‹ Dictionnaire du département de la MoselleChapitre 5 sur 118 · CM · texte numérisé non relu

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gouverneur de Luxembourg résolut enfin d'user de représailles , et s'avança secrètement jusque sous les murs de Metz. 11 s'engagea un rude combat auprès de Woippy. La victoire demeura aux Français. Les ennemis perdirent i5oo fantassins, 3oô cavaliers. On leur prit 120 chevaux et dix -huit drapeaux. On ne fit que 1 20 prisonniers , parce que la troupe se jeta en désordre dans les bois (1). Marsal , place forte de l'Evêché , était un repaire de bandits qui inquiétaient le Pays -Messin , le maréchal s'en empare: il met aussi une garnison française à Vie où Ton fabriquait de la fausse-monnaie messine , et il en fait briser les coins* Le cardinal courroucé, ose porter ses plaintes au roi. Loin de s'en mettre en peine , le maréchal fait occuper les autres villes de l'Evêché par ses troupes. Lénoncourt, dans son désepoir, se met sous la protection de l'empereur d'Allemagne. Il engage, dans sa querelle le duc de Lorraine , et assiège les Français à Vie : tandis qu'il dispute et qu'il négocie, iln'en persévère pas moins dans ses projets d'usurpation sur la ville de Metz : il veut en renouveller les magistrats , et recevoir encore d'eux le serment de fidélité ; mais il est prévenu et déconcerté par le maréchal qui , cette lois , les institue lui-même , et sans observer aucune forme d'élection. Il choisit les hommes les plus d«voués à la

(1) On raconte que deux garces de soldats qui estaient attèet de bon matin au bois , touchoient trois prisonniers devant elles f qui nyest pour rire , mais pure vérité, comme Us bergères leurs moutons, ( Vitllt ville , tome 3 , pag. 309. )

France. Androîa Roussel , républicain zélé , meurt subitement de dépit et de chagrin • mais le maréchal se concilie l'affection du peuple par la douceur et Téquité de son gouvernement. Il donne des fêtes aux notables , il excepte les veuves de logemens militaires , il allège le fardeau des contributions 5 il rappelle les protestans qui s'étaient retirés à Strasbourg, tolère leur culte, et n'omet rien de ce qui peut attacher les Messins à leur nouvelle patrie.

Dépouillé de ses propres Etats , perdant toute espérance de dominer jamais à Metz % le cardinal de Lénoncourt se retire à Vie j mais il n'en faut . pas moins toute l'habile té , toute la vigilance du maréchal pour conserver au roi une place que tant de gens voulaient , dans des vues diverses , soustraire à son obéissance. L'évêque ne fut pas le seul qui eut recours à Charles-Quint pour faire restituer cette province à l'Empire. M. de Vielleville surprit un conciliabule nocturne , où Ton fabriquait des mémoires à l'Empereur. Il lit noyer celui qui les avait rédigés et celui qui devait en être le porteur. Les autres furent pardonnés. Un aubergiste , nommé Clinchamp , lut accusé d'intelligence avec les Impériaux, mais les preuves* n'étant pas suffisantes pour le condamner à mort , on se contenta de le bannir. La conjuration la plus sérieuse fut celle des cordeliers de Metz et de la Chapelle-au-Bois (i). Leur gardien , séduit par la

(i) On ignore oà était située ctttf maison.

reine de Hongrie, gouvernante des Pays-Bas, avait introduit dans la ville trente officiers déguisés en moines. Us devaient la nuit mettre le feu à une centaine de maisons, et profitant de épouvante et de la confusion qu'aurait produit cet incendie , ouvrir la porte du Pontifroy à Tannée impériale. Ce complot fut éventé par un espion que le maréchal entretenait à Luxembourg. 11 n'en fut informé que le jour même où il devait s'exécuter. Le gardien est arrêté à midi, revenant de Luxembourg, les portes de la ville se ferment, les couvens sont fouillés, les faux témoins pris, la marche et les projets de l'ennemi découverts : le maréchal prenë aussitôt la résolution hardie d'aller à sa rencontre. Le 5 avril, il fait allumer de grands feux dans plusieurs quartiers , et part avec sa garnison. Bientôt on entendit les troupes impériales qui s'avançaient en toute confiance (i) vers Metz, où elles se flattaient d'autant plus d'entrer sans résistance , qu'elles voyaient les flammes s'élever de toutes parts. Lorsqu'elles eurent passé le village de Mézières , le maréchal les fit charger de toutes parts avec tant d^mpétuosité , qu'en peu d'instans la déroute fut complète. Ils s'enfuirent dans le

(i) Il y avait de nos ïiallebardiers couohcssur le ventre dedans te taillis , qui les eseoutoient deviser en marchant, dont l'un dit: Mortdiew ! que nous serons riches aujourd'hui ! et le grand service que nous allons faire à l'Empereur! L'autre disait : Nous le ferons rougir * car nous prendrons avec 3ooo hommes ce qu'il n'a pu avec ioe,ooo. L'autre : Je paillarderay tant ceste nuit , que j'en mourray, car il y a de fort belles femme* et filles à Met*. ( VieUtville, tome 3, page 373.)

morts et quatre cent cinquante prisonniers. Plus de trente seigneurs perdirent la vie dans cette expédition , entre autres le comte de Ludres et le duc d'Aremberg. Le mare'chal rentre victorieux à minuit, la ville est espontanément illuminée 5 on chante un Te Daum à la cathédrale , chacun y accourt, bénissant Dieu d'avoir échappé à un $i grand danger , et les habitans dressent des tables devant leurs portes pour raffraichir le soldat. Le lendemain, les trente militaires enfroqués furent promenés par les rues , un bâton blanc à la main , et , couverts de huées , ils sortent de la ville , en s'estimant heureux d'avoir été si légèrement punis* Quant aux vrais moines qui les avaient recélés, ils furent conduits à la tour d'Enfer. Ils en furent tirés, après un emprisonnement de six mois, pour subir leur condamnation. Le gardien devait être rompu , mais il fut trouvé mort dans son cachot, Son cadavre fut pendu sur la place du Saulcy, ainsi que l'effigie d'un de ses complices qui s'était évadé. Les dix-neuf autres cordeliers assistèrent a cette exécution, montés sur un échafaud. Huit «Tentr'eux, après avoir fait amende honorable, la torche à la main, fureut ramenés devant leur couvent , fouettés de la main du bourreau et expulsés de la ville avec les onze autres (1).

(1) Les mémoires du maréchal de Vieileville disent qu'on en pendit quatorze , et que quand on leur vint annoncer qVils de- Taient se préparer à la mort, ils accablèrent le gardien de reproches , se jeuérettl sur lui , lui donnèrent tant de coups ^4

II s'en était fallu de bien peu que ce complot ne réussît , et que la ville ne tombât au pouvoir des ennemis. Le maréchal jugea donc que, pour la mettre désormais à l'abri d'un cou$ de main , il importait d'y construire une citadelle. 11 y était encore déterminé par la nécessité d'imposer aux protestans du pays , dont les étroites liaisons avec * ceux d'Allemagne , lui inspiraient de justes craintes 7 quoique cependant , au risque d'être accusé de pencher vers la réforme , (i) il les eût toujours traités avec ménagement ; mais les fluctuations de la cour, qui passait alternativement de la tolérance à la persécution vles tenaient dans une perpétuelle défiance. D'un autre côté , la faction du clergé s'agitait pour faire passer la souveraineté dé la ville dans les mains de Pévêque. Le corps de la cité défendait à son tour ses anciennes franchises , et demandait de conserver sa liberté sous

la simple protection du roi (2).

en mourut. Il* ajoutent même : On ne pouvoit se garder de rirt de ceste sorte de confession, qui tomba en proverbe à la cour; car quand on voyoit des paiges et des laquais s'entrc-gourmer , on disoit qu'ils se confessoient comme les cordeliers de M eu. ( Tome 3 , page 3 j 1 . )

. (1) Le maréchal de la Vielleville Itaitde la faction qu'on appelait •lors Politiques , et qui conseillaient d'user de prudence et de douceur envers les protestans. 4 •

(2) Henri II, dans tous ses actes relatifs à la ville de Mete, ne prit jamais que le titre de protecteur. On laissa subsister jusque vers le milieu du dernier siècle, à la cathédrale et sur la place d'armes , deux inscriptions , dont Tune portait ces mois : Henricus secundus, Francarum rex, Gefmaniti et sacri imperii protector Et loutre : Carolo IXy GaUorum régi , Metensiam protector.

Pour comprimer tant de passions diverses, le maréchal obtint donc du roi , en i556, l'autorisation de bâtir une citadelle qui devait dominer la ville. Chacun y vit avec chagrin un moyen d'oppression. Aussi le maréchal avait à peine jeté les ' fondemens de ce grand ouvrage, que les inécontens ourdirent une nouvelle trame. Ils se servirent de deux sous-ofliciers Provençaux , auxquels • ils suggérèrent l'idée de livrer la ville aux Allemands pour venger la mort de leurs frères que le maréchal avait fait punir du supplice de la roue pour avoir violé une fille. La dépense que fesaient ces deux militaires , leurs fréquentes absences , sous prétexte de commerce , donnèrent des soupçons au maréchal , qui surprit à l'un d'eux l'aveu de son crime. Il fit aussitôt arrêter sans bruit tous les conjurés, les tint secrettement en prison , et les força de suivre leur correspondance avec le gouverneur de Luxembourg pour l'attirer dans un piège où il était d'autant plus facile de le fair« tomber, que déjà il s'était introduit déguisé dans la place pour en observer les fortifications. Il avait déjà dépassé Thionville avec sa troupe, s'avançant par une nuit obscure vers la ville , dont il comptait que les portes lui seraient livrées, lorsqu'un des conjurés s'évada et courut l'avertir que tout était découvert. Alors il s'en retourna précitamment , le maréchal qui l'attendait dans une embuscade 9 apprenant qu'il rétrogradait, se mit à sa poursuite, mais il ne put l'atteindre. Les traîtres, au nombre de trente-deux , furent écartelés ou pendus.

La ville était alors sans magistrats : les gens de Févêque s'étaient opposés à leur élection (i), et le cardinal de Lorraine, en retirant Pévêché au cardinal de Lénoncourt , pour l'engager à François de Bauquerre, s'en était réservé néanmoins le temporel; il intriguait de nouveau à la cour de France pour se faire reconnaître prince souverain de Metz, et en même temps il mettait, sous la sauve-garde de l'Empereur d'Allemagne ses domaines , qui, réunis au Pays- Messin , et confédérés avec les duchés de Lorraine et de Bar, auraient formé un état assez considérable : mais les Messins auraient souffert mille morts plutôt/ que de tomber sous la domination de leur évêque, et surtout d'un prince Lorrain. Us envoyèrent donc au roi une députation à la tête de laquelle fut le Maître-Echevin. Ils accusèrent l1 évêque d'avoir pillé leurs archives pour en faire disparaître les Chartres (a) qui attestaient la longue et glorieuse indépendance de leur république (3) ; le roi mit

(i) Le grand vicaire du diocèse et le gouverneur de Vie répondirent arrogamment aux magistrats qui étaient venus présenter la liste de leurs successeurs , que ce n'était aux paroisses à les faire et élire , mais estait à lui représentant le cardinal, et qu'il ferait tellement que de tota ceux qui ont esté éleus , pas un qui àeut estre Treize- ( Procès-verbal du *3 juin 1556 , preuves manuscrites- )

(i) Procés-verbal et enquêtes du 3o novembre x556. (Preuves manuscrites. )

(3) Mémoire au roi, du a6 novembre i556, ou Ton s'a t tache surtout à prouver que les évoques n'avaient jamais exercé aucune autorité dans Meta, et que lorsqu'ils avaient eu des démêlés ave* la ville , loin de faire valoir aucuns droits particuliers contre elle , ils n'avaient eu recours qu'aux bulles des papes et aux foudres de l'exconuaunicaliou*

fin à ces débats, en se faisant céder par le cardinal, le 19 décembre i556, tout le droit de justice, tant de Maitre-Echevin et des Treize, de forger et battre monnaie , et tous autres droits de souveraineté que icelui a , prétend , et lui peuvent appartenir en la ville et cité de Metz. En récompense de cette donatioii , le roi prit Tévêque et ses domaines en sa garde et protection. Les envoyés de la ville furent obligés le même jour d'y consentir par un acte où ils déclarèrent que , députés pour venir par devers S. M. pour être ouïs sur les droits de souveraineté prétendus par un sieur évéque de Metz en ladite ville , ayant entendu V offre et don que le cardinal en fait présentement à S. M., iceuac déclarent quHls les trouvent être très-bons, prqfitaibles et avantageux pour le service de S, M. et fort utiles et propices pour le bien de la cité.

Ces deux actes , passés à Saint-Germain-en-Lay e , furent ratifiés le 8 janvier suivant par le corps de la cité ; mais le cardinal parut se repentir d'avoir abandonné , sans aucune réserve ni restriction 9 ses prétendus droits de souveraineté sur le Pays- Messin. H fit donc un autre acte de cession , où il stipula que la ville resterait chargée de faire le devoir au St. Empire, de comparaître auoc diètes assemblées des états d'Allemagne, etc. que le Pape, le StJSiége et le* Corps Germanique seraient appelés à y donner leur adhésion. Le chapitre de la cathédrale , qui alors était très- puissant dans la cité , ne voulut dabord ratifier que cette dernière cession , sous le bon plaisir du Pape et non autres

ment , et à condition que le roi ne pourra élever à la magistrature que des personnes agréables k l'évêque.

Ces deux déclarations, Tune du mois de janvier, l'autre du 12 mars i557 , ne furent point admises au conseil du roi. L'intérêt de FEtat et la dignité de la couronne voulaient qu'on s'en tînt à la première. Le maréchal de Vielleville l'exigea, et l'on s'y soumit le 2 avril suivant. Ainsi s'évanouirent toutes les espérances du grand cardinal et des Princes de sa Maison.

Pour affermir davantage encore l'autorité du roi dans cette ville , on poussa la précaution jusqu'à se faire donner par le princier de la cathédrale et par les'abbés de Saint-Arnoult , de Saint-Vincent «t de Saint-Simphorien, une renonciation solennelle au droit d'élire le Maître - Echevin , droit dont ils avaient usé pendant trois cent soixantedix-huit ans. Ces renonciations sont des 22 et 43 février de la même année.

C'est ainsi que , sous l'apparence des formes légales, fut enfin consommée l'innovation introduite dans la création des Magistrats , pàr le maréchal de Vielleville , en i554- Dès-lors , ils cessèrent d'être les chefs d'une des premières villes libres de l'Empire d'Allemagne : ils ne furent plus que des Officiers du Roi. (1) Cependant Henry II

(l) La dignité de Maître-Echevin ou de chef delà République, •tait à Metz en si haute vénération, cjue lorsqu'on baptisait l'enfant dVi citoyen de Paraige, les parrains, par grande sottise , lui souîiaitoient aVestre une fois en sa vie, Maistre-Esehevia , ou pour U moins roi dê Franc «. ( Vielleville, tome t. )

et ses successeurs n'usèrent qu'avec une extrême circonspection de ce droit de souveraineté si singulièrement acquis. Us ne voulurent, pendant long-temps , que le titre modeste de protecteurs. ( i ) Ce ne fut qu'en i585 que Henry III prit celui de souverain seigneur , sans toutefois dépouiller entièrement la ville de ses anciens privilèges qu'elle £ défendait toujours avec beaucoup de ceurage et de persévérance contre les entreprises des gouverneurs et des agcns du* roi.

Les Messins ne cessaient d'adresser directement au roi des remontrances où ils exposaient , avec autant de liberté que de respect , leurs plaintes et leurs griefs. Ces représentations étaient ren-

- - m^mmmmm — , - r „ tl J

(i) Dans le serment qu'il» prêtaient au Roi, les Mistrals s'engageaient seulement à ne faire aucune ligue ni alliance sant te su et gré du roi Ils avaient donc conservé le droit de paix et de guerre, mais avec le consentement du roi. Henry II, François II , Charles IX ne parlent pas en maîtres dans leurs lettres aux Messins. On vit , en i558 , Henry II les engager à donner une place dWa/i ou de notaire à l'uu de ses serviteurs. Nous avons bien voulu , leur dit-il , vous en faire requeste en sa faveur , et vous prier que , pour Vamour de nous, veuillez de tant gratifier ledict du Ban, que de lui accorder cet état Sur ce, très-chers et bons amys, nous prions Dieu..., à Fontainebleau, le 7 apvril 155$. Dans un conseil tenu à Rheims, le 19 septembre i559 , François II déclare quï/ n'a moindre vouloir de les bien traiter et conserver en sa PXOTXCTWS que le feu Roy son père , les maintenir en tous leurs droits , franchises , libertés , etc.

Charles IX étant à Blois , rendit le 10 février i56a , en faveur des Messins, une longue déclaration , où il entendit conserver les dicts de Metz en tous leurs droits , privilèges et libertés, ne voulant souffrir que , sous sa PROTECTION, U soit rien innové eontre eux ; trouve bon que la monnoùt, tant d or que d argent % toit faicte dun coing ancien de la ville. Aussi dés-lors la ci lé rétablit sa monnaie , privilège dont elle usa jusqu'en i&iï.

royées par le roi , émargées de ses réponses sur chaque article. Souvent même il les accompagnait d'une lettre gracieuse (i). A force d'obsessions , ils recouvraient , de temps à autre, quelques-unes de leurs anciennes franchises auxquelles ils met-

(i) Ces lettres gérai eut trop longues à citer : il suffira d'en faire connaître quelques-unes. François EL écrit de Saint-Germain, le 3© juillet i558 : Très-chers et bons amys..., nous tous prions „ estre asseurez' que recevrez de nous non moindre faveur et bon „ traitement que vous ave* eu de lui (Henry II) mais davantage t, tout le soulagement plaisir et gratuite que nous pourrons pour » vestre repos et tranquillité. „

Une lettre de Charles IX, datée de Boulogne , le 5 décembre

i563, porte:,, Très-cuers et bons amys , tout ce qui vous

ti touchera, nous sera toujours singulièrement cher et recom- „ mandé. „

Une autre écrite d« Blois , le 9 décembre i555 , dit : „ Trésâ, chers et bons amys... , vous prions de croire que tout ce que 9, nous oognoistrons appartenir au bien et conservation de vostre », Estât , nous l'embrasserons d'une entière et parfaite affection. „

I* i5 mars 1576 , Catherine de Médias écrivit de Paris aux

Messins , en ces termes : „ Messieurs , comme vous le mérite*

«, bien , le Roi a un singulier desir de vous satisfaire et contenter, «, et vous pouvez tenir asseurez que je y tiendray la bonne main, „ comme celle qui vous ayme. „ A cette lettre était jointe une de Henry m , non moins affectueuse.

Pendant la guerre civile , les Messins, toujours fidèles au souverain légitime de la France avaient prêté à Henry II1 108000 fr. t ou 840,000 euviron d'aujourd'hui. Le roi, en reconnaissant cette dette par une lettre du i5 mars 1578, leur dit-n qu'il la regarde „ pour la plus raisonnable du monde et si bien méritée d'eulx* „ tant pour la franche volonté et affection qu'ils nous ont montrée ,, en nous secourant si promptement, que pour nous avoir fait 1, cognoistre en toute occasion leur bonne et entière dévotion... „ sur ce nous supplions le créateur , très— chers et bons amys....

Le 3o mai de la même année , il leur écrivit dans des termes plus flatteurs encore : „ Très-chers et grands amys... , nous reconnais- „ sons assez avec quel bon zèle , vous marches en tontes choscj m qui concernent le biea de nos affaires; „

talent tant de prix , comme le témoignent leurs nombreuses doléances (i) ; mais ils ne tardaient pas d'être de nouveau troubles dans la jouissance de ces immunités. De tous les rois de France , aucun cependant ne les leur garantit dans des termes plus positifs et plus solennels que Henry IV et Louis XIII (2). Cela n'empêcha pas qu'insensiblement le président de justice , les procureurs généraux envoyés dans la province n'usurpassent

(1) Ces cahiers sont an nombre de vingt-cinq, depuis 1 559 jusqu'en 1626. Outre des protestations continuelles sur les atteintes portées aux droits de la cité , on y trouve souvent une peintura curieuse des extrémités auxquelles la ville était réduite par la nécessité de solder et de nourrir les troupes que le roi était dans l'impossibilité* de payer au milieu des troubles et des dissensions religieuses.

(a) Les Messins s'étaient dévoues pour Henry ni , et après l'assassinat de ce prince , ils se déclarèrent aussitôt pour Henry IV qui , le as juin i$oo , leur écrivit du camp d'Aubervilliers : „ Voue „ faictes sy bon devoir en ce qui s'offre pour le bien de nostre „ service...., que le contentement que nous en recepvons aug— „ mente grandement nostre bonne volonté en vostre endroict...» „ Vous asseurant que sellon que vous avez participé aux maul* „ que les traverses de nos ennemys nous ont apporté , nous vous

ferons participer aussy au repos que nous espérons à tous nos „ bons subj«ts , et à ceulx qui sont soubs nostre protection % f1 comme vous,

Ce boa prince leur tint parole ; en confirmant leurs privilèges par son édit daté de Rouen, en janvier 1597, *c r0» ^eur dit...: » Combien debvons-nous embrasser volontairement leur conser— „ vaùon, s'étant pendant le temps le plus calamiteux... maintenus „ fermes soubs nostre puissance , n'en ayant voulu recognoistre yi ny subir aultre , combien que le désordre fuct grand parmy „ nos subjets mêmes ; et d'aultant plus ont témoigné leur fidélité „ à cette couronne que , pendant cet orage , ils ont seuls contri- « bné.aTtt tant dt paUcacs it de libre volonté à l'entrettanemeat

sur l'autorité des magistrats (i). Elle subit peu à peu tant de restrictions qu'elle était devenue presquenulle, lorsqu'en i633 fut créé le parlement (i). L'institution d'un bailliage, en i634, acheva de ruiner la juridiction du Maître - Echevin et des

„ de nos garnisons ( * ) , et secouru en tant d'aultres occasions ,, nostre nécessité , qu'à jamais cette couronne demeurera rede— „ vable à cette cité de la conservation et restait ration d'ycelle % ,, à laquelle les habitants d'iceluy ont travaillé, peiné, veillé plus

volontairement que nosdicts sujets mesmes. Ayant ainsi bien ,, mérité de nous , et nous ressentant de beaucoup obligés de re— ,, cognoistre leur fidèle «debvoir , nous ne voulons avoir moins „ désir que nos prédécesseurs de les protéger et les conserver en

leurs anciennes et accoutumées liber tés, etc.

L'édit rendu dans le mois d'octobre ifiio, par Louis XIII, confirme ces mêmes libertés , et donne pour motifs lé devoir sign&lé que les Messins ont rendu , dès le commencement du règne de Henry IV, pendant les plus grands troubles du royaume , lesquels 9 Jusqu'à présent , sont demeurés fermes et immuables sous foiéts — s once de la couronne' t>

(i) On voit dans une lettre écrite le i.*r avril i55o,, au maréchal de Vielleville, par les magistrats de Metz, que le premier des présidens de justice fut M. de Laubépine , et qu'en i55^, il s'était interposé pour faire punir un nommé Hensienne qui, dans la chaleur des disputes religieuses, avait souille lté l'abbé de Saint- JEloi devant le portail de la cathédrale. La correction qu'il reçut alors ne le guérit 'pas, puisque , deux ans après, il osa donner hautement un démenti à l'évèque préchant , le jour de Pâques , dans l'église de Saint— Aruoult. Cet homme, poussé de la folie et intempérance cC esprit , fut cette fois condamné à faire amende honorable.

(a) Cette cour fut installée lt 36 août i633. Elle est 1 57 ans d existence , et se distingua constamment par la simplicité et l'anstéritc de ses moeurs, par une haute intégrité et parla sagesse de ses arrêts et par un dévouement inaltérable au Roi.

J'j Us avaient prtté à Henry IV , quatre cent mille écus, ou environ trois ions de notre monnaie actuelle, somme prodigieujo ahrs, puisque 1rs tesettts du trésor at s'élevaient pas au-dessus de sept millions.

Treize (i). Enfin , le Pays-Messîn ayant été définitivement incorporé à la France, en 1648, par le traité de Westphalie , il forma, avec Toul et Verdun, la province des Trois-Evêchés (2).

jusque-là les rois de France n'avaient été censé tenir ce pays qu'à titre de protection. Sa réunion n'a donc été solennellement reconnue et consentie qu'un siècle après qu'elle eut ouvert ses portes à Henry II. Aussi , dans ce long intervalle , elle voulut se considérer couime appartenant toujours à la confédération Germanique, On lui réclama son contingent dans la guerre que l'Allemagne soutint contre les Turcs. (3) Les empereurs protestèrent

(1) Les Treize furent supprimes par un édit du mois d'août 1G34. Pendant plus de quatre siècles , ils avaient jugé toutes les affaires civiles dont l'appel cuit porté devant le Maître— Echevin et son conseil , qui prononçaient en dernier ressort , et sans qu'il eut jamais été permis de recourir à la chambre impériale. Plusieurs habitas* de Metz ont été bannis en divers temps , pour avoir osé* tn appeler à eette chambre.

(3) Ce traité porte: Or afin que ladite paix et lVmitié entre l'empereur et le roi très— chrétien s'afiermissent de plus en plus, et qu'on pouveie d'autant mieux à la sûreté publique , c'est pour cela que, du consentement , et conseil et volonté des électeurs, des princes et des états de l'Empire, pour le bien de la paix, on est demeuré d'accord :

Premièrement , que la suprême seigneurie , les droits de souveraineté , et tous autres droits sur l'évéché de Metz, de Toul et de Verdun , sur les villes du même nom et sur toute l'etend ie de ces évéchés, nommément sur Moy envie ', appartiennent à l'avenir à la couronne de France , et lui soient incorporés perpétuelle" ment et irrévocablement de la même manière qu'ils appartenaient jusqu'ici à l'Empire Romain.

(3) Un mandement impérial d>i 5 septembre i5?7 taxais ville % a5 cavaliers, x5o famassùis et à 900 florins par mois.

contre les changemens introduits par les rois de France dans la constitution de la cité (i). Les Messins eux-mêmes firent de vives remontrances sur l'érection d'un parlement qui devait porter le dernier coup à leur indépendance.

Toutefois* les rois avaient souffert que les Messins traitassent en leur nom avec les princes voisins , et notamment avec les ducs de Lorraine , au sujet des droits régaliens , des droits de douane , de transit, de souveraineté sur certains villages (2). Mais, dans la lutte continuelle et souvent impuissance des magistrats contre les agens civils et militaires du roi, la plupart des premières familles, qui jusqu'alors s'étaient partagé le gouvernement de l'Etat , ne pouvant se résoudre à vivre sous une domination qu'ils regardaient comme étrangère, prirent successivement le parti d'émigrer. Il n'y resta presqu'aucune personne de paraige(3). Cette émigration enleva de grandes richesses à la ville.

(1) Lettre de l'empereur Adolphe aux Messins, en date du >4 janvier 1603. 11 se plaint de ce que les actes du gouvernement de la cité étaient intitulés au nom du roi de France. Res novas moliri. . . ut pristùnus rerum status mutetur.

Dans une lettre du 17 janvier 161 4, l'empereur Mathias proteste •entre rétablissement d'une cour souveraine à Meâx.

(2) Des négociations entamées entre la ville et le dac de Lorraine, depuis i56o, furent enfin terminées en 1604 , par M. Ferriet, mitain et conseiller de Metz , assisté de M. Legoulon , secrétaire de la ville. Le traité fut ratifié par le roi , lt 18 juin de la même année.

(3) Dans une liste des magistrats nommes depuis 1 557, jusqu'en 1626 , on ne treuve que l«s Tr aval et les de Villers qui soient feus des partages.

D'autres causes de décadence achevèrent de la faire descendre du haut rang qu'elle avait occupé parmi les grandes villes d'Allemagne.

La plupart de ses faubourgs avaient été brùléa pendant le siège : le reste fut rasé pour démasquer les nouvelles fortifications. Ainsi disparurent le grand nombre de maisons , d'hôtels , de palais et d'églises, qui couvraient les côtes de Plautières et de Belle-Croix, les plaines de Chambière , de Saint- Eloi , du Ban-Saint-Martin et du Sablon, s'étendaient depuis Moulins jusqu'à Marly, et dont les rues étaient pavées , de temps immémorial, avec autant de soin que celles de la ville (i). Deux quartiers considérables de la cité furent détruits pour construire l'arsenal et la citadelle (2), Elle perdit ainsi près des deux tiers de son étendue et de sa population (3). Ce qui resta d'habitans fut excessive-

(i) Le long àtour sur les parés, porte : „ Cbascun an, doict panre sept hommes qui doivent faire parier en mes et dedans les bourg de més. „ Il est de i3o3. Un autre de i3i5 , contient à-pcu-préi les mêmes dispositions.

{1) Dans les cahiers adresses au roi , en iS65 , on dit n qu'il a été faict ruyne de fauxbourgs de la cité où y avoit grande quantité de maisons , églises et aultres bâtiments revenant au nombre de plus de douze à quinte cents , et de quinze ou seize églises * où les bourgeois ont souffert une merveilleuse perte. t>

m Qu'outre lesdictes ruynes fut fatet retranchement d'une bonna partie de la vOfe du côté de la porte Sainte-Barbe : n

* Que les paulvres habitans ont souffert grand dommage à causa de la citadelle, m

(3) Voir la préface du voyage de Henry IV à Metz, en i6o3, « Si nous nous reportons à ce que les Vestiges anciens nous en remarquent , nous croirons que Met* avait plus d'une lieue de longueur et pas moins de largeur. „

ment foulé par les logemens militaires. Ils étaient presque toujours obligés de nourrir, d'habiller, de solder une garnison nombreuse qui , souvent poussée aux dernières extrémités par l'épuisement des ressources du trésor royal et de la ville 7 se répandait dans les campagnes , pillait les récoltes, arrêtait aux portes les denrées qu on amenait à Metz, et qui enfin , ne trouvant plus rien à prendre , s'abaissait à mendier.

Dans plusieurs de leurs cahiers de doléances* au roi, les Messins fontuue peinture aussi naïve qu'affligeante de ces calamités (i), auxquelles il était impossible de remédier sous les règnes orageux de

(i) Le i5 mars iSS^ , ils disent : „ H ne reste plus au corps ti de cet eut qu'un iaix de depies insupportable.... La meilleure „ et plus grande partie des bourgeois se délibèrent, pour éviter plus grands maux et oppressions , de vuider la ville et abandonner leur patrie ... La misère du temps a réduit yos pauvres soldats à cette extrémité , qu'ils sont contraints chercher et maudier leur vie de porte en porte. . . Qu'il plaise donc à V. M. bc'oignement prester l'oreille à nos plainte* et nous délibvrer des peines indicibles auxquelles nous sommes exposés. „

Du i5 janvier i588 : „ Les oppressions et violences de vos sol-

„ dats sont plus que barbares sur nous misérables Au lieu

„ d'estre récompenses , nous reeepvons ung traitement plein d«

toute indignité et pire que les criminels de V. M... En nos „ maisons le se Ida t nous traite comme on ferait le rébelle. Voilà „ la récompense de nostre tant de fois expérimentée fidélité et „ libéralité, de laquelle nous avons usé en plus grande promp-

titude qu'aultre de vos subjtts naturels... V. M. permet que

nous soyons plus vexés... , que ne sont ceulx qui sont sous la „ cruauté Turquesqne... t) Le roi leur répondit le 18 mars : t) Trés- „ ebers et bons amys.. . . je vous dyrai que je suis après à remuer „ tous moyens... de vous faire sentir le bon et favorable traite— „ ment que vous meniez. . . .

François II , de Charles IX et de Henri III , et surtout dans les guerres de la ligue. Cependant ils n'en demeurèrent pas moins fidèles à leurs nouveaux souverains ^ et tandis que Paris refusait de reconnaître son roi légitime , les Messius furent les premiers à se déclarer pour Henri IV. Ils firent eux-mêmes la guerre à Charles II leuréveque, et à Charles III son père , duc de Lorraine , lesquels soutenaient la rébellion du duc de Mayenne. La fortune seconda les Messins dans la sainte cause qu'ils avaient embrassée. Entrés en campagne dès le 25 lévrier i5<)0, ils battent les Lorrains auprès d'Ars-Laquenexy , se rendent maîtres de tout le pays jusqu'à Boulay. Les châteaux forts de Goin , de Louvigny, de Saiily, les villes de Château- Salins et de Moyenvic tombent en leur pouvoir. Il y font un immense butin qui est ramené à Metz. Norroy-devant-le-Pont est pris et pillé (i). Pont-à- Mousson est menacé : les Lorrains marchent à son secours ; rencontrés par les Messins à Bouxières , ils sont défaits et poursuivis jnsques sous les murs de Pont-à- Mousson , où les Messins seraient entrès , s'ils avaient su profiter de leurs avantages. D'un autre côté, des partis qu'ils poussent jusqu'à

(i) Apres avoir abattu la tour de l'église , on en amena les cloches à Metz , où elles furent long-temps suspendues dans le clocher de la paroisse de Sainte— Croix. L'une d'elles servit jusqu'en 1791 , à annoncer la retraite aux liabitaus de la ville. On la sonnait régulièrement depuis neuf heures trois quarts jusqu'à dix heures du soir. Alors tous les cabarets et cafés devaient être fermés. Cet ancien usage a été rétabli par une ordonnance de police du mois de novembre itftG.

Sierck, ruinent le château de Réthel , et enlèvent dans la campagne tout ce qu'ils peuvent.

Le duc de Lorraine voyant ses Etats dévastés f rassemble toutes ses forces , s'empare de Marsal t où commandait le fils du gouverneur de Metz. Il recouvre Château-Salins; mais la garnison messine en sort avec armes et bagage. Chemin faisant , elle taille en pièces une troupe de Lorrains dont elle ramène l'artillerie à Metz. Les Lorrains irrités reprennent d'assaut le château de Louvigny,dont ils pendent la garnison aux arbres du village. Comptant sur les intelligences qu'ils s'étaient ménagées à Metz , ils marchent contre cette ville , s'arrêtent à Moulins et fortifient l'entrée du pont (i). Les traîtres sont découverts : un ligueur , gentilhomme français et un chanoine de la cathédrale sont décapités. Les Messins prennent tous les armes 5 cette résolution unanime déconcerte le duc de Lorraine; la peur le saisit , et il décampe au milieu de la nuit.

On sentit des deux parts la nécessité de mettre fin à une guerre aussi acharnée. Les princes Palatins s'interposèrent pour procurer une trêve qui fut signée à Novéant , le 28 septembre 1 590 , entre Jean de Lénoncourt , conseiller du duc de Lorraine , et Pierre Joly, secrétaire de la ville. Elle ne fut ratifiée par le roi que le 38 avril suivant (2).

(i) La Moselle coulait alors sous le pont de Moulins.

(a) La lettre du roi est datée de Sentis. On y remarque U passage suivant : „ Nostre protection vous sera autant favorable que „ «elle des rois nos prédécesseurs , à quoi nous ajouterons encore ti davantage sy nous pouvons , pour la singulière affection que „ vous nous avex témoignée dès nostre advénement à la couronne. &

Quoique la guerre n'eût duré que oeuf mois , la plaie fut néanmoins profonde et lente à se cicatriser. La crainte que les hostilités ne se renouvellassent à chaque instant , le passage fréquent de troupes françaises et étrangères faisaient suspendre les opérations du commerce et les travaux de l'agriculture. Cet état d'anxiété dura jusqu'en i595 que la Lorraine fit sa paix avec Henri IV (i).

Âpres les longs troubles de la ligue 5 les Messins furent tourmentés d'une violente oppression. Le •ieur de Sobolle, gouverneur de la ville, qui avait toujours vécu dans une étroite alliance avec eux , et dont il avait été puissamment secondé contre les ennemis du roi , sembla vouloir les punir tout-àcoup de leur dévouement. Son" avarice , sa cupidité n'ont point de bornes. Sa tyrannie est insupportable. Il prend l'argenterie des églises , vole l'hôpital , confisque les successions à son profit , porte les déshonneur dans les familles, cfcange en casernes les maisons dont il chasse les propriétaires , ou

(i) Les cahiers de doléance de* moi* de juin tSqi et décembre. 1594, disent que le bétail est perdu et les terres en friche *, que 1rs habiuns ruinés ont été réduits à rendre jusqu'à leurs meubles , et que, malgré tant de fléaux, Os ont encore avancé à U garnison une somme de 425,ooo écus. Aussi , disent— ils dans on* requête au roi, du 26 novembre i5qi : „ Ce pauvre peuple.... ayant exposé jusqu'à présent tous ses moyens et substances. . . , il ne lui reste plus que la seule vollunté de vivre et de mourir pour le service de S. M. „ et ailleurs : „ chose grandement déplorable et digne de commisération , le pays est ruyné , désolé et

abandonné t est très-certain , Sire , qu'à faulle de vostr*

secours, les habitants seront contrainets, comme jà plusieurs ont faict, de quitter la ville... i> Pièces manuscrites.

bien il y établit des baladins. Les boutiques de soierie et d'orfèvrerie sont pillées pour fournir aux fi ais de son mariage. Il de'pose les magistrats , vend ^ justice , enferme les notables , soit à la citadelle , soit dans le château de Pontoy. Les curés des villages ne sont pas même à Tabri de ses rapines : il impose à une forte amende ceux de Marly et de Cuv jy 5 parce qu'ils avaient osé se plaindre de ce qi^on enlevait les chevaux des laboureurs (i).

Pour étouffer les plaintes des habitans, il accuse faussement de haute trahison les personnes les plus considérables de la ville (a). Le parlement de Paris proclame solennellement leur innocence et reconnaît leur fidélité (3). Le roi envoie à Metz le duc d'Epernon pour réprimer la conduite de Sobolle } celui-ci s'enferme dans la citadelle et refuse d^obéir. Enfin Henry IV y vint lui-même. Sobolle est confondu , sa tyrannie cesse, et les Messins doivent

(1) Le cahier présente' au duc d'Epernon , le *6 novembre 1601 , coutient quatre-vingt-six chefs d'accusation contre M. de Sobolle. Pièces manuscrites.

(>) M. de Sobolle avait supposé une conjuration, dont le but aurait été* du livrer la ville à l'achiduc Albert d'Autriche. Les accusés étaient Praillon, Coppern , Legoulon , Sertorius , Lebachelé, Bou! tomme et Joly , procureur général.

(3) L'arrêt du parlement ast du 20 septembre 1601. Il fut confirmé par des lettres-patentes du i.«p octobre suivant. Joly, procureur général, obtint une justification encore plus éclatante. Le roi fit publier, en avril 160a, une déclaration en sa faveur } il l'accompagna d'une lettre au président de la justice : an y remarque cène phrase: Sa justification est entièrement due à Tiu— té-rité de sa vie."

au meilleur des rois de recouvrer la se'curité et le bonheur (i).

Une autre cause de troubles , de discordes et de dépopulation, fut le schisme de Luther qui, dès son origine, s'introduisit à Metz. Vers la fin de io23, il y avait déjà fait des prosélytes (2). Les habitans étaient alors frappés de terreur; on annonçait un nouveau déluge (3). Cependant deux hardis novateurs qui avaient osé prêcher publiquement, furent congédiés (4) 5 un troisième plus adroit eut plus de succès : c'était un augustin qui,

(î) Henry IV arriva le 14 mars 16 ^ à Metz, et n'en parût que le i.Cf avril. 11 reçut dans cette ville l'accueil le plus magnifique et en lut touché. Dans deux lettres qu'il écrivit au duc de Sully, Tune le i5 mars et l'autre le «22, il dit : n J'ai été bieq vu et bien reçu de ce peuple qui désirait fort de m'y voir. Cette ville est des plus belles et trois fois plus grande qu'Orléans. . . comme ma présence y était nécessaire... de quelle importance elle est. *o

Le roi donna audience à plusieurs princes d'Allemagne, déclara les étrangers inhabiles à posséder des bénéfices dans les Trois— Evéchés, et consentit au rappel des jésuites.

La relation du voyage de Henry IV à Metz, fut imprimée danf celte ville en 1610, par Abraham Fabert, père du maréehal de ce nom. Les gravures sont de Sébastien Leclerc.

Par centrât du 26 août i6o5, la ville donna, à titre gratuit, au sieur de l'abert, l'emplacement de l'hôtel appelé le Palais- Royal, pour Pindemniser de la publication de cet ouvrago, auquel il travaillait alors.

Cet hôtel, qui était» situé à l'extrémité de la place de la Pré-fecture, fut démoli en 181 o.

(a) Le schisme de Luther ne se déclara ouvertement qu'en i5n.

(3) Les pluies furent si abondantes au mois de mars, qu'elles relevaient au-dessus des arches du Pont— des— Morts, d et ne n voyoit-on que eau depuis Joy jusqu'à Thionville. d ( P. M. )

(4) L'un était un moine marié , et l'autre un jeune prêtre séculier.

sous prétexte de censurer les mœurs déréglées du clergé , attaquait les dogmes du Catholicisme. La malignité de ses sermons attirait la foule } il s'était fait dans le peuple un parti si puissant , qu'on n'osait l'arrêter. Alors on usa d'un stratagème pour l'attirer hors de la ville. Pris dans les bois de Chambley par les gens de l'évêque , il fut conduit k Vie et brûlé vif (i). Son supplice causa une émotion populaire. Les ecclésiastiques , menacés de toutes parts , furent réduits à se cacher } d'au-* très s'enfuirent et leurs maisons furent pilléej. Alors on vit paraître d'autres prédicans. Le plus hardi d'entre eux fut Jean Leclerc, cardeui: de laine à Meaux. Banni par le parlement de Paris t il se réfugia dans cette ville. Les magistrats , alarmés delà violence de ses discours, ne tardèrent pas à lui faire son procès. II fut torturé au Champ* à-Seille et brûlé vif. Un imprimeur son complice fut banni , après qu'on lui eût coupé le nea et les oreilles.

Cependant ces exemples de sévérité n'empêchèrent pas Jossani , chanoine de la cathédrale , les curés de Saint-Livier etde Saint-Gorgon d'embrasser le Protestanisme.

Dans le même temps 1 les Anabaptistes entraient en Lorraine , soulevant les paysans au nom de l'égalité. Le duc Antoine appelle les Messins à son secours pour l'aider à repousser ces furieux.

(0 Ce moine apostat se nommait Jean Chastebio. Il fut conduit tu supplice le 12 janrier i5a5, rerêtu d'un habit de yjgneron.

Battus deux fois près de Sarreguemines , ils sont entièrement défaits sur les frontières de l'Alsace, Il en périt environ 48,000 dans ces trois combats.

Il s'écoula seize ans sans que le Protestanisme parût faire des progrès; mais en i5{3 , Gaspard de Heu qui professait cette religion, étant devenu Maitre-Echevin , il lui accorda une protection ouverte. Guillaume de Furstemberg parut alors devant Metz avec une petite armée pour seconder les projets de Heu, Il envoie dans la ville des émissaires qui sont insultés. Pour réparation de ces outrages, il obtient que les Luthériens auront l'exercice public de leur culte dans l'église de Tliôpital Saint-Nicolas (i). Le fameux Guillaume Farel vient y prêcher. Il excite des dissensions qui le font bannir : il se retire à Montigny d'où il souffle encore la discorde. Ses plus zélés partisans sont chassés de la ville au nombre de treize t entre lesquels un Ancillon. Farel va s'établir à Gorze, il en est expulsé. L'Empereur seconde la sage ièrmeté des magistrats. Une ordennance publiée en son nom, le i3 octobre i543, interdit sévèrement à Metz toute nouveauté religieuse. Cette ordonnance s'exécuta si ponctuellement que, le 26 du même mois, il écrivit d'Avesne aux Messins pour leur en témoigner sa satisfaction. •

Dix ans se passèrent ainsi ; et le protestanisme était encore comprimé , lorsqu'en i55* Merz

(>) C« trait» «*t d* 16 mart 1442,

ouvrit ses portes aux Français. Il paraît cependant que cette secte nen était pas moins devenue puissante , puisqu'après la levée du siège, en janvier i553, le duc de Guise fut obligé de publier une ordonnance contre elle , et de faire brûler publiquement les livres entachés d'hérésie. Craignant la persécution , la plupart des luthériens de Metz se retirèrent alors à Strasbourg. Politique habile, le maréchal de la Vielleville s'empresse de les rappeler aussitôt qu'il est nommé gouverneur de la province. LTofhcial les recherche, les inquiète, mais le maréchal les protège et les contient toutefois dans de justes bornes. Il ne souffre ni assemblées, ni culte public. Mais sans doute mécontens d'être resserrés dans les limites d'une tolérance si faible , si incertaine, et animés surtout par ceux de Strasbourg, ils résolurent d'appeler à leur secours les Princes Protestans d'Allemagne pour obtenir de plus grandes concessions. Ces menées donnèrent de l'ombrage à M. de la Vielleville: il fit arrêter un apothicaire banni de France, et Emmanuel Trénel, juif de Ferrare, qui, après s'être converti au catholicisme , s'éiait fait huguenok Ces deux turbuleus étaient les principaux artisans des troubles religieux; mais te roi François II voulut ùser de plus de rigueur. Par un édit du 5 octobre 155g , il ordonna de chasser de Metz tous les huguenots.

Les magistrats résistent (i) et opposent au roi la — H — , ■ ■

(i) Leurs remoutrances sont du i5 octobre et du 5 décembre x55g. Ils disent dans la dernière : >i Nous avons communique vos r> lettres à nos bourgeois dont se trouve ung bien grand nombre n suiYans la confession d'Ausbourg. * .

protection que les princes d'Allemagne accordent à ceux de leurs concitoyens qui suivent la doctrine de Luther. Cependant M. de Senneterre,qui gouverne par intérim en l'absence de M. de la Vielleville, traite le$ pi otestans avec une extrême dureté. Les Princes Palatins réclament hautement en leur fafaveur, et fou est force' de leur céder l'église de Saint-Privat pour y faire l'office, qui jusqu'alors n'avait été public que pendant quatre mois en i543, lorsque Guillaume de Furstemberg se présenta devant Metz.

Cette publicité grossit rapidement à Metz le parti protestant. On y vit les Gournai , les Harancourt , les Barisy embrasser le calvinisme. M. de la Yielleville fut contraint de permettre la construction d'un temple dans le quartier du retranchement. Il ménageait ainsi les huguenots pour ne pas indisposer les priuecs d'Allemagne , et en même temps il poussait avec vivacité les travaux de la citadelle pour se rendre maître de la ville , et pouvoir imposer aux mutins.

On vit alors affluer à Metz les bannis de France 5 Farel y reparaît plus fanatique encore que jamais. Plusieurs religieuses se marient , Tune à un chaussetier, l'autre à un cordonnier, celle-ci à un Bernardin : Iç nombre des moines apostats augmente charpie jour (2). Le clergé se plaint amèrement, mais il n'est pas écouté. Les huguenots forment

» mm «

(1) Ces moines se Usaient ministres, et M. de Madaure observe que -p formés et pétris de Tescume des cl ois très, ils ont toujourè % été les plu$ YiotcnU. r, Hercsiu de M«U, page VJ7.

alors la moitié de la population. Ils ont à leur tête le Maître-Echevin : ils établissent un collège. Le frère de l'amiral de Coligny vient épouser pompeusement, au temple de Montoy, la sœur du comte de Salm,

Le roi est à Bar-le-Duc : les protestans et les catholiques députent vers lui : il ne prend aucune résolution. L'évêque, pour ranimer le zèle et fortifier la piété des fidèles , institue la procession de l'octave de la Fête-Dieu. D'un autre côté , Farel revient encore à Metz et cathéchise. Le gouverneur d'Ânsance penche pour les protestans : on cherche à rendre sa tolérance suspecte au roi , tandis qu'il met tous ses soins à concilier les esprits. La guerre civile éclate erç France. Les Messins refusent de s'armer contre le roi , mais les protestans veulent opprimer les catholiques. Les prêtres ou prennent la fuite ou se réfugient dans la citadelle. Le cardinal de Lorraine dépouille la cathédrale et les églises pour faire la guerre au roi (i). Le duc d'Aumale ravage le Pays - Messin , et détruit lei temples. Un minisire est assassiné à Yallières.

Les dissensions religieuses étaient poussées au plus haut point , lorsque Charles IX vint à Metz le 23 février 1 569 , pour arrêter la marche du duc des Deux-Ponts. Il demeura dans cette ville jusqu'au 1 ^ avril. Le dimanche des rameaux , tandis que k grand cardinal prêchait devant le roi a

(1) il y avait été autorisé par une bulle de Pie V, sous prétexte 4e combattre les hérétiques. Entre autres riches joyaux, M prit à la cathedra!* un crucifix d'or de cent marc s.

ta cathédrale , une chauve - souris voltigea clans l'église , présage sinistre qui fut diversement interprêté } mais dans la nuit suivante, arriva la nouvelle de la bataille de Jarnac. Les protestans furent consternés. Un savetier du Champé, qui déplorait cette défaite , est jeté dans la Seille. On abat le temple du retranchement, mais la fermeté de M. de Yielleville empêche qu'on ne commette d1autres excès : il fait évader les ministres par les grilles du Rhinport, en Chambière. Le 6 avril, le roi fait publier une ordonnance qui interdit les temples des protestans , et supprime leurs écoles.

L'année suivante , les protestans sollicitent en Vain le rétablissement de leurs églises (i). C1est alors que, rebuté des rigueurs de la cour envers les Huguenots , ou éclairé sur ses erreurs , le curé de Saint-Livier , veuf de la femme d'un notaire , abjure ses hérésies , et rentre dans le giron de FEglise.

Cependant, le a3 avril 1571 , le roi promet de rouvrir le temple de Courcelles. Le 10 maif cette autorisation est révoquée. Enfin f le i4 octobre , le culte protestant est toléré à Montoy , et malgré les oppositions sans cesse renouvelées des catholiques , malgré les remontrances du grand cardinal, il s*y exerce paisiblement jusqu'au jour de la Saint-Barthelemy 1572. MM. de Thévale et

(1) Une lettre de Catherine de Médicis aux Messias fur ce» objet, et datée d'Ecouen le 16 octobre 1570, porte pour suscriplien: aux magnifiques seigneurs, les Ma) tres-Eche yins , ete.

de la Viellevllle préservent Metz des massacre^ Seulement ils font fermer les temples, mais bientôt le maréchal de Retz leur succède. A son arrivée, les protcslaus craignent pour leur vie, mais il se borne à proscrire leurs ministres, leurs imprimeurs, leurs libraires, et il fait baptiser de force leurs enfans par des prêtres catholiques. Le roi vient à Metz avec le duc d'Anjou en octobre îS^S , et ferme Poreille aux sollicitations des protestans. L'année suivante , leur condition devient encore pire : le marquis de Pienne les fait désarmer , dans la crainte qu'ils ne soient de connivence avec le prince de Hesse et l'électeur Palatin qui menaçaient cette frontière. Alors les huguenots avaient érigé un temple à Bur-toncourt, qui relevait du duc des Deux- Ponts. Le gouverneur y envoya- un détachement pour rompre leurs assemblées. Le village fut saccagé et la maison du ministre culbutée (i). Cette sévère interdiction du culte réformé dura jusqu'en 1^76, qu'une nouvelle pacification permit au roi d'être plus tolérant. On releva le temple de la rue de la Chèvre , le 2 juillet de la même année , mais on fut encore obligé de l'interdire le 21 février 1577. Les ministres allèrent s'établir à Montoy. Us y restèrent assez paisiblement jusqu'en i583 que M. le président Viart les fit arrêter tous trois pour avoir marié un divorcé (2). Mais, deux mois après ,

( 1 ) On n'y laissa ne frisque , ne frasque. Hérésie de Meta , page 391.

(2) L'opinion sur le divorce n'est pas de la nature des antres qui ne regardent que les intérêts de la religion j celle — ci estant

( 2ll )

ils recouvrèrent la liberté , par un arrêt du conseil du 7 octobre.

En i585, la guerre de la ligue éclate : l'esprit de sagesse et de modération, quia toujours dominé dans cette ville, rapproche les catholiques et les protestaus. Ils se promettent de vivre en bonne harmonie , de ne point prendre part aux troubles et de rester unis pour le service du roi. On proscrit tes huguenots \ la bonne conduite de ceux de Metz leur vaut une honorable exception ; cependant, malgré leur obéissance et leur fidélité, tous ceux qui occupaient des emplois dans la ville, en furent dépouillés en 1587. Quatre-vingt-sept tant magistrats qu'officiers civils se démirent de leurs charges. Les ministres de Montoy se retirèrent à Courcelles et à Silly. Les biens de M. de Jaucourt et de plusieurs autres protestaus de Metz furent confisqués. Le commandant de Metz est arrêté comme partisan de la ligue, celui de Marsal se révolte } Verdun se joint aux rebelles. Les ligueurs et les religionnaires intriguent pour se rendre maîtres de Metz} mais cette ville reste inaccessible à toutes les séductions. I/armée protestante d'Allemagne traverse le Pays-Messin , sans pouvoir l'entraîner dans son parti : elle est battue par le duc de Guise , qui entre en dévastateur dans cette contrée où il ne trouve pas un ligueur. Au contraire , les

de très-dangereuse conséquence, parce qu'elle renverse rétablissement des familles, et qu'elle trouble le repos îpublic. Hérésie <U Metz, page 4^3.

Messins font rentrer Marsal sous Pobéissance cftf roi. Bien loin de prendre part à la révolte presque géne'rale des Français contre Henry IV , ils le re-* connaissent tous pour roi aussitôt après l'assassinat de Henry III. Les catholiques mêmes se rangent sous sa protection , et, par une lettre datée du Mans, le 8 décembre i5{$9, trois mois après son avènement , il leur assure qu'il ne changera rien à Fétat actuel de la religion réformée de Metz. Cependant, le 28 janvier 1590, le» religionnaires obtinrent du duc (TEperpon la permission de s^assembler à la Horgne-au-Sablon. Les choses en restèrent là jusqu'en 1593 , que la charge de président de justice ayant été conférée au sieur de Batillyr et celle de procureur - général au sieur Joly, qui tous deux étaient protestans, ils obtinrent, le a3 mai , des lettres-patentes du roi , datées du camp de Senlis, et qui en rétablissant ceux de leur religion dans les charges dont ils avaient été dépouillés en 1587, leur permit de rouvrir les temples; mais ce dernier article éprouva des difficultés : le duc d'Epernon en suspendit l'exécution. Fatigués de? tant de délais, les protestans reprirent, en 1597, possession à main armée de leur ancienne église f rue de la Chèvre. Le sieur de Sobolle la fit interdire de nouveau : enfin , cédant aux représentations des catholiques , Henry IV ordonna, par des lettres-patentes du 12 mars 1597(1), de transférer

(1) Ces lettres disent que t> voulant retrancher tontes occasions 4c divisions tumultueuses et préjudiciables au repos que nous d#-

le temple dans le retranchement de Guise. Cet ordre fut mitigé \ on reconstruisit le temple dans la ville , mais on choisit un quartier éloigné , la rue de Chambière (i). Depuis lors, Texercice du culte protestant fut public pendant de longues années (2) sans discordes et sans troubles quelconques (3), Cependant lorsqu'en' 1622 l'armée du comte de Mansfeldt parut dans le Pays-Messin , on désarma les huguenots, dans la crainte qu'ils ne se soulevassent , à l'exemple du Languedoc qui s'était révolté (4). Mais de ce moment on leur

«irons , ' sur toutes choses , demeurer permanent indifféremment entre nos sujets de Tune et l'autre religion. .... voulons que les nobles, citoyens, bourgeois et habilans de Metz, faisant profession de la religion prétendue reformée , ayent le libre exercice d'icelle. d Hérésie de MeU, page 5oi.

(1) Ce temple fut bâti sur un terrain appartenant à l'abbaye de Saint— Vincent, entre les églises de Saint -Livicr et de Saint— Georges. Il dura soixante— sept ans.

(2) Le neuvième des articles secrets de l'édit de Nantes, contenait des stipulations favorables aux prote.stans de Metz. Cet article fut encore expliqué par un brevet du Roi , en date du 3o avril i5q3.

(3) On voit par l'épitre dédicatoire du voyage d'Henri IV à Metz, publié par Abraham Faber, que les catholiques et les protestans étaient à— peu— prés en égal nombre, et qu'ils vivaient eu bonne intelligence , témoin ce passage : r> Le nombre des citoyens est fi grand , lesquels encore que par la forme de servir Dieu , ils •n soient tellement divisés qu'il est difficile de résouldre si pour 7) l'égard de la multitude, l'une des parties a quelque advaniage ■t> sur l'autre, si est— et qu'ils demeurent très-étroilement unis et yi conjoincts du lien de bénévolence et amitié, par lesquels ils n s'eotraident. . . . ayant de loug-tems remis à Dieu le faict de » leur créance, tï

(4) Mansfeldt vint camper le 22 juillet 1622 entre Corny et Jouj ayee a5,ooo hommes. Dix mille Espagnols, commandés par

imposa successivement diverses restrictions. Leur collège fut supprimé en i634 et i635. Ils avaient alors dix ministres* En 1609 ils profitent de la présence de Louis XIV à Metz pour demander la permission d'avoir quelques professeurs de grec : le roi les leur refuse. Peu à peu ils sont éloignés des magistratures: ils reçoivent, en 1660, la défense d'exercer la charge de Maîrre-Echevin, même par intérim 5 mais une ordonnance du roi du 20 mars i663, leur porte un coup bien plus sensible. Leur temple de Chambière est interdit; ils sont encore une fois relégués an Retranchement , et le nombre de leurs ministres est réduit à quatre. On met un zèle extraordinaire à bâtir cette nouvelle église : chacun y travaille à fenvi ; elle est achevée en huit jours, comme par enchantement (1). Les choses restèrent clans cet état pendant plus de vingt ans. Seulement en 167 1 les protestans curent le chagrin de voir la fille de Félecteur Palatin abjurer solennellement le pro-

dom Cardonna, observaient sa marche. Ces deux corps de troupe commirent tant d'excès dans le pays, que les campagnes furent abandonnées, et qu'il s'en suivit une peste appelée/uWe de Hongrie* Plus de 3ooo personnes en périrent à Metz.

(1) La première pierre en fut posée le n juillet par le célèbre Paul Ferry, qui n'en fit la dédicace que le 26 mars 1664, parce que le parlement, le bureau des finances et r in tendant n'avaient cessé de troubler les protestans auxquels ils imposaient successivement diverses conditions, telles que 1.* de pratiquer une voûte sous le rempart, tantôt à l'issue de la rue des Grands— Carmes, puis de la combler $ tantôt d'en ouvrir une autre en face de la rue des juifs; a«° de jetter un pont, à leurs frais, sur le canal «le la Seille j 3.° d'y construire une demi— lune.

tes tant isme à la cathédrale de Metz, avant d'aller épouser le duc d'Orléans. Mais en 1679 ? on commença à les traiter avec une rigueur qui alla toujours en croissant* On supprima le temple de la Horgne, on rendit les protestans inhabiles 'à posséder des emplois. Ancillon et de Buy sont, en 1681, les derniers échevins calvinistes. Le tiers de la ville professait alors cette religion. Ils font des jeûues, se mettent en prière pour conjurer Forage dont ils sont menacés • mais la crainte des persécutions en saisit un assez grand nombre qui émigrent en Allemagne, en Hollande et en Angleterre. Enfin l'édit de Nantes de 1598 est révoqué le 22 octobre i685. Par une singularité inexplicable , cet édit de révocation est notifié aux protestant de Metz le 20 octobre , deux jours avant sa date. Les temples sont rasés, on envoie des dragonnades pour hâter les conversions. Il en est qui aiment mieux s'exiler de leur patrie que de renoncer à leur crojrance , et leurs biens sont confisqués. Les convertis ne sont pas même exempts d'une sorte de persécution, on les désarme en 1688. On Va jusqu'à traîner sur la claie M. de Chennevy , mort suspect de calvinisme. Cependant on finit par s'adoucir envers les religionnaires : en 1689 on leur restitue la moitié de leurs biens. M. de Turgot, alors intendant à Metz, observe, dans ses mémoires , que la révocation de l'édit de Nantes nuisit beaucoup à la ville de Metz par l'émigration des familles les plus riches, les plus industrieuses. Elle lui fit perdre aussi des hommes

d'un rare mérite. Au commencement du 18.6 siècle ^ il restait à peine 1700 calvinistes à Metz, do plus de 1 5,ooo qu'ils étaient»

Cette dernière émigration acheva de dépeupler une ville qui , déjà dans le siècle précédent , avait tant souffert, soit par la ruine de ses faui>ourg9 et [de plusieurs quartiers ejnployés à la construction de la citadelle, du retranchement et des nouveaux remparts, soit par la charge énorme du logement et de l'entretien d'une nombreuse garnison qui réduisit une foule d'habitans à s'expatrier.

Metz ne put se relever par le commerce, son incorporation à la France ayant neutralisé son industrie, en rompant ses anciennes relations avec l'Allemagne et la Belgique qui lui étaient devenues étrangères. Elle descendit au rang d'une simple ville de guerre, dont ou s'appliqua seulement à perfectionner, à étendre les fortifications et les établissemens militaires.

Malgré sa décadence, Metz n'en demeura pas moins inébranlable dans sa fidélité envers ses nouveaux souverains. Elle avait repoussé les ligueurs } elle avait été une des premières à reconnaître Henri IV; elle porta constamment une vive et respectueuse affection k ce grand roi} elle donna des marques non moins éclatantes de dévouement à Louis XIII son fils, lorsqu'en 1621 le duc d'Epernon voulut entraîner cette ville dans la rébellion. Il eut beau en faire désarmer les habitans , exiler , emprisonner les nobles ;

ils lui opposèrent une courageuse résistance. Cette lutte dura deux mois ; Farinée royale parut devant Metz, dispersa les rebelles > et M. de Marescot rendit aux* fidèles Messins leurs armes et la liberté (i). \

Dix ans après cet événement, Louis XIII vint à Metz avec la reine vers la fin de décembre i63i. Il y resta six semaines pouF arrêter la marche du général Schawembourg qui était entré sur les terres de l'Evêché. Il partit de cette ville le xo février, après avoir repris Vie, Moy envie, et laissant son armée à Saint-Avold.

Le duc d'Orléans -, frère du Roi , ayant encouru sa disgrâce par son mariage avec Marguerite, sœur du duc de Lorraine Charles IV, le Parlement de Metz donna une autre preuve de fidélité} envers le roi; il rendit, contre ces deux princes, deux arrêts fameux : te premier, du a3 février 1634, enjoint au duc d'Orléans de rentrer en France dans trois mois 5 lè second, du 5 septembre, déclare le duc de Lorraine, son frère et ses deux sœurs , criminels de lèze-majesté > pour le rapt du duc d'Orléans.

Ce même Parlement ayant porté ombrage au cardinal de la Valette, gouverneur de Metz, il fut, par une lettre de cachet du 30 mai i636, transféré à Toul, où il resta vingt-deux ans.

(1) Cette petite guerre contre les Messins, s'appela guerre des Parpaillot , ou des papillons, par allusion à ces insectes qui se brûlent à la chandelle, comme le duc d'Eperaou qui se jettadan* les mains de Tarmce royale» •

Le cardinal qui, malgré les défenses du pape Urbain VIII, s'était fait général, prend le com^ mandement des troupes qui devaient combattre le général Galas. Il parvient à ravitailler Mayeûce; mais forcé à la retraite, il perd son armée par l'indiscipline. Les Suédois mettent au pillage la Lorraine et le Pays-Messin. Les Espaguols achèvent de le dévaster 5 Gorze , Vigi et S.terBarbe sont presque détruits, et la peste succède à tant; de calamités.

Deux ans après, en i638, la guerre recommence sur cette frontière. Luttange est brûlé par les Messins. Les gens de Thionville mettent le feu à Saint-Eloi, à Sainte-Agathe. Les bourgeois de cette ville gardent les châteaux forts du pays pour le préserver des iucursions, mais le peuple n'en est pas moins affamé. Le bled se vend jusqu a 27 fr. la quarte (1).

I/année suivante, M. de Feucquières ayant mis le sirge devant Thionville, le tiers des habitans de Metz et 5oo femmes furent commandés pour y travailler. Après vingt jours d'attaque, le général Picolomini vint au secours de la place, mit en pleine déroute Tannée française, dont le général fut fait prisonnier avec 3ooo hommes. Il en resta 6000 sur le champ de bataille; 3ooo autres se réfugièrent à Metz dans le plus grand désordre (2).

(1) Ce qui revient à 68 francs environ de notre monnaie actuelle.

(2) La mode ëtait alors de porter des chapeaux, pointus : oû les appela chapeaux à la fuyarde*

II ne se passa rien de remarquable jusqu'en 1669 que Louis XIV vint à Metz, accompagné de la reine-mère, du cardinal Maiarin (i;, du duc d'Orléans, de la princesse de Conty, etc. La cour resta dans celte ville depuis le 18 septembre jusqu'au 27 octobre.

Enfin après- vingt-cinq ans de guerre, la paix se fait en 16O0, et ce pays est un peu soulagé 5 mais en i66*3, la guerre se rallume entre la France et la Lorraine. Le roi arrive à Metz le 3o août, va passer son armée en revue h Nommeny, y reçoit le duc Charles IV de Lorraine, lui pardonne et le rétablit dans ses Etats. Ce prince suit le Roi à Metz , qui en part le 4 septembre. Il y revient encore, à la {in de juin 1673, avec la reine et madame de Montpensier. Son armée campe dans la promenade de Tlsle. Le roi étant abandonné de ses alliés, et voyant ses frontières menacées, en 1675, on augmenta en toute hâte les fortifications de Metz. £)ti culbuta une quantité considérable de vignes et de jardins (2). Le 11 août de cette même année, le maréchal de Créquy est battu par le duc Charles IV sous les murs de Trêves, Il perd ses bagages et sou artillerie. Son armée se réfugie à Metz. Les bourgeois prennent les armes. De 6000 hommes qui s'étaient jetés dans Trêves avec le maréchal, il

(1) Le cardinal Mazarin était alors évéque nommé de Meudepuij i65 j , et depuis 1G48 abbé de Saint Vincent et de Saiut-Clément.

(a) La seule abbaye de Saint— Simpborien perdit 71 mouées de vignes entre la Ciudellc et Saint-ïhicbault.

n'en revînt à Metz que 1817 , le 6 septembre, nuds ou couverts de sacs , de chiffons ou de paille. Cette troupe qui s'était mutinée , fut décimée à Metz par M. de Rochefort. Un capitaine fut décapité, deux autres dégradés de la noblesse et des armes. Cinq soldats furent pendus, et ua commissaire des guerres destitué et condamné à 1 5,000 fr. d'amendes pour ses rapines.

En 1677 , la guerre éclate encore sur cette frontière: Charles V, duc de Lorraine, rentre dans ses états avec une armée de 45,ooo hommes Les Français et les Lorrains s'observent, manœuvrent • autour de Metz; on se canonne entre Boussières et Pont-à-Mousson, mais sans en venir aux mains. Enfin, après avoir épuisé le pays des deux parts 1 les Français prennent leurs quartiers d'hiver, et les Lorrains se retirent derrière le Rhin. Les paysans^ réduits aux dernières extrémités, allaient euxmêmes pillant les campagnes en partisans.

L'année suivante, le théâtre de la guerre se porta en Flandres , et le Pays-Messin fut préservé. Le roi vint avec la reine a Metz le 22 février 1678, pour se mettre à la tête de ses troupes ; le 25 il prit la route de Stenay , et ses victoires èn Flandres dictèrent la paix de Nimègue.

Louis -le -Grand passa encore par cette ville dans les premiers jours de novembre 1681 , pour aller visiter Strasbourg qui venait de se ranger sous son obéissance.

En 1688 fut achevé l'aucien hôtel du gouvernement, et le Grand-Dauphin j revenant du

siège de Philisbourg, fut le premier prince qui y logea, le 25 novembre.

C'est dans cette même année que fut ouvert au public 1e jardin de.Bouflers, par les soins du duc de ce nom, qui fit pratiquer cette promenade sur remplacement de vieilles maisons dépendant du chapitre de la cathédrale.

Le a5 août 1725, Marie, fille de Stanislas, rot de Pologne , qui venait d^pouser à Strasbourg Louis XV par procuration , vint loger au gouvernement. Cette princesse resta trois jours dans cette ville où elle reçut des fêtes brillantes (1).

Il ne s'est rien passé de mémorable jusqu'en $744 1 qu£ Louis XV vint à Metz avec des détachemens de farinée de Flandres , pour couvrir l'Alsace menacée par le princç Charles de Lorrainef

La ville avait fait à la hâte de grands préparatifs pour recevoir le roi. La bourgeoisie s'était » (Jivisée en quatre bataillons : on avait formé deux corps de cadets , l'un d'enfans de neuf à dix ans , au nombre de cent cinquante, Fautre de jeunes gens de 20 à s5 ans, au nombre de deux cent cinquante-trois. Tous portaient un habit d'écar-* late galonné en or pour les officiers et en argent pour les autres.

Des arcs de triomphe, des trophées, des portiques, des inscriptions, des devises et des guir-

(1) La relation en est imprimée.

landes décorèrent les portes, les places et les rues par où Sa Majesté dut passer.

Dans la matinée du 4 août, le roi entra dans cette ville, à cheval et suivi d'une foule de seigneurs. Il se rendit à la cathédrale ou il fit sa prière, et de-là au gouvernement.

Dans la nuit du 8 au 9, le roi tomba dangereusement malade d'une fièvre maligne ; elle fit de si rapides progrès, que, dans la nuit du 14 au i5, S. M. reçut de M. le duc de Fitz James, évèque de Soissons, les secours spirituels de régi ise. On désespéra tellement de sa vie que le i5, à cinq heures du matin, on lui administra rextrêrae-onction. Enfin dans l'attente d'un funeste événement, on fit fermer toutes les portes de la ville.

La consternation, rabattement, le désespoir se peignaient sur tous les visages } tout le peuple en larmes assiégeait les avenues du palais , ou se précipitait dans les églises pour fléchir la miséricorde de Dieu envers un Prince adoré de ses sujets.

Cette cruelle perplexité dura jusqu'au 16, où la vie du roi cessa d'être en danger. Dès le 20 il entra en convalescence , et les démonstrations de la joie la plus vive succédèrent* à la plus pro-< fonde affliction.

On pourrait à peine se faire une idée des fêtes somptueuses et brillantes par lesquelles la ville célébra la guérison du roi. Ce fut dans cette occasion qu'il reçut le titre de BIEN-AIMÉ : l'abbé

Josset, chanoine de la cathédrale, prononçant, le a5 août, dans l'église des Jésuites, aujourd'hui l'Assomption, le panégyrique de Saint-Louis, en présence de la Reine, du Dauphin, des dames de France, termina son discours ainsi, en parlant du roi: » Non, jamais Prince ne fut plus sin- ? cèrement regretté, plus ardemment demandé,

* et si Fhistoire lui donne un jour quelque titre 7 » quel titre mieux mérité, plus justement acquis

* et qui fasse plus d'honneur à un roi que celui » de LOUIS LE BIEN- AIMÉ ?. (i). »

Le 3 septembre, la cour, les princes, le nonce du pape, les cardinaux, les ambassadeurs assistèrent , dans la cathédrale , à un Te Deum qui fut chanté en actions de grâces de la convalescence du Roi. Les réjouissances qui suivirent présentèrent un magnifique spectacle,

Le roi, après avoir assisté, le 27 septembre, à un second Te Deum, partit de Metz ie 29 pour Lunéville : il fut sa! né dans la plaine de Frescaty par la milice des campagues du Pa\s-* Messin , au nombre de 2800 hommes.

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(1) Le rétablissement de la santé du Roi exerça les Muses messi— ■ nés: on vit paraître , sur ce sujet, quatorze pièces de vers, entre lesquelles sept odes , un poeme et une pastorale qui fut représenté* sur le théâtre de Mets.

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