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COSMOGONIE
Dées, est donc» en beaucoup ^e cas, une chose factice, artificielle, tout extérieure, manteau décent, propre à cacher les misères de la réalité. Le peuple hawaïen connaît surtout les oppressions des sociétés civilisées. Si l'on peut accorder que les missions et les écoles ont (ait quelque bien, il faudra recoonaUre aussi que ces avantages sont plus que contre-balancés par cette prostitution périodique et devenue nécessaire. Les effets moraux de la prédication sont, certes, fort annulés par cette honteuse plaie. »
Aux lies Sandwich, comme dans l'Aînérique du Nord, la colonisation protestante fait disparaître la population indigène, il faut reconnaître que la race anglo-saxonne, par son activité, ses émigrations, s'entend irès*bien h fonder des colonies (la proclamation de l'indépendance des lies Sandwich n'a pas d'autre but que de profiter un jour 9UX Anglais qui s*y établissent); mais s'il s'a^xi de civilisation, de conversion, de morahsation, le protestantisme a fait preuve d'incapacité complète.
Do journal anglais protestant fait cet aveu :
c Sans aller jusqu'à prétendre que Rome gagne nos meilleurs sujets et que nous recevons d'elle ce qu'elle a de pire, l'expérience des apostasies récentes nous apprend que le gain est du cAté de Rome, en ce qui regarde le caractère des individus qui changent de religion. Ceux qui viennent à nous tournent bien rarement d'une manière satisfaisante. En général, ils jettent plus de honte que de crédit sur notre Eglise... Nous n'avons ()as besoin de pareils déserteurs, vu qu'ils ruinent plus d'ames qu'ils n'en sauvent » {English churehman retrî^to, cité par H. Jeanneret, Vniven du 26 septembre 1857.)
Beaucoup de personnes s'imaginent que depuis que l'empereur Alexandre est monté sur le trdne, la persécution contre l'Eglise catholique a diminué en Russie. C'est là une grande erreur. On trouvera dans VUniverê du 18 septembre 1858 des détails authentiques sur l'épouvantable persécution que les officiers du tzar continuant de faire peser sur nos malbeureu:;^ frères. Les évoques n'ont pas le droit d'écrire à Rome; beaucoup de diocèses sont vacants ou sans séminaires. Le
Souvernement russe, non content d'avoir écrété l'apostasie de plusieurs millions du Grecs-unis qu'il oblige malgré eux à pratiquer le culte schismatique, s'attache, avec un art et une persévérance infernale, à entraîner la défection des catholiques latins qui se trouvent en dehors de la Pologne. Il y a quelque temps, une commune de Grecsunis ayant envoyé une supplique à l'empereur, pour le supplier de les laisser revenir à TEglise romaine dont on les a arrachés violemment, tous les signataires ont été violemment battus de verges, et on les a forcés de signer une rétractation de leur première supplique. La dernière convention conclue avec le Saint-Siège n'est nullement exécutée, et le gouvernement nopame des ichiamatiques aux places de processeurs dans
dans le séminaire catholique de Saint-Pétersbourg. Ce n'est là qu'un faible af>erçu des faits révoltantsque l'on trouvera dans Tarticle que nous avons indiqué.
COSMOGONIE. — On confond quelquefois deux questions fort distinctes : la création et la cosmogonie; l'acte par lequel Dieu a tiré du néant les êtres finis, et la série d*actes par lesquels il les a amenés à leur état actuel. Les doctrines hétérodoxes, niant le fait de la création ex ntAt/o, étaient conduites naturellement à ne traiter de Vo^ rigine de$ choses qu'à un point de vue cosmogonique. Mais nous devons être soigneux d'examiner séparément le dogme de la créa» tion et VcBuvre des six jours.
Faisons connaître à nos lecteurs un travail publié, sur ce dernier sujet, dans le Corres^ pondant du 25 juillet 1864, par M. le baron d'Eckstein. Lesavantécrivaiomontred'abord que les besoins de l'homme exigeaient qu'il s'assujettit l'univers par la science et par le travail, nu'il fût géomètre, astronome. « Sans le calcul, ni commerce, ni échanges. Enlevez-lui la science des temps, ôtez-lui la science des mesures, comment ordonnerait* il la vie domestique, la vie civile, la vie po« litique? Frappant les regards des peuples de l'antiquité païenne, cette nécessité leur a inspiré le désir de connaître les lois di» kosmos, et ils y ont vu une religion, h^ temps est devenu double, comme l'espace est devenu double à leurs yeux; il v a eu le temps sacré et le temps profane, 1 espace sacré et l'espace profane. » Les rapports des dieux avec l'univers devenaient ainsi le type de^ rapports de l'homme avec fie môme univers» Mais outre l'intérêt .$cientiQc]ue et l'intérêt privé ou public, il y a un intérêt social et moral dominé par un intérêt reli-. gieux a ce que l'homme rende hommage au créateur* dans .sa créature, à ce qu'il évite également la fainéantise, et l'utilitarisme qui. méconnaît le repos du septième jour, à ce que tout travail soit une œuvre pieuse. « Tel est le vrai sens selon lequel les sages de. l'antiquité avaient compris Védueation de la nature par la main de l'homme, instituant sous la forme d'une sorte de religion la cul» ture des objets de la création* consacrant par des rites celle des céréales, inaugurant sous des auspices sacrés l'élève des trou^* peaux, respectant la terre du laboureur et son sein paaterçeli bo.norant )os entrailles du. mont où dorment les minéraux, où ilsattendent leur réveil de la main de Tbomme... Cultivant, greffant, ennoblissant la nature, l'oommedoit se cultiver, se greffer, s'enna-* blir lui-même , il ne doit pas tomber au-dessous de son Oiavjre ; » il doit remonter de la bonté des créatures. à Dieu. Or le but de l'Ecriture sainte n'est pas de donner un système de physique, c'est de servir les inté-^ rets de rAme humaine dans ses rapports avec les œuvres de la création, c'est de prê-. cher l'adoraâon du Créateur au sein de sea œuvres; c'est d'inculquer à l'homme, non-^ sieulement que l'univers n'est pas le produit de la fatalité ou d'une Ame divine, non-sçu^
DICTION^^AIRE W PARALLELE
lemenl qu'il a élé fait par un Dieu libre, mais encore par un Dieu vivant» puissant» et agissant dans le monde, et non par le Dieu des déistes. Voilà le but princifial de la cosmogonie mosaïque; du reste, il faut reconnaître qu'elle conserve la manière ftmilière de contempler la nature chez les Juifs, plus ou moins d'accord avec les peuples de l'antiquité. « Les Juifs n'avaient ni la science des Cbaldéens, ni celle des Egyptiens, qu'ils repoussaient même à cause du fatalisme astrologique qui s'y rattachait, ou encore par l'attache à d'autres doctrines païennes; à
: leurs yeux donc la terre était ce qu'elle pa-
' ratt être aux yeux des hommes simples, une surfnce plate, le ciel ce qu'il paraît être aux mêmes yeux; tour à tour le soleil et la lune y faisaient le tour de la terre en nuit et jour. Comme tous les peuples de la haute antiquité, mais dans Vesprit du monothéisme, radicalement distinct de tout génie panthéistique, ils croyaient entendre la voix de Dieu dans le roulement du tonnerre, » ce qui est vrai en un sens, il faut Tavouer, car n le plus scientifique des hommes doit sentir la main de Dieu s'appesantir sur l'homme dans les fléaux, l'effleurer avec douceur dans les bieniaits de l'ordre naturel des choses. »
Cette vérité a été méconnue surtout par les premiers théologiens protestants, cloués è la lettre de la Bible, tandis que les Jésuites rendi^iént horomage k Copernic et à Kepler, et défendaient ce dernier contre ses coreligionnaires en continuant son œuvre.
Il ne faut pas croire cependant que M. le baron d'Eckstein, en ouvrant ce nouvel aperçu sur la cosmogonie mosaïque» et en blAmaAt les théologiens qui ont voulu la faire cadrer, par points et par virgules^ avec Cuvitr^ réprouve toute comparaison des sciences avec la Genèse. Ecoutons-le tracer la marche que doivent suivre, selon lui, les recherches de ce genre.
« kien de plus louable en soi que de chercher Panalogie entre le système de la création exposé dans la Genèse, et le développement^ du système des êtres créés, tel qu'il résulta des lumières de la science. Seulement voici ce qu'il faut observer : le zèle de quelques savants astronomes, de quelques savants géologues, de quelques savants physiciea3, de quelques savants phvsiôlogues, prêtant réceihment la main k d honorables théologiens en France, en Angleterre^ en Allemagne , ce zèle ne suffit pas. Il s'agit de l'éclairer sur sa tAche, pour qu'il ne prête pas le flanc h la critique d'honorables adversaires, sans parler d'autres esprits systématiquement hostiles à la cause chrétienne. Système k part, il importe de se rendre un compte philologique de la valeur des termes, de la Genèse; il y a donc ici le secours trèsutiled'unexégèteàsolliciter.llfautensuitesé-
' parer \efond de la forme ^ le fond ou l'ordre du deWoppemen^ dans le système de la création, la forme ou le cadre du temps spécial sous lequel ce développement s'accomplit.
' Il y a k se rendre compte de la signification réelle des sixjours^ dont la clef se retrouve.
si l'on consulte les institutions de la vie religieuse, domestique, civile et politique du peuple hébreu en particulier. Ce n*est pas tout. Quoique la nationalité juive soit k part du reste des peuples du monde antique, elle ne s'en est pas moins trouvée en contact ( avec les races des Chamites et À^s Japétites, contact qui remonte k la nuit des Ages. Du temps où les Térachites, dont les Abrahamites sont issus, vivaient encore dans les régions des montagnes voisines de l'Arménie, les races ariennes leur étaient voisines du celé de la Médie, de la Parthie, de TAfghanistan actuel; du temps d'Abraham, ses rapports avec Cham se lient k la Chaldée, alors Couschite. Plus tard, la législation mosaïque témoiffoe, par l'ordonnance des cho« ses saintes, de la science de Joseph et de Moïse, instruits dans la sagesse des Egyptiens. Une savante analyse trouvera plus d*un point de comparaison entre les cosmogonies païennes et celles des Juifs, par rap-
f)ort k la forme sous laquelle le système de a Genèse a été entendu, k part plus d*un point de rapprochement avec le développement du système de la création. De tout cela doit jaillir plus d'une vive étincelle pour éclairer les ténèbres de la question même.
« Rien de tout cela n'a élé fiiit; les travaux préparatoires manquant, tout cela reste k faire.
« L'important en ceci, c'est qu'aucune Genèse scientifique hostile k la Genè^^e sainte ne nous ait encore rien donné qui eût une vraie valeur. Les systèmes panthéistiques paraissent les plus séduisants, mais ils renversent le monde moral. Lessyslèmes matérialistes et alhéistiques s'embarrassent d'une foule d'hypothèses radicalement absurdes.
Si l'on veut suivre largement, sans minutie, surtout sans mauvaise foi, la marche organique du développement de la création dans le récit de la Genèse, il est, scientifiquement parlant, encore ce (|u'il y a de plus plausible éui yeux de la science^ Il ne se trouve en opposition réelle avec aucun de ses grands résultats. Seulement il faut se garder, on ne saurait assez v insister, de toute tentative stérile pour vérifier le récit biblique par les expériences de la chimie élémentaire, pour
Î rencontrer, entre autres, la clef des prolèmes. de l'électra-magnétisme , Ik ou il s'agit des phénomènes de la lumière. Rien de plus contraire k l'esprit éminemment pratique de l'Ancien Testament. On ferait, en son genre, ce que fbnt ces plaisants mythologues de l'Allemagne moderne, occupés k dissoudre la foi des peuples de l'antiquité païenne en une simple adoration de la vapeur et des exhalaisons de l'air.
« De ce préambule diifond, arrivons maintenant k la cdntemplaliôn de la forme du récit de la Genèse, au cadre du temps en lequel le développement de la création s'y trouve renfermé. »
Le savant auteur cherche d'abord la sj-
Snification des six et des sept jours chez lés lébreux, où elle est typique^ puis dans l'ordonnance sociale de la race arienne. Chcx
COSMOGONIE
les Ariens el les Indo-Européens, (fit-il, c rordonnance du système de la société domestique, ciTÎle et politique offre le parallèle du système de 1 unirers, l'un servant de ligure à fantre. Nous sommes moins bien renseignés |)our ce qui concerne les anciennes races cnaroitiques; è TexceiHion de TKgypte, elles ont été partout ailleurs absorbées dans les ran^s de leurs conquérants... c Radicalement inconnue des Ariens et des Indo-Su ropéens, quant i leurs origines, la semaine a été très-certainement connue des Couschites, notamment de la caste sacerdotale des Chaldéens de Babylone, parente de la caste sacerdotale des mages de Niniye ; les premiers auî sont devenus tSémites par la coaquète de Babylone, sous Tinvasion des Arpbaxites; les autres qui sont devenus Ariens après Tenvahissement de la Médie par la race arienne des Hèdes, une des branches des familles de peuples issus de la souche bactro-persane. Le dieu des Mages, le iarvan^ identique au dieu des Chaldéens, ou Ao/iton, dieux de la fatalité, dieux placés à la tète du temps infini, du temps comme d'un principe suprême des choses, se combinent avec le système des sept planètes; le Zerovanes ouïe Zarvan des uns, le Balitan ou le vieux des jours des autres, habitant le septième ciel, résidant dans la sphère de l'astre Saturne. Radicalement hostiles à la conception astronoiuico-astrologique d'un dieu fatal, d*un dieu du temps, les ancêtres des Hébreux ont évidemment rejeté le rapport |9/a- «Asire des six et sept jours de la semaine, rapportant l'institution couschite des Chaldéens et des Mages, l'établissement de la semaine, à an tout autre ordre de conceptions.
c Au lieu de diviser le mois en quatre semaines de sept jours, les Ariens et les Indo-Européens le divisaient en deux moitiés. Les hymnes du Véda et les fragments da Zend-Aveata prouvent, à leur tour, qu'ils (partageaient également l'année en deux moitiés, dont cbau;une comprenait /rota mois du doable de nos mois. L^ann^a solaire s'organisait ainsi sous Ifr forme de six mois; ce sont ces six mois, ces Ritavak^ ces arlicufotions de Tanoée sacrée, de l'année rituelle^ ni sont les génies eréaieurs^ les fndtoîatiei ou les MtlydA du Véda, les amesha eamld, les immortels et les saints du Zend- Avesta. Associés à l'acte de la création, énergies créatrices de i'esprit de vie, du septième ou de l'unique qui les partage et les identi« Ge, ils ordonnent le monde dans le cours de Tannée de six mois, couronnent l'œuvre par un temps de repos suprême, célébrant l'holocaosie du Créateur, du souille de irie qui anime toutes les créatures.
• Dans les deux systèmes, dans celui des six ritous ou des six mois rituels^ dans le système des six jours^ le type qui leur est commun saute aux yeux. »
Il y a une diflérence dans la conception arienne, et dans la conception sémitique de Fem^re de la création. Aux yeux des Ariens, pour que la création s'achève, il*
faut que les dieux ennemfs, phalliques e) chtiioniens, soient vaincus par Asoura, et que celui-ci la consomme par un sacrifice dont il est la victime.
Avant que les Ariens envahissent l'Inde, avant que la race brahmanique s'y étendit, elle était occupée en partie par les Soudras, racé couschite, qui n'a rien de commun avec les aborigènes de l'Inde. Les Soqdras luttèrent contre les Atharvanah de souche brahmanique et introduisirent une partie de leurs pontifes parmi ceux - ci ; d'où l'origine de Thérésic philosophique du Sankya et du Yoga, et ta réaction du bouddhisme. Ia)s spéculations astronomiques des brahmanes, différentes radicalement des principes de la croyance originelle des Sémites et des Ariens, se rapprochent des croyances Couschites des Chaldéens de Babylone favant la conquête sémite) et des mages ne Ninive (avant la conquête des Athravah ariens, qui fit de la doctrine des mages une doctrine secrète). Cette théorie couschite repose sur une primitive année lunaire, h laquelle se rapporte la division des grandes époques du Xemps en $ix évolutions de la puissance créatrice, le monde ayant été six fois englouti sous les flots pour en jaillir une septième fois sous la manifestation actuelle. A la même théorie appartient la distribution de ces époques entre les Quatre âges du monde ; de lii sont venus les chiffres mythiques, qui, remplacés chez les ma^es et les chaldéens par des calculs historiques basés sur l'année solaire, ont été conservés chez les brahma* nés seuls, qui ne vécurent jamais dans un grand oropire, ayant des archives. M. le baron d'Eckstein conclut que M. Fra^ssi^ nous et Cuvierse trompaient quand ils identifiaient la donnée des six jours de la créa-< tion avec les cycles indiens, les six mara-* vantarah.
M. Lausel disait dans la Repue ies Deux^ Mondes^ du 15 mai 1856:
« L'apparition sur la terre d'êtres nou-* yeaux (après chaque cataclysme) est pourtant un phénomène si étrange, si mystérieux, que certains esprits se refusent encore à l'admettre. Ils aiment mieux supposer que les animaux découverts dans un terrain, et qui manquent dans celui qui l'a précédé, existaient déjà quand ce dernier terrain se déposait, mais en d'autres lieux
qui nous sont encore inconnus Parmi
ceux qui admettent l'apparition d^tres nou-< vçaux à diverses époques, les opinions sont aussi partagées. Cette question, qui a tant passionné les naturalistes, est également faite pour intéresser les philosophes et les théologiens. Il s'agit en effet de sar voir si , l'intervention directe d'une volonté et d'une puissance supérieure étant nécessaire pour rendre compte de l'apparition des êtres vivants dans lé monde inorganique, la matière organisée a été douée de propriétés telles quelle puisse se transformer, se plier aux nécessités changeantes du milieu où elle s^a&ite, — en un mot, se
DIviTIONNAïaE 011 PARAIXELE.
suflire à elle^mërDe ; — ou si, les espèces étant absolument invariables, toute révolution dans les conditions physiques pour lesquelles elles étaient formées entraîne IV néantissement cornpiel de tous les êtres. Dans celte dernière hypothèse, la vie ne serait entretenue que par dos créations successives ^ travail toujpurs nouveau d'une force qui recommence d*un côté ce qu'elle détruit de Taulre.
« Quand on recule devant Tobligation d'admettre ces interventions multipliées, on se trouve forcément rejeté vers la croyance opposée. II faut alors admettre que les espèces, invariables aussi longtemps que rien ne varie autour d'elles, peuvent néanmoins subir certaines modifications sous I empire d'influences nouvelles dont notre ignorance saisit encore bien imparfaitement Ja nature et la puissance. Si les formes organiques sont demeurées les mêmes depuis nos jours jusqu'aux temps les plu» reculés où nous ramènent jes souvenirs et les monuments humains, Il faut en conclure, non qu'elles ne peuvent se modifier, mais que rien n'est venu les y contraindre, et que le monde physique n'a point changé dans cet intervalie* si long pour nos humbles pensées, si court daus Thisloire de notre pla- Hiàte.
c Admettre que les animaux se prêtent è de véritables métamorphoses, et se dépouillent de leurs caractères principaux quand oa se contente de changer leurs habitudes, est une exagération que personne n'est plus aujoiirdliui disposé à sou^ lenir ; mais il. y a loin d'une semblable erreur à reconnaître que la révolution générale, produite dans toutes les grandes relations naturelles par le phénomène dq soulèvement des montagnes, peut entraîner des. modifications dans les formes organiques qui échappent à la destruction. En acceptant la belle théorie philosophique qui subordonne l'invariabilité des espèces k «elles des phénomènes du monde physi-
aUie» on se trouve amené à établir un lieq e filiation naturelle entre les animaux dos dififérenis terrains.
« Ce n'est point acculer cette conception k Tabsurde que de se récrier sur l'impossibilité d'admettre qu'un mammifère, un singe par exemple, descende n'importe cgm-» ment d'une huître et d'un poisson. De môme, « dit M. Laugel, «f que qe^x corps identiques ueuvent apparàl^tre l'un en cristaux, l'autre a Fétat gazeux, quoique on n^ puisse convertir Tor en fer, parce que les modifi-» cations graduées ne s'opèrent qu'entre les termes d'un même groupe rationnel, de. mêma on peut admettre parmi les êtres doués de vie des séries organiqties, bien qu'on exa^ ^érât le principe de l'unité, si l'on croyait, que dans l'ordre da leur apparition sur le globe etde leucdév^^loppement, les animaux divers forment comme les anneaux (l'une chaîne immense et continue, depuis cette limite confuse où la matière organique se 4lii»Ungue à peine dç la maMère inerte,
jusqu'aux formes les plus par&iies que nou$ connaissions... Seulement les caractères qui séparent les séries ne sont nets et tranchés que dans les termes supérieurs, et ils se dégradent de plus en plus à mesure qu on se rapproche de leur origine commune. » M. Laugel» après avoir dit peu probable l'opînion de l'apparition simultanée des êtres, se prononce assez clairement contre celle qui soutient Fintervention du créateur à chaque cataclysme. Seulement il a peutêtre tort de croire son opinion indissolublement unie à celle que M. Agassiz exprime en ces termes : < Les embryons et Jes jeunes de tous les animaux vivants, à quelque classe qu'ils appartiennent, sont la vivante image en miniature des représentants fossiles des mêmes familles, ou, en d'autres termes, les fossiles des époques antérieures sont les prototypes des aifférents modes de développement des êtres vivants dans leurs phases embryologiques, » Quand cela serait vrai, qu'est-ce qui empêcherait que le Créateur eût adopté cette loi dans ses inter-^ ventions successives?
M. Laugel, après avoir nommé MM. Hurchison, Sedgwick, de Verneuil , Keyaerlinç, Barrand, Desbayes, Bayle.d'Orbîgnj, de Blamville, Owen, Agassiz, de Buch, venus après Cuvier et Geoffroy Saiot-Hilaire, el aprè$avoirexposéquelquesviies,con(estables peut-être, sur la cosniogonie, termine ainsi •. f( On a cru pendant assez longtemps que ces grandes catastrophes (qui ont modifié leSi formes de la vie) avaient été peu nombreuses... nous en avons la preuve dans pes expressions vagues de terrain primiiifr 9f€Qndair€^ terimre^ que l'on continue è employer par habitude et à cause de leur simplicité. Des travaux plus approfondis ont
{lans ces derniers temps amené les géaogues k dçs décompositions, à des divi - $ions de plus en plus multipliées. Les terrains que l'on comprenait autrefois sous le nom commun de terrains de transition ont 0té de nos jours, si on peut le dire, analysés, et de ce obaos confus on a vu sortir des groupes bien distincts et détermi-* nés. Le même travail reste à compléter pour d'autres terrains, et Ton pourrait citer particulièrement les terraine tertiaires et ces dép6ts si étendus que l'on confond sous le nom général de diluviens, et dont l'origine variée et les divisions naturelles sont encore si obscures. Ce n'est pas à un petit noQibre de révolutions que sont dues les formes de la surface actuelle du globe, les complications des contours et du relief des tles el d03 continents. M. £li^ de Beaumont oompte déjà, dans TËurope seulement, plus de vingt systèmes de montagnes sonievées à des é(>oques différentes. »
M. Babinet, qqi avoue ses sympathies pour Técolo de Geonroi Saint-Hilaire, selon la^. quelle \qs espèces végétales^ et animales peuvent se dianger les unes dans les autres sous l'ififiueucQ des ctrconstaneés extérieures , reconnaît foraiallement qae le passage dç la matière inor«:.-kniqoe à la matière orgaoiquù^
COSMOGONIEL
oe peut se faire naturellement : vérité qui est niée encore par de nombreux médecins, t On ne peut trop redire, » dit M. Babinet [Revue aes Deux- Mondes ^ 15 juin 1856), c que la force vitale dans les plantes et dans les animaux établit une différence tranchée entre les phénomènes de la vie et ceux que la matière inerte offre à nos observations. La matière i^urement matière obéit aux luis de la mécanique, de la physique, et de la chimie, sans choix, sans exception, sans dérogation aucune. Là^ tout est absolu. Dans les êtres vivants au contraire, il y a une perpétuelle dérogation h ces lois. La volonté et ToKanisme produisent le mouvement, les lois physiques de la matière y sont en défaut, et il se forme, sous Tempire de la vie , iies composés chimiques que le laboratoire lui-même, çiuoique plus intelligent que la nature, est impuissant à réaliser. De plus, chaque 6tre vivant est un ensembje isolé du monde entier, et suivant la belle expression de la Bible, un tQut avant en soi un germe de reproduction. C'est là un caractère fondamental. Un jour que je faisais admirer à un penseur une locomotive où le moteur de Séguin pour la vapeur animait la mécani*
iue non moins admirable de Stépheason s > voità-t'il pas^ lui dis-je, unvéritable anU Ao/, iravaitlantpour Chomme et créé par lui f Le philosophe me répondit : — Il vous man" ane pour rivaliser avec Dieu^ de pouvoir étor Uirun haras de locomotives I — il avait raison.»
M. Babinet cite ensuite M. Ville qui a &it beaucoup d'expériences sur la transformation (fesespèces végétales. Selon ce dernier, ces expériences sont plus faciles sur les plantes que sot les animaux ; « car le végétal se nourrit d^eau, d'acide carbonique, d*ammoniaque, d*azole, d*oxygène, de nitrates, toutes substances appartenant à la nature inorganique, qui n*ont subi aucune élaboration antérieure, et sur lesquelles la chimie est habituée à opérer. L*animal au contraire exige pour se uour rir une matière déjà organisée. Cette matière ((.rouvo dans Tintérieur de ses tissus des transformations infinies , dont la succession mal connue, échappe aux lois de la chimie, j^ t Les recherches de M. Ville, » dit M. Ba* hinet, « ont été exécutées au moyen d'appareils de dimensions inusitées qui permet'» teni de faire vivre les plantes dans des ai^ mo4)hères artiticielles sans cesse entretenues à la même composition par des courants ùe gaz réglés avec la dernière précision, au moyen de réservoirs immenses gradués de méine dans leur écoulement. L'air, les plantes, le sol, sont ensuite analysés chimique-» ment, et contraignent la nature à répondre à celte question : Qu as-tu fait tct?M. Ville croit que le caractère de la végétation primitive veoaitd'une atmosphère qui devait contenir un composé azote (soit ammoniaque , soit nitrate) dont Tair et les eaux sont déf'ourvus aujourd'hui : car la végétation primiiive ne puisait rien dans le sol, non fertilisé encore par des détritus. Eu opérant tinsi par la nutrition foliacée, M. Ville est
parvenu à pousser les dimensions de certaines plantes, et entre autres d'un caladium, bien au delà des limites ordinaires, et il ne croit pas impossible qu'on revienne à la flore antédiluvienne en opérant sur les fougères, les prèles, les lycopodes. Quant aux animaux, M. Ville n'ose pas se prononcer. Cependant, il déclare que si l'on peut prouver le passage naturel des anciennes espèces aux nouvelles, ce ne sera pas en provoquant, comme pour les plantes, un excès de développement, mais en arrêtant l'embryon dans le cours de son développement, comme MU. William Edwards , et Claude Bernard , ont empêché des têtards de se convertir en crapaucfs ou en grenouilles , en les privant complètement d'air et de lumière. Le système de la transmutation des espèces a reçu un grand secours de M. Agassiz,qui substitue à l'idée d*une espèce se changeant en une autre espèce l'idée de deux espèces différentes , provenant de deux germes semblables, dont le développement aurait acquis des degrés différents par la seule action des circonstances extérieures. M. Agassiz assure.
Sue nos espèces actuelles passent, à partir ela première évolution du germe, par tou-. les les phases d'organisation auxquelles les fossiles des mêmes familles se sont arrêtées, m -^ Mais M. Babinet avoue qu'il ne suffit pas d'arrêter un développement organique, qu'il fauty ioindre la faculté reproductrice pour compléter une espèce. En somme, en regard de la thèse des créations successives soutenue par Cuvier, et de la création simultanée de toutes les espèces, défendue par M. Flou-« rens, et par M. de Blalnville, selon lequel les fossiles comblent les lacunes de la nomenclature des espèces actuelles, nous trouvons récole de Geoffrov Saint-Hilaire, à laquelle se rattache son nls Isidore, MM. Laugel, Agassiz, Babinet, selon laquelle, il y a eu une seule création, mais plusieurs apparia tions d'espèces, se transform;ant les unes dans les autres en vertu de lois posées à Forigine par le Créateur. — Exprimons, en fmissant, notre regret que M. Babinet ail mêlé à une grave discussion des paroles peu respectueuses pour la Sainte-Ecriture. « Notre mère Eve, ait-il, a préféré la science aui jouissances du bien-être matériel, » comme si le bien-être matériel avait été le seul privilège de l'état d'innocence. — « Les Athéniens,» dit-il encore, « avaient élevé une statue 'Ayv<i>{ix(}) 6£(J), mots q^ue l'on traduit ainsi, avec saint Paul: Au Dieu inconnu. Le vrai sens est littéralement : au Dieu inconnaissa* ble, » Il y aurait bien à dire ici. Bornonsnous à remarquer : 1* qne saint Paul (Act. XVII, 23) n'a pas traduit èty àyvtbdtc}) ; qu'il a cité ces mots en grec; S* que te mot inconnu rend très-bien àYvtôjtip, d'après les meilleures autorités; 3** que le mot inconnaissable , bien qu'il soit susceptible d'un sens juste, est équivoque, car il peut déguiser le scepticisme d'une philosophie très à la mode en ce moment. M. Babinet a été moins mal inspiré quand il a invoqué, contre la thèse des créations successives, le texte : Qui vivU
iên
in œtemum ereavit omnia $imul {EcclL xyui, t)» quoique le moi créer ne soit pas pris dans le même sens des deux côtés. De plus les mots : Terra producat {Gen. l^V^)^ ne nous paraissent pas concluants en faveur de la production fiaturelle des êtres, car la parole de Dieu agissait autant et plus que la terre, dans la formation des plantes.
M. Chantrel dit dans VUniven du 13 février 1858:
« Un des premiers résultats des études paléontologiques dans les temps modernes a été de constater que chaque formation géologique renferme les dépouilles d*étres organisés, souvent complètement différents de ceux des autres formations, et que ces changements dans la nature des êtres vivants se sont renouvelés un grand nombre de fois pendant la succession totale des couches sédimentaires qui forment l'écorce.
« Comment se sont opérés ces chan{;ements successifs ? est-ce par une destruction simultanée et complète de tous les êtres qui vivaient sur la terre à une époque déterminée, et parleur renomlacement par un ensemble d'êtres tous dififérentsTou bien une partie seulement des espèces qui formaient alors la population du globe a-t-elle été détruite à un moment donné, une autre partie ayant au contraire continué à vivre mêlée à une population nouvelle? en un mot, le renouvellement des êtres vivants a-t-il été complet et simultané ou partiel et successif?
< C'est à cette dernière opinion que M. Brown so range, il Tappuic de faits nombreux, tout en reconnaissant cependant qu'à chaque passage d'une formation, c'est-k-clire d'une époque géologique particulière, à la suivante, la proportion des espèces détruites et des espèces nouvelles qui les remplacent est presque toujours très-supérieure à celle des espèces qui ont survécu aux causes de destruction, et que dans quelques cas même tout l'ensemble des êtres organisés paraît avoir cessé d'exister pour être remplace plus tard par dçs espèces toutes différentes.
« Celte question en amène une autre souvent débattue, etqi^i so raU^che aux théories les plus élevées de la philosopl\ie de la nature. Les êtres de forme différent^ qui apparaissent successivement sur le globe sontils le résultat d'une création nouvelle ou les descendants modifiés et transformés des çtnciennes espèces qui ont disparu ?
« M. Brown, dont nous partageons complètement la manière de voir à cet égard, montre combien cette dernière manière d'expliquer cette production d^spèces , de genres, et souvent même de classes entières d'animaux ou de végétaux complètement différents de ceux qui les ont précédés, est en contradiction avec tous les faits connus et avec toutes les lois de la no^ture organisée, telle que nous la voyons actuellement.
a 11 ne s'agit pas, en effet, de ces légères modiGcations qui auraient pu transformer une espèce en une autre espèce voisine , et qui rentreraient presque dans ces mutations que les variations des conditions physiques
ou l'influence de l'homme peuvent imprimer à nos races domestiques.
< Ce sont des formes toutes nouvelles, des tvpes d'organisation complètement nouveaux dont il faudrait trouver l'origine dans des êtres entièrement différents. Supposer qu'un oiseau ou qu'un mammifère tire son origine d'un poisson ou d'un reptile, supposer ensuite qu'un petit mammifère insectivore, comme ceux découverts dans les calcaires jurassiques, est la souche d'oiJi naîtrait plus tard un éléphant ou un rhinocéros, constitue une théorie bizarre, pour ne pas dire plus, qu'aucun fait positif ne vient appuyer et qui conduirait enfin à cette conséquence que la philosophie et la religion repousseraient aussi bien que la science, que l'homme qui apparaît en dernier, comme pour couronner l'œuvre de la création ne serait que le résultat de la transformation de quelqu'une des races animales qui l'ont précédé.
« Ajoutons de plus que l'étude attentive de la succession des êtres dans les diverses périodes géologiques n'est nullement favorable à cette hypothèse qui, pour avoir quelque vraisemblance , devrait nous montrer les transitions de ces êtres successivement modifiés et permettre au zoologiste ou au botaniste d'établir une série de ces chaînons qui eût quelque probabilité.
« Au milieu de l'obscurité qui environne de semblables mvslères, et que notre esprit cherche en vain apercer, reconnaissons qu'il est moins difficile pour notre intelligence de concevoir que la puissance divine , qui a créé sur la terre les premiers êtres vivants, ne s'est pas reposée, et qu'elle a continué à exercer le même pouvoir Créateur aux autres époques géologiques, en imprimant k l'ensemble de ces créations successives ces caractères de grandeur et d'unité que le naturaliste encore plus que les autres hommes est appelé à admirer dans toutes ses œuvres.
« L hypothèse que nous venons de combattre avait peut-être pris naissance dans uq principe vrai , mais dont on a cependant eiagéré la généralité; c'est le perfectionnement graduel des êtres organisés depuis )es temps reculés de la série géologique jusqu'à répoque actuelle.
« MM. Brongniart et Brown ne nient pas Tinfluence des milieux ambiants ; ces milieux , d'après eux, ne peuvent modifier les genres ou les espèces, mais les genres ou çspèces apparaissei[it tour à tour et successivement , parce ç^ue Di,eu les crée en rapport ayeccçs milieux. Ils affirment, en s'api>uyant sur des faits, géologiques et paléonologiques, que les apparitions et les dispa^ ritions ont été, au moins pouf le plus grand nombre des espèces, simufianéeê. Enfin, après avoir étudié les trois périodes que j.es géologues désignent sous les noms de primaire^ iecondaire et tertiaire ^ et remarqué que ce qui distingue, même les temps les plus reculés de la période tertiaire, de l'époque actuelle , c'est surtout l'absence de l'homme, M. Brongniart ajoute : Tout tend, en effet, i prouver que iliomme n'existait
COSMOGONIE
HO
)ias même i l*époaue de ce dernier grand ralaclysme qui a couvert de yastes étendues du globe de ce terrain de transport qt)*on a appelé à tort le diluvium, et dans lequel se trouvent lesossementsde beaucotfp de grands mammifères actuellement détruits. Aucun reste bumaio, aucun résultat de l'industrie {de Tbomme n*est mêlé à ces ossements 'daas les dépôts réguliers résultant de cette dernière grande révolution du globe. Le déluge « dont la Bible nous a transmis le récit, celui dont toutes les anciennes traditions des peuples de TOrient ont conservé le souvenir, serait un événement postérieur à ceux dont la géologie a pu jusqu'à ce jour consta* ter Texistence et fixer Tordre chronologique d*une manière certaine. Ses traces auraient généralement disparu ou se seraient confondues arec les phénomènes divers qui se produisent à la surface de la terre depuis la créationderhomme.—Ainsirhomme n'aurait assisté à aucune des grandes révolutions séoiogiques qui ont laissé des traces profondes sur notre globe» et cependant , par ^on intelligence, il est parvenu à distinguer ces révolutions» à se représenter l'état du globe aux diverses époques de sa formation» à le repeupler des êtres qui l'habitaient. »
Terminons cet article par la reproduction d'un travail publié par M. Glaire dans le t. XIV de la BibUograffhie catholique^ sur un des meilleurs livres qui aient été faits récemméat pour concilier la Genèse avec les découvertes scientifiques.
la eoimoçame de la Bible devant les seiencee perfectionnées f ou la Révélation primitite démontrée par faecord suivi des faits cos" nogoniques avec les principes de la science générale^ par M. Fabbé A. Sorignbt. 1 volume io-8* de xiv-<^7<^ pages (185i^)» chez Gaume frères ; prix : 6 francs.
«Nous avons vu paraître» depuis quelques années, un certain nombre d'ouvrages destinés à concilier le récit biblique de la création du monde avec les découvertes de la science moderne; mais» il faut bien le reoonnalire, la plu|)art de ces ouvrases n'ont prouvé qu'une chose : c'est que leurs auteurs sont aussi étrangers aux sciences naturelles qu'au vrai sens du texte sacré; et si quelques écrivains se distinguent de la foule |>ar leurs connaissances dans la géologie, qui joue le plus grand rêle dans la question cosmogonique» la fausse direction qu'ils ont suivie les a empêchés de servir avantageuseiDcnt la cause qu'ils voulaient défendre. D'où il résulte aue» lorsqu'on examine attentivement dans leur ensemble les travaux publiés (le nos Jours sur cette matière» on est frappé (l'on singulier phénomène. On voit divers auteurs prétendre à établir la vérité et l'exactitude rigoureuse de la narration mosaïque» mais en s'appuyant sur des opinions contradictoirement opposées les unes aux autres. Cestce qu'a (parfaitement fait ressortir M. labbé Sorignet» et son livre nous montre d'ailleurs qu'il est un des savants les plus cipibles de travailler avec quelque s uocès
h ta solution du grand et diiBcile problème de la conciliation de Moïse avec la science. En effet, connaissance approfondie de la matière» sagacité peu commune» jugement sain et solide» critique s6re, dialectique serrée et pressante; voilà les qualités qui distinguent surtout son esprit et qui se re-» marquent k chaque page. Cependant ses idées fondamentales se trouvent dans un ouvrage antérieur de M. l'abbé Maupied, son condisciple» avec lequel il a une communauté de sentiments que nous devons faire connaître. — Après avoir remarqué que son livre res^ semble assez peu à ceux qu% ont été faits jus-^ qu'ici sur les rapports de la religion avec les sciences^ leurs auteurs s'étant appuyés plus souvent sur des systèmes éphémères que sur des points solides et des principes fixés sans retour^ M. l'abbé Sorignet ajoute : « Je dois cependant excepter un travail considérable publié Tannée dernière par mon ami»
M. l'abbé Maupied, souscetitre:/>teu,/'Aofnme et le monde connus par les premiers chapitres de la GenisCf etc. L'auteur, en reconnaissant, comme il a bien voulu le faire dans l'avertissement de son troisième volume , que j'ai mis à sa disposition de nombreux matériaux, m'interdit ici tout éloge de son œuvre. Toutes mes thèses se retrouvent, en effet, dans les trois volumes de M. Maupied, mais il leur donne une autre direction; au lieu de se renfermer» comme je le fais» dans le premier chapitre de la Genèse^ qui offre seul des points de contact avec les sciences naturelles, il a compris aussi dans ses études les deux chapitres suivants» où il n'y a plus
Jmère» dans le troisième surtout» que des aits moraux; dès lors toutes ses thèses ne pouvaient plus converger vers la même conclusion générale que les miennes, et son plan devait différer du mien. M. Maupied s'est donné plus de champ; il a voulu reprendre l'œuvre d'Albert le Grand et la mettre en rapport avec les progrès de la science. Puisse son grand et bel ouvrage lui susciter des imitateurs dans les rangs du clergé, et V développer le goût de ces fortes études qui firent du siècle d'Albert notre plus belle époque de civilisation intellectuelle! Cependant, malgré de grandes différences de forme, de conduite et de but entre les deux travaux, je n'aurais |)as voulu reprendre les matériaux que je lui avais fournis, si M. Maupied ne m'y avait lui-même engagé à plusieurs reprises. H a pensé que ce livre, venant après le sien, aurait encore sa raison d'être et son utilité particulière. » (Introduc,
p. XIII.)
M. l'abbé Sorignet a divisé son livre en deux parties. Dans la première» composée de huit chapitres» il commence par expliquer la vraie notion du mot foesile^ en la dégageant des fausses idées que certains géologues y attachent ; puis il fait une revue historique et critique des principaux systèmes géologiques, considérés dans leurs rapports avec la cosmogonie de la Bible et avec la science, et il expose les développements progressifs de la géogoosie positive
h eôté des résultats produits par la géoiogio hypothétique. C'est ainsi qu'il nous montre BufTon créant d'abord la géologie uosilive par sa Théorie de la terre^ puis jetant, dans son ro« mau des Epoq^a de la nature^ les fondements de cette géologie hypothétique qui admet tous les écarts de l'imagination» tandis que Pal las, entrant plus avant dans la première voie ouverte par le savant naturaliste, crée la paléontologie et la dirige vers les grandes questions de l'étiologie de notre globe. C'est ainsi encore qu'il réfute victorieusement le système de Deiuc, en prouvant qu'il n'existe aucune concordance entre Tordre de création des êtres organisés et celui de leur apparition sur le sol, et que les époques de la §éologie hypothétique n'auraient encore rien e commun avec les jours de la Genèse Jors même qu'il serait possible deprendre ces jours pour des époques indéterminées. — Après avoir établi Tamnité des idées géologiques de Cuvier avec celles de Deluc, M. l'abbé Sorignet s'attache à prouver que le système du premier, plus anatomiste que géologue» n'est pas moins contraire aux faits révélés
au'à ceux de la science, et que les contraictions n'y manquent pas. Il nous présente ensuite MM. Constant Prévost et Ami Boue» comme continuant la géologie positive de BufTon, de Pallas, de Ta Metherie, de Lamarck, etc., en l'amenant à des progrès sensibles; puis il expose la théorie des soulivmnenlM des montagnes, de M. Elie de Beaumoot, et il la combat par la raison : 1* qu'il y a contradiction entre les soulèvements et la cause que son autear leur assigne; 2** que les soulèvements ne se conçoivent pas ; Ç* que les stratifications discordantes ne
f trouvent ni des soulèvements ni une révo^ ulioD à la surface du globe; 4.** que les sour lèvements sont en contradiction avec les effets qu'on leur attribue, et qu'ils devraient (expliquer; S* que la fixation des époques felaiives des soulèvements est arbitraire; $* enfin, que cette théorie ne fait surgir les premières montagnes qu'après le dépôt d'une grande partie des terrains de transi** Uon, tandis que les terrains de transition» l)0ur leur existence comme pour leui: direc^ tion et leur inclinaison» suppo^ejol, des ipontagnes préexistantes. Après avoir réfuté aussi victorieusement l'h vpothèse dufeucef^ irai ou d'un état primitif gazeux et fluide de la terre, M. l'abbé Sorii^et montre comment la cosmogonie et la science repoussent le système d'un monde antégéjiésiaque; comment celle dtô eréaiious successives par classes repose sur des observations erronées; comment enfin le diluviiunt prétendu produit du déluge bislorique, la classificatiou artificielle des terrains^ le transport d.es blocs erratique^ la puissance {sic) des i^alcaires, celle des charbons, le moue de formation attribué à ces derniers, la solidification des rochers, ont donné Heu à des évaluations de temps fort exagérées, tandis que des calculs fondés sur des lois et des analogies naturelles s'accor^ dent avec la chronologie de la Bible.— L'auteur termine sa première partie par un ré-
sumé de la revue des systèmes géologiques étudiés en eux-mêmes et considérés dans leurs rapports, soit avec la Genèse, soit avec la science, par un second résumé des progrès de la géologie positive et par un tableau des terrains, extrait de Touvrage de M. l'abbé Maupied.
La seconde partie, qui contient dix chapitres, en commençant au neuvième, a pour titre : Démonstration de la révélation primi^ tive^parf accord de la Genèse avec lessciences.
Or, ce titre est d'autant plus vrai, d'autant plus exact, que H. Tabbé Sorignet signale vingt-neuf rapports différents sous lesquels, en effet, Taccord des faits cosmogonjques avec les principes des sciences ne laisse rien à désirer. Dans l'impossibilité d'analyser, même succinctement, cette partie du travail de notre savant auteur, nous devons nous borner è quelques remarques. D'abord l*explication littérale du premier chapitre de la Genèse est généralement exacte, et tes ob- . servations dont elles sont accompagnées paraîtront judicieuses à tout lecteur compétent. Nous dirons la même chose de ta discussion établie par M. l'abbé Sorignet sur la réalité de Cespèce et la création des espèces à ré(at de développement complet (p. 299 et suiv.], sujet de la plus haute importance. L'auteur nous prévient que la partie zoologique de cette discussion n*est souvent que Tanalyse ou la reproduction presque textuelle d'une belle thèse pour le doctorat ès-sciences naturelles, soutenue par M. Maupied en 18^1.
Nous signalerons encore comme dignes de remarques les preuves si claires et si solides qui démontrent que les jours de la création ne sont point, eonune beaucoup d'écrivains le prétendent, de longues périodes de temps indéterminées, mais qu*ils répondent à des durées analogues à celles de nos jours. On peut voir les preuves aux pges 33, 37, 23&, 236, 2U, 248, 251, 258, 259; mais surtout 449 et suiv., où l'auteur, après avoir discuté fort au long et réfute complètement Tobjection tirée du témoi* gnage de quelques Pères de l'Eglise, termine par celte judicieuse réflexion ; « Eu apportant dans une discussion de ce genre les témoignages de quelques docteurs de l'Eglise et des théologiens du moyen âge, MUS donner \à raison de leur ofiinion, sans les accompagner d'explications convenables, 4ie nous ramenait«on pas au premier état ides sciences, et ne faisait-on pas faire un pas rétrograde à l'exégèse biblique, dans le but de donner cours à une interprétation entièremeut contraire à la lettre et à l'esprit de f la Genèse, et que nous repoussons aussi parce qu'elle est eu opposition avec les lois de la zoolojjie (p. 455j? d Nous ignorons si .certains critiques reprocheront de graves défauts au livre de M. l'abbé Sorignet; pour uouSt qui l'avons examiné avec le plus grand soin, nous n'y avons découvert que quelques fautes d'assez peu d^imporlance, mais que nous lui conseillons de corriger dans une seconde éiiition. Ainsi, p. 123, la phrase : « Ia vérité ne saurait être oj^^posée è elle-
CUKVTlo:!.
iH
même, ei .a science, Icile qu'on la comprend dans ce livre (la Genèse), est loue aussi vraie qui» la révélation, i^ est susceptible de plu- Meurs sens; quelques mots d'explication n*eussent pas été inutiles au lecteur. --Page IK, rinlerprétalion du verbe hébreu bàrà, pr faire, façonner, quelque fausse qu'on la sup()Ose, ne paraît i^as exactement caractérisée par lo mot rationaliste. Outre les fautes rfimpression qui se sont glissées dans plusieurs mot» hébreux (p. 220, 222, 236. etc.)f l'autenr n'a pas suivi un système uniforme de transcription; tantôt il se conforme à la r>onctuation massorétiqae, et tantôt è la méthode qui n'admet pas les points- ?Dvelles.
Page 229, < Te mot raqiah vient du verbe royaA, qui signifie, è la forme absolue, broyer^ affermir, rendre solide; à la première forme causative, disjoindre, étendre; h la seconde forme causative, étendre^ expandere; le mot raqiah étant tiré de cette seconde forme, sfgniQe donc étendue, expansion, eto Il y a dans cette phrase plusieurs inexactitudes que noas devons faire remarquer. D'abord le verbe raqàk ne signifie ni broyer à la forme absolue, ni disjoindre h là première forme caus^itive ; de plus, le mot raqiah n'est nnllement lire de la seconde forme causative : il dérive immédiatement de la forme primitive ou simple, appelée absolue par M. Tabbé Sorignet; aucun hébraïsant digne de ce nom n'oserait affirmer le contraire; mais il n'en signifie pas moins pour cela quelque chose tétendut eapansum. — Ces taches» et ooefques autres peot-ôtre de cette nature, n eml>èchent pas le livre de M. l'abbé Sorignet d'être le meilleur des ouvrages analogues
3ui aient paru jusqu'ici. Il est vrai qu'à part e celui de M. l'abbé Maupied, dont nous parlerons bientôt, les travaux précédents ne M)nt pas d*une grande utilité pour la religion el pour la science ; mais c est Ih précisément ce qui relève davantage le mérite de la Cosmogonie de lu Bible devant les sotenees perfectionnées f et ce qui donne droit d'espérer qu'elle produira des fruits abondants. »
Un autre ouvrage que l'on consultera avec f^uii sur le même sujet, c'est celui qu'a puhiié M. Godefroy sous le titre de Cosmogonie dtlarMlation. Ceux mômes qui n'admettent pas les idées de l'honorable auteur, ne ttourront s'empôi:her de rendre hommage à 1 originalité de son talent. On trouvera des détails sur cet ouvrage dans le Dictionnaire de Cosmogonie, Voir aussi le système des jours époques défendu très-habilement dans louTrage publié par le P. Pianciani, sous ce titre : In Mstoriam creationis mosaicam eommentatio.
CREATION. — La question <fe la création a été traitée en deux fois dans les conférences ecclésiastiques du diocèse d'Amiens, en 18B6. La première conférence priacîpalemetil historique a été traitée par If. l abl>é Cantrel, vicaire de Saint-Remy; nous avons traité la seconde qui est philosophique ei théologique. La reproduction du ces deux tiavaux sufhra {HHir résoudre les principales
questions qui sont contenues dans le litre de cet article.
Nous devons prévenir qne nous avons ajouté è la seconde conférence un certain nombre de citations qui n'ont pas été lues publiquement.
, Voici d'abord le programme de la première conférence.
Exposition et développement de renseigne-ment catholique sur la création. Est-il de foi que Dieu a créé tout ce qui existe? EH-il de foi que Dieu n'a pas créé de toute éternité ? Dieu pouvait-il ne pas créer ? Est-il de foi que Dieu ne s'est pas servi d'une matière pré^ existante pour produire les créatures f Que les créatures ne sont pas une portion de Dieu ?
Le dogme de la création était^il connu chez les Juifs ? ehex les gentils? Les philosophes anciens ont-ils eu l'idée de la création « ex nihilo ? » Erreurs des philosophes mo-demes sur cette question.
Prouver que le dogme de la création est véritablement renfermé dans le dépàt de la révélation.
Auteurs à consulter-^ Summ. 9. Tboma (ip.,Qunst.U, etc.) ;^Summaeont.gent; — Billuart, tr. De opère sex dierum. — Jnstruc' tion pastorale de Mgr de Pressy sur la création; — Prœlectiones theologicWf Perrone. — La raison philosophique et laraison catholique du P. Ventura, t. Il ; — Théodicée de Dbaghs.
PRBIIliRC COTCFÉRENCB.
Exposition et développement de renseignement catholique sur la création.
« La question de l'origine des choses est un de ces problèmes qui appellent l'attention de tout esprit sérieux. L'histoire, en effet, nous montre^ dans tous les temps et chez tous les peuples, les écoles de la philosophie se livrant sur ce point aux investigations les plus patientes, et cherchant laborieusement la solution de cet obscur et diiBcileprobleme.il ne faut pas s'en étonner : c'est là une question fondamentale et qui nous intéresse au plus haut point, car elle recouvre avec le secret de notre origine et le dernier mot de notre destinée, les conséquences les plus sérieuses pour la direction de TAme et de la vie. £t, en réalité,^ tout est là. Dire avecles adversaires de renseignement catholique que le monde esl éternel, ou qu'il n'est qu une modification» qu'un attribut de la substance divine, n'estce pas dire que l'homme est souverain, qu'il ne relève que de lui-môme, et n'a d'autre loi que ses caprices, ses intérêts et ses passions? Affirmer, au contraire, avec l'Eglise, que le monde a été créé, dans toute la force de oe mot, n'est-^ce pas proclamer que l'homme n'est qu'un être dépendant et fait pour obéir? De ces deux doctrines, la première nous donne droit de nous définir comme Dieu : Ego 9um qui sum. La seconde nous met au cœur^ avec le sentiment de la dépendance, l'adoration, la reconnaissance et l'amour... Exposer le dogme catholique de la création, ce n'est donc pas seulement étabtir une de nos croyances les plus essentielles et les
f)lus attaquées*; c*esi enrore «t suftourt pose a base nécessaire sur laquelle reposent les premiers principes de toute loi morale et les plus importantes vériiés de la philosophie elle-même.
« Pour procéder avec ordre dans Texamen de cette grave question et de toutes celles qui s'y rattachent, nous comprenons la nécessité de nous renfermer dans notre programme; toutefois nous croyons qu'il nous sera permis de ne pas nous attacher trop rigoureusement h la lettre de ce programme^ et de nous écarter un peu de la ligne qui nous y est tracée.
PREMiàRE PARTIS. 1" questiou. — « Eil'il de foi que Dieu -a créé touê ce qui existe?
« Et d'abord qu'esl^je que créer? Que si-
finifie ce mot dans le langage tbéologique de 'Eglise?
« Répondant à ceite question, saint Thomas fait observer qu'en dehors des opérations mystérieuses et ineffables qui s'accompiîssem en Dieu^ un ôtre peut venir d'un autre de trois manières : par transformation, par émanation et par création ;
« Par transformation: ce qui a lieu» quand un être existant déjà reçoit d'une cause extrinsèqu'e une nouvelle forme, une nouvelle manière d'être t c'est ainsi, pour le dire en passant, que les dualistes, en général, expliquent l'origine du monde. Dans leur système, Dieu ne crée pas, mais agissant sur une matière préexistante, et éternelle comme lui, il est non pas la cause efficiente, mais seulement l'organisateur, le premier moteur et l'architecte du monde.
€ En second lieu, un être peut sortir d'un autre par émanation^ ou quant à la substance ou simplement quant au mode. L*émanation est substantielle toutes les fois qu'un être tire de lui-même, de sa propre substance, une substance de même nature, un être semblable à lui, auquel il donne une vie propre, distincte et séparée de la sienne. L'émanation purement modale n'est, suivaut la définition d'un célèbre théologien, que le rayonnement de la substance, son déploiement en ^iie-même par la manifestation de ses attri- DUts, de ses formes, de ses noms divers; c'est, en d'autres termes, la substance féconde produisant, par l'énergie interne dont elle est douée, des modifications, des phénomènes dont elle est le principe et le sujet. Ces phénomènes sont à la substance ce que la chaleur est à la tlamroe qui la produit, ce que le rayon lumineux est au soleil dont il émane. Telle est la double explication que les panthéistes ont donnée de l'origine et de la nature des choses. Pour les uns le monde n'est qu'une forme, un attribut, une modification de la substance divine; aux yeux des autres, il est une émanatÛMit Qoe portion même de Dieu.
« Knfin, un être en produit un autre par création^ lorsque, sans le faire émaner de lui-même, sans le tirer de sa propre substance, ni s»e servir d'aucune matière préexistante, il le produit par le seul vouloir. Tel est le sens que l'Eglise a toujours atia*^
ché au mol ^^réer. La plus ancienne définition qu'en aient donnée ses théologiens et ses docteurs est celle-ci : créeir^ c'est faire quel-
?ue chose de rien, c^est tirer filre du néant. >r il est de foi, 1* que Dieu a fait de rien tout ce qui existe en dehors de lui, qu'il a créé le monde dans toute la force de ce mot, et par un pur acte de sa volonté ; 2* et oar une conséquence rigoureuse, il est également de foi, que Dieu n'a point tiré les créatures de lui-même, et ne s'est point servi, pour les produire, d'une ûiatière préexistante.
« Qu'il nous soit permis de rapprocher ces trois questions, sépar^èes dans le programme; elles ont entre elles, une liaisbn si étroite, que répondre à la première c'est logiquement, et par voie de déduction^ résoudre les deux autres. Ge sera d'ailleurs éviter des répétitions et des longueurs inutiles. Mais pour arriver à cette triple conclusion par une démonstration moins incomplète, remontons à la source sacrée dans laquelle l'Eglise a puisé lé dogme de la création,
Su^lle formule dans son symbole et dans les écisions de ses conciles. A la première page du plus ancien livre connu, au premier verset de la Genèse, nous lisons ces paroles : In nrincipio creavit Deus calum et terram. Ce langage, simple et sublime, se retrouve en cent endroits de nos saints Livres. Or quel est le sens théologique de ces expressions? Que signifie ce mot creavit employé par Moïse ? Faut-il l'entendre de la simple organisation d'une matière préexistante, éternelle? ou bien exprime-t-il une véritable et réelle production de ce qui n'existait auparavant d'aucune manière? Exprime-t-il la création, telle que nous venons de la définir ; la création eo? mAi7a. Nous affirmons que ce dernier sens est le seul véritable, le seul admissible : le génie de la langue sainte, la tradition constante de la Synagogue, comoie celle des siècles chrétiens, et, par-dessus tout, les décisions expresses et solennelles de l'Eglise ne nous permettent aucun doute à cet égard,
« Le mot hébreu 6ard, dit M. Maret, dans son excellent ouvrage de la Théodicée chrétienne^ ce mot traduit dans la Vulgate par creavit^ présente invariablement ce sens dans la forme oii il est employé au premier verset de la Genèse. 11 n'y a pas dans la Bible un seul exemple du contraire. Aussi les plus savants rabbins ont-ils reconnu de la manière la plus expresse et la plus formelle, dans l'hébreu barà^ la création ex nikilo. Dans notre langue sainte, dit le célèbre Maimonide, nous n'avons pas d'autre mot
Sue celui-là pour signifier la production *une substance du néant. Baràf dit encore David Kimchi, exprime le passage du néaut à l'être. Et Aben Esra reconnaît que ce sentiment est k peu près unanime parmi les commentateurs. Mais, pour fixer le sens de ce célèbre verset de la Bible, nous avons quelque chose déplus que les opinions des savants et les probabilités de la philologie; nous pouvons invoquer la tradition coos-
CREATION
tante de la Synagogue. De nombreux témoignages en ont perpétué les invariables enseignements. Job» David, Salomon et les prophètes ne trouvent pas d'expressions assez énergiques pour exalter la puissance de Dieu, dont la seule parole féconde le néant» appelle à Inexistence tous les êtres* et |iroduit les mondes comme en se jouant. Le Litre de rEceléiiastique, en particulier, complète et explique admirablement lo récit de Moïse sur I origine du monde. Et qui ne connaît ces belles paroles de la mère des Machabées au plus jeune de ses enfants pour Tencourager au martyre : Lève la yeuXf ô mon fils; regarde le ciel et la terre et tout ce quili renferment, et sache que Dieu a fait de n'en toutes ces choses ainsi que la race Aumaine, « quia eœ nikilo fecit illa Deus et hominum genuê. i» {11 Mach. vu, 2S.) La doctrine du Nouveau Testament confirme celle ne l'Ancien. Je n'en donnerai point d'autre preuve que ces paroles de Jésus-Christ luimême dans SB dernière prière : Et mainte- «m/, â mon Père^ glorifiez-moi de la gloire que foi possédée en vous^ avant que le monde fèt.{Joan. xvu, 5.) Il y eut donc un temps où le monde n'était point. Or d'où peut venir ce oui n'a pas toujours été, sinon du néant fécondé par la volonté créatrice de Dieu qui appellcf dit l'ApAtre, ce qui n'est pas comme ce fui est. {Rom. iv, 17.) La sainte ficritore enseigne donc expressément la profluclion réelle des substances qui n'existaient en aucane manière avant cet acte suprême et incompréhensible de la puissance difioe, que nous appelons la création protrment dite.
« La tradition chrétienne consignée dans les écrits des saints Pères et les décisions des conciles; ne parie pas un autre langage qoe rSeriture : elle reproduit exactement, elle exprime d'une manière plus nette encore et plus précise le dogme puisé aux sources de la révélation divine. La plus ancienne définition de l'Ëglise sur ce point est renfermée dans cet article du* Symoole des »|i6tres : Credo in Deum^ Patrem omnipotent tm^ Creaiorem eœli et terrœ. La même croyance se révèle avec éclat dans la célèbre controverse que soutient l'Eglise au ir et au ni* siècle contre les gnostiques, qui renouvelaient les deux grandes erreurs de la philosophie anciennet le panthéiime et le aua^ lime. Et en effet, que disait l'Eglise aux psnibéistes et aux partisans de l'émanation? ce qu'elle leur dit de nos jours encore. Elle les accusait de diviniser le monde et tous les êtres qu'il renferme en les faisant émaner <^« Dieu et participer de sa substance infinie. Elle leur reprochait en outre d'anéantir la «divinité elle-même en détruisant son unité, caractère <fssentiel de l'Être divin, et de renverser ridée même de Dieu par l'introduction du mal dans son essence.
«Aux dualistes, partisans de l'éternité de la n^tière, elle disait : 5t la matière est incréée et ^nmaire, elle est infinie^ elle est Dieu: voue yrirez ainsi à deux infinis^ ou plutôt à la ^KracrioR même de toute notion de Vinfinip
de toute notion de Dieu. Et la conséquence dernière de votre monstrueux système est la n^ation de Dieu et du monde, au bien et du malf c'est uHe équation parfaite avec le néant. De cette double controverse» dit M. Maret, il résulte» avec une évidence absolue, que l'Eglise repoussant également le système de l'émanation ei celui de l'éternité de la matière, affirme la création ex nihilo.
« Après une telle manifestation, qu'est-il besoin, pour établir sa doctrine, de recourir aux textes de ses docteursf Qu'il nous suffise d'emprunter à saint Augustin un passage qui résume, sur ce point, leur enseiment è tous : La foi catholique^ dit cet illustre docteur, dans son Commentaire de la Genèse, la foi catholique ordonne de croire que Dieu a créé toutes choses selon tout ce qui les constitue: elle enseigne f en outrer qu'aucune créature spirituelle ou corporelle^ visible ou invisible^ n est de la nature ae Dieu^ mais que tout a été « fait de rien var lui. » C'est pourquoi il n'est pas permis de dire ou de croire au^aucun être soit coéternel ou consubstantiel à Dieu, « Quapropter creaturam universam neque coœtemam Deo neque consubstantialem fas est dicere aut credere. » Saint Jean de Damas, en Orient, Isidore de' Séville, le vénérable Bède, saint Anseiine» P. Lombard, en Occident, perpétuant dans les écoles chrétiennes les traditions de l'Eglise, formèrent le lien qui unit l'enseignement des Pères S la méthode plus didactique des théologiens du moven flge. Saint Thomas d'Aquin, l'Ange «ie 1 école, vint résumer, coordonner et agrandir leurs travaux è tous sur les vérités de la loi, et» en particulier, sur la question de Torigine des choses. Comme ses devanciers, il enseigna, de la manière la plus expresse, la création « ex nvhilo. » Enfin les théologiens modernes, disciples et fidèles interprètes du docteur angélique» continuant jusqu*à nos jours la chaîne de la tradition, perpétuent exactement la môme doctrine. L Eglise n'a donc fait que reproduire d'une manière nette et précisie l'enseignement invariable de l'Ecriture et de la tradition; elle n'a fait qu'imprimer le sceau dogmatique è la croyance de tous les siècles chrétiens, lorsque, dans le quatrième concile général de Latran, elle a déclaré qu'il n'y a qu'un seul Dieu < principe de toutes choses, créateur des êtres visibles et invisibles, lequel par sa vertu toute-puissante, au commencement des temps, a fait de rien l'une et l'autre créature, la créature spirituelle et la créature corporelle, les anges et le monde. » Cette décision solennelle, Jueplus de mille prélats souscrivirent, était irigée et contre les Albigeois, nouveaux manichéens, et contre Amaury de Chartres, dont toute la doctrine reposait sur un panthéisme grossier. Il est donc de foi eatho^ Uque que Dieu e fait de rien tous les êtres, qu'il les a créés sans les tirer de sa propre substance^ et sans recourir h aucun principe étranger, è aucune matière préexistante.
Cette grande vérité, enseignée en tète des Livressaints, perpétuée par Tatradition cons*
Dli;TlONNA1RE DU PARALLELE.
tAnle des Juifs, promulguée de nouveau }iar Jésus-Christ et ses apôtres^ défendue, expliquée par les docteurs et les philosophes c.brétienSy consacrée enfin par une définition expresse de l'Eglise, celle vérité porte, comme on l'a dit, le caractère de cette immutabi4ilé et de cette perpétuité, double cachet des dogmes véritablement divins.
2* Question. — « Est-il de foi que Dieu fi'a pas créé de toute éternité?
a De toute éternité, dit Bossuet, et avant le commencement, il n'y avait que Dieu seul. Les créatures étaient dans la pensée divine , comme ToBuvre non réalisée existe en puissance dans la pensée de l'artiste qui la conçoit; mais elles n'étaient pas en elles-mêmes. Il n'y avait ni temps, ni lieu, puisque le temps et le lieu sont quelque chose ; il n'y avait qu'une pure possibilité de créature que Dieu voulait produire, et cette possibilité ne subsistait que dans la puissance infinie. Cependant, d après saint Thomas , Dieu aurait pu, absolument parlant, créer le monde de toute éternité : c'est aussi le sentiment d'un certain nombre de théologiens, (]ui croient qu'on ne peut admettre Topinion contraire sans limiter la toute-puissance divine. Mais si cela peut se dire sans démérité, si on peut même afTirnier, avec le Docteur angélique, que la raison est impuissante à démontrer la non-éternité du monde, c'est une vérité de fni que tout^ à Texception de Dieu, et que rien de ce qui existe en dehors de lui, n'est éternel. Dans le principe^ dit la Sainte-Ecriture [Gen. i , 1), Dieua créé le ciel et la terre : « in principio , » c'esl-àdire, remarque saint Augustin, au commenment des temps, avant toutes choses, et lorsque Dieu seul était; inprincipio^ idest^ ante omnia. — Seigneur ^ disait aussi le saint roi David, inspiré de Dieu, au commencement vous avez posé la terre sur ses fondements , ei tes deux sont V ouvrage de vos mains : « In initio /u. Domine^ terram fundasti, et opéra manuum tuarum sunt cœli, » {Psal. ci, 26. ) Et dans la prière sublime qui termine le discours de la Cène, l'Homme-Dieu proclamait la même vérité en ces termes : Mon Pire , ghriflez-moi en vous de la gloire que fe possédais avant que le monde fût. [Joan, XVII, 5.) Tous ces textes, évidemment, affirment la non-éternité du monde, et le concile de Latran, que nous citions tout à l'heure, n'a fait que les interpréter et en fixer le sens vérilable, quand il dit : // n'y a qu^un seul Créateur^ lequel^ au commencement du temps, « ab initio temporis^ v a fait de rien toutes choses. C'est donc un des dogmes de notre foi que Dieu a créé le monde dans le temps, ou plut6t avec le temps, et que rien de ce qui existe en dehors de lui n'est éternel.
3* Question. — « C'est éaalement une vérité dogmatique^ dit le cardinal Gousset, que Dieu a été souverainement libre dans la création de Cunivers. Il pouvait ne rien créer : il a créé le monde tel qu*ii estj parce que tel a été son bon plaisir. Si en effet nous outrons la trenèse^ nous y verrons que ce puissant arcki^ tecttf à qui les choses coûtent si peu, comme
parle Bossuet^ a voulu les faire à plusieurs reprises et créer Vunivers en sixjouts^ pour montrer qu* il n'agit pas par nécessité et par une impétuosité aveugle , comme se le sont imaginé certains philosophes. "Le soleil jette d*un seul coup^ sans se relenit, tout ce qu'il a de rayons; mais Dieuy qui agit avec infe/Ztgence et une souveraine liberté ^ applique sa vertu où il lui plaît et autant qu'il fui plaît ; et comme en faisant le fnondepar sa parole il montre que rien ne lui coûte^ en h faisant à plusieurs reprises , t7 fait voir quil est le maître de son action, de son entreprise ^ et
?iu'en agissant il n'a d'autre règle que sa vaonté, toujours droite en elle-même. Tel est l'enseignement des livres saints et de toute la tradition chrétienne. Ce n^est point la né^ cessiléy dit saint Augustin, mais la volonté divine, qui est la causée de toutes les choses créées^ c Causa omnium quœ fecit Deus^ f>aluntas ejus est. » Ainsi s expriment tous les Pères et les docteurs de l'Eglise.
« Mais cette liberté n'est-elle pas inconciliable avec la nature m^me de rËlre infini 7 L'idée de cause essentiellement active, contenue dans la notion de Dieu, n'implique* t-elle pas la nécessité de la création 7 Quelques philosophes, M. Cousin entre autres, I ont prétendu. Mais une simple distinction suffit pour faire évanouir cette difficulté, et pour prouver que, pour être éternellement agissant, éternellement fécond. Dieu n'a pas besoin de créer. La foi, en etfet, nous enseigne que Dieu agit éternellement en soi dans le fond de son Etre. Cette activité interne, permanente, rend Dieu fécond en lui-même, et, par cette fécondité, le Père engendre éternellement son Verbe consubstantiel, il produit son amour consubstantiel au Père et au Fils. Or, c'est IS seulement , dans la production des personnes divines, dans le développement de sa vie essentielle, dans la causalité interne, que Dieu est nécessité par sa nature. Hors de cette sphère^ commence pour lui l'empire de la liberté, et l'acle par lequel il a créé les mondes est un acte dans lequel il reste parfaitement libre et indépenoant, parce que cet acte n'a aucune relation nécessaire avec ses perfections infinies ; il n'ajoute absolument rien à TEtre par excellence; il ne donne pas la mesure de sa toute-puissance, et ne mani-* feste pas see attributs d'une manière infinie.
« Ainsi donc Dieu, suivant le dogme cathoiic{ue, est essentiellement cause, cause infinie toujours en acte, alors même qu'il ne produit rien hors de lui; par conséquent rien dans sa nature n'a pu le nécessiter à créer. Mais, objectent encore les adversaires de la liberté divine, la création était bonne en soi ; Dieu a dû la vouloir nécessairement, parce (|ue l'Etre souverainement pariait ne le serait plus s'il ne préférait pas l'être qui est bon au non-être.— La création est bonne, en effet, puisqu'elle est l'œuvre de Dieu; il est aussi très-évident qu'il vaut mieux pour nous être que de n'être pas. Mais là n'est point la question: pour affirmer qu'il j a pour Dieu un inotif nécessitant de créer, dans Id
toi
CREATION
Wi
créatioD elle-mfime , il faudrait prouver qu'elle est le complément de Tl^tre divin ;
2u*il oAanque à Dieu quelque chose qui se t>uve dans Tètrecréé; que sans le mondOt en un mot» Dieu ne serait pas infini. Nous ^atlendons, pour répondre, que nos ad versaires aient formulé cette preuve, aussi impossible qu'elle serait absurde. Cependant, s'il est vrai que Dieu pouvait ne point créer, si cV^jt là une vérité de foi, qu'on ne saurait, sans impiété, révoguer en doute, n'est-il point permis de dire avec Leibnitz, Malebrancne et tous les partisans de Toptimisme, que Dieu a été nécessité par l'ordre, qui est lui-même, à produire tout ce qu'il pouvait faire de plus parfait? Ecoutons nilustre archevêque de Cambray, répondant lui-même à cette question : Votre raisonnement ^ disait- il $ux optimistes de son temps, to^fe raisonnement irait à prouver que Dieu n'a pu se retenir en rien dans la création de son outrage; quHlne Va fait avec aucune liberté; ou^tl a été assujetti a le faire tout entier d'à-» bord^ et mime à le faire dés V éternité. On éta-biirûit par là que Pieu était autant gêné par sa manière d'agir que par le fond de son ou» vrage, Il y a plus : si ce principe a lieu , la toute-puissance de Dieu s'est épuisée dans un moment; Dieu ne peut plus produire un seul atome; il est dans ^impuissance d'ajouter le moinfbre de^ré de perfection au plus ml atome de Tunivers. Si quelque chose est indigne de Dieu 9 c'est une telle idée de lui.
^'Question.* « La création étant un acte éffiinemaieat libre, une dernière question se présente, celle de savoir quel a été le mo-tifquia déterminé Dieu à créer. Car assurément il u'apas créé sans motif. Nu) être raisonnable n agit sans raison, sous ueine d'àffit au hasard» et d^îsuorer ce qu il fait en Ignorant pourquoi il le fait. Dieu, en créant ]e monde, a donc été md par une fin, c'està-dire par un but qu'il s'est proposé d'atteindre , et qui était le terme de sa pensée, de sa volonté , de son action. Or, quelle a été cette fin, ce mobile de la volonté créatrice? Quelques théologiens, se fondant sur ce SBssage de la sainte Ecriture {Prov. xvi , i) : niversa propter semetipsum operatusestDo^ minus « ont cru trouver le motif de la création dans la gloire qui en revient h Dieu. Mais cette opinion se concilie mat avec la ttotion vraie de Tinfini et de ses perfections. Sans doute la création manifeste Dieu, révèle ses divins attributs, et raconte sa sloire. Mais, nous Pavons déjà dit, cette gtoire extérieure ne lui est pas essentielle : elfe n'ajome rien h l'excellence de son être. Dieu n'avait rien à gagner dans la création des mondes, et le déploiement eitérieur de sa toute-puissance a été un acie souverainement désintéressé. D'af Heurs, dit saint Augustin, demander pourquoi Dieu a voulu créer le monde, c'est chercher la cause du vouloir divin. Or, toute cause est nécessairement supérieure à son effet : rien tependant ne peut être supérieur à la volonté ' divine. Il ne iaut donc point chercher une cause déterminante du vouloir de Dieu en
DlCm0H5 VV P^ftALLàLK.
dehors de Dieu lui-même. Aussi dironsnous, avec saint Thomas et le catéchisme du concile de Trente, que le motif déterminant de l'acte créateur, 'tout à la fois éminemment libre et infiniment sage, a été la bonté d{vine : « Divina bonitas est finis rerum am^ nium. » Oui , quand Dieu a fait le monde, fl Ta fait gratuitement, sans l'impulsion de l'intérêt, sans l'entratnement d un amour qui fftt mérité, mais dans la seule fin de sa«tisfaire sa bonté en communiquant la vie : Froduxit res in esse propter suam bônitatem communicandam creaturis et per eas reprœ^ sentandam (Qi}msi. 17, a. l.)Ici, en présence de cette vérité, le rationalisme se récrie et s'indigne. Bien loin de convenir que le monde est l'ouvrage de la bonté divine, il n'y voit pas même une œuvre de justice, et il soulève sur ce point des difficultés sans nombre, plus spécieuses que solides, plus apparentes que réelles.
DEuxiftvEPARTfB.-— « Le dogme de la création était-il connu chez les Juifs? chezles gentils ?
« Des écrivains, inspirés par l'ignorance on la mauvaise foi, se sont rencontrés , prétendant que c'était là un dozme nouveau, inventé par l'Eglise, qu'il ne.st pas enseigné clairement par Moïse, et qu'il est incertain s*il a fait partie de l'ancienne théologie juive. Qu'il nous suffise de répondre, avecBergier, que toutes ces assertions hasardées et répétées aveuglément par les incrédules tombent d'elles-mêmes devant la clarté et l'énergie du texte sacré. Nous avons prouvé, en effet» dans la première partie de ce travail, que la création ex nihilo est formellement enseignée dans les Livres sacrés des Juifs ; que cette vérité « proclamée d'abord par Mobe, s'est conservée et perpétuée à travers les Ages par la tradition constante de la Synagogue. Nous croyons n'avoir pas à revenir sur cette démonstration, pour conclure avec les théologiens catholiques qu'il n'est pas vrai que le dogme de la création soit un dogme nouveau, mais que cette croyance appartient tout entière à la tradition biblique, et a été constamment professée par le peuple dépositaire des divines révélations.
«En fut-f 1 de même chez les autres peuples?
« C'est une vérité reconnue de tous, que même parmi les gentils il s'est rencontré de tout temps des adorateurs du vrai Dieu, des justes qui n'ont pas fléchi le genou devant les idoles. Nous vojons, en effet, dans la Genèse^ que Melchisédech, roi de Salem, ^ t Abimélec, roi de Gérare, adorèrent le même Dieu que les patriarches; que, dans l'Arabie, Job, les rois ses amis, et Jélhro, beau-^i^rt^ de Moïse, ne reconnaissaieiH [loint non plus d'autre Dieu. Beaucoup d'autres encore avaient conservé pure et intacte Isr révélation primitive. H est certain d'ailleurs que presque tous les peuples anciens, par ieui^s relations avec les Juifs^ et surtout par la diffusion des divines Ecritures, ont euquefqtfe connaissance de la révélation mosaïque. On ne peut pas supposer en effet quêtes Egyptiensi les Phéniciens, les peuples de l'Assy-
rie et de la Chaidéet tous assez voisins du royaume de Juda» aient enlièrement ignoré la loi de Moïse ; que la c^>nnaissance de cette divine loi ne se soit pas répandue aussi dans d'autres contrées par la dispersion et la captivité des différentes tribus d'Israël. Aussi est-ce un fait incontestable et démontré aujourd'hui jusqu'à l'évidence, que, toujours et partout, à tous les ftges du monde ancien et chez tous les peuples, on trouve des vestiges et, si je puis le dire, des fragments des dogmes essentiels de la religion révélée. D'où nouspouvons conclure, avec Mgr Gousset, qiie l'idée d'un Dieu tout-puissant, créateur de toutes choses, s'est conservée et perpétuée chez les gentils eux-mêmes, tout livrés qu'ils étaient aux erreurs et aux superstitions les plus grossières. Toutefois, qu'on ne s'y trompe pas, cette notion était loin d'être ()armi eux aussi distincte, aussi pure et aussi complète que chez les Juifs. Partout, au contraire, elle nous apparaît profondément altérée et défigurée par les erreurs du polythéisme. Pour s'en convaincra, il suffit de jeter un coup d'œil rapide sur les doctrines religieuses et philosophiques de l'antiquité païenne. Toutes les religions, en effet, comme toutes les philosophies, ont essayé de résoudre le grand problème de l'origine des choses, et ce serait une étude intéressante que celle des diverses solutions données è cet important et difficile problème; mais un semblable travail nous entraînerait bien au delà des limites qui nous soni imposées, et force nous est de nous borner è indiquer ici les principales solutions.
c En dehors de la tradition biblique, la doctrine religieuse la plus ancienne sur l'origine du monde est l'hypothèse célèbre connue sous le nom de Système de V émanation. Ce système renferme l'idée d'une substance infinie, éternelle, qui sort de son repos par une force interne, revêt une multitude innombrable de formes, et se manifeste par cet ensemble de phénomènes que nous appelons l'univers. Tous les êtres sont tirés de cette substance infinie par une série d'émanations plus ou moins parfaites dans leur essence; ils sortent de son sein pour y rentrer un jour. Cette doctrine a fait sa première apparition dans l'Inde; elle est le lond de la tnéologie des Védae et du code de Manou. Et, en effet, au milieu des théories contradictoires que renferment ces livres sacrés du peuple hindou, au milieu d'un amas incohérent de Tentés et de fables, une chose est certaine , c'est que l'idée de création proprement dite en est formellement exclue. La Divinité y est représentée comme la substance universelle, comme VEtre unique^ et les créatures, comme des êtres illusoires. L'univers n'est pas tiré du néant par une puissance infinie qui reste toujours au-dessus de ses produits, et distincte de son œuvre; mais Branma, faisant émaner le monde de sa propre substance, passe dans le monde et dans tous les êtres. Il se perd dans cette multitude infinie pour se retrouver ensuite, et rentrer en luimême par l'absorption finale de. tout ce qui
est émané de lui. Très-conséauemmont à cette vue, la nature est divinisée et adorée dans toutes ses parties. Tels sont, en résumé, l'origine et le fond de ce fameux système que l'imagination orientale nous pré* sente sous des images et des symboles parfois imposants, le plus souvent ridicules et absurdes. Les systèmes philosophiques de llnde reproduisent exactement les mêmes erreurs. Le plus important de tous, le Tédantisme, va plus loin encore : il renferme le panthéisme dans toute la rigueur de ses
t)rincipes et de ses conséquences. Nous aluns emprunter k l'illustre auteur du Précis de rhistoire de la philosophie une page de l'anal vse si remarquable qu'il nous a donnée du Vedantisme.
« D'après ce système ^dii-ïU Brahma seul existe^ et tout ce qai n'est pas lui n'est qu'une illusion. Cet axiome se prouve par la notion mime de Brahma. Il est titre un^ éternel^ pur^ rationnel f affranchi de totUe limite.S*ilexis» tait hors de lui des réalitis multiples, timttées, composées, il faudrait qu'elles eussent été produites par Brtuma ; mats cette production ne serait possible qu*autantgue Brahma posséderait en lui le principe ^imperfection, de limitation, de multiplicité, toutes choses quirépugnent à son essence mime. Lorsque F esprit humain considère comme des itres distincts de Brahma le monde, les hommes et lui-mime, il est dans l'état de rive ; il réalise des fantômes : lorsqu'il reconnaît que Brahma est toutfU s'élève à rétat de veille ; la science est ce réveil de rhumanité.
« Pour exprimer cette identité absolue des êtres avec Brahma, les védantistes se servent des métaphores les plus audacieuses du génie oriental.
« Il est, disent-ils, comme une masse d^ar- ÇilCf dont les itres particuliers sont les formes, comme un feu immense d'où jaillissent les créatures en milliers d'étincelles , comme Vocétui de rétre, à la surface duquel apparaissent et s'évanouissent les vaques de l^existence, l'écume de ces vagues, lesoulles de cette écume, qui paraissent distinctes les unes des autreSf et qui sont FOcéan {ut-m^me... Mais toutes ces images sont trop imparfaites : les êtres divers ne peuvent, tout au plus, être conçus que comme les noms multiples de Branma, et ces noms sont aussi vides, aussi mensongers que peuvent Têtre des noms.
Lorsque, considérant Brahma à travers les voiles de Tillusion, on se demande comment se joue le spectacle de la création, Brahma apparaît è 1^ fois comme actif et comme passa ; comme actif, parce qu'il produit les transformations apparentes ; comme passif, parce que celui qui transforme est en même temps celui qui est transformé. Hais, dès qu'on sort de l'illusion, toutes les formes, tous les noms, toutes les distinctions s'évanouissent, et l'on n aperçoit plus que la sub^tancesans distinction, sans nom, sans forme, 1 unité pure, où le connaissant et le connu sont identiques. Ainsi, It; panthéisme, dans sa plus grande rigueur métaphysique, c'està-dire la négation de toute production réelle»
CREâTION.
tel est le fond des croyances religieuses et pbilosophiqaes de Tlnde sur ^origine du monde. Disons -le en passant, c'est une chose digne de remarque, que tous les systèmes du panthéisme qui ont été imaginés depuis» ne sont que la reproduction des idées sur lesquelles se fonde le panthéisme indien. C*est toujours. Tidée de l'unité qui prévaut sur les existences iiarticuliàres, distinctes, indlTiduelIf^s; c'est toujours le fini 3 ai s'efface et s^évanouit pour s'absorber ans l'infini. C'est toujours la coexistence des deux termes de la création qui est déclarée impossible.
« La doctrine de Fémanalion n*est point par^ liculièreau peuple hindou. On la retrouve en Egypte, en Perse, dans la théogonie d'Hésiode et jusque dans l'Edda des Islandais. Elle parait avoir dominé dans toutes les croyances de l'ancien monde, et on peut la regarder comme la première solution que la science humaine ait donnée du grand problème de l'origine des choses. Je n'ai pas à apprécier ici cette solution, è signaler l'absurdité des principes sur lesquels elle s'appuie, et le danger de ses conséquences ; ie ne dois que constateir la distance qui la sépare do dogme révélé. L'idée de création proprement dite implique en effet la réalisation de ce qui n'existait auparavant en aucune manière : l'idée d'émanation implique seulement ta manifestation ou le dégagement d'une réalité antérieurement existante. Cette théorie n'admet pas une production véritable, mais seulement un développement des choses; le dogme de la création, an contraire , nie la préexistence des choses. Rien n'était, selon lui ; tout a été fait de rien par une puissance infinie ; il ne peut y avoir d'opposition plus tranchée. «
« Le géoie philosophique sera-t4l plus heureux en Occident? Donnera-t-il au problème qui nous occupe une solution plus en harmonie avec la doctrine rérélée ? Ecoutons les sages de la Grèce antique. Thaïes, Heraclite, Ânaximandre, Anaxagore enseignent l'éternité de la matière. Pytbagore croit découvrir le principe des choses dans la Monade^ substance unique, absolue, qui renferme originairement et sansdi vision l'esprit et la matière. Dans ce système, développé plus tard parTimée deLocres et Ocellus de Lncanie, ce n'est point |}ar cr^olioii, mais
Bar déiachemetU que la matière est sortie de ieu. C'était reproduire sous une autre forme t'émanatisme indien. Partant des mêmes principes, les métaphysiciens d'Elée, Xénophane et Parménide nièrent la réalité du nioude,etmème des formes sous lesquelles il nous apparaît. Ils prouvèrent que, dans le système de l'^mmaittm, toute production n'i^unt qu'apparente , TuAité seule existe toujours semblable à elle-même. Le fini, avec son caractère multiple, relatif et changeant, leur parut un non être, une vaine apparence ; ils le nièrent hardiment, et aboutirent ainsi i un idéalisme absolu. Cette conséquence heurtait trop directement te sens commun oour ne pas donner lieu à une réaction iné-
vitable. Elle fui opérée à Elée même par Leuci ppe et Démocrite. Ces phi losophes, subs* tituant à l'imtl^ abeolue la pluralité infinie , imaginèrent la célèbre hypothèse des atomes, principes constitutifs et éternels de tout ce qui est dans' le monde, et, pour éviter les excès de l'idéalisme panthéistique, ils tombèrent dans un sensualisme grossier. Leur école, continuée par Epicure, Zenon, Lucrèce, devint toute matérialiste; elle ne mérite point de nous arrêter plus longtemps.
« Mais nous sommes arrivé à l'une des époques les plus remarquables de la philosophie grecque, et il nous reste à dire un mot de ses vrais représentants. Platon et Aristote sont en effet la plus haute expression et, en quelque sorte, la double personnification de cette philosophie. Leur génie sublime a touché aux dernières limites de l'intelligence humaine, et pourtant sur la question présente seront-ils mieux inspirés
2ue leurs devanciers? Parviendront-ils è se lire une idée plus juste et plus nette der la création? Hélas 1 ils ne sauront que nous prouver une fois de plus combien la raison est faible, incertaine et chancelante, quand elle marche dépourvue de l'appui des traditions divines.. Platon considère la matière comme éternelle, incréée et indépendante. Pour lui. Dieu n'est que J'organisateur, le moteur, et l'architecte du monde, qu'il bâtit selon l'éternel modèle des idées. Aux yeux d'Aristote, dit M. Maret, ce n'est point seulement la mat i ère qui est éternel le et incréée ; la matière est éternellement inséparable de la former le monde organisé existe de toute éternité avec ses lois, ses forces motrices et tous les êtres qu'il renferme. Seulement les forces motrices sommeilleraient éternellement, si le monde ne se sentait attiré vers le bien suprême qui est Dieu. Cette attraction met éternellement le monde en branle. Dieu, suivant Aristote, n'est donc pas la cause effi ciente du monde, il n'en est que la eause attractive, il n'en est que le premier moteur. « Tels étaient les progrès de la philosophie, quand le christianisme vint réveiller dans le monde l'idée de la création. Cette idée fut présentée avec tant de force par les docteurs chrétiens, que la philosophie se prit à rougir de sa matière éternelle, de son monde éternel et des conceptions favorites de son Platon et de son Aristote. Alors qu'arriva-t-il? L'école d'Alexandrie , repoussant la théorie de deux principes coéterneis, proclama l'unité absolue du premier être^ et le considéra comme la cause non-seulement de l'intelligence, mais de la matière. Ici, vous croyez toucher au dogme de la création, et vous en êtes plus éloignés que jamais. Pour les néoplatoniciens, la création n'est autre chose que l'émanation. Leur principe suprême s'émane en une infinité de produits divers; de là le monde. C'était évidemment ressusciter le panthéisme indien , et, après une révolution de dix siècles, renouveler les erreurs de la philosophie à son berceau. « D'après cet exposé, si rauide et si in-
DICTIONNAms DU PARALLFXE.