‹ Dictionnaire du parallèle entre diverses doctrines philosophiques et religieuses, d'une part et la foi catholique de l'autreChapitre 31 sur 87 · SKI · texte numérisé non relu

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DICTIONNAmE DU PARALLELE.

que nous sommes, supprimait, en nous éclairant, le procédé discurslft admettons bénévolement que ce premier état n*eût pas été superflu, il n*en est pas moins vrai qu*après la métamorphose nous serions des élres tout différents. Au contraire, en nous mettant à même de croire les vérités naturelles. Dieu ne nous empêche pas d*en acquérir peu à peu, par le raisonnement, une connaissance plus claire; bien plus, il nous facilite ce développement de la faculté discursive. Il est donc évident qu*ttne illumination intérieure, manifestant les vérités religieuses naturelles, sans demander la foi, serait, non pas le complément, mais la destruction des Gond itions nati ves de notre raison, et qu'ainsi, une telle hypothèse, qu'elle soitou ne soit pas admissible en elle-même , est en dehors da

[problème qui nous occupe; car, étant posée *insulfisance d'une faculté, si l'on demande aiiel remède est nécessaire, on entend parler 'un remède qui fasse disparaître Tinsufflsance, sans faire disparaître la faculté. Si vous détruisez cette dernière, vous détruisez du même coup, c'est vrai , son insuffisance, de même que, si vous tuez un malade, il n'y a plus de maladie; mais vous sortez, par ce moyen, des données de la question à résoudre.

3* Cette raison nous conduit à une autre

!)lus rigoureuse encore, à quelque égard. Supposons en effet admis ce que nous venons de nier; supposons qu'une illuminalion intérieure, nous faisant connaître 'les v4rités religieuses naturelles sans demander la foi, puisse être appelée un remède à l'insuffisance de la faculté discursive, on reste bien en deçà du but k atteindre, dr tout ce qu'on peut conclure de cette concession momentanée, c'est qu'après l'illumination, la faculté insuffisante aura un complément; mais il est bien clair que, dans son premier état, l'homme manquera tout i fait de rernède, puisq^u'ii y a incompatibilité absolue antre cette illumination et ce premier état, t'une étant la destruction de I autre. Or, il ^'agit précisément de trouver un remède qui W nous manaue jamais, et qui par là même ^it compatible avec les facultés insuffisantes qui le rendent nécessaire. Telle est, noua lavons vu, la foi, qui, ne supprimant pas le développement rationnel , le facilitant même, peut le devancer sans tirer l'homme hors de sa nature, tandis que l'autre moyen doit nécessairement noua laisser seuls «vec notre faiblesse un temps quelconque, puisqu'on ne peut le supposer donné à l'origine, sans prétendre que l'homme n'a pas été créé avec des facultés insuffisantes*

fc"£ntin, il est une dernière raison qui suffit pleinement sans les autres, et qui se tire du fait. Quand on dit que l'impuissance de l'houime rend nécessaire une révélation

Î)erjnQdum /Sdeî, c'est comme si l'on disait : ^tant donnée la nature humaine, telle que nous la connaissons, la raison ne connaîtra pas suffisamment Dieu si elle n'a uas le moyen de croire en lui ; car la voie d^ raisonnement est trop longue, trop |>eu à la

portée du grand nombre, et trop inférieure en certitude. Donr,fn parlant ainsi on sap-

1>ose que Dieu laisse la nature humaine dans es conditions discursives où nous savons que, de fait, il l'a mise. On reconnaît implicitement que Dieu pourrait changer ces cod« ditions,et qu'alors, nos besoins n'étant plus les mêmes, on ne pourrait plus en conclure la nécessité de croire les vérités naturelles; mais on prend pour point de départ ce fait, facile à constater, que Dieu ne donne pas k la raison, quoiqu'il eût pu le iSsire s'il l'eût voulu, cette illumination qui, accompagnée d'évidence, n'exigerait point la foi. On pose en principe que Dieu veut remédier à notre impuissance par des moyens qui ne détruisent point la loi primordiale du développement de la raison. En deui mots, quand saint Thomas affirme que les conditions imparfaites de notre raison rendent nécessaire une révélation per modum Mdei , c'est comme s'il disait : Dieu, ne nous (lonnant point, par une illumination intérieure, la connaissance raisonnée des vérités religieuses naturelles, nous avons besoin qu'il nous les propose à croire. Par consé(iuent, la possibilité de cette illumination intérieure et accompagnée d'évidence» n'est nullement opposée à la thèse de saint Thomas sur la nécessité de la foi.

Donc il est certain que saint Thomas affirme au moins la nécessité d'une révélation surnaturelle quant au mode, c'est-è-dire, miraculeuse; car, même pour croire d'une foi naturelle une vérité sur le témoignage de Dieu, il faut une preuve que Dieu a parlé. Hais la pensée du saint docteur ne s'etendelle pas plus loin, et ne va-l-il pas jusqu'à dire nécessaire la révélation chrétienne? Sur quoi pourra-t-on se baser pour mettre en avant: une telle prétention? Sera-ce sur les mots per modum jtdei, interprétés dans le sens d'une foi surnaturelle? Maisd'abord, iût-tlici question de la foi surnaturelle, on n'en pourrait conclure qu'il s'agit également d'une révélation surnaturelle dans son ot>jet, car on peut croire l'immortalité de l'flme d'une foi surnaturelle. £t ensuite les termes dont se sert saint Thomas n'indiquent pas autre chose que la foi en général, s appuiera- t-on sur les mots non frustra^ saluointer^ eonventen/er, pour en conclure que saint Thomas parle de la révélation telle qu*elle a eu lieu? Ces mots, il est vrai, exprimant simplement une idée d'utilité, pourraient, s'ils étaient seuls, s'appliquer k la révélation chrétienne; mais ils n en prouveraient pas la nécessité, même morale; et do plus, ils pourraient encore, vu leur vague, être appliqués à unn révélation quelconque; mais, dans le fait, ces adverbes ne sont pas seuls; ils sont accompagnés d'autres formules plus claires, oportutif neeesiarium fuit, qui les déterminent et les expliquent. Et la question présente est précisément de savoir si les mots oportuUf neeessarium fuii peuvent s'appli* quer k la révélation cniétienne. Alléguerat-on enfin le mot $upernaiuraii prononcé par saint Thomas? mais ce mol ne prouve pas qu'il s'as^isse d'autre chose que d'une révé«

ENSEIGNEMENT

lation fiuriialurelle quant au aiuda. Nui mol if donc pour prétendre quMI s*agit ici de la révélation chrétienne. Et cependant le;s motifs que nouâ avons donnés plus haut en faveur Je Topinion contraire, gardent leur force. Dire que saint Thomas a voulu démontrer la nécessité de la révélation cbrétienoe, c'est dire qu'il a échoué dans sa tentative, puisaue les raisons qu'il donne eussent été valaoles, de point en point, dans Tétai de

Eure nature, et ne prouvent réellement que i nécessité d*uDe révélation positive quelconque.

XXl. Appendice.

GomHie nous l*aroiis dit, le but de cet ouvrage n'est pas de démontrer la nécessité (i*ua enseignement pour le développement de l'intelligence. Cependant comme nous avons cité* en faveur de cotte opinion, dans notre Euai philoêopkiquef un certain nomr bre de faits, nous croyons utile de ^apporter Je suivant^ que nous empruntons à un article du major Fridolin, publié dans la Reeue des JDeux*Mond£$ du 15 mars 1857.

« Un voyageur anglais, qui visita la ménagerie du rpi d*dude il y a quelques années, raconte avoir vn, dans une loge voisine des tigres, un mammifère du genus homo^ ou tout an moins quelque chose de fort approchant, que le gardien lui présenta sous le nom dejunglee ke admet (rfiomme sauvage), bipède qui faisait, depuis plusieurs années, l*ttn des plus beaux ornements de la ménagerie, et dont les habitudes ne se distinguaient en rien de ses coi^frèras à quatre pattes. Muet comme la hyène de la loge mitoyenne, il ne manquait pas, à l'instar du ligre son voisin de droite, de faire régulièrement la sieste après son repas de viande crue. Ce citoyen de la république des bois,

3ui en vaut bien un autre, avait été trouvé ans un antre k loups, situé au plus profond d*une forêt frontière des royaumes d'Oude et de Népaul. Les loups, qui abondent en ces contrées, enlèvent souvent des enfants dans les riliagbs, et le petit csptif ne succombe pas toujours sous la dent de son ravisseur. Il est nombre d'exemples d'enfants élevés par une louve au milieu d*une portée de louveteaux, dont ils ont pris, pauvre humanilét toutes les habitudes 1 Un officier du service de la Compa^ie me racontait, au sujet de ces Romulus indiens, i'hiatoire suivante, que je livrerai au lecteur sans commentaires.

« Dans le village de Chuproh^ eitui à Fesi defSuUanpore^ vivaient un komme^ sa femme^ et leur enfant âgé de trois ans. En mars iSkS^ la famille sortit un matin f^our aller vaquer aux travaux des champs. L enfant avaii alors au genou droit une large cicatrice^ provenant d'une brûlure quH s était faite en tombant dans le feu quelques mois auparavani. Pen^ dani que ses parents travaillaient la terre ^ l'enfant se roulait sur l'herbe à quelque dis* tance^ lorsipsun loup bondit sur lui de la jungle voisine^ U saisit par Us reins^ et /'emporta au galop , malgré les cris et les pour^ suites du père et de la mire. Des recherches

DiCTiONN. mi Parallèlk.

faites le lendemain et les jours suivants, sous la dirvciion du père, par ses amis et ses voi^ sins, furent sans résultats et Von dut renon^ cer à toute espérance de trouver vestige de V enfant enlevé.

K Six ans s'étaient écoulés sans que la mêret qui avait perdu son mari dans linter^ valht eût entendu parler de son enfant. L'on était alors au nwis de février 1849. Deux cypayes^ venus en congé à la ville de Singra^ mota, peu distante de Chuprah, quittèrent un beau matin leur domicile pour aller se pro^ mener sur les bords de la petite rivière qui traverse la ville. Assis aux bords de l'eau^ ils savouraient la brise du matin^ lorsqu'ils virent^ à leur grand étonnement^ trois petits loups en compagnie d'unjeusie garçon^ qui^ sortis prudemment de lajungte^ s'aivançaieni vers la rivière^ où ils commencèrent à étan^ cher leur soif. Les cipayes, remis de leur pre^ mière stupeur, se lancèrent à la poursuite de la petite troupe^ et parvinrent à saisir Venfant au moment où il s'introduisait dans un antr0 où les trois louveteaux favaient pré^ cédé. Il tentfi d'abord de se défendre à eaupe de dents contre ses capteurs; mais ces der" niers f amarrèrent solidement et l'amenèrent à leur Ipgis^ oû^ pendant vingt jours, ils le nourrirent de viande crue et de gibier. Trouvant alors les frais de table de leur hôte trop élevés^ ils se décidèrent à le conduire.au èa- Mr de Kholepoor^ où des personnes chupri' tables avaient promis de se charger de son entretien.

tr Un eultivaàeur de Ckuprah. qui vii le jeune aarçon au bazar ^ raconta, à eon retour dans te viUage^ Us détails de la capture des deux cipayes^ et l'histoire arriva ainsi jusqu'à la veuve. Cette dernière ne perdit point de temps pour se rendre au bazar, et la re* connut sur le corps du jeune aarçon, nonseulement la cicatrice au genou aroit, et celle des dents de la louve sur les reisiSf mais en^ core un signe à la cuisse^ avec lequel s<fn fils était venu au monde. Convaincue de C identité de la pauvre créature^ eUe le ramena en>ec elle au village^ où tous les voisins n'hésitèrent pas à le reconnaître pour son fils. Pendant plusieurs mois, la mère chercha par des soins assidus à ramener Venfant à des habitudes humaines; mais ses efforts ws furent eou" ronnés d aucun succès, si bien aue. dégoûtée^ elle se décida à l'abandonner à la charité pu^ blique. Venfant fut alors recueilli par les domestiques de Vofficier qui me racontait cette étrange histoire, et eeux-ei le traitaient comme ils eussent pu traiter un chien mat apprivoisé. Il vécut ainsi environ un an. Son corps exhalait une odeur saus>age fort désagréable; ses coudes et ses genoux étaient endurcis comme de la coma, aaiu doute par r habitude .de marcher à qisatre pattes quit avait contractée au milieu des lowoeteaux ses compagnons d'enfance. Toutes les nuits il se rewdait dans les jungles voisims , et ne masiquait jamais de prendre sa part des ehsh rognes quil pouvait rencontrer sur son ehe* min. Il marchait généralement sur ses deuss jambes, mais prenait sa nourriture à quatre

DICTIONNAïaE DU PAKALLELE.

paties en compagnie (f un chien paria avec lequel il enlulenail des relalions dinlimité. Jamais on ne le vil rire ou on ne Venlendil parier. Il mourul presque subiiemenl après avoir avoir avalé une grande quantité d*eau, »

On trouvera un plus grand nombre de ces faits, ainsi que des développements fort in* 4éressants sur les rapports de Tidée et du mol, dans un ouvrage que vient de nublier M. Jehan, sous le titre d'Essai sur le dévedoppement de l'intelligence humaine^ examen critique des systèmes^ M. Bonald et ses ad- ^ersaires: 1 vol in-i2 de 400 p. Paris 1858, chez .Adrien Leclère. Le Dictionnaire de lin-* guistique du même auteur peut d'ailleurs soutenir la comparaison avec ses diction* naires de cosnoogonie et d*apoIogétique, où il a su renfermer tant de notions utiles.

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