , il leur avait fermé tous les passages dans ses états (4) ; il recelait toujours les frères Krantz, Biaise de Flocourt^ le seigneur de Landres qui, dans leurs courses, pillaient et brû-

(1) Bans le mois de mal *49ai û répandre dans la Tille de» libelles oà Ton disait aux habitans : d Vous avez en la cité a5 on « 3o compagnons qui se disent vos seigneurs, qui tous pillent , * rongent jusqu'aux os. ... On sont bien advertis de vqstre léautté d et bonté et se voulez tous meure en l'obéissance de M. le duc 1» de Lorraine, Tous serez en paix.... et le trouverez pressé à « vous receptvoir comme un bon prince, n Le peuple et les magistrats n'en demeurèrent pas moins unis.

(3) Les conférences se timUtat à Trêves. L'ambassade des Messins, composée de soixante personnes, partit de Metz en bateau le i5 juin. Ils avaient emmené 7 queues de vin, un bœuf, 7 moutons, 100 poulets, des légumes frais , des cerises, des fraises, du Sucre, etc. Us furent comblés d'honneurs par l'archevêque.

(3) Dans cette assemblée, il fit renouveler contre les Messins » l'accusation d'avoir Voulu l'empoisonner, lui, sa femme, son fils

tt l'éféque de Metz.

(4) Les Messins ne pouvaient même se faire amener les grains des fermes qu'ils possédaient en Lorraine. Ils usèrent de représailles. 11 fut même défendu de rien acheter des Lorrains, qui ne surent que faire de leurs denrées. Ils ne purent même pécher les étangs de Dieuze, de Lachaussée, ettf., faute de débit. Meta était le grand et seul marché de ees provmoes.

laient les villages du<pays messin (i), Plusieurs conférences se tiennent inutilement à Gorze pour faire observer un traité qui n'était exécuté ni de part ni d'autre. Enfin il fallut que Farchiduc Maximilien , roi des Romains , interposât son autorité- Il vint exprès à Metz, le 6 novembre 1492 (2), et il eut beaucoup de peine à appaiser le peuple messin qui était très-irrité contre les Lorrains. Ce ne fut qu'au môis de février de Tannée suivante que la paix faite entre l'archiduc et le roi de France ,

(1) Tandis que le duc René avait à Metz des ambassadeurs pour traiter de la paix, les frères Krantz, dont le père avait été pris et pendu en i48i, lorsque le duc Nicolas voulut surprendre* la ville, colc vaienl et conduisaient en Lorraine le bétail, les chevaux V les grains du pays messin. Us brûlèrent même la Horgne et Mé-~ ckuve. On pendait à Metz ceux de leurs gens qu'on pouvait prendrez Dix d'entr'eux furent brûlés en février i4q3 dans une maison où ils s'étaient retranchés auprès de Hellimer. La tête de Biaise do Flocourt, l'un des partisan» de Krantz, fut mise à prix, ete.

(a) L'empereur Maximilien , après être resté dix jours à Metz,, en partit le 16 novembre pour aller coucher à Raville. Il était accompagné du marquis de Brandebourg, du duc de Brunswic , du landgrave de Hesse et de dix autres seigneurs. On accorda la grâce à cinq condamnés, et notamment à une soreiére.

La ville donna au prince et à sa suite dix— huit bœufs qui contèrent 8 fr. chacun-, 75 moutons- à 11 s. 6 d. la pièce; a5 queues .Je vin à 4 fr. l'une, et i3a quartes d'avoine à 4 s. 6 d. l'une.

L'empereur Maximilien affectionnait les Messinst non-seulement pour les services qu'il en avait reçus en Flandres, mais encore parce qu'ils venaient de lui donner i3,ooo florins d'or en reconnaissance de la protection qu'il leur avait accordée contre le duc de Lorraine. Aussi, pendant son séjour à Metz, il confirma tous les privilèges de la cité ]>ar une bulle du 10 novembre, et par une ordonnance du 12 du même mois, il prit la ville et sa banlieue sous sa protection, et -défendit à ses gens d'armes d'en exiger aucune contribution.

ffhtraîna la pacification de la Lorraine et du Pays $f essin, Cependant les conventions n'en furent définitivement arrêtées et signées que le 20 mai £ 493, à Nancy. Alors toutes les relations de commerce et de bon voisinage se rétablirent entre les deux peuples , et les Messins recouvrèrent la libre possession des terres et des fiefs qui leur appartenaient en Lorraine. Les frères Krantz avaient continué leurs incursions; le duc de Lorraine les menaça de détruire les cbâteaux qu'ils avaient dans ses états , et ils accédèrent à la paix eu septembre î493. Biaise de Flocourt voulut rester en armes 5 mais les Messins le surprirent à Lucy 7 le tuèrent et firent pendre son écuyer à Metz. Bernard , bailli de Luxembourg , sous prétexte de se venger des outrages qu'il avait reçus des Messins dans la dernière guerre (1) , envoya des lettres de défi à la cité (a), après avoir dévasté avec 4<>o chevaux la rive droite de la Moselle (3). Un mois après des négociations s'ouvrirent à Thionville , mais on n'y put rien conclure. Informé de leur mauvaise issue t

(1) Dans une lettre du mois d'avril 1 49^5 aux magistrats de Metz, SI se plaint d'avoir été arrêté auprès de Thionville , étant à chcval% çt mené en la cité honteusement et vitupérieusement. Il detnaude réparation de ces outrages.

. (a) Ces défiances sont du 24 septembre i493. Je vous fais savoir, dit-il, qu'à l'occasion des emeombrierremens , insultes à moi faictes par les vostres, je veulx estre votre ennemi à vous, de rapine. et hommicide de nuict et de bruit, etc.

(3) Il avait fait précéder sa déclaration par des actes d'hostilité barbares. Il brûla Vigi, Mcrcy, Paouilly, Olgi, Antilly, Chaillyr Ennery et Tremery, villages dont il emmena les habilaus et tout

l'empereur en adressa de vifs reproches à Bernard , le menaça de toute sa colère (i), et le cita devant son parlement à Malines. Màis il était réservé encore à l'archevêque de Trêves de terminer cette guerre par un traité du mois d'avril i49l- Enfin le marquis de Bade , oncle de l'empereur et gouverneur du Luxembourg, fit avec les Messins deux traités , l'un de paix et l'autre d'alliance pour dix ans (2). Ces traités furent ratifiés à Bruxelles, le a janvier 14989 par Philippe d'Autriche ^ fils de Fempereur et père de Charles-Quint. Le marquis de Bade y accéda séparément , pour ses propres domaines , et la ville lui en témoigna sa reconnaissance par une pension de 36o f.

A ces guerres longues et destructives sucçédè-

(1) Dans son mandement daté de Matines le ai décembre 1^93 f il reproche à Bernard sa déloyauté envers les Messins, sa mauvaise foi dans les conférences tenues à Thionville ; il lui ordonne de rembourser aux Messins les dommages qu'il leur a causes, avec le seigneur de Bouseheidt et plusieurs nobles Luxembourgeois, par termes honteux , violens et inhumains»

(a) Ce traité porte crue les babitans des deux pays pourront aller converser , marchander et fréquenter les ungs avec lès autres $ que les différends qui surviendront seront applanis par des commissaires institués à Thionville \ qu'on ne souffrira ni incursions des seigneurs , ni agressions des princes voisins -, qu'on ira mutuellement au secours les uns des autres , savoir : les Messins à trois lieues au-delà de leur pays, et les Luxembourgeois à dix lieues autour de Metz; que le contingent de chacun consistera en artillerie avec six tonnes de pouJdre^ cent chevaulx , deux eént\

hommes de pied bièn enpoingt et enbastonnés , qu'enfin

tfévêque de Metz pourra être çomprins enceste dicte .intelligence, se estre y yeult.

refit enfin plusieurs années de paix que le roi de Sicile voulut vainement interrompre encore, en formant de pouvelles prétentions sur Corny et Jouy , sur les abbayes de Saint-Martin et de Freistroff } mais il n'osa les soutenir par la force des armes , et les Messies , toujours nobles dans leurs procédés , oublièrent ces discussions , pour combler d'honneurs et de présens la reine de' Sicile dans un pélérinage qu'elle fît à Sainte-Barbe, le a mai j4q4 (i%

Peux ans après ils firent une brillante réception à l'empereur Maximilien qui, le 26 septembre 1498 , vint de nouveau dans cette ville avec Télecteur de Saxe, les comtes île Nassau, de Furstemberg , etc. (2). Après avoir juré de respecter les privilèges, immunités , prééminences ... de la cité, ce prince fit son entrée solennelle par la porte de Serpenoise , descendit à la cathédrale où Ton chanta le Te Deum , et alla loger en Paissetemps (3). Là il reçut le serment des magistrats,

(1) La ville lui envoya à Sainte-Barbe cinq pièces de vin, deux bœufs, a5 moutons, a5 chapons, de» pigeons, un chevreuil, 700 livres de pain, 5o quartes d'avoine, une coupe d'argent doré du poids de quatre marcs et contenant 4<>o florins d'or , monnaie de Meta: elle fit présent à la sœur élu roi d'un porte-feuille d'or garni de perles, de rubis et d'autres pierreries. Ces libéralités inattendues déterminèrent les deux princesses à «nir passer trois jours à Meta, où on leur donna des fêtes.

eur était monté sur un cheval gris et portait une rs noir : il était accompagné d* 60 écuyers et de

fournit pour la maison de l'empereur et des princes dix-huit queues de vin , dix-huit bœufs , 78 moutons et i3o, quartes d'avoine. Elle lui fit don de douze tasses d'argent doré du poids ét trois marcs chacune, à 12 fr< le mars»

Digitiz

et déclara hautement « qu'il sçavàit que de tout » temps les Messins avaient virilement et avec la » seule puissance de leurs bras , soutenu et dé~ d fendu leur cité souvent et diverses fois à, Ten- » contre de plusieurs haults princes et seigneurs, * sans yi épargner .corps ne puissance y ne che- » vance, et qu'il était certain que içeulx nobles » citains procréés de nobles lignaiges et p^i^ » ges (i) en avoient esté de tout temps gouver^- » neurs et recteurs , quant au régime , adminisr » tration totale de justice et auJtrement 5 et avoient » esté par ses prédécesseurs et par lui tenus et » réputés vicaires nés de l'Empire, »

L'empereur , pendant les dix jours qu'il restg* dans cettç ville, reçut des ambassadeurs d'Alphonse roi d'Espagne, et de Louis Sforce, duc dé Milan. Il dépouilla Robert de la Marçk de sa seigneurie de Florange , parcequ'il avait prit parti pour le roi de France , et donnj* cette terjç

(i) Les familles de paraiges qui, comme on le sait, étaient seules appelées aux premières magistratures de la cite', s'étaient réduites des deux tiers en moins d'un siècle. Ou yoit , par les listes qui sont conservées, qu'en i^e6 elles étaient au nombre de 33i*,en i43o, de 33a; en i j^cinq ans après le siégé de Charles VII, de 125 seulement, et enfin en i4<P^ après les longues guerres contre la Lorraine, H n'en restait plus que 106. Les autres avaient sans doute péri dans les combats. Aussi par une ordonnance du mois de septembre de la même année , oh fut obligé de réduire le nombre des magistrats , parce que dans les ramilles privilégiées il ne se trouvait pas assez de personnes en état d1en remplir l'office. En i4^9? àn vit un enfant de douze ans revêtu çte Téchevina^

A Jean de Vy, seigneur attaché aux Messins Le i .er octobre , il eut sur le pont de Moulins une entrevue avec René, duc de Lorraine, et avec des ambassadeurs du roi de France (a), Enfin le 4 octobre, il partit de Metz pour Thionville, emportant 6000 florins du Rhin que la ville lui avait prêtés (3). L'empereur, pour témoigner auic Messins sa satisfaction du bon accueil qu'il -en avait reçu , leur expédia de Mayence, le 26 octobre, une dispense de contribuer aux frais de son couronnement (4).

(1) Ils demeuraient alors tous deux à Metz. Mais les Messins ue s'occupaient pas de leurs démêlés. Robert de la Marc partit aussitôt pour le Luxembourg où , en dédommagement de la prise de Florauge, il ravagea les domaines de Jean de Vyv Mais les familles de ces deux seigneurs restèrent à Metz en paix et dans la sécurité. ,

(?) La ville envoya à Moulins, pour les gendarmes , deux queues 4e vin, et pour la collation des princes, douze tartelettes au sucre et six livres de dragées.

■ (3) Pour fournir cette somme, la ville vendit les grains amassés sur ses greniers, savoir: le bled à 10 sous la quarte et le me'teil à G sous. Il fallait qu'elle en eut d'énormes quantités. Les Messins aimaient mieux faire des prêts à l'empereur, quoiqu'ils fussent assurés de n'en être jamais remboursés, que de se soumettre à des contributions dont ils se prétendaient toujours exempts. En recevant ce prêt de la ville avec une sorte de reconnaissance, il jeta sur Je clergé une imposition de 4<>oo florins.

(4) Cette dispense fut achetée chèrement, car elle fut à peint expédiée, que Maxirailien demanda encore aux Messins 3ooo fl. pour rembourser une dette qu'il avait contractée envers les Strasbourgeois. Il avait déjà reçu des Messins i3,ooo fl. du Rhin en 149a, 7000 en i495 1 354o dans son précédent voyage. Pendant qu'ils faisaient de si grands sacrifices pour s'entretenir dans les bonnes grâces de ce prince, à qui l'histoire reproche beaucoup d'avarice, ils n'en donnaient pas moins des marques d'attache—

L'indépendance de cette ville , sa neutralité dan$ les guerres de France et d'Allemagne , la richesse 4e ses habitant, l'activité de son commerce (i)f fies mœurs hospitalières , un goût vif pour les plai-^ $irs et pour les divertisseraens de tout genre (2) t y attiraient sans cesse une foule d^trangers (3) s

ment à la France. Dana la ligue offensive qu'il» firent avac Tarchiduc d'Autriche, en 1498, ils en exceptèrent le roi Charles VIKt et lorsque ce prince mourut , ils lui fireut un service solennel dans la cathédrale.

(1) Plusieurs tarife publies alors sur la valeur des monnaies étrangères y attestent que celles de toutes les puissances de l'Europe avaient coursa Metz, que par conséquent son commerce était, très— étendu.

(a) Les tournois au Champ-à-Seflle , les joûtes sur la place du Change, Us Mistères, les mascarades étaient les divertissemens favoris des Messins. Ces spectacles se terminaient toujours par un banquet dont les dames faisaient l'ornement, et par des bals qui duraient toute la nuit. Les Messins n'étaient pas alors étrangers m la renaissance des lettres 1 puisqu'au mois de janvier tSoi t ils jouèrent à l'évéché une comédie de Térence. La représentation en rut troublée par les gens du quartier d'Outre— Seille, parce que, dit la chronique, ils étaient moins familiarisés avec là langue latine. Dans le i5.« siècle, on faisait à Meta beaucoup de chansons et de ballades.

(3) Leduc de Suffolk, premier amant de Marie d'Angleterre, avait suivi en France cette princesse, la femme la plus accomplie de son temps , lorsqu'elle vint épouser Louis XII en troisièmes noces. ITosant rester à la cour de France, ce seigneur se retira à Metz, et c'est de— là qu'il partit le a 3 février" t5i5 pour aller épouser Cette jeune et belle veuve du roi. Leur mariage demeura secret jusqu'à ce que Henry VIII l'eut approuvé. Aussi à peine ava^t-il conclu t

2 ne le duc se hâta de revenir à Metz, où il resta six ans. K se t construire un hôtel dans la rue de la Haute— Pierre. Il aimait beaucoup les courses de chevaux, et ns fut pas, pendant cette longue séparation, très-fidèle à sa royale épouse, témoins les avan— tures galantes que nos chroniques racontent de lui , et notamment avec 1* femme d'un apothioeire de Founurue.

qui d'ailleur* étaient protégés par une police yi-r pilante et ferme (i).

Non seulement les abbés de tous les grands monastères de Tévêché avaient à Metz leur hôtel, où ils habitaient presque toute Tannée , mais encore un grand nqmbre de seigneurs y tenaient leur maison (2). La plupart d'entre eux se faisaient un d1être au service de la cité, tels que le î, les comtes de Salm et de Linange, Robert de la Marck , prince de Sedan (3). La ville

s'étendait jusque sur les filles pobliques. Un» du 6 juillet i493 les relégua en Angle— Mur (au haut du Heaume ) et leur défendit de paraître aux fêtes do la dte* ni aux danses dans les église». Une autre régla la manière rde* éuient antnrisées à en trafique, La garni** à une exacte discipline. Dans les règlement qui les soldoyeurs, les arbalestriers , les couleuvrisnicrs , larque des dispositions singulières . tels qu'une amende de contre celui qui aura maudi Dieu, et de cinq sou»

contre celui qui aura parlé ribaudisc , et une amende arbitraire , révàé les secrets de la compagnie.

portaient une robe rouge, nnance relative au guet de nuit, prescrivit de nonnes autions. 11 était recommandé aux patrouilles, i.° de voilier qu'aucun habitant ne parcourût les rues sans lumière, après la retraite sonnée ; a.» de les conduire chez eux s'ils ne font point et de les mener à i'hôtel-de-ville , s'ils avaient de» défense ; 3.° d'accompagner gracieusement à leur logis qtfils rencontreraient i 4*° ne rompre nuls huys

aveo le comte de Linange et de Forbach sont, 1497. Ceux de Robert de La marck et du comte fils sont du 3 avril 1497. Ils avaient déjà servi dernière guerre contre le duc de Lorraine. Il» famille Baudoche et achetèrent, en 1498, de Coppart pour i5oo fr., la maison de la Joyeuse-Garde, Cest là qu'«t aujourd'hui le jardin

av^it alors un ét*t militaire respectable. lndépen-* danament de ses fortifications et de ses hautes murailles , elle faisait eutretenir par les corps et piétiers trente-sept tours dont on retrouve encore des vestiges sur les anciens remparts. Diaprés un; inventaire fait k la fin du i5,e siècle, il y avait sur çes tours et dans les magasins de la ville, vingt bombardes, quarante-huit serpentines, deux cent cinq coulevrines, cent cinquante -quatre arquebuses , cinq mille deux cent soixante livres de poudre , trois mille cent trente livres de salpêtre 7 et douze cent soixante-dix livres de souffre. C'était beaucoup pour un temps ou l'usage des bouches à feu était encore peu commun, Aussi tous les grands personnages qui sans cesse passaient à Metz , ne manquaient pas de visiter ses arsenaux, et d'admirer sa nombreuse et belle artillerie. La cité leur donnait ainsi une haute idée de sa puissance , en même temps qu'elle leur offrait libéralement tout ce dont ils pouvaient avoir besoin : elle ne souffrait pas qu'ils payassent rien de leur dépense (i). Cette générosité bien connue des Messins fit choisir leup ville par les ordres religieux , pour y tenir plusieurs chapitres généraux 5 il y en eut quatre en 1 ■ ■ 1 1 1 » ■ ■ — — . - ■

- (1) Il n'est pas une année ou les comptes de la ville ne fourmillent de dépenses faites pour recevoir les princes, seigneurs % envoyés, ambassadeurs, légats ou nonces qui passaient à Metz. Les magistrats étaient même si attentifs à se concilier la bien-f veillance des princes, qu'aussitôt qu'ils eurent appris, en novembre •5o£, l'arrivée à Luxembourg de Philippe d'Autriche, avec qui ils avaient fait, en 1498, un traité d'alliance, qu'ils lui envoyèrent «les députes pour le complimenter, et lui présenter une coupa d'argent doré contenant bo* florins d'or messins»

frnoins de dix ans , deux des pères de l'Etroite Observance et deux des Frères Prêcheurs. Les habitans ne laissèrent manquer de rien ces bons pères (i). Au dernier de ces chapitres qui se tint en i5ii, assistèrent vingt- deux docteurs, cinquante-trois bacheliers, etc. Quoique ces assemblées solemnelles comptassent d'habiles prédicateurs qui annonçaient éloquemment la parole de Dieu,, attiraient la foule à leurs sermons, et disposaient le peuple à la pie'té, il né paraît pas qu'elles eussent rendu les hommes meilleurs, puisque Ton voit, dans les chroniques de ce temps, tantôt un prêtre assasiné chez une fille, tantôt une fille morte dans la céluled'un moine , tantôt un chanoine enlever une jeune veuve , et un soldoyeur débaucher à un prêtre la fille qu'il entretenait (2). Ces anecdotes qui ont été recueillies, parce qu'elles avaient eu un scandaleux éclat, font supposer une foule d'autres déportemens. Les mœurs des laies étaient également dissolues, témoins les dissensions qui s'introduisirent dans les inénages et multiplièrent les divorces. On vit une riche bourgeoise prendre successivement quatre maris , une autre accuser le sien d1impuissance, après sept ans

de mariage. Le procès dure quatre ans : enfin la cour de Rome le termine en faisant acheter à cette

(1) Les pères du premier chapitre furent loges et nourris par quatre simples, bourgeois de la cité.

(3) Voyez les annales do Metz déposées à l'hôtel- de-ville , pages £►09, 5ïo, 545, 563, 587, 5^5, 6a5t 625, 658. On n'ose racon* ter toutes ces turpitudes»

femme pour aooo ducats la permission de fcnoisîè un antre époiii. Ellè obtint cette sentence de Léoù X , à la sollicitation de Févêquë de Liège et de Robert de la Marck, ses deux oncles (i). Sel seconde* noces se firent à Moulins avec unë polcpe vraiment royale.

Si Ton s^arrêtë tità mbmeht à cette époque qui à prétédé de peu d'années et le schisme dont Péglisë a été affligée èt la reddition de Metz à la Fraûcéj on Verra d'une part dés magistrats avides trafiquer des emplois (2) et ne considérer les dignités qu& comme un moyen de s'enrichir ; des citoyen* puissans s'affranchir de Patutorité dés lois* et soutenir j à main armée , leurs injustes prétentions (3) } de

(1) Les chronique* déplorent ainsi ces temps de désolation. t> Et » ne voyoit— en en justice temporelle et Spirituelle qne cas pouf n estre divorces. de cent mariages, y en avoit pas un qui se

* portât bien aultres furent si descourages qu'As laissaient

n leurs fiancées, ou les fiancées leurs é^toux , avant qfite les nopee*

* furent faictes. Aultres (enoïerit ménager sept ou huit jours, puis* ti Fabandonn aient , et y en èut aulcuns qui tinrenc leurs propres n femmes, t

(3) En *5t8, Etienne d'Àrras, pérè cordettety prêchant le carême S Metz, eut un si grand nombre d'auditeurs * que la cathédrale même ne put les contenir : on allait entendre ses sermons sur 1* pkee Saint-Louis. Un jour il tonna avec tant de réhemence contre la cupidité des magistrats qui vendaient les charges, d'où naissait une foule de mortgeries et de roberies, qM fut atourné, le 39 mars, qu'elfe* se donneraient toutes franches et quittes selon la moutume ancienne. Mais cet atoux ne s'exécuta pas.

(3) En i5ai , François le Gournay, dont la nombreuse famille fêtait emparé des principales magistratures, se mit sous la protection de l'empereur pour secouer le joug des lois municipales. Vannée suivante , Nicolas Dex , mécontent d'une sentence de*

l*antrè , lés IîëDS de la discipline ecctésia&iiqùê relâcher par la longue absence des prélats (i), el la haine du peuple se déchaîner contre le clergé dont I'aVare opulence excitait FenVife (à) $ enfin l'usage singulier de donner des bals publias dan* les églises (3) ^ et le jeu des mystères , spectacle

treize , forme le projet criminel de la faire casser par la fore* des armes. H suscite des «menais à sa patrie 4 en Allemagne et en Bourgogne* Il ose demander à chacun de ses juges 1000 fir. d'amende. Les JVeué étaient alors réduits à quatre*

(1) L'étéche* de Metz était devenu en quelque sorte le patrimoine des princes de la maison de Lorraine. Jean, fils de Reue^ qui avait voulu tant dë mal à la cite ^ avait, des l'Âge de troié ans, succède' à Henry. 11 dissipe, aliène, engage au duc An lotus son frère, plusieurs domaines de Pévéche* tels que RHmbersvillere 4 Moyeuvre, Bacarat. Non-seulement il ne résida pas plus à Metz que son prédécesseur, mais il n'osa même y* entrer qu'une seule fois de nuit et déguisé* Son frète faisant un peTétinage à Sainte-Bai-be, ne fut point reçu dans la Tille-, mais l'un des maV gistrats, Claude Baudoche, lui donna une fête brillante dans son château de Moulins, tandis que la duchesse de Lorraine, Barbe de Bourbon était logée et accueillie à Mets avec la plus haute distinction. Les Messins lui firent présent d'une coupe d'argent "doré, richement travaillé, d'une émeraude trouvée dans le tombeau de fevéque Jean d'Apremont et (Tune bague enrichie de diamants. Ils donnèrent au duc François de Lorraine, gui accompagnait cette princesse , une bourse de soie contenant 4o florins de Metz^et tin beau cheval du prix de 80 florins. Cest ainsi que les Messins savaient être grands, nobles, généreux , non moins que vigilan* €t attentifs à la sûreté de leur pajs,

(a) Le clergé regorgeait de denrées et d'argent Dans Finveu— taire d'un abbé de Saint-Symphorien , dont on se disputait 1* soc-** cession, on trouva 40,000 quintaux de hled^ et l£ reste dans de» proportions aussi énormes.

(i) Le règlement sur les fiUes publiques, daté du 6 juillet ifâi , leur défend tT aller à nul féte ne à nulle danse au moustier. Donc on dansait dans les ^giiau>, et c'était *u*T-tout aux fêtes patre-uait*.

ou plutôt farce religieuse dont il paraît que le$ Mes-* sins étaient très-avides (i), et qui étaient loin d^ns^ pirer du respect pour les choses saintes , toutes ces* causes réunies dépravèrent les mœurs et firent tom-» ber la religion en discrédit. À ces desordres se joignirent de grandes calamités. Des maladies pestilentielles afïl igèrent la ville en 1 499, en 1 5o8, en 1 5 1 7 et en i5i8(a)} des inondations extraordinaires firent écrouler les fortifications i enlevèrent des* ponts e% causèrent d'immenses dégâts dans les quartiers bas

Les Messins faisaient de tout un sujet Je divertissemens La plu*-» part des processions même qui étaient si fréquentes et si nombreuses dans cette ville, n'étaient que des spectacles, des amuse—semens publics où le peuple faisait éclater plus de joie que de dévotion. Nos annales en font foi.

(1) Nous avons vu* plus haut que les premiers mystères furent joués à Metz. Le grand jeu de Ta passion y fut représenté longtemps avant que de l'être à Paris. Le goàt pou* ces sortes de spectacles se -soutint dans cette ville: on compte parmi les auteurs et les acteurs, des secrétaires de la cité, des notaires et des ecclésiastiques. La liste de plusieurs de ces mystères est parvenue' jusqu'à nous. On y trouve l'Apocalypse, le miracle de Sainl-Michel,' le jeu de Sainte-Barbe, le miracle de Sainl-Nicolasde Bar, l'histoire; de la Sainte-Hostie , le jeu de la reine Esiher , le mystère Je là Fausse langue, la patience de Job, le sacrifice d'Abraham, etc.

(a) La peste de 1^99 fit périr plus de ^000 personnes. On a xonservé, jusqu'en 1790, dans l'église de Saint— Clément ,.un calice donné par la ville en reconnaissance de ce que la peste avait cessé par l'intercession de ce premier évéque de la cité. On lisait sur ce vase sacré : donné par la cité à Monseigneur Saint-Clément y, l'an i5oi.

Dans la peste de r5o8, les Messins furent repoussés de par-* tout , tant on redoutait la contagion. On fit des processions depuis, Pâques jusqu'au 8 octobre pour faire cesser ce fléau; et pour dissiper la mélancolie des habhans, les magistrats établirent plu-* sieurs jeux de quille à chaque porte de la ville.

de la cité (i). Ces désastres , en affaiblissant la puissance des Messins , les exposèrent aux insultes des seigneurs de la frontière. Jean de Hettange fit des incursions jusques àTalange; Mathias Gisel, vassal du comte de Linange , arrêta les députés envoyés par les Messins à la dicte de NuVemberg(2); Pierre Stouffroy, dit Burtal, citoyen de Metz, prétendant que la ville l'avait frustré d'une succession (3) , osa

(f) Dans les remontrances adressées par la ville le a* juillet 1507, aux Euis de l'Empire assembles à Constance , elle représente qu'elle avait vt soutenu de grans pertes et dommages par w les grans fluees d'yaues qui ont été depuis peu de temps en ça, u lesquelles ont ruynées et abattues certains grans pans de mu— ft railles, ponts, portes et aultres fortifications en plusieurs lieux. i> Dans la supplique du même jour à l'Empereur , la cité ajoute qu'elle a

tt soutenu de grans guerres sans avoir ayde ne assistance

•è de l'Empire par quoi les citains se sont dénues de leurs

u meubles et joyaux , et ont été contraints emprunter en plusieurs u lieux; qu'ils sont amoindris de peuple, et ont perdu de grans 7) personnaiges et tombés en grant poureté. t>

(a) Les Messins dénoncèrent cette violation du droit des gens à tous les princes d'Allemagne et à la diète de Worms. Le comte Emic de Linange s'en inquiéta peu, et écrivit, le »4 août i5oi, aux Messins , que si la rançon n'était pas diligemment envoyée , Ion ferait tels exploits des prisonniers qu'ils pourraient perdre la vie et recepvoir m9rt.

(3) Dans sa lettre de défi il déclare aux Messins que » pour ce que <» vous et les vostres avez détenu et détenez par force et à tort 7) le mien, je deffye vous , les seigneurs et toute la communauté. . . y> en pillant, bruslant, tuant, emprisonnant, rançonnant de nuict, i» le soir, comme se pourra faire, et par ce, veulx saulyer mon d honneur, -n Stouffroy avait sans doute perdu ses droits de cité et peut-être même d'hérédité, en se faisant le vassal d'un seigneur étranger. D'anciens atours portaient que tout citoyen qui allait en guerre sans le vouloir de la cité, devait emmener femmes et en/ans. Il cessait donc d'être Messin, dès-lors qu'il s'engageait au service d'une -autre puissance.

dévaliser, sur les hauts chemins $ près de Kaiserlautern , les marchands de la cité qui revenaient de la foire de Francfort. 11 transmit ses droits à Philippe Schluctérer, seigneur d'Effenstein , dont il se dit le vassal* Ce seigneur se déclara ouvertement contre les Messins (1), et vint, le 5 octobre 1 5 1 \ , avec trois cents chevaux et un corps d'infanterie piller et brûler plusieurs villages , tels que Silly, Maizery, Puxe, Ogy, Glatigny , Mont, etc. Au lieu de recourir à la force des armes pour réprimer l'insolence de Tennemi , les Messins le citèrent à la chambre de TEmpereur. Schluctérer désobéit aux ordres de son souverain} il refusa aussi d'accéder aux accommodemens proposés par l'archevêque de Trêves \ enfin il est mis au ban de l'empire , et n'en est pas plus intimidé. Alors les Messins se voient obligés de prendre les armes : ils mettent en campagne, au mois de septembre i5i5 , huit cents piétons, ^00 hommes de cavalerie et huit pièces d'artillerie volante (2}. Cette petite armée fit respecter leur territoire; mais au mois d'octobre i5 17 Schluctérer revint avec 700 chevaux darre le Pays Messin. Il n'eut que le temps de brûler à Berlize trente maisons dont il vendit

(1) Philippe de Schluctérer réclama, par son manifeste, an nom de Burtal-Stouflroy , deux moulins , l'un à blé et l'autre à papier, des biens d'un produit de 19000 fr. , une part dans la halle en Cfiambre , un cens sur l'autel d'une maison sur la montagne à Chaussine, prés de Valliére, etc.

(a) Il parait certain, d'après cette es pression consignée dans nos annales, que les Messins se sont servi de l'artillerie légère près de trois siècles avant que l'usage n'en fut établi en Europe.

le butin à la foire de Longeville-lès-St.-AvoIdt. Sur ces entrefaites, Pierre Burtal, auteur de cette guerre , ayant été tué par le maréchal ferrant d'Ennery , qui voulut , par ce coup hardi , racheter une • faute qui lavait fait bannir du Pays Messin, Schluctérer résolut de venger sa mort : il appelle à son secours François de Seckingen , seigneur Alsacien et son cousin (i). A leur approche tout fuit à la ville : laffluence est si grande aux portes , qu'à peine on peut y pénétrer. Il ne reste dans les villages que* les vieilles femmes pour éteindre le feu (2).

Les ennemis s'arrêtent aux Étangs. De-là Schluctérer envoie, le 29 août i5i8, demander réparation de la mort de Burtal , et Seckingen adresse ses lettres de défi. Quoique leur armée soit forte de 1 2000 hommes d'infanterie et de 25oo chevaux, ils ne veulent que rançonner le pays , et demandent une somme d'argent considérable ; mais pen^dant que les Messins effrayés délibèrent et accusent l'imprévoyance de leurs magistrats, Seckingen pille et brûle les Etangs , Glatigny , Beux , Do-

mangeville, Sorbé, Laquenexy, Montoi, Failly , i . »

(1) Seckingca avait été attaché à la France, mais à la mort de Maximiiien , Robert de la Marck attira ce seigneur dans le parti de Charles — Quint, et comme il jouissait d'un grand crédit en Allemagne, il contribua puissamment à l'avènement de ce prince au trône impérial que François I.cr lui disputait. Seckingen devint ensuite un des plus zélés partisans de Luther. Il fit une guerre sanglante aux princes ecclésiastiques. Enfin après une longue suite d'aventures , il fut pris dans Neustadt où il s'était renfermé.

(a) Les annales rapportent qu'il entrait à la ville plus de 1800 voitures par jour. Un y avait réfugié tant de monde et tant de bestiaux, qu'aussitôt il s'y déclara une maladie pestilentielle.

tt arrive devant Metz je o septembre. Il campe sur la côte de Desirémont , où est maintenant le fort de Beliecroix. Il y dresse une batterie qui tire sur la ville sept coups de canon , sans faire aucun mal 5 mais l'artillerie de la ville , placée auprès de Ste. Ségolène, incommode beaucoup les ennemis, et pense tuer Seckingen lui-même. Enfin, le 7 septembre , le comte de Salm et Jean d'Helmestadt procurèrent la paix à la cité qui Tacheta fort chèrement , puisqu'il lui fallut compter 34,ooo florins du Rhin à Seckingen et à Schluctérer , indépendamment du butin qu'ils avaient fait dans la campagne (1). Seckingen conduisit de-là ses troupes dans la. Hesse , où elles firent de grands ravages. Trois ans après , il vint dévaster Pélcctorat de Trêves, menaça encore les Messins, parce qu'ils avaient secouru l'Archevêque ; mais il ne pénétra point sur leur territoire. Dans le même temps, la ville fit mettre au ban de l'empire Enrich de Linange et Volfstuber qui , occupant les défilés des Vosges , détroussaient les marchands , et souvent même les enfermaient dans Je château de Dasbourg (2) ,

(1) U avait établi à Sainte— Barbe une foire ou se rendait le butin et les bestiaux que prenaient ses troupes» Les Lorrains y accouraient en foule, et l'abondance de toutes choses étaient si grande &as cette foire , qu'un mouton s'y donnait pour six deniers.

(a) L'arrêt du parlement impérial est du 39 octobre i5aa. Dasbourg est un château situé sur un rocher très-escarpé aux confins de la Lorraine et des Vosges. Les seigneurs allemands se.per— * mettaient alors tant de brigandages, que dans une diète tenue à Spire, on convint d'envoyer vers l'empereur , qui était en Espagne r quatre députés des principales cités de l'Empire, c'est-à-dire de Mets, de Strasbourg, d'Auabourg et de Nuremberg, pour lus

fl'où ils ne sortaient qu'en payant une forte rançon. Enfin Darnuelle , simple gentilhomme lorrain , osa se présenter devant Metz , et il en coûta plus de 10,000 florins d'or pour le repousser.

Ce n'était pas assez pour les Messins d'être sans cesse harcelés , dépouilles par une foule de seigneurs qui, en vrais partisans, profitaient des troubles de l'Allemagne et de l'absence de l'Empereur pour se livrer à toutes sortes de brigandages (1) ; il leur fallut encore résister avec prudence et ménagement aux ordres des Empereurs qui , sans égard à leurs immunités , voulaient leur imposer des contributions (2). Us avaient habilement éludé les prétentions de Maximilien ; mais Charles -Quint, quoiqu'il eût formellement reconnu leurs privilèges par une charte du i5 février i52i 3 les fit néanmoins cotiser dans la diète de Vorms. En vain ils représentèrent que leur cite était au nombre des trois villes franches d'Allemagne (3) : l'Empereur ne voulut rien entendre f

demander la répression de ces désordres. Le député de Metz fut Philippe Dex. U partit le a3 mai i5a3 , arec une suite de six personnes, un secrétaire, un seldoyeur , etc. fl ne revint que It premier octobre, et son voyage coûta 7000 florins à la ville.

(1) Dans leurs remontrances de i5ii , U se plaignent * d'avoir * été pillés par les seigneurs Rémade, Schmetbcrg, Morhem et \ anltres, sans que Messieurs de la cité ne leur sçussent chose estre tenue à eulx que tout amour et plaisir. ■» , dans son traité de jure imper ii romano-germardei, Meta se fondant sur sa longue indépendance et sur sa i, n'avait jamais voulu contribuer aux charges do

(3) Las trois villes franches du premier ordre dans l'Empire d'Allemagne, étaient Meta, Augsbourg et Aix-la-Chapelle- Elle* étaient exemptes de contributions. Hifi. univ. ttroe 4o, page 33.

et les taxes furent maintenues; mais on ne donna que des à-compte et toujours en les qualifiant de dons volontaires.

Ces contributions souvent répéte'es pendant les guerres que l'Empereur eut à soutenir contre les Français et contre les Turcs , le passage continuel des armées dans le Pays-Messin dont les canv» pagnes souffraient beaucoup , malgré la neutralité } la ruine du commerce qui n'avait plus ni protection , ni sûreté 5 les discordes causées par la nouvelle doctrine (1) 5 le refus fait par le clergé de partager les charges publiques dans des circonstances aussi pénibles; de nouvelles inondations qui renversèrent les murailles à peine rétablies , sur-tout à la porte des Allemands (2) ; toutes

(1) Luther prêchait déjà depuis six ans en Allemagne, lorsque ses opinions s'introduisirent à Mé\z. Les premiers qui osèrent les professer furent punis du dernier supplice; mais le peuple avide de nouveautés se mutina : plusieurs séditions éclatèrent dans la ville. On pilla, on démolit même les maisons des abbés, des chanoines, sous prétexte que, malgré le haut prix des grains, ils teuaient leurs greniers fermés. L'abbé de Saint— Martin et celui des Antonistes furent les plus maltraites dans ces émeutes. Le premier, dans une requête qu'il présenta aux magistrats, réclamait trente-six pièces de draps de Paris, dix pièces de draps de soie, une bibliothèque de vingt-cinq volumes, etc. ' .

(u) Dans une lettre à l'Empereur datée du 8 août i5q7 , les magistrats disaient : -n 11 est arrivé à la cité une grosse playe : par •n grosse aflluence d'eau , est tombée une tour avec une grosse t portion de la muraille de la cité, prés de l'une des principales y\ portes, nommée la porte des Allemands, et là où la cité se fiait r> le plus, laquelle rectification ne sçaveroit estre refait* pour •n 40i°°0 ff.i'et fault que 1a cité y face besoigner jour et nuict, B afin que les emalateurs du Saint-Empire n'y puissent conspirer. »

tes causes réunies augmentèrent encore Tappauvris-

sement de la ville. On remarque en effet, dans

les diverses remontrances qu'elle adressait alors,

soit aux diètes de Vorms, de Nuremberg, d'Augs-

bourg , etc. , soit à l'Empereur lui-même , que la

ruine des campagnes était si grande que des fermes

d'un revenu de 200 florins, n'en produisaient plus

que 80 ; que les marchands étaient chaque jour

dévalisés sur les haults chemins (1) ; que la cité

était menacée d'hérésie, et qu'il était expédient

denthretenir gros nombre de soldats pour tenir

le peuple en craincte (2) 5 que toutefois on avait

besoin de ménager le peuple , parce qu'exempt

d'impôts , il se soulèverait s'il était taxé (3) } que

le clergé avait le tiers des biens (4) ; que les plus

riches bénéfices ecclésiastiques étaient possédés par

des étrangers qui en dissipaient au loin les reve-

(1) On voit par les doléances de i5js6, que les Messins fréquentaient toutes les foires d'Allemagne, et qu'ils souffraient beaucoup de ne pouvoir y commercer.

(a) Ils prirent à leur solde le sieur de Manderscheidt, prince de Neufchàtel, pour contenir les novateurs qui, dés Fan i5a4i avaient, malgré la prudence des magistrats, obtenu du crédit à Metz.

(3) tî Est à douter* que si on taillait le peuple , ce que ne fut •n oncques faict, que Ton ne l'émeut à soi mutiner, que pourrait t) causer un grand inconvénient dans FEmpire. ( Mémoire adressé n à l'Empereur en 1S1X. ) Ce ne fut oucques la coutume en icelle

i> cite' d'imposer le peuple pour quelque nécessité et serait

n à craindre que, pour demeurer en leur liberté, qu'ils ne scr— « chassent ayde des luthériens. Mémoire de i5j6. -n

(4) Un mémoire de i5ai dit s -n Les gens d'église sont pour 1«

•n présent estimé le plus opulent et riche état de la cité

> ils occupent plus de la troisième partie des rentes et revenus •n du dedans et du dehors de la cite', et ne tiennent point d'état » que à assembler et accumuler deniers. r>

nus , et qui même en faisaient un honteux trafic ( i ). Aussi une députation envoyée vers l'Empereur à Cologne, en i53r, fut chargée de demander que les annates et les revenus des bénéfices vacants fussent employés à l'entretien des routes et des édifices publics.

Malgré le mécontentement des Messins contre le clergé , malgré l'absence de leurs évêques qui abandonnaient le soin de leur diocèse à des sufïragans (2) , la ville n'en demeura pas moins fidèle à la foi catholique ; et quoiqu'un assez grand nombre de ses habitans eussent embrassé le Luthéranisme (3) , elle refusa cependant d'entrer dans la ligue de Smalcade; et lorsqu'en i538, dans des journées appelées citoyables , tenues à Francfort et à Esselingen, les villes impériales résolurent de se confédéré r pour s'opposer aux factions et pr<i-

(1) ti Souvent ils admodient les églises et les biens d'icelles, ■n et emportant les deniers d'iceux bénéfices hors du pays, dont D les églises en sont arruynées, les biens dissipés et détruits, et n les églises avec leurs appartenances laissées à qui plus, cemmc D des moïtresses au gros vitupèrent de Dieu et au dc'triment du y bien public. Mémoire à l'Empereur, du 4* janvier l53o. t\

(a) Jean de Lorraine qui, à l'âge de 3 ans, était devenu coadjuteur , n'entra jamais à Metz qu'une seule fois et clandestinement : il résigna, en ,1529, son évéché à Nicolas, son neveu, qui n'avait encore que 5 ans, et il lui restait encore trois archevêchés, cinq autres évéchés et six abbayes. Son neveu qui ne mit jamais le pied à Mets, ayant renoncé à l'état ecclésiastique pour se marier, transmit, en i5j8, l'évéché de Metz à Charles de Guise, surnommé le grand Cardinal, archevêque <!• Rheims, etc. etc.

(3) C'était lur-Hout parmi les vignerons et les marchands que le protestantisme avait fait le plus de progrès. Un chanoine , deux curés et quelques magistrats rayaient aussi embrassé.

tiques qui se feso&ent alors au détriment des art* ciennes libertés des Franches Filles, les Messins donnèrent à leurs députés les instructions les plus sages pour ne point se séparer du Chef de l'Empire (i). C'est ainsi qu'attachés au prince et à la religion , ils ne furent point entraînés dans les guerres sanglantes dont l'Allemagne et la France devinrent le théâtre. Charles-Quint leur expédia des lettres de neutralité. Us en obtinrent aussi de François I.cr (3). Marie, reine de Hongrie et gouvernante des Pays-Bas , leur reprocha d'être trop favorables aux Français (3) 5 mais pour éloigner tout soupçon de partialité , ils envoyèrent , de leur propre mouvement, une somme de i5oo florins à Ferdinand , roi des Romains et frère de l'Empereur, pour «l'aider à soutenir la guerre contre les Turcs (4). Ils eurent le même soin de s'entre-

' (1) En i538, ils chargèrent leurs députes à la diète dé Francfort, de représenter que des alliances ou confédérations pour le maintien des franchises, sont intempestives , imprudentes, et pour-" raient engendrer grans suspicions que si une cité est trop fouUée, elle doit se pourvoir vers l'Empereur, à sa soulde seule, etc.

' (a) lies lettres de l^mpereur sont datées de Bruxelles, le s9 juin i536, et celles de François L«r , de Valence , le a5 août suivant.

(S) Nous sommes avertis, dit cette princesse, dans sa lettre datée de Bruxelles, le 38 mars i538, que vous auriez, par plusieurs fois,, reçu, logé, recelé' et favorise les François et ileeux

conduits secrettement et aussi que aulcuns gentils hommes

hommes de la cité et aultres seraient allé au service du Roi. . . . ee qui. est contrevenir à la foi et léanlté que devez à S. M. comme Empereur*

(4) Dans sa lettre datée de Lmti, le ia juillet i538, il remercie les Messins de ce que , par le temps qui court et qui est très~ ambigu , ils lui ont libéralement et gratuitement envoyé i5oo florins, dont vu l équité et la nécessité de la cause , il m tavmncement pour bien agréa&le*

tenir en bonne întettigence avec le duc de Lorraine , Antoine le bon : ils avait prêté des forces it cet excellent prince pour étouffer la révolte des paysans armés sous le nom d'Anabaptistes (i) , et qui menaçaient ses états de la dévastation et de l'incendie* Il vécut toujours en paix avec les Messins ; a fit avec eux un traité d'alliance offensive et défensive (2) , et quoiqu'il fut oncle de François I.er9 non-seulement il ne voulut point prendre parti contre l'Empereur, mais plutôt que d'attirer la guerre sur son peuple dont il était le père , i! aitaa mieux se soumettre à relever de FEmpire et à payer les deux tiers du contingent assigné aux Electeurs (3). Tandis cependant que les Messins résistaient toujours aux décrets des diètes , aux ordres de l'impérieux Charles-Quint (ff) , il ne paraît

(1) Ce prince fut oblige' de faire violence à son caractère pacifique, .pour opposer une barrière à ces fanatiques qui, après avoir mis en feu la Franconie et la Souabe, ravageaient l'Alsace, et étaient prêts de se jeter dans la Lorraine. Les 16, 17 et 30 mai i5a5, il en fît un carnage horrible à Saverue et dans les environs, après les avoir repousses de Sarreguemines. On porte le. nombre des tues, les uns à s5,ooo, les autres à 60,000 hommes. L'évêque de Spire s'en tira plus heureusement : assiège' par les Anabaptistes, il les décida à se retirer,1 en leur faisant distribuer vingt-cinq voilures de vin.

(a) Le traité est du i5 janvier i533, et IVvéque de Mets, frère du duc, y accéda le 10 avril suivant.

(3) L'acte par lequel il s'impose ce tribut, est du a6 août i543.

(4) On demandait alors à la ville un contingent de 36,ooo florins, d'or pour les frais de la guerre contre les Turcs : elle fit de longues remontrances, et termina par dire que -n Quant ores, il plaira n à S. M. tenir la cité exempte desdictes aydes, , sy est-il raison- •n nable qu'elle lui baille, en don gratuit, quelque bonne ^rosst

somme. 7)

pas toutefois qu'il se soit offensé de leurs refus, puisqu'alors même il vint les visiter , se montra reconnaissant du magnifique accueil qu'il recevait d eux (i) , et leur accorda de nouvelles lettres de

(t) L'Empereur e'uit à Luxembourg. Les Messin* lui envoyèrent une députa tion le 3 janvier iS^i pour l'engager à Tenir à Mets: il répondit que -n combien que ce n'était pas son droict chemin, * néanmoins par la bonne relation que par plusieurs fois faicte r> -lui avait été de la cité de Mets, et situation d'ycelle, il désiroit n de la voir, -n Dans la lettre dont il chargea les députés pour lei magistrats, il s'exprime ainsi: t> Trés-chers et bien amés... nous j) avons reçu vos lettres et entendu les gracieux propos qui nous x ont été tenus de votre part, et nous a été singulier plaisir d'enten- 3i dre la bonne et honnesle volonté qu'avez de nous recevoir, etsuivant r ce fusmes aussi délibérez d'aller vous visiter. y> Le 10 janvier , maigre la rigueur fie la saison , l'Empereur partit de Thionville à cheval et accompagné de sa cour, du duc de Savoie et de l'ambassadeur de France. Le maire de porte Muselle alla à sa rencontre jusqu'au pont de Richemont, où il lui présenta les clefs de la ville. Arrivé à La— donchamps, l'Empereur prêta, entre les mains des magistrats, le serment de respecter les privilèges de la ville. A l'entrée du Pont^-des— Morts , il fut reçu sous un dais magnifique, au bruit de l'artillerie et au son de toutes les cloches, par les notables de la cité et par tout le clergé, revêtu de ses plus beaux ornemens, et escorté de 5oo flambeaux. Le cortège s'achemina vers la cathédrale où l'Empereur fit sa prière et entendit chanter le Te Deum. De là il fut conduit au haut de Sainte— Croix , chez la veuve Rémiatte de Raichecourt, qui eut l'houneur de loger S. M. Une heure après son arrivée, les, magistrats vinrent lui offrir, i.° une eoupe d'argent doré du poids de six marcs quatre onces, et contenant quinze cents florins d'or: a.° cent quintaux d'avoine , six cuves de vin du pays et six poinçons de vin de Baune et d'Ârbois. On lui fit une harangue où l'orateur l'éleva au— dessus d'Alexandre. Charles— Quint répondit vivement : -n Quant à ce que T) vous me comparez à Alexandre— le— Grand , je vouldrois bien que 7) Dieu m'eût fait cette grâce ^ qne, en notre loy, je fusse aussi x vertueux qu'il l'était sous la sienne. Toutefois je me confie en la 7> bonté divine qui m'aidera à bien faire et à fuir le mal, et quant

(ao4)

neutralité dans la guerre qui se rallumait entre lui et François Ier. Ils en obtinrent de semblables de ce monarque (i), et sans partager la haine furieuse

i» au présent que me faites, je l'ai pour agréable. . . . n Le lendemain mardi, l'Empereur donna encore aux Messins une audience solennelle où il reçut leurs secrnens, et reconnut Que, comme vicaires nés du Saint— Empire , ils avaient le régime , gouvernement et administration entière de la justice»

Le même jour, l'Empereur reçut une ambassade du roi d'Angleterre : elle fut logée dans le quartier de la Haute-Pierre.

Le mercredi , après avoir entendu la messe dans l'église des Cordehers, il parcourut la ville à cheval et visita , au bas de Saint-Arnoult, l'arsenal de la ville qu'il trouva très—beau.

Le jeudi matin, avant de partir pour Inspruck, l'Empereur donna une dernière audience aux Messins , qui le remercièrent de ce qu'il s'était détourné de son drokt chemin pour Us venir Visiter.., 11 leur dit, entre autres choses: «n Touchant ce que je

• suis venu en ceste cité, j'avois désir de la voir et l'ai volontier n vue et m'en contente, et l'auray toujours pour recommandée

• en touttes ses affaires, n

En prenant congé de son hôtesse et de sa fille , il donna à ehaCttno d'elles un collier d'or du prix de cent vingt écus d'or.

Les ordonnances de police qui furent alors publiées, font honneur à la prévoyance des magistrats. On y remarque un passage qui prouve combien les Messins étaient ombrageux et se tenaient sur leurs gardes, puisqu'ils eurent beaucoup de peine à déclarer que n pour ce que l'Empereur était réputé magnanime, vertueux, « fidèle et catholique ... ils mettoient le tout au bon vouloir de d Dieu et à la discrétion de S. M. , et fut conclu qu'ils ne se garderoient uy fortifieroient. ti

Ils taxèrent toutes les denrées: le prix des repas, dans les au— > berges, fut réglé à trois sous par tète, l'avoine à huit sous six deniers la quarte ou Phectolitre à-peu-prés.

(i) Les lettres du roi de France sont datées de Jo in vil le , le a4 Juin i54i; celles de l'Empereur furent expédiées de Bruxelles, le 10 juillet de la même année. Il y témoigne le regret de ee que François I.*» veuille recommencer la guerre « en ceste saison que 9) la chrestienneté a tant besoing de union et acecord, s et quoi-* qu'il eut D recharchez tous moyens pour garder bonne amitié et

• veysinage avee luy. *

que lui porta tout le corps germanique, parce

qu'il s'était allie à Soliman , alors même que ce redoutable ennemi du nom chrétien envahissait la Hongrie , ils lui conservèrent toujours en secret le même attachement (i). Ainsi la France et l'Allemagne étaient en feu , et Metz indépendante et libre , entre ces deux grandes puissances , jouisdouceurs de la paix. Elle devait cet inesavantage à sa prudence, à sa conduite sage et circonspecte. Aussi pour s'entretenir constamment dans les bonnes grâces de tous les princes , les Messins avaient auprès d'eux des orateurs , ou ambassadeurs , chargés de soutenir les intérêts de leur cité. Dans ces temps orageux , ils en donnèrent même le conseil aux autres villes impériales (2). trouve parmi ces orateurs , Corneille Agrip-

(1) Tandis que dans la dicte de Spire le roi de France était anathématisé et déclaré renégat , scyte , barbare , etc. les Messin* faisaient à ce prince des offres de service. Le il août x543, il leur écrivit du château de Folembray: *n Très— chers et bons amis, n nous avons entendu ce que tous nous avez faict sçavotr par •n |e sieur d Eanery vostre secrétaire, et par cela eognu la bonne d volonté que tous nous portez , dont nous tous mercioos de 7) très— boa cœur, tous priant continuer et persévérer et croirai 9> que là eu nous tous pourrons faire plaisir, que nous le ferons 9> de très— bon cœur. *n

(2) Dans les instructions données en i538 à leurs députes envoyés à la journée citoyable de Francfort, ils les chargèrent de déclarer qu'au lieu de former des ligues imprudentes, il vaudrait mieux entretenir dans les cours hommes dV entendement , tant pour solliciter les affaires des cités , que pour y avertir icelles des

nouvelles n qu'il serait bon de pressentir si lesdictes Majestés

a voudraient, de leur grâce, permettre tels solliciteurs, premier % (avant) que de les envoyer) afin que Ton n'en fret honteu-» » seutni refusea. n

pa (i) , Jean Bruno , Gerome de Chanzen , Jean Félix (2). Aussi lorsque, dans de nouvelles remontrances sur l'énormité des taxes imposées par l'Empereur, la ville lui fit Ténumération de ses charges 7 elle y comprit la nécessité cC avoir et tenir plusieurs personnes , tant de lettres et aultres (3)~

(1) Agrippa avait été secrétaire de l'Empereur Maximilien qui le fit chevalier en récompense de ses beaux faits d'armes, dan» les guerres d'Italie. Il cultiva les lettres avec succès, mais son humeur inconstante le rendit malheureux. Après avoir passe au service de plusieurs puissances, il s'attacha, en qualité d'orateur , à la ville de Metz, d'où il se fit chasser en i5ao, comme il l'avait •té de Paris en t5i5. Bayle dit qu'il tomba en disgrâce pour avoir défendu une fille de Woippy, accusée de sorcellerie par les moines , et qui avait été inhumainement torturée par le grand inquisiteur Nicolas Savini. Cependant il ne parait pas que ce procès fût la cause de son expulsion, puisqu'il dit lui-même, dans sa 4o.e lettre , que les accusateers de cette fille furent condamnés à l'amende. Il faut donc l'attribuer plutôt à son caractère inquiet, turbulent ef à la hardiesse de ses opinions qui inclinaient vers le Luthéranisme. On a conservé de lui plusieurs belles harangues qu'il fit comme orateur de Metz.

(3) Pour avoir une, idée de son éloquence, on lira sans doute avec curiosité, un extrait de sa harangue à Charles— Quint , lorsqu'il lui offrit, en i54i , les présens de la ville, -n Les histoires -n anciennes qui nous sont miroirs et exemples de vies , nous récitent

» qu'Alexandre-le-Grand trouvit un pauvre homme qui lui

ii fit présent d'nné chose de petite valeur, et toutefois il l'eut plus agréable que plusieurs aultres gros dons. .. par quoi interrogé » répondit parce qu'il connaissait que le donnant lui avait donna 7> de bon coQur, et que ceulx qui reçoivent présens ne doivent 5> pas tant considérer la valeur d'ilceux que la volunté des donnans. . 9) mais si Alexandre , qui était un Payen , fut si vertueux , nous 7> espérons , entièrement confiants que, par plus forte raison, vous , 3 sire,... vous estimerez plus la volunté de vostre paulvre cite li que son petit présent, car elle vous le donne affectueusement ï» et de bon cœur, vous suppliant, en toute humilité , xra'il vous 7) plaise l'avoir pour agréable.

"(3) Pièces manuscrites de l'histoire de Metz, en i54«.

Maïs tout en faisant jouer les ressorts de la politique^ et en employant la voie des négociations , il n'en -fallait pas moins garantir de toute insulte le Pays-Messin dont la neutralité n'était pas scrupuleusement respectée par les Français , les Allemands et les Bourguignons qui se faisaient la guerre dans ces quartiers. On institua donc un corps de troupes chargé de veiller à la sûreté des chemins et de garder les frontières (i). D'un autre côté les dissentions religieuses donnèrent beaucoup d'occupation et d'inquiétude. La ville avait eu jusqu'alors assez de sagesse et de fermeté pour les réprimer} mais Gaspard de Heu dont la famille était nombreuse, riche et puissante à Metz, étant parvenu à l'échevinat, eut l'imprudence de favoriser hautement le Luthéranisme. Il rappela même le fameux Guillaume Farel qui , chassé de Metz après quelques prédications, se retira dans le château de l'Evêque à Montigny , où il catéchisa : mais ne s'y trouvant pas en sûreté , il alla s'établir àGorze où, sous la protection du comte Guillaume de Furstemberg qui s'était emparé de cette ville, il prêcha la nouvelle doctrine dont le comte était venu soutenir les progrès avec une petite armée

(i) L'ordonnance est du ao septembre i5^3. Elle porte qu« T) pour obvier aux abus, insolences, pilleries et roberies des gens t de guerre.. . et aflin de bailler correction à tels infracteurs d« ■n la neutralité que la cité a éheues obtenues de Leurs Majestés, n nous avons institué et commis... Jehean Corvica... avec cern tam nombre de gens de guerre, tant à che veaux que à pied*,. . . 71 pour guetter les détrousseura , tendeurs d« hauts chenuos, et r> en faire la puguiùou sur les champs, v>

protestante. Ses gens ayant été insultés à Metz, il demanda, pour réparation de cet attentat, que l'exercice de la religion Luthérienne fut rétabli dans cette ville, qu'on rappellàt les bannis pour cause de religion , et que le clergé lui payât i5o,ooo f. Le duc de Lorraine, Antoine le bon, le cardinal Jean , son frère , évêque de Metz , of-^ frirent leur médiation. On s'assembla donc à Pontà-Mousson , où les villes de Strasbourg et de Francfort , les princes de Hesse et de Wirtemberg envoyèrent aussi des députés dans l'intérêt des protestans. Après de vives discussions, les protestans obtinrent ce qu'ils demandaient, par une convention du 1 5 mars 1 543. L'église de l'hôpital de Saint* Nicolas devint leur temple, et ils eurent bientôt une protection si ouverte qu'on força les Ecclésiastiques d'annoncer , dans leurs prônes , les prédications des Luthériens ; mais ce triomphe ne fut pas de longue durée. A Gaspard de Heu succéda Richard de Raigecourt , zélé catholique. Ce nouveau maître-échevin s'entendit avec l'évêque qui envoya Claude de Guise, son frère, avec des troupes françaises à Gorze, où elles dispersèrent les protestans, le 25 mars (1). Après ce premier succès

(1) Guillaume Farel attirait- à Gone un grand concours d'auditeurs. Le jonr de Noël il eut la témérité d'interrompre en chaire le prédicateur an sujet de VI mm aculée — Conception: mais les femmes indignées qu'on doutât de la virginite^de Marie , se précipitèrent sur Farel, l'égratignérent, le trainérent -par les cheveux flt par la barbe hors de l'église , et si le commandant du fort né fut Tenu à son secours , elles l'auraient étranglé* Mais peu de jours après. Fard prit sa revanche. Un cordelitr os* entrer stcc lui

qui jette l'alarme parmi les partisaus de Luther à Metz, Raichecourt s'étaye de l'autorité de TEm* pereur qui lui délègue un conseiller d'état peur l'aider à interdire l'exercice public du Luthéranisme. En peu de jours les ministres sont bannis , le temple fermé; une ordonnance du i.3 octobre ramène, sans secousse et sans violence, tous les citoyens §ous le joug de l'Eglise. On n'a plus qu'une même croyance , grâces à la fermeté , à la prudence du Magistrat qui sut habilement étouffer ces germes de discorde. Aussi l'empereur s'empressa , par une lettre datée d'Àvesnes , le 26 00^ tobre ^ de féliciter les Messins sur ces heureux résultats de leur zèle pour la religion. Il les y aflermit encore , dans le séjour qu'il fit à Metz Tannée

suivante (1); et, en récompense de leur fidélité,

tn controverse sur la place 4e Gorze où Ton avait dressé" deux chaires en face l'une de l'autre* Il déclama contre ce pauvre religieux avec tant de véhémence que le peuple se précipita sur lui et pensa le mettre en pièces. Lorsque le duc de Guise fit son expédition sur Gorze, Farelse sauva, mêlé avec les lépreux dont il avait pris le costume. Poursuivies par les soldats français , deux femmes de Metz périrent en traversant la Moselle à la nage *, d'autres furent emmenées à Vaudiêres, où elles éprouvèrent mille outrages.

(i) L'empereur arriva dans cette ville, le 16 juin, par la porto des Allemands , avec son neveu , le fils du roi de Hongrie , le marquis de Brandebourg , le vice— roi de Naples , le prince d'Orange et une foule de seigneurs* Son armée , aussi nombreuse que brillante , se rassembla sous les murs de Metz. Pendant les trois semaines que Charles-Quint passa à Mets , dans la maison d'An-* drouin Roussel , au Champ — à — Seille , il fut visité par le duc de Lorraine , l'évéque de Mets , le comte, Salm , etc. etc. , Liguy

( aïo )

il Jeur accorda deux foires irauckes (i). Instruit après son départ, que ses troupes leur faisaient du dommage , il leur expédia de Bruxelles des lettres de sauve -garde (a) : elles ne purent empêcher néanmoins que le pays ne fut épuisé. Une grande disette se fit sentir , et les bandes espagnoles , répandues , en 1445, autour de Metz , achevèrent d'affamer ce peuple. Les habitaus supportèrent patiemment ces calamités , se confiant dans leur persévérance à servir fempereur , et à repousser les innovations religieuses avec la prudence et la modération qu'exigeait l'état des affaires (3).

xt Commercy tombèrent au pouvoir de ses troupes. Le comte de Ligny lui, fut amené prisonnier : ensuite il partit par la route d*> Pom-à-Mousson, pour aller mettre le siège devant SainV-Ûixier , où le prince d'Orange fut tué.

(1) Les lettres— patentes qui établissaient ces foires , sont datées de Metz, le 4 juillet i544- L'une était fixée au troisième dimanche après Pâques, et l'autre au premier dimanche après la Saint- Luc , vers la fin d'octobre. Sy est toutefois , dit l'empereur dans ces lettres, notre vouloir impérial plus affectionne envers cculx qui , eu fidélité , se sont toujours plus démonstrés envers nous. „ Les Messins venaient de s'épuiser pour nourrir l'armée impériale.

(a) n Les bourgeois , manans et subjets de Metz, disent ces Ietar> très , à notre damier trahin en allant en France ayant hentz et * soutenus mervilleux dommaigesde nos gens de guerre,... pourra quoi est nostre bon vouloir et opignon que leurs biens ne soient «plus endommagés, prins par force, ni autrement foullés;

(S) D'un côté, les villes d'Allemagne ne cessaient d'engager les Messins à embrasser la réforme , et l'on conserve encore plusieurs lettres du conseil de Strasbourg , qui leur reproche de ne la point protéger: ces lettres datent de i54* et de k>4&. D'un autre côté, depuis que Pévôchc de Metz était devenu le patrimoine de la maison de Lorraine, l'Eglise était sans chef, sans discipline. Ce riche bénéfice passait d'un Prince à l'autre si facilement, que

( au )

Charles-Quint revint à Metz en i546 , et témoin de l'état déplorable où certe ville était tombée (i), il lui promit de l'affranchir désormais de toute contribution volontaire ou forcée, mais il ne tint pas sa parole j car , après les affaires qu'il s'était suscitées dans les diètes d'Augsbourg, où il avait humilié et opprimé le corps germanique, il demanda aux Messins 35,ooo florins d'or pour leur part dans les frais de la guerre dariennement me*

née en Allemagne contre les rebelles et désobéissans.

En vain ils supplièrent l'Empereur déconsidérer

souvent on ne savait auquel d'entre eux il appartenait, et que même 1 empereur écrivit, le ,9 janvier xSfS , aux Messins pour savoir qui était leur evêque. Si donc la réforme ne fit point de progrès a MeU, on ne doit l'attribuer qu'à la sage conduite des habitans, toujours soigneux d'enter fut ce qui pouvait être une occasion de troubles et de discorde. On Ut dans un cahier relatif à des discusei ms survenues, en .5*5 , entre la cité et l'évêquo, que „ si les magistrats „ n'avaient mis obstacle à l'hérésie , U n'aurait pas dépendu du cierge" „ de l'empêcher. M'est a rien de sy véritable que, sans le juge laïc „ le juge ecclésiastique n'eust heu la hardiesse parmey «es trou- „ bles , de agir contre aulcuns mal sanums la foy catholique „ comme de trois rebaptisés dont deux furent noyés et l autre' 31 marqué*

(a) Dans un mémoire que les Messins lui adressèrent ed i54$* ils le lui rappelèrent ainsi : „ Se retrouvant en sa cité de Metz * „ V. M. fut à plein certiorée des facultés de la cité , il pleut à „ V. M. lui faire dire qu'elle ne souffrirait plus sadicte cité estre „ exactionnée , ains la defen droit de tous torts ou injures et con— „ serveroit en ses anciens us et privilèges, et que même du grand n déga>t que , dans ledit tems éloit faict par ses gens de guerre m autour de la cité, ensemble et de la fourniture faicte à son „ armée , tant de vivres, comme aultrement, S. M. auroit sou—

venance, au grand contentement et avancement de la cite. » Pièces manuscrites de riûsteirc de Mets.

( ai* )

qu'ils étaient appauvris tant par les énormes dépenses que leur avait causé la présence des troupes de S. M, et de leurs alliés dans le Pays-Messin , que par les fortifications nouvelles dont il fallait, à grand frais , entourer leurs remparts , devenus trop faibles depuis que l'artillerie s'était perfectionnée 5 que le peuple Messin était composé de diverses nations , qu'exempt d'impôts , il se soulèverait, si l'on en exigeait de lui, et qu'alors la ville pourrait bien se ranger sous une autre domination (i). L'Empereur fut sourd à leurs remontrances : ils insistèrent de nouveau , et , dans un second mémoire , ils offrirent de payer la moitié de la somme , en observant que » la cité est tout » diminuée et mise si bas que , pour fournir aux » dépenses forcées , on est contraint d'emprunté» * argent à gros intérêts et de divulguer sa poureté f » au préjudice de son ancienne renommée. »

Alors sans doute Charles-Quint perdit l'affection des Messins par son manque de foi , par son ingratitude envers une cité , qui , quoique placée au milieu de ses ennemis, avait constamment résisté à leurs insinuations, à leurs menaces, et avait même appelé une garnison autrichienne, pour lui demeurer plus fermement attachée (2).

(1) Dans ce mémoire ils disaient: n Est à craindre, et voire m que coi, Tasurparion d^icellc cité (que Dieu ne veuille) par les ï) ennemis ou adversaires dudicl Empire, r Manusc. de Th. de Metz.

(2) -n Et jaçoit qu'ils fuissent tres-acerls requis et sollicites par n les adversaires de V. M. , à soi joindre en leur ligue ; ils n'y r> om voulu onques entendre, ains contcmpné toutes menaces. . * i) et comme pour reunir en due observance, tous les h a bilans

Mais si d'un côté les Messins avaient des sujett

de mécontentement contre l'Empereur \ d'uu autre, les Princes et les autres villes d'Allemagne qu'il avait opprimés avec une dureté inflexible, ne pouvaient plus supporter le joug, sous lequel il les tenait humiliés et asservis. Une nouvelle ligue se forma donc, plus puissante que celle de Smakade: Elle envoya une députation à la cour de France, pour solliciter l'appui de Henry II et pour lui offrir le titre de Protecteur , de Ficaire de V Empire. Au nombre des députés se trouvaient le prince de Pîassau, le comte de Bitsche. Le maréchal de Lamarc assista aux négociations, et ces trois seigneurs dont les aieux avaient été souvent au service de la cité, étaient en liaison étroite avec les Messins : ils n'eurent donc pas de peine à faire entrer dans leur parti les Messins qui d'ailleurs avaient tant à se plaindre de Charles-Quint, dont ils étaient traités plutôt en sujets qu'en citoyens libres de la régermanique (i). Us avaient encore été

ti envers V. M., tant durant les sollicitations de ladicte ligue, t\ que par le teins où vostre dicte Majesté faisait guerre en France, ilceux remontrants ent par plusieurs mois entretenus deux en— y> sei^ncs de Lansquenets aux dépens entiers des revenus de la *> cite'. » Mêmes Manuscrits.

(i) Dans les mémoires du maréchal de la Vielleville, on fait parler ainsi le comte de Nassau : v D'aultre part l'Empereur a n quasi ruyné la plupart des villes impériales; aulx unes enlevé" » leur artillerie; des aultres il a exigé tant d'argent, quelles eu ^ sont réduites en un misérable état, et à la plupart rompu , lacéré , » enlevé leurs anciens privilèges, qui est cause que nous venoni « yers vostre roy pour implorer son ayde et faveur, n Tome a ,

entraînes par Robert de Lénoncourt , leur nouvel évêque , qui s'était servi de la grande autorité dont jouissait à Metz la famille de Heu» Il l'avait attire'e dans ses intérêts en donnant à Robert de Heu une de ses parentes en mariage (i). Cette maison était aussi alliée aux princes de Nassau. Les uns et les autres agissaient dans des vues différentes. Les de Heu voulaient, en se liguant contre l'Empereur, servir les protestans; le prélat aspirait à profiter des troubles et des événemens, pour usurper la souveraineté sur le Pays-Messin. Il avait déjà voulu y préparer les esprits en convoquant à Metz, dans le mois de janvier i55a, les états de son évêché } mais les Messins s'y opposèrent , et il fut obligé de les transférer à Vie (2).

1j évêque de Rayonne avait donc conclu, le 5 octobre 1 55 1 , avec les états Protestans d' Allemagne un traité, par lequel le roi, son maître, s'engageait à les affranchir de la tyrannie de Charles-Quint, Ce traité fut ratifié à Chambord, le i5 janvier suivant, par Henry II (3). Les ordres furent aussi-

(1) Les Heu étalent des paraiges de Muselle et du Commun.

' (s) Outre les ducs de Lorraine et de Deux-Ponts qui se firent représenter dans ces Etats pour les fiefs qu'ils tenaient de l'évêché, il y eut neuf comtes, vingt -cinq seigneurs, neuf abbés, deux abbesses, etc., etc.

(3) L'un des articles de ce traité portait qu1 n on trouverait it aussy bon que ledict seigneur roi s'impatronisât le plus tôt qu'il ti pourrait des villes qui appartiennent d'ancienneté à l'Empire , ï> et qui ne sont de la langue germanique, savoir : deT2ambray : * Toul en Lorraine, Metz, Verdun 4t aultres semblables , et qu'il 7) les garde comme vicaire de ? Empire, auquel titre nous tommes

tôt donnés pour assembler en Champagne une armée nombreuse, où se rendit en foule l'élite de la nation (i). Après avoir confié la régence à la reine , le roi vient à Joinville prendre le commandement des troupes : il reçoit une députation des Messins (2) , et sans perdre de temps , il entre en Lorraine , s'empare de Toul , marche sur Nancy, fait conduire en France le jeune duc Charles III (3),

m prêts de le promouvoir à l'avenir , en réservant toutefois audict 71 Saint— Empire les droits qu'il peut avoir sur lesdictes villes. » Le roi s'engagea à donner aux princes protestans a$o,ooo c'eut comptant et 60,000 fr. par mois.

(r) Le roi avait appelé toute sa maison et fait publier l'arriére* ban. m Ne fault point demander de quelle allégresse et effusion t chacun s'y prépara : et n'y avait bonne ville où les tambours n ne se fissent ouyr pour faire levée de gens de pied, où toute* s> la jeunesse se desroboit de) père et de mére pour s'enrooler , et » la plupart des boutiques demeurèrent vuides d'artisans , tant n étoit grande l'ardeur en toute qualités de gens. » Mémoire do la Vielleville, tome II, page 33 1.

(a) La lettre que le roi écrivit de Joinville aux Messins , le g mars, est remarquable. t> Três-chers et bons amis, nous n'avons d jamais faict doute de la boune volonté que ces geuulsh< mmes, » présens porteurs (le» députés), nous ont déclaré que vous cont tinuyrei envers nous , et de la démonstration que vous nous •n en voulez faire, au passage de nostre armée qui sera le plus n doux et gratieux que faire se pourra, pour le désir que nous % avons que vous connoissiea par effet V amitié que nous vous » portons, dont ces gentilshommes pourront vous rendre plus ample V) témoignage, n

Les mêmes députés rapportèrent une lettre du duc de Montmorency, qui leur assurait que le roi avait eu r> çrant plaisir i> d'entendre la bonne volonté en laquelle ils continuoient en son n endroict. y>

(3) Ce prince resta six ans en France. Sa mére, Christine de Danemarck, nièce de Charles-Quint, se retira en Flandres.

et envoie le connétable de Montmorency à Mete par Pont-à-Mousson. Le duc d'Aumale part de cette dernière ville pour Gorze dont 60 coups de canon lui ouvrent les portes. Les magistrats de Metz avaient été jusques vers Jouy a la rencontre de l'armée qui fut reçue dans la ville comme alliée, le 10 avril i55a.

Henry II ne tarda pas à venir prendre possession de cette importante conquête : il entra donc à Metz le jour de Pâques , 18 avril , entouré des princes , des maréchaux , des seigneurs de la cour, et accompagné des magistrats de la cité qui le conduisirent de la port« St.-Thibaut à la cathédrale sous un dais et avec tous les honneurs qu'ils avaient coutume de rendre au chef de l'Empire Germanique ; mais lorsque le roi les eut fait mander au palais épiscopal , où il était logé, pour lui prêter serment de fidélité, alors l'agitation fut grande dans les esprits. Jacques deGournai, maître-échevin , refusa d'obéir, et aima mieux se dépouiller de ses dignités. Sans perdre le temps en négociations , le roi conféra la première magistrature au seigneur de ïalanges qui , n'étant d'aucun paraige, n'aurait pu y prétendre sous le gouvernement de la république , et n'avait par conséquent pas le même intérêt à la conservation des privilèges et des lois de la cité. Il prêta donc le serment (1) çn présence*

(î) Ce serment était ainsi conçu : Nous. .... ayant entendu de vous que pour le bien du St Empire, recouvrement et conservation de ladite liberté , a été, ces jours passés , fait et accor- * dé entre voua et les princes de ladite Germanie , ligue offensive

de toute la cour. Le roi nomma ensuite M. de Gonnor gouverneur de Metz T avec des pouvoirs trèsétendus , et partit le lendemain , 22 avril , pour Strasbourg (1). Mais les habitans de cette ville informés que Henry II s'était conduit à Metz en souverain plutôt qu'en protecteur, lui fermèrent leurs portes. Cependant Haguenau et Vissembourg tombèrent en son pouvoir, et il était sous les murs de Spire , lorsque Maurice de Saxe lui apprit que les Princes avaient fait la paix avec l'Empereur (2). Il ramena donc son armée en France , vers la fin du mois de mai. Elle se rallia sous le château de Hornmach qui se rendit sans faire aucune résistance. De là le roi envoya le cardinal de Lorraine avec un corps de troupes à Verdun pour se saisir de cette ville , sous le prétexte de prendre possession de son évêché (3) , tandis qu'il ferait attaquer Dan-

„ et défensive à l'erfcontre de Charles V, pour les biens de la- „ cpelle ligue tous vous êtes achemine jusqu'en cette viHe , ne „ voulant. .. défavoriser ladite ligue... nous jurons... de ne jamais

supporter ledit Empereur... ains au contraire de vous porter ^ toujours honneur , faveur , assistance... suppliant V. M. de nous v> vouloir prendre en sa protection et sauve— garde , sans préju- ^ dice des droits du St. Empire, «n Les rois de France ne prirent que le titre de protecteurs de ÎVIetz jusqu'en i585.

(1) La précipitation imprudente que le roi mit à découvrir set véritables desseins sur les villes Impériales situées en-deçà du Bhin, lui fit manquer le reste de son expédition, et retarda d# plus d'un siècle la conquête de Strasbourg.

(a) Cette paix, signée à Passau , fut appelée la paix religieuse % et devint la base du traité de Westphalie.

(S) Ce prélat avait obtenu l'évêché de Metz à l'âge de i4 ansj lorsqu'il l'engagea à Robert de Lénoncourt , il en conserva le temporel. U réunit en outre sur sa te te les archevêchés de Rheims

villers , Ivoy et Montmédi dont il ne tarda pas à se rendre maître. Le cardinal le reçut le 1 2 juin à Verdun.

Ainsi se termina cette campagne de trois mois f qui fut plutôt une promenade militaire ; mais où le vqi acquit une belle province, connue depuis sous le nom des Trois-Evêchés.

Pressé de toutes parts parles Turcs, les Français et les Princes révoltés d'Allemagne , Charles-Quint avait été forcé de faire^u corps germanique toutes les concessions qu'il demandait. Le traité de Passau, en prononçant une amnistie générale, obligeait tous les sujets de l'empire qui s'étaient rangés sous les bannières françaises , de s'en retirer dans le délai de trois mois. Ainsi Henry II perdait son titre de Protecteur et de Vicaire de V Empire , titre en vertu duquel la cité de Metz l'avait reçu dans ses murs. On lui demanda donc de rendre à son ancienne indépendance et à l'Empire Germanique 9 cette ville qui ne pouvait, sans manquer aux conditions de la paix religieuse , souffrir davantage une garnison française. Mais Henry II, loin de consentir à la restitution d'une province qui lui ouvrait les portes de l'Allemagne, prit au contraire ses précautions pour s'y affermir. Il fit travailler

et de Narbonne , les eVéchés de Toul , de Verdun , de Terouanne t de Lucon, de Valence, les abbayes de Saint-Denis, de Mar— nioutiers , de Ouny. Il avait nne si grande autorité dans TEglist de France, que Pie V l'appelait le pape au-delà des monts.

en toute hâte aux fortifications de MeU, de Toul et de Verdun (1).

Charles-Quint s'apperçut trop tard qu'il avait eu tort de s'aliéner les Messins ; que , réunis aux Français, ils allaient devenir un sujet continuel d'inquiétude pour l'Empire et pour les Etats héréditaires de l'Empereur auxquels ils touchaient immédiatement. Ce prince résolut donc d'arracher,

envoyait à Metz le duc de Guise avec le titre de lieutenant-général (a). Les fortifications de ta ville ne consistaient alors que dans les anciens murs cTenîceinte, tels qu'on en voit encore depuis les écluses de Mazelle jusqu'à l'embouchure de laSeille , et même soixante ans de paix les avaient fait négliger au point que plusieurs fossés étaient presque comblés et transformés en jardins. Le duc de Guise fit non-seulement creuser et élargir ces anciens

(1) M. de Gonor était gouverneur de Metz , M. le duc de Nevers eut le commandement de Toul , et celui de Verdun fut confié aux maréchaux de Saint— André et de la VielleviUe.

(a) Le roi écrivit aux Messins la lettre suivante : * Très-cher* et bien âmes , nous envoyons par— delà pour nostre lieutenant— général représentant nostre personne , nostre très-cher et très— amé cousin le duc de Guise , pair de France , auquel vous ajouterez celle foy et créance en tout ce qu'il vous dira et ordonnera de nostre part, comme veus vouldriea faire à nous— mesmes , en quoy faisant , vous ferez chose qui nous sera très - agréable et à tant , très— chers et bien amés , nous supplions le créateur qu'il vous ait en sa très-sainte et digne garde. A Solcmbray , le 3o juillet 1 55a, Signé Henry. «* François de Lorraine % duc de Guise 9 était frère du grand cardinal. Il fat tué par Poltrot.

fossés ; maïs encore il ordonna de démolir une foule de maisons pour épauler les murailles par de larges remparts, sous lesquels s'ensevelirent l'abbaye du Pontifroy, les monastères de Sainte- Glossinde, des Pucelles, des Trinitaires, des Carmes, des Augustins , de. FAve-Maria*, des Sœursde-l'Observance.

Sept faubourgs qui faisaient l'ornement et la richesse de la ville , par le grand nombre et par la beauté de leurs édifices , fi irent entièrement rases, et avec eux tombèrent cinq riches abbayes et dixneuf églises (i). On ne prit pas même la peine d'abattre la plupart des maisons , mais on y amoncela précipitamment les terres, en sorte qu'aujourd'hui même encore il en existe un grand nombre sous les remparts et sous les ouvrages avancés de la ville. Le quartier de l'arsenal , appelé le retranchement de Guise , et qui se nommait auparavant la Grande-Metz , fut transformé en un vaste fort qu'on entoura des eaux de la Seille , et l'on n'en conserva que les églises , sur les voûtes desquelles on plaça de l'artillerie. Ce quartier ne se releva jamais.

(i) Les faubourgs touchaient immédiatement à la ville. D parait par l'espace qu'ils occupaient , qu'ils étaient au moins aussi considérables que le corps de la ville, puisqu'au midi ils s'étendaient jusqu'à Marly et Moulins. Déjà au x3.« siècle, lés rues de ces faubourgs étaient pavées comme celles de la ville, et c'est sans doute le grand nombre de leurs babitans qui fit donner à Mets une population de soixante mille ames. Les faubourgs que l'on détruisit alors furent ceux de Saint-ArnOult , de Saint-Clément f de Maielle, des Allemands, de Saint- Juben, de Saint-Martin 4 «lt Saini-Pierre-aux-Champs et de Saintr-Symphoritn.

Enfin en moins de trois mois la ville avait pris un aspect formidable , et elle était abondamment approvisionnée , lorsqu'on apprit que l'armée de Charles-Quint était parvenue à Deux-Ponts, et comme elle s'y arrêta quinze jours, sans doute pour attendre les renforts envoyés des Pays-Bas, et l'artillerie qui remontait la Moselle , le duc de Guise mit encore ce peu de temps à profit pour augmenter les fortifications des portes deMazelle, de St.-Thibaut et de Scarponne. En même temps il faisait éclairer les mouvemens de l'armée , et lorsqu'il apprit qu'elle était venue camper à Forbach, alors' il ne douta plus que l'Empereur n'eût résolu d'assiéger Metz , quoique la saison fut déjà fort avancée. Des reconnaissances furent donc poussées à Vaudrevange , à Saint- Avold , à Créhange , à Boulai , etc. ; des fourrageurs eurent l'audace d'enlever des convois sur les derrières de l'ennemi. On rentra dans la ville tous lés vivres qu'on put emporter , et le reste fut brûlé. On mit aussi le feu à tous les moulins, dans une circonférence de trois lieues ; la garnison de Rodemach fut rappelée , et le duc de Guise s'enferma dans la place avec 45oo hommes d'infanterie , 444 chevaux <2t environ 900 gendarmes.

L'Empereur tourmenté de la goutte , s'était séparé de son armée à Boulai, pour aller à Thionville chercher quelque soulagement à ses douleurs. Ses troupes étant restées trois jours sur les hauteurs de Sainte-Barbe , le duc de la Rochefoucault poussa jusque-là des reconnaissances, enleva encore quel-

ques vivres, et brûla tous les villages entre Meta el le camp des ennemis.

Enfin, le 19 octobre, le corps d'armée commandé par le duc d'AIbe (1) , arrive devant Metz, et prend position dans les faubourgs de Saint- Julien , des Allemands et de Mazelle. Le 20 , il trace un camp, et dresse des batteries sur la côte de Châtillon. Le soir , du même jour , le prince de Condé., les ducs d'Enguyen, de Montmorency, se jettent dans la place. Cependant les ennemis n'entreprirent rien pendant dix jours , et le duc de Guise employa utilement ce temps à distribuer les postes, à renvoyer de la ville les boucbes inutiles, à établir des régies de discipline , de police , dç provoyance et de salubrité qui attestaient sa haute -sagesse.

Le 3o octobre , on vit enfin les ennemis paraître sur les hauteurs de Belle-Croix , et s'étendre jusques vers la porte Mazelle , après avoir délogé le» postes établis à Brinba et à Saint-Elisabeth. Dans la nuit , ils commencèrent une tranchée au bas du faubourg de Saint - Julien } mais l'artillerie des remparts et des églises incommoda si fort les travailleurs , qu'ils furent obligés d'abandonner leurs ouvrages. Le duc d'Àlbe changea donc son plan d'attaque. U laissa à Saint-Julien et à Châtillon le

(1) Ferdinand Alvarez de Tolède , ducdWlhe, célèbre alors par les victoires qu'il avait remportées sur les Protestans d1 Allemagne % mais depuis plus fameux encore par les cruautés et les violences dont il ternit sa gloire dans ks Pays—Bas , était généralissime des •armées impériales.'

sir de Brabançon avec quatre regimem d'Infanterie

et 3ooo chevaux que ce seigneur venait d'amener des Pays-Bas, et alla , le i novembre, camper dans le Sablon, en passant par le pont de Magnv-

Pendant dix jours, les postes avancés des abbayes de Saint-Pierre et de Saint-Arnoult défendirent courageusement les approches de la ville , pour donner le temps au duc de Guise d'augmenter encore de ce côté les fortifications, et d'y dresser de nouvelles batteries. Chacun mit aussitôt la main à l'œuvre, tant le danger était pressant , puisque toutes les forces de l'ennemi semblaient se réunir sur ce point , dont l'accès était d'autant moins difficile qu'il ne pouvait être inondé. Le duc de Guise imagina cependant d'y détourner les acqueducs et les égouts de la ville. Il donna le premier l'exemple , en se mettant à la tête des travailleurs. Aussi les princes , les seigneurs , les soldats , les habilans , et même leurs femmes , portaient les terres avec une ardeur incroyable, et de nouveaux remparts s'élevèrent tout-à-coup comme par enchantement. Les Messins eux-mêmes étaient les premiers à démolir leurs maisons, lorsque la sûreté de la place l'exigeait. Cette unanimité de zèle et de dévouement inspira au duc de Guise tant de confiance , qu'il fit dire au roi , qui était campé à Saint-Mihel , qu'il pouvait disposer de son armée pour reprendre Hesdin; que, quant à lui, il n'avait besoin d'aucun secours, et qu'il était en état de soutenir un siège de dix mois.

Dès-lors cependant les ennemis poussèrent vi*

goureusement Tattaque vers la porte deScarponne, contre laquelle ils tirèrent 1700 coups de canon, du 2 1 au s3 novembre. La brèche s'ouvrit sur une largeur de quarante pas, mais elle fut bientôt réparée.

Sur ces entrefaites, Albert, marquis de Brandebourg , qui , feignant d'être en bonne amitié avec la France , avait cherché à s'introduire dans la ville , pour rentrer en grâce auprès de l'Empereur , en lui livrant cette place , justifia les soupçons que le duc de Guise avait de sa mauvaise foi. Il joignit brusquement son armée à celle des ennemis , après avoir amusé, pendant deux moiç , l'évêque de Bayonne qui l'avait suivi dans son camp à Rurange , à Ay, et jusques aux portes de Metz , où le duc de Guise lui avait aussi vainement député Gaspard de Heu , seigneur Messin , pour l'engager à se retirer vers Château-Salins (1).

Le marquis de Brandebourg vint se poster sur le coteau qui dominait l'abbaye de Saint-Martin, entre le Pont-des-Morts et le Pontifroy. La ville fut alors entièrement investie par les assiégeans qui avaient formé trois camps, celui de la Reine- Marie à Châtillon , le camp de l'Empereur dans les ruines de Saint-Clément et de Saint- Arnoult, à Saint-Ladre , à Blory , à Saint-Privat , etc. et enfin le marquis dans le Ban-Saint-Martin. \

Pendant que le duc de Guise faisait augmenter les fortifications des portes de France et de Thion-

(t) En même temps" qu1û protestait de sa fidélité enyers la France 4 il traitait avec rEmpereur, et sa réconciliation fut scellée sous les murs de Metz, le 10 novembre.

ville , dont il protégeait les ouvrages par d'heureuses et fréquentes sorties (i) ; d'un autre côté les ennemis s'étaient presqu'âvancés jusqu'au pied du rempart de Sainte-Glossinde , vers la porte de Saint-Thiébault: aussitôt on mit le feu aux étais qui soutenaient encore les deux églises de Saint- Thiébault et des Augustins, qui étaient presqu'adossées à la muraille , et dont on avait sappé les

wm

on exhausse le rempart avec une incroyable pidité.

L'empereur, après s'être reposé un mois à Thionville , arrive au camp , le 20 novembre : monté sur un cheval arabe, il passe en revue son armée qui était la plus belle et la plus nombreuse qu'on eût vue depuis long-temps. On y comptait 42,ooo Allemands , 1 2,000 hommes des troupes de l'empereur , 8,000 Espagnols , $fioo Italiens , 7,000 pionniers et 1 14 pièces d'artillerie.

L'inclémence de la saison n'empêcha point l'empereur , tout goûteux qu'il était , de se loger dans les ruines de l'abbaye de Saint-Clément, pour pousser le siège avec plus d'activité. Dès-lors tous ses

efforts se réunirent contre la partie de la ville où : \

(1) Un ecclésiastique qui, du haut des murailles, regardait un de ces combats , fut tué d'un coup de mousquet. Cependant , quoique les Brandebourgeois s'avançassent jusqu'au Pont-^des— Merts , et qu'ils eussent dressé sur le coteau du Ban-Saint-Martin une batterie de vingt— quatre pièces de gros calibre, ils n'osèrent rien entreprendre séritusement eontre cette partie de la ville , et les assiégés allèrent souvent les provoquer , les insulter même jusque dans leur camp 9 et leur enlever leurs provisions.

sont maintenant les ouvrages avancés de la citadelle , en inclinant vers la rivière.

Le 21 , deux batteries furent dressées , Tune de 3o canons, l'autre de i5, contre le rempart, eiirtre la porte de Scarpone et la plate-forme de S.te- Marie. Le 26, trente-six autres pièces furent mises •en batterie contre le cavalier qui regarde la Moselle ; et tandis qu'encouragés par la présence de l'empereur qui visitait souvent les travaux , les ennemis abattaient deux tours, et ouvraient trois brèches dans les murailles , les assiégés faisaient audacieuse ment des sorties dans les lignes , dans les ouvrages , et jusqu'aux portes du camp des Impériaux. Ils y prirent même les bagages de l'évêque d'Aras, garde des sceaux de l'empereur (1 ). D'un autre côté, le maréchal de la Vielleville battait le pays pour intercepter les convois embarqués à Corny ; il en enleva plusieurs sur la route de Verdun et sur le chemin de Magny. Le maire de Yille-sur-Iron lui fut d'un grand secours dans ces diverses expéditions, (2) par les avis qu'A lui donnait sur les mouvemens de l'ennemi.

Cependant le siège faisait des progrès ; les en-

(1) Il fant entendre comment Jmbroise Parès qui s'était jeté dans la place, raconte reflet que ces sorties produisaient sur les ennemis. r> Tous leurs soldats, dit ce restaurateur de la chirur— * gie en France, dans son stile naïf, crioyent à l'arme, aux armes ; y> comme on fait la huée après les coups. . . et les voyoit-on sortir v> de leurs tentes et petites loges, drus comme fourmillons, lorsqu'on 9» découvre leurs fourmilière*, pour secourir lettrs compagnons % qu'on égosillait comme moutons, n

(a) n prit Êtain , Vônt-à-ïffensson , les châtèanx de Confiai» , de Mars-Ia-Tour , taûla en pièces les Espagnols à BouxieVes, fbndît

nemis étaient parvenus , dans la nuit du 37 , au pied du fossé : leur artillerie jouait avec une incroyable vivacité. Le lendemain , la grosse tour d'Enfer fut ouverte de 20 pieds , et le mur du rempart s'écroula, mais glissant sur sa base r il rendit l'assaut plus difficile. Les assiégeans poussèrent des cris de joie dont la garnison fut loin de s'alarmer. Un soldat français , nommé Montilly , eut même la hardiesse de descendre par cette brèche , pour leur montrer qu'elle était praticable , mais qu'on ne les redoutait pas. Aussi chacun mit la main à l'œuvre: on se hâta d'apporter, sous le feu de leurs batteries, des terres, des gabions, du fumier, de la laine pour former un nouveau retranchement derrière cette brèche : on s'était tellement accoutumé à braver leur artillerie , que les femmes mêmes de toute condition venaient jeter des terres jusque sur la crête des parapets.

Cependant l'empereur fait venir des échelles pour monter à l'assaut, mais ses soldats , intimidés par la contenance fiène des Français qui les bravaient et les provoquaient du haut des remparts, n'osent s'avancer sur la brèche. Ce mauvais succès , et la mortalité qui règne dans les camps de l'empereur,

à Rosérieulles sur un parti considérable d'Allemands , et s'empara même de six Toitures chargées d'excellentes provisions que la douairière de Lorraine envoyait à son oncle Charles-Quint L'Empereur fut d'autant plus irrité de la prise de ce convoi, qu'il manquait de tout dans le château ruiné de la Horgne, où on lui avait pratiqué une petite chambre avec des planches mal jointes , et au travers* desquelles le froid pénétrait et l'iacommodait beaucoup.

sont loin de le décourager : il n'en est que plu* obstiné à poursuivre ce siège meurtrier, résolu d y sacrifier successivement plusieurs armées plutôt que de se retirer. Il médite donc des moyens d'attaqué souterraine. Il fait avancer de nouvelles batteries contre les tours qui regardent la Moselle. Le feu de son artillerie se ralentit , et les assiégés emploient ces momens de relâche à faire des sorties où ils prennent des vivres , du vin du Rhin , du bétail et des approvisionnemens de toute espèce : c'est principalement sur le chémin de Saint-EIoi et au port d'Olizy (i) qu'ils envoient fourrager avec le plus de succès. Ils avaient d'ailleurs un grand' besoin de se ravitailler , puisqu'ils venaient d'apprendre que le Roi était parti pour Hesdin , qu'ils ne devaient donc plus espérer d'être secourus. Aussi dès ce moment le duc de Guise fit établir un petite fonderie de canons , une fabrique de poudre, et réduisit les rations de manière à se ménager des ressources pour un an.

Enfin l'emploi de la mine ne réussissant pas au gré de l'empereur, il ordonna de nouveau, le 7 décembre , à son armée de se présenter à l'assaut. Le duc de Guise , après avoir harangué sa garnison , se place au premier rang sur le rempart , avec le duc de Nemours , de Montmorency, Horace Farnèse et l'élite de la noblesse française. Les Impériaux restent immobiles : cette tentative ne leur réussit pas mieux que la première. L'em-

(0 Le port d'Olizy était en fact de Saiat-Eloy.

pereur en est courroucé, mais il ne se rebute point ; 1 e 1 2 , il reprend l'attaque du rempart de

Scarponne , y fait une brèche longue de cinquante pas, mais elle n'est point praticable. Le lendemain, le marquis de Brandebourg , pour n'être plus incommode' par les sorties de la garnison, qui venait encore de lui enlever plusieurs voitures chargées de viv es, et notamment de vin du Rhin, entreprend de rompre une arche du Pont-des-Morts , et il est vigoureusement repoussé. Le général de la cavalerie, dom Louis Davila n'est pas plus heureux à l'autre extrémité de la ville, où il s'était avancé avec un fort détachement jusqu'aux portes de Scarponne et de Saint - Thiébault } le sieur de Randan les força bientôt de se retirer, mais les officiers ayant proposé de rompre des lances, le seigneur de Randan accepta le combat qui eut lieu sur les glacis en présence des deux troupes. À la troisième course, il désarma son adversaire, qui se nommait Dom Henry Menrique.

La garnison , sans cçsse en haleine , attaquait chaque jour les postes avancés , faisait enlever par sfs coureurs, des chariots, des bateaux chargés dé vivres , renversait les ouvrages de l'ennemi , rétablissait les siens , et passait toutes les nuits sur la brèche. Elle s'était interdit toute espèce de repos, tandis que l'armée ennemie , abattue et découragée par la rigueur du froid , par les maladies qui causaient de grands ravages, refusait pour ainsi dire de se battre. Les choses en étaient au point que, dans une de leurs dernières sorties , les Français*

pénétrèrent au travers des postes ennemis jusqu'à la Horgne où était le quartier-général de l'empereur : ils y jettèrent l'alarme , et eurent même la témérité de poursuivre, jusques sur le pont de Magny, la cornette de service. Effrayé sans doute du danger qu'il venait de courir , ce prince vit bien qu'il lui serait imposible de se rendre maître d^une ville si vaillamment défendue (i) , et quoique , sur le point principal d'attaque, il fut parvenu à détruire de grands pans de murailles, les tours des Viesciers ( fripiers) et des charpentiers 5 que les deux étages supérieurs de la grosse tour d'Enfer fussent ruinés, et qu'il eut même fait pousser la mine jusque sous les fondemens de cette fortification qu'il importait le plus au duc de Guise de conserver, il se décida brusquement, après soixante-cinq jours d'investissement et quarante-cinq de tranchée, à lever un siège pour lequel il avait fait vainement des préparatifs jusqu'alors inouïs (2), siège que, malgré le froid le plus rigoureux, il avait poussé avec une telle vigueur f qu'en très - peu de jours , ses travailleurs s'étaient avancés jusqu'au pied des murailles sous la protec-

(1) Ambroise Paré dit que les militaires et les bourgeois avaient résolu, si la «Hic e'tait forcée, de se défendre de maison en maison, et enfin d'y nutiif le feu, si l'on désespérait d'en chasser l'ennemi. d Les citoyens, dit-il, Pavaient ainsi tous accordé, plustot que n de voir le couteau sanglant sur leur gorge, et leurs femmes et n filles violées et prendre à force par les Espagnols, -n

(a) On disait que son armée était de i5,ooo hommes plus for te qu'aucune de ceHes qui depuis long— temps eussent été mises en campagne. Aussi Parmée du roi s'arrêta à SaÛH-MJncl , n'osant rien entreprendre pour secourir la ville.

tion de l'artillerie la plus formidable qu'on eût vue jusqu'alors, et qui tira sur la ville 14,000 coups de canon (i).

Pour couvrir sa retraite , l'empereur laissa devant la place quelques batteries qui ne cessèrent de faire un feu très-vif dans les journées des 26 et 27 décembre, et après avoir fait conduire son parc au camp du marquis de Brandebourg, par file de Montigny et le pont de Moulins , il partit lui-même de laHorgne le i.er janvier i553, avec une escorte de 1200 hommes, et gagna, parle même chemin, la route de ïhionville Le duc do Guise , qui s'était aperçu de ces mouvemens, fit des sorties sur tous les points, et harcela l'ennemi qui pouvait à peine se défendre. Le principal corps de l'armée impériale , commandé par le duc d'Âlbe , prit la même direction que l'empereur , mais avec beaucoup de peine, parce qu'un dégel subit venait de rendre sa marche très - difficile (2). Lea Flamands qui composaient le camp de la Reine- Marie, se retirèrent par Sainte -Barbe 5 mais le marquis de Brandebourg resta dans le Ban-Saint- Martin avec 1 5,ooo hommes pour protéger le départ des convois d'artillerie. Gomme il tardait trop de partir, et qu'on craignait qu'il ne méditât

(1) On tirait des coups si souvent que tout accoutumez en ti etoient les gens de la ville et enfants. Souvent on oyoit le* 11 grands coups de canon voiler et brailler en Pair par-dessus la tt cita, que les gens de la ville ne faisoient que rire. „ Annales manuscrites.

(a) U fit rompre le pont de Moulins après l'avoir passe', et «Ua coucher avec sa colonne à Max ange et à PierreviUé.

quelque surprise contre la ville, le maréchal de la Vielleville , qui était arrivé de Pont-à-Mousson avec le duc de Nevers ( i ) pour complimenter le duc de Guise , conseilla de dresser dans File du Saulcy et en tête de la digue de Wadrineau, deux batteries , Tune de trois couleuvrines, et l'autre de quatre, pour battre le camp des Brandebourgeois. Cet avis fut aussitôt adopté , et dès le lendemain f 6 janvier, les boulets qui traversaient leur camp, et qui allaient même tomber jusque dans l'abbaye de Saint-Martin , où était logé le marquis Albert , le forcèrent de s'enfuir précipitamment (2) par le mont Saint - Quentin et par les hauteurs de Woippy , la plaine de Ladoncbamps n'étant plus qu'une fondrière impraticable ; ce qui empêcha les Français de suivre les ennemis dans leur retraite.

(1) Le duc de Guise avait envoyé jusqu'à Fristo plusieurs gentilshommes à la rencontre dn sir de Vielleville 1 qui fut reçu avec de grands honneurs sur la place du Champ-à-Seille , par le prince de la Roche— sur-Yon. Le duc de Guise lui dit, en l'embrassant : „ Je jure à Dieu que vous êtes un fort brave et valeureux guer— M rier.... Vous avez deçà delà la rivière affamé Parméc de PErn—

pereur. Somme , veus lui ave» fait mille maux. „ Charles- Quint Tappelait, dans sa colère , lyon pulpe (renard).

Le maréchal , en partant de Metz , alla dîner chez le maire de Ville— sur-Iren qui lui avait rendu tant de services. ( Mémoires de M. de Vieilleville, tome 3.

(a) „ A deux heures après-midi , disent les mémoires du maré- „ chai , on commença à tirer de telle furie , que des clochiers et des plus haultes maisons , M. de Guise , M. le prince , M. de „ Nevers , WL de Vielleville et aultres au cloebier de la grande ~ „ église, on voyoit mouvoir et remuer ees ivroignes aussy dru „ et menu , comme qui jetteroit de Feau chaude en une four— „ niillière. M

bailleurs, ils étaient dans un si pitoyable état qu'on en prit compassion. On rapporte que , le

a janvier, un détachement de la garnison ayant rencontre' , dans le Ban-Saint-Martin , un corps de cavalerie Espagnole qui prenait le chemin de Tbionville , il voulut le charger j mais , plein de confiance dans la générosité de son ennemi , l'Espagnol déclara qu il n'était plus en état de combattre. Desarmés par cette réponse, les Français lui laissèrent poursuivre sa route. Dès-lors un sentiment unanime de pitié fit suspendre les hostilités, et loin de chercher à détruire les tristes restes de l'armée Impériale , M. de Guise offrit au duc d'Albe des bateaux couverts pour transporter ses malades ; il alla lui-même relever les soldats mou- . rans sous leurs tentes, dans les villages (1) ou sur les chemins. II en fit conduire plus de trois cents dans les hôpitaux de Metz. Lorsqu'ils furent rétablis, il les renvoya à Charles-Quint. Ce beau trait

(1) Tant d'hommes morts, de quel côte' qu'on regardât, beau-* uoup à qui il ne restait qu'un peu de vie , et une infinité do malades qu'on oyoit plaindre dans les loges, les chemins couverts de die vaux morts, les tentes, les* armes et autres meubles abandonnes. ( Siège de Metz, pag. i53. )

Nous trouvions des soldats par grands troupeaux de diverses nations (malades à la mort qui étoient renversés dans la boue , d'autres assis sur de grosses pierres, ayant les jambes dans les fanges gele'es jusqu'aux genoux , nous priant de les achever de tuer. £n quoi M. de Guise exerça grandement la charité , car il eu fît porter plus de soixante à l'hôpital, et à son exemple, les princes st seigneurs firent le semblable, si bien qu'il en fut tiré plus de fcois cents de cette horrible misère. ( Vielle ville , t, 3,

d'humanité donna un nouveau lustre à la gloire , dont il s'était couvert dans ce siège mémorable (i)* La campagne, depuis Pont-à-Mousson jusqu'à Thionville, présentait le spectacle le plus affligeant. La plupart des villages étaient ruinés , déserts ou brûlés. Les volets , les portes , les charpentes des maisons avaient été enlevés et transportés au camp , soit pour construire des baraques , soit pour faire du feu. U n'était resté ni meubles , ni vivres , ni bestiaux dans la campagne , ni échalas dans les vignes. Près de 3o,ooo soldats gissaient sans sépulture dans les trois camps. Les routes étaient jonchées de chevaux morts , de chariots 9 de caissons , de munitions abandonnées.

Dans la cité, ce n'était que désordre et confusion : beaucoup de riches bourgeois , craignant les longueurs et les maux du siège , s'étaient réfugiés à Strasbourg. Leurs maisons furent pillées et dévastées par leurs domestiques (3). La condition

(1) Le sentiment de la reconnaissance pour la belle conduite du duc de Guise, avait porté Binnecourt à épargner la ville de Térouaune qu'il prit d'assaut en i553 ; mais la cruauté de Charles— Q tint et son orgueil offensé, décidèrent autrement de cette ancienne et célèbre cité. Pour se venger de l'affront qu'il avait reçu devant Metz Tannée précédente, il livra Térouanne au pillage et la fit détruire de fond en comble. Il n'en reste plus rien.

(a) Plusieurs bourgeois avaient caché grande bourse, or , argent, vaisselle, bagues, fin linge , etc. et recommandé à garder à leurs servantes et maignees... Elles s'enamouroient d'un soldat , s'accointaient d'un homme d'armes... récusoient tous les secrets et trésors de leurs maîtres... , pillaient , au compte des gens de guerre , les vaisselle mens , linges , vendoient blés , etc. butinoient ensemble *v*c soldats , gens d'armes, font toit une souverain» pitié, et

de ceux qui étaient restés dans la ville ne fut pas moins malheureuse. Il leur fallut loger et nourrir les officiers et les gendarmes. Les denrées étaient devenues excessivement rares et chères. On avait été réduit à démolir des maisons pour se chauffer, et à manger les chevaux morts , les ânes et les chats , parce que le duc de Guise n'avait pas voulu qu1on touchât aux approvisionnemens de siège (\)\ mais aussitôt après le départ des ennemis, il fit vendre les denrées qui étaient dans les magasins , et l'abondance reparut dans la ville (2). Il rendit l'autorité aux magistrats', rappela les bourgeois absens , prit le serment du clergé et des citoyens r fit faire en actions de grâces une procession solennelle , et partit le 24 janvier. On frappa une médaille pour perpétuer la mémoire d'un siège qu'il avait soutenu, avec tant de gloire et de succès (3),

voilà comment , plusieurs riches bourgeois ont esté accoustrés de de leurs bien» , tandis qu'ils étoient hors, pourquoi plusieurs étoient pauvres méchants, et sont maintenant enricliis et les riches appauvris. ( Annales m anus. p. 70 a. )

(0 Et auparavant de nous rendre à la merci des ennemis, avions délibéré de manger chiens, chats, rats, voire mesmes nos bottes et collets et aultres cuirs qu'on eût pu amollir et fricasser. Anirbroise Paré.

(3) Pendant le siège , les œufs s'étaient vendus onze sous la pièce , un quartier de mouton , vingt— cinq sous , etc.*, mais immédiatement après, la livre de bœuf de salé se vendit un sou , le lard deux sous et demi, la morue deux, sous , le ris deux sous , les pruneaux six liards. (Annales manus. , pag. 701. )

(3) On lisait autour de cette médaille : Frantcifo à Lothar. àuci Guisice , Pari Franc, decr. fxercit. Dans le champ de la médaille , ob serv. mêtim et Front, praccru- Carola V ùnp. et G«r

contre le prince le plus puissant de l'Europe. L'empereur, que jusqu'alors la fortune n'avait jamais abandonné (i) , en conçut un si vif chagrin qu'il résolut d'abdiquer et de s'ensevelir dans un cloître (2).

Le duc de Guise avait laissé dans la ville, sous le commandement de M. de Gonor, vingt bataillons d'infanterie et plusieurs corps de cavalerie. Ces troupes n'étant pas payées , elles se livrèrent à tous les excès de Tindicipline (3). Les habitans furent

cbsicL x55a , et au rrrers : Mars dédit gramineam , Perge , reddet regias JerosoL et sicil morum preavorum ornamenta H. U F. R. Jussit. A F. de Lorraine , due de Guise , pair de France , par le décret des armées , pour avoir conservé Meta et les grands du royau-« sue , assiégéspar Charles— Quint , Mars vous a donné une couronne \ continuez , il vous rendra les royaumes de Jérusalem et de Sicile qi^ont possédé vos ancêtres.

(1) Fier d'avoir réussi dans toutes ses entrepises , Charles-Quint avait pris pour devise les colonnes d'Hercule avec ces mots : Ultra Me tas. On y fit allusion par le vers suivant qui est un jeu île mots : Siste viam Métis , hase tibi Mœta datur.

(a) Dans une lettre interceptée du duo d'Albe à dom Alphonse, que le maréchal de Vielleville fit prisonnier à Pont-à-Mousson , ce général peint des couleurs les plus fortes le dépit et la colère de l'Empereur : * Ha, je renye Dieu , lui fait-il dire , je voy bien „ que je n'ay plus d'hommes. Il me fault dire adieu à l'Empire , à toutes mes entreprises, an monde, et me confiner en quelque monastère , car je suis vendu et trahy ou pour le moins mal „ servy... et par la mortdieu , devant trois ans , je me rendrai cor- „ délier. Vielleville , terne II , page 45ç> En effet , Charles-Quint abdiqua le 6 février 1 556, et le *4 février 155?, il se retira dansle monastère de Saint-Just, où il mourut, le ai septembre i558, à l'âge de $9 ans.

(3) M. le maréchal de Gonor , frère du maréchal de Brissae , «tait été nommé gouverneur de Mets par Henry If , au mois d'avril

fançonnés, les boutiques pillées , les campagne» dévastées , les femmes enlevées a leurs maris , les filles arrachées des bras de leurs mères 7 et les religieuses outragées jusqu'au pied des autels (i). Ainsi aux horreurs du siège , succéda l'anarchie militaire. Les discordes civiles mirent enfin le comble à tant de maux. L'évêque , qui n'avait favorisé l'entré* des Français à Metz que pour s'en rendre maître y y revint armé de toute sa puissance, et débuta par forcer les archives de la cité, d'où il enleva les chartes , les titres qui pouvaient contrarier ses ambitieux desseins. (2) Dès-lors il ne garde plus de

i55a. Loin de réprimer la licence de la garnison, il avait lui- m 4 me enlevé une fille dont le pire était mort de chagrin, et il avait Fimpudence de la faire appeler madame de Gonor. Les mémoires du maréchal de Vielleville, qui rapportent cette conduite scandaleuse , ajoutent qu1il était avide de butin. Devenu, en 1 566 , surintendant des finances, il ne contribua pas peu à y mettre le desordre par tes voleries. M. de Gonor tenait sa femme éloiguée de la cour et de lui. Enfin , à force de sollicitations, elle obtint la permission d'y paraître ; mais, ayant commis devant la reine une indiscrétion sur lei richesses qu'amassait son mari , il l'interrompit en disant : Oh Y madame la sotte ! vous vuiderez d'ici , et n'y viendra jamais» ( Esprit de la ligue , tome i.er , pag, ai6. )

(i) Par cette impiété, qui n'est que toute gaillardise- entre Iea> çéns de guerre , il se trouva environ six vingts , que femmes qu* filles dérobées durant ce siège , que les capitaines et soldats tenaient cachées , comme prisonnières, en chambre. ( Vielleville , t. 3, p. i35. )

(3) Ces archives étaient dans une chapelle de la cathédrale. L'évéque en fit briser les portes, et s'empara d'un gros livre et de plu-* sieurs parchemins.

On doit sans doute attribuer à la perte de ces manuscrits , let lacunes et l'obscurité qui se font remarquer dans plusieurs épo- 4{u*» dt l'histoire de Meta. ( Pièces m anus, tome IV, page 46. )

mesure : les paraiges sont abolis 5 les deux magistrats qui, seuls, avaient eu le courage de soutenir le poids de l'administration pendant le siège , et après la délivrance de la cite' , Roussel et Traval sont révoqués. Le pre'lat change la forme des élections. Il se fait designer, par chacune des paroisses assemblées, deux candidats entre lesquels il choisit lui -même les Treize, le 4 avril 1 553. Le Maître-Echevin est élu sous son influence. Ces magistrats sont pris dans la classe commune (1), et ils ont pour adjoints Tévêque suffragant. Le cardinal de Lénoncourt les instale lui-même. Dans le serment qu'il leur fait prêter, il n'ose encore se faire reconnaître souverain de la cité ; il s'en déclare seulement le seigneur spirituel ; mais il fait promettre à ces nouveaux élus qu'ils ne feront ne ligues , ne alliances , ne permettront en estre /aides sans son gré et consentement (2).

Après ce coup d'autorité qui détruisit la constitution rédigée en 1 1 70 , par Tévêque Bertram (3) , Robert de Lénoncourt racheta le coin de la monnaie épiscopale que Thierry deBoppart avait aliéné

(>) Le Maltre-Echevin était un notaire, le premier des Treize «'tait l'aubergiste de la Tête-HTOr , les autres étaient orfèvres ou inarchands. ,

(a) Pièces manuscrites , tome IV, page 34.

(*) Gês lois fondamentales de la citf , qui avaient régi les Messine pendant 38a ^ ans, avaient cependant souffert quelques altérations, car la première charte admettait aux. charges municipales tous lei citoyens de libre condition ; aussi les actes du gouvernement de la cité s'intitulaient dabord ainsi : Universitas cwium Metensium. ( Donation de l'octroi sur la laine et sur le chanvre , à la coUéjfûJ*

à la ville, le a3 septembre i383. (i) II députa vers le roi de France le sieur de Malroy , son neveu t porteur d'un mémoire , dans lequel , calomniant la ville qu'il accusait d'être secrètement ennemie de la France (a) , il demanda main-forte pour se faire

de Saint-Thiébault, année 1190. ) En ia36 , ia4i, ia45 : Nous f ly M aistrr-Eschcvin et ly Treize jurés et ly communiteiz de Mez. En ia5o paraissent seulement les six paraiges, dont les familles sont dénommées dans un accord relatif aux discordes civiles. Les actes qui suivent portent : Nous ly Maistres-Eschevin , etc. par le conseil <U tous les paraiges. En 1297, ces mêmes paraiges ne sont plus des gens consultés -, ils stipulent en leur nom dans le traité de paix fait avec la ville de Verdun , ly linaiges. Alors ils prennent une part directe dans le gouvernement de la république. Depuis cette époque , ils furent cités d.<ns toutes les chartes , dans tous les actes , avec les magistrats, les comtes jurés , las prudhommes , le conseil , les éwardours, etc. , autorités créées successivement pour contre— balanoor le pouvoir des familles de lignage ou de paraige, dans lesquelles les premières magistratures s'étaient concentrées , en ne sait trop comment, au mépris toutefois de la Charte rédigée pat l'évéque Bertram.

(1) Cet evéque ne fut pas le seul qui engagea aux Messins le droit de battre monnaie à son coin. Le 3o janvier 1 29a , Bouchard d'Avesnes le leur vendit pour cinq ans, moyennant une somme de 5 00 liv. messines. En janvier i3a4i Adémar de Monthil le leur céda gratuitement pour deux ans. Thierry de Boppart lui-même , avant de l'abandonner à perpétuité , l'avait accordé pour dix ans , aans aucun dédommagement. Cette monnaie devait avoir cours dans l'Evêché, à un messin ou sou messin pour deux tournois.

(a) Il disait dans son mémoire : „ Ils (les Messeins ) pratiquent „ ce qu'ils peuvent et pratiqueront toujours ce qu'ils pourront „ contre le roi pour retourner en leur liberté, et s'il plaît au— „ dict seigneur remettre mondict sieur le cardinal en ses droits „ et auctorité dessusdicts, il instituera aidtre forme de justice „ que celle qui est aujourd'hui si mal administrée, et ceulx qur „ y voudront contredire , il les mettra hors de la cité , et par ce „ moyen, il gouvernera sous l'obéissante du Roi. „ ( Pièces IV.)

reconnaître et obéir à Metz en qualité de Prince Régalien et de Seigneur temporel de la cité, offrant d'y construire à ses frais une citadelle , d'y recevoir garnison française à titre de protëction , et de fournir au roi 3ooo arquebusiers et 200 chevaux.

Malgré les efforts du prélat, pour régner sur la Pays-Messin , son autorité est faible et incertaine j les magistrats créés par lui ne sont point écoutés. Le Pays est en proie aux fureurs de l'anarchie. Les meilleurs citoyens s'en éloignent de nouveau. Dans cet état de confusion, le roi envoie à Metz M. de la Vielleville avec de pleins-pouvoirs (i).Le maréchal trouve tout en désordre dans la ville. Il publie une ordonnance sévère sur la discipline, fait punir du dernier supplice ceux qui osent l'enfreindre, se met lui-même à la tête des patrouilles , va fouiller, pendant la nuit , dans les Iogemens des officiers pour en arracher les femmes qu'ils y tenaient enfermées depuis plusieurs mois. Les maris recouvrent leurs épouses , les mères leurs^filles. Vingt-deux religieuses rentrent dans leurs cou- Yens (a). Le gouverneur avait apporté 4i5,ooo Kv.

(1) La lettre du roi aux Messins est du 18 mars i553. £11* •'exprime ainsi : Très— cher* et bons amys , nous envoyons le sieur de Vielleville... , présent pourteur à Metz y jpour y tenir lieu de nostre lieutenant , lui, ayant donné eharge d'avoir l'œil à votre conservation et garder qu'aucune force T violence ni exaction ne Vous soit f aie le, et de ceulx qui le feront , faire faire telle punitien et démonstration que les aultres y prennent exemple...

(a) M. de Vielleville voulut être conduit par toutes les rues et les visiter... On ne voyait que femmes et filles par les rues, qui «t reliraient à eourst chez leurs pères et maris.'. Vingt-deux rg~

( ait )

pour payer la solde : il la fait distribuer aux soldats eu sa présence , et veille scrupuleusement à

ce que la garnison pave ses dettes, (i) Les milices de Picardie et de Champagne désobéissent et se mutinent: le maréchal fait trancher la tète à trois de N leurs capitaines. On se révolte , ou se rassemble au Saulcy: les rebelles sont enveloppés, quarante perdent la vie en se défendant, le reste est pendu ou noyé. Les soldats de la garnison , répandus dans la campagne , se livraient à la maraude ou détroussaient les passans. Dix des plus coupables sont punis de mort. M. de Gonnor avait souffert que les campagnes fussent insultées et ravagées jusques aux portes de Metz par la garnison de Luxembourg. M. de Vielleville couvrit le pays de détacbemens, qui non-seulement en firent disparaître les partis ennemis, mais qui, à quinze ou vingt lieues à la ronde , enlevèrent le bétail , pillèrent les foires , et rapportèrent chaque jour un riché

butin à Metz (2). Désolé de tant d'incursions, le ^ »

ligicuses d'ancienne noblesse du pays de Lorraine que les grands de P armée avaient euletécs, du; ant te sicfr«, de fabbaye de Saint- Pierre , de Saintc-Glossinde , des Pucellts, eic. se sauvèrent quant et quant par ceste esmeute , et se vinrent rendre , contre toute espérance, en leur monastère... et les tenpit— on mortes on menées en France. (Mémoires de M. Vielleville , t. 3, p. il.)

(i) Cette ordonnance apporta une grande commodité' aux habitans , car ils ne pouvoient estre payés de ce qu\ls prêtaient aux soldats , sinon par la miséricorde de leurs capitaines , et le soldat liors de la cruauté de son capîtaiae , qui bien souvent jouoit sa monstre ou solde. ( Ibidem , p. 20 ;. )

(a) Le marécbal était merveilleusement secondé dans toutes .ces expéditions par les habituas de Marange qui lui servaient de guides et d'espions.

Page 1