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EGLISE
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d'accord. » Mais voict une autorité doctrinale qui unii dans la même foi des hommes de toute science^ de toute nation, de tous tes siêdes f'-Qu^il y ait des savants incrédules, qui s'en étonnera? Le doute, Cobscurité, la négafion, fa suffisance^ sont naturels à V esprit dé rhomme déchu ; mais que des génies du premier ordre , depuis les OrigènCf les Augustin^ les Chrysostome , jusqu aux Descartr$^ aux Leibnitz, aux Bossue t^ aux de Maistre, s^ accordent dans la soumission à la même foi. tt cela malgré les variations des, siècles et des hommes , ce ne peut être que Vœuvre divine de la grâce et de la vérité: « Digitus Dei est hic / » — Ce que je dis de Cunité de doctrine ^ je le dis aussi ae l*unité sociale : la so* ciété religieuse catholique est manifestement nne œuvre surhumaine: c'est à grand peine que les maîtres des plus grands empires, appuyés sur des légions d'hommes de guerre, maintiennent leur autorité, cest-à-diref unité n'i' iionale â^un seul Etat; et voici quune puissance désarmée, sans autre force que sa paroie^ reste seule debout au milieu des ruines de toutes les autres , et se fait obéir de siècle en siècle , par la grande famille des nations quon appelle la chrétienté ^ peufle spirituel et universel qui a des enfants dans les deux hémisphères t même au milieu des royaumes soumis à des nuissunces persécutrices! Et on posse à côté ae ce fait unique, sans rival dans Thistoirt , et anale courage d'en chercher les causes sur ta terre ! ^ Autant vaudrait y chercher la cause de tharmonie des deux ! — Comprenex'vous maintenant le mot de Jésus- Christ? « Ut sint unum ut credat
mundus ! » Quils soient dans Cunité, afin oue te monde croie t
« Au sixième entretien ^ se trouvent d'adi* mirables paxes sur la foi des simples, yen détache ces lignes :
€ L'homme^ en cherchant le témoignage de DieUf seul témoin compétent de féternité, na jamais cherché un témoignage mort^ une parole muettf^ csst'à-dire une parole dite « autrefois, » mais qui ne dure plus, qui ne répond plus à ceux qui l'interrogent , une rtr/tation « passée, • en un mot, un fait purement historique abandonné à la science et aux disputes des hommes ; mais un témoiqnage vivant, une parole qui dure, une révélation perpétuée par une autorité vivante, par une autorité de Mère, seule digne de i amour que Dieu doit à ses enfants
« Le plus ignorant des hommes, dès qu'on attire son attention sur ce point, ne sait-il pas comme le plus sublime génie que la vérité divine ne peut être le patrimoine exclusif dune faihxlle ou d'une nation, mais qu'elle doit être le commun héritage de toutes, et que jamais, par conséquent, l'autorité religieuse n*a pu être « confondue » avec Fau^ torité purement domestique ou nationale ^ mais a dû toujours remonter plus haut st se reconnaître à son grand caractère : l'unité?
% Demandes au plus simple des hommes si ce qui était vrai hier peut être faux aujourd'hui on demain, si ce qui est vrai à Paris peut être faux à Londres^ à Moscou, à Pékin, à
Constantmople? jSe vous répondra-t il pas comme le plus sage? Il sait donc que lu vraitt religion est une, une sans variation, une et là même partout, une et ta même toujours, une en tout sens, ou catholique? Il est donc vrai que tout homme de bonne foi se croit implicitement dans la catholicité et qu'il cesserait d'être de bonne foi si, en présence de cette catholicité, se révélant dans tout son éclat, il ne l'embrassait pas de toute son âme, ou «t, né dans son sein, il abandonnait cette Mère dont tous les traits sont ceux de Dieu même.
« VA ailleurs, au troisième entretien :
fi II y a certainement une autorité divine enseignante sur la terre : la conscience universelle la réclame, et la foi de tons les sièdes Va attestée^ même en s'égarant, — Mais si cette autorité existe, il faut évidemment qu'elle soit infaillible, c'està-dire divinement assistée, pour être fidèle gardienne de la vérité révélée. Sans cela, nous n'aurions plus qu'une autorité tout humaine , suffisante s'il ne s'agissait que df Cordre des vérités naturelles, mais insuffisante dans l'ordre des vérités surnaturelles qui relient ce monde à l'autre, et nous font entrevoir la lumière qui nous attend. Quand donc f Eglise s'adresse à nous en prétetidant à cette divine préroga-' tive si absolument nécessaire, et qu'elle nous la montre vérifiée en disant : « // n'y a point et il n'y a jamais eu de oui et de non dans ma parole toujours ancie%*ne et toujours nouvelle, » elle nous découvre un trait de plus de sa divine autorité, déjà si manifeste, par ses caractères d'unité, ae perpétuité, de catholicité.
« Suit une citation de F^neloo d«nt voici une partie :
« Représentons-nous un paralytique qui veut sortir de son lit parce que le feu est a la maison ; t7 s'adresse à cinq nommes qui lut disent : Levez-vous, courez, percez la foule^ sauvez-vous de cet incendie.
k Enfin, vient un ùxième homme, qui lui dit : Laisses-moi faire, je vais vous emporter entre mes bras: eroira-t-il les cinq hommes qui lui conseillent de faire ce qu'il sent bien qu'il ne peut pas? Ne croira-t-il plutôt celui qui est le seul à lui promettre le secours proportionné à son impuissance? Il s'abandonne sans raisonner à cet homme, il se borne à demeurer souple et docile entre ses bras. Il en est précisément de même dun homme hum» bte dans son ignorance ; il ne peut écouter sérieusement les sectes qui lui crient : Lisez, raisonnez, décidez ; lui qui sent bien qu'il ne peut ni lire, ni raisonner , ni décider ; mais il est consolé d entendre rancienne Eglise qui lui dit : Sentez votre impuissance, humiliezvous, confiez-vous en la bonté de Dieu , qui ne vous a point laissé sans secours pour aller à lui. Laissez-moi faire, je vous porterai entre mes bras. Rien n'est plus simple et plus court que ce moyen darriver à la vérité. L'homme ignorant n'a besoin ni de lire, ni de raisonner pour trouver la vraie Eglise : Les yeux fermés, il sait avec certituae que toutes celles qui veulent le faire juge sont
fausses , el quil ny a que celle qui lui dit de croire humblement qui puisse être la véritable.
• Je termine par celle page empruntée à saint Augustin.
i Jésus se tenait au milieu de ses disciples ; les disciples virent cela; ils le virent attaché à lacroix: et puis ils le virent présent et vivant après sa r ésurrection. Qu est-ce qu'ils ne virent donc pas? Le corps^ cest-à-dire l'Eglise, Ils virent tout le reste ; mais pour le corps ^ ils ne le virent point. Ils virent répoux , mais t'épouse était encore cachée. Et pourtant il la leur avait aussi annoncée d'avance ; car il a été écrit : C'est ainsi que le Seigneur devait souffrir^ct le troisième jour ressusciter d'entre les morts. (Luc. xxiv, ii^6.) C'est là l'époux : et que dit il de l'épouse ? « Et en son nom la pénitence et la rémission des péchés seront préchées à toutes les nations à commencer par Jérusalem. (Ibid.^ kl.) » C'est ce {fue les Apôtres ne virent point encore. Us ne virent point l'Eglise répandue par toutes les nations^ à commencer par Jérusalem. Ils virent la téte^ et par la tête ils crurent au corps : par ce qu'ils voyaient ^ ils croyaient à ce qu'ils ne voyaient pas. Nous sommes comme eux : nous' voyons quelque chose qu'ils ne voyaient pas. Qu'est-ce que nous voyons qu'ils ne voyaient pas ? L'Eglise répandue par toutes les nations. Qu'est-ce que nous ne voyons pas et qu'ils ont vu? Jésus-Christ sous la forme humaine. Or^ de même que ceux-là, en if ayant cela « crurent au corps , c'est- à dire à l'Eglise ;.de même nous qui voyons lecorps^ nous croyons à la tête. Puisse aussi ce que nous voyons noiAs soutenir dans la foi I La vue de Jésus-Christ les soutenait et les faisait croire à l'Eglise qui devait se former dans l'avenir; que la vue de l'Eglise nous soutienne aussif pour nous faire croire en Jésus^Christ ressuscité. Leur foi a été accomplie ; la nôtre le sera de même. Leur foi à lEglise a été vérifiée ; la nôtre en Jésus-Christ se vérifiera aussi. Jésus-Christ tout entier leur était connu comme à nous; mais ils ne l'ont pas vu tout entier. Ils ont vu la tête » et ont cru au corps : nous voyons le corps^ et nous croyons à la tête.
ff Les apôtres croyaient que Jésus-Christ était ie FiJs de Dieu, parce que lui-môme le leur avait dit» et qui! y avait en lui et dans tout ce qui venait de lui un caractère manifestement divin qui ne permettait pas de mettre sa parole en doute. Nous croyons» nous » que TEglise est TEpouse du Fils de Dieu, parce qu*elle-môme nous le dit » et qu*il y a en elle et dans tout ce qui vient a elle un caractère manifestement divin oui ne permet (ms de douter de sa parole. L*Eglise elle-même est donc la raison première et dernière qui nous fait croire TEglise, comme les premiers principes sont la raison première et dernière qui nous soumet aux premiers principes, comme le soleil est la raison première et dernière qui nous fait admettre le soleil. Ce&t pourquoi saint Augustin a pu dire encore : « Je ne croirais pas à TEvangilc, si Tautorité de l'Eglise ca-
tholique ne m'y délerminait. EgoEvangelio non crederem^ nisi me Ecclesiœ catholicœ commoveret auctoritas. » Assurément iegrand docteur n'aurait pas parlé de la sorte s'il avait fait dépendre la certitude de Tautorité de TEglise de l'examen de TEvangile, de la discussion des textes et de tout le travail que la science suppose : s'il n'avait pas cru que celte autorité se justifie par elle-même, parce qu'elle porte enelle-môme les marques visibles et indubitables de l'origine , de la mission et de l'autorité divines. »
Dans le Correspondant du 25 juillet 1857, le P. Dechamps prouve contre M. de Broglie, que sa démonstration dû christianisme |)ar l'Eglise n'est pas seulement la description d'un fait; que c'est un des nombreux motifs de crédibilité, et une voie très-légitime de prouver la religion ; que n'admeiire d'autre preuve que la critique des textes..., c'est confondre la démonstration do la foi avec une des manières de la défendre; que la foi des simples doit être raisonnable, et par conséquent être accompagnée de motifs de crédibilité qui suffisent en eux-mêmes à démontrer la foi. Nous détachons de ce lumineux article le passage suivant sur le protestantisme ! « Toute la Bible^ rien que la Bible; lisez ^ comparez^ jugez vous-mêmes. Dieu vous parlera intérieurement. Il ne vous a donné aucune autre autorité enseignante sur la terre. — Nous voilà donc tous infail-libles par la grAce de Dieul c'est trop d*ahsurdilé et de mauvaise foi. Tout proteste contre le protestantisme : les ténèbres de le conscience au dedans, les divisions de la doctrine au dehors. Pour voir que Dieu n'est nas là, il n'est nullement nécessaire de s'enlermer dans une bibliothèque et de compulser toutes les versions de la Bible. Dieu n'a pas fait de la religion un secret qu'il conne tout bas à chaque conscience. 11 en )i fait l'héritage commun de la grande famille des Ames» un bien public et divin gardé par une autorité divine. Voilà. la foi du genre humain. Le protestantisme, eu \e reniant, sent si bien qu'il renie la nature des choses^ que malgré son grand principe : la Bible, rien que la Bible^ il se voit forcé d'ajouter aussi la parole vivante à l'Ecriture : // pré-^ che, donc il a tort. En ouvrant la bouche, il se condamne lui-même. »
Et en note :
« Le protestantisme est appuyé sur une hypothèse incroyable : il suppose que le grand et divin édifice de la religion chrétienne, que le Christ a construit de ses mains et animé du souffle de son esprit, n'est pas reconnaissable en lui-même^ et dans son vivant ensemble^ et que pour le trouver sûrement, il faut d'abord le chercher dans son plan^ et encore dans son [Aàa laborieusement dessiné de main d'homme d'après ses traits divers recueillis çà et là dans tes sainte.'t Ecritures. Comment le protestant] snoie a-t-il im supposer encore que la connaissance de la vraie foi dépend nécessairement de l'intelligence des textes de la Bible, et qu'il faut chercher cette foi exclusivement dans
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la parole écrite? La Bible est un don divin, sans (Joute ; mais ce don n*a-t-il pas été fait h TEglise, è TEglise qui existait avant les Ecritures dans lancienne et la nouvelle alliance t i TEglise déjà vivante de la vie de la foi? Ce don maçniflqiie n*est pas le seul, d'ailleurs, que Dieu lui ait fait. Jésus-Christ ne lui a pas laissé i;eutement l'Ecriture inspirée; mais son esprit vivifiant, sa parofe dans Tapostolat perpétuel» sa ($râce dans les sacrements, son cœur dans TËucbaristie, sa puissance de médiateur dans le sacerdoce, cet organe dans le temps du médiateur unique, du prêtre éternel, qui est le Cbristluimême. Le protestantisme est Teiteur qui sépare tout ce que Dieu a uni : la société spirituelle, de l'autorité qui est à sa base; la parole écrite, de la tradition vivante qui en découvre l'origine et le sens; le sacrifice unique de la rédemption, de son offrande |)erpétuée sur les autels du Nouveau Testament; la grAce, il la sépare des sacrements qui en sont les grandes et divines artères ; ia foi, il la sépare des bonnes œuvres qui la rendent vivante; l'amour, il le sépare du culte qui en est l'expression; la prière, il la sépare des degrés par où elle monte è Dieu appujée sur l'union des anges, des saints et delà Mère du Cbrist; le protestantisme est le culte du divorce universel, l'instrument du rasé et puissant adversaire qui achève sa grande œuvre de division par le protestantisme radical ou le rationalisme. Celui-ci consomme la séparation de la raison et de la foi, de la nature Dt de la grAce, de Dieu mAffie et de Tbomme, non»seulement dans l'athéisme qui nie Dieu, ou dans le panthéisme qui le confond avec l'homme, ce qui est tout un, mais aussi dans le déisme ou le naturalisme qui brise le lien de Dieu et de Tbomme. »
M. l'abbé Richard a publié dans l'Ami de (a religion^ en février 1858, une longue critique du livre du P. Dechamps; celui-ci a répondu ; nous allons analyser cette contro* verse.
« Que veut le P Dechamps, » dit H. Richard, t quel est le but de son ouvrage? donner une démonstration de la foi chrétienne, sans avoir recours ni à l'histoire ni l la philosophie. Contentez-vous, dit-il, de prêter Toreille poui entendre au dedans, d'ouvrir les veux pour voir au dehors. A quoi bon établir la divinité de l'Eglise par les faits historiques? Pourquoi démontrer
Îm la raison la possibilité d'une rêvéation? Vous vous perdrez dans des dis* eussions sans fin, il faudra recourir à la critique historique, à la révision des textes. 11 faudra interroger les exégèles, lire les philosophes et les théologiens, peser leurs raisons, examiner la valeur de leurs conclusions et conclure vous-même. Le fil conducteur se brisera entre vos mains avant que vous soyez sorti de ce dédale. Regardez plutôt. L'Eglise se présente devant vous. Kile n'a pas besoin de mendier à d'autres qu*k elle-même les preuves de la divinité «ie son origine. Reine illustre, ce serait lui
faire injure que de lui demander ses titres de noblesse. Voyez son visage, suivez sa démarche; ce sont là des traits inimitables qui établissent d'une manière ulus saisissante que toute démonstration le caractère surnaturel de son origine, de son existence, de son autorité. Ouvrez les yeux, et vous direz avec le poëte :
Vera iocessu patuit Dea
(ViRGiL., JSneid,, i, 409.)
Mais le P. Dechamps ne confond-il pas ici la foi des simples et la foi pleinement analysée telle qu'une démonstration doit la donner? 11 explique, par cette preuve qu'il croit nouvelle, comment le fait seul de l'existence de l'Eglise fournit, sous l'impulsion de la grAce, un fondement rationnel suffisant à la foi du peuple. Donne-t-il, suivant l'heureuse expression du prince de Broglie , donne-t-il i l'homme intellij^ent « l'arme dont il peut se servir pour fortifier en 1-ui, contre les désirs, les tentations, les objections, cette foi encore chancelante ? » Porte-t-il la lumière, une lumière capable de résister au vent du doute, dans les es-
f)rit$ encore prévenus dont il faut dissiper a prévention? Et cependant c'est bien à cette classe si nombreuse d'intelligences à moitié revenues à la foi, qurieP. Dechamps adresse son nouveau livre.
« Le P. Dechamps veut qu'on se serve du libre examen pour prononcer que le fait seul de l'existence actuelle de l'Eglise, tel (]u'il se présente à nous, répond au besoin instinctii, inné même, que nous sentons d'une éducation divine. Mais cette concession faite à la raison est illusoire, si réellement le jugement définitif que Ton demande d'elle ne peut pas être prononcé rationnelle* ment, et c'est ce qui arrive.
« Pourquece jugement fût rationnel, il faudrait d'abord constater, prouver « ce fait de conscience universelle, la foi de l'humanité à son éducation divine, è la parole de son père, à la révélation de Dieu. » Le P. Dechamps me dira : c'est un fait de conscience, et les faits de conscience ne se prouvent pas, ils se constatent. C'est vrai. Mais alors je répondrai que cette foi de l'humanité n'est pàs un fait de conscience. Je ne sais sur ce point ce qui se passe dans le cœur de mes semblables. Pour moi, quand j'interroge ma raison dans le silence du monde et de moi-même, je me trouve en face de l'infini, et si, à cette intuition je fais succéder le raisonnement, je me démontre et Timmortalitéde l'Ame et d'autres grandes vérités; je me prouve avec la dernière évidence que, si Dieu a voulu parler A l'homme, il Ta pu; que s'il l'a fait, (a été de sa part un ^rand bienfait, un don souverainement gratuit. Je ne vais pas au delà.
c Peut-être medirez-vous:Mais au moins c'est un fait de conscience universelle. Un fait de conscience universelle I comment le connattrai-je? Il faut ({ue j'interroge mes semblables, il faut que je lise Thistoir^ que je cherche dans les traditions des peu{ les,
DICTIONNAIRE DO PARALLELE
si telle a ete leur croyance. N*esl-il donc pas aussi facile et plus sûr de constater et de prouver historiquement la vérité des faits évangéliques, et d'avoir ainsi une démonstration irréfutable de Tapostolicilé de )*£l^lrse? Il m*est impossible, je l'avoue, d*être ici de l*avis du P. Decbamps, et de mettre sur le même rang, comme des vérités également évidentes, « le fait de corrscience universelle, la foi de l'humanité h son éducation divine, v et <k l'invincible inclination de rhomme à la vie future. »
« Me voilà donc, è mon grand regret, en désaccord avec le P. Dechamps, au moins pour ta première partie de sa formule. Serai-je plus heureux pour la seconde? Nous ne nous sommes pas rencontrés au dedans; allons-nous au dehors nous unir dans nne même conviction? Hélas I non. Ici encore je ne puis partager le sentiment du pieux et savant auteur. »
Après avoir analysé ce que dit le P. Dechamps sur Tunité' de l'Eglise, M. Richard continue : « L'argumentation du P. Dechamps est entraînante, saisissante, j'ajoute môme cODcluante. Concluante! et cependant n'aije pas dit que du fait seul de 1 existence actuelle de TEglise, on ne pouvait conclure à sa divinité? ai-je donc, sous Tempire de la parole chaleureuse du nouvel apologiste, changé d'opinion et abandonné mon sentiment? Non; mais c'est qu'ici le P. Dechamps, sans y prendre ^arde, peut-être, revient è la vieille apologétn^ue^. Ce caractère de l'unité esl, je l'accorde volontiers, un des signe» auxquels on reconnaît la vérHable Eglise. Mais cette unité, il faut la constater; et eon»nient le ferai-ie de manière à en retirer une conviction solide, roisonnée, si je n'interroge les monuments qui peuvent m'en rendre témoignage? Pour arriver à la certitude qve cette Eglise est une dans sa doctrine, nesera-t-il pas nécessaire que je remonte Thistoire è la main le eœrrs des siècles. Vous me répondrez : L'Eglise est une maintenant; (lonc elle l'a toujours été. La conclusion ne rassemble guère légitime... J'admets cependant pour un moment ce raisonnement; mais cette unité de l'Eglise actuellement existante, comment la conslatcrai-je? On ne peut, j'imagine, ciig^ de moi que je me ccjntrnte dans une ai&ire si sérieuse de l'unité de foi de tous les curés de mon canton. II faut donc que je lise... Or, je l'avoue pour ma part, tant faire que délire, j'aime autant Mre les vieux livres que les nouveaux. J'entends bfen la réponse i toutes mes objections. Argumentez tant qu'il vous ptaira> me dira-t-nn. Il n'y a sj^Hogi^me qui tienne contre une pente irrésistible du cœur humain. Or, c'est invinciblement en vertu de cette alliance entre la croyance à une révétation et le fait de l'existence de l'Eglise, c'est invinciblement qu'on est porté à aflirnier sa divinité; c'est une harmonie préétablie, que Leibnitz n'avait pas soupçonnée, mais a laquelle nous croyons.
« L'assertion est grave, et elle demanderait des preuves. Elle soulève bien des dif-
ficultés. Elle fait d'un don purement gratuit de Dieu une exigence de notre nature. Elle suppose que tous nosfrères séparés ont moins besoin d'arguments que de remèdes; qu'ils ne sont guère dans la bonne foi; reproche inutile, parole irritante que je n'ai pu entendre sans douleur de la bouche du P. Dechamps... Ici encore il confond la foi des simples, et une démonstration raisonnée de
la foi.
« Quand il serait vrai qu'il y a dans le cœur de rhomme une propension invincible à affirmer la divinité de l'Eglise, en partant du seul fait de son existence, le rôle de l'apologiste ne devrait passe borner à constater l'existence de cette propension, constatation facile pour quiconque voudrait rentrer dans le secret de sa conscience. Mais il faudrait , |mr le raisonnement, en montrer la légitimité. Or, pour atteindre ce but, je ne vois pas d'autre moyen que d'établir philosophiquement la possibilité d'une révélation. Ce n'est pas tout, l'apologiste aurait encore à démontrer que l'Eglise , dans le fait de sou existence actuelle, est un objet légitime de cette propension. Nous voilà donc rejetés de nouveau dans le domaine de l'histoire, et ramenés, par une logique inévitable, aux preuves traditionnelles des faits évangéliques. »
Dans un troisième article(20 février 1858), M.Richard s'étend longuement sur le même sujet; mais tous les reproches qu'il aiiresse au P. Decbampsserésumentdans celui desoutenirque notrenature exige l'ordre surnaturel; que l'Eglise telle qu'elle est éUit nécessaire, étant fixée aprtort par l'esprit humain, let^uel la reconnaîtsans peine, comme l'oreille
distingue les sons faux. M. Richard dit que ce système retombe dans celui de Lamennais, si l'autorité nécessaire est naturelle; et, dans le cas c«)ntraire, confond l'ordre naturel avec l'ordre surnaturel. Puis, faisant allusion è la comparaison tirée de l'oreille, il ajoute : Que les choses puissent se |)asser ainsi par la grâce de Dieu, quand il s'agit des simples, je ne le nie pas. Mais prêteur dre baser sur cette illumination soudaine une démonstration raisonnée , c'est côloj^er de bien près l'illuminisme. Le P. Dechamps, à la page suivante, reproche avec raison aux prolestants de rendre chaque fidèle infaillible. Mais ne rend-il pas ici tous les hommes infaillibles?.... Ce n'est pas tout : S'il en est ainsi, l'Eglise est la condition str ne qua non de la foi, de telle sorte que, hors du corps de l'Eglise il n'y a que des déshérités du royaume des cieux. Le P. Dechamps admet cette conséquence avec un célèbre théologien d'outre-monls. Je ne^ prétends ^»as discuter cette question très-délicate, trèsdifficile, mais très-contestéedans l'Ecole, ie regrette seulement que le P. Dechamps 1 ait soulevée , ne pouvaut la traiter à fond dans un ouvrage comme le sien, encore moins la résoudre, et je partage complétenaent le sentiment émis è cette occasion par la Revue de Louvain. — Ce qui fait, è mon avis, l'erreur du P. Dechamps, c'est qu'au lieu de partir de l'exislçûce du myslèie pour en conclure
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sa conTonance , il fait de la convenance un Argument pour prouver Teiistence du mystère. Et pais» même dans cette doctrine, que de points obscurs restent encore à éclaircir!... Cet instinct, qui nous porte vers le Dieu-Homme, qu*est-il ? Est-ce un fruit de la grâce, ou un enfant de la nature? Si c'est un don de la grâce, il faut le dire; et si on admet, avec quelques théologiens, que c'est une inclination naturelle vers le surnaturel, au moins doit-on faire remarquer que c*e.st un don gratuit de Dieu, auquel notre nature ne nous donne aucun droit. »
Le p. Dechamps a répondu, dans les numéros de VAmi de la Religion des 16, 20, 27, 30 mars 1858. et du 30 avril. Il rejette les erreurs que lui impute M. Richard, et le reofoie à diverses pages de son livre. Jamais il n*a soutenu que Thomme est invinciblement porté à affirmer la divinité de la févélaiianj en présence du faià surnaturel de tEglise; car 11 a dit que la foi reste toujours libre, même quand la raison a invinciblement prouvé qu'il faut croire. Jamais, surtoai, il n'a méconnu la gratuité de la grâce. < Mais laissons le P. Dechamps parler luimême, et bornons-nous à choisir les passages les plus saillants de ses cinq articles, lêàqoels sont composés, en grande partie, de citations tirées de son Libre examen et de u Lettre à M. de Broglie.
(1" Art.) « Je montre, il est vrai, que la révélation répond à des besoins intimes de uotre âme ou k des faits de conscience; mais quand ie prouve uar ces faits la nécessité de la révélation , je le &is dans le sens que le ftintles théologiens à la suite de saint Thomas, quand ils démontrent cette nécessité par l'état réel, actuel, de la nature humaine.
« Constater les faits de conscience, c'est constater cet état, rien de plus, rien de moins. Je prends l'homme tel qu'il est, non le! qu'il eût pu être, si Dieu ne l'avait destiné qu'à une fin purement naturelle. (V. £tfr. f^M p. 106.) L'homme est donc dans l'état de nature rachetée , c'est-à-dire souffrant des suites de sa déchéance , mais attiré à un état meilleor. Il éprouve le besoin du secours de Dieu, le besoin de la révélation et (le la grâce, 1* pour être guéri de son igno* rance et de sa faiblesse ; 2*" pour être élevé à Tétat supérieur auquel Dieu le destine et Tincline. La révélation lui est moralement nécessaire pour lui faire coofialtre avec certitude et plénitude les vérités mêmes de la religion naturelle, comme l'affirme et le prouve saint Thomas, suivi en cela par les théologiens anciens et modernes les plus estimés, et elle loi est absolument nécessaire pour loi Caire connaître les vérités de l*ordre sonaetarel, mais nécessaire d'une nécessité eonséquente, qui résuite ellemême d'un fait libre et gratuit, de la destin nation positive de l'homme à la vie surnaturelle.
« OQi,dîra*t-on; mais ce ne sont là que des articles de foi, et vous prétendez donner une démonstration de la révélation à ceux 4ui n'ont pas la foi.
« Je réponds que, dans ces articles de foi, il y a aussi des faits psychologiques.... L'homme ne se sent-il pas attiré a une vie meilleure? n'y aspire-t-il pas? n'est-ce pas ce fait de conscience qu'a exprimé saint Paul, quand il a dit: Toute créature gérait et espère?... C'est justement parce aiie je donnais la démonstration de la révélation à ceux qui n'ont pas la foi, que j'ai traduit ce fait de conscience, delà langue thélogique en langue vulgaire.... ^Sur Dieu et l'invisible avenir, l'homme veut entendre Dieu. )
(2* Art.) «M. l'abbé Richard avoue que le désir de la vie future et surnaturelle est au fond de nos âmes. Comment donc ne reconnaît-il pas que ce désir n'y est pas seul, qu'il est inséparable de celui oue nous éprouvons tous d'être instruits par Dieu lui-même sur ce qui nous attend au delà de la tombe?
c La raison veut donc la révélation pour y adhérer par la foi, non en ce sens qu*elle l'exige par sa nature, qu'elle résulte de sa nature, mais dans ce sens 1** que, dànsTéiat actuel d'ignora^e où elle se trouve, elle sent le besoin de la révélation pour trouver le remède à son aveuglement; 2* que, dans Vétat réel de notre nature positivement et librement destinée par Dieu S une fin surnaturelle, la raison a besoin de la révélation et de la foi pour être disposée à celle fin et pour y être élevée.... Comment n'admettrait-' on pas que dans Tétat d'ignorance , de gémissement et d'espérance (Jtom. viii, 22} où se trouve notre nature, la révélation est exigée par la bonté de Dieu, quand, abstraction faite de cet état, ou du moins, sans que l'on insiste formellement sur ce qui le constitue, on prouve déjè| que la bonté de Dieu rend la révélation si souverainement prol)able que cette probabilité équivaut à la certitude?... Reprochera-t-on a l'auteur de l'/mt-* talion d'avoir voulu prouver I institution de l'Eucharistie a priori ^ parce qu'il a dit : Je sons qu'ici -bas ma faiblesse a besoin de la force de Dieu? Pourquoi donc nous reprocher de vouloir prouver l'existence des mystères par leur convenance? ii'avons-nous pas dit explicitement que l'incarnaiion et la Rédemption n'étaient nécessaires que d'une nécessité relative au plan librement voulu (uir la Providence (p. 133)? Nous verrons
S lus loin qu'en constatant le besoin que nous prouvons de la révélation divine, et d'une autorité qui la perpétue, nous n'avons pas voulu démontrera priori non plus la nécessité et l'existence de l'Eglise dans sa forme actuelle. Nous disons uniquement : Il est de fait que Tbomme sent le besoin d'un ensei^ gnement divin sur les choses divines. L'Eglise, dans ses trois états successifs, répond K ce besoin. Le fait de l'Eglise reste sur la terre la preuve permanente de la révélation. Le besoin que nous en éprouvons et l'inclination que Dieu nous donne {intus) pour ce moyen qu'il nous donne ( foris ) nous
aident i le reconnaître : voilà tout La
pensée du P. Passaglia sur le mépris de la race humaine qu'impliquerait l'absence de révélation,.... est rendue en ces termes par
ni
dlCtlONiNAIRE DÛ PARALLELE.
I). Gl]é^ange^ ; Dite que, quelle que ioit Cinsuffisance des moyens laissés à Vhomme pour découvrir Id vérité et réaliser le bien nécesàaire à sa fin naturelle, il n'y a plus rienàattendre^ ce setait présenter un argument terrible contre la sagesse et la ptovidence dé Dieu. Sur co point, nous nous rencontrons avec le savant et célèbre Bénédictin. Nous espérons qd^après avoir lu ce que nous avons dit plus haut de la doctrine de saint Thomas» iradnQettra la preilve préparatoite que nous iirons du fait de conscience, comme il admet Ja preuve décisive ouo nous tirons du fait .Surnaturel de l'Eglise pour démontrer la l'évélation. »
Le P. Dechamps réprouve ensuite le terme de révélation naturelle, et dit de M. Richard : « Comment a-t-ll pu, dans un passade où )e montre justement le besoin que Thomme éprouve de Tordre surnaturel, de la révélation et de la erâce, ne pas voir que je parle du surnaturel?...
* Personne plus que nous ne croit 6 la bonne foi des kmes nourries et élevées dans l'erreur. Elfes y sont, en effet, involontaire- ^nent, et en vertu du moyen même établi par ÏB Providence pour transmettre la vérité î Téducation. Dieu nous a donné des amis, et aussi des frèfres don^ Topostolat, qtfî sont devenus dans TKgfisedeS réjgions du schisme,^ du protestantisme, du piétisme, et du rationalisme, en AMemagne, en France, en Angleterre, aux Etats-Unis. Leurs préjugés étaient divers comme les principes de leur éducation f et les routes quMls ont fiarcoufues pour arriter h la tenté furent diverses aussi au commencement ; mais elles ont toutes fini par se rencontrer en un point, le «entiroent profond de la nécessité d'une ou« torité ditine en matière de foi. C'est en clevenfltnt fidèles h cette voix intérieure que touâ ces eniantSf appartenant déjà à l'fline de l'Eglise f reconnurent leur mère, dès qu*fls 1 entendirent elle-même» et dès qu'ils tirent en elle ces caractères divins qu'elle i)Ossède sur la terre et que seule même eHe prétend posséder.
tf L'un de ces contertiSf utr membre de i'dniversiié d'Oxford, me disait à propos tfes Kntretiehs : C'est vraiment ainsi que la Irérlté esttrOutée par ceux qui la cherchent; mais je soupçonne ceux qui la possèdent sans 1 avoir dû chercher, d être moins capables qu« nous de reconnaître cette méthode cfe la Providence pour nous conduire à la foi. N'ayant jamais fait l'expérience du retour k la vérité religieuse, ils s'rmaginent qu'on y arrive par des thèses riches des textes des .^pintes Écritures et des Pères; ou bien, si Fon revient du rationalisme, |)nr des recherches d'érudiiiOQ. Nous savons, nous, que c'est l'Eglise toute vivante qui répond au besoin de certitude divine et de clarté que nous éprouvons tous^ et que c'est elle encore tfui donne Tintelligence des Ecritures et dea monuments de la Tradition....
(Il) Vasplration à la fin surnatarelle et le désir irètre écbiré divinement sur ce divia a^'eiiir. {Noie tf» P. Dechamps;}
(3* Art.) « .... i^ourdonnerlif démonstration catholique de la révélation chrétienne, il suffisait d analyser le fait de l'Eglise et de ses caractères surnaturels,- sans dire un mot ex professa^ du fait intérieur... Ces Liesoins, on les éprouve lors même qu'on ne les analyse pas ; j'ai cependant commencé |>ar les constater, afifi de faire regarder du vrai point de vue, celui de la sincérité, le fait divin qui reste sur la terre la preuve permanente de la révélation. »
Le P. Dechamps dit ensuite que sa méthode n'est pas nouvelle; qu'il a voulu seulement la mettre en forme; qu'il ne rejette pas l'autre méthode qui commence par établir l'authenticité, l'intégrité, la véracité des Ecritures; qu'il la croit seulement peu à la portée de la généralité des hommes, tandis que le fait vivant de FEgiise est un motif decrédibilité qui n'exige pas de longues recherches, et qui* sufiit aux sages comme aux simples. Il ajoute : <r Le professeur de dogme du séminaire d'Orléans m'écrit qu'il reconnatt l'évidence des deux faits dont Ja réunion compose toute ma démonstration; qu'il com-
Ï)rend, comme je l'ai compris et exposé dan» es Entretiens, le fait internef ou l'état do notre nature résultant de notre destination graiuiteàiaUn surnaturelle; que cettedeslina* tion entraîne à sa suite comme moyens conséquents nécessaires, le fait interne {ik) et he fait externe (15), sur lesquels la démonstration est appuyée. En deux mois,- ojoute-t-iU ces deul faits ne sont nécessaires que dune nécessité conséquente^ résultant t*tle-méme d'un fait divin et gratuit, mai$ ce sont des faits et vous les avez constatés. »
(k* art.) Le P. Dechamps répond ensuite à l'objection qui consiste è dire que les preuves du fait de l'EgHse demandent autatft d'étudesque l'autre méthode, c Avant », dit-il, c de réfuter directement celte grave erreur, f ai une observation è faire à M. Tahbé Ri-* chard : s'il faut être savant (comme le sup- )X)se la nécessité de l'emploi de sa mélbode)i s'il faut être savant pour avoir la foi raisonnable^ ou rationnellement certaine, cette foi est non-seulement bien rare, mais même chez les Chrétiens privilégiés qui la possè* dent, elle a dû leur venir bien tard, puisque pendani toute la durée de leurs recherebes ils ont été obligés, pour rester fidèles à la raison, de suspendre leur assentiment à l'enseignement de l'Eglise... Répondra'^t'^on que la grâce supplée à Ifr raison pendant qu on Ih? — Ce serait une défaite; si la raison dit d'attendre, avant de croire, que l'obligatioa de croire lui soit démontrée par les savantes recherches déclarées nécessaires, la grâce ne peut combattre la raison y ce n'est pas contre la raison que la grâce nous aide n lutter, mais contre la corruption de lo nature.
« M. Vfibtoé Richard répondra-t-il qu'il a admis gue le fait seul de l'Eglise fournit, sous l'impulsion de la grâce i un fondement
(15) La révélation perpétuée par une autorité
divine. (Jd,)
EGLISE
tn
saffisani i la foi du peuple? 8*il admet que le fait seul de TEglise fournit un fondement rationnel suffisant h la foi du peuple, tout est
dit, tous sommes d*accord , car ce qui
e>i rationnel pour les uns, est rationnel pour
tous Saint Augustin n*a-t-il pas prouvé
|iar son exemple que les plus savants ne peuvent s*en passer (du témoignage de 1 Eglise ), lorsqu'il s'est écrié qu'il ne croirait pas a TRvangile, si Tauloritéde TEglise catholique ne Vy déterminait?
t Quand donc M. Tabbé Richard me de* man<le si je ne confonds pas la foi des simples et la foi pleinement analysée telle ou'une démonstration doit la donner, je lui réponds en lui faisant observer que la confusion est justement dans la Question ainsi (>osée. La fui des simples et I analyse de la foi des simples sont deux choses différentes. La première est raisonnable, la seconde est raisonnée; les simples» selon le mot de Pascal, croient pour de bonnes raisons ; mais les savants prouvent que ces raisons sont lK>uDes. Li foi des simples est raisonnable, ri non scientifique ou philosophique. L'a* Dalyse de la foi des simples est toujours une œuvre de science oa de philosophie, mais de cette science qui se met facilement è la portée de tous les hommes, en se bornant à les faire réfléchir sur ce que leur dit le bou sens.
« Analyser la foi, c'est réduire l'acte de foi è SCS principes ffénérateurs ou aux motifs qui déterminent I homme è croire, ce qui comprend nécessairement la démonstration (le la foi, puisque cette analyse a pour objet noo-seulemcnt le moiif de foi, mais le motif ou les motifs de crédibilité.
« Le motif de foi est unique, c'est la vé« raciié de Dieu; mais les motiCs decrédibi*^ liié) ou les laits qui prouvent que Dieu a parlé sont nombreux. Est-il nécessaire de les eiposer tous )K)ur donner la démonstration tic la foi? Non, il suffit d'en établir un seul qui soit décisif.
i C'est ce que nous avons fait en analy^ sant la formule ordinaire de l'acte de foi, |iarce que cet acte contient tous les éléments u'une démonstration. En effet, il ne dit pas seulement : Mon Dieu, je crois, parce qtie Tons l'avez révélé ; mais : Je crois ce que la Minte Eglise me propose è croire, parce que tous l'avez révélé. Je crois parce que vous 1 afez révélé, c'est le motif de foi ( je crois que vous lavez révélé, |iarce que l'Eg ise tne le pro|)Ose ou m'en assure, c est le motif de crédibilité. Si l'autorité de l'Eglise n'était (las revètae de caractères manifestement surnaturels, notre foi, on ne peut trop le re» niarqaer, ne deviendrait lé^çitime, raison» tuible qu'après de longues études, ce qui ne M! |)CBt: et c'est en ce sens, du moins, que le^ sages eiix-niémes ont besoin du motifde crédibilité qui suffit è tous.
c Si donc M. labbé Richard entend par analyse pleinement développée, Tanalyse do tous les motifs de crédibilité, nous croyoïis MU il setrom^ie en suj>|K>sant que cette anab$e est absolument nécessaire k une dé-
monstration proprement dite, et s'il croit gu'en analysant les vrais fondements de la foi du peuple chrétien, nous n'avons fait qu'exposer un fait, il nous semble qu'il se trompe encore, puisque ce n'est pas un sim* iile exposé que nous avons fait, mais l'ana* lyse du fondement rationne] ou du motifde crédibiliié qui se trouve ôtre commun aux simples et aux sages, anal^'se qui, de la foi raisonnable, fait une foi raisonnée, au moyen de la réflpxion...
« M. l'abbé Richard n'admet pas qu'on puisse se convaincre de l'existence de ces faits (les caractères surnaturels de l'Eglise) sans étudier et sans lire beaucoup.
« Pour nous, nous restons convaincu qu avant même d'avoir recueilli les voix des curés de son canton,, notre savant adversaire ne doutait nullement du grand fait de la catho** licite, et que ses longues lectures, en aug* mentant sa science ecclésiastique, n'ont pas augmenté sà certitude ..
«... Soit, dira-t-on, mais prouverez'vous la perpétuité de la foi, comme vous prouvez sa catholicité? Direz-vous que le fait de la per<» pétuitéde la foi peut être constaté sans avoir recours à l'histoire?
« Encore un malentendu 1
c Nous ne nous passons pas plus de l'his*» toire que de la philosophie. Et comme l'analyse de la foi que nous donnons est rationnelle ou philosophique, puisqu'elle constate des faits et y montre la raison de la foi, la raison de croire, le motifde crédibilité, celte analyse est historique aussi, puisqu'elle a pour objet les faits les plus constants et les plus solennels de l'histoire, ou plutôt la grande histoire religieuse de l'humanité i mais nous disons que pour avoir la certitude historique sur le grand fait de la per-» pétuitéde laioi ou de la suite de la vraie re<» tigion depuis l'origine du monde jusqu'à nos jours, les recherches laborieuses de l'érudition et de la critique ne sont oullemeni nécessaires.
(5* article.) < Mais. » dit M. l'abbé Ricbardr a n'est-ce point s'avancer trop que de faire* des idées innées un moyen de reconnaître* la vérité de la religion sûrnaturellemenl ré-^ vélée? Que veut dire mon persévérant cri-^ tique? n^admet-il pas avec saint Alphonse^ de Ligori qnei si les vérités de la foi sont obscures, la vérité de la foi est évidente, |»arce que les motifs de crédibilité prouvent évi*-^ demment que Dieu a parlé? N'admet-il [>as^ avec le même saint et savant auteur, dans s« réfutation du semi'^pélagianisme, que l'intelligence voit naturellement la vérité reli'^ gieuse, mais que la pieuse volonté de croira ne vient que de la grâce? Eh bien l nous ne disons pas autre chose. C'est cette vieille vé* rite que nous appliquons aux caractères de l'Eglise, ju>tenient parce qu'ils sont des mo^ tifs de crédibilité... Tout homme {Lettre à Af.c(eÂro^/û)9sisimjdequ'ilsoit,pourvuqu'il jouissederu>agedesesfacultésintellectuelles et de son bon sens, sait, dès qu'on éveille son attention sur ce |)oiut, que la véritable rcli|sion ou la véritable autorité divine en*
DlCTlONiNÂlRE DU PARALLELE.
seignante sor la terre, doit être une» perpéluellet universelle» inlaîllible... Tout homme de bonne foi se croit implicitement dans la catholicité.
« Ainsif ajoute M. l'abbé Richard, non-seulement une autorité est nécessaire^ mais encore VEglise telle que nous la connaissons^ ou la révélation dans une forme particu^ lière^ déterminée^ fixée a priori par l'esprit humain.
^ « Nous ne disons rien de lout cela, ni rien d'où on puisse tirer de pareilles conséquen* ces. Nous disons 1* que, dans l'état actuel de la nature humaine, déchue, mais rachetée et positivement destinée à la vie surna* turelle, la révélation surnaturelle est nécessaire,— nécessaire pour guérir l'esprit humain de son ignorance, même quant aux vérités de la religion naturelle, et pour l'élever à la connaissance des vérités surnaturelles, comme nous l'avons déjà expliqué. Nous disons 2* que l'homme a toujours senti le besoin de cette autorité... 3* qu'elle n'a jamais manqué à l'homme (Dbns, de Ecclesia)^ mais que dans ses trois états successifs, elle a été souvent abandonnée des hommes et des peuples; b* que l'autorité divinement établie pour perpétuer la révélation a dû être et a toujours été divinement assistée,... mais... non de la même manière... La Synagogue a été infaillible en matière de foi jusqu'à Tavénement de Jésus-Christ (Bb- GANus);... mais l'était-elle indépendamment de la mission divine des prophètes?... Quant a r£glise primitive ou patriarcale, qu'il ne faut pas confondre absolument avec la simple tradition naturelle des familles (p. k69 du Libre examen)^ Dieu lui-même l'assistait directement nar cette intervention souvent réitérée que les saintes Ecritures attestent presque a chaque page, et qui convenait surtout à l'enfance du monde. Après l'incarnation, l'assistance divine s'incarne aussi, pour ainsi parler, dans l'Eglise arrivée à son état de perfection, Jésus-Christ ayant uro- Hiîs d'être avec elle tous les jours jusqu à la consommation des siècles.
c Mais VEglise est la condition sine qua non de la foi, dit M. l'abbé Richard, Hors du corps de l Eglise, il ny a que des déshérités du royaume des cteux. Le P. Dechamps odmet ceUe conséquence avec un céUbre théologien d'outre^monts.
« xM. l'abbé Richard parle ici du p. Perrone qui. pas plus que moi, n'admet cette hor- * rible doctrine, ni rien qui y conduise.
« Le P. Perrone pense, il est vrai, comme saint Alphonse et comme le comte de Maistre, qu'une Eglise ou une autorité enseignante, divinement établie et assistée, est la condition ordinaire de la foi {de via ordina^ ria)... Mais est-ce à dire que ta foi divine soit impossible aux hommes élevés dans les pays livrés h Terreur? Non certainement, mats celte foi divine ne se conçoit, soit avant, soit après Jésus-Christ, que chez les Ames de bonne foi qui se croient implicitement dans la vraie société des enfants de Dieu, et uui appartiennent ainsi à l'Ame de l'Eglise,
selon l'expression reçue. Dieu les éclairant / et les aidant via extraordinaria pour leur donner p^r intemam inspirationem (S. Thomas) la loi nécessaire au salut. »
Vers laGn d'avril 1858, M. l'abbé Ricbani a répliqué, et le P. Decliamps a répondu k à cette réplique; mais ces derniers articles contiennent peu de choses nouvelles. Le P. Dechamps répète qu'il ne prétend pas
3ue l'homme ait dans sa nature, par suite e sa destimle surnaturelle, un désir déterminé à tel ou tel mystère; (]ue le fait de conscience n*a pas cette précision, puis* qu'il n'est autre chose que le besoin de la trouver; que l'Eglise est un motif de crédibilité, en même temps qu'un objet de foi; 3ue l'infaillibilité n'est pas un motif direct e crédibilité, et qu'il n'a pas nié cela en disant que, si une autorité n'a pas la prétention è l'infaillibilité, elle n'est pas de Dieu. EnGn il relève une parole de M. Richanl, lequel suppose que la grAce de reconnatlre l'Eglise n est pas offerte à tous ceux qui la connaissent; mais lui-même ne restreint-ii
f>as singulièrement les limites de la bonne 6i?
ENFER. — Aux considérations sur l'enfer
?ui se trouvent à l'article Immortalité de àme^ nous devons en ajouter ici quelques autres è cause de l'importance du sujet.
Voici comment s'exprime Balmès (I.e(/res à unsceptique^ p. 75), pour montrer qu'un enfer temporaire ne sulTirait pas pour éloigner l'homme du vice vers lequel ses mau* vais penchants l'inclinent: nous empruntons, pour ce passage, l'excellente traduction de M. l'abbé Bareille :
« Le dogme du purgatoire emporte bien certainement une idée terrible; les livres de piété, aussi bien que les prédicateurs, ne cessent de nous représenter ce lieu d'expiation sous les couleurs les plus effrayantes. Les fidèles sont pénétrés de cette pensée; ils l'entendent développer avec autant d'émotion que de foi ; ils prient pour ceux de leurs parents ou de leurs amis qui pourraient être retenus dans le purgatoire. Eh bienl disons-ie franchement, quelle est la terreur 9ue le purgatoire leur inspire? Serait-ce là, je le demande, une digue assez forte contre e torrent des passions? Chacun de nous trouve la réponse è cette question dans son expérience personnelle sans recourir à ce que nous apprend à cet égard le spectacle du monde. Les peines aue la religion nous découvre dans ce lieu a'expiation sont terribles, qui peut en douter? Elles peuvent être d*une durée qui effraye l'imagination, cela n'est pas moins certain; l'Ame ne devra sortir de cette prison qu'après avoir payé jusqu'à la dernière obole. Mais ce supplice doit avoir une fin, nous le savons, et cette considération nous suffit bien souvent pour que, placés dans l'alternative d'avoir à souffrir ou de longs tourments dans l'autre vie, ou une légère incommodité dans la vie présente, nous préférions éviter ce dernier mal, au risque d encourir le premier, ou même avec la certitude d'avoir à le subir.
ÎS5
ENFER
« La raison coiiHrme ce que nous apprenons de Texpérience, en nous faUant renjooter à la cause des faits; il suffit pour cela de jeter un simple coup d*œil sur la nature humaine. Tant que nous vivons sur celte terre* notre Ame, unie à un cor|)S, reçoit à chaque instant les impressions que les .sens lui transmettent. Elle possède, il est vrai» certaines facultés qui relèvent, par leur propre nature, au-dessus de ce qui est visible et corporel, des facultés qui sont guidées par aautres principes, s*exercent sur déplus nobles objets, et résident, s'il est permis de le dire, dans une sphère où ne sauraient atteindre, par eux-mêmes, les lErossiers accidents de ce monde matériel. Sans méconnaître toutefois la noblesse de ces facultés ni la sublimité qu'elles impriroentà notre être, il faut bien avouer qu'elles subissent trop souvent l'influence de la p/irtie inférieure.. .9 de telle sorte que fentendément ne voit plus que dans le va^ue, et comme dans un lointain sans bornes, les vérités qui devraient être son aliment essentiel, et que la volonté ne se porte plus vers son plus noble objet qu'avec insouciance et torpeur. Nous avons sans doute un enfer à craindre, un ciel à espérer, mais tout cela (K)ur une autre vie, pour une époque selon Dousfort éloignée. Ces choses d'ailleurs appartiennent à un ordre d'idées dont nous Douséloignons avec complaisance; elles sont d*un monde auquel nous croyons, è la vérité, mais qui n agi| pas sur nous d'une manière immédiate et sensible; et de là vient que nous avons l)esoin de nous recueillir, de nous faire violence, pour bien comprendre et sentir l'immense intérêt dont ces vérités s4Hit pour nous, et l'étrange futilité des choses qui nous environnent. Et cependant
Îu'une de ces choses terrestres vienne è apper notre imagination, à émouvoir notre cœur, soit par l'imuression de la crainte, .^oit jiar l'attrait du plaisir, et le monde à venir dis})aralt è nos yeux, comme une ))ers* l>ective éloignée s'efface è l'horizon ; Tenteiidement retoml>e dans ses ténèbres et la volonté dans sa langueur; et si l'une ou l'jiutrede ces puissances se réveille un instant de son léthargique sommeil, ce sera le plus souvent pour aider aux funestes entraînements qui nous dominent.
« L'homme ne se laisse ordinairement gouverner que par les impressions du moment; au présent il sacrifie l'avenir, et quand il balance dans son esprit les avantages et les inconvénients d'une résolution à prendre, Téloignement ou la proximité de ces inconvénients et de ces avantages est presque toujours la raison déterminante qui le fait agir. Comment ce phénomène ne se produirait-il pas dans les intérêts de la vie future, quand il est si commun dans les affaires de tj vie présente? No voit-on pas chaque jour un nombre comme infini d'nommes qui sarrifient leurs richesses, leur honneur, leur .^anlé, leur vie même au plaisir d'un instant? et pourc^ttoi cela ? Par la raison surtout que le plaisir est actuel et que les maux sont
placés è distance; l'homme trouve ainsi te moyen de se persuader qu'il pourra les éviter,* ou bien, sans autre raisonnement, il s'y précipite en aveugle. 11 est aisé d'inférer de là que la crainte d'une peine temporelle, quelque longue qu'on veuille la$iippo$er,ne snlTirait jamais h produire un effet semtHable è celui qui résulte de la crainte d'un châtiment éternel. Non, il n'en est pas ainsi, et l'on peut affirmer au contraire que, si l'on venait h séparer l'idée d'éternité de celle de chiliment dans la vie future, ce châtiment perdrait aussitAt la plus grande partie de l'horreur qu'il inspire; et comme il s'adresse aux hommes dont les bons sentiments sont le plus altérés, il aurait encore moins d'efficacité que les peines du purgatoire. Pour c|ue les tourments du monde è venir nous impriment une terreur capable de contenir nos mauvais penchants, nos inclinations dépravées, il faut qu'ils soient revêtus d'un caractère formidable, effrayant, de sorte que la seule pensée de ces tourments, en se présentant parfois à notre esprit, lui fasse éprouver un saisissement qui le poursuive jusque dans les distractions et les dissipations de la vie, comme le son lugubre de l'airain qui retentit et se prolonge longtemps même après le coup dont l'instrument a été frappé. »
Ce sujet a été en quelque sorte épuisé par M. Henri Martin, dans son livre sur la Vie future. Il s'est attaché surtout à réfuter les objections les plus récentes, celles entre autres que M. Jean Reynaud a mises en avant dans son livre intitulé : Terre et ciel. Voici une partie des considérations que le dogme de l'éternité des peines a inspirées à M. Henri Martin : « C'est surtout le dogme catholique de Tenfer et de la damnation éternelle, que beaucoup de philosophes de notre temps attaquent comme incompatible avec une saine notion de la Providence divine. Quelquesuns d'entre eux donnent è cette accusation une certaine vraisemblance, en dénaturant», par ignorance ou autrement, le dogme qu'ils condamnent.
« Avant de le juger, ils auraient dû au moins en demander la définition à l'Ëgiise ei anxthéologiens cathoNiiuesles plus estimés^ C'est ailleurs qu'ils ont puisé leurs renseignements. Beaucoup d'ennemis du christianisme témoignent une grande prédilection pour les opinions tbéologiques qui le com- {iromettent et qui fournissent des armes \ontre lui. Par exemple, ils prétendent que la doctrine des premiers Chrétiens a été altérée par r Eglise catholique, et que, si Ton veut la retrouver, il faut la demander à Luther et h Calvin, qu'ils proclament les réformateurs de la morale et les apôtres de la liberté. Pourquoi? Parce que Luther et Calvin ont rompu avec l'unité catholique en soutenant que la foi sauve sans les œuvres, que le libre arbitre n'existe pas, au moins depuis le péché d'Adam, et que Dieu, par un décret antérieur à toute prévision des mérites ei des fautes, prédestine invinciblement une irès-petite minorité du genre humain ati
ciel et tout le reste aux supplices éternels de Tenfer. Ensuite les ennemis du christianisme montrent facilement que cettedoctrine de Luther et de Calvin est condamnée par une saine philosophie; d^où ils concluent que la meilleure des religions ne vaut pas le pur déisme. De même et pour les mêmes raisons, ils ont, en général» une grande tendresse pour les jansénistes et une inclination marquée pour les docteurs catholiques qui se rapprochent du jansénisme par des opinions d'une rigueur outrée. C*est dans ces opinions seulement qu*ils prétendent reconnaître le vrai christianisme, afin de pouvoir ensuite déclarer que cette religion, si bien comprise par ces esprits sévères, est intolérable pour la conscience et pour la raison. En vain TEglise a condamné le jansénisme ; en vain elle ne fait que tolérer les opinions outrées qui s'en séparent tout juste assez pour échapper è la même condamnation; en vain, elle approuve expressément et elle enseigne, en s'appuyant sur l'Evangile, sur les Pères et sur la tradition, des doctrines plus raisonnables et plus douces. On blâme l'Ëglise tour h tour, et de sa tolérance envers ces docteurs catholiques trop peu favorables à la liberté humaine, et de sa sévérité envers les jansénistes, et puis on la rend responsable des opinions des uns et des autres.
« Ainsi procèdent certains ennemis perfides du christianisme, et d'autres penseurs les imitent, peut-être sans s'en apercevoir. Par exemple, sur la damnation éternelle, quel est l'enseîçn&ment qu'on impute à la théologie catholique? Le voici : Il y a eu (iepuis le commencement du monde et il y a encore des hommes, en nombre immense, dont l'erreur est un aveuglement involonlaire de l'esprit dans la recherche sincère de la vérité : tous ces malheureux souffriront éternellement d'alroces supplices dans l'enfer. Ici l'on attribue au moins implicitement è la théologie catholique des doctrines condamnées par l'Eglise, savoir : Qei« la grâce gttTfisante manque aux païens^ aux Juifs j aux kéréliguei;que la foi est la première grâce et h source de toutes les autres^ et que nulle grâce n'est donnée, si ce n'est par la foi ; que l'observa^ tion de Quelques commandements de Dieu est impossible, eu égard à leurs forces présentes^ nux hommes justes qui veulent tes accomplir en faisant tous leurs efforts pour cela, et qu*il teur manque la grâce par laquelle ces corn*mandements seraient rendus possibles.
« L'Eglise a condamné ces erreurs si déraisonnables et si contraires à la lettre et à l'esprit de l'Evangile. Elle tolère une autre doctrine qui est acceptable en théologie, parce qu'elle évite toutes ces erreurs, mais qui me parait bien difficile h défendre en philosophie, parce qu'elle me semble n'échapper ft ces mêmes erreurs que par une heureuse inconséquence : je veux dire la doctrine appelée thomiste, d'après laquelle toute grtce efficace le serait par sa nature même et produirait infailliblement la coopération libre tJe l'homme, et des griccs ainsi efficaces
par elles-mêmes nssureraient la persévérance tinale de tous les prédestinés; tandis que, dans le moment suprême et décisif, Dieu refuserait ces mêmes grâces à tous les autres hommes, pour ne leur accorder que des grâces absolument suffisantes, lesquelles conféreraient, à la vérité, un pouvoir réel et complet de faire le bien, mais, par la fdule de l'homme, n'étant jamais suivies du consentement de la volonté, ne procureraient jamais le salut éternel.
« Si l'on veut, sur celte question, une doctrine à la fois parfaitement catholique et acceptable pour la raison, on la trouvera, pleine de clarté pour l'esprit, et d'onction pour le cœur, dans les ouvrages de docteurs catholiques qui ont concilié, plus heureusement que les fiouveaux thomistes^ la libertâ morale de l'homme avec la toute-puissance de la grâce divine. Voici les princijauK points de cette doctrine, qui me paraît avoir l'avantage d'offrir une position parfaitement tenable en philosophie aussi bien quen théologie, tandis qu'il me semble difficile k un philosophe de résister à la logique sur la pente qui va du nouveau thomisme au jansénisme, et de là à la doctrine calviniste de la prédestination.
c Sans la grâce de Dieu nous ne pouvons rien pour le salut, pas même prier pour obtenir la grâce, et il n'y a en nous aucun bien dont Dieu ne soit le principe et Tauteur. Mais quel homme fait tout le bieu que Dieu voudrait opérer en lui, et qu'il y opérerait s'il ne trouvait pas de résistance? Il y a la grâce qui vient sans avoir été demandée; il y a aussi la grâce obtenue parla prière :/>«• mandez et vous recevrez {Joan, xvi, 2^] , dit TEvangile ; et ce précepte divin est toujours facile i accomplir, car la çrâce nécessaire
f)Our prier ne manque jamais à l'homme sur aterre, quand il jouit de son libre arbitre. Il y a la grâce triomphante et sûrement efficace, ^ui, par sa surabondance extrême, produit infailliblement en nous le bien que Dieu y veut d'une manière absolue et non conditionnelle. Il y a aussi la grâce par laquelle Dieu sollicite moins fortement notre coopération et à laquelle les hommes coopèrent inégalement ou résistent. 5t aujourd'hui vous entendez sa voix , disait le Psatmiste (P^a/. xciv, 8), et saint Paul {Hebr. m, 7, 8), n'endurcissez pas vos cœurs. Nous avons donc quelquefois le pouvoir d'endurcir nos cœurs contre la grâce, de même que nous avons toujours le pouvoir de coopérer plus ou moins fidèlement avec elle. Nous vous exhortons^ dit saint Paul aux Corinthiens, à ne pas recevoir en vain la grdce de Dieu. La grâce dont parle ici rA])ôtre n*est pas considérée par lui comme infailliblement efficace par elle-même, puisque son exhortation indique que cette grâce pourrait être reçue en vain; et cette même exhortation montre pourtant que l'Apôtre espérait pour les Corinthiens 1 efficacité réelle de celte même grâce, qu'il ne tenait qu'à eux de mettre à profit. Il appartenait bien h saint Paul de proclamer la puissance de la grftce sou-
ENFER
Terainement eflicace, car elle Tavait terrassé sur le chemin de Damas» lui, le persécuteur de TEglise naissante. Mais il avait appris aussi à connaître une grAce moins surabondante, de laquelle, au milieu des tentations, Dieu lui disait : Ma grâce te taffit.
c Cette grAce, en effet, iuffitvéritablementf roèuic dans Tétat actuel de 1 homme, pourvu que l'homme corresponde à ce don de la bonté divine. Dieu ne faccorde pas à tous dms la même mesure, mais il ne la refuse ^ personne, parce au*il voudrait sauver tous les hommes, s'ils le voulaient eux-mêmes. Efficace pour les uns, cette grAce suffisante ne devient inefficace que pour ceux qui, par leur faute, endurcissent leurs cœurs contre elle.
t Je no Tois pas en quoi ces notions trèsnrlhodoxes sur la grAce pourraient sembler contraires, soit au libre arbitre de Thomme, soit è la justice et à la bonté de Dieu, puisque ain2»i Dieu nu condamne que ceux qui ont méprisé et repoussé librement ses dons. « Ces mêmes notions sont conciliables SMSsi avec la prescience de Dieu, ou, pour mieux dire, avec son omniscience, qui voit éierucllement tout ce qui pour nous a été, est ou sera, parce que tous les temps passés, l>résents ou futurs pour nous, sont tous également présents devant son éternité, c'est-àdire devant son existence non successive, mais une, infinie et indivisible. Ainsi, pour que Dieu connaisse éternellement toutes nos déterminations libres, il n'est pas nécessaire au'il en soit Tunique auteur.
t Mais revenons aux objections contre Tétemité des peines. On leur donne, devant les lecteurs peu instruits, Tafiparence d'une forcequ'eltes n*ont pas, en attribuant encore faussement à la théologie catholique la doctrine suirante : Tous les hommes qui n'auront pas été chrétiens, tous ceux qui, même de bonne foi et par une ignorance invincible, auront cru et pratiqué une religion mêlée de vérité et d'erreur, par exemple le maboQiétisuie, tous ces hommes, lors même qu^is auront vécu « sans autre préoccupation que de se concilier, par Texactitude de leur conduite et par leurs sacritices , la faveur céleste, P tous, malgré leurs vertus, deîrontêtre nécessairement damnés, et seront à jamais dans les flammes , confondus dam «ne commune détresse avec les plus exétrablts scélérats. Voilé, j*en conviens, une doctrine impilojrable; mais c*est ta doctrine (le Baius, condamnée expressément par TEgltse, qui déclare que tinfidéliti volontaire est seule coupable, et que Vinfidéliti pure* ^lifnt négative^ c'est-à-dire Tiguorauce involontaire de la vérité chrétienne, n'est pas un péché. Si je n*étaispa$ venu^ dit Jésus-Christ, f( ûjt ne leur avais pas varlé^ ils n*auraieni fwi de péché. [Joan. xv, Sî.J — Si vous étiez ntugles^ dit encore Jésus-Christ aux pharisiens, vous n'auriez pas de péché; mais vous éuestons-mémes guè vous voyez, et c'est pour nia que votre péché subsiste. (Joan. ix, M, U.j Ou reste, nulle Ame en état de raison ii*est dépounrue de toute lumière pour le
salut; car, ainsi que TEcriture sainte nous le dit, le Verbe de Dieu est la vraie lumière oui éclaire tout homme venant en ce monde. (joan. », 9.) — Dieu, dit saint Paul {Rom. i, zO; II, 15), se manifeste dans ses œuvres visibles, et ceux qui n'auront pas pu connaître la loi révélée seront jugés d'après leur con$« eience, qui témoignera conlre eux. Mais il y a autour de certaines Ames des ténèbres qui, sans les exempter de toute faute, atténuent beaucoup leur culpabilité; l'Ecriture sainte nous dit encore ce qu'il est permis d'espérer pour ces Ames : MonPère^ pardonr nez4eurf disait le Christ sur la croix; carîto ne savent ce qu'ils font, [Luc, xxiu, 3k.) Après avoir rappelé humblement sa participation aux persécutions contre l'Eglise chrétienne, saint Paul ajoute : J'ai obtenu la mtséricorde de Dieu^ parce que f agissais danz rignorance avant d avoir la fox.
« C*est ici le lieu de signaler une autre méprise : on oublie que, suivant la doctrine catholique , les peines seront inégales en proportion de la eravité des fautes. Ecoutons l'Evangile : Le serviteur qui aura su la volonté de son maître^ et qui ne se sera pas tenu prêt et n'aura pas exécuté ses ordres^ sera battu beaucoup;^ celui qui n'aura pas connu la volonté de ion maître^ et qui aura fait des choses dignes de cMliment^ sera peu battu. {Luc. xii, M, k%.) Le concile de l<lorence a posé comme article de fui cette graduation des peines de l'autre vie, sans en marquer le minimum. Nous avons déjà dit que, d'après une opinion très-permise et bien connue dans l'Eglise dès les premiers siècles» la peine des Ames qui n'auront pas d'autre péché que le péché origioeU n empêchera pas leur sort éternel d'être préférable pour elles è la non-existence, et de constituer uo bonheur imparfait, qui sera pour ces Ameti un bienfoit de Dieu.
« Quant au chAtiment des fautes commises ar le libre arbitre de chaque homme, ce que es Livres saints nous disent, c'est que Dieu rendra à chacun selon ses œuvres, et qu'il demandera moins h ceux qui auront moins reçu; c'est que, Dieu étant le juge unique et suprême en ce qui concerne la vie future, il est défendu à chaque homme de se faire le juge de son prochain; c'est que chaque homme doit espérer toujours pour autrui et craindre toujours pour soi*même.
« Non-seuletuent les saints patriarches de l'Ancien Testament, mais des justes de diverses nations en dehors de la postérité 4'Abraham, appart3naient è l'Eglise par leur foi et par leurs espérances, en même temps que par lamuur de Dieu. Quant aux hommes qui, soit parmi les Hébreux, soit dans les autres familles humaines avant et depuis la vocation d'Abrabam, avaient peu de lumières religieuses et quciqne bonne volonté, il est dinicile de dire, même à peu près, jusqu'où pouvait aller l'indulgence de Dieu a l'égard de leurs fautes. Ce qu'il faut at&rmer avec saint Paul, c'est que ceux oui ont péché sans avoir pu s*instruire de 'la loi révélée ne sont pas jugés d*après cette loi, mais d'après la
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loi naturelle lelle qu'ils ont pu la connaître. « il faut donc croire que ceui d*entre eux qui« avec le secours toujours suffisant de la grâce acluellcj ont mérité la grâce du salut. T'ont reçue avec les lumières nécessaires.
ce En outre, sans s'écarter de Torthodoiie la plus sévère, il est permis de croire que des hérétiques ou desschismaliques de bonne foi, bien que séparés du corps visible de l'Eglise, (leuvent appartenir à 1 Ame de TEglise, et qu'ils peuvent être sauvés par leur toi en la portion de vérité religieuse qu'ils connaissent. Il est certain d'ailleurs que m^me des infidèles, excusés par une ignorance invincible , peuvent recevoir de Dieu une foi surnaturelle suffisante, s'ils s'en rendent digues par leur intention de bien faire» par leur contrition des fautes dont ils se sentent coupables et par leur désir implicite des moyens de salut, et qu'ils peuvent ainsi, depuis comme ^vant le sacritice de la Bédempliont mériter d'arriver à la béatitude éternelle. Enfin, rappelons-nous que, ()armi ces infidèles non responsables de leur ignorance, ceux qui n'auraient pas reçu de Dieu le don surnaturel de \a foi pourraient, suivant que leur conduite aurait été plus ou moins exempte de fautes volontaires, se rapprocher plus ou moins de la condition imparfaitement heureuse des enfants morts «sans bautème, et que le sort éternel des meilleurs d entre eux pourrait être préférable à la non-existence.
« Mâme au sein des populations chrétiennes et catholiques, outre les hommes dépourvus de raison, il y a peut-être des individus auxquels, par suite de circonstances déplorables, on pourrait appliquer ce mot de saint Paul : Comment croiront-ils à Jésus* (Jkrist s'ils fCont vas entendu sa parole ? Et comment l'entenaront'ils^ si personne ne (a leur annonce? {Rom. x, ik.) SjI y a ainsi des âmes non responsables de leur ignorance ou de leurs erreurs, et qui suivent d'ailleurs avec assez de fidélité les inspirations de leur conscience, il n'est pas défendu d'espérer pour elles, soit une condition plus ou moins analogue à celle des enfants morts sans baptême, soit même le salut éternel, si, avant la mort, Dieu leur accorde une foi suffisante. Mais l'Ecriture sainte a des menaces terribles contre ceux qui, par orgueil, par obstination, ou par attachement à des passions mauvaises, ferment volontairement les yeux à la vérité entrevue et repoussent la grAce, et elle condamne è chaque page ceux qui prétendent y lire que la bienfaisance , soit seule, soit accompagnée de quelques autres vertus purement naturelles, suffit pour le aalut éternel.
« Il me semble qu'on écarte bien des difficultés en montrant ainsi la doctrine catholique telle qu'elle est, en la séparant des erreurs insoutenables des jansénistes qu'elle condamne, et en remarquant que sa tolérance ne la rend p^s solidaire de certaines autres opinions d'une dureté outrée, qu'elle est très-èloignée d'encourajjer, mais qui sont
laissées libres, parce qu'elles s'arrêtent en deçà de l'hérésie.
9i Le jansénisme, avec ses doctrines im-
Eitoyables» et contraires à la foi aussi ien qu'à la raison, est un énouvantail placé a la porte et en dehors de l Eglise catholique^ comme pour en détourner lésâmes que la grêce sollicite d'y entrer. Je crains que, par certaines exagérations du nouttavk thomisme^ quelques docteurs catholiques ne jouent, contre leur gré et sans le savoir, ua rôle plus ou moins analogue, à l'entrée de l'enceinte sacrée.
« Ce Qu'il y a de certain, c'est que les ennemis du christianisme montrent ces deux doctrines, et disent : If entrez pas^ car voilà tout ce Qu'on aurait de mieux à vous enseigner ici. Heureux ceux qui entrent, et qui entendent sans prévention la parole évangélique telle qu'elle est et telle qu'on l'enfreigne dans VÉglise,
c La peine du feu éternel, même appliquée à des fautes graves et sans excuse, révolte certains esprits : elle est, disentils, une horrible invention du ftnatisme des pharisiens, trop facilement adoptée par la grossièreté du moyen Age.
« Puisqu'en s'exprimant ainsi Ton alTecie cependant de ne pas vouloir rompre avec l'orthodoxie chrétienne et catholique, il aurait fallu traiter avec plus de réserve et de convenance un article de renseignement général de TEglise, appuyé par des textes nombreux de l'Ecriture sainte. Mais surtout, puisqu'on voulait attaquer cet article, il aurait fallu tAcher, au moins, de mettre l'Ecriture sainte hors de cause, en niant que ces textes dussent être pris dans le seu:; propre.
. « Ou aurait pu dire, avec quelques Pères, C|ue le feu qui, suivant l'Evangile, torture lAme du mauvais riche séparée du corps, n'est pas un feu proprement dit.
9i On aurait même pu dire que le mot /«u, dans la Bible, est employé quelquefois niélaphoriquement pour signitier une grande peine du corps et de TAme, et que, si on la dans Isaïe (lxvi, 2k) et dans l'Evangile (Marc, IX, kS) que le ver des damnés no meurt pas et que leur feu ne s'éteint pas, le mot ver étant pris ici métaphoriquement pour signifier le remords, il n'est pas sûr que le mot feu ne soit pas pris aussi métaphoriquement dans la même phrase et dans les autres textes où il est appliqué aux peines de l'enfer. Cette interprétation a été soutenue par plusieurs docteurs catholiques, et elles n'a jamais été condamnée expressément. En adoptant cette opinion contraire à l'enseignement général de i*Eglise, on aurait pu être taxé de grande témérité, mais non (ïhérésie.
« On n'aurait encouru aucun de ces deux reproches, et l'on serait resté dans les termes de la décision du concile de Florence, en soutenant que la peine du feu sera différente en proportion des degrés de culpabilité. Cette difierence, qui est demandée par la justice, n'est pas du tout physiquement iui-
ns
ENFER
possible, attendu qu'une même cause peut nrodoire les effets les plus divers» suivant les conditions où sont placés, par rapport à elle, les objets sur lesquels elle agit. L*Ëglise n*a rien défini en ce qui concerne les limites de celte différence.
€ Elle n*a rien défini non plus en ce qui concerne le lieu où les peines de Tenier doivent être subies. Saint Grégoire de Njsse va iusqu'A dire que Tintervalle infranchissable entre l'Ame du mauvais ricbe descendue eo enfer et TAme du pauvre Lazare reposant doucement dans le sein d'Abraham, n'était pas du tout un intervalle de lieu, mais uniquement une séparation morale, et que I enfer n'est |>8s un lieu, mais un certain étal de vie invisible et incorporel. Cette opinion particulière s'écarte de l'enseignement général de l'Eglise, et elle serait d'une fausseté évidente si on voulait l*appliqner aux temps qui suivront la résurrection générale. Mais il est permis de douter, avec saint Augustin, que l'enfer soit un seul lieu déterminé, et que ce lieu soit situé dans les profondeurs de la terre. Sous le nom d'enfer, le concile de Florence comprend le lieu ou bien les lieux, où doivent être relégués éiernellemenl tous ceux qui auront été exclus de la béatitude éternelle, sans excepter les Ames dont l'exclusion aura été causée par le péché orisinei seul. Or, l'Eglise autorise l'opinion daprès laquelle 1 existence immortelle de ces Ames et de leurs corps ressuscites sera préférable h la noneiistence. Quant aux Ames exclues pour des fautes personnelles et volontaires, l'Ëvangile et l'Eglise enseignent que leurs chA- (ioienls seront proportionnés à leurs fautes. Les expressions de l'Ecriture sainte et de **Eglise indiquent des chAtiments terribles pour Tensemble des réprouvés, mais sans rien préciser en ce qui concerne les moins ooufMbles.
I Jésus-Christ dit {Matth. vii, là, ik) que beauroup d'hommes suivent la voie large qui cimdiiit à la perdition, et que peu suivent la voie étroite, qui conduit à la vie; il est évident que ces paroles ne concernent que les hommes (larvenus à l'exercice du libre arbitre et non les enfants morts en bas Age, et qu elles s'appliquent à tous ces hommes et non |ias seulement à ceux qui professent la vraie religion.
« Jésus-Christ a dit en deux circonstances : // y a beaucoup d'appelés^ mais peu délus. {Matth. XX, 16; xxii, ik.) Le sens du mot ^ff est ici très «coniro versé, à cause de la dilGculté de raitacher cette proposition aux deux paraboles dont elle est la conclusion, et qui ne |>araissent pas concerner l'exiguité comparative du nombre des hommes sauvés. AVliDetloo$ce|)endant que les hommes «attv^« soient ici appelés élus : leur nombre sera petit eu proportion de celui des appelés ^ c'est-è-dire de tous les hommes, puisqu'il est de foi que Dieu veut le salut de tous. (iTim. Il, k.) liais ce que l'Evangile ne dit |«s, ce que l'Eglise n'enseigne pas, et ce que certains docteurs soutiennent sans preuves,
c'est que les élus soient en très-petite minorité dans le sein même de l'Eglise catholique. N'oublions pas combien est grande la multitude des enfants baptisés qui meurent avant d'avoir perdu l'innocence, et même avant d'avoir atteint le développement intellectuel qui aurait pu les renclre capables de pécher mortellement.
« Remarquons aussi que le nombre des hommes exclus du royaume de Dieu comprendra, d'une part, des pécheurs dont la culpabilité personnelle aura été très-inégale, et dont, par conséquent, la peine, mesurée par la culpabilité, sera très-inégale aussi ; d'autre part, tous les enfants et tous les idiots de naissance morts avec le péché originel seul , et réservés A une existence imparfaitement heureuse, mais non malheureuse en somme. Or, suivant la remarque de nos adversaires eux-mêmes, le nombre des hommes qui abandonnent la vie avant d'avoir franchi les limites de C enfance^ avant même détre venus au jour^ est au moins égal au nombre de ceux qui parviennent à la plénitude de la vie. Rappelons-nous aussi aue, parmi les hommes qui seront arrivés k rusage du libre arbitre, et q.ui, baptisés ou non, seront morts sans avoir la foi nécessaire au salut, il y en aura peut-être qui,excusés par une ignorance invincible, exempts de fautes graves en elles-mêmes ou de fautes
S;ravementimputables eu égard à leur bonne 6i, auront un sort éternel plus ou moins préférable au néant. Dans le nombre total des damnés f c'est-à-dire des hommes privés pour toujours de la béatitude surnaturelle, ôuelle sera la proportion de ceux dont 1 existence pourra valoir mieux que la nonexistence? C'est le secret de Dieu. Kt ensuite, parmi ceux auxquels s'applique le mot du Christ (Matth. xxvi, 24) sur Judas, qu*il vaudrait mieux, pour cet homme, de n'être pas né, quels seront les différents degrés de peine? C est encore un secret que Dieu s'es^t réservé, en nous enseignant seulement que les peines de l'enfer, prises dans leur ensemble, sont terribles, mais qu'elles sont Î;raduées prqportionnellement a la culpabiité des individus, et que pour tous elles sont éternelles. Enfin remarquons que nous ne pouvons pas savoir si, à considérer l'ensemble des êtres raisonnables que Tunivers renferme ou renfermera un jour, les mauvais anges et les damnés ne seront pas une très*petite minorité, en conn^araison des êtres qui seront admis pour l'éternité à la béatitude surnaturelle.
« L'Eglise laisse donc un champ trèslarge, ouvert à des opinions orthodoxes qui concilient la bonté de Dieu avec sa justice. Ceux qui, tout en combattant la doctrine de l'Eglise, affectent de ne pas rompre avec elle, feraient mieux de recourir à ces opinions permises» au lieu d'imputer faussement à la théologie catholique les doctrines si dures et si déraisonnables du janséirisnie qu'elle repousse. Au contraire, en attaquant 1 éternité des peines, c'est avec la foi catholique et avec l'Evangile que, malgré touies
DiCTIOiNNAIftE DU PARALLELE.
les protestations d'orthodoxie* Ton se met en opposition flagrante.
« Pour soutenir que Téternité des peines est incompatible avec la justice et la bonté de Dieu » un philosophe^ auquel nous répondons ici» établit une assimilation erronée entre la justice humaine, (iu*il ne comprend pas bien, et la justice divine* qu'il ne conoprend pas mieux. Suivant lui,Ia jusiice humaine et la justice divine diflèrent en {puissance; mais elles ont les mêmes attributions, le même but et les mêmes droits.
« Or, il admet que la première a pour but unique l'amélioration du coupable; d'où il conclut qu'il en doit être de même de la seconde « seulement avec plus d'efficacité, il iito'ii que, pour la société* le droit de punir se borne au devoir de corriger. En consé- £[uence, il réduit la justice divine à la pratique de ce môme devoir dans de plus grandes proportions*
«c En ce qui concerne la justice humaine, la première conséquence de celte théorie serait que la peine de mort est toujours un crimedela sociélé, delà loi et des juges. Une deuxième conséquence serait que la société doit corriger les coupables par les moyens les plus doux, et qu'elle doit renoncer à tout châtiment, pour peu qu'il y eût chance d'améliorer autrement le coupable. Vuo irow sième conséquence serait que le crime , C4)mme la maladie et l'indigence, conlère à ceux qui y sont tombés des titres spéciaux à la sollicitude de la société pour leur bienêtre physique et moral, sans conférer à la aociété, sur eux, aucun droit autre que celui du médecin sur les malades. Tel est, en effet, la comparaison que notre adversaire lui-même emploie pour rendre sa pensée.
Dès lors, on voit surgir la question de savoir si le médecin a le droit de traiter les mala* des à son gré malgré eux. La réponse étant négative, il en résulte même que, d'après cette théorie, la société aurait seulement le devoir d'offrir ses bons offices aux criminels, et de les engager par la persuasion à se soumettre h un régime capable de les amélio-» rer.
< Voilk où conduit une fausse philanthropie, qui n'est pas du tout la cliarité chrétienne, et qui n'est pas du tout non plus, quoi qu'on en dise, dans l'esprit de notre législation pénale. Cejiendant cette fausse philanthropie a été jugée par ses fruits, c'est-à-dire par les conséquences funestes àe !^s enseignements, popularisés d'une manière si déi)lorable, il y a quelques années. En effet, quand la société, du moins par la voix de certains théoriciens qui s'arrof^ent le droit de parler en son nom à Taide des organes les plus accrédités de l'o-
Einion publii{ue, et sous une forme accessiie à tous« laisse descendre dans les esprits de telles doctrines , et semble ainsi renier tacitement son droit et son devoir de punir, que faut-il attendre de la conscience des cri5iminels on de ceux qui sont tentés de le devenir 7 Que faut'il attendre d'hommes maibeuraux, ignorants et souvent dépravés, à
qui Ton enseigne que, quoi qu'ils fassent, le droit de la société sur eux se bornera au devoir de leur faire du bien ? Les désordres encore récents de la société française ont ré-^
I)ondu è cette 'question, et après cette grande eçon^ donnée par la Providence, on ne devrait plus répéter ces erreurs d'un autre temps. Quand on comprend si peu la justice humaine, il sied mal vraiment de juger et de condamner avec un arrogant mépris la justice divine telle que l'Evangile nous la fait connatire.
« En quelques mots, rétablissons les vrais principes. Il y a une justice humaine, parce qu'il y a une justice divine. Mais le râle de la première est iuQoimeat moins étendu qoe celui de la seconde. La premièredoit s'exercer au plus vite en ce monde; la seconde est patiente, parce qu'elle est éternelle. I«a pre* mière n'atteint que les actes extérieurs; la seconde atteint infailliblement^ non-seulement lesatUes extérieurs, mais les actes in*» teneurs, les pensées, les désirs et tes intentions qui donnent la mesure de la culpabi.'p lité morale de Tindividu. La première n'aiteint pas même tous les actes extérieurs coupables devant Dieu et devant la cons«cience, mais seulement les actes prévus par la loi écrite comme compromettant Tordre et les intérêts de la société; la seconde atteint toutes les violations, de l'ordre moral et de la loi éternelle. En effet, la justice divine défend non-seulement les attaques contra les personnes, contre les propriétés et eontre la morale publique, mais l'égoïsme, lahaine« l'envie et les vices» causes des crimes et des délits; elle commande non-seulement le respect du droit d'autrui, mais la eharité ; ella commande aussi à chacun le respect de soimême, le soin de sa vie, de sas facultés, de sa réputation, de ses intérêts réels et légitimes; elle interdit à chacun non-seulement le sui^ cide, mais les imprudences, les excès, le» actes, les pensées, contraires à la santé de l'Ame et du corps» la paresse, le découragement, le désespoir; elle donne au coupable, quelle que soit sa puissance ou sa ruse, la crainte salutaire; au malheureux , quelle que soit sa misère, l'espérance et la rési-
f;nation. C'est ainsi que celte gardienne inaijlible de Tordre universel est en mémo temps, quand elle .est bien comprise, la meilr leure garantie de la stabilité et du bonheur des sociétés terrestres.
c 11 y a donc une différence énorme, nonseulement de puissance, mais d'attributions, entre la justice divine et la justice humaiae considérées toutes denx dans leur application h l'homme. Pourtant, malgré son infé«> rioritjé, la justice humaine a le droit et te devoir de punir le crime : d'abord pour constater qu'il y a une justice même ici-bas, et que la différence entre le bien et le mal moral a déjà sa sanction sur la terne; ensuite, IKHir s'opposer ainsi à la tentation du crime, en donnant , \H>iit ainsi dire , un corps è la notiondu devoir, et enretenant par la crainte ceux que cette notion seule ne retiendrait pas; pour délivrer^s'il le faut, par une jusie
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rigueur envers un criminel, la société d'an nouveau danger de sa part et de la part de ceux qu'une peine différente et moins redoutée ne détournerait pas de marcher sur ses traces ; ou bien pour prévenir, par Texjérience du châtiment, la récidive du coufiable, si sa peine n*est pas capitale; enGn, s'il est possible, pour améliorer le coupable lui-même.
c Ainsi, dans sa mission de punir, la société doit procéder avec la oonscienco de son droit et de son devoir; avec ia gravité sévère qui convient h la justice, et qui doit être Mssi éloignée d'une lâche faiblesse ou d'une molle indifférence, que de tout ne qui sentirait la jiassion, la colère, la cruauté. Dans cette mission douloureuse , il y a un c6té plus doux, que la société doit saisir avec lèle.
« En effnt, elle a le devoir d'instruire et de moraliser autant qu'elle le peut. Ce de- Tuir existe |)our elle à Tégard de tous ses membres, et plus spécialement à Tégard de c'^ui qui en ont le plus de besoin , c'est-àdire i regard des coupables placés sous sa main pour subir une peine, soit temporaire, soitperné'uelle, soit capitale. Elle doit s'efforcer ae les réconcilier avec Diou et avec leorconscieDce, et dans cette tâche, la religion et la charité chrétienne sont ses meilleurs auxiliaires.
«La justice humaine concerne la vie présente, cest-i-dire le temps de l'épreuve et d<i repentir. Son rôle n'est donc que provisoire par rapport h l'éternité , à laquelle est réserfée la justice absolue , la justice de Dieu. Celle-ci s'exerce déjà, mais imparfaiteaienk, ea4)etle vie, par les peines légales, |4r les conséquences, souvent amères, du f ice et du crime» par le cours que la Providence sait donner aux événements d'après les desseins de son immuable sagesse, à laquelle tout est éternellement connu et aucun détail n échappe. Mais c^est surtout dans la fie future que la justice de Dieu s'exercera parfaitement » et c'est alors qu'il sera rendu définitivement à chacun suivant ses mérites.
< Mra^t-'eii qne la vie future, malgré son eiractère de peine ou de récompense, doit être nécessairement pour les âmes la continimiion de t'éprenvA dans une condition neivelle, attendu que le libre arbitre, étant essentiel à l'Ame humaine, ne peut pas cesser pour elle dans l'autre vie, et que , par conseillent , *et1e y gardera toujours la faculté de mériter son pardon ? Nous répondrons qu'en oette vie, par sa faute ou autrement , par la maladie, parla folie ^u l'idiotisme, par Tivresse , par l'excès de la passion , Tbomuie est quelquefois privé du libre arbiire,'temfiorairêment par les deux dernières etQses, quelquefois d'une manière durable, par les deux premières , quelquefois même pemlent toute une longue vie , depuis ia naissance jusquli la mort. Quand on a perdu son libre arbitre, on ne pent plus ni pécher, m mériter devant Dieu. Mais on reste en
Dictioun. du Parallèle.
état de péché tant que dure cette privation du libre arbitre, si l'on était dans cet état quand cette privation a commencé; de plus, SI Ton s'est privé du libre arbitre par sa faute, on a assumé d'avanco la responsabilité du mal que l'on fait ensuite sans discernement.
« Ce mal, ainsi fait sans liberté,ne constitue pas une faute nouvelle; mais il est la conséquence d'une faute ancienne et grave en elle-même, par laauelle on s'est mis hors d'état d'obéir à la loi morale, et celte faute a été d'autant plus grave, quand ses conséquences détestables ont été plus complètement prévues et voulues d'avance.
« Ajoutons que le libre arbitre n'implique pas nécessairement ia faculté de mériter ou de démériter. Dieu est souverainement libre, mais sa nature infiniment parfaite n'admet en lui ni la possibilité du mal moral et do la déchéance, ni la possibilité d'une amélioration quelconaue. D*un autre c6té , dans dcf^ êtres incapables d'agir en vue du principe obligatoire, le libre arbitre pourrait s'exercer sur le choix des moyens de satisfaire les goûts et les appétits, sans qu'il en résultât aucun mérite ou aucun démérite. De m4me , des étrea libres, confirmés par la grâce divine dans un certain état de perfection qui est la récompense de leurs vertus, ou bien des êtres libres abandonnés de la grâce dans un état de mort spirituelle qui est la peine de leurs fautes, ne peuvent [Jus ni mériter ni démériter, bien que la volonté, bonne chez les uns, mauvaise chez les autres, persiste dans la disposition qu'ils ont librement contractée. Pour changer en mal , il faudrait aux premiers, c'est-à-dire aux bienheureux, la tentation, qui peureux n'est plus possible; pour changer en bien, il faudrait aux derniers, c'estrà-dire aux damnés, Tespérance et la grâce, qu'ils ontr^^jetées. Or, la foi nous dit qu'elles ne leur seront pas rendues , et que sans la grâce Thomme ne peut rien pour le salut.
« Los damnés regrettent sans doute les fautes q^u'ils ont commises : ils les regrettent nécessairement, parce qu'en elles ils reconnaissent avec une évidence accablante la juste cause de leur malheur éternel. Mais le regret n'est pas lerfpenrtrrce qu'ils haïssent, ce ne sont pas leurs fautes, c'est seulement la douleur. Ils ont voulu être heureux sans Dieu et par la révolle contre Dieu, et l'être toujours. Cette disposition de leur volonté subsiste dans leur désespoir. Le regret des damnés ne peut donc pas être méritoire; car, d'une part, il n'est pas libre; d'autre part, il a pour principe unique l'égoïsme; le repentir au contraire est méritoire en cette vie, parce qu'il est libre, et parce qu'il implique au moins un commencement de haine désintéressée pour le mal moral , d'amour désintéressé pour le bien, et pour Dieu, auteur de tout bien. Mais , dans une âme qui s'est donnée an mal et qui a persisté dans cette disposition , malgré les sollicitations de la grâce divine, jusqu'au terme de l'épreuve, l'amour du bien est éteint sans r.e-
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tour; Dieu seul pourrail le rallumer par sa grAce nrévenante et gratuite; mais« pour les iJarones, le temps de la gh'âce est passé, ils restent donc sous le poids de la justice désormais inexorable ae Dieu , avec leurs incurables regrets et sans la grAcodu repentir et de l'amour.
tf Sans doute il y a là un mystère que nous ne pouvons pas comprendre dans notre condition actuelle; mais il n*y a pas là une erreur dont notre raison voie et corn- )Tenne la fausseté : devant ce mystère, la raison se récuse, et la foi seule a besoin de parler. Or, elle nous dit que la faute des Ames qui se sont mises volontairement dans un état de mort spirituelle où le terme de répreuve terrestre les a trouvées» et où elles ne peuvent plus ni mériter» ni eipier» est immortelle comme elles-mêmes, et que leur châtiment est immortel comme leur faute.
< Ici une autre objection s'élève. La cul- (labiïité des damnés est très -diverse, et, quelque coupables que soient quelquesuns d^entre euT, il n'y en a aucun dont la cul4)abilité soit infinie. Comment donc les démérites finis, et plus ou moins grands, suivant les individus, pourraient-ils moti-ver des chAliments é^^aux pour tous quant à leur durée, et infinis par leur éternité même?
€ Commençons par montrer que les peines des damnés, peines dont aucune n*est infinie par son intensité, ne deviendront pas infinies |)ar leur durées II est évident que le mot éternité^ appliqué à des peines qui lie doivent pas finir, et le mol tn/lnt, appliqué à la durée de ces peines, n'ont pas toute la valeur propre et philosophique de ces deux expressions : ce qui a commencé et continue d'être n'est pas étwnel à proprement parler ; et une durée qui a eu un commencement et qui s'accrotl par l'addition continue de parties successives, ne deviendra jamais infinie^ bien c[u'elle ne doive jamais finir. Il n'y a d'infini que Dieu et ce qui ap|)artient à Dieu ; il n*y a d'existence vraiment éternelle et infinie que l'existence une et indivisible de Dieu, existence absolue, sans commencement, sans continuation et sans icrme, devant laquelle tous les temps sont présents. Toute durée successive tend vers l'infini, mais sans pouvoir l'atteindre jamais. Ainsi jamais, à aucune époque de leur avenir sans fin, les damnés n auront soutTert pendant un temps infini : dans leur chAtiment, l'infini en durée ne sera jamais réalisé, et sera toujours infinimeni éloigné de l'être.
« l^speioesdes damnés,dont aucune n'est infinie en intensité, et dont aucune ne sera jamais devenue infinie en durée, peuvent évidemment, par leur intensité, être trèsinégales entre elles et proportionnées aux démérites de chacun. Mais toute peine, par le seul lait de sa continuation sans fin, est, dit-on, évidemment trop forte pour la culpabilité que l'homme peut contracter pen-
dant sa courte vie terrestre. Cette protio. sition n'est nullement évidente; car m la justice divine, ni ta justice humaine nem^ surent la durée du châtiment sur la dur^f de la faute, mais bien la gravité de Tun sur la gravité de l'autre; or, qui coœpreno Vénormité des crimes de l'homme rentre le prochain, contre lui - même et coDtre Dieu? La justice humaine punit un crime d'un instant, soit par la réclusion pcqétuelle, peine qui durerait toujours si le condamné pouvait vivre toujours sans mériter grAce; soit parla peine de inorl,qot présente, dans l'ordre temporel, le carats (ère irrévocable des peines éternelles. Li justice divine applique, comme conséquence naturelle, des peines sans fin à une méchanceté incurable, contractée librement et gardée obstinément avec intention d'y persévérer toujours. La gravité du rbl* timent n'est infinie pour aucun des damnés ; car dans l'infini il n'y a pas de de* grés, tandis qu'il y a des degrés très-différents dans les peines de Tenfer, et la (oi nous dit que ces degrés dépendent de la gravité des fautes. La foi nous |)ermet même de croire que parmi les Ames damnées, c'est-à-dire justement exclues i^ur toujours de la béatitude céleste à laquelle elles étaient appelées, il y en a dont la condition éternelle vaudra mieux que la nunexistence. Cependant, même |>our les ânes punies du poché originel seul itar la ^ivaliou d'un bonheur surnaturel, la peine est d'une immense gravité, puisqu'elle e^t la privation d'un bien qui surpasse tout ce qu'on peut concevoir; mais, comparée à la vie de l'homme sur la terre, la condition rie ces Ames peut être appelée une sorte de bonheur relatif et imparfait, dont la durée sans fin sera un bienfait de Dieu. Quant aux chAtiments éternels mérités \j(t des fautes individuelles, il nous est impossible d'apprécier quelle en doit être fintensité, et nous ne |K)uvons que nous en tenir aux expressions terribles de TErnture sainte. Le fait de la proportionnalité des peines aux fautes nous est indiqué par la raison et connu par U révélation ; mai» le rapport fondamental de cette proportion continue nous échappe, et nous ne pouvous pas en évaluer les termes, car iioa> n'avons de mesure absolue ni pour ta souffrance, ni pour la culpabilité. Nousconce* vous seulement que les pensées de Dieu ne sont pas nos pensées, que le i^écbé e>t la négation de la justice et de la saioteié, c'est-à-dire un effort aussi hostile qu'impuissant contre Dieu même, notre créateur, notre rédempteur, et que, par conséquent, devant l'Etre souverainement juste et saint, le péché doit avoir une parité qui dépasse les notions faibles et imparfaites que nous |)ouvons nous en former. Des Ames aussi coupables que malheureuses ont voulu rompre éternellement avec l^ieo et avec la sainteté» et chercher le bonheur dans le mal. Ce vœu impie et insensé s'est accompli contre elles, mais par elles,
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