IMMORTALITE DE L*AME
France» un ouvrage intitulé Terre et cieU où lauteur» H. Jean Reynaud, reproduit avec t>eaucoup d*habileté et d'éloquence les principales difficultés qu*on a souletées (outre les dogmes du péché originel et surtout de Téternité des peines» en môrne temps qu'il ramène sous un appareil scientiflque les vieilles erreurs d'Origène sur la préexistence des ftmes et sur leurs migrations pas- ^ées et futures. Nous concevons facilement que M. Reynaud» en dénaturant le dogme cAihoIique sur la vie future, soit venu aboutir à la métempsycose; car pour tout esprit droit et qui veut demeurer conséquent avec lui-même, il n'y a pas de milieu entre cette doctrine et la dotttrine catholique. M. Martin le fait très-bien remarquer, l'esprit doit nécessairement admettre l'une ou l'autre. Comment nier en effet l'éternité des peines, sans admettre que dans la vie future les âmes coupables pourront cesser de mériter ces peines T Si les peines ne sont pas éternelles, les ftmes ne seront pas toujours coupables; elles pourront donc un jour se justifier, elles conserveront la liberté de se repentir et de se réconcilier avec Dieu par lexpiation. Mais si les Ames pécheresses l>euvent devenir justes, les Ames justes pourront aussi devenir coupables, elles auront aussi la liberté de déchoir brusquement on graduellement par des fautes volontaires. Pour peu qu'on pousse le raisonnement et qu'on en suive les conséquences , on est inévitablement conduit à admettre que dans lies épreuves indéfinies tes Ames pourront toujours, suivant leurs mérites ou leurs démérites, monter ou descendre dans Téchelle (les êtres intelligents; qu'avant d'exister dans des corps humains, ces Ames ont préexisté dans d autres corps meilleurs ou pires (elon leurs mérites, et que dans une autre fie elles émigreront de la même manière d*un corps dans un autre, et cela indéfiniinent^ sans pouvoir jamais arriver à un état lixe dont elles ne pourraient déchoir ; en un n)ot, il faut admettre la métempsycose avec toutes ses conséquences.
M. Henri Martin poursuit son adversaire sur le double terrain de l'orthodoxie catholique et de la philosophie.... Il commence I4r remettre dans leurs véritables lumières les textes des Livres saints , des Pères et des conciles, souvent tout à fait dénaturés par M. Reynand. De cetie dissertation il résulte : l\qtie l'Ecriture, les Pères et les conciles rejettent la préexistence des Ames et la métempsycose; a* Qu'ils admettent le péché originel avec la déchéance de la nature hu- "latne et l'éternité des peines. M. H. Martin a soin de ne pas confondre avec la doctrine de 11 préexistence des Ames cette autre doctrine que TBglisen'a point réprouvée, et aui enseigne, non la création successive àes cmes, qui e^t l'enseignement généralement c^e, mais la transmission des Ames hors de J^îlie d'Adam ; de sorte que l'Ame des enunis naîtrait de l'Ame du père, comme leur ««n^ naît de son corps. En lisant ce travail ^ M. Henri Martin^ on verra que M. Rey-
naud a étrangement, quoique de bonne fhi , sans doute , défiguré l'enseignement de TKglise.
L'auteur examine ensuite la métempsycose à la lumière de la philosophie. Si les partisans de cette hypothèse se oontentaieni de dire que l'élernité des peines et des récompenses n'est |)as rigoureusement dé* montrable par la philosophie seule, l'auteur n'hésiterait pas è en convenir. Mais nier un dogme que la philosophie livrée è elle-même ne peut atteindre, sur lequel elle ne peut avoir que des doutes; le nier sous prétexte qu'il est opposé à la raison, c'est compromettre mal A propos la philosophie en la faisant sortir de ses limites. D'ailleurs il faut admettre le dogme catholique ou la métempsycose : laquelle de ces deux doctrines explique le mieux notre état présent? La doctrine catboliaue nous présente le temps présent comme le temps de répreuve et la vie future comme le temps de la rétribution et de la justice. L'hy|)Othese de la métempsycose chanse tout cela : du temps de l'épreuve elle fait le temps de la justice : Tbomme souffre ici-bas, c'est qu'il a mérité ces chAtiments dans une vie antérieure (ce dont il
n'a nullement conscience cependant) La
eonséauenee de cetie erreur monêtrueusef c'est f idolâtrie duêuccis^ s'écrie M. Martin... Toute prospérité terrestre est méritée : doc^ trine funeste qui endurcirait dans raveugle^ ment de leur conscience les heureux de la terre f Toute misère terrestre est méritée et proportionnée à la gravité des fautes commi-ses : doctrine inhumaine qui détruit dans le comr du malheureux la consolation d'une bonne conscience ^ et qui étouffe dans le çctur du prochain la sympathie et la pitié!
M.Martin fait voir ensuite comment le dogme catholique sur la vie future favorise le développement de toutes les vertus chrétiennes , et sert merveilleusement | Tordre social, tandis que l'hypothèse de la métempsycose blesse la société et étouffe les vertus.
M. Henri Martin a publié en 1858 une nouvelle édition de son bel ouvrage. 11 Ta augmenté de plus de moitié , et aujourd'hai c*est un parallèle complet de toutes lesdootrines touchant la vie future. Nous ne po4^ vous que renvoyer nos lecteurs à cet excellent ouvrage où les questions du péché originel, de l'enfer, de la résurrection des corps, sont traitéesavec autant de soin que la question de l'immortalité de l'dine. Des notes nombreuses font connaître les sources au'il est utile de consulter, et prouvent que Pérudition de l'auteur ne le cède en rien à la solidité de sa dialectique et A l'élégance de son style. Mgr Tévèque de Rennes, et Mgr révèque de Goutances et d'Avranches ont acc*ordé l'un et l'autre A la seconde édition une approbation motivée qui se lit au commencement du volume, après une lettre adressée à l'auteur au nom du Souveraia Pontife.
—M. Caro, danslaPréfacedeses Audet morales, paâse en revue les diverses doctrines
DlGTMMiNAlRE DU PARALLiJLE.
ifui comt)aii6nt aujourd'hui \à métaph^siqutf f;*esUè-(lire le spiritualismo (nous dirions, nous, la philosofibie chrétienne). D*abord il. y a les hommes infatués du progrès indiu>triel« dont le principal représentant est M. Comte, fondateur du positif isme. Puis, du saint^simonisme et du fouriérisme qui H)iu mortsy il est resté l'idée de la réha-
«•biiitation de la chair, qui a encore quelques 9d«fHes. Ils nous convient à la Pâquê de la jouissance uni? erselle dans un style en rapl»oii avec leurs goûts sensuels. C'est uû éblouissement de couleurs, un délire de mé«
^ ta|thores, une ivresse d*images. 11 y a ensuite les Hégéliens qui , avec Proudhon, Arnold Ruge, Feuerhach, Stirner, ne comprennent pas que la liberté suppose le devoir, et veulent atFranchir Thomme du do^me dans lequel ils ne voient qu'une création humaine. « D'autres s'établissent dans une situation
^ moins compromettante, et fort commode à l'égard des vérités métaphysiques; c'est une sorte de situation éternellement expectante , et provisoire^ perpétuité; je veux parler de iB philosophie critique^ qui se pousse dans le monde à la faveur de quelques talents distingués et d'une vaste érudition. On slntéresse très-vivement aux événements divers cjue chaque philosophie ou chaque religion introduit successivement sur la grande scène de l'histoire, ou sur la scène moins large de la conscience individuelle; on suit, avec une curiosité émue et un dilettantisme savant , les péripéties des idées; on siffle ou Ton ap-
Ïlaudit aux bons endroits de la grande pièce umaine; onr se tient avec grflce, en parfait gentilhomme , aux premières loges de l'es-
{>rit, mais on se met avec soin en dehors de a scène ; il semble que ce qui s'y passe ne touche pas directement le spectateur curieux ^et impassible... L'idée que réveille le scepticisme {)eindrait fort mal cette nature d'esprits curieux d'événements métaphysiques, et ces âmes avides d'émotions intellectuelles; il n'y a qu'un mot qui leur convienne, . mais il est horrible, il est barbare; pour ces ^ spectateurs d'idées, pour ces amateurs em-
{>ressés des spectacles métaphysiques, la vie, a religion , la philosophie, ne sont qu'un ▼asto phéfMméniime. C est-à-dire que pour eux, il n'y a sur cette terre rien d'absolu, de stable, de constant.... L'homme ne dépassera jamais , avec ses facultés bornées , la mesure du uni. Seulement cette vérité [>artielle et limitée qu'il conçoit va toujours en s'élevanteten s'épurant.... L'illusion est de croire que nous imuvons foire la conquête de rinfini. Ce fut l'illusion de Platon , de Descartes, de Spinosa.... On ne nie pas qu'il y ait quelque part des vérités absolues, et même une inielligenoe pour les concevoir; on nie que ces vérités absolues tombent dans la mesure de l'intelligence humaine... De pareilles tendances d'esprit ne vont à rien moins qu'à répandre le trouble dans la >>ensée humaine.... Je rejette loin de moi avec mépris ces solutions incertaines qui ne font qu irriter m.on désir, et lorlurer me raison. 11 faut à ma pensée un point liie
quelque part. » Vient ensuite récoio nou* velle et rétrograde qui prétend relier la pensée moderne a celle du xviii* siècle, et éliminer toute question relative à l'Ame et à Dieu; ce qui n'e<st qu'un matérialisme déguisé. « S^abstenir en pareille matière, ce B*est pas nier sans doute, mais las conséquences sont presque les mêmes. La neutralité, c'est le doute ; et remarquez que par la force des choses, le doute incline toujours du côté de la négation. » On peut appliquer ces paroles aux spiritualistesqui mettent de côté la question de la révélation. C'est une opinion très-influente que M. Caro a oubliée dans sa galerie. 11 termine en mentionnant l'école de ii. Jean Reynaud, chez qui le sentiment est spiritualiste , mais la pensée ne l'est pas. Non-seulement, le système Terre et ciel n'est pas (chrétien, « tant les dissidences et les hérésies y abondent, mais il ne se maintient pas dans les limites et dans la mesure plus large du spiritualisme. » D'abord M. Reynaud pose en principe la corporelle nécessaire des éires^ même de Dieu. Un pur esprit est impossible. « De là une conséquence naturelle : c*est qu'il ne fout pas aller chercher dans les rêves d'un idéalisme insensé, un autre séjour, une auu*e patrie que la création matérielle pour les Ames et pour Dieu. La création n'a de toroes ni dans le temps, ni dans l'espace. La vie circule éternellement dans l'immensité de l'univers sous l'impulsion du IHeu frtnaîre, et pour un progrès à l'infini. Ces espaces sans fin , c'est le ciel, et c'est ainsi que la parole humaine ne s'est pas trompée, lorsqu'elle aidonné le même nom au séjour de l'immortalité et à cette région étoilée qui resplendit mystérieusement sur nos têtes. Ce ciel est peuplé; tous ces mondes ne sont qu'un seul momie donné en libre pratique au genre humaio, comme à tous les autres vivants de l'univers. Cette terre elle-même.... noua constitue en résidence dans le ciel. Si l'on pressait bien M. Reynaud sur ce point délicat, je pense qu'il ne serait pas difficile de lui arracher cet aveu que Dieu n'est pas autre chose que l'Ame du monde, que le monde est nécessaire à Dieu • comme Dieu est nécessaire au monde, (Puisque le monde matériel est précisément en Dieu le principe de eorporéiti nécessaire à tous les êtres, et qu'enfin toutes les Ames ne sont qu'une émanation directe de l'Ame divine , comme tous les corps ne sont qu*une parcelle détachée de la matière infinie. D'une pareille doctrine au panthéisme, la nuance m'échappe. — L'immortalité, cette vie immatérielle, ce monde meilleur que notre cœur pressent, et dont tout notre être s'empare d'avance par un désir ardent, l'immortalité ne sera pas ce que s'imagine un spiritualisme abstrait. Ce ne sent ni plus ni moins que rémigration de nos Ames dan;s les étoiles , dans tous les mondes que recèle le firmament dans ses profondeurs sans fin. La psychologie de M. Reynaud est essentiellement astronomique; tout ceau*il peut nous promettre, comme terme suprême de nos efforts, comme prix de notre volonté
IMHORTAUTE DE L*AME,
porifiée , • e*esl une imoioriaUté matérielle daos le firmameot. L*organisme humain ira sans doQte\ se parfectioonaot et se subtili- Mnt d^élape en étape» dans ce grand TOyage de l'âme a Iravers rimmensité. Il n'arrivera jamais que le corps soit détruit et laisse à rime celle liberté immatérielle qui ne serait
Kar H. Reynaad qu'an pur néant... Tous I mondes superposés les unsaux autres... sont de fastes purgatoires...» mais un jour arrîTera où ce purgatoire perfectionné defiendrajun véritable paradis.... N'y a-t-il (las dans cette chimère d'une terre paradisiaque... une réminiscence de Fourier.... Le spiritualisme est à la surbce» mais sous cette sorbce ornée et brillante » il circule » n'en doutez pas, un courant de sensualisme. 0
t Lorsque M. Bejoaud attaque» • dit ailleurs M. Caro» « il saisit avec pénétration le €6ié bible de ses adversaires. 11 réussit, par eiemple, à faire ressortir toutes les difficultés que suscite l'idée de la nouveauté de rime et de sa création contemporaine de celle du corps;... mais autant il est difficile sur les démonstrations, autant il est aisé et coulant quand il s'agit de lui-même et de ses dogmes préférés... Il veut prolonger notre existence dans le passé par la préexistence, comme l'immortalité la prolonge dans ravenir... Ainsi s'explique sans peine la transmission iatale du pécné originel. •• Nous naissons pervers et misérables» parce que noQsavoDS fait le mal ailleurs... Nous avons donc été pervers ailleurs. Mais» je vous prie, pourquoi l'élions-nous dans cette vie antérieure T Et ai vous ne répondez que cette vie antérieure était elle-même un purgatoire où s'expiait une autre existence', je vous mènerai à l'infini, et je vous demanderai s*il est plus philosophique d'expliquer le mal sur celte terre , par l'hypothèse d*une vte antérieure, qui elle-même en suppose d auu^s , que de prétendre, comme dans rinde , que la terre est soutenue dans le vide par une immense tortue, qui elleffitme s'appuie sur un arbre gigantesque T Il n*est pas digne ^d'un esprit aussi éclairé <)ue M. Reynaud de s'imaginer qu'une difticulté reculée à l'infini est une diflicullé résolue... Nous aurions bien d'autres objections à soulever contre l'hypothèse de I immortalité planétaire... Si je ne relie pas mon présent au passé par l'indestructible trame de la mémoire, je suis un autre être, et cette Kétendue immortalité n'est plus qu'une superposition indéfinie d'existence sans lien enui) elles. Vous ne me tirez du néant que |K>urm'y plonger sans cesse... L'auteur... r'esi Origène sorti de Pécole polytechnique, Cl qui a lu Swedenborg concurremment avec l^terre Leroux. »
Le même dit en parlant de Beyie, surnommé Stendhal : «Toute sa philosophie se rMuit h cet axiome fondamental : le plaisir
Codant la vie, le néant après... On conçoit 1 bien qu'un homme complètement libre dVsprit et dégagé du préjugé des convictions, eiposeces idées spirituellement imuioralts a ses amis, libres penseurs comme
lui, le soir, après un dîner au café anglais, en se promenant sur le boulevard, dans cet heureux état de demi-ivresse élégante , où le paradoxe et le vin de Champagne ont une part éoale , et qui se manifeste par une sorte de défi, de gageure contre le bon sens, contre la morale, contre les gouvernements, contre Dieu... C'est bienlAt fait de rechercher & tout prix et partout la sensation agréable, de donner un libre et plein essor à ses passions... Mettez ces idées dans la.téte d'un homme du peuple, et vous verrez avec quelle énergie il saura les appliquer. Birez-vous que toutes ces théories n'existent et ne peuvent exister qu'au profit des riches et des heureux du siècle ; que pour le reste de l'humanité, la morale bourgeoise avec accompagnement du prêtre et du gendarme, est un mal nécessaire... De telles théories révoltent la nature, et sont un scandale pour la raison. Il faut que les égoïstes de tous les pays le sachent : il n'y a qu'une morale. Si c'est la leur oui est la vraie , qu'ils s'attendent à voir jeur bonheur envahi, leurs jouissances partagées, leurs trésors divisés entre les mains armées du peuple vainqueur et frémissant. Si c'est la morale du devoir, qui est la vérité, s'il y a un principe obligatoire, si rhonnète n est pas un vain mot, leur sécurité est garantie ; mais qu'ils subissent, eux aussif cette morale, qui comprime les convoitises ardentes de la multitude affamée. Il est toujours mauvais de professer une morale qui serait un sensualisme distingué au café oe Paris, et qui s'appellerait le communisme dans la rue Mouffetard. Le principe est le même, légitimité du désir, beauté de la passion, grandeur sauvage de l'énergie. Refusera-t-on de reconnaître le même principe parce qu'il porto un costume différent dans les quartiers de Télégance et dans ceux de la misère T »
— « La religion des Joo et des Foè\ » dit Montesquieu, « croit l'immortalité de l'âme; mais de ce dogme si saint, ils ont tiré des conséquences affreuses. Presque par tout le monde, et dans tous les temps, l'opinion de r&me, mal comprise, a engagé les femmes, les esclaves, les sujets, les amis, de se tuer, pour aller servir dans Tautre monde, l'objet de leur respect et de leur amour. Cela était ainsi dans les Indes occidentales... Ce n'est pas assez pour une religion d^établir un dogme, il faut encore qu'elle le dirige ; c'est ce qu'a fait admirablement la religion chrétienne è l'égard des dogmes dont nous parlons; elle nous fait espérer un état que nous croyons, non pas un état que nous sentions, ou que nous connaissions; tout,
J'usqu'à la résurrection des corps, nous mène i des idées spirituelles. » {Esprit des loi$ , liv. XXIV, c. 9, etc.)
— H. l'abbé Gratrv a publié sous le titre de Connotsioiica de l'âme un ouvrage dans le-
2uel il a dépassé ce que ses précédents écrits lisaient espérer de son talent. Nous voudrions pouvoir citer ici quelques pages de ces deux volumes; mais il y aurait trop à citer; uou^ nous bornons à les indiquer h
DICTIOKMAIRE DU PARALLELE.
nos lecteurs comme devant leur faire éprouver les plus vives jouissances et comme devant leur révéler un grand nombre d'aperçus aussi neufs que profonds. Le caractère distinctif de la psychologie de M. Gratry , c est son union intime h la pbjsiologie. H. Gratry 8*esl aussi occupé de combattre les rêveries hétérodoxes de M. Rejnaud, et il Ta fait de la meilleure manière, en y opposant non pas une polémique négative dont les effets sont souvent restreints, mais un ensemble de conceptions positives , contestables sansdoute, mais conciliâmes avec les dogmes, et très-propres h prémunir Timagination contre tant d'utopies et de chimères qui*, malgré leur déraison et leurs funestes suites, séduisent les Ames, à la faveur de Téloquence.
Terminonscet article en citant une partie des belles considérations par lesquelles M. Henri Martin a expliqué la cliscrétion avec laquelle Moïse a parlé de Timmortalité de Tflme :
c Les Hébreux sortaient de TEgypte. Or, ce qui dominait dans le polythéisme égyptien, cYtait le culte symbolique des forces de la nature divinisées; mais certains dieux, classés par ordre de succession, dans les dynasties divines des temps fabuleux de TKgypte, étaient considérés en même temps comme d'anciens rois de ce pays ; et d'un autre c6té, certains rois des dynasties bumaines , personnages historiaues , élevés après leur mort au rang des cfieux, furent l'objet d'un culte public et perpétuel. 11 en était de même dans les religions du pays de Chanaan, où les Hébreux vinrent s'établir. Les divinités symboliques des Egyptiens et desIChananéens, avec leurs figures d'animaux, et leur culte souvent obscène ou cruel , auraient dû être un objet d'horreur pour les disciples de la doctrine sublime et pure de Moïse. Mais la multitude des Hébreux était grossière et sensuelle : Jéhovah, le Dieu un et infini, tout-puissant mais invisible, ne
[>arlait pas assez è leur imagination et k enrs sens. Malgré leur patriotisme, qui, au défaut de la raison, de la piété et de la reconnaissance, aurait dû les préserver de ces aberrations, iJs se laissèrent souvent aller tous, è l'exception d'un petit nombre de fidèles, au culte des divinités étrangères; mais la voix patriotique de leurs propriétés, jointe aux chAtiments de la Providence, les ramenait au Dieu de leurs pères. Que Feraitil arrivé, si le patriotisme et le culte des ancêtres avaient été pour eux en faveur du polythéisme? Ecoutons un Juif Alexandrin, qui est au nombre des auteurs sacrés, et qui s'est inspiré de la lecture des ouvrages de Salomon : — L'idolâtrie^ dit l'auteur du Lt- . rre de la Sagesse (xiv, 13), n'était pas au commencement et ne sera pas toujours, U la montre naissant d'une vénération, d'abord innocente, mais plus tard sacrilège par son excès, pour des hommes justement regrettés et honorés. Il savait, sans doute, que de toute antiquité chez les E^ptiens, les grands et les rois, même sans apothéose publique, recevaient de leur famille après leur
mort le nom de dieux grands. Or, j'aroue que les Hébreux devaient être mëaiocrement tentés d'adorer des dieux qui leur étaient donnés comme ayant régné autrefois sur des nations ennemies d'Israël. Mais, qne serait-il arrivé, si Moïse avait présenté h la multitude ignorante des Hébreux .Vbraham, Isaac et Jacob, comme leurs protecteurs tou-
I'ours vivants près du Dieu invisible et iuefiablet Le culte de Jéhovah n'aurait-il pas risqué d*être relégué dans l'ombre, et d'être remplacé par un autre culte national, par le culte d'Abraham, d'isaac, de Jacob et de Holse lui-même? N'est-ce pas ainsi qu'en Chine le culte des ancêtres a dégénéré en une idolfltrie profondément enracinée jusqu'à nos jours dans les habitudes populaires? Dans l'Inde, quatre ou cinq siècles avant notre ère, un homme, un réformateur athée, disciple de la philosophie Sankbya de Kapila, Siddhârta, prince cénobite de la famille Çakya, plus connu sous le nom de Bouddha, vint apporter une loi nouvelle, qui, au bout de quelques siècles, avait presque supplanté dans ce pays la religion idéaliste et panthéiste de Brahma ; et celle-ci ne put se maintenir ni expulser sa rivale, qu'en appelant k son aide toutes les superstitions les plus extravagantes du polythéisme populaire. Mais le Douddhisme se répandit hors de rinde. Suivant sa propre doctrine l'âme de Bouddha, après avoir dominé sur toute la nature, est finalement arrivée h l'isolement éternel et complet, dans un sommeil sans rêves , au sein du néant, et de nouveaux Bouddhas doivent s'élever de même pour se plonger k leur tour dans le même abtme du vide. Cependant le culte de Bouddha divinisé est resté celui de la plupart des peuples de l'Asie, au delà du Gange ; il y régnera sans doute jusqu'au jour où 4a lumière du christianisme, portée déjà dans *ces contrées par tant de martyrs, dissipera les ténèbres ce ces peuples malheureux. Ce qui, particulièrement en Chine, a favorisé la transformation de ce système athée en un polythéisme ou Bouddha, sous le nom de Fô, tient le premier rang, c'est le culte antique des ancêtres. Ainsi, je le répète, tous ces exemples nous montrent qu'en proclamant hautement l'inimortalité de l'âme, chez un peuple grossier et enclin à toutes les superstitions, Moïse aurait pu craindre de devenir mal^é lui, avei: Abraham, L<;aac et Jacob, l'objet d'un culte rival de celui de Jéhovah/
•( Outre ce danger capital , la doctrine de l'immortalité de l'Ame, si elle avait été consacrée eipressément par l'autorité du Pentateuque, aurait présenté un autre danger. Livrée ainsi sans voiles à rimaginalion ix)pulaire, elle y serait entrée avec le cortège des superstitions qui l'accompagnaient chez les Egyptiens et chez les Chananéens, c'està-dire avec la métempsycose et toutes ses extravagances, avec révocation des morts et sa curiosité sacrilège. Les animaux, conooie réceptacles d'Ames humaines, auraient été pour le peuplç hébreu comme pour les
INCARNATION
Egyptiens, l'objet d'une vénération incom- (latible avec la loi de Moïse; mais surtout la nation entière en serait peut-être venue à mériter le reproche adressé par Isaïd à quelques Juifs de son temps : les oracles des morts auraient remplacé pour elle la voix des probètes du vrai Dieu; d'autant plus que les morts eux-mêmes auraient pu être considérés comme des dieux. Par exemple, Saiîl a recours à révocation des morts, pour savoir d'eux l'avenir, uue Dieu refuse de lui apprendre; quand 1 apparition commence , la pjtbonisse d'Endor dit à Saûl : J'aî im ae$ die^x manier de la terre. (I Reg. xxTiii,13.) — Ces dieuxlà auraient oien pu devenir les rivaux de Jébovah près du peuple hébreu.
«Mo'ise a donc agi comme instrument d'une providence divinement sage, lorsqu'il a insinué dans le Pentateuque le dogme de l'imcnorlalité de l'Ame, mais TOilé pour le vulgaire, qui en aurait abusé, et lorsqu'il a mis là ce dotfme, comme en réserve, pour le jour de la révélation complète, c'est-à-dire fK)ur Tavénement du christianisme. Telle me parait être l'explication vraie du demisilence de Moïse sur ce dogme, (qu'évidemment, ainsi que nous le verrons, il n'a voulu ui taire ni professer ouvertement.
« Ce qui me confirme dans cette pensée, c'est que je trouve dans le Pentateuque irautres doctrines entourées des mêmes voiles pour le même motif. » Voir , sur la même question, Molitor, Drach» Brecher, traduit par Cahen, etc.
INCARNATION. -- Les découvertes récentes de M. Mariette, découvertes qui (int été analysées par M. de Saulcy (Voy. Annales de la philoeopkie chrétienne) et par M. Alfred Bfaury (Revue de$ Deux Monieêf t" septembre 1855), ont jeté un grand jour sur les arts, sur Tnistoire, sur la langue, et ^nr les croyances de l'ancienne Egypte. Les lûuiltesdu Sérapéum ont eu pour euet de rêvé- 1er la véritable nature de Serapis,dontroriginen*était (msbien connue. Sn'apta (5oraptf Otorapis)^ c'est Apis mort, identiué avec Osiris ou le soleil. Le soleil était le principal «lieu de TBgypte, celui qui était adoré dans toutes les |»rovinces, 11 s'incarnait dans le bœuf Apis, qui était appelé la seconde vie (le phiak, La période de vingt-cinq ans, que l'on donnait comme le maximum de la vie <ie chaque bœuf Apis, est purement imaginaire, comme Ta montré M. Mariette. Les iirecs, quand ils se mirent en rapport avec lis Egyptiens, furent frappés des rapports quon leur fit apercevoir entre Sérapis et Bacchus ou Dionysos (dieu de l'agriculture, comme le bœuf). Ils s'imaginèrent <]ue leur -ytholoçie venait d'Egypte, ce qui est aujourd'hui démontré faux. M. Maury, qui, (ians Tartide cité plus haut, résume fort bien l^s connaissances actuelles de nos savants ^ur Tanctenne Egypte, fait connaître en ces
[•% On tppeliil aioM la partie morlelle dc l'Homnie qui tccompUt les transformations sou- ^' raina, et qui éiail ccumîo voyager dans le ciel
termes plusieurs* particularités fort intéressantes : « Deux autres monuments viennent confirmer les curieuses données mythologiques qui résultent des découvertes de M. Mariette. L'un est l'inscription du Naopbore du Vatican; Tautre est Thymne au soleil, consigné dans une stèle funéraire du musée de Berlin, provenant do la collection Passalacqua. C'est encore à M. de Rongé qu'on doit la traduction de ce dernier morceau. La stèle représente un baeilogrammate (scribe royal), Tapbérumès, invoquant l'astre du jour, que les Egyptiens personnifiaient, comme le faisaient aussi les Ar^as, en plusieurs divinités, suivant les attributs qu'on lui préUit. Ainsi à son lever, le soleil était adora sous le nom de Ra; à son coucher, sous celui de Tmou ; comme créateur, sous celui de Ckeper. Voici la. teneur de cette curieuse prière :
« Adoration au Dieu Ra, Tmou , Cheper^ Horuê des deux zones (Horus est fils d'Osiris). Hommage à toi, le Sahou (59), enfant divin
Îui prend naissance de lui-même chaque jour! lommage à toi qui luis dans les eaux du ciel pour donner ta viel II a crié tout ce qui existe dans les a&lmet célestes. — Hommage à toi, Ra l Lorsqu'il s'éveille, ses rayons por^ tent la vie aux purs. — Hommage à toi, qui as fait les types dans leur ensemble! Lors*
Îuil se cache, ses voies sont inconnues. — lommage à toi! lorsque tu circules dans ta région supérieure, les dieux qui t'approchent tressaillent de joie.
« Ce qui est dit des mystères de Neîtb dans l'inscription du Naopbore complète ces premières notions sur le culte du soleil. Neith était la mire de ce Dieu; elle r avait enfanté, comme disent les textes hiéroglyphiques , sans génération paternelle ou moaculine. En effet, les Egyptiens enseignaient formellement que Ra n^avait point eu de père, qu*il s'était engendré lui-même, comme on le voit par Thymne que je viens de citer. Un autre hymne du musée de Leyde dit de ce Dieu : Cest le seul générateur dans le ciel ou sur la terre, et il n'est point engendré. Enfin la conception divine purement égyf>tienne est plus nettement formulée par les paroles d'un autre hymne, c[ui date de la fin de la dix-huitième dynastie, et que M. de Bougé a lu sur une seconde stèle de la collection Passalacqua : Cest le dieu seul vivant en vérité, y est-il dit,... le générateur des autrès dieux... celui qui s'engendre lui-même, celui qui existe dans le commencement. • M. Creuzcr, après avoir prouvé, contre Zoëga, que Ton ne peut expliquer , iwr l'apothéose, l'origine de la religion dOsiris, s'exprime ainsi (t. 1, p. M) : « La religion égyptienne, comme la plupart des reliçioos orientales, a donc pour principe et p<iur base, le système d *énia nation ; la chose est évidente d'elle-même quand on examine les laits dans leur ensemble, et qu'on se pénètre
noclunia à la suite d'Osiris. dont Tiime résîdati, aous le nom de Sahoa, dans TéUiile appelée par les Grecs Or'wn. (iVolc de M. Maury.)
DICTIONNAIRE OU PARALLELE
bien du Tériiatile esprit de raaiiquilé. Mais ce qu'il ne faut point se lasser de répéter, c*est que le génie de TOrient, et de ranti-
![uité en général» présente toujours sous la orme historique, ce que notre métaphysique moderne conçoit el expose dans une suite d'idées et de sentiments abstraits. Ces règnes des dieux, ces dynasties divines, qui se succèdent pendant des siècles innombrables, jusqu'aux dynasties humaines et au commencement du temps historique, ne sont pas autre chose que la Divinité, la plénitude infinie de l'être, sortant peu à peu de ses profondeurs, pour se répandre successivement et par gradation dans toutes les sphères, même les plus basses, et vivifiant ainâi par sa présence jusqu'aux moindres parties du grand tout. Cest ainsi que, dans sa dernière manifestation, elle descend jusqu'à la condition humaine, elle se fait homme, souffre et meurt comme l'homme , mais toujours fidèle à elle-même, ressuscite par sa force divine, et devient Tauteur et le conservateur du monde visible. C'est ainsi qu'Osiris, égal dans son essence, aux dieux du premier ordre, tombe dans le troisième fuir son incarnation; et pourtant ni cette triste condition des hommes où il s'abaisse, ni la mort même qu'il endure ne 1 ui ôtent rien de sa divinité. »
Ecoutons le même auteur nous parler des incarnations de la mythologie hindoue (t. I,
tu 236} : t Une idée principale domine toute a cosmogonie des Hindous; c'est que le Créateur, pour accomplir son œuvre , a dû s'émaner lui-même en corps et en esprit dans toutes ses créatures. S'il s*y est émané, il y réside; le monde entier est la forme de Dieu, comme Dieu est l'esprit qui anime le monde. Voilà pourquoi l'existence et les destinées de Brahma sont liées aux résolutions générales de l'univers. Tous les êtres créés, les animaux, les hommes, sont les parties de ce corps gigantesque qui embrasse tout. Mais esprit en même temps qu'il est corps, si d'un côté il puise à la source pure delà suprême intelligence , d'où il dérive, de l'autre il participe aux souillures et à l'impureté de la matière, dans laquelle il descend et s'incorpore. Brahma est le dieu-monde; il est aussi l'homme^Dieu, le type divin de l'homme qui est la plus excellente de toutes les formes : ou plutôt, le monde et l'homme, images Tun de Vautre, sont également l'image de Dieu. Ainsi l'histoire de Brahma, c'est l'histoire du monde et de ses révolutions; c'est on même temps Thistoire de l'homme, de sa chute et de ses longues erreurs, do ses transmigrations expiatoires et de son retour définitif dans le sein du Très- UAut. Toute la morale des Hindous vient se réfiéchir en lui comme en un miroir fidèle.
« Les incarnations de Brahma sont donc d*une nature toute ditférente de celles de Vichnou, où le caractère de la divinité se manifeste dans tout son éclat. Vichnou prend un corps mortel, et parait sur la terre pour la sauver aussi bien que les hommes ; c'est ur Dieu incarné que la plus haute mi-
séricorde peut seule porter à cet acte d'une bonté vraiment divine. Au contraire les apparitions de Brahma sont, à propremcDt parler, des régénéraliom , des migrations â*un corps dans un autre, semblable à celles que tout homme doit subir avant de retourner à son principe qui est Dieu. 11 semble que dans l'esprit de cette doctrine, l'Etre éiernel et absolu , Brahm, ait en lui deux formes diSérentes qui tendent également à se produire. L'une (Vichnou, la force centripète, vU coraereo^rtjp), tout en se répandant au dehors, revient incessamment, })ar une tendance contraire, à la source d'où elle est partie : elle demeure en Dieu , tout en s*émanant, et voilà ce qui fût son avantage. L'autre- (la force centrifuge , ûi efftetriXf emonanj), eat pwsonniQée dans Brahma.
Dieu , en créant le monde et s'y dispersant en quelque sorte, se dépouille par cela même de sa divinité; sa tendance devient tout extérieure, toute matérielle; chaque nouvelle émanation est une perte nouvelle, un amoindrissement; voilà pourquoi Brahma parait inférieur à Vichnou, le créateur ou conservateur. Aussi le premier n'est-il pas seulement l'homme-Dieu, titre que revendi-
aue à plus juste titre Vichnou, il est encore, est plutôt l'homme-natore, et c'est par une raison analogue, qu'il a été choisi pour re-
f présenter l'homme réel. Dieu tombe comme ui, comme lui attaché à la terre, et, comme lui, destiné à parcourir le cercle nécessaire des régénérations, avant de remonter aux cieux. »
Cette théorie de M. Greuzer, que M.Guj-
f;nault, en la traduisant, a adoptée etdévéoppée, a été attaquée par M. N. Muller, 3ui voit dans les incarnations ou avatarat e Brahma, de véritables logophames, ou incarnations du Verbe divin, quoique, selon lui, les noms historiques que l'on trouie dans les incarnations de Brahma poissent les faire regarder comme des espèces A'apothéoses^ tandis que celles de Vichnou conservent toujours le caractère de tkéopha-
Il y a dix incarnations principales de Vichnou. '■ La première est nommée Maisyamtara ou ta descente du poisson; la seconde, Kaurmavatara^ ou l'incarnation en tortue ; la troisième, YarahavaiarOf ou l'incarnation en sanglier; la quatrième, Nomt ringhavaiara^ ou l'incarnation en hommelion. Ces quatre premières incarnations pfl* raissent avoir rapport à de grandes révolutions du globe ; il faut remarquer surtout cette gradation des actes du pouvoir conservateur, d'abord poisson, puis ampliibie, puis quadrupède, et enfin réunissaol une portion de la nature humaine à ce qu'il y a de plus noble dans le règne animal.-— La cinquième incarnation sappelio VafnanavcUara ; Vichnou $*incarne dans un brahmane nain, pour vaincre le géant Mu Dans la sixième incarnation, Vichnou vient cbfttier les Kchatriya* (caste des guerrier>)f et combler de biens les brahmanes, sous la forme d'un brahmane, nommé Parasou-
INCARNATION
Rama. Il 8*incarne la septième fois sous le nom Sri-Ratna ; la huitièmey sous le nom de Crichna; la neuyiënie» soas le nom Je Bouddha; cette incarnation est la dernière de celles qui sont passées ; la dixième, CalkittvaUtrat est encore i Tenir. La huitième est la plus belle de toutes; nous aurons h en reparler è cause du rapprochement qu'on a essavé d'établir entre elle et rincarnation du Verbe éternel. Celle de Bouddha est encore admise comme la neu' vième, quoiqu'ils ne rendent aucun culte i Bouddha de^iuis Teipulsion des l)0uddhisies. La dixième détruira le monde actuel pour lui faire succéder une nouvelle création. Au milieu de l'embrasement géuéral, les semences des choses seront recueillies dans le lotos, dans le sein fécond de Bbavani. « Ainsi, » dit M'. Creuxer (p. 191), « toujours le lotos, symbole, connue le Liogam, de l'éternelle génération; toujours Siya destructeur et générateur, dieo de la ?ie et de la mort tout à la rois. Bien ne peut ètreabsolumentaoéanti; la substance demeure dans la variation perpétuelle des formes; tous les êtres retournent è la divinité dont l'essence est leur source commune, et qui est le commeo* cernent, le milieo et la Bn de toutes choses. Mous voilà donc ramenés à la doctrine de rémanation, t^ritable base de la religion des Hindoos. C'est encore par elle qu*il £But expliquer ces nombreuses descentes de la dirioité sur la terre.... C'est elle qui seule peut rendre compte de cet accroissement processif du mal contre lequel elles sont suscitées dans une proportion analogue de oombre et de vertu. A mesure que le monde et les bomipes s'avancent dans la carrière du temps, s'éloignent de leur principe, ils dégénèrent par cela même soccessive* n^nt, et tombent de plus en plus sous Tempire de la mort et du pécbé. Les formes se déreloppent, la eréation s'étend, grandit, et se perfectionne en apparence : vaine illusion I le mal aussi grandit et se déploie, et le monde marche incessamment è sa niine. La vie t^'épuise, la substance défaille peu k peu, de nouveaux et plus pnissaints eflbrts do pouvoir conservateur deviennent ofcessaires; les incarnations seules suivent une |)fogression constante de beauté ^de grandeur véritable pour rétablir, s*îl
^ peut, cet équilibre toujours plus troublé. •
L mcarnation de Krichna est celle qui a ^ le plus souvent mise en parallèle avec ^l|e du Verbe éternel. Les rapports et les dinérences entre cette fable et rincarnation féhiable ont été parfaitement indiqués par «« Félix Mève, dans nn article de fa Jletnie ^<î9iie do Louvain (mars 1852), article Jw nous extravons ce qui suit : c il y a ^gtemps que la ressemolance, senlement •Pparente, des noms, ainsi que l'analogie de SJIfiqnes traits biographiques ont ftit rap*" Pît)cfaef la légende de Kricbna de l'histoire ue. Jésus-Ghrist dans les évangiles. Si la «(leace incrédule y a trouvé & la fin du siècle
passé on prétexte à l'hypothèse qui ferait venir le mystère fbndamental do christianisme de quelque foyer du polythéisme asiatique, on a dans le nôtre défendu plus d'une fois expressément rhjr|)Othèse contraire, suivant laquelle la légende indienne serait purement et simplement la contrefaçon (le la narration évangéiique. Ge|>éndant cette autre interprétation des faits n'est pas arrivée à son terme, de manière è convaincre les hommes sérieux, et on a pu la rejeter absolument en prétendant que ladite légende s'est formée et développée naturellement dans l'Inde, comme la plupart des fictions et des systèmes de ce pays, en dehors de toute communication étrangère. Aujourd'hui le progrès général des recherches sur l'Inde permet de revenir au même sujet avec le secours de nouveaux faits, et bien qu'il ne soit pas encore démontré que la légende de Krichna soit en partie la reproduction de nos évangiles , on va voir que de fortes présomptions sont acquises h l'influence au moins indirecte du christianisme. « Krichna a été longtemps pour les Hindous un personnage héroïque de leur bis* toire légendaire. Avant d'être un de leurs dieux principaux, l'épopée sanscrite a laissé au pasteur belliqueux du pays de Bradj les traits d'un héros humain, et dans quelques
Farties seulement elle l'a représente comme incarnation de Vichnou qui apparaît et agit .parmi les simples mortels dans des guerres de race et de famille compliquées de l'ardente rivalité de cultes populaires. Mais les chants du MahAbkdratat où Krichna est adoré comme Dieu, sont réputés d'une composition postérieure à celle du reste du poëme. En d'autres termes, il paraît nécessaire de distinguer un premier Krichna, personnage historique qui aurait existé peut*» être au xiV siècle avant Jésus-Christ, et un second Kricbna, qui, de héros divinisé, est devenu la principale personnification de Vichnou, et la plus complète expression de l'existence et de la puissance divine aux yeux d'une immense secte. Cette incarnation de Vichnou est réputée la huitième d'en* tre les dix principales; mais elle est supé* rieure h toutes les autres, parce que dans cette descente, ou Atatâra^ le Dieu a manifesté sa divinité tout entière.
« Mais, vers quel temps le second dieu de la triade indienne, Vichnou, a-t-ii été de
Eéfi^rence glorifié sous le nom de Kriekna Il le notr), et sous la figure du redoutable raer des anciennes légendes qui tient h la lois d'Hercule et d'Apollon? Dans des temps déjà fort éloignés, dirons-nous, de la Vendeur de la société brahmanique ; è une époque sans doute (H>stérîeure a l'avénement du christianisme. Le culte de Krichna
1 proprement dit a pris racine dans l'Inde seuement vers le v* ou le vi* siècle de notre ère, alors que commencèrent les persécutions ouvertes contre les, bouddhistes et les D^ioas. Krichna n'est pas nommé parmi les divinités fréquemment représentées par la sculpture indienne avant cette date (c'est
Topinion de MM. Lan^leis et Reinaud), et de iDÔme, on chercherait en vain, au témoi-
§nage de M. Lassen» la fervente adoration e Vicbnoa sous ce nom dans les sections de la grande épopée» dont la composition remonterait au delà de Tère chrétienne. La rapsodie épique qui, sous le nom de JTarîiHinsa, glorifie la famille de Krichna» serait bien postérieure au MahflbArata, dont elle est, k certains égards, le complément religieux et historique.
« Yeut^-on trouver, dans Tlnde môme, des raisons du prompt accroissement qu'a pris le Vichnout envisagé surtout dans les mythes de Rrichna, il ne faut pas s'arrêter uniquement à révolution naturelle des dogmes brahmaniques sur les srandes divinités ; mais il est juste de considérer, en même temps, les besoins du brahmanisme, comme système politique et religieux, en présence des progrès du bouddhisme, et eu égard à la prépondérance que celui-ci avait conquise dans quelques parties de Tlnde. Au prince des Çakyas, Bouddha, devenu le premier des ascètes d'une religion nouvelle, ta caste sacerdotale des Aryas fit en sorte d'opposer un personnage qui frappftt non moins vivement rimagination des peuples : ce fut le berger Krichna qui fut revêtu du double rôle de dieu et de héros : dans sa vie humaine, il s'était signalé par le genre d'exploits et d'aventures qui devait plaire davantage aux masses; dans sa vie divine, vie éternelle et supra-sensible, il s'offrait è ses adorateurs de toute classe comme le Dieu personnel éminent par les attributs de Tintelligence et de l'amour, supérieur en puissance à tous les dieux qui s'étaient manifestés avant lui. De là une religion mystique, le vichnouîsme, ou le krichnaîsme, qui est toujours allée se développant jusqu'à la fin du moyen ft^e dans l'Inde, où, le bouddhisme étant vaincu^ le brahmanisme travaillait à sa rénovation par le culte et les pratiques comme par la science et la poésie.
« Le vichnouîsme était parvenu à sa complète expansion comme religion appelant tous les hommes au salut, quand furent «composés les grands Pourdnai ou poèmes roytnologiques consacrés, la plupart, à l'histoire et a la glorification de Vichnou dans ses Incarnations successives ; si les plus considérables et les plus vantés, tel que le FtcAnou et le Bhdgavataf sont des œuvres dont la rédaction actuelle ne dépasse pas le xii* ou le xiii' siècle , on peut juger de TAge ré- cent de la littérature des sectes vichnouïtes, tant dans la langue sanscrite, que dans les langues modernes de la {léninsule indienne. C'est ainsi que d'une imitation de l'histoire de Krickna, faite en hindoue d'après le x* livre du Bhâgavata pourànUf a dérivé l'œuvre moderne et populaire, le PremrSagar om l'océan de l'amour, composition en prose hindi, entremêlée de siances, el dont l'au*teur est le brahmane Lallû, vivant au commencement de notre siècle. Qu'on n'oublie lias que c'est dans des œuvres aussi récentes
que les Européens ont étudié le plus sou< vent la légende do Krichna.
« Ce n^st pas trop, assurément, de ces aperçus généraux sur la succession des doctrines et des œuvres indiennes relatives au vichnouîsme, pour se faire une idée des éléments de comparaison qu'il faudrait meitre en œuvre à la fois dans un examen approfondi des analogies qu'il semble présenter avec le christianisme. Evidemment, il no s'agit d'autre chose qiie de savoir quand et dans quelle mesure 1 Evangile aurait fourni des accroissements è la légende de Krichna, et même des idées au dogmatisme moderne des vichnouïtes.
« Etablissons d^abord qu'il est dans l'histoire de Krichna plusieurs traits qui présentent grande similitude avec des faits de la vie de Jésus-Christ, mais que, parmi ces traits, il en est ^ui sont nés loui naturellement de la fiction indienne sur l'apparition humaine d'un dieu bon dévoué à Vnumanité, et qui ne proviennent cer* tainement pas de la copie de textes étran-
§ers à rinae. Par contre, il en est d'autres ont la similitude avec les écrits des Evangiles authentiques et de l'Evangile apocryphe de rEnfance ne serait point dn tout accidentelle. C'est au sujet de pareilles analogies qu'on serait porté è croire mie, Thistoire du Sauveur des Chrétiens n^ayant pu rester inconnue dans l'Inde k partir du V* siècle, les Brahmanes lui auront fait quelques emprunts en raison même des analogies qu'ils n'ont pas manaué d'y découvrir, pour grossir la fable au dieu fnvori des populations ; la transformation
Su'ils ont fait subir au mythe de l'ancien richna, dans la vue de s'en faire une arme défensive contre le Bouddhisme, au' toriserait cette supposition qu'ils ont cherché à enrichir indéfiniment le culte nouveau de Krichna de circonsianoes tirées de sources fort diverses : un tel plagiat se* féii d'autant plus plausible, quMI était plus facilement dissimulé, grâce à l'empreinte mvihologique que le génie indien a donnée constamment à tous les faits, au point d*en effacer le caractère hétérogène.
« En somme, les traits qui serviraient au parallèle ici indiqué sont surtout relatifsk la naissance et à l'enfance deKricbna, aux persécutions qui amenèrent le massacre des enfants de son Age et le firent porter dans un pays voisin, puis k quelques guérisons et à quelques prodiges qu*il aurait opérés, enfin à son entrée solennelle dans Hathoura, sa ville natale. Le retie di la vie de Krichna est trop plein de gloirt militaire ou de sensualisme pastoral^ powr donner occasion à dauires rapprockemenU:
l'explication mystique donnée a ses amours avec des milliers de bergères dans le sens do Tomni-présence de Dieu dans les iotelliçences qui croient en lui, ne rachète en rien un dévergondage païen poussé i ses dernières conséquences. Quant à sa Ga, puisque, selon les uns, ils est remonté au ciel saturé de gloire, et que, selon les au-
INCARNATION
(reSf il est mort percé d*une flàcbe sur un bois» on aurait peine k déterminer si les légeodaires indiens ont copié les Evangiles. Du reste, qu*on jette un coup d*œil sur les (Mssages qui comportent quelaue similitude de ce genre (Voy. Annaltê àe phil. chrét. ï. XVi, 3- série, août 1847, p. 85-106), et I on verra bientôt que la resêemblanee des deux pmonnes n^esi quapparenU^ et qtêe irichna rttU le Dieu Mensuel et fantaetique du myitieiime indien, comme il est étranger, dans les œuvres d'art, k la nature humaine par ses huit bras et par ses monstrueuses proportions. Le christianisme n'a donc pas réagi ouvertement en cet endroit sur les croyances indiennes ; les emprunts qu*on lui a faits n*ont pas arrêté dans leur cours les extravagances de la poésie et de la métaphysique qui ont été l'une et l'autre les instruments des sectes de l'Inde.
t Une obscurité non moins grande enveloppe encore k nos yeux l'influence que le symbole chrétien aurait exercée sur le développeoient des idées religieuses et morales au sein du vicbnouïsme. Admettraiton que le monothéisme chrétiec aurait contribué à fonder dans la principale des religions brahmaniques l'adoration exclusive d'une divinité suprême et personnelle dont on imploré la grâce et è gui on voue une foi fervente, il n*en serait pas moins vrai que les thèses philosophiques du jankya et du yooa ont absorbé et remplacé les dogmes chrétiens, au point de n'en plus laisser reconnaître la trace (Wbbbb, hditche ttudien^ t. I, p. 400, note; — p.. 421-23, et t. II, p. 169); d'ailleurs, la suprématie de Yichnou sur tous les dieux anciens de l'Jnde, ne fait que remplacer et rabaisser la puissance de ceux-ci sans les détruire et les priver de toute action. •
< Dans la morale, rinBueiice chrétienne ne se trahit point par des données bien positives; la cnarité dont on fait un devoir aux sectateurs de Yichnou est une obligation très- vague, qui contrefait assez mal la notion évangéiique do la charité individuelle et so<:iale. Il n'est qu'un petit nombre de maximes nettement énoncées, celle par exemple qui ordonne de rendre le bien pour le mal. Le précepte de l'amour divin est d'antre part si faussement entendu qu'il peut servir d abri et même de .prétexte aux plus grands excès : BAdhA, la plus célèbre des amantes de Krichna personnifierait l'Ame fidèle; mais la personnification est grossière, si on la prend comme image de l'Eglise. Serait-il vraisemblable que les brahmanes aient appris à connaître la morale chrétienne l>ar des prédications ou dans des livres, il, csi advenu qu'ils auront dénaturé le sens de ^es maximes, au point de les faire .tourner au profit d'une doctrine facile qui absout tous les crimes par la seule émission du nom de Krichna, et qui confondant le bien et le mal dans les antithèses que produit Tévolulion progressive du principe dtvin, détruit véritablement toute morale. Enfin la pro-
messe d'un salut universel est nne oes ana* logies qui rapprocheraient du christianisme la religion de Krichna, et l'on aurait quelques motifs de croire que les anciens vichnouites se sont emparés volontiers de cette idée qui leur assurait immédiatement beaucoup de popularité; cependant, on apercevrait également de ce côté une sorte de pression exercée par le bouddhisme qui avait appelé antérieurement tous les hommes è la Yie religieuse et au salut sans distinction de Caste.
« En dernière analyse, on ne regarderait pas comme invraisemblable l'infiltration de quelques, idées chrétiennes au sein de la granae secte de Krichna qui a dominé dans l'Inde h partir du v' siècle ; mais il y a loin sans contredit d'un tel mode d'action à l'influence directe et complète que l'on s'est trop empressé d'aflirmer. N'est-ce pas- un assez beau résultat des études entreprises impartialement dans ces dernières années, que d'avoir constaté historiquement que le culte de Krichna est postérieur à rétablissement du christianisme, et que, selon toute apparence, TEvangile a eu quelque part aux hommages rendus par l'Inde à son Dieu favori ? »
Le reste de l'article, dont nous venons d'extraire les pages qui précèdent, est con* sacré au récit des faits hii>toriques qui établissent que rindea été en rapport, avant le VI' siècle, avec des populations chrétiennes. — H. de Champagny, après avoir cité plu-
. sieurs passages du Pentateuquedanssonbeau livre intitulé : Rome et la Judée^ ajoute :
« Telles étaient les fêtes de l'ancienne loi. Mais dans le judaïsme moderne, ces joies sont remplacées par des regrets. Les années se comptent par lire de la désolation. « Sois triste au matin, est-il dit au fidèle, en pen-
r sant à la destruction du temple; si tu la lèves la nuit, pleure la chute du temple, et Dieu t'en récompensera. Quand lu sors de ta chambre, sors la tête basse en pleurant la ruiue de Jérusalem. » Les jours de fêtes
? sont pour la plupart des anniversaires de
.;. douleur ; la plupart des jours consacrés sont des jours de jeûne. Il arrive ainsi èi Juda, égaré et chAtié, le contraire de ce que lo prophète avait annoncé A Juda, fidèle et récompensé : Le jeûne du quatrième mois tt le jeûne du cinquième^ et leieûne du dixième seront pour la maison de Juda des jours de joie et d'alligresse , et des solennités magni^ fiques. Aimex seulement la vérité et la jus* tice, {Zachar. viii, 19.) Dieu nous garde d'insulter celte douleur. Quelque méritée, et en un sens, quelque volontaire qu'elle puisse être, qui lui refuserait des larmes de compassion, surtout parmi ceux qui savent,
l' lar expérience, de quel prix est pour l'Ame lumaine la possession du vrai Dieu, de la loi véritable, et du légitime sacerdoce? Mais ce qu'il y a de plus triste encore pour Thoiume qui a le sens des choses religieuses, c'est de voir de quelle façon aujourd'hui la nation d'Israël ou une partie de celte nation croit pouvoir secouer ce manteau de UeiiL
Affranchie, et nous ne le regrettons pas, par la libéralité des législations modernes, (devenue la citoyenne simultanée de presque tous Jes Etats chrétiens, initiée à la ne corn* mune de toutes les cités, y portant et tontes les qualités natives de Tesprit judaïque, et roriginalifcé d'une nation séquestrée depuis dix-nuit siècles, douée en particulier du génie des affaires, et arrivant aux splendeurs de la fortune plus encore par la dextérité de Tintelligence que par le labeur de la main; s*assimilant aux Chrétiens, je veux dire aux non Juifs, jusqu'à la négligence de «es propres rites ; interprète fori large du Peatateuque; à plus forte raison, dégagée des pratiques et des préjugés talmudiques, cette partie du judaïsme se ligure ou n'est pas loin de se figurer que Israël est maintenant délivré, qu'il a son Messie, que l'ère de la rédemption approche, si' elle n est déjà commencée. La Jérusalem nouvelle serait là Jérusalem de l'argent avec un banquier
f^our Messie, la cote des fonds publics au ieu du Sepher Thwra^ la bourse au lieu du temple, ei la corbeille des agents de change figurant le Saint des saints. Si Akiba, Moïse Maimonide et les vieux rabbins du mo^en Age étaient témoins d'une telle rédemption, ils pleureraient, sur cette prétendue délivrance, des larmes plus amères qu'ils n'en Tersèrent jamais sur la désolation de Jérusalem,
« C'est une chose curieuse que d'oh-
«erver^ combien, sous le coup de son désastre , le génie judaïque devient différent
de luinnéme Après sa chute, il semble
que le peuple juif ait renié les prophéties anciennes et authentiques pour écouter plus è son aise des prophéties apocryphes et nouvelles ; que les talmudistes, leskabbalistes, les illuminés, les faux messies aient détrôné ou peu s'en faut Moïse et Isaïe. Bientôt il circulera dans les écoles mille fiibles injurieuses aux prophètes. Ezécbiel passera pour un valet de Jérémie, qu'on avait surnommé le Méprisé; Daniel, parce que sa Tte s'est écoulée hors de la Terre-Sainte , et parce que, dit-on, il a feit le commerce impie des pourceaux, se verra disputer le titre île prophète. David sera un b&tard, aux cheveux roux, comme Esaii, incestueux, idolAtre, donnant la lèpre par son regard. On racontera que, ayant voulu cueillir des pommes un jour de - Sabbat , il est mort parce que le diable lui a retiré son échelle, et que son (M>rps est resté sans sépulture.
« Après avoir attendu le Messie au bout de soixante-dix semaines sous Auguste; après avoir reculé ce terme ei l'avoir attendu en Tan VS avec l'imposteur Theudas, on recommencera la computation; en comptant des jdbilés de cinquante ans au lieu de quaranteneuf, on se donnera quaire-tingt-cinq ans de répit. On imaginera un autre moyeu : on abrégera l'histoire, et en resserrant les siècles passés, on se donnera plus d'espace pour les espérances de l'avenir. De siècle en siiècle,on refera les comptes et on finira une époque nouvelle pour cet espoir toujours
déçu. Barcochébas en 158, un autre en 531, d'autres, même en des temps plus modernes, abuseront ainsi de la crédulité de quelques Juifs. Mais d'autres au contraire seront frappés de la vanité de ces calculs toujours recommencés; ne pouvant méconnaître que le Messie avait dû naître, en effet, vers le temps marqué par les premiers comptes, ils diront qu'il est déjà né, qu'il est né è Bethléem, le jour de la deslruction du temple, mais qu'il reste caché, enchaîné, selon les uns, dans le paradis: selon d'autres, habitant aux portes de Rome, et y exerçant la charité, jusqu'à ce que le jour de sa n>anifestation arrive et qu'on vienne le couronner. Ce temps d'obscurité et de silence sera, disent-ils, de 40, 45, 80 ans. Mais enfifi le moment viendra où l'on rejettera là tous les calculs, où le Talmud prononcera cet aveu résigné que tous les temps sont passés, où Ton priera solennellement contre ceux qui calculent les temps du Messie, pour que leur ventre crève, et que leurs os soient brisés.
« Et en8n,nous avons vu jusqu'ici (le moment de la dispersion), Israël fidèle à la foi et au culte des saintes Ecritures. Mais peu è peu cette vénération va diminuer. Cela est tout simple, puisque les saintes Ecritures ne l'instruisent pas selon son bon plaisir, et loi montrent, au lieu d'encouragement ponr ses espérances, la prophétie et la justification de son châtiment. Des maîtres nouveaar, des écoles nouvelles, des livres nouveau!, ou qui du moins altéreront par bien des mêlants la tradition du passé , surgiront au milieu de Juda dispersé et exilé« et prendront le pas sur Moïse. Lorsque l'école de Tibériade aura rédigé sa Miscnna (189), ex-
Ïlication et supplément du Pentateuque, ta [ischna sera préférée au Pentateuque. Lors- Sue plus tard auront été rédigées les deoi hémares de Jérusalem et de Babylone (itt et 505), commentaire d'un commentaire, la Ghémare, à son tour, sera préférée à k Hischna. Pour un grand nombre, les obscurités de la Cabale seront préférables à tout le reste. Cette prétendue infériorité de la lettre biblioue est plusieurs fois rap^ielée : La Bible est I^u, la Miscbna est le vin, la Ghémare rhv-
E»cras« — Ou bien : La Bible est le sel, la ischna le poivre, la Ghémare les aropales. Qui pèche contre Moïse peut être absous; qui ()èche contre les docteurs mérite de mourir (m siercore buUieiUi)... Cette décadence religieuse et par suite morale et iot^llectueile du peuple juif, nous explique le changement de langage des païens à son égard. Ce n'est plus ce peuple et ce culte
Îu'ont respectés César, Antoine, Auguste, ivie, Tibère, Titus; devont lequel Varrou, Senèque et Strabon s*inclinaient; dont Tauii d'Horace observait pieusement les Sabl>al5>, dont Gicéron plaidant pour son oppresseur*' ne parle cependant pas sans un certain ojénagement« Non-seulement Domitien les dépoiiille, mais Pline ne voit en eux qu'une nation célèbre par son aiéf>ris pour 'es dieux; Plutarque» des superstitieux; Juvénal, des mendiantsi des adorateurs des hua-
IIS
INCARNATION
B^, et des diseurs de bonne aventare.
artial n*a poar leurs jeûnes, leur serments et leurs Sabbats que de grossières raîlieries. Tandis que Trogue-Pompée racontait sur les JaHs beaucoup de fables, mais nulle caiomoi^ Tacite débite sur leur compte les plus injurieusessotlises.Tacite(le preraier,si je ne me trompe, |)armi les auteurs qui nous sont restés) leur impute Tadoration d'un Ane, conte absurde, et qui devenait populaire chez les païens. Tacite avait vu le ghetto de quelque ville grecque, où la cupidité, souvent la richesse, se cachait sous les apparences d*une misère infecte; il avait entendu le chant lamentable et vu les physionomies sinistres de quelque synagogue, quand il disait : c C'est à tort que Ton veut faire remonter k Bacchus fa religion des Juifs. Le culte de Bacchus est brillant et joyeux. Celui des Juifs est absurde et immonde. » Ceci encore avait été prédit par Moïse : Tu $era$ h fable et la risée de tous le$ peuples chez qui Caura amené le Seigneur. {DeuL YXYin, 37.) t Cette triste situation du peuple juif ne devait plus désormais que s'aggraver. Les Synagiigues de la Terre-Sainte s'étaient les premières laissé entraîner k la révolte, et elles y avaient péri. I^s Synagogues du dehors, plus résignées ou plus indifférentes s'étaient mieux préservées de l'esprit de faction.Mais il allait bientôt en être tout autrement. Tandis que l'école de Jamnia dans la Palestine, protégée par les Romains» prêchait désormais l'obéissance et la soumission, c*étaient au contraire les Synagogues de la dispersion qui k leur tour nourrissaient cet esprit d'indépendance et de révolte .par lequel lears sœurs de la Terre-Saiote avaient pérf. Elles avaient recueilli des sicaires fugitifs, missionnaires et martyrs de cet illumi- BJsme factieux qui avait perdu la Judée.. Tous enduraient les plus cruelles, iortures, platèt que d'articuler ce seul mot : César maUre ^Uti^m^m, Uvwitn^)... Les Juifs de la dispersiOQ se préparaient ainsi k suivre Texemple des Juifs de Palestine, et à perdre isns leurs chimères d'indéoendance et de g)oire ce qui leur restait de liberté, d*aisance et de paix. C'est ce que devaient voir les générations suivantes; car la ruine de Jérusalem n'e^t que la première étape de la nation JHive dans sa carrière de calamités. »
M. Caro dit dans ses Eludes morales :
«Quelles pages nous aurions eues si Bossoel avait pu voir ce que nous voyons de nos jours en Ansleterre et aux Etats-UoisL*. La religion se fractionne par quartiers, par rues. Nous avons vu que Cnanning était iiIbslear de la Société chrétienne de la rue as la Fédération^ à Boston, Et croyez-vous que tes noms collectifs de sociétés indiquent au moins une certaine unité de doctrine t Pas le moins du monde...— Oi^ l'unité manquât peut-il y avoir véritablement une religion?... Co des plus grands esprits de ce tempjs réduisait un jour k trois les formes essentielles de nos croyances: Tuoe qui ne veut puiser u vérité qu k la source de la raison ; rautre <loi tempère et règle sa foi par une autorité;
DiCnOlIN. W3 PABALLiUE»
la troisième qui fait une part ég«le k t'autorité et k l'examen. Ces trois formes sont la philosophie ou le rationalisme» le catholi» cisme, et le {irotestantisme... Nous ne saurions souscrire, pour notre modeste part, k cette promesse d'éternité que fait k chacune de ces croyances l'illustre écrivain. Issu du catholicisme, le protestantisme tend de plus en plus k s'en éloigner, et flnira par s'absorber dans la philosophie... c'est une doctrine de transition destinée» comme toutes les transitions, k disparaître, comme tous les compromis k s'effacer. Voyez plutôt... jus-
2n'k ces derniers temps... on sait que les glises évangéliques ne s'entendaient pres- Sie plus entre elles, et que, dans le sein de acune d'elles, les ffdèles ne continuaient k s'entendre qu'k force de tolérance et de bonne volonté... Il y avait pourtant encore, même dans cette dissidence infinie d'opinions, un point commun... la divinité de Jésus-Christ; ce dogme n'existe plus dans la aecte des Unitaires, qui ont repris, dans ces derniers temps, lidée fondamentale des Yieilles hérésies anti-trinitaire, sai)ellienne, arienne, contre lesquelles l'antique Eglise eut k fournir, dès son origine, tant d'illustres combats. Cette idée se réduit k nier la distinction des personnes et la divinité de Jésus - Christ. Le Rédempteur n'est plus qu*pne créature privilégiée, une sorte de médiateur supérieur k rnumauilé, mais inférieur k Dieu. L'unité de personnes est rétablie en Dieu, il n'y a qu'une personne comme il n*y a qu'une substanee. Comme pour les socmiens, leurs pères dans le protestantisme, le Père de Jésus-Christ est seul Dieu ; le Christ est une créature engendrée par une vertu divine. C'est bien le Messie, c'est bien le Fils de Dieu» car il vient porter aux bommea la parole de vérité. Il est encore le Fils de Dieu, mais il n'est plus Dieu... Si, comme le prouve M. Labottlaye» Tunitarianisme est destiné k prendre une place dans Thistoire de la rélbrme; s'il est vrai que l'avenir du protestantisme est k lui, le protestantisme aura bientôt fini de vivre à titre de religion, et l'avenir de la Nouvelle- Angleterre n^st pas aux unitaires, mais aux philosophes. •• Toutes ces conséquences n*ont pas été reconnues par Cbanning. Mais son principe sera plus fort çue sa Tolonté... Ce principe, c'est la souveraineté de le rnson..« La révéletion, n'est que rachèvemeni df la raison.. • Dans la notion de Dieu que ooua donne la révélation, il n'y a rien de plus aue ce qui est en germe dans le reiaon de checun... La raison individuelle est instituée comme juge et arbitre absolu de la révéletion. On nous accuse (dit ChannioR) ic faire um usage insouienable de la raison dmne /'t*ierprétaiion des Ecriiures. On dii que nous la mettons au-deosue de la révélation^ ci que nous préférons notre sagesH à cette de Dieu: . ce sont des reproches imméritée, ftoue ero^fons simplemeni que Dieu ne conireditjasnaie dans unepartie desBcritures ce qu'ilnous mtefana dans uiia auire^ et ne contredit fomaie éme la révélation ce qu'il nous enoagne par sto^
DICTIONNAIRE DU PAIULLEXE.
ijtavrcê ei par $a providence. Nous refuêoni donc t admettre toute interprétation qui^ après réflexions sérieuses^ nous semble inconciliable avec une vérité démontrée.., La rérelation nous est adressée comme à des êtres raisonnables. Permis à notre paresse de dési* rer que Dieu nous eût donné une religion qui ne demandât pas la peine de comparer^ deju^ ger^ de conclure. Mais une (elle religion eût été en opposition avec notre condition présente. Fort bien... Hais où s'arrêtera ce cooirôler... Cbacan est libre de di^placer la] limite... Channing admet rauihenticité des miracles : je les rejette... De tout côté le naturalisme vous déborde. Je ne vois plus là une religion, je nu vois plus qu'une philosophie qui empiète sur le domaine du christianisme, je ne vois plus qu'un rationalisme inconsé(|uent. »
Nous reproduisons maintenant l'article «suivant publié par l'abbé Jeanneret dans VUnir.ers du 10 juillet 1857.
LJrvingisme. — Histoire^ doctrines et pro' phéties de cette secte,
« Le R. P. de Ravignan, dans ta vi* de ses conférences, k Notre-Dame de Paris, disait, en parlant du protestantisme : 5a puissance de dissolution religieuse et sociale^ son r €doHtable instrument de conquête au milieu du monde moral et politique^ son coup de tonnerre dont le retentissement et le contre-coup ébranlèrent et ébranlent encore les constitutions européennes: tout le protestantisme^ en un motf fut dans cette parole : « Raison^ sens prive\ règle unique et souveraine de la foi en chaque homme. »
« On sait ({uelles furent les conséquences de ce principe subversif : guerre acharnée contre la papauté, haine sans frein de toute autorité religieuse, liberté de tout penser et de tout dire. Les divergences, les divagations sans mesure de Popinion relisieiise, qui déchirent en lambeaux la société, pour la réduire au néant de toute religion, à Vindifférence, n'ont pu <iue renverser les bornes établies par la foi, soulever les passions, faire de la société religieuse une terre mouvante, sans consistance, et produire enfln ce chaos intellectuel, religieux et moral dans lequel la Réforme a plongé tant de contrées, \idi8 si heureuses, si florissantes, sous ^empire de la foi et de l'obéissance à l'autorité légitime.
« La Réforme est déchirée par ses propres enbnts. Le désordre, la confusion de celte aojatiqoe Babel, destinée k périr avec ceux qui l'édifient, augmente sans cesse, et les sectes, dalhs son sein, se multiplient indéfiniment. La première moitié du six* siècle a vu éclore plus de soixante fractions nouvelles du protestantisme ; congrégations sans dogmes, sans moitié, sansdiscipline, n'ajrant d'autre frein que rfaumeor vagabonde d*un chef fiinatiqae. Chacun a ses doctrines propres. Point de dogmes communs. Les vérités essentielles de l'un sont dee blasphèmes pour l'autre. Ceiui*ci aiBrme ; celui-là nie. Ou en voit qui n'ont point de sacrement;
d'autres point de ministère. Quelaues-eM font consister toute leur religion ostis on foi vague, indéfinissable, tindis que Wois voisins élèvent un temple à la dttinM. U symbolique de Genève aiffère autant <ie tfiWt de Cantorbéry, que les doctrines des llor* mons des doctrines de VEglise du témoignage. On chercherait en vain les rèveriei a'irving, ses prophéties, ses miracles, ses uttéranceSf dans la vieille cathédrale où Calvin enseigna sa dogmatique austère et dé sespérante. Le mysticisme de Wesler, la démocratie religieuse du quaker, niluim* nisme des frères de Plymouth, le socïDi»nisme de l'unitaire, les aspirations cadwliques du puséiste, la cité fantastique de< schwédenuorgiens , les trembleurs cootqI* sionnaires, les sénérationistes obscènes, la tourneurs de tables eénevois, etc., sepim* gent l'héritage des fils du mensonge et pasplent le protestantisme des hérésies les pisi subversives, les plus absnrdes. Laconfusioo engendre souvent l'indifTérence, et toujours l'incertitude dans les Ames soumises k ce sjv tème de mort, et cette multiplicité de doclhnés hétérodoxes amènent a leur suite le déisme, le scepticisme, l'athéisme; si quelque Ame échappe k ces fléaux, c'est uw toftiber dans le gouffre ténébreux du Jeses-
()oir. Comment serait-il possible de trourer e christianisme dans un tel labyrinlbe et sectes? L*bomme le plus sage se perd disi les rues tortueuses de cette Babylooe or*
Î;ueilleuse, où le nom de Réyolti sa lit es ettres de sang sur chaque pierre de sa ténébreux édifices.
« Nous voulons voas entretenir d'une di ces sectes farouches et extravagantes, enfb* tée par l'Eglise anglicane, Vlrvingism^ qoi répand ses dogmes, depuis trente ans, lîec une activité et un succès extraorJlDiira L'Angleterre, l'Allemagne » la Suisse, la Etats-Unis fourmillent de ses ouvriers. U France même est depuis peu d*années r champ qu'ils labourent avec des écus^df* livres, des journaux et autres inslniDefit» du même genre. Il n'est donc pas iefl* tile de connaître Thistoire de ces illamrnés ; pour la résumer fidèlement, iiotr donfier une idée exacte de leurs dodriot' et des étranges prophéties qui font corp» avec elles, nous puisons nos renseigoeoai:' dans les ouvrages les plus dignes de foi, rsurtout dans les actes et documents oBcitù de la secte elle-même.
« Edward Irving, bachelier en tbMoft et pasteur de l'Eglise nationale d*Eeos'<. alla s'éublir à Londres en 18M. lls'soi|Vi une çrande réputation comme orateur, «(« popularité n'avait pas de rivale. Céuii i«
Srédicateur à la mode, la merveille du/'V ^oué d'un caractère ardent, d'one toispoi* tien vive, il n'avait malbeureosemeot \<n: la régler que cejugement privée cette obéi^* sance à la seule raison humaine qui • fotralné les protestants dans de si grandes a * reurs.
« En mi, Irving abandonna la prédrition pour s'adonner à l'élude des propMt'^*
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7lft
surlOQl de celles qui, dans )e lan^ge ré~ formé» annoncent la chute du papisme, le règne de Tantechrist, le dernier avènement da Christ. Durant quelques années» il demeura dans Toliscurité, méditant dans le si* lencede la retraite les dogmes qu'il voulait donner à sa secte future. En 1826, il reparut, et se mit à prêcher des doctrines étranges, enseignant que Jéêui-Christ était venu ou mande avec tes mémeê désirs coupables^ les mêmes appétits déréglés qui se trouvent en nous, et que sHl échappa au péchés la cause en fut non dans sa nature^ mais bien dans la mesure du Saint'-Esprit qu'il reçut^ lequel dompta parfaitement en lui les mouvements de ia concupiscence.
c A cette hérésie snr Thumanité de Jésus- Christ, Irvine ajouta cette assertion que les dons miraculeux du Saint-Esprit devaient ioujours demeurer dans toute leur plénitude au sein de tEglise^ que T Eglise ne les pos- $ide plus^ et aue c'est uniquement à son apoS" têsie qu^elle doit s'en prendre (60).
c Dès lors, il insista dans toutes ses prédications sur le devoir imposé aux Chrétiens, (lisait- il, d'importuner le Seigneur dans leurs prières, aun que les dons surnaturels leur fussent donnés.
«Après avoir réuni un certain nombre d*«deptes, il posa les fondements d'une cha • |ielle a Port-Glasgow, en Ecosse, puis d'une seconde à Newman*Street, à Londres. Ce fat alors que la secte commença à publier ses manifestes et l'exposé de ses dogmes, dont chaque article avait été communiqué directement par le Saint-Esprit dans les Cttéremees» (Lettre Slrvina a N. Baacter^ 18».)
« On appelle uttérance (61), dans la phraséologie irvingiste, toute parole d'inslruc^ tion, d'exhortation, d'avertissement ou de prophétie, que les personnes douées {gifted) prononcent au milieu des frères pendant qu'eliea sont sous l'action du ootwotr (in tko poie«r);c*est-k-dire sous Tinfluence immé* diate du Saint-Esprit, parlant dans rassemblée par la bouche du prophète irvingiste. Aax jeox de la secte, ces personnes-là sont (le vrais prophètes, et leurs sentences ont •Qtaot d'autorité que celles de rfieriture*
Mainte.
< Les uitérancês commencèrent d'abord à Port-GIasgow. Lee personnes qui les prônons çaient étaient deux frères, MM. Donald, et plusieurs dames, entre autres miss Caajrsiiell et miss Hall« Chaque jour on se réuniS'* sait en assemblée particulière pour demander ao Seigneur les dons miraculeux du Saint- Esprit. Le S5 août 1831, M. Taplin, se levant so miliea de l'assemblée, sous l'influence du pouvoir^ prononça des paroles d'abord en Imguo inconnue f puis en anglais. On l'entendit s*écrier : le Seignour est proche^ pré^ pares-vouê à sa rencontre; les jugements vienntnt^ Us Cmviranneni, »
(SS) Bronratoa^t Quarterly Reelem 1854» -^Inm^ fiia, *f iV. Bêxier^ Londuo, 1836. — Gâtais, ï^lrnmfitme jnqi vor la parole de bien* — LeUre
« Les soi-disant prophètes h^araient cependant pas encore obtenu d'irving la permission ae parler pendant le culte public, le jour du Seigneur; mais le dimanche 16 oc« tobre 1831, miss Hall, une des prophétesses, pressée, disait-elle, par l'Esj^rit, au milien du service, courut cfe la cbanelle au ves-* tiaire, et de Ih s'écrie, de manière à être entendue de toute ia congrégation : Comment ose» 'VOUS supprimer la voix du Seigneur? Miss Cardale la suit; Tune et l'autre avei^ tissent par l'Esprit l'Ealise de ne pas le contrister davantage par Ta défense de prophétiser dans rassemblée publique. Le soir de' ce même dimanche, M. Taplin parla en langue inconnue, puis il dit en Anglais : Tuex^ vous donc ia voix de Dieu^ quand il est présent au milieu de vous? OU fuirex^vous aune au jour du jugement f
« Dès ce moment, la pauvre congrégation d'irving fut livrée au pouvoir de ses prophètes et de ses discoureurs en langues inconnues; souvent ils parlaient avec des gestes si étranges et des attitudes si extraordinaires
Ju'ils surprenaient leurs propres auditeurs, n des membres, M. Tudor, ayant un jour exprimé le vœu que les prophètes modérassent un peu leurs éclats de voix, s'entendit immédiatement reprendre en uttérance par Miss Hall, qui s'écria : Savex-vous ce que c*est que d'avoir la parole de Dieu comme un feu dans se$ os, (Gubrs, Vlrvingisme^ p. fc.) « En 183<k, rirvingisme, d'après F ordre du Saint ' Esprit t régla son organisation extérieure. Comme il est écrit dans VApocalupse^ XXI, Ifc : La muraille de la cité avait douxa fondements f et les noms des douxe apôtres étaient écrits dessus^ la secte choisit douze apôtres, auxquels furent confiés l'administration générale de l'Eglise, avec pouvoir de faire des miracles, de ressusciter les morts, de guérir les malades, de parler toutes les langues de la terre. L'apostolat n'est accessible qu'aux Anglais, aux Ecossais, aux Irlandais. L'Europe est partagée en dix tribus, auxquelles sont préposés les apêtres. Après les apôtres viennent soixante évangélistes, selon le nombre des colonnes du tabernacle au désert. A la voix des prophètes, on choisit encore des anges, des anciens, etc. En outre, la secte accorde l'attention la plus minutieuse à l'arrangement de son nouveau temf>le. Un grand chandelier d*or fiffurait le bndateur; les branches du chandelier représentaient les apôtres, les anges, etc. Après que tout eut été ainsi réglé, conformément aux uttérances^ on déclara que le tabernacle était dressé, que la gloire du Seigneur allait le remplir, et une effusion pentecostale de l'Esprit-Saint se répandre incessamment sur le troupeau. (Juddbutochi Wabtb; Ques^ H'ena aux irvmgisteSt par le docteur MabaLT de Bêle; GtÔBBa, Mrvingisn^^ etc.) « Ceci était facile à faire. La question était d'étalrtir un corps de doctrines et une litur-
miOLT
il7r«f]t9 à N. Basur, fi avril 183».
<6t) Du mol aaglali nlter : pronoaces^ peo» firer.
7lt
blCTlONNAlRE DU PARALLEI.E.
i;ie qqi pussent présenter quelque nouveauté inconnue aux autres sectes. On fit donc une confession de foi » dont Tarticle fondamental contenait la doctrine dlrving sur la nature humaine du Sauveur. Voici ta substance de cette hérésie : La loi du péché i*e»t trouvée dan$ les membres de Jéêus-ChrUt^ comme elle / ê^ agile et $e trouve dan$ les nôtre»; maie il la mattriea $i bien par la puissance de CeS" prit de Dieu^ dont u possédait une riche me^ surfis queiamais il ne pécha actuellement; de sorte quM peut nous être présenté pour mo-dilCf et que^ par la puissance du mime esprit^ nous devons et nous pouvons remporter sur le péché qui est en nous la n^me victoire^ et atteindre au mime degré de sanetilkation.
« Cétail le docétisme renouvelé. En même temps gu*il rabaissait la personne adorable du Christ» en supposant que la loi du péché avait habité dans ses membres, Irving exaltait la créature pécheresse, en afliripant que le corps souillé de celle-ci peut devenir actuellement aussi pur que le corps de Jésus.. Au lieu d'élever 1 homme déchu b la mesure de la stature parfaite du Fils de Dieu, il rapetissait au contraire le Seigneur de gloire, et le ravalait ft la mesure de r homme déchu. Un abîme appelle un autre abtme. Si Jésus- Christ est venu dans une chair souillée; si, dans sa conception jusqu'à sa mort, il porte dans son humanité les germes du péché, il n'est plus l'Agneau sans tache; dès lors son sacrifice est sans valeur, et Thumanité n'a plus de rédemption. Aussi, conséquent avec sa funeste doctrine, Irving en vint-il jusqu'à rejeter Texpiation par la mort du Sauveur, lia substitution de la victime sainte à la créature coupable, telle que la Bible l'enseigne, et que 1 Eglise chrétienne l'a constamment reçue dans tous les siècles, iHuman nature, of Christ, p. ii6, m,)
. « Dans une lettre à N. Baxter, Irving dévelop()e cette doctrine « et dit : Je crois que ta chair du Christ ne fut pas meilleure qu'une autre chair , quant à ses qualités ou propriétés passives f comme chair créée ; mais JésuS'Christ reçut du Père une mesure suffisante de FEs^ prit-Saint pour résister au mclnde et à Satanf et le rendre obéissant en toute chose, La congrégation ne se contenta pas de garder le silence sur cette impiété; elle la sanctionna formellement, et U marqua de son sceau de la façon la plus explicite. M. Taplin osa dire en uttérancCf à l'occasion du chap. viii d*£zéchiel, et sans que personne s'élevât pour fermer la bouche au blasphémateur, que les femmes adorant Thammu/, la déesse de la jalousie, dans le sanctuaire de Jérusalem, c'était TEf^lise adorant Jésus -Christ dans une chair immaculée I
« Nous avons un MÊanifeste de Tirvingisme, adressé aux paêriarehes, (sux arche* véques^ aux évêques et à tous ceux qui occu^ pont le premier rang dans V Eglise de Jésus '^ Christ par toute la terre; aux empereurs, aux rois^ aux princes souverains et aux gou* vowmeurs des nations bapîisées. Cette pièce, vraiment curieuse, est 1 expression oiucieile
des opinions présentes et des espéraocea de la secte. Voici comment elle débute :
« Page 1 : V Eglise de Jésus-Christ est Vas^ semblée de coux qui sont baptisés au nom d^ Père, du Fils, du Saint-Esprit, sans égard ni au siècle ni au pays, et séparés par /• 6optéme de tous les autres hommes. C'est-à-dire, en d'autres termes, comme le titre du manifeste l'indiquait déjà, VEglise, c'est ta chrétienté,
« On voit que l'irvingisme voudrait rallier toutes les sectes chrétiennes et les englober avec l'Eglise catholique, sous le nom vague de chrétienté, qui s'applique aussi bien aux nestoriens, aux sociniens, aux anglicans qu'à toute autre dénomination. Cette définition est vraie dans un sens, si on l'applique à l'Eglise romaine, car saint Augustin luimême définit TEglise : Populus fidelis per universum orbem dispersus {In psal. cxux). Mais dans le sens irvingiste, elle est fausse; car il ne suffit pas d'être baptisé pour appartenir à l'Eglise, il faut professer la doctrine chrétienne, participer ^ux sacrements, obéir aux pasteurs légitimes, mais surtout au Souverain-Pontife. Aussi Bellarmin définil l'Eglise : Sodetatem hominum viatorum quo* dem fidei professions eorumdémque saercH mentorum participations eonjunetorum oub regimme legiiimorum pastorum ae prmserHm Summi Pontifieis. Les fidèles appartenant à l'Eglise catholique remplissent seuls ces conditions, eux seuls donc forment l'Eglise. LMrvingisme n'a aucune part à cette possession. Mais passons.
« A la page 2, il est parlé de ronetion des rois par les mains des prêtres de Dieu. On y lit ; Les princes ne sont capables de rémur que par la grâce de f Esprit de Dieu. Ceci peut être pris dans un sens catholique, mais en voit assez dans quel sens hétérodoxe et anti-sodal le fanatisme irvingien peut l'entendre. A la même page, il est tait mention d'un sacerdoce spécial sous le Nauveou^Teotm^ mont, et d\m sacerdoce institué le jour do In Pentecôte.
€ Le manifeste renferme plusieurs doe»
trines qui se rapprochent de celles de PB- Çlise catholique. Ainsi, à la page ift, on lit s
€ Los mojfens de ^forticiper au salui penvent être ainsi définu : Los sacrements as la vie et le ministère {ou sacerdoce'^ page S) oréhnné lia Dieu pour remplir hs fonotions de cette vie. Lee sacrements établis par Jésus* Christ, et qui se rapprochent « plus directe' ment » eê plus immeaiatement de cette et# que Dieu nous a donnée en eon Fite, eoni le baptême et r Eucharistie. Le baptême a été établi pour communiquer la me, fEuehtsristio pour entretenir en nous cette même oie.
« Ces paroles nous montrent eoubieo la théorie d Irving sur les sacrements a'écarta de celle des protestants. Ceux-ei n'adflaettent que deux sacrements : le baptême ei la cène ; encore ces deux sacrements ne soetils pour eux qu'une espèce de horsKi'cwivre. On peut s'en servir, si Ton veut; mais leur réception n'influe en rien sur le salut, la foi seule nous rendant enfants de Dieu et héritiers de la vie éternelle. L'irvingisme, aa
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Ml
eoDtrairet adraeV le baptdme comme le prin* ciKde la rie chrétienne, corome la porte des autres sacrements. San$ baptême^ nul ne $er€k tauvé, dit-il ; car le baptême est la source de kréginéfaiion. Il croit que les sacrements communiquent la grâce a celui cjui les reçoit, pourvu seulement que ce soit un prêtre qui les administre. Sans préciser sa pensée sur le nombre des sacrements, probablement par crainte d'Atre accusé de (vapisme* il reconnaît plus de deux sacrements. Sa doctrine est que les sacrements effectuent^ ce qu'ils expriment, c*est-à-dire que, par eux* mêmes, ils répandent, puis entretiennent en nous la yie^que nous soyons ou non en état (le grâce : seulement les effets des sacrements restent suspendus dans le Chrétien qui est en état de i>éclié jusqu'à ce qu'il soit purifié.
c L'Eglise catholique croit, et c'est la doctrine expresse du concile de Trente» que les sacrements renferment en eux la grâce qu'ils signiflenl, et qu'ils la confèrent a celui qui o'jf met point d'obstacles : Si qui$ dixerit sacramenta novœ legis non continere gratiam fuant iigni/icanSf aut graliam ipsam non po* néntibue obicem non con ferre... anathema iit. C'est un article de foi que les sacrements confèrent la grâce ex opère operato^ et que la seule foi aux promesses divines ne suffit pas pour obtenir la grâce. Les sacrements ont été institués pour la produire ou l'augmenter. Jamais l'Ecriture ne nous propose la foi comme la seule cause efficiente de la grâce; mais elle exige que ceux qui ont la foi reçoivent les sacrements pour obtenir le pardon des péchés et les grâces sacramentelles. C'était à des fidèles crovant en Jésus- Christ (]ue saint Pierre disait s Baptizetur unu$qui$^ue veetrum in nomine Jesu Christi, m remiistonem peeeatorum. (AcL ii, 38.) < Hais revenons au manifeste :
« page 23. Lee quatre minietèreê ( apdtres, prophètes, évangelistes, docteurs, Èphes^ iv) ne sont pae donnés pour un temps dnà expi» r^.«.« Les fonctions d* établir les prêtres^ de leur donner Fonction 9 ne peuvent être remplies que par les apôtres ou par ceux qu'ils iml délégués immédiatement ; car Jésus seul confère le Saint-Esprit^ et selon la constiti^ iion primitive^ e^est par les apôtres seuls et leurs successeurs au il le confire. Si cela est ainsi. Messieurs les irvingistes, montrez- Doas votre succession, et alors nous croirons à votre mission. En attendant, permettez- Doas de ne reconnaître d'autre succession «me celle qtii a toujours été reconnue dans 1 Eglise, celle de l'Ei^lise romaine elle-même. « Page 55. Vonction et le sacre d'un roi chrétien par les mains du prêtre de Dieu sont une institution sainte I Des ministres de VE* glisCf comme de la main du Seigneur, il reçoii ia couronne et les grâces nécessaires pour bien régner.
« Page W. Au travers de toutes les corrupiions de la chrétienté et de toutes les formes de perversité, VËglise catholique romaine a rendu témoignage à Dieu: témoignage de Funitéde FEglise dans la foi... Oui, i Eglise
roffMrfne o seule témoigné que r Eglise est une: elle a mis en action ce principe ^e runité e$t 0on caraetire essentiel^fçiïh qui est bien. Un catholique ne dirait pas mieux. On se demande, en entendant de telles paroles, pourquoi ceux qui les ont écrites ne s'empressent pas d'accourir dans le sein de cette Eglise source de l'unité et de la foi. Hélas 1 Incrassatum est cor populi hujus, et auribus graiviter audierunt^ et ooulos suos clauserunt : ne quando mdeant oeuliSf et auribus audiant^ et corde intelligant et eonvertantuTf et sanem eos. {Matth. xiii, 15.)
« Un des gHefs de l'irvinglsme contre Tâge moderne est l abolition de la dime à Fautel de Dieu.
«On voit par ces extraits combien l'irvingisme diffère des sectes protestantes. Sa sympathie pour l'Eglise catholique est évidente; nous le verrons mieux encore tout à rbeure. A la page 76, il interpelle en ces termes les évoques ratholiques: O évêques, saints Pires de P Eglise I souvenexvous quil est de votre devoir de présenter i Dieu vos troupeaux comme unpet»pU saint qui soit en état de soutenir le jugement et trouvé digne de paraître devant le Fils de l'homme, d'être enlevé dons les airs au devant du Seigneur : enfin , d'être éternellement avec lui à l'abri des pié' ges de la tentation et des maux effroyables qui viennent sur la terre, ce,qui est la seule espérance qui nous reste^ celle que l'Eglise a toujours eue. . « Tel est le grand factum de l'Irvingisme. A part les rares vérités qu'il peut reniermer, ce n'est qu'un tissu d'erreurs grossières. Un cléricalisme fantastique, une restauration de l'Eglise à laide de l'apostolat irvingiste, la nécessité des dons surnaturels, la réunion des diverses fractions de la Réforme : tel est le but accusé dans cette pièce singulière. Irvins se pose au milieu de la chrétienté divisée comme le centre de l'unité primitive si longtemps perdue, mais enfin retrouvée dans son église. Il parle avec complaisance de ses succès, des progrès de son œuvre, des grâces, des privilèges inappréciables dont ses assemblées jouissent. Il se plaint que la chrétienté n'est depuis longtemps qu'une Babel ; il dit que , chaque secte est comme une rue de la cité de confusion ; et voici qu*ft la rue Luther, à la rue Calvin, et à tant d'autres, il vient ajouter .la rue Irving.
« Voulez- vous savoir ce que la secte pense de la Bible et de sa propagation? M. Baxter prononça un jour, par Tesprit^ contre la société biblique britannique et étrangère cette belle uttérance : La Société biblique est la malédiction j^arcourant le pays, éteignant l'Esprit de Dieu par la let^ tre de la parole de Dieu. Elle parcourt terre et mers pour faire un prosélyte et le rendre digne de la géhenne deux fois plus qu'au* par avant !!!
c 11 nous reste à parler des prophéties faites par les docteurs de Virvingisme. Dès le ik janvier 1832, l'église de Newmanr Street reconnut au nombre de ses prophètes un certain avocat, nommé Baxter qui a
joué un grand rôle dans la secte. Peu de temps après son entrée dans Tordre des prophètes, il, annonça solennellement, et tous répétèrent après lui, que les prophètes de Newman-Street étaient les témoins de VApocalypêe^ et que, après avoir rempli leur ministère durant trois ans et demi, ils seraient mis k mort et enlevés au ciel avec tous les fidèles vivants, pendant que la terre serait livrée au jugement de Dieu. Voilà ce qu*il fallait proclamer jusqu'aux extrémités du globe. Ainsi le voulait le Saint- EspriL 11 allait envover dans le monde ses serviteurs, révolus de sa puissance, pour rassembler le peuple de Dieu avant la fin des trois ans et demi, et pour la manifestation de la gloire du Gbrist et de ses jugements. Les nouveaux apfttres devaient recevoir le Saint-Esprit et le communiquer k d'autres par l'imposition des mains; ils devaient les baptiser du baptême de feu, après en avoir été baptisés eux - mêmes. (uuBBS, rirvingiime $i le MormonUme jtê' gét par la parol$ de Dieu.) Il est inutile de dire si l'année 1836, terme fixé pour la fin des temps, rit s'accomplir ces merveilles.
€ Voici une autre prophétie, rapportée par M. N. Baxter lui-même : « Une effrayante Utiéranee déclare que le Seigneur m'avait rois à part pour son service; que je devais compter quarante jours, à partir de celui où j'avais été appelé au ministère spirituel, et que, m'ayant trouvé fidèle et ayant reconnu en moi la première des marques de l'apostolat, la patience (<tc), le Seigneur allait m'en accorder la plénitude par le don des êigfieif des miraelee et des prodiges ; qu'ensuite, par l'imposition de mes mains et de celles des autres apôtres, le baptême de feu me serait donné. A cela fut ajouté le terrible serment : Je Foi juré par moir méme^ dit le Seigneur (Josue i, 5), je Vai juréf je ne voue abandonnerai point (Bax- TBE, Narrative of Facts^ etc., p. 66-70). — M. Baxier est aujourd'hui dans son étude,
tout occupé de ses fonctions d^avocat.
« La plus curieuse de ces révélations singulières regardait l'Antéchrist. C'était le jeune Napoléon qui devait jouer le rûle d'Antéchrist.'Le pouvoir avait annoncé par la bouche de M. Baxter et de miss Cardale une dernière manifestation de péché qui serait la plus terrible de tontes, mais qui ne pourrait avoir lieu pendanl que V Esprit de Dieu opérait encore sur la terre dans un corps de témoins rassemblés comme église. Mats à la fin des trois ans et demi, Dieu devait ôter entièrement de la terre son Esprit et son Eglise spirituelle, et les trans-porter au ciel comme Elle. La terre étant alors sans témoins pour le Seigneur, Satan s*y arrogerait la souveraineté et s'^ manifesterait dans tout ce que son pouvoir a de hideux, pour recevoir en la personne d'un homme le culte de tous ceux qui l'habitent. Cet homme serait, dans la plénitude da mot, l'homme de péché (ou l'Antéchrist), que le Seigneur consumerait ensuite par
l'Esprit de sa bouche. L'Eglise nrotestante serait la première renversée; la papauté serait ensuite détruite par l'homme de pé^ ché. Et après que toutes les formes ecclé* siastiques de culte auraient été anéanties, l'homme de péché, revêtu de la puissance des démons, réclamerait et recevrait pour lui-même le culte des Nations, comme étant le Fils de Dieu revenu sur la terre pour y établir son royaume. Or cet homme de péché était le jeune Napoléon. Comme personne ne l'ignore, le fils de Napoléon n'eut ni le temps ni le malheur déjouer le triste rôle auquel les révélations du ffewmanStrul l'avaient destiné.
c L'irvinffisme eut un grand retentissement en Allemagne et en Angleterre ; mais les démentis donnés k ses prophéties et la défection de l'un de ses apôtres lui enlevèrent pour un temps beaucoup de ses prosélytes. Cependant, comme le remarque M. Guers dans son intéressant opuscule, il fut humilié plutôt que corrigé ; il relève aujourd'hui la tête et se réj>and partout. Il compte avec orgueil parmi ses adeptes un des savants professeurs de l'Allemagne, Tiersch. A Bêle, il possède une église. Les cantons de Vaud, de Genève, de Zurich, lui ont donné asile. A Paris il a aussi élu domicile, et malheureusement un prêtre catholique s'est laissé séduire par ces ii&* posteurs. M. l'abbé H... e.st entré dans la secte. Dans la lettre scandaleuse qu'il adressa naguère au clergé catholique, on retrouve toutes les opinions d'Irving, ses prétentions gigantesques, tout son langage sacramentel.
« Disons un mot, en terminant, du culte irvingiste.Irving composa une liturgie toute composée de fragments des liturgies grecque, anglicane, romaine, mais où Télément romain domine. Le Tugblati de Bâle a publié un article du docteur Marriott ayant pour titre : Les irvingistes ou Nous ne sommes pas protestants^ dans lequel il raconte ce qu'il 8 vu du culte irvingistetcl qu'on le célèbre à Bflle.
« Deu^e personnes principales y fonctionnaient ^ dit-il, revêtues de surplis blancs descendant jusqu'à terre et ornés d'un scapulaire long et de couleur claire. Le docteur Wœringer, Vun des officiants^ portait ce scapulaire sur la poitrine en forme de croix» Deux autres personnages portaient aussi des aubes^ et Fun d'eux portait^ en outre^ un ruban rouge sur Fépaule. En entrant dans réglisct ces quatre messieurs montèrent à Vautel et sHnclinirent^ ce qu'ils réitèrent souvent pendant le service. La liturgie fut presQue entièrement chantée à la façon di l'Eglise romaine, et elle remplit, avec h communion, tout le temps de f office, de dis heures et demie à midi moins cinq minuteS' VEpttre se lisait à gauche de Vautel et CEvangile à droite. A certains moments, foflieiant élevait sa main droite au dessus de 9s tête.
ir Après cela, ces quatre messieurs sortirent, et l'on commença les préparatiUs pour *