SOI
împarfaîtl Les œuvres de Diea portent Tenipreinle de sa sagesse et de sa puissance ; les œuvresde Thomme portent l*empreintedesou Miexpérience et de sa faiblesse ; il crayonne, il esquisse, il efface, il corrige; sa pensée, d'abord obscure, s*éclaircit; enGn elle devient nette, vigoureuse, et il trouve Theu- . reuse expression oui doil la manifester au dehors. Or, nous I avons dit, la science tbéo* logique est une œuvre humaine, par conséquent imparfaite d*abord et essentiellement progressive. Chaque nouvelle explication du dogme, cha'{ue opinion exprimée et défendue, est comme un coup de pinceau jeté sur la toile. 11 faut qu'elle subisse une épreuve, qu'elle soit examinée, comme le peintre examime le trait que sa main Tient de tracet. Alors elle est condamnée, et une autre lui succède, ou bien elle demeure victorieuse, et ellQ est ajoutée h cette partie de la science qui est une véritable conquête de Tesprit humain, parce aue, sans avoir Pautoritédu dogme, elle a ce] le de la certitude et de l'é- Tidence. L'épreuve que doit subir toute opinion théologique est celle de la libre discussion. Il est maintenant facile de comprendre rimportancede la controverse, même entre Catholiques : c'est par elle que la science théologique progresse et qu'elle fait chaque jour de nouvelles conquêtes. Et ces
f>rogrès et ces conquêtes ne sont pas indiférents à la conservation même du dogme. L*étude du développement de Terreur, que nous ne pouvons faire ici, mais qui a été si admirablement expliquée par le savant et pieux Rosmini, dans son Introduction à la philosophie^ cette étude nous convaincrait qu'une erreur nouvelle n*est jamais victorièusement combattue qu*autant qu*il se fait un progrès nouveau dans la science du dogme. La marche de la vérité et celle de l'rrreur suivent une même direction, parce
3ue Tune et Tautre sont le fruit ou I abus e Ta réflexion. La même erreur se transforme en passant d'un état réfléchi inférieur à un état réfléchi supérieur; il faut que la vérité In suive pour la saisir et l'étouiTer. — Si nous vouKons appliquer ces considérations aux controverses religieuses de notre époque, nous montrerions que le grand ennemi du catholicisme est le rationalisme, que le rationalisme n'est qu'une vieille erreur transformée, que les apologistes chrétiens ne la réfuteront directement et scientifiquement qu'en faisant faire à la science théologique un pas en avant; que ce progrès doit être de déterminer avec plus de précision les limites et les rapports de Tordre naturel et de Tordre surnaturel; que c'est là au fond le but de toutes les controverses entre Catholiques; que, |)ar conséquent, ces controverses ont une grave importance, et que vouloir les étouffer ou les interdire avant qu'elles aient donné un résultat positif, avant qu'elles aient fait une conquête réelle, c'est vouloir défendre une réfutation directe et scientifique du rationalisme. Sans doute, cette réfutation n'est pas nécessaire : mais qui oserait nier qu'elle ne soit utile et
glorieuse? C'est pour ces motifs que nous nous permettons quelques objections et quelques critiaues contre des ouvrages . composés dans les intentions les plus pures, et (»ar des hommes honorables et savants. Nous croyons que le grand besoin de la controverse religieuse contre le rationalisme exige que les apologistes chrétiens distin-
Suent avec précision Tordre naturel et Torre surnaturel ; que le grand défaut du traditionalisme est de les confondre, et que les savants théologiens de Louvain ne sont pas complètement à Tabri de ce reproche. Examinons à ce point de vue la dissertation de
M. Lonay sur la révélation « .
Dans l'analyse) psvchologigiie du développement naturel de la raison, M. Lonay oublie l'agent le plus eiOcace. Une nature raisonnable excitée par la parole ne peut seule produire la [>ensée, il lui faut encore le concours de Dieu. Les théologiens de toutes les écoles enseignent que nulle puissance ne passe à l'acte sans une coopération divine et positive, et cette coopération est plus qu'une condition extérieure, elle est essentielle et nécessaire dans toute hypothèse, car elle est nécessairement impliquée dans la notion d'un acte produit par une cause seconde. »
Nous n'avons, sur tout ce qui précède, aucune observation & faire, si ce n'est : 1* que le traditionalisme, même absolu, c'est-hrdire, faisant venir les idées parles mots, est indé« pendant delà confusion du naturel et du surnaturel (Voir notre étude sur M. Maret); 2' que la nécessité de la coopération divine, aans toutes les actions des caases secondes, est tellement claire t]u'on peut la sous-eatendre lorsqu'on traite uniquement des causes particulières d'un phénomène Mais nous regrettons de ne uouvoir comprendre la fin du troisième article dans Tadmiration sincère que nous inspirent les lignes que nous avons transcrites. De ce que la raison ne se développe aujourd'hui que sous l'influence de la parole, M. Lonay conclut que le premier homme a été élevé au plein usage de sa raison par une révélation divine. M. Hugonin répond que cette conséquence est mal déduite, caria nécessité actuelle de la parole pour le développement de la raisonn'est qu'un fait; or on ne peut conclure d'un fait 1 im|»ossibili(é d'un autre fait; cela conduirait à rejeter la possibilité des miracles; donc ce qui se passe aujourd'hui ne prouve pas que Dieu n'ait pu développer la raison du premier homme autrement que ^>ar une parole extérieure. Autrement il faudrait dire: on n'a trouvé nulle part un être humain qui n'ait eu un père et une mère ; donc le premier homme a été nécessairement engendré par Dieu. L'Ecriture d'ailleurs nous indique clairement que le premier homme a été créé
tensaut et parlant , et non pas dans un état peu près semblable i celui d'e Tenfant qui vient lie naître.
Tout cela serait concluant, serait irréprochable, si M. Lonay avait réellement conclu, de ce qui se passe aujourd'hui, la nécessité
EXSeiGNEHENT.
Wf^
d'one parole di?îne eiMrieure pourqae le premier homme pût arriferk l^isagedela raisoo. Si lelle est sa pensée, il se trompe à coup sûr, et grafement. Mais dans le passage cité et attaqué, il se sert des mots révélation oitine^ et ne prononce pas ceux de parole Extérieure. Il serait donc en droit de répondre qu'il entend ici par révélation une communication diYine quelconque. M. Hugonin peut-être aurait pu lui reprocher de faire du mot révélation un emploi inusité, ou au moins équivoque; mais ce n*est \h qu*une question de mots. En tout cas il reste acquis qoe cette première objection, péreraptoire contre ceux qui attribuent Torigine du langage à une |>arole divine extérieure , est absolument sans force contre ceux qui se bornent i conclure t de ce qui se passe aujourd*hQi, que Dieu a dû donner directement au premier homme quelque chose de plus que ce qu'il donne directement à l'homme actuel. Voici maintenant une objection plus grave que M. Hugonin adresse à M. Lonaj^: « Cette révélation primitive dont vous vous efforcez d*établif l'existence est-elle naturelle 7 estelle surnaturelle?... Dans ce (second) cas, ▼oos confondez Tordre naturel et l'ordre surnaturel, et je ne vois pas comment vous pourriez vous justifier de l'erreur condamnée dans Balus (puisqu'il s'agit d'une révélaiioQ* nécessaire au développement naturel de la raison). Si vous dites qu'elle est naturelle, votre travail n'est plus une apologie du cbrisiianisme. il devient une controverse purement pliilosofibique. Ce n'est pas assez, pour réfuter le rationalisme, de prouver
3uil méconnaît les lots du développement e la raison ou de la nature de la pensée. On n'est pas Chrétien, parce qu'on est bon poilosopbe, de même qu'on n est (Mis ratione^iite, ftaroe qu'on résout mal un problème philosophique... ^uand on étudie de près les hérésies qui ont soulevé dans l'Eglise les plus violentes tempêtes, on découvre aisément qu'elles renferment presque toujours ^ erreur philosophique et une erreur {héologîque; qu'elles sont en môme temps la négation d'une vérité naturelle et d'un eogmesurnaturel, et c'est pourquoi l'Eglise, •alesi)roscrivant,a bien mérité de la science; eo défendant le déiidt de la foi qui lui a été ^nBé, elle a firotégé la raison elle-même. Ainsi les pélagiens niaient la grâce surnaturelle, Toilk Terreur théologique ou l'hérésie; lu méconnaissaient en même temps le condors naturel de Dieu dans nos actes, c'est-èdirecettedépendance absolue qui subordonne U cause seconde k la cause première, la créa- •ore au Créateur, voilà l'erreur philosophie» que. L'Eglise a condamné la première, elle na pas condamné directement la secomie.
Je le demande à M. Lonaj, saint Augustin ^Ol-il fait une apologie suffisante de la grâce sumatarelie, en se bornant à prouver le con- JOttfs naturel de Dieu dans la production dej actes naturels de l'homme? Non, sans doute, parce que la grâce n'est pas une ^>ns4quence de la nature, parce que le fait ^^ eoQcours naturel de Dieu dans les actes
naturels de l'homme n*est pas même une démonstration de la possibilité de la grâce surnaturelle. Admettons avec M. Lonay que le rationalisme se trompe sur la loi du développement de la raison, c'est là une erreur purement philosophique. Mais il en est une autre ^dus grave et plus dangereuse, que l'apologiste chrétien doit combattre , parce qu'erie attaque directement le dogme catholique : c'est l'erreur théologique, c'est l'hérésie. Or une erreur théologique, une hérésie, est la négation d'un dogme de foi. Et 'e ne connais point de dogme de foi dont 'objet soit de déterminer la nature de la rai-
son, et les lois de son développement. Donc là n'est pas l'hérésie du rationalisme, elle est tout entière dans la négation, non d'une révélation quelconque nécessaire au développement de la raison, mais d'une révélation surnaturelle. »
Ce dilemme est sans réplique, et il réfute péremptoirement ceux qui croient pouvoir renverser complétementle rationalisme par la thèse de la nécessité de l'enseignement. Nous avons montré nous-même, il y a plusieurs années, dans notre Essai philosophique^ que cette thèse ne peut avoir une pareille portée. Mais M. Lonay a-t-il cru réellement , ou qu'il fallait une révélation surnaturel le pour conduire le premier homme à l'usage do la raison, ou que la nécessité d'une révélation naturelle, pour cetoblet, réfutait radicalement le rationalisme 7 Ni l'une ni l'autre de ces deux hypothèses ne nous paraissent pleinement démontrées. Admettons cependant qu'il ait exagéré la portée polémique de sa thèse favorite : M. Hugonin ne tomberait-il pas dans Texcès opposé , en supposant par son silence qu'une thèse, incapable de réfuter complètement le rationalisme, ne peut être d'aucune utilité contre cette erreur 7 Si l'on se trompe en faisant consister le principe rationaliste dans une erreur purement philosophique, n*7 aurait-il pasexcès àlefaire consister uniquement dans une hérésie? El si le rationalisme, comme le pélagianisme, contient à la fois des erreurs théologigucs et phjlosophiqnes , n'est-il pas possible qu'une thèse philosophique le réfute en partie sans le réfuter complètement? Ces questions sont trop claires pour que nous puissions penser un seul instant que M. l'abbé Hugonin y répond autrement que nous. Il a trop lu nos grands théologiens , et trop fait usage de ses rares facultés méditatives, pour qu'on puisse lo trouver en défaut sur un fioint si important. Noub sentons qu'entre lui et nous l'entente ne sera jamais difficile. Mais nous regrettons qu'il n'ait pas complété l'expression de sa pensée. En comblant cette lacune , il eût été plus fort contre M. Lonay, dont le tort consiste, non pas à se servir de sa thèse contre le rationalisme, mais à ne pas indiquer dans quelle mesure il s'en sert, et qui, peut-être, lui aussi, n'a péché que par lacune, ou, si l'on aime mieux, par défaut de précision.
« Ne savons-nous pas», dit ensuite M. Hugonin, « que les apologistes qui inventèrent
Ifl nécessité d'une révélation primitive fiDiite au premier homme,... confondirent l*ordre naturel et l'ordre surnaturel, que cette confusion leur attira les censures de l'Eglise, el qne cen'estqu'aprèslacondamnation, renouvelée depuis peu par la Congrégation de l'index, qu'ils introduisirent dans leurenseignementunerévélation naturelle distincte de la révélation surnaturelle... On sent que cette flistinction vient après coup... »
Nous croyons que les apologitteif qui ont confondu Tordre naturel et Tordre surnaturel, ne sont pas les premiers qui ont parlé de la révélation primitive. Nous croyons, en second lieu, que les apologistes, qui, les premiers, ont employé celte expression, n'y attachaient pas le même sens que les docteurs de Louvain. Ces derniers entendent par révélation primitive (en tant que nécessaire) Tacte divin qui a donné au premier homme i'usaçe de la raison ; les autres, au contraire, parlaient d'une révélation moralemeni nécessaire, même pour Tbomroe jouissant déjà d'une raison en acte. Enfin, ni pour les uns, ni pour les autres, on ne peut dire que la distinction d'une révélation naturelle vient après coupf et qu'elle se concilie difficilement avec le principe qu'on expose^ et surtout avec le butqu'on se propose^ car les principes des uns et des autres ne permettent de conclure que la nécessité d'une révéktion natureUe (nous Tavons prouvé en ymrïani de M. Maret), et le but des uns et des autres est seulement de réfuter, parmi les erreurs rationalistes, une partie de celles qui ont trait ù Tordre naturel.
S XIV. — Discussion entre M. Hugonin et dam
Guéranger.
Dans VAmi de la religion du 28 janvier 1858, M. Tabt)é Hugonin a critiqué les lignes que nous avons empruntées plus haute dom buéranger; celui-ci a répondu dans VUniver^du 31 janvier. 11 ne sera pas sans intérêt |)our nos lecteurs de trouver ici deux mots sur cette polémique.
M. Hugonin nous parait avoir raison sur une petite question- préliminaire. Quand la nécessité de la révélation, dit-il, conduirait au baïanisme, quel est le rapport de cette théorie avec un travail intitulé : Du natura^ lisme dans la philosophie. Dom Guéranger répond Que le baïanisme, en faisant du surnaturel un élément de la nature, arrive au naturalisme» parce qu'il n'admet en réalité rien qui ne soit naturel. Qu'il y ail ici, entre deux erreurs opposées, un f)oint commun, on peut le dire. Mais» ce nonobstant, Tusage a prévalu d'appeler naturalistes ceux
3ui rejettent purement et simplement Torre que nous appelons surnaturel, et d'appeler supematuralistes ceux qui, admettant zei ordre quant à la substance, ont le tort de ie croire nécessaire à la nnture. Cela étant, il est clair qu*on ne peut comprendre ces Jerniers sous le terme de naturalistes^ sans 5ler à ce terme la signiûcation re>lreiale qu'il lient de Tusaçe* Al. Uugojiin soutient ensuite que dom
Guéranger n*esi pas fondé dans ie reproche de contradiction qu'il adresse A M. Alaret. « Quelle contradiction A dire t L'intelligence humaine est naturellement éclairée par la lumière divine, c'est ce qui fait sa dignité ; mais la perception de cette lumère est actuellement si faible qu'elle est impuissante A me conduire même A une fin naturelle ; cette faiblesse, je la constate par l'histoire,
Kr les erreurs des philosophes (]ui ont vécu rsde la révélation?— EtdefSiit,s'il y avait contradiction dans cette doctrine, il faudrait
3ae Tune ou l'autre des propositions contraictoires qu'elle renferme fût fuisse. Faut-îl nier la dignité de l'homme telle que l'enseigne M. Tabbé Maret? mais, selon dom Guéranger, c'est la doctrine des Pères de l'Eglise. Faut-il nier Timpuissance actuelle de la mfson pour arriver A sa fin même naturelle? mais c'est un dogme de foi ; que le révérend Père choisisse. »DomGuéranger répond Aceht, eu reconnaissant qu'il s'est exprimé inexactement. 11 avait dit: «M. Maret ftcoœbatlu avec succès le système qui refuse A la raison toute valeur sans la foi, et makitenant il veut, par des procédés purement gationnels» amener la philosophie séparée A coiife»ser ïimpuissance de laraison^ tant que celle-ci ne s'est pas courbée devant le joug de la révélation. Evidemment le docte professeur a subi une illusion qui ne lui a plus permis de voir la contradiction dans laquelle il s'engageait. » Le savant Bénédiclin va-t-il rétracter ce passagi-? Nullement, et je m'étonne que M. Maret ait oru A une rétractation, {fou. sa Lettre auxévêques de France.) Dom Guérang^er, en effet, lom d'avouer que la contradiction signalée n'existe pas en M. Maret» se borne A dire en substance : J'ai mal exprimé cette contradiction réelle. J'avoue qu'en prenant è la lettre mes paroles, on ne voit pas trop où est la conlradîctiofi ; uiais je vais faire en sorte qu'elle soit évidente. Au lieu donc des mots impuissance ie la raison, qui peuvent s'entendre de Tîmpuissance daus Tordre surnaturel, et qui par conséquent ne contredisent pas la puissance inférieure admise par M. Alaret.je mets ceuxci : Impuissance de la raison A remplir toutes les fins naturelles. Ainsi dom Guéranger ne se rétracte pas, il se bornée objecter en termes plus précis la même contradiction. Mais lA précisément est son tort, car M. Hugonin» on Ta vu» avait compris tout d'abord les mots impuissance de la raison dans le sens que dom Guéranger expliquot et cependant il avait nié, preuves en main, la contradiction. Donc l'explication de dom Guéranger ne répond nullement A M. Hugonin; dooc les lignes citées restentsujeltes, malgré Taddilion, aux mêmes critiaues. La contradiction qu'elles proclament n existe pas, puisque la première des deux assertions prétendues contradictoires est celle-ci: La raison peut quelque chose sans la foi; et que la seconde revient à dire: La raison ne peut pas tout dans son domaine sans la foi. Ici encore, M. Hugonin a donc l'avantage. Toutefois il va Irof) loin eu disant que Vimpuissance aeluella de
ENSEIGNEMENT
na
k raiêonpêur arriver èiafin mime naturelle est un dogme de fou li serait certainement Ibrt embarrassé pour justifier cette assertion. M. Hugonin reproche ensuite à dom Guérsuj^er de se contredire lui-même et de soutenir la nécessité de la révélation , après avoir fait un crime & M. Maret de soutenir relie nécessité : « Donc» mon révérend Père, » diHi, cou vous êtes baïanijUe avec M. Tabbé Maret, ou M. l*abbé Maret ne Test point du tout. Vous ne prétendez pas sans doute ({ue la vérité de celte prot>osition : La révélation ni n/ccMairc, dépende de ceux à q^ui elle s'adresse; que je serais hériHique» si je la prouvais contre nos prétendus sa^es; et théologien exai't, si je renseignais h de fidèles chrétiens. » Dom Guéranger répond C[ue c'est là précisément ce qu*il a Youlu dire» et il soutient qu'en effet cette proposition : La révélation est nécetêaire^ est baïanistei si on l'adresse aui incrédules, car alors elle signiûe que le surnaiurel est nécessaire k la nature; qu'elle est au contraire orthodo.xe, si ou lAuresse aux Chrétiens, car alors elle signifie qu'un moyen surnaturel est nécessaire )X)ur atteindre une fin surnaturelle.— Dom Guéranger fait bien, M. Hueonin lui-môme le reconnaît certainement, ue blAmer le premier sens qu'il attache à la néceaité de la révélation^ Cl d^approu ver le second sens qu'il donne à la même formule; mais est-il en droit de prétendre que cette formule, adressée aux ratioDalistes, s'entend d'elle-même lians le premier sens, et Qu'adressée aux Chrétiens elle s'eutend d'elle-même dans le second? Nullement. Car on peut exprimer le second sens en parlant aux incré4iulcs, eomuie ou a trop souvent exprimé le premier en parlant aux fidèles ; et si Ton ne précise rien, la formule reste vague, et susceptible des deux sens, quels que soient ceux à qui on l'adresse. — Ainsi dom Guéranger ne réussit itas à venger du reproche de contradiction les termes généraux dont il s'est servi ; mais, il faut l'avouer, il prouve très- I^en qu'il n'y a pas contradiction dans sa pensée ; car le reproche qu'il adresse à U. Maret, de dire la révélation surnaturelle nécessaire pour nos fins naturelles, ce ro- (»roclie, fondé ou non, ne contredit pas l'as- ^rtion de dom Guéranger sur la nécessité de la révélation surnaturelle dans l'hypothèse d'une Gn surnaturelle. Voilà pourquoi i^ous avons négligé de lui faire cette objection;avant même les explicationsqu'il donne dans ht défense, il était clair pour nous qu'il n'avait pu vouloir dire, presque en même temps, oui et non sur le même point.
M. Hugonin termine en soutenant que M. Maret n'est pasbaïaniste pour atlirmer la l'écessitéde la révélation, car il n'enseigne, u»ffluie les manuels de théologie, qu'une nécessité morale. Nous retrouverons cet arguniem, et nous l'apprécierons, en parlant de la idlre de U. Haret aux évêques de France. ^uAutàdom Guéranger, il y répond par une double méprise, en reprocnant à M. Maret de soutenir la nécessite absolue de la révébtioa suroaturellcy et en supposant qu'on
serait h l'abri de tout reproche, si l'on se bornait à soutenir la nécessité morale de cette révélation surnaturelle. Il répète aussi
Îue M. Maret, en disant la viaion intuitive ndemment possible^ fait entrer la révélation surnaturelle dans les nécessités de la raison. Nous persistons à croire que cette déduction de la possibilité à la nécessité n'est pas solide; et que, s'il y a de meilleurs motifs pour accuser M. Maret d'avoir soutenu la nécessité morale de la révélation surnaturelle, cependant, à s'en tenir à l'ensemble do sa thèse, et surtout aux arguments qu'il propose pour la nécessité de la révélation, cette nécessité se confond, comme le fait observer M. Hugonin, avec l'impuissance morale de la raison dans l'ordre naturel, impuissance admise par dom Guéranger. lui-même. Malheureusement,à.cette remarque si juste, M. Hugonin ajoute quelques mots que nous devons relever : «On peut,'» dit-il, renseigner sans blesser la foi: IMa nécessité d'une révélation positive, parc« qu'une révélation positive peut n'être pas surnaturelle; 2*^ nécessité morale de la révélation surnaturelle dans Tétat actuel de l'homme, —c'est la thèse qu'établissent tous les théologiens, et M. Maret avec eux; — 3" la nécessité absolue de la révélation surnaturelle, nonencesensqu'eile est un élément de notre nature... mais en ce sens que les attributs de Dieu lui font une obligatioa de la donner à l'homme; c'est l'otJtimisme, très-contestable à notre avis, mais enseigné par une grande et savante école, les augustiniens, sans avoir encouru les censures de l'Ëfflise. Les controverses de Berti oitété publiées avec l'approbation de Benoit XIV. » Nous croyons que M. Maret ne prouve pas la nécessité morale de la révélation surnaturelle ; car cette nécessité suppose que l'homme a été destiné & une Un surnaturelle; or M. Maret parle aux philosophes qui sont loin de reconnaître cette deitinatiun. M. Hugonin avoue lui-mêuie que la discussion de M. Maret établit Tim* puissance morale de la raison |.K)ur arriver à un système complet de philosophie naturelle. Or cette impuissance prouve uniquement la nécessité d'un secours quelconque pour arriver à cette philosophie complète. On n'en tirera lias autre chose, si l'on ue fait intervenir l'hypothèse de la destination surnaturelle, ou plutôt si l'on ne commence par prouver celte destination, ce qui est le terme de la démonstration dont la thèse de Vimpuissance n'est que la préface. Dom Guéranger a donc raison de soutenir que vouloir prouver aux incrédules, par l'expérience, la nécessité de la révélation surnatu* relie, c'est s'engager dans une voie fausse. £t M. Hugonin, en louant M. Maret de s'être engagé dans cette voie, le met et se met en même teffi|>s sous le coup d'une critique fondée.
§ XV. — Discussion entre H. Maret el dom
Guéranger.
1. M. l'abbé Maret s'est ému descritiques de dom G uéranger.I I y a répondu dans une X.eUra
NI
aux hêquêi de France. Vous allons exposer nos doutes à restimable auteur, en ayant soin de citer les passages auxquels nous ne pondons souscrire.
Après avoir déterminé^ dit M. Maret, tes fins naturelles de rhomme^ f interroge l'âme humaine^ je parcours t histoire^ et... farrive à ce résultat : rhomme^dans son état nelue/, Chomme^ laissé à lui-même^ est dans rimpuissance de fonder^ de conserver ^ deres^ tanrer la vraie religion. Or la vraie religion est pour lui le moyen de parvenir à la perfection de ses fins neUurelles. Vone l homme actuel f laissé à lui-mime, n'arrive pas à la perfection de ses fins naturelles . ^
De cette impuissancet de cette insuffisance de rhomme.,,je déduis,., ta nécessité d*une assistance divine... Cherchant ensuite quelle sera la nature de cette assistance divine... je trouve qu'elle devra être un enseignement et une force, c'est-à-dire une révélation positive; et, comme il n'y a, de fait, qu'une seule rêvé' lotion proprement dite, la révélation suma* tutelle, la suprême conséquence de cette Iongue déduction est la nécessité de la révélation surnaturelle.
Nous avons beau faire , il nous est impossible de trouver concluante cette déduction. Si M. Maret concluait h la vérité de la révélation surnaturelletrargument ne serait pas h dédaigner; noais de ces deux principes: Une révélation quelconque est nécessaire, et : // n'y a en fait qu'une révélation surnatu-relie, ne découle nullement la nécessité de cette dernière révélation. Pour tirer cette conclusion, il faudrait mettre dans Va mi* neure : Il n*y a de révélation ()0ssib1e qu*une révélation surnaturelle. Alors» les règles du syllogisme seraient saures, et la conclusion bien déduite, mais Tune des prémisses, par sa fausseté, vicierait Targument et lui enlèverait toute force probante (kO).
M. Maret dit ensuite qu'il a pu soutenir la nécessité de la révélation, sans tomber (fans le baïanisme, parce qu'il |Mirte d*une nécessité morale et non at>$olue. Puis, après une citation sur laquelle nous reviendrons tout h rheure. il ajoute : Ce faseage est-il clair? Tose ledemander. Monseigneur. Tout mon rotsonnementse réduit à res termes : Dieu ne doit pas la perfection même naturelle à ses créa-tures. Mais, s'il leur en donne l idée et le 6«soin, il est digne de sa sagesse et de sa bonté de leur fournir les moyens d'y arriver. Ce raisonnement est exactement conforme à celui ?fue tous les théologiens font à l'égard de 'ordre surnaturel proprement dit. Dieu est libre de ne pas nous destiner à une fin surnaturelle : mais, s'il nous y appelle, il nous doit les moyens d'y parvenir. Dans l'un et l'autre cas , la nécessité morale , qui n'est qu'une nécessité conséquente, et non antécédente, une nécessité hypothétique, nuit-elle en quelque chose à la gratuité complète des secours extra-naturels et surnaturels.
Mous regrettons d*étre obligé de le dire,
mais ce morceau, que M. Harôt a écrit pour se justifier, nous parait beaucoup plus atta-
Juable (]ue les parties de son livre qui .ont té Tobjet de nos critiques. D*abord, pour montrer qu'il ne tombe pas dans le oaianisme, M. Maret avait un moyen bien simple ; c^était de dire : La révélation, dont je prouve la nécessité» n'est pas la révélation surnaturelle. Par ce seul mot, il mettait un abime entre lui et Baîus, puisque celui-ci croit que la nature ne peut que le mal, quand elle nagit potntsous l'impulsion de la grftce. Et ce mot, M. Maret était d'autant plus engagé à le dire oue, dans son livre, il ne prouve f en réalité, que la nécessité d'une assistance divine quelconque. Il aurait pu ensuite signaler, entre Balus et lui, une seconde différence, c'est qu'il ne dit ms la raison totalement impuissante sans le secours qu'il proclame nécessaire. Au lieu de cela, H. Maret commence |)ar reconnaître bénévolement qu'il est d'accord avec Balus quanti Ihsupematuralité du secours nécessaire à l'homme, et qu'il ne se sépare du docteur condamné qu en ne regardant pas comme absolue la nécessité de ce secours surnaturel. Nous nViveiis pas besoin de répéter que M. Maret se fait illusion quand il s'imagine avoir prouvé la nécessité morale d'une révélation aurfia/ure//«. Ajoutons que celte tbèso non-seulement n'est pas démontrée, ni démontrable » mais encore est radicalement fausse. Ce n'est pas l'erreur de Baius, soit; mais c'est une erreur nouvelle, à laquelle H. Maret regrettera un jour d'avoir attaché son nom. La révélation surnaturelle n'est pas même nécessaire moralement. Les tbéolo-
5ieNS> lorsqu'ils prouvent contre les incréules la nécessité morale d'une révélation, ool uniquement en vue (e secours divin en général. Selon leur déclaration unanime, le secours surnaturel proprement dit n'est nécessaire que dans rbj^potbèso de la destination de rnomme à la vision intuitive.
H. Ainsi» M. Marel supprime la première ditférenee qu'il pouvait établir entre Baïus et lui. Ajoutons qu'il dénature la seconde, la seule qu'il veuille mninteair. En etîet, Baïus soutient que Tiiomaie ne peut rien faire de bien sans la grâce. En quoi il se trompe doublement ; car Its secours^ nécessaire à l'bomme pour acconsplir le bien dans l'ordre naturel n'est point la grâce proprement dite, et de plus rbomme peut accomplir quelque bien dans cet ordre,, oiéme sans le secours qui lui est vraiment nécessaire. Au lieu de formuler nettement cette seconde vérité, qui le séparerait encore de Baius, M. Maret se contente de dire que la nécessité de la révélation siiroaiurelle n'est que morale. Nous voulons bien admettre qu'en parlant ainsi il a en Tue la nécessité restreinte que nous venona de signaler. H ne faut pas disputer sur lea mots. Nous disons seulement que par la nétesnté morale, il n'a pas indiqué assez cloireuieut
(40) Quelqu'un disait demièrenicnt Décessilé de >U lujie. »
Piir la niéiliodo de M. Harct, on pourrait démontrer U
ENSEIGNEMENT
SU
celte nécessité restreinte, car le secours divin n*est pas mAme moralement nécessaire poor on certain degré de connaissance naturelle, et il est plus que moralement nécessaire pour un autre degré. M. Maret dit, ï la page 10 de sa brochure : Ceux qui ne âhlinguent pot la néetsëité abiolue et meta* ph/siquêf de h nécessité morale^ peuvent re^ nsnter au titre de philosophes et de théologitns. Surtout gu ils s'abstiennent de donner aux autres des leçons de ces sciences. S'il nous est permis de compléter humblement cette sentence, nous ajouterons : Pour aroir droit au titre de philosophe et de théologien, il ne safBt pas de distinguer la nécessité absolue delà nécessité morale; il faut au moins dire ce que Ton entend par ces deux mots. On a employé dans des sens très-di- Tersies mots absoluf morale nécessité; il ne sofBt donc pan d'une expression pour trancher le déliai; il faut surtout s'expliquer.
Disons d*abord qu'on ne peut pas opposer la nécessité absolue h la nécessité bypothétiqoe. M. HareC lui-mAme appelle nécessité o6«a(iia (p. 20) celle sous rempire de laquelle la révélation serait due a la natnre humaine. Et cependant cette nécessité serait encore hypothétique, puisqu'elle suppose^ rait la création de l'homme, c'est-à-dire un actediyin non nécessaire. Et en eSét, une nécessité absolue peut également être hypothétique, ou 00 l'être pas. Si elle est hypothétique, les mots absolument nécessaire ne signifient pas : qui ne peut pas ne pas être : ils signiflent ; qui ne peut pas ne pas étre^ posé Fk^thèse. La nécessité absolue a encore d*antres sutMlivîsions , que nous expliquerons ailleurs. Mais que faut-il ententire par nécessité morale f Ayant d'aller plus loin, distinguons deux sortes de nécessités de la révélation, l'une qui regarde Dieu, Tanire qui regarde l'homme. Toutes les deux sont hypothétiques, mais différemment. La nécessité de la révélation, du côté de Dieu, suppose un bienfait précédent, qui demande son oompléoieni naturel. Du côté de l'homme, elle suppose on but k atteindre. La réyélalion est nécessaire k l'égard de Dieu, en tant que due h une destination accordée sratoitement k la créature; à l'égard de I homme, elle est nécessaire en tant que requise |)Our arriver k cette destination. 11 importe grandeoienl de ne pas passer, comme on le lait «oovent, d'un de ces deux aspects k l'autre, de ne pas confondre ce qui est dû. ayecce qui est recuis, et cela importe surtout quand on parle de néeesêité morale. En effet, du cété de fiiea, cette dénomination est sans objet. Dieu est libre de ne pas créer; il n'y a pour loi aucune nécessite, pas môme morale, de faire te monde; mais s'il tire l'homme du néant, il e^t nécessaire qu'il donne k Tbomme tout ce qui est dû k la nature humaine. Cette nécessité ne peutétredite morale; elle est pluléc absolue f posé V hypothèse de la création. L*homme étant ainsi créé, et ayant reçu tout ce qui est dû k sa nature, tout ce qui lui e^t nécessaire pour atteindre ses fins naturelles, li n'y a uour Dieu aucune nécessité, même
morale, de lui donner la perfection de la nature ; mais s'il le destine gratuitement k cette perfection naturelle, il est nécessaire qu'il lui donne le moyen dy arriyer; et cette nécessité est encore absolue, posé l'hypothèse de cette destination. L'homme étant ainsi destiné et conduit k sa perfection na* turelle, il n'y a pour Dieu aucune nécessité, même morale, de l'élever plus haut; maiSf s'il le destine k une tin surnaturelle, il lui doit les moyens d'y atteindre. Et cette nécessité n'a aucun caractère qui puisse la faire qualifier de morale: c'est une nécessité pure et simple, une nécessité absolue, posé I hypothèse de la fin surnaturelle, accordée
Sratuitement k l'homme. Nous ne yoyons onc, du côté de Dieu, aucune place pour la nécessité morale, k moins qu'on ne yeuille appeler ainsi la convenance. Si l'on repasse en esprit les degrés que nous yenons de parcourir, on yerra que partout il y a ou nécessité absolue, posé une hypothèse,
{m absence totale de nécessité. Du cété de 'homme, il n'en est pas ainsi. On comprend que l'homme poisse k la rigueur atteindre un but, quoique très-difficilement, et qu'alors un secours ne lui soit que moralement nécessaire. Tel est le sens qu'on donne généralement k la nécessité morale. Nous ne nons opposons pas k ce qu'on entende ces mots autrement, pourvu qu'on le dise. Mais nous tenons k établir qu'il n'y a pas d^inconvénient k appeler absolue la nécessité d'un secours oiyin quelconque (outre ceux qui sont dus k la nature), pour que l'homme puisse atteindre sa perfection naturelle. La chose est bien simple. Il est trèspermis de réseryer la nécessité morale pour ce que l'homme peut faire k la rigueur, quoique difficilement, par ses propres forces natives. Or atteindre la perfection naturelle, connaître toutes les yérités naturelles, est non-seulement difficile, mais impossible k l'homme laissé k lui-même. 11 pourra conquérir, plus ou moins facilement, chaque vérité en particulier, en connaître, si Ion yeut, un grand nombre ; mais embrasser la totalité, est regardé par les théologiens comme impossible k 1 homme* même ayec les secours surnaturels que nous avons aujourd'hui. A plus furfe raison est-ce impossible k l'homme actuel sans un secoursdiyin quelconque. Maintenant on peut imaginer un secours qui suffise k la rigueur pour atteindre ce but ; et un autre secours pourra être moralement nécessaire pour suppléer au premier. On peut dire encore qu'un se- C4>urs diyin est moralement nécessaire ppur o>nnatlre un grand nombre, un nombre suffisant de yérités naturelles, quoiqu'k la rigueur Thomme, privé d'un tel secours, puisse atteindre ce but. Mais on peut dire aussi que la nécessité d'un secours divin, pour obtenir la |.>erfectiou naturelle, est absolue, car cette nécessité absolue, loin d'être affirmée de toutes les yérités naturelles, est restreinte k cette perfection que l'homme seul ne petit atteindre.
En résumé, 1* Thomme peut connaître