DISTINCTION DES DEUX POUVOIRS
c*est la confusion des deux pouvoirs, la réunion de i*autorité spirituelle el de l'autorité temporelle dans les mêmes mains. En effet^si le gardien de la doctrine a la force en main, il sera porté naturellement h en user. An loniraireja distinction des deux pouvoir5,et même les conflits qui peuvent en découler, sont un obstacle à ce que le pouvoir spirituel abuse de la force, et à ce que le pouvoir leni|)orel abuse de la doctrine. Cette distinction est donc un des meilleurs préservatifs contre Toppression des peuples. Le catholicisme, en la maintenant invariablement è travers les siècles, a donné une nouvelle preuve de sa vérité; et toutes les sectes hérétiques ou schismatiques, en s'accordant avec les païens et les musulmans hour donner aux gouvernements humains l'autorité spirituelle, ont tr^hi, par un signe Je plus, la fausseté de leurs sj^mboles.
On trouvera, sur la lutte des deux pouvoirs, au moven Age, de remarquables considérations dans rintrodoction dont M. Tabbé n^rboy a fait précéder son Histoire de êainl Thomas Becket. Cette Introduction , qui toinpte deux cent cinquante pages in-8", est, à elle seule, un bel ouvrage. Dans Thistoire lia saint, M. Darboy a donné une nouvelle ireuve de ce talent de traducteur qu*il avait révélé par son édition française des Œuvres dt iaint Denis. Dans Tlntroduction, il montre une grande science du droit canon, du «Iroii romain, des coutumes d'Angleterre; Téluquence et les grandes vues ne lui font îas aéhut. « Il est un fait, iidit M. l'abbé lfei^an,« qui nous a frappé dans la lecture lie celle remarquable Introduction. L'auteur disrote presque toutes les questions qui séfiartfieitt deux écoles naguère fameuses, recelé ultrsmontaine, et 1 école gallicane; cel^eodant la discussion est conduite de telle façon que le lectnur oublie également les deux écoles. La raison, la justice, le droit, noi seuls la parole. Sans le dire, sans prononcer une seule fois le nom de ces écoles, iahlié Darboy transporte ses lecteurs loin do champ habituel de la controverse, dans la sphère toujours sereine de la vérité et de la justice. »
S^rdeSalinis danssa belle /na/rucHon paatora/ffur/tfpotivotrs'exprimeainsiausujelde la distinction des deux puissances : « I^a parole de Jésus-ChriÂt, Rendex à César ce qui est i César^ ei à Dieu ce qui esl à Dieu {MaHh. xxu, 21), irancbait c^mme un glaive, dans leur racine t les honteuses servitudes qui étaient comme l'essence du monde païen.
L'homme échappait è l'homme dans la ^)ortion !a plus élevée de lui-même ; le corps restait an luoode, à César; l'Ame retournait au ciel, à Dieu. Toutes les libertés devaient sortir de cette première liberté. L'homme ne retrouvait pas sealemeut, avec ses immortelles destinées, tous les titres de sa noblesse origit^ile, mais l'Evangile faisait resplendir sur Mn front des rayons plus divins que ceux que PidolAtrie avait obscurcis. Fils deDieu, l:ere de Jésus-Cbrist, héritier présomptif du rotaume céleste, l'homme grandissait trop
Diction!!, nu PAnALLàLB.
dans le monde surnaturel pour ne pas se relever peu h peu dans le monde social. Les abaissements auxquels il avaitété condamné, les injures, les hontes que les abominables luis et les mœurs plus abominables encorn de l'antiquité lui avaient infligées devenaient impossibles. La civilisation païenne était sapée dans sa base.
a Ce fut la raison profonde des oppositions que l'Ëglise rencontra dans le monde.
« Ce fut surtout la cause de la résistance désespérée des empereurs.
« Rome avait remis aux mains des Césars tout ce qu'elle avait conquis en huit siècles de combats, c'est-h-dire toute la terre, et tout le ciel connus, tous les hommes et tous les dieux. £t voici que l'Ëvangile vient briser celte monstrueuse unité : cet empire des Césars que rien ne limite, ni sur la terre, ni du côté du ciel, ni dans la conscience do l'homme, l'Eglise le circonscrit, elle le divise; elle fait deux empires, dont l'un revient à Dieu et lui rend tout ce quo le;ij Césars avaient usurpé; l'autre reste aux Césars, mais ne renferme plus que ce oui leur appartient légitimement. Comment les Césars auraient-ils pu consentira ce démembrement de leur domination? Ils s'armèrent, et le monde vit les plus sauvages excès auxquels se soit jamais emporté l'orgueil do la puissance irritée. Ce n'est pas tci le lieu de raconter des luttes, ()ui sont, sans contredit, le drame le plus émouvant, le plus divin qui se rencontre dans l'histoire.
« Après unduel detroissièclesentrelaforce et le droit, la force fut vaincue, le droit l'em- )iorta. L'humanité reçut, des mains de TEglise, la charte de son affranchissement, scellée par le sang de huit millions de martyrs.
« Or, voici le trait merveilleux que nous voulions vous signaler. Suivez l'Eglise dans toutes tes phases les plus ardentes, les plus douloureuses de sa mAlée sanglante avec le monde romain^ vous ne la verrez préoccupée, pour ainsi dire, que d'une crainte, c'est que la puissance des maîtres du monde ne soit affaiblie par la résistance qu'elle oppose k leur sacrilège tyrannie, c'est que leurscejitre ne soit entamé par l'invincible patience qui émousse la hache de leurs bourreaux. Les maîtres du monde, c'est Néron , c'est bioclétien, ce sont des ennemis auxquels l'enfer a soutné toute sa haine contre le nom chrétien. N'imi^orte, du fond des catacombes où la persécution force TEglise 5 ensevelir son existence et ses mystères, elle fait monter, tous les jours, vers le ciel ses prières pour les princes |)ersécuteurs; elle reconnaît, elle proclame I autorité des Césars jusque sur les échafauds où elle meurt pour Jésus- Christ. Si l'on y regarde de près, ce ne sont LUIS les droits seulement de la liberté et de fa conscience humaine, c'est le titre divin du pouvoir que les martyrs écrivent avec leur sang. Ces violences inouïes qui ne soulèvent chez les Chrétiens aucune résistance, ces horribles tortures qu'ils acceptent, quMîs endurent sans laisser échapper un mormare »
luanifeslenl Théroïsme d'une double obéissance, le corps à César, l*Aine h Jésus- Chrisi : la souverainelé de César cl do Jésus-Clirisl apparaît et triomphe également dans ces miraculeux combats. Si vous voulez vous convaincre que ce que nous disons n'est réellement que Texpression de l'âme deTEyilise, dans cet âge héroïque, lisez l'admirable réclamation adressée h l'empereur par les martyrs de la légion Thébéenne; ou mieux encore, ouvrez V Apologétique de Tertullien. A côté des tableaux où les souffrances des Chrétiens et la cruauté des tyrans sont retracées avec des couleurs dont l'énergie ne saurait être surpassée, vous trouverez des protestations non moins éloquentes contre toute pensée de révolte. Tertullien résume, en un mot que l'adulation n'aurait pas su trouver, toute la doctrine de l'Eglise sur l'obéissance due aux princes, en l'appelant la religion de la seconde majesté. Donc, il y a quelque chose de Dieu dans l'empereur; rien au-dessus de son pouvoir que le pou- TOÎr de Dieu-mème.
a Le pouvoir vient de Dieul Ce dogme sur lequel les luttes mô nés de l'Eglise contre le ))ouvoir imprimèrent, comme nous venons de le voir, une si éclatante sanction, ce dogme, l'Ei^lise l'a toujours proclamé comme une des vérités divines dont le dépôt lui a élé confié par Jésus-Christ et par les apôtres. Elle l'a maintenu contre l'hérésie; elle l'a expliqué aux peuples par la voix de ses pontifes, parles écrits de ses docteurs; elle l'a réalisé extérieurement; elle en a fait la base de toutes les sociétés qui se sont constituées sous sa divine influence. »
Dans une de ses conférences, prèchée aux Tuileries, ei qui a pour titre : L'Eglise et VEtat^ ouThéocralie et Césarisme, le P. Ventura a traité la question qui esi Tobjet de cet article. On sait que ces conférences ont été publiées en un volume intitulé : le Pouvoir politique chrétien; nous en tirons l'analyse du discours dont nous venons de parler.
« 1. Exorde, — Un des caractères de TEvangile, c'est que les faits qui y sont ra|)- )M)rtés sont tous historiquement vrais et mystérieuaement prophétiques . Explication du texte du présent discours. — Les rois de la terre n ont rien à voir à l'autorité de l'Eglise, ils n'ont vis-à-vis d'elle que le devoir de respecter sa juridiction divine et de s'y soumettre. L*r)raleur va exposer l'importance du droit i>ublic théocratique et les effets du droit public césarien^ il ne défendra la théocratie et ne combeittra le lésarisme qu'en vue des avantages du pouvoir
public chrétien. ,
« 2. Première partie. — Qu est-ce que la théocratie? Le césarisme en donne une définition calomnieuse. Véritables allribuiious de ces deux pouvoirs, selon saint Gélasc : LEtat est dans l'Eglise comme l'enfant dans les bras de sa mère. La religion est le but des règnes et la fin des empires... Magnifique tableau d'un royaume, par saint Thomas: La soumission du pouvoir temporel au pouvoir spirituel, pour bien gouverner l'Etat, est une
loi fondamentale de la république chri^tienne et dès lors elle comprend Tinlérêl d'un grand devoir.
« 3. La société n'est que la concorde des êtres intelligents réunis ensemble par VobéiS' sanceau même pouvoir. D'accord avec le droit naturel , le droit public ne reconnaît que trois espèces de sociétés : la société domestique, la société civile, la société religieuse. Rien n'est plus raisonnable que le devoir de la soumission du pouvoir civil au pouvoir religieux : Saint Paul dit : Que toute âme s'as^ sujettisse aux pouvoirs plus élevés (Rom. xin, 1); or le pouvoir le plus élevé est le pouvoir spirituel, qui embrasse toute Thumanilé.
Suivant la doctrine du n)émo apôtre J'obiigation morale d'obéir h tout pouvoir n'est qu'en raison et dans la mesure do sa représentation divine : le pouvoir religieux, qui représente et perpétue l'action du Dieu sanctificateur, est le plus h tut pouvoir.
« k. Réponse aux objections des publicistes du césarisme formés à l'école de Jacques 1" d*Ànçleterre et de Louis XIV. Réponse au sophisme , qu'un pouvoir d'origine divine ne saurait relever que de Dieu seul, et h celuici : C'est VEglise qui est dans VEtat, et non l'Etat qui est dans l'Eglise; donc l'Eglise doit être soumise et gouvernée par l'Etat, et non l'Etat par l'Eglise. Réponse à robjeciioa (j[ue, dans l'intérêt de la vlénitude de son indépendance, le pouvoir public doit, dans le ressort de sa juridiction, dominer tout, même lareligion, même C Eglise.
« 5. L'autel peut se passer du trône^ mais le trône ne peut se passer de l'autel; le plus valide rempart de l'indépendance politique, propre au pouvoir civil, ne se trouve que dans sa soumission religieuse au pouvoir ecclésiastique, h^ans l'autorité du père , il n'y a pas de sûreté pour les individus; sans l'autorité du pouvoir politique, il n'y a pas de sûreté pour les familles; sans rautorité du chef de VEglise, Un y a pas de sûreté pour les Etats. Ce que peut devenir l'Angleterre, où l'Eglise étaulie est asservie an pouvoir.
« 6. Autre objection du c^^artVme formulée par un nouveau sophisme. Réponse à cette objection. L'église reconnaît tous les gouvernements de fait qui respectent sa juridiction et veulent marcher en paix avec elle. L'orateur défend TEglise accusée d'usurpation et d'empiétements sur les droits de l'Etat. Pour les Chrétiens, la soumission et Tobéissance au pouvoir public sont un devoir spirituel, un devoir de conscience, dont la transgression peut compromettre le salut éternel. Différence des préceptes négatifs, et des préceptes affirmatifs. Il y a des cas où le devoir de l'obéissance au pouvoir public w ^. saurait obliger auand même. C'est aux Théologiens, c'est à I Eglise à déterminer ces cas.
a 7. Exemples nombreux montrant qu'en tous lieux et en tous leiuns on a toujours cru qu'il n'appartient quau pouvoir religieux de juger la question de fobéissance et de la fidélité au pouvpir politique. Les protestants mêmes out reconnu ces grantM