‹ Dictionnaire du parallèle entre diverses doctrines philosophiques et religieuses, d'une part et la foi catholique de l'autreChapitre 20 sur 87 · SU · texte numérisé non relu

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le droit du producteur nure iusqu*au moment où le capital incorpore au sol est détruit; mais ce moment n'arrive jamais; car chaque coup de bêche mainlientt h quelque degré» le sol dans Tétat opéré par le défrichement. L'occupation précède sans doute; mais le droit ne devient déGnitif que par la culture y Toccupaiion ne donne qu un droit de préférence» et conditionnel.

On pourrait objecter à cela que le fermier, remplaçant peu à peu le premier capital incorporé à la terre, doit finir par devenir propriétaire. Mais le fermage, comme rintérèl , ne contient pas cette fraction du profit qui correspond à la détérioration du capital. Elle reste entre les mains du fermier» qui perçoit ainsi chaque année l'équivalent du capital déposé par lui chaque année dans le soi. Aussi la location des usines, outils, est-elle plus élevée; celle des capitaux métalliques est dans le même cas que celle de la terre, saui une légère différence qui vient de la différence des risques. Le propriétaire achète donc réellement chaque année une portion du capital incorporé, et se substitue aux droits que confère la culture. Si donc le capital, fruit du travail, se conserve par l'épargne , la propriété de la terre se conserve comme ell^ commence, par le travail.

Il y a cependant une portion du produit de la terre qui n*6st pas la récompense d'un travail antérieur, c'est la rente^ ou la partie de la récoite qui dépasse les frais de production, et qui résulte de l'inégale fertilité des terres. Or cette fraction n'appartient au propriétaire que parce qu'il est impossible de la distinguer du profil des capitaux incorporés. S'il n*est pas absolument juste de confondre ces deux choses, il n'y a pas d'injustice, puisque personne n'a droit à cette rente, et l'intérêt général exige qu'elle suive le sort de la terre à laquelle les capitaux sont incorporés; car la production serait comprimée, si on tentait seulement de séparer la rente du profit. Elle peut seulement être atteinte par l'impôt. — M. ïhiers, dans son livre sur Ija propriété, et M. Faucher, dans le Dictionnaire d'économie politique ^ ont négligé d'opposer ces considérations aux objections socialistes. C'est une lacune et un aveu d'impuissance. Ils ont seulement montré fort bien la source de Thérédité dans le droit de donner, et même dans le travail; car les enfants ont concouru h la production des biens qui leur arrivent. De plus, la pensée de laisser ce que l'on possède à ses enfants enfante des efforts que l'égoïsme seul n'eût jamais inspirés. Toutefois, ces deux écrivains distingués n'ont pas pris garde que le travail n'est pas la seule source du droit de propriété.

Dans les pays oik les biens naturels fongibles (matière première n'ayant encore subi aucune préparation) sont abondants, ils sont sans valeur. Près des forêts vierges, dans le prix d'une hutte en bois, on tient compte du travail et du concours de l'outil, mais non de l'utilité du bois. Mais quand la matière

première devient plus rare par rapport au nombre des consommateurs, elle serait gaspillée, si elle n'avait pas un gardien; et comme en même temps sa valeur augmente, il devient utile de posséder les biens naturels, au moment précis où l'intérêt général exige qu'on ne les laisse -plus à la disposition du premier venu. « Le propriétaire de la forêt, exclusivement investi du droit d'exploiter, est poussé, par le besoin de se créer des revenus, à livrer les produits de son bien à la consommation , ce qui assure la jouissance des vivants; et en même temps une prévoyance intéressée lui fait comprendre la nécessité de ne couper que suivant certaines règles, et gu'avec une savante réserve, ce qui garantit les droits des générations à venir. Le propriétaire de la prairie y C arque les troupeaux de façon à ménager les erbages. Rassuré contre la crainte d'une concurrence qui équivaudrait presque h l'éviction , le propriétaire de la mine ou de la carrière ne craint plus de creuser des puits, de fouiller le sol, de percer des galeries, de construire des fourneaux.... Ainsi, l'appro-

f>riation des biens naturels, qui en empêche e gaspillage, est conforme & l'intérêt généra*. » 11 est vrai qu'il en résulte un avantage pour le détenteur; mais le consommateur n'en souffre pas : car, dès que le bois est rare relativement h la population, sa valeur dépasse les frais de production. « Donc, que les forêts aient un maître ou qu'elles restent chose commune, par le seul fait de la rareté du bois, le consommateur payerait la matière première; seulement, au lieu d'aller au propriétaire de la forêt, à ce quelqu'un qui en est constitué le gardien dans l'intérêt de tous, et qui ne remplit sa fonction conservatrice q^ue parce (qu'elle lui est profitable, le prix irait h celui qui abattrait le chêne le premier, et celui-ci toucherait ainsi, ouiro la rémunération de son travail, la valeur de la matière première, que cependant il ne devrait pas plus que le propriétaire à son industrie.... Les mêmes considérations s'appliquent au gibier, au poisson, aux matériaux sous-jacents, aux h< rbages naturels.... Dans tous ces cas, ce n'est point parce que le propriétaire reçoit une rémunération que la valeur est supérieure aux frais; au contraire, le propriétaire est rémunéré, parce que, la matière première étant rare, ta valeur est supérieure aux iVais. 11 y a mieux : c'est pour empêcher la valeur de surpasser plus encore les frais de production, qu'il est investi du droit de détenir à son profit ta prairie, la mine, la carrière. En etfet, si personne n'exerçait le droit de propriété, la matière première serait plus rare et plus chère. »

L'attribution des biens naturels prouve aussi la distinction gui précède; car, tandis que la propriété qui a le travail pour base est régie à peu près partout par des principes fixes, la propriété des biens naturels est régie par des règles très- variables, suivant les temps et les pa3's.- Souvent c'est la loi qui désigne le propriétaire ; souvent c'^st

BGL1SE.

l'Eut qm eo exerce les droits. « Il était oa-> turel d*attribi]er h tout le monde ies bieos sur lesquels on né reconnaissait de droit de propriété que dans l'intérêt de tout le monde. Us seigneurs reçurent des forêts à titre de bénéfice; on en dota les établissements cha* rilables et le clergé.... Ce sont surtout les mines et les carrières oui ont été et r|ui sont Tolqet de dispositions législatives variables. » Uoe autre suite de la distinction établie, ce sont les restrictions auxquelles a été et doit être soumise la propriété des biens naturels, puisque; l'intérêt général étant ici le fondement du droit, il est tout simple qu'il en soit aussi la limite; la propriété des fruits du travail est, au contraire, un droit parfait et absolu. Ainsi sont justifiées les restrictions qui ont pour objet I irrigation, les barrages, la chasseï la pêche, la pâture, les exploitations minières, les défrichements. « L'Etat peut fort bien interdire aux propriétaires de forêts, fût-ce absolument, la fecuUé de défricher; il peut de même, en toute justice, quant à la coupe de la simple superficie, les astreindre à I observance de certaines réserves et règles d'abattage. Rien de plus sophistique et de plus égoïste que les plaintes élevées d*ordinaire à ce propos. » L'auteur montre ensuite que de ce principe^, que la propriété des biens naturels repose sur l'intérêt général, on ne peut nullement conclure que l'Etat ait le droit de dépouiller les propriétaires actuels de ces biens, puisqu'ils les ont acquis à titre onéreux. Donc, nul danger k avouer ici la vérité, d'autant plus que le peuple, assez gâté pour piller ces propriétés, ne respecterait guère les autres. Il j a mêoae avantage à avouer qu'une classe de propriétés ne repose pas su rjle travail, puisque «t'est la vérité. L'oubli de cette distinction est la cause des erreurs d'une foule de pubiteistes.

EGLISE. — L'autorité infaillible de l'Eglise dans les matières religieuses est présentée |)ar les protestants et lesî incrédules , comme inctompatibleavecla liberté légitime de Tesprit humain. On lira avec plaisir les réflexions présentées sur ce sujet par Bal mes {Leitreê à un scepêique^ p. 17, traduction Bareille) : « Je puis même ajouter que le Catholic^ne, sûr de posséder la vérité sur les questions (jui l'intéressent de la manière la plus essentielle, peut s'appliquer aux discussions purement philosophiques avec un esprit plus tranquille, et par là même plus serein que le sceptique et l'incrédule. 11 existe entre eux la même ditférence que celle qui se trouverait entre doux observaifurs dont I'ob, pour, étudier les phénomènes célestes ou terrestres » est placé sur un point ferme, et à l'abri de tout danger, tandis.

Îue l'autre a sous ses pieds une planche agile et ballottée par les flots de la mer. » Hépondant plus loin è ceux qui objectent, contre la vérité de l'Eglise catholique , la Daitiplicité des relisions dont Dieu permet l'existence , le xélebre apologiste répond ainsi : « Si la multiplicité des religions prouve qoelquechose contre le catholicisme»

elle prouve la même ebose contre une relt-

S 'on quelconque; c« n'est donc |»as iecaolicisme seul qui succombe, toutes sont renversées du même coup. Ajoutons que si la difficulté tirée de celait est réelle, elle implique une négation absolue de la Providence, c'est-à-dire, la négation mêmede^ Dieu, l'athéisme. 11 est aisé de le prouver.] La multiplicitédes religions est un mal qu'on ne saurait révoquer en doute; il est là sous nos yeux , et l'histoire nous atteste de la manière la plus irrécusable qu'il a toujours existé dans le monde depuis les temps les plus reculés. Prétendre donc que la Providence n'a pu le permettre, c'est prétendre aussi qu'il n'existe pas de Providence, qu'il n'existe pas de Dieu. Il suit de là, que cette multitude de religions dont Dieu permet l'existence est une difficulté commune aux Catholiques et aux protestants, aux musulmans et aux idolâtres, aux hommes de toutes les religions, à ceux mêmes qui n'en professent aucune , pourvu qu'ils admettent l'existence de Dieu. S'il se présente à moi» par exemple, un mahométan avec son Alcoran, et son prophète , prétendant que sa religion est la véritable, et que Dieu même l'a révélée, je puis lui opposer l'argument en question et lui dire : Si ta religion est la vraie, comment se fait-il que Dieu en per* mette un si grand nombre? »

Après avoir ainsi montré que l'objection prouve trop, et que, par conséquent, elle ne prouve rien, l'auteur indique le moyen de solution : « Le mal existe, cela est certain, mais la Providence existe aussi , cela ne l'est pas moins. En apparence, ce sont là deux choses qui ne sauraient exister simultanément. Or du moment où vous êtes assuré de leur existence , cette contradiction apparente ne doit pas vous la faire nier; vous n'avez qu'une chose à faire , c'est de chercher le moyen d'expliauer cette apparence de contradiction, et dans le cas où vous ne pourriez v réussir, vous devez vous persuader que cela tient à la faiblesse de votre intellii^ence. »

C'est ainsi que nous agissons à chaque instant, dans les choses ordinaires de la vie, continue Balmès; c'est ainsi que l'on concilie la liberté de l'homme et la prescience de Dieu. « Est- il logique de penser que, quoi que je fasse , les prévisions de Dieu se réaliseront toujours , qu'il est inutile par conséquent que je fasse des efforts pour pratiquer la vertu? Bien certainement non : et pourquoi ? Parce que ce qui prouve trop ne prouve rien. S'il était j^ermis, en effet, de raisonner de la sorte, il s'ensuivrait que je ne dois pas non plus m'occuper de mes affaires temporelles, car enfin il n'en arrivera que ce que Dieu a prévu: que pour la même raison, je ne dois ni manger, ni me couvrir» ni marcher avec précaution sur le bord d'un précipice, ni prendre de remèdes dans les maladies, ni me jeter de cêté çuand un cheval emporté court sur moi, m sortir d'une maison qui croule, et autres folies du même genre... Maintenant, voyons s'il dq sérail

ri

pas possible d*entrer dans les <lesseins delà Providence par rapport à cette multitude de religions.. .Posez comme fondement iedogme de la chute primitive, et l'édiflce du monde moral s*élève en quelque sorte de lui-même; une vive lumière se répand sur toute l'histoire du genre humain; vous découvrez une raison profonde et d'admirables desseins là oik vous n'aperceviez que l'injustice et le hasard. »

M. Nève dit dans le Correspondant de janvier 1857:

« La revue que nous venons de faire des conquêtes du Bouddhisme, si brève et si rapide qu'elle soit, atteste suffisamment l'extension prodigieuse que la doctrine indienne du Çakyamouni a prise dans le monde asiatique, et qu'elle a conservée jusqu'à cette heure. Il n est aucun fondateur d'une religion fausse qui compte dans l'histoire la masse énorme de sectateurs qui invoquent chaque jour le nom et vénèrent l'image de Bouddha. Aussi est-ce là un des traits que l'on se platt sou vent à faire ressortir, eu l'opposant malignement à la prédication providentielle de la loi évaogélique dans toutes les parties de l'univers. Sur ce point comme sur tant d'autres, on va le voir, le christianisme n'a pas à redouter le témoignage des faits. 11 est bien vrai que le bouddhisme est )a seule religion qui le lui dispute par le nombre de ses partisans: mais, après tout, il n'est pas sorti , depuis 2,000 ans, d'un cercle de nations dont les limites sont tracées par la nature sur la carie de l'Asie. Puis, disons-le, rien déplus incertain et de plus vague que la statistique que l'on a voulu dresser de nos jours au sujet de la profes* sion du Bouddhisme. En portant à deux cents millions le nombre des sectateurs de la loi de Bouddha chez toutes les races, on semble être plus près de la vérité, qu'en donnant au Bouddhisme, avec te célèbre géographe H. Berghaus, un total de quatre cent cinquante-cinqmillionsd*ftmes, ou, avec d'autres auteurs un chiffre qui dépasse trois cents millions. M. Lasseu remarque fort judicieusement {Antiquités indiennes^ t. Il, p. kk^ï) que l'on énumère, parmi les millions de bouddhistes chinois, des sectateurs d'autres religions, et que des renseignements exacts nous manquent sur l'Indo-Chine et sur plusieurs pays bouddhiques. Nous nous l)ornerons à rappeler que le bouddhisme ne domine pas exclusivement au Japon, et que Je dénombrement de la population n'a jamais pu êire t'ait avec rigueur dans les contrées centrales du continent asiatique où il est le plus puissant. En outre , malgré toutes les concessions qu'il a faites , surtout dans le Nord, au goût des peuples pour le merveilleux, il le cède à 1 idolâtrie dans les tribus les plus sauvages. »

M. de Maumigny dit dans VUnivsrs du S février 1857 :

« Les philosophes qui savent vivre se gardent d'insulter grossièrement l'Eglise. Ils lui Otent respectueusement leur chapeau, comme à leur institutrice, et reconnaisseni

as<$ez volontiers qu'elle a passablement élevé l'Europe. Seulement ils prétendent que l'élève en sait maintenant plus que le matlre et n'a plus besoin de ses leçons. Ils font donc entendre qu'il faut la traiter comme une respectable gouvernante dont l'autorité importune, et que l'on toTère encore par convenance, mais dont on se débarrasse au plus vite, sauf à lui iiiire une pension alimentaire. L'Eglise n'est pas pour eux une mère dont l'autorité est aussi imprescriptible que la tendresse, une mère qui ne connaît ni les défaillances de l'Age, ni les rides de la vieillesse; c'est une étrangère, c'est une femme soumise à toutes les infirmités de noire nature, et arrivée, de nos jours, à l'Age où l'on radote.

« Voilà au fond tout le christianisme des philosophes dont nous parlons. C'est que pour croire l'Eglise, pour savoir qu'elle est J'Epouse éternelle du Christ, le temple de l'Esprit-Saint, la colonne de la vérité, la mère de la çrice et de la vie divine, il faut la foi. Le philosophe ne voit que les dehors,. qui sont ceux de l'humanité; comme l'ani-? mal à la vue de l'homme, il sent bien confusément, en présence de l'Eglise , qu'il y a là quelque chose qui le domine malgré lui ; mais ce quelque chose est invisible à sa raison, parce qu'elle refusela lumière qui seule peut l'éclairer. Pour les Juifs, le Christ était le fils d'un charpentier; et pour nos savants, TEglise n'est qu'une secte arriérée de philosophie , qu'il faut quitter pour |)asser aux doctrines nouvelles, comme Teufant quitte les basses classes pour entrer dans les classes supérieures.

<K Nul des philosophes — et de nos jours nous le sommes tous un peu, \^r suite de l'affaiblissement de la foi -^ ne sait que l'Eglise est l'humanité elle-même, l'humanité non pas telle qu'elle est devenue nar suite delà décl>éance, non pas telle qu'elle aurait pu être si Dieu avait voulu l'abandonner aux destinées vulgaires de la pure nature humaine , mais teMe que Dieu veut qu'elle soit.

« En edet, dès avant la création de i'hamme. Dieu prend larésolution dele faire, non-seulement à son image , niais encore à sa ressemblance, ressemblance qui ne s'obtient que par la grAceet ne s'achève que dans la gloire , comme nous l'enseignent l'Ecriture et les Pères. Adam est créé; Dieu tout aussitôt lui fait quitter la terre et le transporte^ dans le paradis terrestre» Ugure de l'Eglise. La nature à peine achevée, Dieu, en vue des mérites du Christ à venir, dont Adam était l'ébauche, et pour donner de nombreux frères à son fils unique^ ajoute aux dons naturels de la vie terrestre et de la raison humaine, les dons surnaturels de la révélation et de la grAce. Adam succombe aux tentations de l'orgueil-, il est chassé, exilé sur la terre; mais Dieu lui promet un rédempteur, promesse accomplie au milieu des temps.

« L'état de pure nature que Dieu aurait pu établir, mais qu'en fait il n'a i>m établi » e«(

vsa

EGLISE

lionc un état infiSricnr,|)Our Thomme appelé dès sa création è une vie $uf)éneure. il v a plas, cet état n*est pas possible , dans les conditions artueltes de rhumanité, parceqiie Dieu reutydanssa bonté, que l'homnae monte jQ$']u*à lui; en sorte que, s*il résiste à l'attrait divin, s*il refuse la vie éternelle pour laquelle il est fait , bien qu^il n*y ait aucun droit; s'il repousse la vie surnaturelle que Dieu veut lui donner, il tombe au-dessous de lui-même, au-dessous de sa nature, descendant d'abtroes en abîmes jusqu'aux contins du néant , jusqu'à la mort éternelle. C*e$t que la corruption des choses est toujours en raison directe «le leur perfection ; ta chute, en raison do la hauteur du lieu d'où l'on tombe. Dès lors, comme une pierre pré* cipitée du ciel, Thomme s'enfonce dans l'abime, réjçion ténébreuse des douleurs et de la mort.

c Ainsi, par suite oe l'incarnation et de Tordre nouveau qui en est la conséquence» rbûQime ne peut pas se conserver dans le pur état de nature rêvé par tes philosophes, il but Qu'il se perfectionne ou qu'il se dégrade, lia beau vouloir rester éternellement 5ur la terre pour s'y occuper éternellement de sa mission terrestre; il a beau borner son ambition à multiplier son espèce, à soumettre la terre et les animaux à sa puissance, h salisbire ses sens; cela n'est pas possible. La terre n'est pour lui qu'un lieu de passage: elle est le marchepied du ciel, ou le tombeau deVorgaeil; car, encore une fois , la nature doit se laisser perfectionner par la grâce Mos |)eine de décheoir. Ici-bas, il faut être 'mi ou ennemi du Christ, Chrétien ou antichrétien , et les sociétés, comme les individus, n*ont j)as d'autrealternative quede vivre avec l'Eglise ou de périr en se séparant d'elle.

< Mais rhumanité est assujettie k la loi du temps, et dès lors du progrès. Ici-bas, elle («sse par trois états successifs, elle est régie par trois lois de plus en plus parfaites : la loi de nature, la loi écrite, la loi de grflce; lois dont l'Etat, non moins que l'Eglise, subit l'influence.

< L'enfant végète en sortant du sein maternel; puis il passe sous la discipline du <^Hége; son éducation terminée, il entre dans la ?ie raisonnable, soumis alors decœur «t par conviction aux conseils et à la direction deses parents; puis entin, devenu homme, bit et pleinement émancipé, il devient l'ami de son père. De même l'homme spirituel végète sous la loi de nature, se discipline sous la loi écrite, que saint Paul compare à an |)éd8gogue, prélude sous la loi de grAce Ha liberté, puis revêt, en montant au ciel, cevMementde gloire qui est la rol)e virile du Chrétien. La liberté parfaite des enfants de Dieu lui est alors acquise, et, devenant semblable k son Père céleste, il entre en société parfaite avec lui. Mais quand nous di- ^ns une l'enfant est une frêle plante, que le collégien est comme un petit animal sans raison qu'il faut conduire souvent à coups de discipline, il est clair fju'il ne faut pas

prendre è la lettre ces façons de parler. Nous parlons par comparaison et en prenant pour type l'homme parfait. En réalité nous savons bien que l'enfant n'est ni une plante, ni un pur animal. Et s'il y a dans l'éducation trois états successifs, trois Aaes tranchés, nous savons néanmoins que rhomme a toujours/* été un homme; nous savons que dès sa nais-? sance il est doué de raison, bien que sa rai-1r son soit alors comme endormie. L enfant qui* ne parle pas encore, entend déjà la parole; l'écolier qui ne peut plier sa volonté à la règle, connaît déjà la règle.

« II en est de même de l'homme spirituel. Quand les Pères nous disent que, sous la loi de nature , l'homme n'avait que la raison pour guide, et que, sous la loi écrite, il était privé de la grice; il ne faut pas prendre ces expressions à la lettre, mais l>ar comparaison avec la perfection du Chrétien. Jamais l'homme n'a ététotalement privé ni de la révélation, ni de la grâce, car il Y a eu des élus dans tous les temps; seulement, sous la loi de nature, la révélation était moins précise que sous la loi écrite, et,^ sous l'ancienne loi, la grâce était moins abondante que sous la nouvelle. De plus, le ciel n'était pas encore ouvert, en sorte que ces lois imparfaites ne nous conduisaient pas immédiatement à notre dernière fin. Elles nous conduisaient h l'Eglise, paradis terrestre de l'humanité, comme I Eglise nous conduit au ciel.

« Si dans tous les temps l'orgueil s'est révolté et a repoussé l'autorité divine, l'homme fidèle a toujours été éclairé par trois lumières inséparablement unies dans les desseins de Dieu. Ces lumières sont : la « raison, l'autorité, la grâce; mais, selon les temps, l'une ou l'autre prédominait. De le trois lois de plus en plus parfaites; car la lumière ici-bas, c'est la loi : lex lux.

« Si la loi de nature a précédé la loi écrite ; si, à son tour, la loi écrite a précédé la loi de grâce, c'est que la nature même des choses le voulait ainsi. 11 e^t dans l'ordre d'aller de l'imperfection à la perfection. Mais ces trois époques de l'humanité ne forment pas trois Églises dilfé* rentes, ce sont les trois âges d'une seule et même Eglise, qui grandit et croit en sagesse devant Dieu et devant les hommes. Il y a le trois lois, mais un seul législa* teur, auteur de la loi de nature, de la loi écrite et de la loi de grâce : après quoi l'homme, ne formant plus avec Dieu qu'un seul et même esprit, est afl'ranchi de toute loi et règne avec lui dans toute l'éternité.

« Le souverain législateur a proclamé ces lois par trois organes, par trois ministères différents, et en a confié le dépôt et l'application h trois corps divers.

« Dieu d'abord proclame la loi de nature ar la voix des patriarches et leur en conte \h garde. La seule tradition orale transmet et les sciences humaines et les promesses divines. Alors, en effet, point de loi divine écrite. Il y a plus : point d'annales humaines antérieures au. livre do MoIse«

k ce point que de grades auteurs font dater récrituretproprement dite des Tables de la loi. EaOn, point d'autorité religieuse pu«* blique, car cette autorité commence au Sinaî» et D*a tout son développement que sous la loi évangéliqae, grâce k Tinstitulion de la Papauté.

« La tradition» élant seulement orale en ce lemps*là, avait flni par s'effacer de la mémoire des hommes. Au temps du déluge elle n'était conservée pure que dans la famille du juste Noé. Au temps d'Abraham, ce grand fiatriarche en était presque le seul témoin véridique. L'autorité des patriarches se faisait peu sentir hors de leur famille, et, le genre humain venant à se multiplier, beaucoup de familles étaieat entraînées dans Terreur.

« Alors, parla voix de r<inge (S. Taon. 1-S, quœst. 08, a. 8), Dieu proclame sur le mont Sinaî la loi écrite, la grave sur la pierre et en confie la garde, non plus k certaines familles et à leurs chefs, comme au lemps de la loi de nature, mais au peuule juif et à la Synagogue, chargeant particulièrement ia tribu de Lévi, et dans cette tribu la famille d'Aaron, de rinlerprétation de la loi. L'Eglise passe ainsi de la société domestique à la société publique ; il en est de même de Pautorite.

« Aais la loi écrite n'était encore que pour les Juifs; l'autorité de la Synagogue ue s'étendait pas au delà de ia Judée. Or, de même que sous la loi de nature les familles des saints patriarches avaient seules conservé le dép6t sacré de la vraie religion, de même, parmi les nations, le |)euplejuif seul la conserva dans sa pureté. Toutes les autres nations, privées des secours que Dieu avait donnés au peuple choisi, sont tombées dans l'erreur. En sorte que, si, uarmi les gentils, quelques individus isolés échappent au naufrage , on peut dire avec le poète :

Appirent rari oâBtM.

(Mmid, i,iï^)

€ Dieu fait toujours sortir le bien du mal. Le tieuple juif était, h cause de ses fautes, tombé sousle pouvoir des gentils. Esclave de la lettre de la loi, il en avait perdu l'esprit.

« Alors Dieu proclame la loi de grtce par la voii de son propre Fils, ei 1 écrit dans le cœur même des fidèles. 11 en confie la garde non plus k des familles privi* légiées, non plus k un peuple choisi, mais è 1 humanité tout entière, c'est-k-dire k l'Eulise universelle. Dans cette Eglise, il établit un corps de prêtres, qui ne sont que les instruments du Prêtre éternel qui la gouverne invisiblement, et, parmi ces prêtres, il en choisit un qu'il établit le représentant de Jésus-Christ et son infaillible orsane. Alors TEvangile est prêché è toute créature et k toute nation, et l'autorité est universelle comme 1* Eglise.

« A proprement parler, il n'y a de vraie société que sous ia loi nouvelle, parce que là seulement règne la charité ; de là le nom d'Eglise donné à rassemblée des 0-

dè'es. L*ancicn peuple, dit le catéchisme du Concile de Trente, iK)rtait le nom de Sy* uagogue (qui. signine agrégation], parce que, k la manière des animaux, il ne recherchait que les biens terrestres.

«Ainsi, le ministère et la société sont en raison de la perfection de la loi. (irebr.vi,6.]

« Les lois successives qui ont gouverné rhuinanité agissent différemment sur les deux classes d'hommes qui la comiK>seut. Elles perfectionnent les bons, en déveiof^ pant la révélation; elles rendent pires les méchants, en les rendant de plus en |»lus inexcusables : sous tous les régimes, elles brisent la révolte en montrant toute la faiblesse, toute l'impuissance de l'homme livré k ses propres forces et voulant lutter contre Dieu. Nous en saurons quelque clj<>^ un jour, et Dieu, qui a brisé le peuple déicide, saura bien briser l'antichristianisme des faux Chrétiens.

« L'homme déchu avait pris au sérieux ces paroles du séducteur : UoAtez les fruits de l'arbre de la science, restez indépendants, et vous serez comme des dieux, c Dans son orgueil , » dit saint Thomas « « l'homme ne comptait que sur sa puissance et sur sa science. Fier de sa science, il crevait que la raison naturelle suffisait au salut. Pour abaisser cet orgueil, Dieului permît île vivre sous Tempire do la raison, et sans lui donner Tassistance de la loi écrite. L'idolâtrie et toutes les turpitudes où éuit plongée l'humanité au temps d'Abraham montrèrent |)ar l'expérience toute la faiblesse de la raison humaine. Le remède de la loi écrite devint alors nécessaire pour guérir son ignorance et lui faire connaître le péché, comme nous l'apprend saint Paul.

« Puis, aprê$ qu'il eut été initruii par la /oî, votfant quil ne pouvait accomplir c# qu'il connaî8$ait, fhomme connut toute $a faiblesse.

« Vimpuisiance de la loi ainsi eonstaiee^ Dieu envoya $on FiU pour nous donner ta force de f accomplir. •

« Si on demande pourquoi tant d'intervalle entre ces lois diverses, saint Thomas nous répond : Il n'était pat conteneAle qut la loi écrite fût donnée tout auêsitôt aprt* la ckute^ soit parce que TAonime, plein de confiance dans sa raison^ n'en connaissait pas encore la faiblesse, soit parce que ta loi de nature n'avait pas encore été obscurcie par rhabitudcdu pecA^(l-2,uuœst.98« a. 6.)

« La loi nouvelle fut de même différée, et cela par trois raisons. D'abord^ et pn'uripalement, parce que la grâce ne pouvais être donnée avec abondance qu après la consom* mation de la Rédemption tm genre kumatn par le Christ, L'Esprit -Saint n'étais pas encore donné, parce que le Christ n'était pas encore glorihé. La seconde raison est la perfection de ta loi nouvelle^ qui ne pouvais être atteinte dis le principe ; on est enfant avant d'être homme fait, il fallait enfin que fhomme fût abandonné à lui-même sous ramr cienne loi, afin d'apprendre par ses chutes sa faiblesse, et de reconnaître le besoin au'U avait de la grâce. {Ibid., quant. 106, a. 3.)

EGLISE

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c Oii remarquera que chaque loi nouvelle renferme toute la perfection de celle qui la précède et qnelque chose de plus. La loi écrite n*abolit ni la loi naturelle qui prédomioe sous la loi de nature, de même qae riostinct prédomine dans l'enfant au berceau; ni la iradition orale, ni Tautoriléi mis an témoignage des hommes, h Tautorité domestique et patriarcfaiile, aux lumières de la raison elle ajoute le se^'ours d'uoe autorité publique et d'une tradition inTariable, parce qu'elle est fixée par r£critore; aux lumières de Thomme, elle Joint celles de Tange qui le fôrtiQe. De même, la loi de grâce ne détruit ni la lumière de la raison, ni l'autorité extérieure; au contraire, elle perfectionne la raison humaine par la conversation du Christ avec les ham* mes, et fortifie l'autorité par Kinstitution de l'Eglise ; mais elle y ajoute le don de rEsprit*Saint qui révèle le sens de la parole divine, et qui nous donne, de plus, la force de l'accomplir en substituant la charité à Karoour-propfe.

« Il faut bien remarquer avec les Mfres que la loi nouvelle ne consiste pas princi-

Calement dans l'autorité publique et dans I loi écrite que possédait déjà la Synagogue, quoique moins parfaites, mai^ dans le don de I Esprit-Saint.

«Pierre angulaire, lien des deux lois, Notre-Seigneur appartient autant h la Synagogue, dont il est le fils , qu'à TËglise dont il est le père, et qui, h projirement parler, no commence qu'à la Fentec6te , car ce n'est pas la leHre de l'Evangile qui constitue principalement la loi de grât;e, c'est le don de l'I^prit-Saint. Cest-de là, dit saint Thomas, que la loi nouvelle tire sa vertu, etc la lettre de l'Evangile lui-même tuerait, si l'espril ne la viviOait pas. n (1-2, quaBst. 106, a. 2,) L*expérience vérifie et vérifiera de plus en plus cette vérité fondamentale. Le protestantisme , le schisme , le socialisme B*ont-ils pas comme nous la lettre de l'Evangile ? que devient-elle entre leurs iiiains? Je idre des poisons. Il y a plus, les mauvais Cnrétiens ont l'autorité : à ^uoi leur sert-elle, sinon à leur condamnation ? t lx)TS clone que M. de Lamennais niait ta force de l'inspiration intérieure pour ne voir nue l'autorité extérieure, il niait en réalité la loi de grâce et nous ramenait sous la férule de la loi écrite. Et comme, dans la voie de Terreur, on avance toujours, M. de Lamennais ne voyait plus dans l'Eglise qu'une autorité humaine, parce qoe cetie autorité, pour lui, c'était le sens commun ou le témoignage de la majorité lies hommes de tous les temps et de tous les lieux; système qui le conduisait logiquement aux abîmes où il s'est perdu.

De plus, H. de Lamennais, en niant la force de la raison, niait la base môme de l'autorité, la raison seule nous faisant distinguer l'autorité légitime de celle qui est usurpée.

• Si rétaft des Juifs, au temps oii la loi ^rite était en vigueur, prouve rinsuffisance

de l'autorité extérieure, leur 'existence actuelle est la preuve non moins concluante de Y^insttfflsance d'un texte écrit, d'une eharie^iûi-eWe de Dieu lui-même, alors que fesprit ne la vivifie plus. Or, l'esprit de vie ne réside pas dans les livres, mais dans les coeurs; rautorité n'est pas un texte mort, mais un organe vivant, et c'est ce que n'ont pas compris les protestants, maigre l'exemple des Juifs, qu ils avaient cependant sous les yeux.

« D'un autre côté, quand le philosophisme repousse la révélation, repousse l'autorité, que fait-il autre chose que de nous ramener aux temps de la loi de nature, aux temps où la raison individuelle, privée de la grâce et d'une autorité publique, était le guide des hommes? et encore, sous la loi cje nature, les patriarches étaient les gardiens des traditions divines et conservaient la loi au Rédempteur à venir. Mais le philosophisme, en niant radicalement toute autorité extérieure, toute grâce intérieure, en un mot, tout ordre surnaturel, nous ramène au-des5ous de la loi de nature, il nous fait décheoir de TAge viril où nous avait placés FEvangile pour nous replonger dans toutes ^es imbécillités de Tenfance, mais de l'enfance dépouillée de ses grâces naïves et de ses espérances, de l'enf^mce qui entre non plus dans la vie, mais dans la mort. Voilà cependant ce qu'on nomme le progrès I

« L'Afrique et l'Asie ne sont-elles pas,^ de nos jours môme, la preuve palpable de l'insuflisance de la raison et Je son impuissance à conserver non-seulement les traditions divines nécessaires au salut, qui ont éclairé le berceau du genre humain, mais jusuu'à ces vérités naturelles nécessaires à la société, et que l'homme pourrait retrouver sans les passions qui l'aveuglent ? Le philosophisme néanmoins repousse et le Christ, lumière du monde, et jusqu'aux traditions primitives, dans l'ordre temporel comme dans l'ordre spirituel ; il ne veut d'autre guide que la seule raison, dont les philosophes eux-mômes reconnaissent l'impuissance pour le salut.

« Qu'est-ce, en effet, que le salut? Cesl la vue de Dieu, ou la société avec Dieu, vue que les philosophes comme les Catholiques déclarent naturellement impossible.

M. Cousin est célèbre par ses affirmations è cet égard. Toute la différence entre les Catholiques et les philosophes,, c'est que les philosophes font de celte impossibilité naturelle une impossibilité absolue, tandis que nous confessons, nous, que ce qui eU impombte aux hommei e$t possible à Dteu. .

« Ainsi les philosophes excluent impitoyablement du salut, ou de la vue de Dieu, l'universalité des hommes, sans aucune exception. L'Eglise, au contraire, appelle tous les hommes ot n'exclut que ceux qui s'excluent eux-mômes en repoussant le seul moyen, le seul nom que Dieu nous ait donne pour être sauvés» Elle nous apprend que Dieu veut que tous les hommes soient «outra et amenas à lu connaissance de 4a vé-

ico

riléj cl quo Dieu donne à tous les moyens (le se sauver s*ils le veulent. Seulement elle ajoute que Dieu ne sauve personne malgré lui, personne sans la foi en Jésus-Christ.

« voilà au fond les deux doctrines; de quel côté est Pintolérance ?

« Mais, comme le dit Bacon« la religion, qui nous donne le bonheur éternel, est aussi la cause du bonheur terrestre. Aux peuples qui cherchent le royaume de Dieu tout est donné par surcroit ; eux aussi ne se sauvent que dans l'Eglise et en s'unissant h elle : Toute nation qui ne iert pa$ rEolise périra. »

Ce travail a été complété Te t( février suivant.

—Nous trouvons dansïa Revue de Dublin là belle pensée qui suit :

a L'Eglise n'est point soumise au temps, car déjà, et depuis son origine, elle habite Téternité. Sur ses enfants, comme une aurore, rincarnation répand toujours sa virginale blancheur; sur eux, comme le crépuscule du soir, la Passion verse toujours son flot écarlate. »

Voici le texte original dont nous craignons de n'avoir pas rendu toute la force et la poésie.

The cliurch knotos nothing of /tmc, for already^ and front the first^ she inhabits eter^ nily ; on her children the aurora of the Incarnation is ever breaking invirginwhitenea : on them the sunset of the Passion pours ever its crimson flood. Dublin Review. Anril 1853.

— Sur l'unité de l'Eglise, M. J. Simon, fait les aveux suivantSydansson livre de La liberté de conscience :

« On sait que tous les prêtres sont liés par un serment d'obéissance à l'évéque de leur diocèse, et que les évoques doivent l'obéissance filiale au Pape. Telle est dans sa simplicité cette puissante organisation. Le Pape donne un ordre aux évoques; les évéques le transmettent aux prêtres; il n'y a ni objection ni récalcitrants ; toute l'armée du clergé catholique fonctionne dans le monde entier comme un seul homme... Quand on dit que c'est une armée parfaitement disciplinée, on se sert d'une image très-incomplète, car il n'y a jamais eu d armée où le commandement eût tant d'unité et de force. Les dissentiments mêmes oui se produisent, comme nous en avons eu plusieurs exemples en France dans ces dernières années, prouvent Ténergie du pouvoir central de l'Eglise, puisque aussitôt que la cour de Rome a prononcé , tout le monde se soumet et se range. » M.Simon oublie de dire oue ce grand fait est inexplicable au point de vue humain, et que sans l'assistance divine, TEglise, malgré sa

Euissante organisation, aurait été millp fois risée par les passions humaines, ou plutôt n'aurait jamais pu leur faire accepter une telle organisation.

— On sait que M. de Maistre, répétant une

fiensée de saint Âugustin,tirait une preuve de a divinité de l'Eglise, de ce que les sectes séparées n'osaient lui disputer le titre de Catholique. Cet argument a toujours sa valeur, mais il est nécessaire aujourd'hui do déjouer les ruses par lesquelles les héréti-

ques ont essayé d'en atténuer la forée. Les prolestants, en Angleterre «surtout, ont re* vendiqué pour eux le droit au titre de Catholiques, prétendant que l'Eglise est composée de toutes les Eglises chrétiennes, qui peuvent, si bon leur semble se soumettre au Pape, mais qui n'y sont pas obligées; tellement que les Catholiques romains sont des schismatiques en Angleterre, puisqu'ils se révoltent contre l'Eglise de leur pays. Nous avoni sous les yeux un opuscule où ce sys* tème est développé assez habilement. Il a pour titre : What is a Catholic ( Qu'est-ce qu'un Catholique); on y voit un prêtre catholique qui, dans une diligence, se sert de l'argument de M. de Maistre ; une dame est ébranlée,^ lorsque arrive à son secours un anglican, qui, comme de raison, triomphe sans peine du prêtre catholique, ou, comme disent ces messieurs, du Romaniste. Les contradictions de ce système sautent aux yeux; car enfin nous croyons, nous, nécessaires au salut, une foule de choses que les anglicans croient non-seulement indiuérentes (comme la soumission au Pape), mais mauvaises.

Aussi le pamphlétaire termine-t-il en disant que nous sommes en grand danger de damnation, de sorte qu'il n*y a pas de salut hors de l'anglicanisme 1 Avouons toutefois que ce système n'est soutenu que par une fraction des protestants; mais c'est là uq nouvelargument contre ceux qui le soutiennent.

Les schismatiques ont imaginé un autre moyen pour dépouiller l'Eglise romaine du prestige que lui assure le titre de Catholique. C'est de faire une grosse faute d'oribographe, en écrivant xaroXixéP, au lieu de nsâ^- >cxôcf sous prétexte que cela rend mieux le son du mot français Catholique , car les Grecs ne prononcent pas le B comme notre th. Pendant notre séjour à Constantinople, nous avons vu plusieurs fois employer ce manège dans les journaux grecs, et nous nous rappelons que notre illustre ami, M. Eugène Bore, combattit fort spirituellement dans le Journal de Constantinople aeUB ruse hétérodoxe. 11 y a même des Grecs qui, non contents du changement du 6 en r, changeaient l'c en v, qui a le même sou dans leur langue; ils parvenaient ainsi, en écrivant xar»>ux6c, à nous ranger dans la catégorie des loups. Tendres agneaux 1

—Le B.P. Dechamps, Rédemptoriste belge, a publié un ouvrage intitulé : Le libre exu' men de la foi, ou Entretiens sur la démont' tralion catholique de la reliaion chrétienne, 11 y fait parler trois interlocuteurs. L'uu d'eux trouvant trop compliquée la démonstration théologique ordinaire, un autre répond : « Si la méthode de la Providence pour nous conduire à la foi était exclusivement celle des écoles, tous auriez bien un peu raison. Mais s'il y a une science qui embrasse la suite de l'action de la Providence dans toute la durée des siècles, il y a aussi une connaissance certaine de cette action toujours présente à chaque Age du monde.. /ie vous répète qu'il n'y a que deui faits à vérifier, un en vous et un hors de vous ;?- ces

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