ECONOMIE POLITIQUE
priiicipcs. Les princes chrétiens ont été et sont encore du niêuie avis.
• 8. Intérêts immenses se rattachant au droit public de la théocratie; la raison et rexpérience, la théologie et te droit public, les témoignages des enfants et ceux des enneaiis de TEglise , rendent unanimement hommage à la solidité des principes, h l'importance et & l'action salutaire du droit théocratique, et proclament que sur ce droit ont été fondées la liberté des peuples, l'indépendance des petits Etats, la paix de la république chrétienne et la civilisation du monde.
• 9. C'est donc un grand devoir que celui de la soumission du pouvoir temporel au pouvoir spirituel; tout prince chrétien doit plAcer sa gloire à y demeurer fidèle. Exem- }»les cités.
< 10. Deuxième partie. Qu'est-ce que le cesarisme? — Un des jilus grands cri mes des Césars païens a été d'avoir voulu concentrer dans leurs mains, outre la plénitude du pouvoir civil, la plénitude du pouvoir religieux. Depuis la renaissance du paganisme |)Olitigne au xv* siècle , ces Césars ont trouvé des imitateurs, qui ont empiété jusque sur ce qn'il y a de plus spirituel : la juridiction de TEglibe; ce lut le césarisme dans toute sa brutalité sacrilège. Pour ces nouveaux Césars, la société ne fut plus qu'un fait humain, la religion un instrument de règne, la raison (l'Etat la règle unique des gouvernements ; ei ils considérèrent l'Eglise comme soumise ^ ri^iat et enclavée dans l'Etat. Sous le règne de Dieu» l'Iiomme demeure homme; sous le règne de l'homme , l'homme n*est plus f}u'une chose* Le césarisme est la mort de la riTilisation chrétienne et le retour è la riTitisation païenne, le fléau des peuples et la ruine de la société.
i 11. Le césarisme a fait perdre à la royauté : 1* la dignité de $a représentation divine; S* ta garantie de sa légitimité; 3* la sûreté de ion existence. Ce qu'il faut penser du serment prêté à l'autorité politique et du sacre des souverains, si Ton adopte les idées du césarisme.
■ là. L'orateur, avant d'aborder le sujet délicat qui va suivre, se couvre de l'exemple de saint Amliroise parlant à Théodose.
« 13. Ce gu'on est convenu d'appeler les libertés gallicanes. Le pouvoir qui les promulgua voulut s'émanciper de la juridiction ecclésiastique; en même temps il voulut s'émanciper aussi de toute juridiction civile et politique, et proclamer I irresponsabilité, l'iuamissibilité, et Tindépendance absolue de son autorité. Conséquences oi!i l'on aboutit en jugeant ces libertés^ comme l'a fait Bossuet; tous les écrits antimonarchiques ne sont que les commentaires de ces principes d'absolutisme païen. En théorie, il n'y a pas de raison qui puisse comprendre, il n'y a pas de conscience aux puisse admettre ufîo puissance temporelle ne relevant que d'elle-même ; en fait, une telle puissance ne saurait exister louj^temps dans une nation chrétienne; c'est ainsi que la royauté s'est rendue impossible, et la révolution qui l'a emportée n'a été que son œuvre, sa laute, son crime.
« 14. PourquoU'Eglise a cru devoir intervenir dans les grandes questions de souveraineté; en rejetant cette intervention, la souveraineté s est trouvée exposée aux juge^ ments du peuple.
« 15. Dès l'instant oik la royauté se plaça en dehors et au-dessus de tout contrôle, elle se trouva exposée au contrôle de tous; or la multitude qui contrôle le pouvoir lui fait rarement grâce. Illusion des rois qui ont voulu se délivrer de toute responsabilité.
« 16. Si toute atteinte & l'autorité [Publique est un crime, combien est plus criminelle toute atteinte à l'autorité de rEglise I Sentiment de saint Athanase sur les attributions et les droits des deux pouvoirs; châtiments infligés dès ici-l>as aux princes qui ont refusé de se soumettre à l'Eglise et qui l'ont persécutée.
<i 17. L'indépendance et la liberté de l'Eglise sont de droit divin : stabilité, immutabilité et force vivace de l'Eglise malgré tous les efforts de ses ennemis. Les i»ouvoirs de la terre n'ont rien de mieux à faire que de ne pas troubler sa marche triomphale, et, s'ils sont iiatholiques, de se rattacher à son esprit et de s'efforcer de prendre rang dans la foule des saints et des prédestinés qui chantent ses louanges à jamais. »
ECONOMIE POLITIQUE. — La nouvelle seience qui a reçu ce nom a souvent eherclié à jeter la défaveur sur les institutions de la chrétienté au moyen âge. Les quelques citations qui sufvent montrent fort l»ien la futilité et le danger de toutes les théories économiques qui ont été dirigées con* tre les anciennes conditions de la société chrétienne.
M. Coquille s'exprime ainsi dans YUnivers du tt mars 1856 : « L'imprévoyance avec laquelle les gouvernements depuis trois sièvlcs protègent l'industrie et le commerce,
atteint le plus haut degré d'évidence possible, quand on examine l'industrie et l'agriculture dans leurs rapports mutuels. One vérité fondamentale et oubliée, c'est que la prospérité de Tindustrie dépend de la prospérité de l'agriculture. Ainsi, toutes les industries qui emploient la laine et le cuir reposent sur la production du bétail. Les troupeaux, suivant l'expression d'Aristote, sont des champs vivants. Ils forment une exploitation qui doit marcher de pair avec la culture proprement dite. Si l'on songe è tous les usages de la laine et du cuir» on
D1CTI0N.NA1RC DU nRALUJ^E.
s^aperçoil immédiatement qu*une foule d*induslries s*organiseronl pour travailler ces matières premières fournies par Tagriculture. Ce sont là des industries avantageuses. Elles né risquent pas de tomber dansTe trop plein, parce qu'elles sont limitées par la production agricole. Elles portent avec elles la subsistance du travailleur; les matières (]u'elles façonnei)t témoignent qu'une Quantité correspondante de nourriture a été produite. 11 n'y a donc pas à craindre l'exagération de Ja production. Favoriser Tindustrie des laines, ce serait favoriser la multiplication du bétail et l'amélioration de l'agriculture.
«Les gouvernements ont mieux aimé encourager les filatures de coton. Or, une telle fabrication expose à de graves périls le pays qui l'accueille. Il est d'aoord difGcile de proportionner l'offre à la demande. Les manufactures fondées sur les matières venant de l'éiranger peuvent produire indéfiniment et bien plus que ne l'exige le marché national. Si la consommation s'arrête un instant, une crise industrielle se déclare, et la population ouvrière ressent les angoisses de la misère et de la faim. De là aux agitations sociales et aux révoltes, il n'y a pas loin. Les villes les plus connues par leur turbulence en Angleterre sont les villes de fila* tures de coton. Combien de fois Manchester n'a-t-il pas été réduit aux abois par la baisse des cotons? Le développement de cette industrie ne suppose pas un développement proportionnel de subsistances; le coton ne porte pas, comme la laine, sa nourriture avec lui. 11 semble que les ministres des Etats européens aient e\x à cœur, avant tout, les intérêts des étrangers, car ils ont persévéramment sacrifié les intérêts de leurs nationaux. En protégeant le travail étranger aux dépens du travail national, ils ont cru faire merveille, et ils ont pris l'économie politique à rebours. Ils ont reçu les applaudissements de tous les écrivains cjue l'ancien ordre social indignait, et qui aspiraient à un monde plus pariait créé par la philosophie. C'est pour cela qu'ils ont détruit toutes les institutions protectrices du travail national, et qu'ils ont réclamé la liberté absolue du laisser-fa i re et du laisser-passer. Ils ont réussi . Ces perpétuels soubresauts de l'industrie cmt alimenté en France les causes de désordre et d'instabilité politique. Et ces industries, pour lesquelles tant de sacrifices nous ont été demanflés, n'ont jamais pu vivre d'une façon régulière. 11 fallait s'adresser à la France elle-même, et non à l'étranger, et encourager les industries dont la France aurait fourni la matière première. A défaut de lumières économiques, il suffisait d'un peu de patriotisme pour guider dans cette voie nos administrateurs et nos hommes d'Etat.
« Sully avait raison de combattre l'introduction en France de l'industrie de la soie, et Henri IV raisonnait en membre de l'Académie des sciences morales et politiques quand il s'imaginait enrichir la France par les vars-à-soie. C'est qu'en effet le luxe
appauvrit les Etats, et que 1c travail improductif diminue les subsistances en diminuant la quantité du travail qui doit naturellement s'appliiuer à les produire. Ainsi la soie n'est pas une richesse; nous pouvons en avoir à (profusion et être dans la détresse. Il en est autrement de la laine; si elle est abondante, c'est que la produ(:tion en moutons l'est également. Et alors l'agricultnre fleurit, et la vie est à bon marché. Or un peuple n'a pour richesse que ses moyens d'existence; le reste n'est presque rien; en dehors de la nourriture, du vêtement et du logement, il n'y a que des objets destinés à nourrir notre vanité. L'économiste .sérieux n'a pas à en tenir compte. D'après ce que nous venons de voir, toutes les industries ne sont pas dignes des mêmes faveurs. Les seules qui soient véritablement utiles et ajoutent à la richesse publique sont celles qui reposent sur l'agriculture, et en sont en quelque sorte le prolongement. Ce qui est vrai ue l'industrie est vrai des autres travaux, qui ne sont productifs que s'ils servent à la production en bétail ou en blé. Les ponts, écluses, fermes, granges, etc., font partie du capital de la nation; les arcs de triomphe, les thé&tres, les palais, etc., sont des travaux improductifs. Certes, tout ne se réduit pas pour l'homme à des questions d'alimentation ; mais il est nécessaire de ne pas se tromper sur un point aussi important. Consacrez aux arts une partie de votre argent, si vous êtes riches; ne croyez pas avoir augmenté par une telle dépense le capital et la richesse du pays.
« Donnez un ^rand es^or à l'agriculture, et parla multiplication des matières premières, vous otTrirez une base solide à rindustrie nationale et lui assurerez une prospérité durable. Et ce n'est pas seulement l'industrie, c'est la richesse mobilière, dans son expression la plus générale , qui dépend de l'agriculture. Nous n'appelons pas richesse mobilière les actions, billets de banijue, rentes sur TEtat, créances hypothécaires, dont quelques publicistes ingénieux grossissent plaisamment le capital national. La monnaie n'est qu'une faible partie du capital mobilier; et cette partie* comme celle des outils et instruments de travail, n'est pas susceptible d'un accroissement indéfini ; elle est bornée par le besoin de la consommation. Où sera donc la richesse mobilière? Elle résidera dans les troupeaux, cescAamps vivants d'une exploitation si fructueuse et dont il est si facile d'étendre les limites et de doubler la fertilité. Quand, dans le siècle dernier, les petits propriétaires anglais ont abandonné leurs propriétés pour prendre à ferme les grands domaines, ils se sont enrichis. Portant leurs soins et leurs capitaux sur l'amélioration du bétail, ils se sont créé en capitaux mobiliers une fortune considérable et bien assise, fortune presque aussi solide que celle de la terre, puisqu'elle y est indispensableroent attachée* Cet accroisse' ment de la richesse mobilière a sa source dans l'agriculture; raf^ricialtore seule est
ECONOMIE POLITIQLE.
i^nde; les autres travaux transforment les objets les rendent plus ou moins utiles; ils ne produisent rien à proprement parler.
Cette Térité a été entrevue par les physiocrates. liais, qu'on le remarque bien« Taericoilore puise toute sa force dans les lois assignées à son développement. Elle végète si ces lois sont violées, et ne récompense le travail obstiné du laboureur que par de chétiis produits. On invoque alors iescombioaisoos du crédit, on flatte la cupidité par toutes sortes d*utoptes. 11 n*v a pas de hasard en ce monde ; et si les cnoses vont mal, c'est qu'apparemment des lois fondamentales ODl été méconnues. Voilà ce quHl faudrait Toir quand on s*occupe des moyens de régénérer Tagriculture en France.
1 La mutation des propriétés et le morcellement du soi arrêtent tout court la richesse uiobiliëre. La paix intérieure et Tunité de direction sont nécessaires à la création du capital mobilier. Si, à la mort do fermier, les partages viennent anéantit le capital en voie de formation, tout est perdu. Les saisies, les frais de jystice, les contentions enlre frères emuécbent de continuer les exploitations rurales ou les laissent dans de i&aoTaises conditions. On s'effarouche du droit d'aînesse, par la compassion qu'on a des pauvres cadets déshérités. Mais si la société augmente ses richesses par une meilleure tenue des terres, il n'est ^s exact de dire que les cadets sont déshérités. Ils ont, au contraire, part i un nouvel héritage formé par les valeurs mobilières, qui sont toujours partageables.
t £a négligeant l'agriculture, les gouvernements se sont condamnés à des efforts stériles pour maintenir l'ordre et l'abondance parmi leurs sujets.* Ils ont succombé k cette tâche ingrate. Us ont voulu protéger l'industrie, sans cooiprendre que l'agriculture était la ba^e de l'industrie. L'agriculture |«raU leur inspirer une sainte horreur. Ce préjugé est ne de l'ignorance économique de notre temps. La tradition révolutionnaire y a aussi contribué. La révolution s'est faite au profit de l'argent contre la propriété foncière. De là est sortie une théorie scientifitiue qui oppose le capital mobilier au capital immobilier. Et comme le capital mobilier a donné naissance aux manufactures et aux bbriques, l'industrie est devenue, par les mêmes principes, le représentant de l'avenir en face de la propriété foncière qui représentait le passe. Ces prétendus antagonismes uont plus d^objet depuis que le temps a effacé 1 illégitimité des droits et des possessions nui remontaient k la révolution. Il reste démontré que tout s'enchaîne dans l'ordre économique de la société. L'agriculture fournit le nécessaire ; sur elle porte te poids de l'alimentation publique. HIe fournit encore l'utile en se prêtant à toutes les transformations de l'industrie. L'intérêt de l'industrie ainsi entendue est le même que celui de l'agriculture, et la prospérité de Vune est identique à la prospérité de l'autre. Mais si rindttstrie est considérée à part i en dehors
de la subordination qui la liée Tagriculture, elle n'offre plus aux peuples la même sécurité; elle est grosse de désastres et de catastrophes. Il ne s'agit donc pas de protéger l'industrie, comme si Tindustrie existait par elle-même. Il s'agit de protéger l'agriculture, oui est la mère de l'inaustrie et d'oii l'inaustrie tire toute sa substance. Le commerce même , dont l'unique but est le transport des marchandises, est devenu une espèce d'idole qui a reçu nos trésors en holocauste. Et cependant il n'est pas un être spécial et isolé ; il se rattache è l'industrie, sans lac|uelle il n'est rien. Il suppose une production antérieure , et cette production vient de Tagriculture, qui donne ainsi au commerce 1 occasion de s'exercer. L'agriculture est donc toute l'économie politique. Si cette conclusion semble paradoxale, qu'on n'oublie pas qu'elle eût été banale il v a un siècle. Mai!) nous avons déjà vu naître et mourir tant de faux systèmes, que nous ne désespérons pas de voir un jour les idées justes reprendre leur empire, ne fût-ce qu'à titre de nouveauté. »
Nous avouons ne pas adopter cette opinion que les constructions de palais, d'arcs de triomphe, etc., sont des travaux improductifs. M. Coquille ne dirait certainement r»as la même chose des églises ; car la mora* ité sert grandement à augmenter la production, et les églises servent grandement à augmenter la moralité. Donc de ce que les arts ne répondent pas à un besoin matériel comme les ponts, etc. , on ne peut conclure ciu'ils sont sans influence sur la production. L'homme ne peut pas toujours travailler, ni toujours prier. lia besoin de distractions. Qui oserait dire que le temps que l'on passe à se récréer est un temps perdu ? Il est clair que le temps où Ton ne travaille pas, peut contribuer à faire travailler avec plus de force et avec plus de goût. S'il en est ainsi des simples récréations, que ne faut-il pas dire des beaux arts en général, qui ont tant de puissance pour allumer dans rhomme le feu de l'enthousiasme ?
Dans un article antérieur, M. Coquille réfutait le Siècle^ qui avait attribué la prospérité de l'agriculturo anglaise au dévelop- Ïiement de l'industrie, par cette jaison que 'agriculture, ne pouvant consommerStous ses produits, a besoin de débouchés. M. Co- <^uille faisait remarquer que, dans une nation , l'agriculture trouve toujours des débouchés dans les classes qui ne produisent pas, comme le clergé, la magistrature , l'armée; et que d'ailleurs le premier intérêt des agriculteurs n'est pas d'écouler leurs produits, mais d'en consommer davantage
Kur avoir plus de bien-être, et d'employer ir excédant en améliorations agricoles qui constituent une augmentation de capital, une augmentation éminemment productive.
Aussi les peuples agricoles se relèvent après les crises les plus terribles , tandis que les nations purement commerçantesn'ont qu'une prospérité factice et sans racines. — Antérieurement^ le StVc/e avait dit & M. Coquille:
Si la terre seule fournil la richesse vérila- Lle, celle qui pourvoit aui nécessités de la vie. de quoi vivent donc ceux oui ne travaillent pas h la terre? M. Coquille fil observer avec beaucoup de raison que ceux-là vivent sur la part des produits de la terre qui revient au propriétaire* part que celui-ci se fait payer soit en nature, soit d'une manière équivalente.
On a souvent opposé la prospérité de TAngleterre et des autres Etats protestants à la décadence des nations catholiques. La Providence a fait en 1857, à cette objection, une réponse dont on se souviendra ; nous voulons parler de la crise financière qui promena ses ravages sur toutes les terres soumises à la domination de Thérésie , et qui laissa intactes les nations catholiques. Une autre réponse providentielle était donnée en même temps à une autre objection dont on n'avait pas moins abusé. Qui n*a en* tendu exagérer legéniecolonisateurdo la race anglosaxonne , et l'incapacité de la France, de l'Espagne, du Portugal, è conserver leurs possessions d*outre-mer?La révolte deVlnde est venue donner un éclatant démenti à ces prétentions. 11 est clair maintenant pour tous ceux qui ne ferment pas les veux i la lu* mière, que les prolestants, s'ils ont pratigué en griind l'émigration, n'ont jamais su civiliser les indigènes de leurs colonies. Ou l)iei) ils les ont exterminés, comme dans l'Amérique du Nord, ou bien ils les ont opprimés,comme dans l'Inde elenOcéanie. Les nalions catholiques, au contraire, ont civilisé et christianisé dans leurs colonies des millions d'indigènes ; et elles domineraient encore sur ces terres qu'elles ont possédé en paix pendant trois siècles, si l'Angleterre n'avait profité, pour les leur ravir, des révolutions qu'elle a toujours attisées. La grandeur coloniale de l'Angleterre repose en grande partie sur des colonies déjà prospères quand elle les a envahies, et qui depuis ont dépéri quelquefois, et ont été opprimées souvent. Les Français de Maurice en saveni quelque chose. £st-il besoin d'ajouter que Ia supériorité industrielle des nations protestantes est plus que compensée par des plaies inconnues aux nations catholiques ; que l'infériorité politique de ces dernières çst la punition de leur défaillance dans la ibi; que le parallèle, pour ôtre concluant, dp|t porter sur une longue suite d'années, et qu'un avenir prochain pourrait bien modifier gravement les positions respectives d'aujourd'hui ; enfin qu*il est certains progrès peu enviables, certains progrès qui supposent une préoccupation excessive des intérêts matériels.
On lira avec plaisir ce que dit à ce sujet 'iî. Brov^nson dans la Revue Irimeslrietlequ'H publie aux Etats-Unis (octobre 1857) i « L'Angleterre es( de toutes les nations protestaptes la plus forte et la plus prospère ; cependant elle est moins avancée dans la civilisation naturelle que ne relaient la Grèce et Rome,TyrelSidon, l'Assyrie et l'Egypte; hi elle peuf se vânier cl*être supérieure aux
peuples antiques, c'est sous le rapport moral, et sa moralité ne lui vient |>as du protestantisme , mais du catholicisme. Le protestantisme sans doute a favorisé son progrès matériel, en brisant les entraves spiritnellos mises à ses passions par le catholicisme, et en la laissant libre de consacrer son génie, son habileté, son courage à la production ei à réchange des biens de ce monde; c'est le le seul pointsur lequel il soit permis de donner gain de cause à la Réforme ; mais ce service rendu à l'Angleterre par la Réforme n'est pas un service rendu à l'avantage du christianisme , c'est plutftt un service rendu à son détriment, puisqu'il a assimilé cette nation, autrefois si chrétienne, à une nation païenne. L'Angleterre, pour réaliser un tel progrès , n'a eu besoin d'aucune religion, elle n a eu qu'à faire valoir ses talents naturels. L'Angleterre est brave et hardie; comme puissance militaire, elle n'est inférieure à aucune nation moderne ; comme puissance maritime , elle ne connaît pas de rivales ; mais quel rapport tout cela peut-il avoir avec le christianisme? Est-ce que le christiapisme, est-ce que le protestantisme lui-même, considéré comme religion, enseigne à construire des vaisT seaux et à faire marcher des troupes ? Les anciens ont fait tout cela sans le christianisme, mieux encore peut-être que les modernes. Alexandre, Annibal et Jules César étaient païens, et cependant ils valaient, comme capitaines, Marlboroush, Wellington et Raglan. » Suit un parallèle de l'Angleterre et de l'Irlande, au point de vue moral. Dans un autre article de la même livraison, M. Brownson montre tes funestes effets de la prépondérance anglaise « quia ruiné le Portugal , affaibli l'Espagne, diminué l'énergie morale de la France, » en propageant un amour excessif des biens de ce monde.
—M. de Metz-Noblata publiédans le Cor* n0$pondant de janvier iS&k , sur les origines du droit de propriété, un article remarquable, dont nous allons offrir le résumé à nos lecteurs.
Après avoir parlé du droit de propriété des peuples sur le territoire qu'ils occupent, l'auteur arrive à la propriété individuelle, et commence ainsi: « Mais quels vont dire les droits de chacun des membres de la société sur les pays dont ils ont pris collectivement (lOSsessionT Nombreuses et variées sont les richesses qu'on y rencontre : c'est l'air qu'on respire; c'est la chaleur et la pluie, sans lesquelles il n'y aurait pas de végétation ; c'est le veqt qui donne l'impulsion au bateau et qui fait tourner les ailes du moulin ; c'est la mer, avec ses matières salines, ses plantes, ses madrépores, ses coquillages, ses poissons; ce sont les ports creusés par la nature, où l'on trouve un abri contre la tempête, et un lieu commode pour le chargement et l'embarquement des marchandises; ce sont les fleuves et les rivières, qui, suivant une heureuse expression très-connue, sont des chemins qui marchent; ce sont les sources et Ie3 ruisseaux qui nous offrent uu breuvage, et