ARCHITECTURE
sir de loiil autre y resterait h rechercher i)OurqQot il s'est traduit aa xiii* sièele par rérecliori de grandes é([iises dans Tes villes, ce qui ne s'était poà fait au xi* siècle ni au coaimenoeaient cfu xir; en un mot, pourquoiy à une certaine époc^ue» les constructions de monuments destinés au culte ont pris des proportions gigantesques dans les chefS'lieus des diocèses, tandis qu'auparavant la plupart (les fondations pieuses avaient pour objet Téreetion d'un monastère ou d'une chapelle.
« Jl e&t un fait que tout le monde a pu observer, c'est que le grand mouvement do rarchileclure monastique s'est opéré dans la période romane, c'est-à-dire du ir au xii* siècle. Nos t>elles cathédrales ont été bAties de 1140 à 1300. Pendant cet espace de temps, dans toutes dos grandes villes du nord on éleva à la fois et comme à l'envi des cathédrales gothiques. Pourquoi la ferveur religieuse, è une certaine époque, s'attachaitelle aux abtMives? pourquoi, a une autre époaue, s'est-elle manifestée par la fondation e cathédrales?.... Vers la fin du m* siècle, Tart, jusqu'alors concentré ou absorbé dans les cloîtres, en était sorti et s'était, en quelque sorte, sécularisé. Entre les mains des ordres monastiques il n'avait fait que des progrès fort lents, car chague monastère regardait la disposition architecturale du cheflicu de son ordre comme une règle presque aussi sainte que la règle religieuse transmise par son fondateur. Au contraire, les laJques, libres de telles entraves, purent iaire des essais, s'instruire en comparant leurs méthodes, et de ces tentatives sortit enfla l'art gothique. Cette architecture defait sans doute se produire plutôt dans les villes que dans les campagnes, s'appliquer plutôt a des églises paroissiales on cathédrales qu'aux abbayes fortement attachées i leurs traditions; mais avec auelque admiration qu'elle ait été accueillie drabord, il est évident que l'amour de l'art expliquerait encore moins que le sentiment religieux la grandeur et le nombre des édifices qui surfirent de toutes parts en quelques années. Une révolution politique n'aurait-elle pas aeroodé une révolution dQ l'art? N'est-ce pas là qu'il faut chercher la solution du problème?
« Nous voulons parler de l'émancipation des communes et du rôle important que les villes furent appelées h jouer vers la fin du xu* siècle. Dans la longue lutte où l'aristocratie féodale succomba devant la coalition de la royauté et du peuple, une partie du clergé sécolier, et surtout des éveques, se raogèrent du côté où étaient la force et aussi la raison et la justice. Depuis longtemps une rivalité existait entre le clergé séculier et le clergé régulier. Le pouvoir immense des chefs d'ordres portait une atteinte grave à celui des évoques. En effet, non-seulement un assez grand nombre de monastères, relevaat directement du Saint-Siège, étaient soustraits è leur autorité, mais onc^re la plupirt des autres s'y dérobaient de fait par la
nature de leur conslilution monastique. Les évèques, de môme que les abbés, élaieni des seigneurs féodaux; mais les premicrî^, en contact avec les populations urbaines, riches, éclairées, éner^iaues, avaient partagé et quelquefois dirige leurs aspirations vers un régime meilleur. En général, ils usaient de leur autorité avec douceur et dans l'intérêt de leur diocèse. Aussi, lorsqu'ils tentèrent de s'emparer du droit de justice, cette usurpation, car c*en était une, avait étô favorablement accueillie. M. Beugnot, en signalant ce fait dans son savant Iravcul sur les institutions do saint Louis, explique parfaitement pourquoi les habilanls des villes se soumirent sans peine à porter leurs causes devant ce nouveau tribunal. Ils y Irouvèrent des juges équitables, pleins de mansuétude, et un Code calqué sur le droit romain, au lieu de l'arbitraire des cours féodales. Les masses reconnaissantes s'habituèrent à considérer leurs évoques comme des protecteurs naturels et comme les seuls représentants de leurs intérêts les plus chers.
« Dès qu'il y eut des communes, elles voulurent prouver leur existence par quelque grande chose. On se tromperait fort h croire que les premiers et les plus vifs instincts d une société naissante sont de pourvoir à ses intérêts matériels, surtout à ceux qu'une civilisation avancée et que nos habitudes positives nous font considérer aujourd'hui comme indispensables.... Les premières communes de France ne songèrent pas h éclairer leurs rues, à les paver, è y disposer des bornes-fontaines, en un mot, a créer, comme on dit aujourd'hui, des établissements d'utilité publique: elles élevèrent des cathédrales, parce qu'une cathédrale, c'était l'église de la cité, le monument municipal par excellence, qui devait attester fi la postérité la grandeur et la puissance de la ville qui l'avait fondé. Chaque bourgeois 3royait acquérir d'autant plus d'importance que son église était plus vaste et plus richement décorée. Il grandissait à ses
f)ropres veux à proportion que les tours de a cathédrale s'élevaient et dominaient les environs. De lè cette rivalité de ville à ville pour se surpasser par la grandeur et le luxe de leurs nefs, la hauteur de leurs clochers, l'élégance de leurs imagerieê. C'était la satisfaction la plus vive donnée au patriotisme d'alors, sentiment fort exclusif dans un temps où la France était divisée en provinces ennemies les unes des autres, et où, dans un voyage d'une journée, on changeait plus d'une fois de lois et de coutumes.
« On notera que c'est dans le nord et le centre de la France que s'élevèrent les grandes cathédrales h l'épogue de rémancipalion des communes. Le midi avait joui depuis un temps immémorial d'institutions communales, souvenirs du régime romain. Il n'avait pas de révolution à Caire, et ne prit que peu de part à celle qui s'opérait dans les provinces du nord. Les cathédrales primitives étaient fort petites. En général, c'étaient les premières églises fondées au moment de
DXT10NM1RE OU PARALLELE
rintroduction du christianisme, ou successivement rebâties sur le même plan consacré par de ptenx souvenirs, fort souvent sur Femplaceipent oii reposait un des saints qui avaient apporté la lumière de TËvangile dans le diocèse. Dans les nouvelles constructions, Taire de Téglise primitive fut affectée h une crypte, ou uien devint la chapelle absidale. M. Viollet-Leducfait remarquer que les dimensions données aux cathéclrales de la Qn du XII* siècle sont d'autant plus extraordinaires qu'elles n'avaient point encore de chapelles latérales à la nef, et rarement des chapelles rayonnant autour du chœur. Le plus souvent il n'y avait qu'un autel. Ainsi, retendue immense qu'on attribuait k ces nouveaux édifices n'était pas commandée pas un besoin du culte comme celui qui a prévalu depuis, et a multiplié les chapelles et les autels jusque dans les simples paroisses. C'est qu en effet les cathédrales ne furent pas d'abord fondées pour permettre à une grande multitude de fidèles d'assister è la fois h plusieurs offices : elles seryaiept s^ux réunions des citoyens dans des circQnstar\ces importantes et solennelles. Souvent ils s'y rassemblaient pour conférer $ur leurs intérêts politiques... en un root, c'était le point de réunion pour toutes les solennités nationales.
« Le mouvement, ou plutM la fureur des constructions dura asse?; longtemps en France pour couvrir son sol de monuments splendides, ipais dont la plupart sont demeurés inachevés. Lorsqu'on suspendit les travaux, lorsque s'arrêtèrent tant d'œuvres commencées, ce n'est pas è l'affaiblissement du sentiment religieux qu'il faut l'attribuer, mais plutôt & l'affaiblissement du patriotisme local. Le pouvoir royal avait grandi ; la féodalité avait perdu la plus grande partie de sou pouvoir, l^s communes s'étaient enrichies çt avaient multiplié leqrs relations. A mesure que se formait l'unité française, l'attachement exclusif des citoyens à leur clocher se relâchait, et bientôt des intérêts généraux allaient réunir en corps de nation des villes et des provinces longtemps étrangères \es unes aux autres. » (Extrait du compterendu, car H. P. Mérimée, du Dictionnaire raisonné de Farchitecture française du xi* qu XVI' siècle f p^r M. VioLLKT-LEDça; Paris, 1856,2 vol., chez Bance.)
Nous empruntons à M. Claudius Lavergno l'article suivant, qui e^ été publié daois V Univers :
De V art et de V archéologie à Vérole des Beau^' Arts et à la Bibliothèque impériale,
« La leçon d'ouverture du cours de M. Beulé h la Bibliothèque impériale, est un véritable cri de giierre des partisans exclusifs et systématiques de l'antiquité contre l'art chrétien do moyen âge. Nous allons analyser ce travail, et essayer de relever, parmi les erreurs et les contradictions dont il abonde, celles qui nous ont le plus frappé.
« L'année dernière, nous avions eu l'occasion de ci(er avec élo^e le nom du jeune
professeur, et nous ne pensons nullement a rétracter ce que nous avait inspiré la lecture de son livre sur l'Acropole d'Athènes. Nous rendions hommage à l'archéologue, à l'homme de goût qui, renfermé dans le cercle de ses savantes explorations, en exposait les résultats avec une sagacité et un talent incontestables.
« Aujourd'hui, ce même professeur parait vouloir élargir son domaine. Qu'il suive eu cela le cours régulier de son enseignement, ou qu'il ait senti 4e besoin d'augmenter l'intérêt de ses leçons en touchant aux questions vitales de Tart, nous n'avons pas h y voir, et nous ne l'en blâmerions pas s'il s'avançait sur ce nouveau terrain avec cette impartialité grave et cet amour de la vérité dont un savant ne devrait jamais se départir.
« Entièrement dominé par son antipathie contre l'art du moyen âge, le savant professeur débute par une altacjue violente contre ceux qui en ont fait l'objet de leurs études et de leur enseignement. Cependant les succès qu'ont valus h M. Beulé ses premiers travaux sur l'antiquité grecque attestent qu'on a usé envers lui de procédés plus
(généreux, et l'oubli qu'il en fait nous donne e droit de le rappeler à la justice et à- la déférence que Ton doit à ses devanciers.
« M. Beulé parle de la faiblesse de l'enseignement de l'architecture, et une très-grande partie de sa leçon a été consacrée à en rechercher les causes et à en indiquer le remède. Cependant il avoue ne pas connaître la question, si ce n'est par ce qu'il a entendu dire, et il ajoute : « Je n'ose avoir d'opinion sur ce sujet. » Cette réserve, modeste en ap-
f>arence, ne laisse pas que de mettre au jour 'embarras et la témérité du professeur, qui se hasarde à faire une leçon sur renseignement de Varchitecture^ tout en avouant qu'il ne connaît pas son sujet.
« Admettons cependant que son assertion soit vraie, et que l'enseignement soit faible; à qui faut-il s'en prendre? N*est-re donc pas récole des Beaux- Arts qui a le monopole de l'enseignement, et quelle autre doctrine y a~t-elle jamais prévalu que ce^le dont M. Beulé se fait le défenseur? Interrogez tes élèves, voyesi les concours, suivez les leçons, lisez les programmes, vous reconnaîtrez Qu'on n'a jamais enseigné autre chose que le grec et le romain. C'est le régime constant de cette école si malade , et les prescriptions nouvelles du profi^sseur compatissant ne sont autres que la continuation pure et simple du régime débilitant qui n'a jamais varié. Quant à l'enseignement libre dont M. Beulé signale les tendances pernicieuses, ce n'est pas lui qui forme les élèves; il les réforme tout au plus; car, au sortir de l'école* le lauréat le plus fort est souvent aussi le moins préparé à l'exercice réel de sa profession^ Ce n'est donc pas le cas de faire Je procès à quelques maîtres isolés dont toute l'influence provient de leur mérite et de la confiance qu'ils savent inspirer aux jeunes gens. Que l'école les tienne ir dis* | tanee, aest déjà Jrop; mais ce qui est plus ^
ARCniTECTURE.
choquant, c'est d'entendre juger on ouvrage aussi important que le DictiorÂaire raisonné farchiieciure de M. Viollet-lc-Duc, avec la légèreté qu'on va voir :
« Le» erreurs peuvent être funestes ; elles ne sauraient être fécondes : que l'art gothique n'espère donc point se transformer jamais en enseignement salutaire. Qui dit enseignement de Cart^ dit principes fondés sur le beau et sur le vrai. Cest pourquoi te ne m étonne point que les défenseurs les plus érudits de /'arcAtlecture du moyen âge n'aient pu réussir à ra^ conter son histoire. Pourquoi? Parce que i histoire de Fart est déjà elle-même tout Ten* seignement, C est le développement lentf logique^ méthodique d'un ensemble de prtncipes qui se tiennent étroitement, se confira ment les une les autres , se succèdent ou se combinent et ne sont que les faces diverses d'une beauté qui natt^ grandit, se fait parfaite, puis décrott et dépérit pour renaître encore. Au contraire, en présence d'une époque où tous les éléments de l'architecture sont défigurés, et ses règles détruites ou confondues, le fU échappe à ceux qu'entraîne l enthoutiofme: ils reculent effrayés, ainsi qu'Us l'arouent loyalement dans leurs Préfaces, et adoptent, au lieu de la forme historique, la forme du Dictionnaire, qui est tout simplement le hasard par ordre alphabétique. (Le- (OU d'ouverture du cours aarcbéologie de &1. Beuléf page 1^, extrait de la Bévue des cours publics). Plus loin, M. Beulé promet è ses auditeurs des leçons sur l'histoire de Tart au moyen âge.
« Il faudrait, dit-il, rattacher Fart gothique au passé et non pas à l'avenir; y votr les efforts désespérés aune décadence qui jette son plus vif éclata et non pas une aurore nouvelle: montrer dans Vart de l'Orient, de Rome, de la Grèce^ les types qui furent dénaturés peu à peu par les siècles, et que gardaient encore, A travers l'obscurité du moyen âge, des artistes qui Wen comprenaient plus le sens, de mime qu'un naufragé, submergé par les flots, ne sait trop quel est le débris qu'il saisit et qui le sauve. J'espère, Messieurs, si les années qui me semblent promises dans cette chaire ne me sont point retirées, parcourir un jour avec vous ces temps d'égarement, mais d'ardeur assez violente pour fondre ensemble tous les débris des civilisations qui les avaient précUés. Ce sont ces débris que je vous ferai ruonnaître et toucher au doigt par l'analyse, lorsque l'art chrétien de Rome et de Byzance nous auront appris leurs secrets, et lorsqu'il ne nous restera plus qu'à déterminer la part que le génie germanique et la naïveté d'une a (h eiété encore grossière réclament dans l'art du moyen âge. Nous verrons quels sont les prétendus principes sur lesquels cet art repose, etc. c rioas attendrons avec patience que l'ha** bile professeur remplisse son programme; mais l'engagement qu'il prend aujourd'hui devant le public et les jugements qu'il porte sur s^ devanciers nous paraissent une anticipatioii passablement présomptueuse et
bien bite pour légitimer les exigences de
U cçitique è son égard *-Que dans ua^Te*
nir plus ou moins étoigné M. Beulé écrive & son tour l'histoire des arts du moyen Age, sur un autre plan et avec plus d^ordre que H. Viollet-le-Duc, cela n^est pas impossible; mais, à coup sûr, il np dispensera personnu de connaître et d'étudier le Dictionnaire d'Architecture, et il y puisera lui-même des connaissances et des lumières qui lui manquent, quant h présent, pour décocher è son antagoniste quelque chose de plus fort qu'un quolibet.
« Nous ne nous portons pas le défenseur de toutes les Iht^ories de M. Viollet-le-Duc; mais pour ce qui est de l'étude pratique de l'architecture du moyen Age, il n'y a pas d'artiste, encore moins d'archéologue, qui puisse lui disputer le terrain. Comme archéologue, outre ses investigations et sa sagacité personnelle, il a l'avantage d'avoir parlé le dernier, en mettant très-judicieusement è profit tous les travaux disséminés et antérieurs au sien. Il les résume, il les complète;]! en fera oublier plusieurs, ce qui n'est pas un mal, mais il n'en décrie aucun, ce qui est un acte d'équité et une marque de bon sens. Comme artiste, il reproduit les différents types de l'architecture du moyen Age avec un crayon incomparablement plus net et plus délié que la parole d'un archéologue; et, quand il aborde la partie technique des différents modes de construction employés au mo^en Age, il est semblable à ces ouvriers habiles qui, pour faire comprendre un mécanisme ingénieux, en démontent les pièces une à une, les remettent en place, et font jouer, sous vos yeux, ses rouages compliqués. — Sa parole alors est aussi vive, aussi nette que son crayon.
« Sans prétendre déterminer au juste le mérite de cet ouvrage, il nous semble qu'un travail qui reçoit le témoiguage non équivoque de la souscription des artistes, et qui traite de sujets si variés, si difficiles, si neufs, si étendus, peut à tout le moins soutenir la comparaison avec la découverte d'un escalier qui, après tout, n'était pas perdu.
« D'oii vient qu'en annonçant à ses auditeurs des projets d'études sur les arts du moyen Age, M. Beulé tranche déjà les plus graves questions, et que, sans même se donner le temps de se forger des armes, il ramasse dans les couloirs de l'école tous ces vieux arguments, toutes ces pointes émoussées que dédaignait déjà son prédécesseur, M. Raoul-Rochette ? Ainsi, la voôte et les contre-forts des cathédrales, comparées è une carène de vaisseau renversée et appuyée sur des béquilles, sont de vieilles plaisanteries d'atelier qui n'ont plus cours depuis vingt ans. Les rééditer, c'est presque faire de l'archéologie, mais encore faudrait-il avouer leur date, nommer leurs auteurs, et ne pas les présenter comme de nouvelles inventions, en les affublant des ornements graves de la pédagogie.
c Que veut donc H. Beulé avec son vaisseau, ses béquilles et sa colère dédaigneuse? Quel vent le pousse? Ce n'est pas d'ordinaire avec celte lippétuosité que l'on marche
DICTIONNAIRE OU PARALLELE
dans les sentiers de la science.' Y aurait-il im autre intérêt en jeu, une autre passion è satisfairet que rintérèt de Tart et la recherche de la vérité? C'est ce que donneraient à penser les lignes que nous allons transcrire d'après la brochure que le savant professeur a bien voulu nous adresser.
Après avoir parlé d'une fagon qui rappelle un |>eii bulaure, des légendei puériles^ des fàcélUê iùiiriquet^ des aémoiM grotesque» et des tableaux obscènes que les païens n'eussent point osé sculpter sur leurs temples^ l'auteur ajoute : Qu*un parti regrette le passé et ce que nous appelons^ par une poétique ironie^ le bon vieux temps^ cela est permis; quHl souhaite nous y ramener, cela n^est point vraisemblable; mais que ses regrets ou ses vasux lut fassent recommander des théories dangereuses dans les arts ou dans les lettres^ cest là ce qui doit émouvoir tous ceux qui ont riionneur de garder les conquêtes de l'esprit moderne. Une levée de boucliers s'est faite récemment contre la littérature classique que Von qualifiait de païenne^ et les génies de Van^ tiquité {au milieu du xix* siècle! qui le croi- 9mf?) ont eu besoin d éloquents défenseurs. Parties du même eamp^ des attaques sont dirigées contre l'art cla$sique: on le proscrit comme profane ^ et l'on soutient contre lui l'art du moyen âge. Si c'est dans ce sens que farchitecture gothique est proclamée reli-
Î}ieuse, dans ce senSi aussi bien que dans tous es autres^ nous protestons contre une conclusion que démentent les faits, Ehauoi! au moment où ce parti regarde a^ delà des Alpes avec une attention qui aurait alarmé le grand Bossuet, ne veut-il point voir quels exemples vraiment glorieux lui donne et lui a toujours donnés la papauté*? Ife sait-il pas que, loin àe rougir d'avoir consacré au culte les basiliques et les thermes de l'ancienne Rome, la papauté en entretient encore aujourd'hui la mignifieenee^ reconstruit aux frais du monde entier la basilique de Saint-Paul incendiée, et dresse autour derautel des colonnes d'albâtre données par un musulman, vice-roi d'Egypte ; qu'elle s'est toujours considérée comme dépositaire de la tradition antique; qu'elle a pro* tégé les ruines où vit cette tradition, et aidé puissamment à la renaissance des arts en Italie; que les noms de Léon X et de Jutes II sont immortels, parce qu'ils ont pour auréole une pléiade qui commence par Raphaël^ Michel'^ Ange et Bramante, et qu'enfin tous les Papes éclairés ont professé le plus vif amour pour cet art qu'on veut appeler païen, et qu'eux^ au contraire, ont cukivé en le préférant à tous les autres, tandis qu'ils ont juge l'architecture gothique si peu religieuse qu'ils semblent l'avoir exclue de Iq t^pitale de la diretientéf « Dès les premiers fDOts de ce passage, la
{)ensée intime de l'auteur se manifeste, et 'on voit très-bien ce qull veut dire lorsqu'il f^arle. de ce parti qui regrette le passé. Tout ui est bon pour le combattre ou rabaisser. 11 invoque contre lui la papauté elle-même, oubliant tout ce qu'il .y a de grand, de vrai et dMastructif dans cette appropriation ca-
tholique de toutes les formes d'art, qui a fait do la colonne Trajane le piédestal de saint Pierre, et recouvert les chefs des saints apôtres, à Saint-Jeàn de Latran, d'un ciborium ogival. M. Beulé insinue que cette dernière forme d'art semble eicloe de la capitale de la chrétienté; et il exploite ainsi, au proGt de sa thèse, une apparence que contredisent beaucoup de monuments dont il nous donnera peut-être un jour la liste, en développant les raisons historiques de cette glorieuse et respectable minorité, qu'en attendant nous invoquons aujourd'hui contre lui.
<c M. Beulé n'est pas ultramontain, mais nous pouvons ajouter, sans allusion personnelle et en nous renfermant dans la question d'art, que sa leçon n'est pas chrétienne. Elle est purement rationaliste dans le fond et païenne dans la forme. Et, chose étrange, c'est au nom des conquêtes de l'esprit moderne que M. Beulé voudrait nous contraindre, nous catholiques et Français du xix* siècle, h courber la tête sous la pinte-bande du Parthénon. M. MIchelet a reconnu, bien avant M. Beulé, que les études et les monuments qu'il goûtait autrefois tournaient au profit de ce parti ftii regrette le passé. Il a fait volte-face aussitôt, et, appelant à la rescousse toute l'école romantique, il s'est élancé, au nom de la Renaissance et dje l'esprit moderne, dans la voie commode du progrès indéfini. Cette solution est plus nette, plus conséquente et surtout plus habile que celle de M. Beulé. En effet, M. MIchelet a derrière lui toute la cohorte romantique, tandis que M. Beulé peut se convaincre aisément de l'Isolement où le place l'exagéraration de ses principes. Le Journal des Débais lui-même, tout en publiant les passages les plus remarquables de la leçon de M. Beulé, décline en ces termes une trop intime solidarité : J'ai le malheur, dit-il, d'admirer toutes les belles églises, et je ne sais pas encore si j'aime mieux Saint- Paul hors des murs aue la cathédrale de Slrasbourtj ; je suis trop heureux de jouir de ces deux chefs-d'œuvre pour gâter mon plaisir par la comparaison. Il ne veut pas qu'on le condamne à ne reconnaître qu une seule forme du beau, il demande qu'on laisse le champ libre à tous les essais, etc. Cette restriction prudente du journal qui représente le plus fidè* lement les principes de l'Académie, peut être considérée comme un avertissement et devra modérer le zèle du futur candidat.
« Pour nous, nous ne nous laisserons pas prendre à quelques exclamations en l'honneur de Raphaël et de Michel-Ange, uoi semblent devoîr|servir de correctifs h rapologie de rantiquité, faite avec tant d'enthousiasme par M. Beulé. C'est encore là une ruse éventée. Toutes ces politesses ne peuvent dissimuler une hostilité profonde contre tout ce qui porte le cachet de Tinspiration chrétienne. On salue volontiers le peintre de la dispute du Saint-Sacrement, parce qu'il a dans son dossier les fresques de la Farnésine; on admire les coupoles de Sainte- Sophie quand il est question de les oj)poser