ÉTABLISSEMENT DU CHRISTIANISME
— Dom Guéranger a exuosé dans VUnivers ^es réserves avec lesquelles doit être loué le beau livre de H. de Broglie, intitulé : UEglise et C empire romain au iv* siècle. Dans Tes numéros du 19 octobre 1856 et du 4 novembre, il prouve que M. de Broglie s'est laissé aller à des concessions excessives envers les philosophes modernes, dans i appréciation ces causes qui ont favorisé la propagation du christianisme. Dans le numéro du 16 novembre, il s'exprime ainsi :
« M. de Broglie... est allé au-devant d'une objection que les philosophes ne peuvent manquer de lui adresser. — Les apôtres, selon votre pensée, lui diront-ils, se sont présentés au monde avec un système complet de doctrine. Où ont-ils pris cette synihèse? Il est de fait que l'on ne trouve pas d'enseignement didactique dans TEvangile.
— M. de Broglie commence par convenir, qu'il est difficile de déterminer d'après TEvangile h quel moment Tensemble du dogme chrétien fut connu des a|>ôtres, sous une l'orme raisonnée. 11 ajoute par conjecture,
2ue sans doute ils auront reçu plus tard du brist des instructions plus détaillées sur ^'enchaînement des vérités chrétiennes. En-
^ûn il se rassure en disant que dans la suite même des faits évangéligues tout le dogme
. chrétien était déjà impliciiement contenu. M Pour nous autres Catholiques, ce genre de questions n'offre aucune d]<Dculté; nous savons h quoi nous en tenir sur le mode •d'instruction divine qu'ont reçu les apôtres, «nais je crains que le philosophe auquel e'adresse M. de Broglie ne se refuse à admettre la conjecture selon laquelle le Christ aurait dispensé aux apôtres un enseignement synthétique dont l'Evangile ne poite pas la trace. Le disciple de Ja raison est dans le cas de dire à M. de Broglie : J'admets, si vous voulez, les £v«ngiles comme d'authentiques documents de -l'histoire et des discours du Christ; mais la doctrine s'y présente tellement entrecoupée, que je n'y reconnais pas évidemment le «ystème coordonné et harmonieux que les apôtres et leurs successeurs ont prêché. Je suis donc réduit h admettre que la pensée humaine a travaillé sur les données que
présentaient les enseignements du Christ. « Je crois que M. de Broglie aurait quel* que peine è répondre h cette fin de non-reçevoir. Pourquoi? parce qu'il s'est livré k son adversaire en lui accordant qu'il ost difficile de déterminer à quel moment l'ensemble du dogme chrétien fut connu, même des apôtres, sous une forme rais>onnée. Uien n'est pourtant moins difficile à déterminer. L'ensemble de la doctrine du christianisme fut connu des apôtres par l'effusion de Tes- )rit-Saint sur eux, le ^our de la Pentecôte; , usque-là ils comprenaient peu, ils oubliaient es enseignements de leur Mattre ; c'est pour cela qu'il leur avait dit : Je prierai mon Père^ et il vous donnera un Paraclet^ l Esprit de vérité qui demeurera avec vous toujours. Cet Esprit-Saint^ Paraclet que mon Père ftiverra en mon nom^ vous enseignera toutn choses^ et vous suggérera tout ce que je vous aurai dit. [Joan. xiv, 16, 17, 26.)
« La mission du Saint-Esprit, sans laquelle d'ailleurs il est impossible d'expli- 3uer rationnellement le rôle des apôtres ans l'histoire de ces Galiléens sans lettres, qui ont changé la face du monde ; la mission du Saint-Esprit, dis-je, est aussi essentielle à la notion du christianisme que l'incarnation du Verbe. Ces deux faits divins sont indissolublement enchaînés l'nn à l'autre. Lors môme que les théories de M. de Broglie sur les convenances rationnelles du mystère de l'Incarnation dans l'histoire de l'humanité seraient acceptables, resterait k bâtir une nouvelle théorie pour montrer comment la mission du Veroe ne suffisait pas è elle seule pour fonder le christianisme, comment il était nécessaire que la troisième personne de la divine Trinité descendit pour donner aux apôtres l'intelligence de la doctrine de leur Maître, pour demeurer désormais avec les hommes et prendre la direction de l'Eçlise.
« Le philosophe de M. de Broglie trouvera» sans doute, cette double mission divine un peu mystique; mais qu'y faire?
C*est le christianisme. Le christianisme est un ensemble de faits divins dont ressort une doctrine, et la doctrine tout entière procédant des faits, il suit que la démonstraiion chrétienne est, de sa nature, une démonstraiion de faits. En cette matière, les théories philosophiques ne vont pas loin; et, quand on en veut essaver quelqu'une, il importe de s'assurer si elle ne contreditpas les faits qui doivent, avant tout, être considérés, dès qu'il s'agit de révélation divine. «
Dom Guéranger relève ensuite toutes les inexactitudes ou est tombé M. de Broglie h propos de saint Pierre. « Plus d'un lecteur de M. de Broglie, » dit-il, « pourrait induire de ses expressions que dans toutes les circonstances où saint Pierre prend la parole, il le fait au nom des apôtres; rien cependant n'est plus contraire à la vérité de l'histoire... Il ne faut pas voir dans ces ei^conslance^ l'exercice d'une délégation.... Lors de la définition du dogme de l'Immaculée Conce{>tion, n'avons-nous pas lu daas cent liro-
tlAUUbbtMhrsi Dh CIIRISTIANISMET.
cbureSf que le Pape avait prononcé la ilécisioQ au nom de l*Eglise, qu'il avait été en cela Torgane de TEglisef Cependant, en pressant ces eiprossions» que trouverait-on? L*idée hétérodoxe que le Pape est le représentant de TEglise; que TEglise, adt, parle, enseigne par lui ; en un mot, qu'il est chef ministériel de TEglise. Or cette proposition est formellement notée d'hérésie dans la balle Auetorem fidei.... C'est à l'Eglise universelle à recevoir de lui l'enseignement, et non pas à se servir de lut comme d'un instrumenl k prononcer les décisions qu'elle aurait préparées. »
Dom Guéranger fait voir que M. de Brogiie se trompe en présentant saint Pierre comme plus opposé que saint Paul h Tintrodoction des gentils dans l'Eglise. Si saint Pierre garde Ta distinction des viandes pour ne uas blesser l'Eglise d'Antioche, saint Paul circoncit Timolnée par le même motif de zèle. Pais le savant Bénédictin réfute ainsi an dernier aperçu, emprunté par M. de Broglie k un écrivain protestant: « On comprend aisément qu'un auteur protestant, qui n'admet (*ts la continuation du pouvoir monarchiqae de saint Pierre dans la succession des évéques de Rome, ait eu besoin de s'adresser è saint Jean, dernier survivant du collège apostolique, pour avoir raison da complet établissement hiérarchiaue de l'Eglise. Nous, Catholiques, nous néprou-^ voos pas le même besoin. D*abord, nous D'admettODS fias que saint Pierre ait été enlevé k TEglise avant que tous] les fondements en fussent solidement affermis ( paroles de H. de Broglie). En second lieu, Doos ne croyons pas que le gouvernement de l'Eglise universelle , après le martyre de saint Pierre, ait été dévolu à saint Jean. Les clefs de saint Pierre, selon notre foi, ont passéft saint Lin, puis k saint Clet, puisa saint Clément. Saint Jean vivait encore lors des troubles de TEizlise de Corinthe; ce ne fut pas à lai, mais bien à saint Clément que recourut cette Eglise , pour trouver le remède kses agitations. Si donc il eût été nécessaire de (lourvoir d'une manière générale aux besoins hiérarchiques de l'Eglise après Ja nort de|saint Pierre, lés ordres seraient parus de Rome et non d'Ephèse.»
M. l'abbé David a publié , dans VAmi de h religion, sur le livre de M. de Broglie, trois articles remarquables, où il trouve sévères à Feicès les critiques dirigées contre ea livre, par dom Guéranger. Il a cité ce passage de H. de Broglie : Tout^ dans fêtabassement de PEglise , n'est pas également ^ystérieuXf eurhumain^ inexplicable. ,,Pros^ ttrnés dans un sentiment louable d^admira- <ioa, les écrivains chrétiens insistent^ non Mai raison^ sur le miracle. Sans contester la bf^uié ni la justesse partielle de ce point de ^ue, nout regretterions de nous y placer ex^ ('«itremfiu. Ce serait négliger un des carac^ l^es principaux de la relifjion, je veux dire <oii accord avec les conditions de la nature kmaifié. M. David ajoute : « Pour moi« je ferai ici un léger reproche è,M. de Broglie,
c*est de paraître regarderun peu trop comme nouveau un point de vue que les Pères, notamment saint Augustin, ont souvent développé. Qu*a fait Tertullien, dans son livre De testimonio animœ^ sinon de dévoiler l'harmonie du christianisme avec les instincts, les besoins, les cris involontaires de l'flme? Magnifique sujet, que ce grand homme n'a pu qu'effleurer en quelques pages 1 Mais pour ce point de vue en lui-même, le blâmer ou le nier nous parait exorbitant. Pourt/«nt la simplicité avec laquelle M. de Broglie a émis ces assertions^ que cent autres ont émises avant lui, confond le R. P. abbé de Solesmes. Il le déclare solennellement : Hors du fait de Vanité de l'Empire, oui facilitait /*unite religieuse f « tout » était obstacle à la conversion du monde. Quoi Uoii^abso]ument?La raison n'insinuaitaui esprits éclairés aucune idée.favorable à l'Evangile? Le cœur d'uncertain nombre n'était pas remué par les beautés célestes de sa morale? Ses espérances ne disaient rien aux malheureux ?sa charité fraternelle aux esclaves? Alors la nature humaine n'est pas faite pour le christianisme, ou bien le péché primitif, au lieu de la dépraver, a tout détruit en elle, puisqu'il n'y a plus aucun accord entre l'un et Tautre.... Dn autre passase du Révérend Père va compléter sa pensée : Si l'on demande pourquoi les progris du christianisme sont si lents parmi les infidèles de nos jours j la raison en est facile à donner. Dieu^ dans sa justice impénétrable , leur refuse les Moyens surnaturels qu'il prodigua aux sujets de Vempire romain , et qui seuls assurèrent la victoire de son Eglise, les miracles et la sura-bondance des martyrs. Quoi ! les miraclesanciens, livrés par des témoins irrécusables» les preuves immortelles du christianisme , accommodées à tous les esprits, ne suffisent pas même ! Les mouvements Intérieurs de la grAce, aidés de la parole divine, sont euxmêmes impuissants? Il faut absolument dos miracles qui frappent les yeux hic et nunc^ ei un sang chrétien surabondant, qui arrose chaque jour les contrées infidèles! Que reprochons-nous donc aux idolAtres qui repoussent nos prédicateurs , et à nos incrédules eux-mêmes? Dieu leur refuse les miracles et la surabondance des martyrs^ qui seuls assurent la victoire de son Eglise. Alors tout missionnaire qui n'est pas un thauma* turge fera bien de rester chez soi. Ici le sur^ naturel est exagéré au point d'exciter la sur*> prise. »
Ce que dit ici M. David prouve qu'aujourd'hui la conversion est possible aux idolAtres évangélisés, et surtout à ftos incrédules qui sont dans un cas tout différent. Mais il doit reconnaître que, malgré les harmonies de la nature et de la religion, malgré les preuves basées sur les miracles anciens, les infidèles se montrent généralement insensibles è la parole évangéliaue. C*est là un fait. Or, cela prouve combien les harmonies de la religion avec la nature, destituées qu'elles étaient de Vappui de miracles anciens, eussent été impuis-
jsanles auprès des Romains, sans des miracles visibles. La Revue de i)ub/tn a exprimé notre
Sensée sur cette controverse, en dtsant que [. déBrogliéetdomGuérangeravaientdéveloppé chacun un des points de vue dont la réunion donne une idée complète de Tétablissemeùl du christianisme. Seulomeni nous croyons que le point de vue surnaturel est |ti le principal. Surtout nous regrettons les mots j de justesse partielle dont s'est servi M. de ' ^roglie, car chacun des deux points de vue dont nous venons de parlera réellement une .justesse complète • puisque nul d*entre eux n'exclut l'autre. Pour que l'un des deux eût !aï\% justesse fartielle^ il faudrait que, considéré en lui-même et dans sa sphère» il manquât d'eiactitude. M.deBroglie a voulu dire» nous le savons, que chacun de ces points de vue doit être complété par l'autre; aussi bien» n^atiaquons-nous que Texpression dont il se sert, el^ laquelie» vu Tambiguïté qu'elle présente» pour ne rien dire de plus» nous ne pouvons recôntiattre une/ustesse totale.
Dans un dernier article (21 mai 1857}»
M.David formule lui-même quelques crin* ques sur l'ouvrage de M. de Bio^lie. Nous en extrayons ce qui suit: « J*ai déjà loué le style de M. de Broglie. Sa phrase est nette, ferme» accentuée» elle marche au but» ornée sans être ambitieuse. Jetez-y tin peu plus de mouvement et de variété ; joignez-y quelque chose de cette libre allure des maîtres» qui ressemble è du laisser-aller , et qui est le suprême effort de l'art» et vous aurez un grand écrivain. Aujourd'hui nous sommes trop auteurs, pas assez hommes.
Dans nos plus grands prosateurs» comme dans nos poètes» on sent le cherché et le voulu; le naturel lui-même est laborieux. Nous n'osons pas être simples ; nous ne savons pas, comme Pascal, Bossuet , Saint* iSimon » jeter le mot familier qui repousse l'idée, pour me servir d'un terme de peinture. La régularité de notre marche produit tantôt la monotonie» tantôt la roideur. » Jd. David reproche ensuite à M. de Broglie quelques inexactitudes d'expression» et lui conseille d'étudier Thomassin, Pelau, Suarez, saintThomas : « La théologie est jalouse. Elle connaît les siens et leur obéit; elle résiste ou se dérobe dès qu'elle sent une maia tant soit ueu hésitante. C'est jusqu'au scrupule qu'elle porte la délicatesse. L'idée fût* elle vraie, le mol la blesse, s'il n'a pas la propriété absolue. Les habitudes même du langai^e sont tellement impérieuses» en certains cas» qu'il est toujours s.ige de ne pas s'en écarter. Ceux qui s'en étonneraient ignorent TinQuence de la parole sur l'idée.» M. David pense ensuite que M. de Broglie aurait pu consacrer au triomphe de l'Eglise» à Tarianisme , au concile de Nicée » à la fondation de Conslantinopile, Quelques aperçus philosophiques semblables à son appréciation tinale sur Constantin. Il cite ce passage de M. de Broglie sur le concile de Nivée : « Tous étaient étonnés de la nouveauté <lu sr>ectacle. Depuis plus de trois siècles,
pas une assemblée libre ne s'était réutiie ^w un point de l'empire, pas une voix de \a conscience ne s'était fait entendre dans le silence du pouvoir absolu » troublé seulement par les panégyriques fastidieux des rhéteurs, ou par les gémissements des victimes. Pour la première fois, de mémoire de tant de générations, on allait voir une réunion de gens de bien » pleins du sentiment de leur dignité personnelle, forts de leur indépendance» accourir auprès du maître du monde» non pour le flatter ou le trahir» mais^our délibérer sous ses yeux sans contrainte. » M. David ajoute . « Cela est bien de style. Mais comme Tidée est audessous de la réalité 1 Le premier concile (général était un de ces faits merveilleux que jamais le passé n'avaitcontemplés. Supposez une des réunions des plus célèbres philosophes de l'antiquité» venant délibérer sur la nature divine. Quelle impossibilité 1 C*eût été la lutte insensée de tous les syslèmes.Ja mêlée la plus étrange des idées. Qu'en fût*il sorti? Le doute et le chaos? Transportez, au contraire., par un jeu de l'esnrit, Platon au concile de Nicée, au milieu ae ces vénérables évêques, les uns mutilés par le martyre» les autres blanchie dans la pratique de vertus que l'antiquité eût regardées comme impossibles h la naturel Quelle sera la surprise 6t Tadmiraiion du prince d^s sages! Ces hommes» qui portent sur le Iront le caractère sacré imprimée leur ânie, ils ne viennent pas raconter de beaux r6ve&, faire assaut d'arguments et de subtilités; ils ne se demandent pas entre eux : Qu'est-ce que Dieu? qu'est-ce que l'homme? qu'est-ce que la vie? qu'est-ce que le devoir? Ils croient, c'est-à-dire ils possèdent la vérité , la vérité complète, vivante, immortelle. Chacun se lève à son tour» et» d'une voix émue, dit : Voilà la parole de Dieul Ce mot, sorti du cœur et dea lèvres de trois cent dix-huit témoins, venus des extrémités de l'univers, suffit; l'erreur est vaincue; Je genre bumain » troublé par les sophisoies d'un im* pie, se rassure; les Pères 3e dispersent, emportant intact le témoignage^ et» jusqu'au dernier jour, le monde redira leur parole» et s'écriera après eux, en glorifiant le Christ Maître et Sauveur: Je crois au Fils consubslantiel au Père 1 Je demande si Platon ii*eût
S^as compris que son vague désir étail salisàit» que la terre avait enfin reçu l'envoyé d'en haut ; et s'il n'eût pas dit : Dieu a visité le monde... En lisant la réflexion de M. de Broglie , la grandeur de Nicée s'est amoindrie, et, qu'il me le pardonne , j'ai songé sans le vouloir à l'ouverture dé U Chambre des députés. La liberté môme» cette grande chose, dont les esprits faibles sont seuls à se railler, est petite en ce momeot, et si Constantin y paraît avec quelque majesté , c e.^t parce qu il baise les cicatrices des vieux confesseurs , et que le maître du monde est le premier à proclamer son obéissance. U est vrai que M. de Broglie me dira : Accordez-vous avec mes autres censeurs : ils me reprochent d'avoir trop usé de la raison ;
SCI
ETHNOGRAPHIE
im
foos me reprochez de nefaroir pas assez consuUée. Ces deux griefs se délruisent, et je reste ce que je suis.-— Peut-être, eneffet,mon ot)iervation n'cst-eHe que le reflet de mes
firéoccupationsetde mes goûts personnels, e la lui soumets. Pour moi» je ne puis m'empécherde trouver que nous sommes on peu pauvres eu philosophie, malgré d'illustres maîtres qui se taisent trop, et au risque de provoquer le sourire de quelque surnaturaliste plein de pitié, je crois que par elle 00 peut faire un grand bien à beaucoup (liâmes égarées. Due des grandeurs que Dieu réserve peut-être à notre siècle, ce sera de lui susciter une de ces vastes inteiii^ences qui savent unir le fait à Tidée , et fiire servir au service de l'Eglise les rayons cli5séminés des lumières modernes. »
M. Tabbé Majnard, dans la Bibliographie catholique de novembre 1867 trouve comme dom Guéranser que M. de BrogJie exagère la part de rélément naturel dans la conversioodu momie: «On ne parle pas d'abord raison à des fous, mais ou commence par guérir leur folie; c'est ce que Dieu flt par ta crois... Revenu par elle ii la raison, le monde comprend qu'il- ne pouvait v être ramené que par elle, et il admire le plan divin de la rédemption. Il comprend encore la suite des préparations providentielles du mystère à travers quatre mille ans, le rapport des vérités partielles, oui surnageaient dans le grand déluge de 1 erreur, êvec la vérité com|>)ète, qui est Jésus-Christ, l'harmonie duchrisliaoisineavecJanature elles besoins de l'homme et de la société : mais cela seulement lorsqu'il est guéri parle miracle de la sagesse et de la force divines* El c'est là rillusion et te bux raisonnement de M. de firoglie; il prend reffèt pour la cause, en présentant ces vastes aperçus, fruit de la conversion du monde» pour le principe de cette conversion. Qu'on leà mette aujourd'hui sous les yeux des philosophes, qui, nés au sein de la lu* mière chrétienne k laquelle ils ferment vaiaement les yeux, sont capables de les comprendre, à la l)onne heure : ils admireront •lors le christianisme, et l'admiration les conduira, peut-être h la confession de sa di- Tiuité; mais qu'on ne les leur donne pas comme une explication de sa victoire, car on risquerait de favoriser Tidée la plus dangereuse peot-èire du rationalisme moderne, qui consiste, avons-nous dit, à ne voir dans le christianisme que le produit du travail des iiècles.» — Jlya certainement quelque chose de vrai dans cette observation, il ne faut pas oublier cependant que les harmonies entre Li nature et la religion ont pu influer avant d'être aperçues, et qu'elles ont contribué en effa à la conversion du monde, moins tou- Wfois que ne le pense M. de Broglie.
U. Haynard termine ainsi son article :
« El atînlenant il nous serait doux, si déjà notre marche n'avait été si longue, de nous mettre à la suite de M. de Broglie pour parcourir avec lui le règne de Constantin... Chemin taisant, nous nous arrêterions émerveillés detaiii des aperçus pleins de grandeur^
bien 'qu'incomplets quelquefois; ainsi en expliquant l'importance de la queretle arienne, M. de Broglie n'a pas assez montré qu'il s'agissait, du premier coup^ du christianisme tout entier, et en donnant les motifs qui portèrent Constantin à changer la capitale oe rempjre, il a oublié cet instinct plus ou moins réfléchi qui lui faisait comprendre que Rome avait déjà son véritable souverain, et qu'elle ne pouvait souffrir deux maîtres. Du reste le chapitre de la fondation de Constantinopleestle plus admirable peut-être d'étude et de science, de philosophie et d*éloquence. La philosophie apparaît surtout dans l'appréciation du véritable rOle de Constantinople, qui a été de conserver les restes de la civilisation romaine pendant les âges de barbarie, et l'éloquence dans ce magniOque nariallèle de l'avenir de Rome et de celui de Constanlinopie, que nous regrettons vivement de ne pouvoir citer. L'éloquence, l'émotion, quoique parfoistrop contenues, la beauté, quoiqu'un peu monotone, du style, voili encore un cbarmede celte lecture. La froideur, qui de temp» en temps s'y fait sentir, vient peut-être da
r^eu de sympathie de l'auteur (chose singuière !) pour son héros. Evidemment M. de- Broglie n'aime pas Constantin, et il ne tieni pas a lui que noiis ne trouvions la scène plus grande que l'acteur. Malgré lui, son livre tourne ce] lendant à la gloire du fondateur de l'empire chrétien, et la postérité, qui l'a
Elacé depuis longtemps parmi les granda ommes, n'a point k abjurer son culte. Ce que nous disons de Constantin, dont il n& laut pourtant pas méconnaître les erreurs, peut-être les crimes, nous pouvons le dire avec moins d'embarras encore du livre
3 ni le raconte. Ce livre a des erreurs et des éfauts aussi; mais en somme il est beau et: grand ; et moins sensible que d'autres aux dangers qu'il pourrait présenter, nous nc^ voulons pas, en terminant, retenir inexprimée l'admiration générale qn'il nous inspire. »
ETHNOGRAPHIE. --Mie baron d'Eckstein a publié dans le Correspondant du 2Si juin 18a5, un lon^ article intitulé : Des élé" mentt de la vie sociale et politique qui se rencontrent dans la tribu pastorale. Nous allons^ résumer la partie de cet article,, qui se rapporte k l'ethnographie, et qui en même temps, touche par plus d*uu point, comme on lo verra, è l'histoire des religions. Nous nous servirons, autant que possible, des paroles mêmes de Tauteur.
Une école des bois forme la plus ancienne famille spirituelle du monde ; la sagesse du vieux temps empruntait, à son séjour de la forêt, le type de l'arfrre, double symbole de l'univers tt de l'espèce humaine; la famille des bois s'attache h la nature et forme des systèmes cosmogoniques. Dans la cité on voit une autre écoie«ctenrt/l^eet industrielle^ dont il y a trace parmi les corporations d'où* vriers qui ont eu toutes une origine hiératique et sacerdotale. Elle élaguait les bran^ chus de Varbre mythique, rendait ainsi att&.
bomi.ies la vue du ciel, et abattait le tronc pour les besoins de la science et de l'industrie.
Quant aux éléments de la vie sociale on ne les ti gnve qne chez les jiasteurs. Quand le nid de t'oiseau humain n est plus fatalement attaché k Tarbre de la forêt, quand Taigle a pris son vol dans la tribu, il faut la pefmanence d*un centre, Tonité du patriarche pour que les résidences aUernati?es n*aient pas pour suite la dispersion. En re stage de son existence, la société humaine se compare à un troupeau qui a besoin d'un pasteur.
Essayons de classer les races pastorales. Tandis que le principe agricole delà civilisation chinoise se déploie sur le cours supérieur du HoanghOf les races touraniennes (turcs, mongoISf finnois, tongouses) appelées Scythes par les Grecs, Gog et Magog par l'Ecriture, s'étendent autour de 1* Altaï. Les Chinois et lesThibétainsseuIssontantérieurs aux races du Touran. Celles-ci, malgré leur parenté, offrent de grandes différences. Les Turcs et les Mongols, étant constitués en armée, ont ioué un grand rôle historique. Ils ont pesé ae tout temps sur les destinées de la Chine, de l'Inde, de la Perse, de l'Assyrie, de la Babylonip, de l'Europe orientale. Les Scythes et les Huns, les Turcs et les Mongols ont constamment levé la dîme du sang sur l'espèce humaine. 11 y a cependant un caractère commun h tontes les races pastorales de la haute Asie ; elles portent toutes le cachet d'une humanité primitive. Malçrâ la mobilité de leurs coursiers, maigre l'éclair de leurs actions, les traits de leur physionomie religieuse et sociale restent impassibles. Il y a là quelque chose d'incorrect, comme dans un système inaciievé de la nature. Ce qui manque, c'est la parole animée, fluide; aussi n*ya-t-il là ni progrès, ni initiative d'aucune sorte. Qu'il en est autrement des pasteurs de souche arienne, des ancêtres de la population indo-européenne I Rien parmi eux de l'inflexibilité des idées, de ces formes arrêtées dans les allures de l'esprit, de l'expression stéréotypée des races du Touran, qui rappellent plutôt les Sémites, mais de très-loin, ei sous d'autres formes. Les races sémitiques, comme les races ariennes, se sont formées longtemps après les races touraniennes.
Pour exemple de la facilité des métamorphoses des Indo-Européens, on peut citer la race pastorale des Pélasges. Son ancien dieu, Hermès, devient un Hermès Chthonîos, le dieu de ses laboureurs. Plus loin, nous reconnaissons en lui un dieu des routes, du commerce et des échanges; il sait le chemin des vivants et celui des morts. Guide des âmes, le psychopompe, mène les morts, par des voies souterraines, vers le paradis pro-
i)re aux races agricoles, vers la demeure du Mutoq des laboureurs et des commerçants, du Zeus Chlhonios, qui résidelen bas, à Topposé des sublimités de l'Olympe des pasteurs et des guerrier». Toute la vieille civilisation des Pélasges est donc résumée dans
l'Hermès Kadmilos,ou Kadmos, qu'il ne faut pas confondre avec le Kadmos phénicien, fils de Baal et frère de la mythique Europe, celui qui apporta les lettres en Occident. Les deuxdivinités ont fini par se fondre par suite de i*union de leurs pontifes.
Les pasteurs pélasgiques et slaves, comme les sémitiques, ne sont pas organisés militairement. Les Sémites, plus anciens ^ue les Ariens, ont une physionomie sociale aussi inflexible que les Touraniens; mais ils ont l'inspiration religieuse, au lieu du shamanisme fangeux et lourd de ces derniers^
LesGaëls et les Scots ont gardé, dans leur clan, cité agricole grossièrement ébaucbée, le principe pastoral de l'indivisibilité de (a tribu;maisils ont substitué l'élection à l'hérédité. Les Slaves, quoique agriculteurs, restent à l'état de tribu par la communauté des biens; d'où ils sont voués comme les Gaêls à une enfance éternelle.
Les Kymris ont perdu leur constitution patriarcale en venant en Europe; de même pour les filsd'Odin. Les Celtes, les Germaius naissent héros etchevaliers, comme lesKchatriyas de l'Inde et de la Perse, les Achéens, les Ioniens, les Eoliens, les Doriens; bien différents des soldats de Rome qui naissent patriotes et citoyens. Quelle prodigieuse distribution de la vie sociale dans les principes mêmes de la constitution de tous ces peuples!
En résumé on voit trois grandes divisions dans les races pastorales. Les Touraniens ouvrent la marche; viennent ensuite les fils de Sem; les races ariennes et Indo-européennes sont à Tarriôre-garde. Chez les premiers nul progrès; chez les seconds, l'avenirdes relisions; chez les derniers, le mouvement à i inQni.
Les créations guerrières des pasteurs turcs, et mongols, comme celles des Arabes, n'ont pas la durée de celles des diverses races indo-européennos , filles de Sasteurs suerriers. Si Ton objecte que les émîtes de la race d'Assur, d'Ëlam et J'Arphaxad ont fondé des empires solides, on peut répondre que ces constructions re- |>osaient sur le londepent d*un sol couschite. Les Sémites conquérants à Minive, à Suse, à Babylone se sont faits cnuschites de mœurs et de religion, ils ont restauré un vieil édifice où ils n'ont logé que leur idiome. Ainsi ont fait les Yoktaniaes dans l'Arabie méridionale, en s*incorporant un royaume couschite, celui de Saba. Quand il s'est opéré par eux un mélange de vainqueurs et de vaincus, il a produit des musulmans et non des peuples. Là où il y a des exceptions, chez les Mongols de la Chine, ou les Mantchoux de souche tongouse , il y a abdication du vainqueur, coraïue à Ninive, Suze, Babylone, Minive. Quant à l'empire du Grand Mogol dans Tfnde, il n'a jamais rien eu de turc, de mongol ou d'arabe. Prodige de grandeur et d'éblouissement, il résulte d'une alliance des conquérants avec la race indigène des Bâdchapoutras, guerriers passés h Tlslaoïi et à
ETHNOGRAPHIE
h civilisaliQn persane & laquelle les successeurs de Baber ayaient sacriflé jusqu'à leur idiome.
Où cette abdication de soi n*a pas existé, les Turcs, Mongols, Arabes, ont conservé leur nature primitive, lis ne sont pas marchands à la façon du Chinois, du Persan, etc. Ils sont les marchands traditionnels de la plus ancienne époque du commerce des caravanes, dont les pasteurs étaient interméiliairesy et intéressés. De plus, après être arrivés k une certaine civilisation, ils abandonnent la charrue, et retournent h la lente, sans répugnance, ce qui n'est jamais arrivé pour les Européens. < Leur génie était ailleurs que dans la vie des champs et dans celle des cités; leur poésie, leur philosophie, la scolastique même de leurs écoles, iear théologie, leur jurisprudence, leur morale, jusqu'au caractère de leurs sciences, ce grand ensemble de leur savoir et de leurs affections, tout cela traîne dans les déserts, tout cela embrasse le silence de ses grandes nuits, tout cela plonge dans Tocéan de la solitude. Si de riches Maures, abandonnant TEsragne, se sont établis comme commerçants dans les cités de TAfrique, les restes d'un peuple de laboureurs, de marchands, de guerriers, de théologiens, de poètes et de philosophes, se sont écoulés dans les déserts sans trop de larmes et sans trop de regrets; ils se sont détachfe de leur port; ils ont repris leur course comme un navire qui a levé l'ancre. J'irai plus loin. Sans la rigneur des lois de Moïse, è la con« texture 4 demi égyptienne, sans les institutions agricoles dont elles dotaient Israël, sans rinfluence de l'art, de Tindustrie, d« commerce des Cananéens et des PhéoicieBN sur ks fils de Jacob, pareille chose eût pa facilement arriver aux Juifs durant leur première dispersion. Marchands actif» et laboureurs passifs, leur génie pastoral éclate îttsqu'au sein des institutions mosaïques. Kn stricte réal^é, la terre y reste toujours nn fonds commun.... Voulons-nous maintenant assister à un développement sans retour, à un développement qui tourne résolument le dos aux mœurs des pasteurs, mœurs, du reste, qui ne paraissent jamais avoir été dans le vrai tempérament de la race de Cham? Consultons alors les yastes embranchements de la famille de Cousch, les ramifications des Mizraim, .ou les peuples du Canaan. Puis adressons-nous aui Ariens et aux Indo- Européens, qui commencèrent par être nomades, mais qui n'eurent jamais de soupirs pour la vie errante, quoiau'ils ado* ressent la chasse, exercice noble qui devint même chez eux un domaine roval. »
Quelques-uns se sont laissé tenter de recourir a la religion pour expliquer cette impuissance absolue des races touraniennes, cette impuissance relative des races sémitiques. Ce n'est pas fondé. Tous les éléments de la vie sociale étaient contenus dans leur établissement pastoral, et cependant ils ne les ont pas aéveloppés. Tous
les peuples du reste n'ont pas été nomades avant de passer à l'agriculture. Les Chinois et les Couschites (Ethiopiens asiati- 3ues) se sont stéréotypés dans leur état e culturo, comme^ les Touraniena dans leur état de berbarie. Est-ce aussi leur foi ui les aurait immobilisés? Mais les cultes e ces peuples ne sont pas l'expression de leurs goûts. Les races du Touran et les Sémites inclinent è la yie pastorale; telle est l'explication du phénomène. On se trompe donc en mettant en avant l'opposition de l'islam et da christianisme ou- encore celle: de la loi chrétienne et de la loi mosaïque, surtout en ce qui concerne le régime et le principe de la propriété.* Il y a plus loin du christianisme au pagaïUsme
au'au mahométisme. Cependant beaucoup 'empires païens ont reposé sur des fondements stables qui sontpassésdes vaincus aux vainqueurs, des Couschistes aux Sémites en Orient ; et en Occident, lespaiens impriment un très-grand développement aux institutions de la vie civile et politique, et ouvrent aussi la voie an cnristianisme, qui embrasse, et purifie ces formes sociales et leur soufile l'esprit d'un progrès infini.
<t On ne saurait contester que, si la lot du Christ parvenait jamais à piénétrer dans les rangs des mahométans de souche turque et de souche arabe, elle réagirait puissamment sur leur constitution ; elle abolirait d'abord la polygamie en son principe, comme en ses conséquences civiles et juridiques. Parviendrait-elle cependant, sans mélange de races, sans création de peu-
ties issus de ces mélanges, parviendrait-elle entraîner les bordes du Touran, les tribus des Arabes en dehors de la« sphère de leur génie propre ? Réussirait^ile à les faire (|éhorder dans le sens de l'activité des races ariennes et indo-européennes 7 Exciteraitrelle chez eux la passion d'un progrès intellectuel, tout ce qui distingue l'autre famille de peuples ? J'en doute, car il y « quelque chose d'indélébile dans le type de chaque race d'hommes... Mous voyons h quoi les missionnaires ont pu parvenir par* mi les sauvages ; ils en ont Mit ça et là,, des pasteurs et des agriculteurs; ils ont réagi contre la vie de chasse et de pèche qui maintenait leurs mœurs païennes. Ce-
rndant ils n*ont qu'imparfaitement réussi susciter le principe de Tactivité moral» et intellectuelle dans leurs rangs; ils n'ont pu arracher leurs néophytes a leur mélancolie native. Un certain chagrin ^e cœuri une certaine tristesse d'esprit immobilisent toutes ces populations- de l'Amérique, malgré leur conversion à la loi du progrès C'est que le christianisme, qui forme un nouvel homme» n'efface cependant* pas le génie des races et l'individualité des caractères. Ce trait de nature dans les plus vieilles portions de l'espèce humaine (les races ariennes et indo-européennes en sont les plus récentes) ce trait de nature ne se modifiera qu'à la suite des âges, lorsque les peuples de souche européenne auront
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DICTIONNAIRE DU PAKALLELE.
accjiupli leur tâché, 'lorsqu'il auront en- Tàki le fftondè entier, et que des peuples Aoufeaux sortiront de tous les nlélaiiges. >
Examinons naaintenant les éléments de r«iristocratie, tels qU*on les rencontre chez les pasteurs. La tribu repose sur une fiction légalet c|tti H'est encore qu*une cou • tumé. Le patriarche est le rejeton de la racine mère; lés pères des autres familles Ire sonique les fiha^és; le patriarche ainsi peut être an enfant; dea vieillards inclinent detant sa jeune tète leur front dépouillé de toute chevelure. Ces chefs de famille forment le collège sacré et le collège d'Etatt qui assistent le patriarche-pontife. Ils correspondent à des TUàns sacrificateurs dans l'ordre des dieux, h des Titans qui éiendeni le corps de la victime, fonction sacrée dont ils tirent le nom dans tea hymnes du Véda, car ce nom leur vient de tan qui signifie étendre en sanscrit. Ils correspondent auisi aux Ouraniens dans Tordre des cieux, aOx assistants du Dieu des dieux daùs le gouvernement du monde; comoie le patriarche est ie représentant d*un ie%u Hyjfsiêios^ d'un ancien des jours. Plus tardiesdieux ouraniens, et leurs adorateurs, sont remplacés par les dieux Kronides des ialMnirears; dieux et hommes remplacés k leur tour par des dieux conquérants, par des rois fondateurs d'empires.
Les pasteurs guerriers du Toumn, tout en différafit des pasteurs guerries ariens et indo-européens, sont comme eux cavaliers..Les animaux autres que le cheval sont pour les guerriers subalternes. 11 a existé «epeadant des races héroïques plus anciennes dont les noms de familles prouvent qu'elles n'avaient que des bœufs, des chèvres» des moutons; leurs dieux guerriers dont ils portent le nom, étaient ornés de la lète du taureau, du bouc^ ou du bélier dès sacrifiées; idte armée de cornes militantes.
Le pontificat, le tribunal, le sénat, ces trots germes d'un antique petriciat, f.ont chez eux des capitaines, et le patriarche est un général. Leur dieu est un dieu ébldat ; leiir déesse une amazone ; leurs
Ïantifes adorent une épée ou une Bellone. out cela aboutit h des mcsurs féroces chez les Touraniens. Autre est l'esprit qui règne ehez les races chevaleresques, chez les 61s d'un Hélios, ou d'un Posidoo. Ces tribus ont encore pour dieux héroïques, des Dioscures. Les soldats d'Attila, de Dchinghis- Kan, de Tamerian, détruisent; ils se noient dans le pays conquis, comme en Chine, et dans l'Inde ; où restent eampéi au sein des vaincus qu'ils appellent eArens. On les laisse intaets clans leurs coutumes, mais on les taille à merci. Pas de régime patricien, féodal, qui puisse se transformer pour créer un grand peuple. Les fils d'Odin, d'Arthur, lés Hellènes, etc., doués de vertus politiques se mêlent avec les vaincus, déchus d'une civilisation antique et relevés par ce moyen ; rien de pareil sous la domination touranienne.
Ainsi chez les pasteurs guerriers, comme chez les pasteurs pacifiques, on trouve le principe d'un patriciat latent, qui nesedéveloppe qu'à la dissoliition de la tribu, quand elle s'attache à une demeure fixe. Alors, il nait des rois laboureurs, ou marchands ou guerriers.
Il y a de même dans la tribu un germe latent de démocratie. Ce sont les hommes nés d'un marieye $acré. Quand la tribu se dissout, le patriarche disparaît, poui' être remplacé par des rois, en qui ces hommes bien nés, ce peuple souverain se respectent eux-mêmes. S'il n'j a pas conquête, les famil'es patriciennes et démocratiques vivent cête À côte, sans se toucher par subordination, ce qui rend un état faible. Au contraire, s'il y a soumission par Tépée, la force sociale nu lieu de s'épancher comme un fleuve tranquille et de déborder en colonies, se concentre sur elle-même ; la race souveraine se dresse sur le piédestal do la race soumise; û'o^ la hiérarchie sociale.
Si la tribu se dissout pacifiquement, le roi perd bientôt l'hérédité, et devient électif. En cas de conquête, si le peuple béroiq»e est parent du p^^uple pacifique, le rapprochement est plus facile, et la conquête moins violente. U faut excepter les Doriens à Sparte, parce qu'ils avaient conquis le pays sur aautres conquérants, les Achéens ; pour nourrir les Doriens, les Achéens sont chargés de pressurer les campagnes, fians l'Attique, au contraire l'aristoGi-atie conc^uiae reste libre ; ce sont les Gamores , rejetons des Cécropides on des Eréchtéides; ce sont les Suinolpides ; tons se lient aux conquérants, et de la fusion naissent les Eupbtrides, qui détrônent les rois ioniens Ef^ides, trop partisans de la démocratie. Ainsi firent les patriciensde Borne dans des circonstances semblables.
Le Démos véritable, le peuple souverain ne se compose d'aucune espèce de castes aux professions héréditaires. Il est laboureur, marchand, ou guerrier; et repose comme le roi et les grands, sur les liens de parenté. Telle est la constitution des Dschanâh de l'Inde brahmanique, des Phratries de la primitive iGrrèce, des Gentes de Tantique Italie, des Sippes chez les vieux Germains, desKyns chez les Kymris, etc., frein de la royauté et de l'aristocratie. Cela ne se retrouve pas diez ies Gaëla, ni chez les Slaves, qui offrent, dans la communauté des biens, un point d'arrêt .entre l'état de la tribu pastorale, et celui d*uae natioualité naissante, mais qui n'a pu parvenir i déployer ses ailes. On sait que nos socialistes et nos communistes em eu vent de cet état de choses, dont ils sotit iucapables de saisir les raisons» et qu'ils ont prétendu l'exploiter au gré d« leurs systèmes.
Enfin il fout rechercher âa seio de la tribu pastorale, les éléments de la caste qui sont ceux des professions iadusirielles et héréditaires. Chaque tribu renferme trois
ETIiNOGRAraiE.
classes d*homme$ : 1" les enFants (]*bommes et (le femmes bien nés; 2* ceux d*hommes bien nés, et de femmes de rang inférieur, concubines légitimes, épousées suivant un rite différent ; 3"* ceux d'hommes bien nés et de femmes esclaves. Les enfants des concobines et ceux des femmes esclaves ne pouvaient s*unir en mariage, et devaient ex* clasivement contracter des unions dans leurs propres rangs.
lit première classe forme to démos souverain, qui adorait la même grande déesse mère, épouse et associée du même grand diètt père, le même Ouranos et la même Gé, le même Varouna et la même Aditi, etc., et qui était présent au sacrlBce du patriarche. Les autres membres de la tribu étaient d'antres dieux et d^autres déesses, en rapport avec la nature de leurs fonc* tions et leurs occupations. La deuxième classe te livrait surtout à deux métiers particulièrement sacrés, ceux des forgerons ^ et des tisserands. « On croyait que les dieux tisserandSf que les Titans^ avaient étendu le corps du dieu comme on étend la victime, que ce dieu avec les membres duquel ils accomplissaient le sacriQce était Ouranos leur père, qu'ils avaient enveloppé le ciel et la terre par la trame de leur métier. Os dieux qui étendent, ces dieux qui tissent la trame de Tunivers avec les mem* bres du dieu, accomplissant leur œuvre soos rinspiration des chants et au moyen ries rbythmes, softt les dieux étendeurs^ les dieux Titans^ les pères de Tunivers et (ta genre humaîo, célébrés dans plus d*un hymne du Véda.
fl Les dieux forgerons étaient les grands dieox d'uni) autre classe d'ouvriers, sortis comme charpentiers des bois ; du moins, les charpentiers, qui abattent les arbres de la forêt, Qgureot romme forgerons dans les hymnes du Véda. Leurs dieux avaient sculpté Tanivers an sein de la grotte sacrée^ dans la nuit des bois ; ils avaient ordonné lé monde (lu sein des ténèbres; ils l'avaient décoré et illaminé de la splendeur des astres du Jour et de la nuit. 0 après cela, il paraît évident que les pasteurs se sont incorporé quelquesunes de ces confréries religieuses, étrangères aux princit^es de leurs courses vagabondes, mais utiles k leur existence. » Mais h la dissolutiOD de la tribu, les associations d'arts et métiers se choisirent des demeures à part, coudoyant le peuple souverain sans s'y confondre. Le métier exigeait une initiation, comme l'agriculture et la culture de la vigne dans le monde primitif. C'est ainsi que tout devenait pfirgion; et les dieux deâ castes outrièrcs Jouèrent un grand rôle. II n'est donc pas besoin de recourir à la conquête j'otir expliquer l'origine des castes, ou professons héréditaires; car les confréries d*outriersne sont pas des raies déshéritées, nées de l'oppression. La conquête no crée pas des ouvriers. Tout au plus peut-elle les lier au service de l'Etat, comme il arriva quelquefois sous les Césars. Il est donc absurde de faire dériver les corporations du
moyen âge, des esclaves qui n'avaient ni mystères^ ni initiation religieuse, ni héré^ dite. Le pasteur méprisait Tindustrie qui cloue l'homme è son siège, tandis que la vie nomade, en exerçant la volonté, rend apte au gouvernement. En revanche, les corporations industrielles du monde antique furent les premières à poser les principes des sciences mathématiques, et è méditer sur l'origine et la nature des choses.
De la vie pastorale. sont issus aussi l'auto-* rite et le respect, ces deux principes moraux de la société antique.
En résumé, l'histoire date des pasteurs» et des pasteurs seuls.
Avant l'organisation de la vie pastorale remonte la création des langues. {Voy. l'art. Philologie pour la détermination de ieuranticjuité.) Au delè, la linguistique nous fait défaut, mais cnous rencontrons les plus vieilles formes des plus vieux cultes, les anciennes croyances de l'esprit humain, ainsi que les plus vieilles institutions qui s'v rapportent. Nous nous trouvons en face d une humanité tooîbée, déchue de son origine, d'une humanité qui a pénétré de la sphère de la vie dans la sphère de la mort, et qui cherche è s'en relever par l'institution des sacriGces. C'est à cet état de choses que correspond le tableau d'une organisation sociale dont nous avons à nous occuper, d'a«> bord en elle-même, ensuite par rapport aux confréries civilisatrices de la plus vieille espèce humaine. »
Malheureusement ce savant travail n'a pas été continué. On trouvera è Tarticle Mariage quelque chose du même auteur sur les castes.
— La première question en ethnographie est celle du point de départ des diverses races au moment de leur dispersion. Cette Question a été traitée récemment par M. Obry, membre de l'Académie du département de la Somme , dans un ouvrage intitulé : Le Berceau de V espèce humaine^ selon les IndienSf les Perses et les Hébreux. M. Obrj^, è la Qn de son livre, prouve que la tradition du paradis terrestre n'a pas passé des JPer- $Bs aux Hébreux, mais que les similitudes entre les traditions des divers peuples viennent de la communauté d'origine. Nous allions reproduire la conclusion du savant au* teur. Elle résume son travail, qui est le fruit d'une vie tout entière de patientes études.
c Je crois avoir suffisamment établi dans le cours de ce mémoire :
1* Que les traditions sémitiques, ou mieux sémitico - khamitiques , s accordent avec les traditions aryennes pour placer le berceaudel'espècehumaineau nord de l'Inde, c'est-à-dire dans une contrée orientale, par rapport aux Sémites, échelonnés en Asie, depuis la Médie-Atropatèue Jusqu'à la Méditerranée.
2* Que cette région ftit d'abord conçue comme étant identique è celle sur les montagnes de laquelle s'était arrêtée, après lo déluge, Tarche de Noé, de Xisuthrus, et de Manou-VAivasvata ;
pi
3' Que par suite du déplacement des peuples, et de leurs migrations de Test au sud et à Touest de la mer Caspienne , la montagne diluvienne fut reportée successivement dans les monts Hindou-Kouch, Soulaiman-Kôh , Damavend , Kibours , Gordyéens, AraratetCaucase, avec changement de son nom Arien en nom sémitique.
k* Que les mAmes causes ayant agi sur la conception du séjour primitif de ibuma* nité, après la création , ce séjour se trouva finalement transporté de TAsie centrale dans la grande Arménie, mais pour les Sémites seulement; les Arias ou Japhétiques ne lui ayant fait subir que des déplacements bien moins considérables.
5** Que comme la Genèse annonce que les descendants de Japhet, de Sem et de Khflm, émigrèrent de TOrient à Babylone , on doit suivre la route inverse, pour retrouver le berceau de l'espèce humaine, c'est-à-dire passer de IMrara^ sémitique è ce que j'appelle VAryaratha arien, nommé Jtfî^rott par les Indiens, Albordj par les Perses, et Eden par les Hébreux;
6" Que , dans Torigine , TEden , TAIbordj et le Mérou étaient tous trois envisagés comme un seul et même plateau, de Q^ure carrée, ayant ses quatre côtés tournés vers les quatre points cardinaux de Tborizon, et d'une hauteur tellement prodigieuse qu'il semblait se confondre avec le ciel, séjour des puissances supérieures ;
T Que cette haute région suspendue, pour ainsi dire, entre le ciel et la terre et conçue comme le berceau de l'espèce humaine, passait pour être arrosée par un fleuve unique, qui delà se divisait en quatre bras ou canaux , coulant vers quatre grandes contrées environnantes et orientées;,
8* Que Torientation des quatre cours d'eau et leur sortie d'une source commune constituaient en auelque sorte deux conditions fondamentales du premier séjour de l'humanité ;
9° Qu'en admettant pour point de départ de la première migration des peuples la région de la fietite Boukharie, bornée à l'est par lu désert de] Gobi ou Chamo , au nord par le Thian-Chan , à l'ouest par le Belour- Tag, et au sud par le Kouen-Lun, les deux conditions que je viens de rappeler se rencontrent tout d'abord et excluivement, avec le degré d'exactitude et de précision que l'on peut espérer en pareille matière, sur la vallée alpine de Pamir, située entre les sources du Tarmih l'est, de Ylaxarte au nord, de YOxus à l'ouest, et du Kameh- Indus au sud;
10' Que ce plateau, surnommé Bam-i- Pounya^ fatte du monde, en raison de son aliitude démesurée, a reçu le nom ôePamtr (en sanscrit Oupa-Mra, p^ys auprès ou autour des lacs), par allusion aux quatre lacs, à peu près orientés, savoir : le kara- Koul à l'est, VIséi'Koul au nord , de 5ir-t- Kcul à l'ouest, et le Hanou-Sar au sud,
réputés sources des quatre fleuves })aradisiaques ; 11° Qu'il a l'avantage d'être environné
Sar quatre régions que fertilisent les quatre euves et qui aboutissent à quatre mers également orientées, régions et mers qui étaient: à Test, la petite Boukharie, et le lac Lop, au nord la Transoxiane et le lac Aral , a l'ouest la Bactriane et la mer Caspienne, et au sud le Zaboulistan (petit Tubet, Kaboul, et PendjAb) et le golfe d'Oman ;
12" Que les quatre fleuves paradisiaques étaient originairement les mêmes pour les deux grandes branches de la race arienne, alors qu'elles résidaient ensemble sur le
ftlateau de Pamir, aux environs des quatre tes ci-dessus mentionnés, dont le plus célèbre fut le Sir-i-Koul, appelé eau Arvanda dans les livres zends, et Vindousaras dans les livres sanscrits ; en sorte qu'à cette époque Je Mérou et l'Albordj se confondaient aussi bien que les quatre lacs et les quatre fleuves ;
13** Que les différences ne survinrent et ne se manifestèrent qu'après la séparation de ces deux branches; la première, ou Torientale, ayant émigré vers l'Inde, et la seconde, l'occidentale, s'étant répandue dans la Perse, par des routes différentes, et presque opposées, puisque l'une a pris (uir le nord et le nord-ouest, et l'autre par le sud et le sud-ouest ;
li** Que les Arias de l'Inde , après leur première émigration dans le sua, et leur établissement dans le PendjAb, conservèrent les quatre fleuves primitifs, sortant du plateau de Pamir, satisfaits d'avoir chez eux celui du sud, le Kameh-lndus , considéré dans son cours inférieur, après sa jonction d'abord avec le Kaboul, puis avec le grand fleuve Indus ou Sampo ;
15' Que dans la suite s'étant étendus vers l'est. \s\iT la chaîne de l'Hymalaya , et ayant trouvé dans la plaine alpestre de Ifgan un point de partage des eaux, qui leur parut en état de rivaliser avec celui du plateau de Pamir, ils transportèrent leur mont Mérou sur le Gangdisri-KailAsa et choisirent pour leurs quatre fleuves sacrés, les quatre grands courants, admis encore aujourd'hui par les bouddhistes du Tubet ; savoir : à l'est, le Yarou-Dzangbo-Tchou ; au nord , l'indus sunérieur , Dznngbo , ou Sampou ; k l'ouest le setledje , et au sud le Gange ;
IB*" Que toutefois ce dernier Qeuve n'eut d'abord accès dans le cadre que chez les Brahmanes qui avaientquitté lePendjAbpour s'établir dans l'Inde centrale ; que les autres en continuant de résider dans la Pentapotamie indienne, lui préférèrent i'indus inférieur, au risque de laire deux fleuves d'un seul , l'un pour le sud, et l'autre pour le nord ; l'indus restant pour eux ce qu'il était pour les chantres védiques, c'est-àdire le fleuve par excellence, la source commune de toutes les rivières ;
17* Que les brahmanes de l'Inde centrale pour mieux affermir la supériorité du Gange
ETHNOGRAPHIE
sur rinaus, essayèrenl de prendre pour moni Mëroo le Mahâpaniha de la province de Garbval, ou Gorhval, situé à l'ouest du Kailâsa, parcequ'ils trouvaient dans le voisinage les sources des quatre principales rivières dont la réunion forme le Gan^e; mais que ce pic colossal , malgré son titre fastueux de Soumerou ( bon Mérou), non plas que ses quatre petits cours d*eau , marchant d'ailleurs dans des directions peu convenables y n*ont pu prévaloir contre le Kaifâsa et ses quatre fleuves ;
18* Que ceux du PendjAb, de leur cMé voulurent placer leur Mérou dans les monts Kichadhoêt situés au nord de Tancieu Oudyâna, aujourd'hui pavs des Kofirs^ où les compagnons d'Alexandre crurent relrouver et le Méros de Jupiter, et la Nysa de Dionysos ; mais que les cours d'eau qui en découlent n'ayant ni les dimensions, ni surtout les directions désirables, ce Mérou n'obtint pas non plus la préférence sur le Gangdisri-Kail&sa;
19* Qu'en souvenir de l'anuien Mérou « je veux dire du plateau de Pamir, et de ses
Juatre lacs sacrés, les brahmanes des bords e rindus en revinrent aux quatre fleuves, doot ils en possédaient un, et que ceux des rives du Gange suivirent leur exemple , en substituant , bien entendu , le Gaoge à riodus ;
SO* Que les bouddhistes, yenus ensuite, unirent ces deux grands fleuves et se bornèrent à supprimer Tiaxarte ; d'oi^ il ré*snlte pour eux, non pas la nécessité, mais la convenance , de remplacer les quatre points cardinaux du Mérou, origine des quatre fleuves, par les quatre uoints intermédiaires de l'horizon, lieux de leurs em* boucbures ;
31* Que les Pouranistes, relativement plus modernes, agrandirent le cercle à TE. et an N., par suite de leurs nouvelles connaissances géographiques, placèrent le Mérou au centre oe l'Asie centrale, et admi<» rent dans leur cadre grandiose ;
A l'E., rOrin-Noor, le Ho-anç«ho, la Chine et la mer Jaune, en place du Kara* konl, du Tarim, de la petite Boukharie et du lac Lop ;
Au N., soit le Raîkal et le lenissey, soit plotôl le Dzaïssang et l'Obi, puis la Sibérie et la mer Glaciale, en place de l'Issikoul, de riaxarte, de la Transoxiane et du lac Aral ;
A ro., le Sir-i-Koul, l'Oxus, la Bactriane, et la mer Caspienne ;
Enfin au S., le Manassarovar, le Gnnge, Thide centrale et le golfe du Bengale, en place du Hanousar, du Kameh-lndus, des pays montagneux qu'il arrose et du golfe d'Oman;
23* Que les Birmans, les Chinois, et les Cinghalais, par imitation, tentèrent aussi de se créer chez eux un mont Mérou avec ses quatre fleuves, dont Se principal fut le Hoang-ho en Chine, le Brahmapoutre dans l'As- Mm et le Mahâvdli à Ceyian, sauf à ramener è la même saurce les trois autres cou-
rants d'eau, è Taiae de conduits souterrains ;
23* Que de leur côté les Arias de la Perse, après avoir quitté le plateau de Pamir, pour s'étendre à l'Ouest, et au Sud-Ouest, ont transporté successivement leur Albordj du Belour-Tag sur l'Indou-Kouch, le Souiaiman Koh, le Balkan du Khovarezm, TElvend, etc., etc., et le Caucase, en deux mots sur presque tous les groupes de montaenes où les Sémites, crurent reconnaître leur mont Ararat;
24* Que cependant les quatre fleuves primitifs des Perses restèrent longtemps les mêmes que les plus anciens courants paradisiaques des Indiens ; que notamment l'Argroud et le Veh-roud, les plus renommés des
Suatre et les seuls auxquels le Boundebesch onne une couleur mvthique, représentaient d'abord le Tarim et I Oxus , bien plutôt que riaxarte et l'Oxus, puisque l'un est dit s é- Gouler à l'E., et l'autre h VO; qu'à l'égard des deux autres, riaxarte et le Kameh-lndus, si les fragments des livres Zends parvenus jusqu*à nous ne les mentionnent pas aussi souvent, cela tient sans doute à ces deux circonstances : que l'un était tombé tout entier au pouvoir des rois du Touran, et que l'autre appartenait autant à l'Inde qu*à la Perse ;
S5* Que néanmoins les Mazda;açnas conservèrent le Kameh-lndus au nombre des quatre fleuves, parce que leurs possessions s^étendaient jusqu'à ses rives dans le Baltestan et le Kaboul; mais qu'ils remplacèrent riaxarte par l'Helmend du Sedjestan, afin d'obtenir au Sud-Ouest un cours d'eau
3ui servit de pendant à l'Indns inférieur, ce ernier étant à leur égard un courant du 8.-E. ;
26* Que, malgré cette modification, plus politique que géographique, l'Albordj ne fut point changé et continua de se confondre avec le Belour-Ta^, seul extension è mindou-Kouch, depuis le mont Pouchti-Gour, source du Kameh-lndus, jusquau mont Koh-i-Baba, source de THelmenu ;
27* Qu'k une époque beaucoup plus tardive et relativement moderne, les Perses, par suite de leurs déplacements successifs, paraissent avoir abandonné le Tarim et t'In* dus, repris l'Iaxarte pour le joindre èTOxus, et adopté le MourghAb pour l'unir è THelmend, ces quatre derniers fleuves de l'Aryane occidentale figurant dans le Boundebesch comme des ronds célestes, c*est-àdire issus du trône d'Ormuzd, placé alors sur les deux chaînes méridiennes de THin** dou-Kouch et du Belour-Taç :
28* Que ceUe dernière position des quatre fleuves, où l'orientation est presque entièrement négligée, date d'une époque postérieure de bien des siècles è celle de la première rédaction de la Geniit^ dans laquelle nous voyons figurer quatre fleuves sortant d'une source commune, et placés tous quatre, comme l'Eden, d'où ils s'écoulent, à l'orient des peuples sémitiques, alors échelonnés le long de ta chaîne du Taurus, à partir
de la Médie Airopatène ou même de la. Médie Ragiane ;
20* Que« eomxM Fauteur hébreu parait avoir respecté tes deax coiHiUions &iida^ mentales da récit tradibionaeU rorientatioo des quatre oourauis et leur origiue unique, lout porte à croire çue la contrée d'Ëden ou de délices répondait à rAryanemen-Vaédjo des Médo-Perses, bien plutôt qu*ài'Oudyana des Brahmaoes et dfes Bouddhistes ;
SO^'Que, par coinséquenti les quatre fleuves figuraient le Tarim, rOius^le Kameb-hidus et rHeiwend, afesolumeni comme cbez Jes Médo-Perses, qui. avaient substitué l'HeU mend à Tlaxarte;
31* Que les deux premiers» le Phison et le Gihou^ représentés comme entourant, Tun U terre de Havildt, «t Tautre la terre de Kouch y correspondent au Tarim et à rOxus, qui, eoeffet, parleurs bras on affluents, enveloppent la petite Boukharie et l'ancienne Bactriaae, et leur foroient udb espèce de ceinture;
32* Que les noms hébreux des deux con* trées qu*ils arrosent, traduisent les dénominations arvennes de ces contré», et que no* tamment les productions indiquées comme abondantes dans Ja première, I or, le bedou* Iakb et le piern^ de Cfaoham, abondent en effet dans ki petite Boukharie, la pierre de Cbohem repréeentant le Jaspe orient»! ou la pierre de Vu, ei le bedooiakh le liapis-laxuii, qui se trouve surtout dens le Belour-Tagi appelé Vidourab eu sanscrit;
33* Que les deux derniers fleutes, le Hid^ deqel et le Phrait désignaient Tlndus et l'Helmend pour Tauteur de la Gmiie, aussi bien que pour les Médo-Perses; que Tun coulait à rorient d'Aasur ou du Kaboul, con-* sidéré soit comme pays des Aso^ras par les Indiens, soit comme possession assyrienne par les Sémites; que, quant è Tautre, la Geniêe se borne à le nommer, parée que la contrée qu'il arrose, la Sekasiane, était alors bien connue des Sémites, dont plusieurs branches résidaieai eimoro daos les provinces voisines;
34* Que, dam la suite des temps, tes Assyrio-Cbaldéens ayant revendique pour eux le Hiddeqêl «t le Phrat^ dont les noms ariens avaient été reportés k kors fleuves natio-
trodnire leur fleuve dans la tradition sémitico*arienne, on s'imagina de placer le Hid^ deqel et le Phrat entre Te Phiêon et le Gihon^ contrairemeni à Tordre suivi par laGenm, et d'y voir le Gange, le Tigre, l'Bupbrale et le Nil, sans avoir aucun égard, soit à la source commune, soit à l'orientation, soit aux cours opposés des quatre fleuves édéniliques;
37° Que toutes ces dérivations n'empêchèrent point les Pères de Kfiglise, plus fidèles è la tradition primitive, d'indiquer pour le paradis terrestre le nord de l'Inde, c'est-à-dire tes rentrées où le plaçaient les Brahmanes, les Bouddhistes, les Mazda^açnas et les Jéhovites, sans toutefois préciser les montagnes 6b lébovah Tauraît planté, nous laissant ainsi la liberté de choisir entre î'HymaTaya, le Kouen-Lun, i*Hiadou-leouch et le Belour-Tag;
39* Que la préférence donnée ici au plateau de Pamir sur celui de Ngari, les seuls entre lesquels il puisse y avoir doute, induit à penser qu'Adam et Eve, après leur expulsion du jardin de délices, ont dû se retirer h l'est, dans le pays du Bolor, qui faisait partie d'fîden, et que Caîn, après le meurtre ne son frère Abel, ayant été chassé d^Eden et de la
Î)résonce do Jéhovah, se sera écarté plus & 'orient encore, tj'est-è-dîre jusqu*au désert de Gobi ou Chamo, véritable terre de Noud ou d'exil ;
39* Qu'à l'égard des symboles mentionnés par la Gmèêt^ je veux dire les deux arbres placés au milieu du jardin, les Kéroubim, postés à l'orient, et le drame qui s^y était joué entre le serpent, la femme et l'homme, les trad liions indiennes, pecsanes et hébraïques se prêtaient un mutuel secours; que si, d'un odté, les Pourânas brahmaniques avec Ieiir6 quatre arbres de vie et leurs quatre animaux circummérouens , préparaient le lieu de la scène, de Taiilfe, le Bornidebesch des Perses ouvrait le drame fiar l'introduction d'Ahriman ou du serpent infernal qui séduit Ifescbia et Meschrané, en leur faisant goûter des fruits», «i de Tautre encore, la Genèse hébraïque complétait le dénouement en nous montrant Adam et £ve chassés du jardin de délices po«r leur désobéissance aux ordres de Jinorah, et condamnés aux labeurs, aux souffrances, aux maux de ce bas iM»Dde, ^ finalement à la
naux, le Ti^re et TEuphnale, on joignit <9es maux de ce bas iM»Dde, ^ finalement à la derniers à 1 Oxuset h Plaxtsrte, répuâs aèors mort, eux ^i avaient été créés pour le del rejirésenlants du Phison et du Gihon, pour et L)Our l'immorialité ;
rejirésenlants du Phison et du Gihon, pour obtenir un cadre moitié arien, moitié 6émi* tique, cadre délectueux sous les deux an«ciens rapports de «rorientation et de la source unique;
35* Que, vers la même époque, les Ibero* Arméniens y moitié Arias, moitié Sémites, revendiq^ièrent à leur tour le Phison et le Gihon en laveur de leurs fleuves Phans et Araxtê: nue, par suite, l'Ëden se trouva transporté du Belotur*Tas, Tancien Albordj, jusuua dans le Canoase, le dernier Elbrous, après avoir fait au sud le .demi-tour de la mer Caspienne ;
36* Que. «dus tard encore, les Egyptiens, qoi A'&yaiont ({ue faire ici, ayant vouln in*
40* £nftn, que ce draoeie, s étant passé sur la terre, suivant les narrateurs, ou dans une région très-haute, appelée le non lien entre le ciel et la terre^ c'est à tort que Dupuis et Yolney ont voulu chercher «u ArmameoL, c'eât-4t*dire sur la sphère céleste, et le jardin d'fiden, et les quatre fleuves, et les deux arbres, et les animaux appelés chérubins, et les personnaiges de j'horovm,. de la femme et du serpent, syslème ingénieux en afjparence, mais radicalement faux, que j'ai dû analjrser et oombaitpe, parce aâe ceux qui pourraient ^reeneore tentés de 1 admetlreteraientfaussa route., en attribuant aux ipetriarehes voisins dfli déloge lesrèveries relati cernent modernes
ETHNOGRAPHIE
SM
des sttroiogaes Ghakléo -Persans » sectateors
de Mitbro.
cJeo*ai pas d^ailleurs prétendu soDteotr que le paradis terrestre aurait été réelle* tuent situé dans la haute région où je Pai placé. Je me suis moins occupé des réalités ftflté- historiques que des croyances religieuses, abstraction faite des modifications que le déluge a pu apporter à (a surface de nos continents. Or, j'ai tq les plus anciennes traditions v«nir converger vers le p lateaii de Bifflir, comme vers un cei>tre commun» et j'en ai conclu que ce ptateaa avait été le point de dë|)art des peuples après le dernier cataclysme. I>e iàà la croyance oue ce point central avait été le berceau de respèi'e hu* maine, il n*y avait qu'un fMS, et ce pas a été franehi par les Sémites «usai iMen que par les Arias. »
Tout le monde adourera comme nous ta science et la sagacité qui reluisent dans ce traraii; aussi rhonorable auteur aurait-il le droit d'être plus afficmatif dans Je dernier parsgrapbe cité. En réeJité, il prouve, mt^ seulement que les traditions s'acoordeni en* tre elles relativement au jiaradis terre^tre$ mais encore que ces traditions sont justifiées par la géographie. Et il arrive à cetve conclufiion directemeiil, sans avoir besoin de s*appuver sur le potni de départ des peuptes après le déluge. Ce som la, en effet, deux questions différentes, et la aeeonde ne nous parait pas cootriimer grandement à la solutioQ de la première. En soi, rien n'emfécbe
3oe le point de départ après te déloge ait té ailleurs que sur l'emplacement du paradis terrestre. Et si Ton peut conclure ues traditions la réalité de ce point de départ, IK)urquoi n*en pourrait-on pas conclure aussi la réalité de TEdeu, qu'elles décrivent d'une manière si conforme aox données géographiques?
-M. Littré,fort en retard sur l'état actaei des études pb vsiologiqoes (RePue de$ Heaur- Momaea, 1«' juillet 1857), soutient que la biologie est obligéed'admeltreautantde souches qu'il y a de différences antbropologi<ques constatées. « Tel est aussi, » ajoute*t-iU • le ca^ de la linguistique : elle ne peut pas* ser d'un système de tangues à un autre ; les chemins lui sont coupés. D'ailleurs, on le ient, ces deux ordres de faits sont solidaires; »i, physiologiquement, il y avait possitûtité de passer d une race à Tautre, il y aurait lOsMbilité de passer d'une feuniie de langues à l'autre. »
Il rejette ensuite l'hypothèse de M. Renan, qui fait venir de la région de l'ImaUs les Ariens et les Sémites, à cause de quelques légères analogies entre ces deui familles. ■ Dans loutt-s les langues, »dit M. Littré, « il y a un fonti dépendant de la nature humaine, puis rinfluence de la race, et celle de la région; la communaulé de la nature humaine produit ce qu'elles ont de commun; la rar.e e( la région, ce qu'elles ont de différent. Les Sr^oiiies et les Ariens n'ont |K>int de caractères anthropologiques qui les distinguent. Cela est incontesté. De là des analogies entre
le système des langues des uns et des autres, lesquelles sont dues, comme le dit- très-bien M. Kenan, à une même psychologie. Si le second terme, l'identité de séjour, coïncidait aussi, on ne verrait aucune raison aux diffé* reiues fondamentales qui séparent les idio^ mes sémitiques des idiomes ariens. »
M. Littré interprète les mots de fils de Bem, dans la Genite^ dans un sens géographique 7 car les Elamiles sont des Sémites selon la Genèse^ quoiqu'ils ne parlassent pas une lang^ue sémitique, tandis que les Phéniciens, quoique issus de Cham, parlaient une langue sémitique.
Plus loin, M. Littré dît : c Tout dans l'histoire est historique, c'est-à-dire que tous les phénomènes sociaux proviennent des forces imnaaneotes à la société» et sont dus au développement naturel de l'humanité. » Puis il prouve à M. Renan que le monothéisme *des Hébreux* ne peut pas être attrilnié au génie des Sémites, attendu que la plupart des Sémites furent polythéistes ; et, en cotisé* quence, il nie qu'aucune race ait commencé par le monothéisme, ne voyant pas que cette opinion s'accorde, quant au fond, avec celle de M. Renan, et est sujette aux mêmes difllculiés, puisqu'elle aboutit à dire que le monothéisme est un prodoit.du génit kébrûtoue.
ËCCHAHISTIE. — Nous lisons dans le ParailiU éuehristianismê et du rationalisms^ T>ar Tissot, p. 8T7 : « Le grand nombre d'hommes célèbres qui ont essayé, sinon d'expliquer les mystères, du moins d'en faire aprcevoir (a possibilité, devrait rendre plus circonspects une infinité de gens qui , sans avoir réfléchi sur rien, et sur la religion moins encore que sur toute autre chose, qui n'en connaissent pas du tout les enseignements, ni l'état de ta question, sont cepen* dant si prompts k trouver les mystères absurdes. Il faut convenir cependant, tout en sachant gré de leurs efforts aux écrivains qui ont voulu expliquer faupainement la possibilité des mystères, qu'ils ont souvent employé d'assez mauvaises raisons, elqu'ils n'ont pas à beauconp près rendu- à la reii^ gion le service qu'ils -croyaient. On sait que c'est nuire à une bonne cause que de la soutenir par de mauvaises raisons; et il me semble, d'un autre côté, qu'il est diffleilo d'en U*ouver de ft)oniies pour exf)tiquer les mystères, parce que ni de part ni d'autre ctu ue connaît véritablement pas ce qu'ils sont au fond ; et qu'il suflit de nier aux ennemis de la relr^sion toute hypothèse qui tendrait à établir fa question*^ d'après laquelle ils argumenteraient par l'absurde. On ne sera jamais sûr rationnellement du rommmî d'un mystère, et .9i l'on fait des hypothèques k ce sujet, ce ne seront jamais que des hypothèses plus ou moins îugénieuses, il est vrai, mais jamais certaines; et tout argument qui la détrnrrnit ne détruirait jamais non plus qu'une hypothèse.
< La difficulté de rendre raison des mystères en leur donnant un sens littéral me porto, et devrait ce semble porter grandement tout (lathoiique qui pense, à se défier
fsnt
singalièremeat des notions que nous avons descoqis, de la personualité, etc. Car si Ton s'en rapporte aux apparences» et qu'on s'imagine que le monde phénoménal est essentiellement tel, ce que la raison seule rend déjà passablement douteux, je ne sais en vérité comment on défendrait validement nos mystères. La tentative qui en a été faite au sujet de la transsubstantiation prouve assez rinutilité des etforts. Descartes est un des plus célèbres qui s'en sont occupés; Tévèque Pélisson (essaya aussi l'explication de Descartes. Mais Bossuet ne trouva point orthodoxe l'explication de Descartes et de Pélisson. Jean de Damas, Paschase» Lanfranc» Guitmond pensaient à peu près de même que Descartes, et passaient cependant pour orthodoxes, parce qu'ils écrivaient avant le concile de 1 rente, et que c'est surtout avec les canons de ce concile que l'explication de Descartes se trouve insoutenable. Varignon, mathématicien très-distingué, essaya une autre explication que celle de Descaries, mais l'abbé Duguet Ta réfutée avec beaucoup de force et de véhémence.
« Enfin] l'abbé Le Large de Lignac, professeur de théologie au séminaire de Maçon, en 1732, n'a pas été plus heureux que les précédents, et je m'étonne que l'auteur du <:omte de Valmont, et l'abbé Eymery semblent avoir trouvé quelque chose de satisfaisant dans sa prétendue démonstration de l'ubiquité possible d'un corps, eu ne prenant luéme Je mot ubiquité que dans un sens (imité. Voir les Pensées de Pascal. » Il y aurait beaucoup à dire sur ce passage, s'il fallait eu relever toutes les imperfections, depuis la qualité d'évèque donnée à Pélisson, et les fautes de français, jusqu'aux appréciations théologiques erronées. Conteutons-nous de dire qvte s'il y a eu en effet des explications insoutenables parmi celles qu'ont présentées les apologistes , le rôle de la raisou n'est pas aussi nul relativement à la démonstration et à la, conception de» mystères, que M. Tissot parait le prétendre. On peut consulter à ce sujet ce que nous avons dit à l'article Création.
Nous engageons tous ceux qui veulent comparer 1 Eucharistie avec les rites païens à ne pas négliger un remarquable travail de M. le baron d'Eckstein sur l'anthropophagie. Ce travail se trouve dans la critique de Fouvrage de Br^njamin Constant sur la religion , critique par laquelle M. le baron d'Eckstein inaugura l'excellente revue qui est son œuvre exclusive, et qui a pour titre le Catholique. Les réflexions qu'il a présentées sur 1 anthropophagie précèdent immédiatement celles, non moins remarquables, qu'il a émises sur le taloua|{e.
Il nous suffira , pour atteindre le but de cet article, de choisir quelques-unes des considérations de Mgr Gerbet sur le mystère eucharistique. Nous lisons dans le deuxième chapitre de son beau livre intitulé : Considérations sur le dogme générateur de la piété catholique :
« L'étude de l'ancien monde conduit de
toutes parts à cette vérité qu'il n'a existé originairement sur la terre qu'une seule religion, dont les cultes locaux ne furent primitivement que des émanations j^lus ou moins pures. Outre l'éclatante uniformité des croyances, certains rites fondamentaux, extraordinaires de leur nature, et néanmoins communs à tous les peuples, rendent celte unité d'origine visible a travers soixante siècles, d'autant plus qu'on ne trouve dans les éléments propres de l'esprit humain rien qui puisse expliquer leur perpétuelle universalité. Parmi ces rites, un des plus remarquables est la communion qui fut partout la consommation de l'offrande et du sacrifice.
a Frappés de la ressemblance des rites judaïques avec ceux des autres nations, sur ce point comme sur beaucoup d'autres, certains philosophes et certains théologiens en ont tiré des conséquences diamétralement opposées. Les premiers en ont conclu que les Juifs avaient emprunté leur culte aux gentils; les seconds, que le culte des gentils n'était qu'une imitation des cérémonies instituées par Moïse. U n*est pas raisonnable d'imaginer une dérivation subordonnée, tandis que l'antiquité même de ces usa^^es, qu'on trouve établis dès les premiers temps chez les nations atnées suppose une dérivation commune antérieure a la formation des sociétés particulières. La Genèse elle-même nous l'indique. Il n'est pas douteuop^ parmi nottâ, dit Pellisson, que toutes les faussti religions ne soient venues de la véritable^ et les sacrifices du paganisme des sacrifices or* donnés aux premiers hommes t dont Abelel Cain nous font voir r exemple ^ sacriÂces yui n'étaient que la figure et que V ombre dun ^rand sacrifice où Dieu se devait lui-même immoler pour nous. Par toute la terre on mangeait la chair des victimes; dans toutes les nations le sacrifice qui finissait par là était regardé comme un festin solennel de l'homme avec Dieu, d'où vient que l'on trouve si souvent^ dans les anciens poètes païens , U festin de Jupiter ^ les viandes de Neptune , pour signifier les victimes dont on mangeait après les avoir immolées à ces fausses divinités; et s'il y avait parmi les Juifs des holo' caustes, c'est-à-dire des sacrifices où (a victime était entièrement brûlée en l'honneur de Dieu^ on les accompagnait de V offrande d'un gâteau^ afin qu'en ces sacrifices mimtt il y eût à manger pour Chomme.
« La théologie de l'Inde a lié le rite traditionnel à ses.conceptions particulières: Toute nourriture est considérée comme un sacrifice. La nourriture du corps est V emblème de celle de fàme^ de la vérité sainte^ de la manne céleste : aussi les repas doivent être pris avec dévotion^ dans un état de doux recueillement, l'âme libre des soins terrestres , et abandonnée aux délices d'une joie innocente: aussi la religion impose t-elle des lois aux festins: on communie avec la divinité par l'enireiuiie des substances qui lui sont immolées; l Indien ne se nourrit que de viande sacrée : toute nourriture animale lui est en horreur^ si ellt