‹ Dictionnaire du parallèle entre diverses doctrines philosophiques et religieuses, d'une part et la foi catholique de l'autreChapitre 34 sur 87 · S37 FOI · texte numérisé non relu

S37 FOI

$u» fCélaxi fat FiU de ZH'e u , il fCauraii pu op&tr cect.{Joan. ix, !!• 31-33.) On ne saurait mieux constater le fait dÎTin et en analyser la portée ; et nous devons reconnaître dans notre aveugle le modèle de tous tes convertis h la foi, quant aux dispositions qni en précèdent Pacte formel. On Toit ici la droiture la plus complète dans Tusage de la lo^que naturelle, sans aucune trace de crainte sur les conséquences qae le fait miraculeux peut entraîner pour ta raison. Cependant, notre aveugle n*est [las encore parvenu h Tacte de foi : mais |ioor cela, il ne manque plus qu*une chose; c'est que Tobjet de la foi lui soit intimé. Une parole de lui va nous révéler le secret ae sa conversion h la foi chrétienne. Peu après sa guérison, Jésus le rencontre» et lui dit : Crois-tu au Fil$ de Dieu ? Quel ttt-il. Seigneur^ répond Taveugle, afin que ;e croie en lui? Parole immortelle qui éclaire (Je $e$ rayons toute la doctrine chrétienne sur la foi. Celui-là est en voie de croire, qui dit à Dieu : Seigneur ^ à quoi {aut-il que je croie f Dieu Q*a jamais manqué de répondre h cette prière, et si beaucoup s'agitent et n'arrivent |)as au terme, c*e.Ht qu'ils D*OQt pas l'abnégation de notre aveugle. Jésus donc lui répond : Ce$t celui que tu roû, celui-là mime qui te parle. Seigneur^ /ecroîf, reprend l'aveugle, e^ae prostemuAtf 1/ Codera, (/frid., 35-38.) Y a-t-il rien de plus éloquent et de plus saisissant T N'assiste-t-on pas, dans ce récit, à la naissance» au développement, à la consommation de la foi dans l'Ame humaine? Mais aussi, comme on s'y sent loin de ces illusions de plusieurs d'entre nous , qui s'imaginent qu'ils pourront amener de plain-pied les philosophes h la foi» en raisonnant avec eux, en rérutant leurs erreurs, en relevant leurs contradictions, en essayant de leur montrer que la vérité, dont une simple lueur les attire, eiiste en toute sa plénitude dans le christianisme 1 Tous ces travaux sont utiles, nécessaires même, ils peuvent servir de préparation ; mais, sachez-le bien, votre philosophe n'arrivera à la conversion que le jour où, se renonçant lui«mâme, il dira i Dieu : « Seigneur, je suis prêt à tout devant votre souveraine vérité ; à quoi fautil que je croie ? » Tant que vous n'apercevrez pas cette disposition dans votre philosophe, ne comiitez sur rien, quelques concessions que Ion vous fasse; le royaume de Dieu est loin encore.

< Oui, la foi est de la volonté, puisqu'elle est une vertu, l'indispensable et premier pas de rhomme en marche vers Dieu. Il ne s'a^t pas ici de la vérité mathématique

Ïii s'impose h la raison ; pour croire, il ut avant tout vouloir croire. L*homme qui se refuse k l'évidence mathématique donne

s<*mblabies, pas plus que lui-même, ifa-

Gr^ivent en elle les traces d'une défail- ^ce* Dieu rappelait en haut, il a voulu

rester en baa ; hors de le, rien n'est changé ; seulement, il est dans la mort; car Dieu, qui voulait nous élever jusqu'à lui, a touIu que la. vie pour nous fat dans la foi ; mais h la condition que nous voudrions croire. C'est ce que le Siège Apostolique nous a on-^ soigné par l'organe du grand Innocent XI, lorsqu'il a proscrit, le 2 mars 1679, rette proposition : Il n'eet pas au pouvoir de la volonté de fhire que fassentiment de ta foi soit en lui-même plus ferme que ne le comporta le poids des raisons qui déterminenê cet assentiment. « Voluntas non potest efft^ eere ut assensùs fidei in seipso sit magie /frmua, quam mereatur pondus rationum ad assensum impellentium, » D'où il suit, en prenant la contradictoire de cette proposit tion, que le poids des motifs de crédinilité peut faire sentir févidence morale h notre esprit, en faveur des dogmes dont ils cer<« linent la révélation ; mais qu'il appartient k la volonté seule, par son adhésion libre et ferme et le concours de la grAce, d'é« lever notre connaissancede ces mêmes dogmes h une certitude supérieure et véritablement divine. Il suit de là encore, et malheureusement aussi de l'expérience, que l'homme qui possède la foi peut la perdre ; qu'il peut déchoir de cette certitude divine qui était en lui par son adhésion à la foi ; que sa volonté par laquelle il s'était élevé audessus de la raison peut redescendre au ni yeau de cette raison. C'est le plus grand des malheurs, et il arrive trop souvent encore. Concluons donc de tout ceci que c'est une illusion de croire que l'on tient la conversion d'un philosophe dans quelque savant mémoire composé ad hoe^ corn* me s'il s'agissait d'obtenir une adhésion scientifique qui ne procéderait que de Tin^ telligence. Suivons l'incrédule sur tous les terrains où il s*arrêt«, montrons-lui q|ue la vérité révélée se dégage de toutes ie% objections et perce tous les nuages dont on veut l'obscurcir ; faisons tout pour l'esprit; mais n'attendons la conversion que de la volonté. C'était bien là aussi Terreur du traditionalisme, de faire de la foi une loi de l'intellisence, au lieu d'une vertu; en sorte que I on devait être Chrétien par cela seul que Ton était homme doué de raison. Ceux-là partageraient cette dangereuse illusion qui se flatteraient de tenir la conversion d'un incrédule au bout d'une dissertation ou d'une discussion.

« La philosophie séparée traite d'empirisme la doctrine de l'Eglise sur l'acte de foi ; on le comprend, puisque l'ordre surnaturel n'existe pas pour elle. Quant à nous Chrétiens, qui admettons l'existence de cet ordre supérieur auquel Dieu nous convie, et qu'il a rendu certain par tous les moyens propres à former la conyictton dans l'hom* me raisonnable, nous ne voyons rien do surprenant à ce que Dieu nous tende la main pour nous élever ju'squ'à lui, et à ce qu'il s'adresse à notre volonté, puisque la foi doit être pour nous un sujet de mé* rite. »

DiCTIOMNAIRE BU' PARALLELE.

ew

CiâoûSDiAiiiIftiianluiie partie de rtnstniC" tion fyooilaJe de Mgr r^vôqae dç Poitiers* $or les piiocipeles erreurs du lezeps*

« Après aroir parlé à ceui qui se relran^ ebent derrière leur condition d0 laïques, aU Ions ters ceux qui se Ibnt un rempart de leur qualité de pAilosophes.

• « Vau$ ne voulêx pat^ nous diaenl-ils, que noire caudition de koquee euffiee à noue tenir quittée envere Vordre eumaturel et ré* véU: eoit; maie voue ne pouvez nier ni lee priviUgee gue noue confère^ ni lee devoire me noue impoee notre qualité de philoeopkee. Le révélation^ de votre aveu^ n'a pae détruit ni aheorbé la raieon. D'aprèe Veneeignemeni et la pratique mime de VÉglieet la coexietence de ia philosophie et du chrielianieme eetnon* eouUment poeeible^ mais réelle et eubeietante^ Or eee deux puieeances ne peuvent eoexieter qu'à la condition de reeter chacune dane leur domaine wéparé et indépendant. La philoeo» phie ne rétive que de la raieen; et die là quelle eeeee detre eouveraine dane eon or* are. die là qu'elle accepte la suprématie d'une

C)iHance étrangère^ elle deecend du rang qui t appartientf elle e'abaieeef elle ee 9nutîle^ ou plutôt elle perd sa personnalité et sa rai* êon d'étrSf elle e' anéantit. Il est vrai^ la seolaetique entendait faire à la phiioeophie ee rôle eubalteme ; et^ quoiqu'elle la plaçât à la tête de toutes les autres scieneee humaines^ sa bienveillance $e bornait à lui assigner le premier rang entre lee aufres servantes de la théologie^ Mais c'est là dorénavant pour la philosophie une cof^ition inacceptable. La raison a droit aujourdhui à se croire autre chose que la préface de la révélation et le marchepied de la foi : la fonction d'escabeau ne va pae à celle qui peut et qui doit eiéger sur un trùnCf et la maîtresse du logis n*entend pae y demeurer à Vantiehambre. C'est pour-quoi il importe d^écarter désormais toute éqwivoque^ et de ne pae e'engager dams une voie qui minerait à tout autre chose qu'à la conciliation. « La religion chrétienne^ qui donne de eon cité et à sa maniire une solu' tion tris'Sutisfàisante et même trie-parfoite de toue Ue prohlimes de la destinée humainSf admet-elle ou n^admet-elle pas que JaphUo-- Sophie^ ea emur immortelle., offre également et par elle-même à ses disciples une lumiire euffisante et complite sur toutee les grondée queetione doctrineUes et pratiquée qui inté^ ressent l'homme et l'humanité f » Si le ehris^ ttanieme n*aceorde pae eela^ U n'accorde rien^ ft tous lee égarde dont il lui plaira Sentou* rer Feeprit humain sont des hommages déri* soirée. Autrement nous accueilterons tonioure avec eympathie toute tentative d'accord et de rapprochement. La fjhilosophie ne deuwnde pacf mieux que de vivre en bonne intelliqence avec le chrietianieme^ mais à la condition emc chacun restera souverain chez eoif et que ton traitera de puiesance à puissancCf de couronne à couronne. Les homnuufes m%^ tuels^ les éqardst les ambaesadeSf lee satu^ tations réciproques^ tané qu'on voudra^ pourvu qu^on demeure sur un pied d'égalité

et d'indépendance. Maie tout entremetteur, tout négOtiateur qui sortira de ee programme et qui stipulera pour la religion une suzerain netéf qui acceptera pour la philosophie une vassalité quelconque^ nous le désavouons d'avance. Il serait un peu naif aux scolastiquee d*aujourd*hui d'imaginer qtu la raison m ee déclarer satisfaite^ parce qu'ils auront décrété dans un même titre sa dignité et son insuffisance, et qu'ils Cauront représentée au firontispiee mime de leurs livres la couronne en tête et la sébille à la main. Nous ne sommes piM des enfasus qu'on puisse distraire par un lambeau as pourpre et consoler avec^ des hochets. Faites-nous grâce d'une majesté qui mendie, et n^ajoutex pas tironie à thumUiation. Nous aimons mieux le langage franc de vos pères : appelez rondement la philosophie sertanlCf ei vous ne vouiez pas la saluer souveraine* Pour nous, nous nous en tenons à ce mot d'un de nos maîtres ; « Ou /a philosophie n'est pas^ ou elle est la dernière explication de toutes choses. »

« Vous yoyti^ Messieurs, que, selon notre haMtude, nous avons conservé au langage de ceui que nous voulons réfuter toute son énergie et tout son éclat. Les naroles que vous venez d'entendre sont le résumé fidèle de leur pensée telle qu'elle nous est revenue cent fois par écrit et de vive voix. Lisez leurs journaux, leurs livres, leurs rapports, leurs niéaioires académiques ; entendez leurs thèses, leurs entretiens, et partout vous retlrouverez ces deux aphorismes, qui n*en font qu'un : La vraie philosophie ne peut avoir son complément en dehors d'elletaéme : toute philosophie qui reconnaît une autre autorité que celle de la raison, abdique et se déshonore.

« Or, Messieurs et chers coopérateurs,à ces affirmations gratuites et dénuées absolument de preuves, vous opposerez hardimentcesautrès assertions qu il vous sera facile de justifier par les arguments et les développements les plus solides et les plus néremploires : la philosophie qui repousse te complément de la révélation est une philosophie antirationnelle, une philosophie impossible, une philosophie impie; la philosophie qui accepte Tautorité de la foi, loin de se restreincire et de s'abaisser, s^agrandit et se relève.

« Et d*al)ord nous dirons à la philosophie qui récuse toute étude, tout examen, toute acceptation de la vérité révélée, oae aon premier tort est d'être antipbilosopbique. Vous voulez que votre philosophie ne relève que de la raison: et plftt à Dieu qu'elle en relevAt touiours I Car ce que noire concile reproche a votre philosophie, c'est d'être en insurrection flagrante c^intre les enseignements et les préceptes de la raison même. Assurément, Dieu a donné la raison à Tbomme pour le conduire, pour le gouverner. Mais si le premier usage que la raison fait d'elle-même a pour résultat de réclairer sur sa propre faiblessot si le pla« noble effort et le plus légitime triomphe de

M roi.

la raison est de remettre Hiommo entre les bras de la foi, appeUera-t-on rationnelle une philosophie qui refusera obstinément de prêter I oreiUe aux conclusions les plus impériensesde la raison7(C<mei/. Pe/roe. ,tit. m, c. 3, n. fc.) Or, i^armi les principes les pli|s élémentaires et les plus évidents dans i ordre mâme de la raison, n\x\ ne contestera raisonnablement que l*on puisse et que Ton doive ranger ceux-ci : « Dieu sait beaucoup de choses que nous ne savons pas, et il sait mieux qne nous les choses que nous savons. Dieu» qui sait plus que nous, peut nous révéler ce qn*il sait et que nous ne pouvons pas savoir par nous-mêmes; Dieu, qui sait mieux que nous, peut nous certifler ce que par nous-mêmes nous ne saurions qu*impar&iitement et péniblement. » Ces principes ne souffrent pas de contradiction. Car enfin, quelque magnifique idée que Ton conçoive de notre nature, on est bien forcé de reconnaître qu*elle est finie et bornée. Dieu» sans doute, doit à chacune des créa* tures qui sortent de ses mains les éléments essentiels qui la constituent dans son ordre d'existence. Mais, si élevé que soit Thomme dans Téchelle de la création terrestre, il reste néanmoins un être créé, et, par consé-

3uent, la sphère intellectuelle et morafe ans laquelle il se meut est nécessairement limitée» tout comme la sphère physique

Ju'il habite. De quelques dons transcenants qu'on la suppose douée, la nature rencontrera toujours ses lrontièT«s extrêmes Jo*elle ne peut dépasser; il y a pour ellB es coloimes d'Hercule an delà desquelles il ne lui est pas possible d'avancer.

« Mais ce que pieu créateur ne doit pas à niomme , ce que Thomme n>st pas même susceptible de recevoir de lui, ni comme portion intégrante de sa nature, ni comme appendice naturel de ses feeultés, Dieu peut fe lui départir k tHre d'ejonté surnaturel. Alors ce n'est pas k sa josiice, ce n*est pas même seulement k sa sagesse, k sa providence ordinaire que Dieu obéit : c'est un acte pur do sa bonté et de sa miséricorde, ou ptutdt, comme parlent les saints Livres, c'est on transport, c*est un excès de son amour (ffpAei. n, 4); c'est en quelque sorte le trop plein de sa propre nature qui déborde dans la nAtre, et qui, par un accident divin et permanent, fait entrer ainsi notre nature en participation de la sienne. (// Pttr, 1. 1.)

« Tel est l'orare surnaturel, Tordre de la révélation et de la grftce, dont le mystère du Fils de Dieu fliil homme est le princifie et le fondement, le centre et le nœud, et dont la vision béatiftioe du ciel est pour nous le terme et le résultat final. Jamais la raison boinaine ne pourra établir rhnpossibilité, encore moins la non«-existeoee de cet ordre. La plus vulgaire logique enseigne que la toute puissance étant un des attributs vertains de Dieu, il n'est permis de marquer k <^tee toute-puissance d'autre barrière que ^llas de Kim|)08sible et de l'absurde. Or, t^oû-seulement le fait de l'Incarnation et de

ui

tout Tordre surnaturel qui en découle, ne saurait être taxé d'absurdité et de contradiction dans les termes; mais l'hypothèse nous en étant divinement présentée, notre esprit en conçoit aisément la convenance et Ta-' vantage.

« La auestion se réduit donc k ceci : Etant supposé que Dieu se mette directement en rapport avec l'homme pour Tinstruire de vérités plus hautes que celles qui sont accessibles k sa raison naturelle, pour le guider par des préceptes positifs et des secours Gratuits vers une destinée supérieure k $a estinée naturelle, Tbommefera-t-il acte de raison et de saine philosophie en disant k Dieu : Votre parole révélée^ votre Mporitite ne me regardent pas. Je ceseerais i^etre phi^ tosophe $ije vous écoutais^ si je voue ooéià* sais. Adressez-vous tout au plus à mon cœur y à mon sentiment^ à mon imagination ^ à ma

nenne maisû volonté éclairée^ jamais. Ma raison est une puissance qui ne retire que delle-mime^ et qui ne peut accepter d*aucune puissance supérieure ni lumières f ni commandements quelconques T

« £h bien, non. Messieurs, ce langage n'est pas, ne peut i>as être rationnel. Evidem* ment, quand la philosophie parie ainsi, elle pose en axiome ce qui est en question. Par une manoeuvre qui lui est familière, elle espère placer son idée favorite au-dessus do toute discussion, et elle vent lui conférer le privilège de l'inviolabilité en l'enveloppant sous Tnabit majestueux ti*une sentence, k peu près comme certaines dignités et cer* tains costumes mettent ceux qui en sont investis k Tabri de toute poursuite et de toute saisie. Mais, en vérité, la philosophie rooderne,'qui -s'arroge le droit de citer au tribunal du libre examen le» affirmatiofts divines, ne saurait avoir la prétention de nous faire accepter sens examen et sans eontr6te 9e$ affirmations les plu» arbitraires. La vieille philosophie a dit : Quod gratis assert-' tur^ gratis negatuTi et cet axiome nous suffirait k lui seul (»eur écondutre le principe de la souveraineté de là raison. Hais par combien d'antres arguments philosophiques ee principe n'eat-il pas directement contre* dit et renversé l

« Par exemple, s'il est philosophique d'à* voir un maître ici^bas, comment serailMi antiphilosophique d*aeeenter un mettre Ihn haut, et en quoi peut^ii être rationnel de renvoyer ce maître dans les profondeurs de sa demeure céleetei s'il daigne en descendre pour nous instruire? Tous les jours un homÉiede génie, par sa parole, par aes le* çons, élève une rnlel licence au-dessus de son niveau naturel, lui imprime un étan, hji donne un essor que cette latelltgenee abandonnée k elle-même n*M rai t jamais su preo« dre. S*avise-t»on de regarder comme un outrage k la raison indépendante du diaeiple ee profit qu'elle tire des lumièrea et do Texpérience du maître ? N'a-t-on pas tOHOurj considéré, au contraire, oobmdo un ioste su-

Ci3

MCtlONJ^AiRB DU Ï^ARÂLLELE.

Jet de gloire d*avoir été élevé à Técole d*un Socrate, d*un Platon ou des autres philoso* phes célèbres? Or, en quoi le maître divin» qui daigne nous communiquer surnaturellement une partie de sa science divine et inaccessible, porte-t-il une atteinte plus sérieuse h la dignité de nos facultés persôU" nelles, que le maître humain dont renseignement nous ôto le mérite de découvrir par nous-mêmes des vérités auxquelles notre intelligence aurait rigoureusement pu parvenir par ses propres efforts?

<c Et ce n*est pas seulement envers le matire qui enseigne, c*est encore envers le mettre qui commande, que la voix de la raison nous ordonne la docilité et la soumission. Il n*e$t pas un livre sérieux de philosophie et de morale naturelle qui n'enseigne le principe nécessaire de l'obéissance et de la subordination de Thomme envers Thomme, par etemple, du fils envers le père, du sujet envers le prince, du serviteur envers le maître, en un mot, de Tinférieur envers le supérieur. El le droit du supérieur, de Taveu jde tous les moralistes, ne consiste pas uniquement* et ne consiste pas même toujours nécessairement à pourvoir à Tobservation des lois naturelles écrites dans la conscience de chacun ; le droit du mettre, c'est d'intimer ses volontés personnelles, c'est de faire des commandements positifs; et le devoir de l'inférieur, c'est d'obéir à ces commandements, c'est d'accomplir ces volontés, tant qu'il ne s'y trouve rien d'injuste et de déraisonnable. Or, si la dignité de la nature humaine n'est pas offensée par cette soumission de l'homme aux volontés libres d'un autre homme, en quoi la raison peut-elle protester contre ia glorieuse sujétion de l'oomme aux libres volontés de Dieu, volontés toujours justes en ellesmêmes, et toujours avantageuses à ceux auxquels elles sont imposées? En un mot, s'il est philosophique d'aller à l'école et d'obéir aux ordres d'un homme, comment établir qn'il n'est pas philosophique d'aller à l'école et d'obéir aux ordres d'un Dieu?

« 11 n'est pas jusqu'à son propre nom qui n'oblige le philosophe à accepter les lumières de la révélation dès là que^Dieu daigne Jeslui départir. La philosophie, c'est ramour de la sagesse^ c'est la recherche de ta përilé. De quelque cAté donc que la sagesse et la vérité viennent vers l'homme, l'homme ne peut les repousser sans repousser le titre même de philosophe. Or, voici que le philosophe rationaliste se fait précisément un point d'honneur de demeurer dans son ignorance et dans son erreur, plutôt que de prêter roreille à la parole directe de Dieu ; voici que le naturalisme revendique, pour la raison le droit de rester abandonnée à sa faiblesse native, et qu'il défend opiniêtréjiienl, comme un apanage inaliénable de Thuinanité, la faculté dl^norer et de se tromper. Cest être trop ex^eant^ disent-ils, ■gue de demander à la philosophie de tout savoir et d'être infaillible. La philosophie doit n contenter modestement de la dose de science

et de vérité qui est à sa portée. Oui, sans doute ; mais à la conditioii que la philosophie considérera comme étant à la portée de l'homme toute science et toute sagesse qu'il plaira à Dieu de lui rendre accessibles a un titré ou à un autre, et qu'elle ne formulera pas uhe proposition aussi insensée qne le serait celle-ci : Plutôt les ténèbres et terreur saiM tihtervention surnaturelle de /Keu, que la lumière et la vérité au moyen de cette intervention. Car, alors, il faudrait dire au philosophe qu'il porte un nom menteur, et que, tout en se proclamant homme de progrès, c'est lui-même qtii emprisonne l'esprit humait! dans un cercle infranchissable. Eh quoi l vous ne voulez pas due la raison soit limitée par la foi, et vous limitez la raison par elle-même 1 La foi, loin de restreindre le territoire et de resserrer les limites de Tordre rationnel, recule les frontières de cet ordre, ainsi que nous le dirons bientôt; ou plutôt, en maintenant les limites ei les frontières naturelles de la raison, elle confère à la raison le privilège de les franchir et de s'exercer dans la seconde sphère où elle l'introduit. Et la philosophie est d'autant moins admise à considérer ceU'. extension merveilleuse du domaine de ia raison comme une dérogation à sa dignité, qu'elle est bien forcée de reconnaître que la raison individuelle de l'homme n'est pas la source première et l'instrument unique de toutes ses connaissances, naôrne purement naturelles. Il n'est aucune philosophie ac* ceptable qui ne proclame l'autorité et la nécessité du témoignage extérieur, l'autoriti et la nécessité delà tradition naturelle el de l'éducation, et lors même qu*elle fait tout jaillir du mot, assurément elle reconnaît c^ moi comme éclairé d'une lumière communiquée ; hormis pour quelques nouveaux frénétiques qui ne feront jamais autorité chez nous, ce mot n'est pas vieu. Si donc le témoignage divin, SI la tradition révélée et l'éducation surnaturelle, si une communication nouvelle et supérieure de \é lumière d'en haut, apportent à l'homme des vérités et des certitudes que ni l'évidence intime, ni le témoignage de la nature et de Thumanité ne lui présentaient, évidemment il no saurait être philosophique à Thomme de rejeter ces vérités, de rejeter ces certitudes, sous prétexte que la cause extérieure d'où elles procèdent n'est pas humaine, mais divine.

« N'oublions pas qu'il est un autre axiome familier à la philosophie, soit ancienne, soit moderne: c'est que le philosophe ne peut pas et ne doit pas néjzliger les faits, attendu que rhistoire est le flambeau de la philosophie. En effet, si la philosophie se sépare des faits, si elle met de côté rhistoire réelle de l'humanité, elle risque de n'avoir rien do positif, et de séjourner éternellement dans la région nuageuse des hypothèses, trèsr voisine de celle des chimères. Or, cela étant, comment peut-il être philosophique d'interdire à la raison du philosophe d'aborder ces grandes questions historiques qui touclieiu

roi.

BM

ktoas les pointa euloiinants des affaires hamai Des ? L homme a-t-il été laissé dans son état dépure nature? Dieu a-t-il parlé aux hom^ mes? Dieu est-il venu sur la terre? Dieu am7 fondé ici-bas une société surnaturelle? Quand le Tris- Haut a parlé par des envoyés^ quand il est venu en personne ^ a-t-il prouvé par des signes décisifs la divinité de sa parole^ la divinité de sa personne ? Dans cette société surnaturelle quhla fondée au sein de fkumanitéf a-t-il laissé des marques manifeS" les de son assistance continuel On comprend ricoportance immense de ces questions historiques pour le pbiloso))be. Car enfin» il est encore un aiiome capital dans les écoles philosophiques, c*est celui-ci : Nosce teipsum : « Connais-toi toi'méme. )i^Ori|quoi de plus intime et de plus personnel pour l'humanité que de savoir si son état actuel et réel est ou n*est pas l'état de pure raison et dépure nature? si, en la personne d'un Dinu, notre nature humaine a été hypostatiquement unie k la nature divine? et, dans ce cas, quelles conséquences ont découlé de là pour toute l'espèce humaine? quels devoirs, quels privilèges, quelles espérances d'avenir cette alliance divine et cette parenté incomparable ont dû apporter h toute notre race? Encore un coup, ou l'histoire n'a aucune connexion avec la philosophie, ou l'examen des faits dont il s'agit ici doit exciter au souverain degré l'intérêt du philosophe. Eh bien! non. Le philosophe fera un lour agile sur lui-même, et il en sera quitte pour vous dire : Nous sommes philosophes^ et nous ne sommes pas théologiens. Et la pbrlosopbie persistera opiniAlrément h ne pas môme aborder comme une hypothèse ce que la yoix du genre humain tout entier et de tous les siècles lui présente non-seulement comme une possibilité, mais comme un fait certain, je veux dire la révélation surnaturelle; et cette même philosophie se retranchera éternellement dans ce qui n'est point, dans ce qui n'a historiquement jamais été un lait réel, mais dans ce qui est simplement une bvpothèse et une possibilité, je veux dire, 1 état de raison pure ou de pure nature. En vérité, la philosophie peut-elle s'anéantir et s'extermiuerplus radicalement elle-même» à moins qu'elle ne prétende qu'il est de son essence de demeurer dans les hypothèses et de n'avoir rien de commun avec les choses positives?

« Mais la philosophie n'a pas le droit de se dénigrer à ce point elle-même. Qu'elle le veaille ou qu'elle ne le veuille pas, c'est sa gloire comme c'est son devoir de rester une science positive, une science pratique, une science morale, dont la principale mission est d*acheminer l'homme vers ce qui est le but de sa vie. Au besoin, je m'armerais iui encore contre la philosophie d'un autre vieil adage philosophique qu'elle ne peut récuser : In omnibus rsspice finem : « En toutes ekoseê considérez la fin. » Or, s'il est un fait uui domine toute l'histoire de l'humanité Jes siècles, un fait d'où tout relève, auquel lOut aboutit, un fait dont la conséquence né-

cessaire est de marquer h l'homllie une destinée à laquelle il est tenu d'aspirer^ une fin dont il ne peut se détourner sans crime el par conséquent sans péril' de châtiment, assurément la philosophie humaine a quelque autre chose à faire que de branler la tête et de dire : Ceci ne me regarde pas. Permis h l'écrivain philosophe {Eludes d'histoire re/tgieuse^pBT M. E Renan, 1857, p. 334} de se railler plus ou moins agréablement de cette sentence de l'auteur de Vlmitalion : A quoi sert de savoir des choses sur lesquelles nous ne serons point examinés au jour du jugement? Mais je ne sache pas non plus que ce soit un rêie très-glorieux pour la philosophie de nous mettre en rapport avec toutes choses, excepté celles sur lesquelles nous serons examinés et jugés. Arrière la philosophie humaine qui se déclarerait complètement étrangère à la question de la* fin dernière et du bonheur éternel de l'homme 1

« Disons-le donc, en empruntant la pensée et le plus souvent même les expressions de notre concile : Sans doute la philosophie et ta théologie sont des sciences distinctes; mais autre chose est la distinction^ autre chose est la séparation ^ F oppositions Vincompatibilité. La philosophie diffère de la théologie^ comme la raison diffère de la foi^ comme la nature diffère de la grâce* De même que la foi ne s^impose pas partout à la raison et qu'il y a un certain exercice

{wssible et réel des facultés naturelles sans 'intervention de la grâce , de même il y a un certain ordre de sciences humaines gui peuvent exister et se développer sans le secours direct de la doctrine révélée. Ce prtncipe n'a rien d'étonnant, et il doit être ac" ceplé de tout le monde. Mais d'imaginer et de construire un Systems ^énéral^ un cours eomfflet de philosophie qui se tienne si ex* clusivement dans la sphère de la nature ^ et si rigoureusement en dehors de toute relation avec l'ordre surnaturel, quil ne soit pas mâmeun acheminement vers les doctrines plus hautes d'une religion divine^ qu'il ne laisse pas même soupçonner que Dieu a pu converser avec les hommes, et que réelle* ihent le Verbe fait chair a habité parmi nous, plein de grâce et de vérité, ce procédé, quel qu'il soit et (Quelques autres qualifications qu'on doive lui donner, non-seulement n'est pas chrétien, n'est pas religieux, comme nous le dirons bientôt, mais il n'est même pas philosophique, parce qu'il n'est pas conforme a la raison même naturelle de l'homme,{Con* cil, Petroc, loe. cit.) Saint Thomas d'Aqnin l'a djt avec un i-propos merveilleux : La foi^ il est vrai, n'est pas un apanage de la nature humaine; mais il est dans la nature humaine que Fâme de l'homme ne répugne pas à faction intérieure de la grâce^ ni à la prédication extérieure de la vérité: c'est pourquoi, sous ce rapport, l'infidélité est contre nature. Et Tertullien a exprimé la même pensée d'une façon plus concise, quand il a dit : Nul n'est philosophe, si ce nest le croyant : « Netno sapiens, nisi fidelis. » (S THoy., a-2, q. 10. art. S, ad 1 ; Tsa-

DICTIONNAIRB DD PARALLELE.

rvv.f Be Prœicr.j Hb. m.) Saint Aagusltii, ce (àiilosophe si éminenty fâil également observer qae eaux t/ui ta practomefU les ehampéùma de la §eienc$ el mî w^prUent ta fôi^ ne poiUdeni même pat la seiêncef |mtaqu'ilê ignoremi ce qui eH un progris at utile et un complément nécessaire de la scienee. (Enar. in psal vin.) Enfin, If essieura» notre concile, attentif à ne négliger aocune autorité propre à faire ressortir les torts que la philosophie séparée se donne contre la raison elle-même, n*a pas finit difficulté de eiter au bas d'un de ses chapitres les paroles suivantes d*un homme qui fut lune des gloires de l'ancieRne université de Paris : Le grande Vimportant service que la bonne phOosophù rend à fhommBf dit Charles Roliin dans son Traiié des Etudes^ c'est de le disposer à recevoir toui ce que lui enseigne la révélation. Elle s'applù^ surtout à lui faire bien comprendre que devant Dieu tout doit se taire^ la raison aussi bien que le artif, parce que rien n'est plus raisomuéle que de n'éoouler que lui, quand il parle : Ipsi de se Deo credendum est (S. Hi- LAR., De Trwt^M iv^ 50) ; que la raison ne doit pas trouver étrange qu'on la soumette à Cautoriié dans des sciences fut, en trai^ tant des choses qui sont au-dessus de la roi- «on, dioivent suivre une autre lumière qui ne peut iire que celle de l'autorité divine. Voilà la kçon que donne la philosophie aux jeunes gens^ non une philosoMe inquiète^ hardie^ téméraire^ dont saint AniI avertit les fidèles de se donner de garde^ et 9m, pour expliquer ce quelle croit t anéantit ce qu'elle devrait croire^mais une pkiloêophie sage^ solide H fondée sur les principes mêmes et sur les lusnieres les plus pures de la raison naturelle. {Traité du Etudes^ I. vi^ art. 5.) Couchions donc. Messieurs» que»loia qiie toote entente soit i«apossible eolre la religioD et la philosophie» ainsi qu*on se plafi k le dire, attendu que les philosophes portent des droits de la raison^ et leurs adversaires de la négation de lar oison (La Liberté de conscience j pac M. J. SivoN, 1867, Introduction, p. 12), c'est au coniraire du côté de nos prétendus philosophes que ae trouve cette négation.

« Mais si U philosophie séparée est antirationnelle » uaus avons ^3xAé en outre qu*eUe est impassible et pute ment imagitaaire. Cette philosophie, en effet, n'est qu une fiction* si on la eonsidère dans sa double |icétention d'être une philosophie complète qui résout tous les problèmes de rhomme et de rhumanité pour la vie présente et fuittie» et d*éti*e en même temps une philosophie indépendante de tout autre autorité que de la pure raison. Chaque fois qu'on vous présenterst MessieurSt on livre quelconque s'annoncent comme un Cours complet de philosophie d'après les seules lumières naturelles^ soyez assurés de constater bientôt deux choses : premièrement d'immenses lacunes dans ce cours coflsplet, et secondement des traces manifestes de religioa révélée dans ce livre de

pore raison. Pour ma part, f ai lu avec la plus grande patience un volume intitoié: De la Religion naturelle. Ma conscience m'oblige de dire que je n'j ai pas trouvé aae relwion^ et que, dans le peu de religion qu'il contient, f ai trouvé beaucoup de nirnaturel. Eh (juoi I mon frère, vous avez joui et vous jouissez encore de la vue du soleil; vous avez arrêté vos regards sur tontes les parties de cet univers, ilinminées et vivifiées par ce grand flambeau; vous avez admiré la campagne baignée de sa lumière et inondée de ses feux ; et vous croyez pouvoir parler de la nature comme si vous aviei été toujours aveugle! Vous vous imaginez ^pa^'U vous soffira de vous retirer dans votre cabinet et de fermer les yeut potfr réussir è faire absolument abstraction de toutes les images, de toutes les impressions gravées dans votre esprit et jusque dans vos sensl Ah! sachez-le bien, le christianisme nous a trop pénétrés, trop investis de toutes parts, il a jeté trop de lumières sur toutes les questions sf)écutatives et pratiques de la vie, pour qu'il nous soit désormais possible de séparer entièrement les choses de l'éclat qu'il a versé sur elles, du jour sous lequel il nous les a présentées. Tourner le dos è cet astre tant que vous voudrez, votre stature ne sera jamais un obstacle suffisant à la diffusion de ses rayons; au-dessus de vous, h côté de vous, ils s'avancent, se prolongent, ils se croisent, se rejoignent, et, nonobstant le petit espace d*ombre et d'obscurité que vous avez pu conquérir sur eux, voiei que, malgré vous, ils éclairent encore votre marche. Entendez notre concile réfutant ce dessein qu'ont certains philosophes modernes de construire sans la religion révélée tout rédifice de la philosophie et de la morate naturelle : c Ontre que cette prétention est im- (lie, disent les Pères de Périgueux, elle est très-vaine. Car, tandis que ces hommes, par une fraude Indigne, omettent et suppriment Jésns-Christ ; tandis qu'ils l'étouffent en quelque sorte dans leur perfide silence, l'œu le moins exercé ne tarde' pas à reconnaître que la {philosophie qu'ils produisent devant nous est sottement habiUi^ de lambeaux çà et là déiaché^tie KEvangile. A la- vérité, si avant les jotirs de Notre- Seigneur Jéisus-Christ, nous eussions entendu ces mêmes hommes s'exprimer si convenablement el si afOrmarlivement sur le Dieu créateur, sur son souverain domanne et sa providence, sur l'immortalité de l'âme et sur ses devoirs, peut-être efttii fallu les admirer comme des génies sepérieurs aux Platon et ao< Gieéron. Mais voici que ce qu'ils nous oflRrent pompeaseiuent oomme le produit la|jNCH*reax de \tnT raison, c'est h f'Iiglise qu'ils Tont dérobé, et tout leur mérite consiste i nous le rendre fraudé et mutilé ; ce qiPils nous donnent pour du pur phtlosopbiqne, n'est a(^ tre chose auo du christianisme tronqué et altéré* 1» N'est-ce pas de ces plagiaires que Tertullien disait : « Quel est celui de

FOI

urs puetes, ct»lai de leurs sophistes, qui ait puisé dans ncj^ prophètes? C'estè ces )arces sacrées que leurs philosophes ont anché la soif de leur sénie. Et parce qu'ils nt usurpé quelque i^Eose de ce qui nous ,)partieni» à cauae de cela on étaolit mie )in(iaraisorr entre eux et nous I... Or, dans effort que iuut ces bommeSy uniquement ^'H\es de gîoire et d'éloquencei pour atlindre jusqu'à l'élévation de nos dogmes» ils rencontrent dans les paçes divines quelue chose qui puisse servir à leurs vues, s i en extraient et ils raccommodent à îurs vaios caprices, sans se faire aucun crapule de I altérer; ils corrompent ce ue nous leur offrons de certain par le iélange des doctrines les plus incertaines. ... Ail reste, continue TertuUie»f il ne iQt pas s*élonner que les philosofihes aniens aient défiguré de la sorte le Vieux réclament, puisque certains honmias qui lOoi nés de leur race viennent prendre •Qcore chaque jour leurs ai*mes dane rar« ienal plus récent du christianisme : ils <ié* i^yroeot arbitrairement nos Evangiles dans le sens de leurs opinions philosophiqtles : ei, par de sacrilèges découpures, d*uD seul iiteioin droit il» ont fait mille sentiets ooiiquos et uq labyrinthe ioextricable. » ïa vérité, Uessieursy pouvait-on mieuxcaradériaer, dès le il* siècle, rimpuissance de I4 philosophie son chrétienne è se passer réfllemeni dtt ebristinuisme? Pouvait-on tuteiii démontrer que, nonobstant tout ce que la doctrine des philosophes a d'incomptei, elle n'est le plus souvent, dans^ses pat^ tiestant soit peu solides et sérieuses» qu'un emprunt et un plagiat, lorsqu'elle n'est pas uoa parodie et one falsification T »

M. de Maumigny a publié, dans VUniven ^u 17 Jaillet 18M, Tarticle suivant :

Bnpports et analogies de V ordre naturel et de tordre iumaturel.

• On nous accuse, d'un cAté, de nier la niM)n, de la réduire h une complète impuia- Mnce; de l'autre* de loi trop accorder, et de bireattx philosophes ralionalistea, notam^ lueot à M. Cousin, des concessions dange*relises. Nous crojoos avoir démontré que les raiiunalistea en général, et M. Cousin en pitticnlier, loin de trop accorder è la rai*- &oa buniiiee, la nient radicalement. (Foy. le naméro du 11 juillet, article : De la Raison fi et la Foi nlon M. Cauêin.) Nous sommes donc peu disposés à leur foire des conœs- »OQs; mais un te) reproche notas touche, et ooQs devons è la bienveillance de ceux qni OOQS Tadresaent quelques explications.

• Nous convenons que l'homme n*a rien Qttil n'ait reçu, que la raison divine seule opère d*eile-roème, parce qu'en Dieu seul 'es idées sent la substance même de l'être, UQiis que toute créature les reçoit du de- «on» : i'aoKe dès le premier momenl d^ son eiis(ence,rhoaMiesuceessivcmeniaa moyen l*,^ spectacle de la nature, d'une part, et, de i«uire, de la parole humaine: en sorte quiB MncQQe venait éveiller la raison, aucune

DictiOR!!. nu Paballèle.

conception ne procéderait de rinletllgencob L'elpérience et l'analoçie le prouvent, et l'ordre des procession^* divines nous en donne la raison essentielle. Dans chaque ordre, en effet, la foi précède la raison. La foi bo*^ raaine précède la sagesse humaine, comme la foi àivine précède la sagesse divine ou lie gloire. Partout Thomme va de l'imperfection à la perfection. Au physique comme an moral, dons l'ordre matériel comme dans l'ordre spirituel, le sens de Touïe se développe avant le sens de la vue, et nous som*- Bdes enfants ffvant d'être hommes faits.Or, le nouveau -né est nourri du lait maternel avant de chercher lui-même sa nourriture. L'enfant reçoit donc la vérité avant de rai« sonner et de voir; toutefois, dès qu'il est devenu homme fait, homme raisonnable, la foi naturelle cesse ici-bas, comme la foi siirnatnrelle cesseratdans le ciel, dès que nous aurons atteint « la plénitude de l'êçe du Christ. » Mais voici la différence : l'Ëglise nourrit « ses enfants nouveau-nés d'un lait raisonnable et pur; r l'humanité nourrit les siens d'un lail souvent corrompu qui donne la mort è Time, si elle ne rejette le poison mêlé à la vérité. Quoi qn'ii en soit, dans chaque ordre, quand on est homme fait, la fdi ne subsiste plds^

« Bm% l'ordre nannrel, l'homme sait que deux et deux font quatre, qu'il faut respecter la justice, adorer nn seul Dieu, non ^lus -seulement pa^ce qu'on le Iim a dit dans lenffllnce,; mais |)arce que cete est* dev^nn évident pour lui. De même au ciel, les bienheureux connaissent Dieu, non pins parce qu'il s'est révélé sur la terre^ mars parce qu'ils le voient. Toutefois, il est vrai que 9an9 la foi k la parole humaine, l'homme n'arriverait pas è i'évideiice natoret)e# comme sans la foi h la parole divine,!) n'arrive- Tait pas à l'évidence surnaturelle, la réeep^ lion de la vérité précédant de tonte nécessité l'intelligence.

« Mais si la foi précède rintchigence, il ne s^ensnit pas que l'homme ne sache que ce qu'il a explicitement; appris. D'on prin- -jcipe reçu il peui tirer aes conséquences qu^on ne lui a paa montrées. Kt de même que telle âme sainte qui n'a reçu sur la terre que les rudiments de la foi, verra mient dans lé ciel les ctioses divin<«9 que telle autre qui en aura en ici-bas une révélation plus explicite, de même tel génie qui n'a reçu dans son enfance que les rudiments de la science, saura les dévelofvper avec bien plus d'étendue que tel homme vnl-

Î;aire instruit avec plus de soin. On le voit, a nature est toujours la figure de la grâce, et quand l'analogie enssB^^ c'est mie la nature est viciée.

« Dans les deux ordres donc, Itf foi précède rîntellij^nce; dans les deuit ordres, la f^ vient de Poule. [RotH. x, 17.) Haf s ta voix

3 ni parle au dehors ne suffit pas. L'homme uni composé d*un corps et d'une Ame, il lui faut deux maîtres pour qoe son intelli-

roce se développe. Les créatures parlent ses oreilles et à ses yeux, et lui donnent,

la raison^ au moyen de laquelle nous notut élevons au-dessus des sens^ et présentons en nous-mêmes une certaine image de Dieu. Elle sait que nous devons chercher jusqu à ce que nous ayons trouvé^ que nous devons croire après avoir trouvé^ et ne pas nous attacher à autre chose qu'à ce que nous avons cru^ pourvu que nous croyions en outre quil n'y a plus rien autre chose à croire et à chercher^ lorsque nous avons trouvé et cru ce qui a été enseigné par le Christ^ qui ne nous commande pas de chercher autre chose aue ce quil a enseigné. Qu'est-ce donc que t Eglise ne tolère ni ne permet^ et qu'elle reprend et condamne absolumenUt en vertu de la mission qu'elle a reçue de garder le dépôt qui lui a été confié? L'Eglise reprend fortement^ et elle a toujours condamné et condamne la con-^ duile de ceux quif abusant de la raisoUy ne rougissent ni ne craignent de t opposer et de la préférer follement et criminellement à rautorité de Dieu; qui s'élèvent insolemment, .fut, aveualés par leur oraueil et par leur vor nite\ peraent la lumière ae la vérité f et reiet^ tent avec un souverain mépris cette foi dont il a été écrit : Qui ne croit pas sera condamné. (Mare. xl¥i, 16.) Pleins de confiance en eux-mêmes^ ils nient qu'on doive en croire Dieu sur Dieu méme^ et accepter avec obéis • sance ce qu'il ajioulu nous faire connaître de sa propre nature. A ces hommes, l'Eglise ne cesse ae répondre que^ lorsqu'il s'agit de la .connaissance même de Dieu^ c'est Dieu qu'il faut croire^ que c'est de lui que vient tout ce que nous croyons sur (ut, parce que l'homme n'aurait pu le eonnaUre camme il en a be^ soin^ si Dieu lui-même ne nous avait communiqué cette connaissance salutaire.

« J'ai parlé du témoignai^e. Mais qu'estce que le témoignage et quelle est sa Ta- Jeur?

< Le témoignage est l'assertion de celui qui o vu ce qu'il raconte» témoignage qui se perpétue par la tradition. Ainsi la force du témoignage repose sur l'évidencet évidence qui ne tromite jamais, selon saint Thomasi .parce que l'évidencet perception pure et simple do ce qui est, est une opération naturelle involontaire, et dans laquelle le ju- .geroentet le raisonnement n'ont point de part.

« Et comme il y a quatre univers : Ton incréé* à savoir Tuni vers essentiel, qui est Dieu lui-même; les trois autres créés, à savoir te monde sensible, le monde intelligible, le monde /spirituel ou de la gloire; ii y a dès lors quatre sortes d'évidence : Tévir ûencet essentielle, oui n'appartient qu'aux personnes divines; Tévidence sensible, qui appartient è l'animal ; Tévidence intelligible qui appartient à l'ange; l'évidence spirituelle enfin, qui appartient au Christ en tant qu'Homme-Dieu. Animal raisonnable et rer Ijgieux, l'bomme a, comme l'auimal, l'évidence sensible, participe naturellement à ;'évidence intelligible, et, par grAce seulement, à l'évidence spirituelle ou à la gloire de Jésus-Christ son chef.

«L'évidence sensible netrompepas,à moins tkiG les sens ne soient malades. Aussi Notre-

Seigneur en appelle an témoignage des sens pour prouver aux apdlres ta réalité de sa résurrection. Religion, science, société, tout s'écroule si Ton récuse l'évidence sensible. Le droit tout entier, non dans son principe, mais dans son application, repose sur des faits constatés par le témoignage des hommes; famille, propriété, justice, droit politique et civil, tout en déuend. Il en est de môme de la religion; les apAtres sont des témoins qui racontent ce qu'ils ont vu, touché, entendu, nous dit saint Jean. A Dieu ne ()lai>e dès lors que nous ébranlions la forcedulémoignagehumainl mais dans quelle sphère est-il valable et même nécessaire? Dans l'ordre des faits seulement, et pour constater des événements dont nous somuies séparés par le temps et les Heux.

« Le témoîKnage f>urement humain est-il valable pour Tes vérités surnaturellnsî Non,

Kttiaque le seul Fils de Dieu vovait ici-bas ^s choses divines. Aussi l'Aglise croit comme nous ce qu'elle enseigne. Elle conserve les dogmes. Kl le n'en découvre aucun.

« Le témoignage humain estait valable dans l'ordre intelligible ou des vérités naturelles éternelles? Non, mais par une autre raison. C*est que les premiers principes étant évidents pour tous, nous n'avons pas besoin dès lors du témoignage d'autrui. Quant aux conséquences, la raison étant faillible, nous avons toujours le droit de dire à nos maîtres : Prouvez vos assertions ; preuve inutile quand c'est l'Eglise qui enseigne, puisqu'elle est infaillible. Soit dans Tordre de la nature, soit dans Tordre de la grice, Tftme riisonnabto ne saurait dépendre de Thomme, qui ne Ta ni créée, ni engendrée; elle ne dépend que de Dieu et du Christ, et par suite de TEgtise, organe du Christ.

« J'ai hAte d'ajouter qu'il ne s'agit ici que de Tordre intelligible. L'ordre social est basé sur d'autres principes. Antre est un docteur, autre un roi. Dans Tordre spirituel, Jésu^Cbrist est tout à la fois un docteur et un roi. L'£2glise, dès lors, n'est pas seulement une école de vérité, c'est, encore une société; et son autorité est non moins sacrée en matière de di6ci{)line qu'en matière -de foi. Quant aux princes, $*îl n'ont et ne •prétendent à aucun pouvoir dans Tordre purement intellectuel, leur autorité tem^iorelie, qui est d'un autre ordre, n^u reçoit pour cela aucune atteinte. Père de Tlitat, ministre de Dieu pour le bien, le prince a le droit de nous donner des lois, poorvuque ces lots ne violent ni la loi divine ni la loi naturelle. C'est ce que Descartes reconnaissait lorsau*il prétendait borner h Tordre intellectuel naturel son doute méthodique, et mettre la religion et TEtat à l'abri de ce doute. Nous ne contesterons pas la sincérité de Descartes; mais, en la prenant telle quil la donne lui-même, il oublie malheureusement que 1q rocher qu'il cherche est lésus-Christ, f)t que la raison ne nous est donnée que pour aller à lui.

« Sans la chute, il est vrai^ Tensetgae*

Page 1