INFINI
de réléinenl du cercle, élément idéaJ et abstrait qoi n'est pourtant pas un pur néant, puisqu'il détermine une tangente.
M. Saisset, d'ailleurs, fausse le calcul infinitésimal, en disant qu*il consiste à calculer, par exemple, la surface d*un cercle , en calculant celle d'un polygone d'un très-grand nombre dec6tés,de manière que, ce polygone pouvant être assimilé au cercle arec une erreur cnusi petite que l'on veut, on a , par approximation^ la surface du cercle. C'est là une grosse faute de géométrie. Car le calcul infinitésimal donne non des approximations, mais l'absolue précision.
LeP Gratrytermineendémasquantcequ'il appelle lea ruses de guerre de M. Saisset, en montrant que celui-ci lui adresse une foule de reproches contradictoires et sans fondement. M. Saisset exploite surtout les mots de logique noti9«//e, tandis que le P. Gratry tâche de montrer que tous les grands pbilosoDhes ont connu sa théorie de l'induction, qa il croit avoir seulement le mérite d'avoir rendue plus claire etplus orécise.Le P. Gratry ne prétend pas prouver i existence de Dieu par le calcul infinitésimal ; il montre seulement, dans ce calcul, un passage du fini abstrait à l'infini abstrait, comme dans l'induction métaphvsique on passe du fini réel à l'infini absolu. Knfin le P. Gratry repousse l'attaque dirigée par M. Saisset contre les li-
ris suivantes de son livre De la connainance Dieu : « Quand les formules algébriques nous apprennent qu'une grandeur finie, si grandequ'elle soit, multipliant zéro, produit toujours zéro, ceci correspond à l'axiome ex ni&lo nihilf rien ne vientderien. Maissi,au lieu de prendre pour multiplicateur une quantité finie, vous prenez l'infini, la formule devient : «l'infini multipliant zéro donne toute grandeur finie. • M. Saisset, pour prouver que cette foroiule n'a rien de commun avec la création du fini ex nihilo par l'Etre infini, explique longuement que cette formule revient à A=A. LeP. Gratry, traitant un peu trop sévèrement, ce nous semble, cette explication de M. Saisset, lui reproche avec raison d'employer trois pages à montrer des traces texaltaiion dans une remarque faite en passant et en six lignes; mais il n'entre pas dans le fond de ce débat accessoire, et semble ainsi passer condamnation sur cette critique de son adversaire. Il aurait pu répondre, ce nous semble, que le passage critiqué ^t une comparaison, et non un argument; s'il ne i>rouve pas la création » il aide à la concevoir.
Citons les dernières lignes de l'article du P. Gratrv : « Je demande seulement à mon critique la permission de lui adresser trois questions :
« Première question. Je tous prie de me dire comment vous savez que 1 esprit buluin se trouve trop k l'étroit dans la Somme de uint Thomas d^Aquin. Plus j'y pense, moins je comprends comment vous savez
• Deuxième question. Comment démoulez-vous que le discours sur la méthode
est un monument plus vaste que la théologie et la philosophie de saint Thomas d'Aquin? Pour admettre sans preuve une pareille chose, il faut y avoir été habitué dès l'enfance. Et encore cela ne suffit pas; car moi-même j'ai cru cela jusqu'à dix-huit ans. Aujourd'hui, je ne le crois plus.
« Troisième question : Qu'entendez-vous par ces paroles? — Descartes^ cehardinovateurf a sécularisé la science. Dites-moi franchement tout le fond de votre pensée à ce sujet. Cela vous embarrasse ? Eh bien 1 nous nous en expliquerons une autre fois,
«Puisque j'y suis, permettez-moi une dernière question. Vous dites: Les philosophes n^ont pas attenduvotre appel, La philosophie ^ et le siècle avec elle, retournent à la religion.
« Or vous êtes du siècle, et yous êtes philosophe. Que dois -je conclure? Serait-il vrai I... Serait-il vrai que vous ayez donné à votre mère, à votre sœur, aux anges du ciel celte joie? Ah I faites-le-moi savoir par un signe : demain matin je suis chez vous, je viens vous embrasser, je viens vous remercier de n'avoir pas attendu mon appel ; je viens vous remercier de votre article; je vous pardonne, ou même, si vous le préferez, je TOUS prie de me pardonner toutes les choses plus ou moins malicieuses que vous dites contre moi... et vous voyez d ailleurs que je n'ai pu ni voulu m'en f&cher. »
—On connaît lagrandeerreur deU. Cousin sur l'espace: «Peut-on supposer, dit-il, qu'alors même qu'il n'y aurait pas, ou qu'il n'y aurait plus de corps, il ne resterait pas un espace pour l'univers qu'un acte de la puissance créatrice ferait passer du néant a l'être? Cela est impossible h l'homme. Donc l'idée de l'espace est une idée nécessaire, absolue... L'idée des corps emporte l'idée de limite, tandis que l'idée de l'espace emporte l'absence de toute limite.» M. Victor de Bonald répond très-bien, dans le Correspond dont de mai 1854, que c'est là une erreur énorme, puisqu'il en résulterait que l'espace est Dieu; que l'on peut très-bien supposer la non-existence de l'esuace, quoiqu'on ne puisse pas la comprendre ; que l'on ne sait pas où en est la limite, mais que ce n'est |)as une raison de croire gu'elle ne puisse exister; que la divisibilité de l'espace montre même clairement qu*il a une limite, et qu'ainsi on conçoit cette limite, bien qu'on ne puisse l'imaginer. Bossuet, Fénelon, Mnlebrancbe, Leibnitz, saint Bonaventure et saint Thomas sont ici d'accord. Ce dernier dit (i p., quœst. 4-6): Quod ad relation nem tnicut, non suffieit in quo nihil est, sed requiritur quod sit spatium capax corporis^ in quo non sit corpus^ ut palet per Arisioie* lem; nos autem dieimus non fuisse locum aut spatium ante mundum.
Si M. de Bonald réfute bien ceux qui disent Tespace incréé et illimité, il est moins concluant auand il combat l'erreur opposée qui fait de l'esnace une pure abstraction. Ex* posons en quelques mots ses idées avant lie dire ce que nous en pensons.
L'espace ou le vide est réel, iudépend.im-
ment des corps. Il a été créé avant les corps, et est désigne pf.: le mot d^ cœlum dans la Genèse. On demande ce qu'il y a au delà des limites de Tespace; il y a le néant, qui n'est pas la même chose que le vide, celui-ci étant une substance créée dont les trois dimensions forment l'essence. Le cardinal de Poli^nac dit : Si l'espace était créé, Dieu pourrait donc en anéantir une portion au milieu du reste. Evidemment il y a contradiction dans l'anéantissement d'un espace dont les contours subsisteraient. 11 y a trois sortes de créatures : les esprits, qui n'ont |»as d'étendue; l'espace, qui n'a que retendue; les corps, qui ont plus que l'étendue. Ce qui ne veut pas dire que l'étendue est essentielle aux corps. L'abbé Haiiy dit que nous ne connaissons pas assez la nature des corps pour décider si rétendue leur est essentielle. Descartes, en affirmant un monde indéfini, ne s'éloignait pas de ces vérités, car il entendait par indéfmi « ce qui de toutes parts n'est pas sans tin, ni sans limite. »
Telles sont, en résumé, les idées qu'ex-
8 ose sur l'espace M. le vicomte deBonald. [ousenadmettons pleinement la plus grande partie. Mais l'honorable écrivain ne va-l-il |)as trop loin en faisant dé l'espace une substance qui peut exister indépendamment des corps. Il semble croire qu*il n'y a pas de milieu entre faire de Tespaco une pure abstraclioni et en faire une substance. Nous croyons que ce milieu existe, et qu'on peut soutenir la réalité objective de re$pace,sans le regarder comme une substance. Les rapports, les propriétés des êtres, ne sont pas Jes substances, quoiqu'on n'en puisse nier ît réalité. De plus, nous croyons que M. de Bonald s'efforce en vain de prouver que Descartes admet toutes les idées que nous venons de résumer. Nous consentons volontiers h reconnaître que Descartes ne prenait pas le mot dHndéfini dans le sens d'tn/ïnt, et n'admettait nullement l'infinité du monde. Mais ce grand philosophe a été fort explicite sur l'impossibilité du vide, grande et difficile question, sur laouelle il a été abandonné par Bossuet, Fénelon, Nicole et Cordemoi qui, selon Fleury, se séparait aussi de Oescartes relativement à Tessence de la matière, et b sa divisibilité infinie.
— M. Maret parlant de Hegel, dit {PhiU et ReLf p. USS): «Hegel part du néant, et il veut tirer du n^nt l'universalité des choses et des ôtres.Mais pour expliquer comment les choses procèdent du néant, Hegel est obligé de faire plusieurs suppositions, lui qui n'en veut aucune, lui qui les exclut toutes, lui qui se glorifie de tout démontrer avec une rigueur mathématique. Là est une première contradiction, mais c'est la moindre. Contre toutes les exigences et les prétentions de son système, Hegel est donc obligé de supposer premièrement que ce néant est riche et fécond; en second lieu, que ce néant éprouve lo besoin de se développer dans l'être, de devenir tous les êtres. Mais quoil un néant riche, un néant fécondlQue voulez-vous dire? Du néant riche, un néant fécond» c'est l'être,
c'est l'être dans sa plénitude, c'est l'être dans son infinité. Comment et par ouoi serait-il borné? D'où lui viendrait la limite? se la donnerait-il à lui-même? Impossible, puis-
3u*il irait contre sa nature. La recevrait-il u dehors? Impossible, puisqu'il est seul. Vousditesquec est seulement tétreen germe; mais vous êtes obligé de convenir que c'est l'être infini en germe. L'infini en germe 1 Je ne comprends pas, ou plutôt, je saisis un non-sens, une contradiction. Qui dit infini dit tout; qui dit germe dit quelque chose de replié en soi-même, privé ainsi de son développement, ce qui détruit l'infiuité. Votre infini en germe n'est rien, ou il est l'infini réel. Votre néant fécond et riche est donc l'infini réel, l'infini vivant. Et vous supposez que cet infini réel, que cet infini vivant a besoin de se développer, et de passer dans toutes les existences cle ee monde. Un besoin dans l'infini, un infini qui ne se suffit past N'est-ce pas une troisième contradiction plus éclatante que les premières? Et si, pour échapper à toutes ces contradictions, Hegel renonce à son néant riche et fécond» et se réfugie dans le néant absolu, alors il tombe dans une contradiction suprême qui écrase son système. Placer le néant absolu à la tête de l'existence, c'est rendre à jamais l'exisletice imiiossiljle: ex nihilo niniL v
Dans VUniverÊ du26juin 1858, M. Walton a rendu com|)te de la Théodieée de M. Gabriel. Il en cite ces lignes :
n Le principe de l'identité des contraires, qui constitue toute la méthode do Héget, a-t-il été compris? Nous ne le pensons
Ëas... En y regardant à fond» il y a dans regel deux hommes : t*un qui, rompant avec la recherche de l'absolUt pose la méthode antinomique en vertu de laquelle rien ne saurait être connu que par la limite qui le définit en le déterminant; l'autre, qui, considérant cette méthode comme étant ellemême l'absolu, y voit rexplication de toutes choses, et se trouve ainsi jetée aux dernières monstruosités du panthéisme et de l'athéisme... Dieu, dit saint Augustin, éiaot le bien souverain, est éminemment communicatif.
Amour infini, il veut se donner infloiuient. Ne craignons pas de le dire, s'il avait pu, ii n'eût créé que des esprits infinis; mais l'infini ne peut se donner, il est nécessairement unique. L'impossibilité de fttire des infinis est la perfection même de sa nature* La créature reste donc toujours essentiellement finie, par cela seul qu'elle est créature, fiais inénarrables sont les merveilles de Tamour infini. Scoutez-le : Faisons l'homme à notre image et à notre ressemblance. Je suis l'infini en réalité, en acte ; l'homme sera l'infini en fiicultés, en tendances; je sais l'infini en essence, il sera l'infini en participation; je suis Tinfini par nature, il sera L'inani parla projection de la vie ; je suis Ilnfini de W^re, il sera l'infini du devenir^ s'avançant éternellement vers la perfection par un progrès sans limites. C'est ainsi que Dieu donne infiniment, et qu'il se donne infiniment eu se gardant tout entier. Que pourrait imaginei
INQUISITION
de plus la plus aoûacreosc conception. » En eiïet, B ajoute M. Wallon, « la base du syslèoie de M. Gabriel, c'est TindéRni qui suppose à la fois et exclut la limite, et concilie les idées en apparence contrad îetoires d* esprit ei cûrps^ etc. Lesentimentde Findéfiniest ases yeux le sentiment de la perfection, et même de Tamourdifini où il voit le rrai rapport du fini et de Tinfloi. Il rattache à la même conception l'identification assez plausible de 1 amoar et de la douleur. Il croit ainsi conserver ce qu*il y a de bon dans Hé^el. Pour cela il applique h Tème tout entière cette néjfation de toute formule qu*Ilégel renfermait dans l'entendement; il traas|K>rte cette loi des idées aux faits» et elle devient ainsi un motif de progrès, comme le prouve la méthode des saints qui consiste à nier l'idéal qu'on vient d'atteindre, è le nier pour s'élever h un autre. •
INQOISITION. -^- On peut lire aux articles Pouvoir TBMPOftBL,LiB»RT6 dk gonmibncb et ToLàiiNCE, des considérations qai montreront combien fut sage la (lart prise par TEglise à la répression de l'hérésie. Cette matière cependant est tellement importante que nous eroyons devoir ajouter quelques réflexions sur la grande institution répressive, encore aujourd'hui l'épouvamail d'une fouie de personnes qui se croient éclairées. Le docteur Hefele, professeur de théologie catholique è l'université de Tubingue, a l»ublié un ouvrage intitulé : le cardinal Ximenés et FCglise d'Espagne à la fin du x.v* 9iècle et au commencement du xvi*, pour aerrtV d thistoire critique de C Inquisition^ Un fait suffit pour attester le mérite de cet ouvrage : il en a paru eo même temps trois tradfactions françaises. Une seule a reçu i*approbation de l'auteur; elle a pour auteurs MM. Sisson et Crampon. Ce dernier, H^jè connu par des travaux d'exégèse, et par d'autres traductions, a été successivement professeur de seconde au petit séminaire de aaiot-Riquier, et aumônier de Mgr Tévêque il Amiens. C'est à cette dernière iradoctioo que nous emproutons les lignes suivantes :
« D'une part, le pouvoir séculier eommenoe avec Coustduiin d'ioscrire dans son Code pénal et de puoir par des cbêtimenls du for civil la défection de la foi ; mais, d'autre part, depuis l'origine de rfigliae, elle seule, piir l'orgaoe de ses conciles et de ses évêques, décide des cas d'hérésie ; et à ne considérer que l'idée fondameotale de 1 inquisition, savoir la recherche et le obfttimeot des hérétiques par l'autorité spiritoelle, puis œtle jreàiercbe et ee ebâtimeot Moctionnés par le pouvoir temporel, on Cuvera qu'elle date, sous la première foriBe« du temps des apôtres, et sous la seconde, du rtone de ConsUntio.
< Mais nous ne reconnaissons pas encore M les éléments de l'Inquisition suivant la notion qu'en donne l'histoire; aucun tribu- KMl spécial, aucune institution régulièreinentorgeoisée n'a encore présidé h celte recherche et ft ces ebâtioients. L'organisation spéciale dont nous parlons naquit aux
XI* et xu* siècles de la multiplicité prodigieuse et du caractère menaçant des hérésies que vit alors surgir l'Occident, et qui, comme une contagion maligne, infectèrent toutes les classes de la société, jusqu'aux chapitres et aux couvents...
« Quelque sévères que soient les pénalités décrétées contre les hérétiques de Gascogne et des pays d'Alby et de Toulouse, le concile de Latran ne fait encore mention d'aucun tribunal inquisilorial; l'histoire nous en montre les premières tracer quelques années après, nu concile de Vérone. En présence de l'empereur Frédéric fiarberousse, qui déclarait accepter ses décisions, (ft de concert avec les évéques, le Pape Lunus III lance l'excommunication : 1* contre les cathares, les patérins, les pauvres de Lyon, etc.; 2* contre tous ceux qui prêchaient sans permission et semaient des erreurs; 3* contre leurs fauteurs; k" 4X>mme les peines purement ecclésiastiques sont souvent, pour les gens de cette sorte, un objet de mépris, il arrête que les clercs hérétianes seront dégradés d'abord, et, s'ils ne se retractent point, livrés au bras séculier;
3ue les hérétiques laïques çfui s'obstinent ans leurs erreurs seront immédiatement livrés à l'autorité ^6culière pour être punis; t" les suspects qui ne feront pai tomber, en comparaissant devant l'évêque, les sou|)cons dont ils sont rotyet, seront traités comme liérétioues; 6* tout relaps sera admis par
8 race I une seconde abjuration ; s'il oe la dt point, il sera livré au bras séculier. « Jusqu'ici les décisions du concile de Vérone ne sont qu'une application détaillée des principes de l'ancien droit; celles qui suivent ont servi de transition au tribunal inquisitoriul proprement dit : T de Tassenliment des prélats et de l'empereur, les évéques feront au moins une fois chèque année, soit en personne, soit représentés par un archidiaore, qne visite dans la partie de leurs diocèses habitée par les hérétiques; ils désigneront trois ou quatre personnes honorables ou un plus grand nombre, qui s'engageront parsermentà dénoncer les hérétiques«et tous ceux qui se distingueraient des autres fidèles et auraient des réunions secrètes; aprèsquoi l'évêque ou l'arebidiacre les citera à son tribunal et examinera leur cause.
«Ici apparaissent pour la première fois dans l'histoire les voyages inquisttoriaux des évoques, à des intervalles réguliers, avec des assesseurs spéciaux pour 1«5S aider dans leurs recherches. N'est-ce pas un premier essai du tribunal d'inquisition que le siècle suivant verra s'organiser définitivement... C'est h l'occasion de la guerre des Albigeois
3ue ces commencements d'inquisition se éveloppèrent Le concile de Toulouse
ilS29), en constituant l'Inquisition, conserve [ l'élément épiscopal sa prédominance, comme dans les siècles antérieurs... La vraie date des premiers inquisiteurs en Italie, , c'est ISai : Grégoire IX, qui avait élé l'ême du concile de Toulouse, fut encore ta cause principale ile cette introduction. Dans uno
DICTIONNAïaE DU PARALLELE.
bulle (le Ttinnëe 1231, il frappe d^anathème loas les hérétiçiiies et leurs fauteurs, il déclare les obitinés infâmes, incapables des emplois publics, de porter témoignage, de tester, d*nériter, etc. ; les suspects qui ne se justifient pas suffisamment sont excommuniés, et ceux qui demeurent un an dans Texcommunication sont traités comme bé« rétiques, etc.
« A la suite de cet édit, oii il n'est encore fait aucune mention de l'Inquisition, le Pape abandonna au sénat et è son président Annibal de statuer sur les mesures de répression qu'il convenait d'employer sur le territoire romain, et cette assemblée établit en effet un tribunal dont pour la première fois elle nomme les membres Inquiiiiores ab EccUsia dati. Grégoire envoya sa bulle et redit du sénat h l^archevéque de Milan et à ses sttffra^ants pour être appliqués dans cette province ; la même chose eut lieu dans d'autres parties de l'Italie.
« A cAté des inquisiteurs épiscopaux , à Tinstitution desquels nous venons d'assister, nous voyons les Dominicains apparaître avec une importance toujours croissante dans les affaires de l'Inquisition, sans qu'on puisse assigner le point de départ de cette inQuence... Ce qui n'avait été encore qu'un simple fait, Innocent IV entreprit de le convertir en droit; il transporta exclusivement aux Dominicains tous les emplois inquisitoriaux, et plaça leur action dans une sphère indépendante du pouvoir épisconal. »
L'auteur s'occupe ensuite de l'Inquisition d*Espagne; il prouve que ce fut une institution politique qui se servait d'armes spirituelles, et qui oépendait prineipalement du pouvoir royal. Il montre qu'elle a cependant été utile, malgré ses excès, et 11 révèle à ce sujet des faits extrêmement curieux sur Tentreprise de judalser l'Espagne, qui fut tentée a plusieurs reprises par les Juifs con- Tertis en apparence.
La question de Tlnquisition a été traitée en deux fois dans les conférences ecclésiastiques du diocèse d'Amiens en 1856. Nous allons donner le programme de ces deux conférences ; puis parmi les travaux qui furent envoyés de tous les cantons à l'évèché, nous en reproduirons deux, un sur chaque
Ertie du programme. Le premier est de . l'abbé Bridoux et a été lu dans la conférence du canton de Nouvion; le second, de M. l'abbé C***f a été lu dans la conférence d'Amiens.
PROQftAMllB DBS Q0KST10IIS d'hISTOIRB.
Moyen» employée par U Souverain Pontife pour préserver la Mociélé chrétienne de /*jftriwioii de$ doclrinee anli-eocialeê, — Du tribunal dé rinquisilion.
ï** QitiSTiON.' -— Exposé des faits.
Quest'ce que le tribunal de rinquiiition f -— Di/férentei e$pice$. — Tribunal exclti^ êivement eeclésiaitique. — Tribunal eccléeiastiquê et politique. — Tribunal exclu'êivement politique. — A quelle époque, dam
Îmelles cireomlancee et par qui fui étaiU e tribunal de Clnfruisitionf Organisation du tribunal de rtnquiiiiieïïf
— Ecclésiastique ? — mixte f — QuelU éteit la procédure suivie à V égard des uecu$i$f
— Quelles étaient les peines infligea f — Par qtU étaient-elles appliquées f
Auteurs à consulter. — De Maistre, Lettm sur rjnquisitionespagsiole. — DeFilloai, Histoire de saint Pie F. — Bal mes , Ai Catholicisme comparé au protestantisme,
— Lacordaire, Fte de saint Doaitiitfiif.
— Hefele, Vie de Ximenis. — Robrbacber , Histoire universelle de VEglise.
il* CuBSTioii. - Appréciation et Justiication de h conduite des Souverains PonUfes.
Les principaux reproches adressés m Souverains Pontifes k l'occasion de Hnqaisition sont : 1* D'aieoir été les promoteun (ftine institution contraire au véritable esprit du christianisme: 2* D'avoir encouragé Ut rigueurs ou plutôt les atrocités exercétt par les inquisiteurs et d*y avoir mime perti' cipé.
Pour justifier la conduite des Souveraios Pontifes, montrer r
1* Que le tribunal de rinquisitio% tel qus les Papes Vont conçu et réalisé^ ne présnit rien de contraire au véritable esprit de CEvangile ; que cette institution fut une nétt^ site et un bienfait dans les circonstances si elle fut établie ;
2* Que les Souverains Pontifes n*ont /•ifiaû approuvé les excès réels, quoique trh* exagérés, commis par quelques inipsisitnirt, et qu^ils n^ont rien néglige pour adoucir k sévérité des peines.
Auteurs à consulter. — Les mêmes que pour la question précédente.
Voici maintenant le travail annoncé sur la première question :
niElIliRB CONVArBNCB SCR L*I1IQCUITI09.
Exposé des faits
L'inquisition peut être considérée dan son essence, dans les détails de son arpnisation et de ses règlements, dans ses actfs et enfin dans ses résultats. Or, aucun de cm points de vue, aux yeux d'un juge inps^ tial et éclairé, ne léptime les faneuses attaques dont cette institution a servi de pré* texte contre TEglise et la Papauté.
V Inquisition considérés dans son essewti, — Ainsi, en premier lieu, il est vrai qol l'Eglise, et en particulier à la Papauté, lacombe la responsabilité du principe fowto* mental de l'Inquisition, de tout ce qui U constitue essentiellement. Mais elle n'a fos à en rotigtr.Quellefut,en eilet,dansla pmsée des Souverains Pontifes, la Traie nator» de ce tribunal ? L'histoire seule peut doos répondre; car il n'est point sorti tout armé des pensées d'un Innocent III, ou des canons d*un concile de Toulouse, mais ploiêifiii rœuvre des siècles et des ciroonataoces.
Quand avec Constantin, Thémlose, Jostinien, le pouvoir séculier eut eomoieor^ d'inscrire dans son code pénal la déftfdi^
INQLÎSITION.
de h foi, îfdul rcqaérir, et il requit en effet préalablement lejugement de l'Eglise, avant toute application des chfltiments du for ci- Til. Les évéques, et è leur tète, les Souverains Pontifes, ces inquisiteurs nés de toute )a chrétienté, prononçaient sur les cas d'infidélité et d'apostasie, lançaient l'excominunicalion ou l'interdit, et les cnopereurs et les rois, armés du code théodosien, qui régit tout te moyen âge, sanctionnaient leurs arrêts par la répression matérielle. Il n'était pas rare, il est vrai, que ces actes, si différents par leur nature, émanassent d'une assemblée è la fois concile et champ de mai ; toutefois iln'en est pas moins juste de rapporter à chacun des deux pouvoirs sa part naturelle de l'aelion commune.
Lorsqu'au xi* et xii* siècles, l'Occident vît surgir dans son sein une multitude prodigieuse d'hérésies, la plupart caractérisées par la nature menaçante et anti-sociale de leurs doctrines et de leurs actes; lorsqu'on les vit, comme une contagion maligne, pénétrer dans toutes les classes de la société , jusqu'au sein des chapitres et des monastères, jusqu'au trAneépiscopal, il fallut bien recourir k des mesures extraordinaires ; il devenait urgent de suppléer à la négligence de certains évèques, à la faiblesse des uns, k la négligence ou à la connivence des autres; il derenait urgent de stimuler le zèle de tous , prdtres et laïques, évèques et rois, contre des erreurs d'autant plus redoutables, qne souvent les apparences de labjuration et les serments les plus solennels ne voilaient qu'une obstination impie. Des légats, des missionnaires pontificaux , revêtus en
Î[uelqne sorte de l'inquisition apostolique, ureni chargés temporairement d'aller travailler au maintien de la foi et à l'extirpation de l'hérésie. Choisis surtout parmi les ordres religieux, et , en particulier parmi les Dominicains, pi>r conséquent plus détachés des choses t^rrestres, ils apportaient plus de zèle, de dévouement, de mépris du danger, dans Texercicede fonctions fertiles en martyres. D'ailleurs, ces inquisiteurs extraordinaires, et à titre spéciaf, concentrant tons leurs eSbrts sur un seul objet, devaient nécessairement obtenir des résultats plus importants que l'inquisition ordinaire, et toujours coexistante d'ailleurs, des évèques, que distrayait inévitablement la multiplicité de leurs autres fonctions. Bieniét. h raison de ces avantages , et aussi des sollicitations des princes, réduits sans cesse i implorer le concours de l'Eglise dans cette lutte contre les principes dissolvants de la société, les Papes donnèrent un caractère permanent à la mission des inquisiteurs apostoliques. D'un autre côté, ils confièrent au général et aux provinciaux des Dominicains le pouvoir de nommera cette charge, sanstootefois renoncer entièrement è l'exercice direct de cette fonction de leur ministère. (Breis d'Innocent IV, 12b6, 12tô ; d'Or-
bain IV, 1257; de Clément IV, 1265.) lui
vertu de cette commission, généralement les inquisiteurs sont Dominicains, nommés par leur provincial , qui est lui-ménoie inquisiteur-général (63). De plus, au-dessus de toutes lesinquisitions locales, Urbain iV établit, comme cour d'appel et centre de direction suprême la congrégation du Saint- Office, présidée par le Pape lui-même, ou par le grand inquisiteur, qui est de droit le général des Dominicains.
D'où il résulte que l'inquisition n'est autre chose, dans la pensée des Souverains Pontifes, qu'une commission apostoliqne d*enquète et de jury, instituée è côté du pouvoir épiscopal, pour l'aider et le suppléer au besoin dans l'exercice de ses fonctions, c'est-è-dire, 1" pour prononcer sur les causes de la foi, et y appliquer les peines canoniques ; 2* pour éclairer le pouvoir séculier dans l'application de son code aux cas d'apostasie et de défection de la foi. Telle est, d'après l'histoire, l'essence de rinquisition ; telles sont les idées fondamentales qui constituent la conception de ce tribunal, tel que l'ont élaboré les siècles.
Or, dans ces conditions , en quoi , je le demande, répugne-t-elle è l'esprit du christianisme ?
D'abord, ce ne peut être comme commission d'enquête et de jury, instituée par les Souverains Pontifes pourles causes de lafoi , ni même comme tribunal appliquant les peines spirituelles. Les évèques, et surtout te Pasteur des pasteurs, le successeur de Pierre, ne sont-ils pas tenu.s, par leur charge même, de veiller au salut de leur troupeau, de le préserver surtout des faux propnètes et des fausses doctrines, d'arracher , s'il le faut, l'œil ou le membre qui scandalise le reste du corps ? Le Sauveur leur en a iro-
Ï>osé l'obligation; les apôtres, i chaque pas, eur en donnent l'exemple, saint Paul surtout dans ses admirables Epttres. Non, il n'est pas contraire h l'esprit du christianisme que l'Eglise recherche soigneusement si Terreur n'a pas pénétré dans son sein, ni qu'elle condamne et rejette de sa communion quicon- ' que s'en est déjà retranché lui-même par sa révolte, ni même qu'elle interdise aux fidèles tout rapport avec l'apostat, qui ne manquerait pas de chercher à leur inoculer son venin.
Si l'Inquisition, ainsi considérée dans son essence, s'écartait de l'esprit du christia-nisme, ce ne pourrait être qu'en tant qu'elle prête son concours au pouvoir civil, et que sa sentence va entraîner pour le coupable des châtiments corporels.
Hais ce n'est pas elle qui a porté ces lois, ni qui les applique, c'est le pouvoir temporel qui a inscrit dans son coae, au nombre des crimes, la révolte contre la loi révélée, et c|ui la punit comme un crime de lèsemajesté divine. Il ne demande h l'Eglise
(63) Mais, une fols nommés, ils sont tous la jaridi<itlon immédiate du Ssini-Siése, quoiqu'ils éoiviriii procéder de concert avec les évéqaes.
Ka
3a'unc chose : déclarer s'il y a, oui ou non, éfection de la foi ; lui-même se charge ensuite de traiter le coupable selon sa loi. Aiinerail-on mieux qu'il se chargeât aussi de décider la question d^hérésie ou d*inQdélité T Mais ce serait Ik une usurpation bien téméraire; ce serait plus que porter une main profane à Tencensoir. Dé» lors (^u'il y a une loi contre l'abjuration du christianisme, il faut que quelqu'un prononce ; or, ii est bien plus conforme h I esprit du christianisme que ce soit le pouvoir spirituel qui décide une question d*une nature toute spirituelle. Mais cet acte une fois posé, on ne doit pas plus le rendre responsable des conséquences pénales qui en résultent par le fait d'autrui, que le jury de nos cours criminelles n'est responsabledes suites d'un verdict de culpabilité.
Toutefois, nous l'avouons» la Papauté approuvait la législation du moven ftge ; elle l'appuyait de son concours ; l'Inquisition n'avait même pour but que d'en faciliter et d'en étendre Tapplication. Doit-on l'en biftmer ? Peut-être, si le pouvoir temporel ou tre-passait ses droits essentiels ; mais non, mille rois non, s'il ne faisait qu'accomplir un devoir sacré.
PeuMtre, ai-ie dit; car, après tout, quand l'Eglise, pour éviter de plus grands maux, en particulier l'immixtion du pouvoir civil dans le {gouvernement des consciences » se serait pliée aux idées et à la législation régnantes, qui se croirait le droit de stigoqfle tiser sa conduite , parce qu'il vit au sein d'une société toute différente? Mais est-il vrai que le pouvoir temporel n'ait pas le droit, et par conséquent, dans bien des circonstances , le devoir de réprimer par la force les doctrines perverses? Aujourd'hui encore ne poursuivrait-on pas devant les tribunaux la prédication de doctrines aoArcbiques, ou même toute publication ou vertement attentatoire à la morale publique? En 1832 encore, les doctrines saint-simonniennés étaient condamnées par nos tribunaux. Mais la morale publique, ou l'ensemble des vérités religieuses universellement acceptées par une société, varie nécessairement avec les temps et les lieux. Or, au moyen âge, la morale publique n'était pas seulement un lambeau du christianisme, elle s'identiGait complètement avec lui. Pourquoi donc refuserait-on aux pouvoirs d'alors un droit que nul ne dénie k ceux d'aujourd'hui ?
D'un autre c6té, n'oublions pas que toute attaque contre la religion atteignait la société elle-mêm^, Le christianisme avait tellement pénétré la société du moyen Age au'il en rormait l'essence; pour être citoyen, fallait être croyant; pour ceiudre la couronne du monarque préposé à la garde du royaume, comme Tépée du simple chevalier, il fallait avoir juré de défendre la foi, et de la faire respecter de ses vassaux. Il est donc infidèle à ses serments , il s'est clandestinement introduit dans la société chrétienne pour la saper par la base , il en
est l'ennemi le plus redoutable, celui qui est venu à elle sous le nom de l'un de ses enfants, et, une fois admis dans son sein, chargé du sacerdoce, de la magistrature, du commandement militaire , lève contre ses principes constitutifs l'étendard de la révolte. Mais l'attaque n'était pas seulement iodirecte; oui , grAce » si l'on veut» aux idées régnantes , l'erreur a confondu dans ses attaques les deux pouvoirs , les deux ordres ; il fallait donc que la défense unltaussi leurs etforts pour une répression commune. Frédéric II n^était pas un fanatique, et pourtant c'est lui, aveclesseigueursdesacoar, qui provoqua le décret de Lucius. Commt ils exercent des cruautés sur lee ^rthadoxet, dit le m* concile de Latran • et nénargnent ni églises, ni veuves, ni orphelins^ tes fdiles sont déliés de toutes leurs obligations envers eux f jusqu'à la réconciliation avec l'Eglise; on est autorisé à opposer la farce à leurs violences. N'oublions donc pas que ces affreuses doctrines* comme celles des socialistes de nos jours, n'allaient à rien moins qu'au bouleversement é9 In famille et de toute société ; que tout crime , files l'appelaient vertu, dès lors qu'il contribuait au triomphe de la foi nouvelle; que partout elles mettaient la torche et le glaive è la main de leurs fanatiques sectaire.^ , et les précipitaient en aveugles dans les désordres et les horreurs d'une lutte à outrance. Donc, quelque sentiment qu'on adopte sur la thèse générale, on sera forcé d'avouer que, dans ces circonstances du moins, il y avait nécessité pour le pouvoir temporel de se défendre contre les principes dissolvants qui l'attaquaient ( que dis-Je? que c'était un devoir pour lui d'en purger la société confiée k sa garde. Mais si le pouvoir temporel a parfois ce devoir et ce droit, si en ces circonstances il y avait même nécessité pour lui de l'exercer, pourquoi l'EgUsa o'auraitelle pu lui prêter son concours? M'est-ii pas de l'essence du christianisme, qu'il distribue ses leçons aux rois comoie aux peuples ?
Citons, au reste, quelques passages d'une constitution tracée par Dieu oiôme; nous n'aurons pas è craindre de nous laisser égarer par les erreurs des raisonnements bumains.
S'il s'éUve pormt vovf , est-il dit au Deutérih' nome (xiii, 1 seq.). un frophèta ou quelquu» qui prétende avoir eu une révélation en songe, qui prédise quelque chose d'exiraordinaire et ae prodigieux, et quHl vous dise en même temps : Allons, suivons du Housd éirmngert qui vous sont tiie^imiif , et ser^oons-les; vous n'écouterez point les paroles do ce propkits et de cet inventeur de songe»...; mais gu*il soit puni de mort, parce qu'il vous a pmrlé pour vous détourner de PEternd. voira JUieu.
Si votre propre frire, voire fiU. votre fille, votre femmt entre vos 6ras, ou famt dt voire omur. v^ut voue persuader ei oient vous dire : Allons, suivons les dieux étrangers, ne eota laissez point aller à ses discours, n'y prêtez pas Voreille; votre ait ne Vépargncro
INQUISITION
foinif poui nen aurez pas compassion^ et DUi ne couvrirez pas l'affaire ; mai* vous le ferez mourir en le dénonçant au juge^ qui le c^mdamnera sur la déposition de deux ou trois témoins.
Si dans quelquune de vos villes que TJ?tfrnelf votre Pieu, vous donnera pour fto//ttff, vous entendez dire à quelques-uns : Des enfants de Déliai sont sortis du milieu de nous, et ont perverti les habitants de leurs tilles en disant : Allons^ et servons les dieux étrangers qui vous sont inconnus^ vous ferez une inquisition^ une recherche, une informatiùn bien exacte; et si vous trouvez que lavis fit vrai et certain, et que cette abomination a été commise effectivement^ vous passerez fltt fil de fépée les habitants de cette ville, TOUS la dévouerez au tranchant du glaive, avec tout ce qui est en elle, jusqu'aux animaux. IDeut XII. 15 )
Certes» voilà bien une Idi, et une loi sé- Tère, de dénonciation, d*inquiâitioti et de rbltimeot coruorel contre les individus, contre les véiles même, qui essajrertient, l«r leurs leçons ou par leurs exemples, de Hétoarner le fieuple du caUe du vrai Dieu. iini oserait, après cela, condamner le pouvoir qui, dans la société organisée reli- ((leusement comme Tétait le peuple hébreu, défendrait par la force la vraie religion? <iui oserait condamner finstitution cathoii<|ue qui Ini prêterait son concours dans celle lutte contre TerreurT
On nous Oppose les leçons et les exemples la douceur donnés par le Sauveur, surtout M œi&éricorde pour les pécheurs.
Hais les préceptes divins de patience et <le mansuétude k l'égard du méchant s*a- (iresseut aux individus, et non aux gouvernements, à qui saint Paul rappelle que ce n est pas sens raison que le prince porte le glaire.
De plus cette divine clémence pour le pé- «beur repentant disparaît et ne laisse plus eiUenJre que des menaces terribles, dès qu il s'agit du pécheur obstiné, du pécheur 'candaleux, du faux prophète : Quod si non ouiierit, sit tibi sicui elhnicus, et publicanus. — Vœ komini ilH per quem scandabtm rent/ / Utoie, ces mains si miséricordieuses ^ arment de fouets et de verges pour venger lA gloire de la maison de son Père, et chasser ces marchands dont le trafic profane distravail la piété des peuples.
Enfin, nous dit«on, ni le divin fondateur UQ christianisme, ni ses disciples, pendant irois Mècles, n'ont appelé les iK)uvoirs temjK)rels au secours de rEvangile; les apôtres ^en allèrent parmi les nations, comme des agneaux au milieu des loups, sans autre arme •r^ela grâce in visibledu Sauveur retourné au <^'H et la patience du martyre. Jamais ils n opposèrent la force à la force; et Plnquisi- "on, elle, veut convertir par Ja contrainte.
Won, rinquisition ne veut pas convertir Ijar la contrainte, mais préserver les fidèles ^ on danger, et, tout au plus, concourir à la punition d'une infraction è la loi civile «<>njme à la lof religieuse. Voilà son but
premier; mais si elle peut en même temps amener le coupable au repentir, elle n'en néglige pas roccasion.
Ni le Sauveur ni les premiers prédicateurs de l'Evangile n*ont fait appel au bras séculier; ils n'ont pas essavé de rappeler aux puissants de ce monde les droits de la vérité à une protection efficace de leur part. La raison en est bien simple : les princes étaient encore assis dans les ténèbres de l'erreur; n'eût-il pas été plus qu'inutile de réclamer leur appui? Les apôtres ne l'ont pas fait, parce que ce n'était pas la saison, dirons-nous avec saint Âugu2»tin.
Est«il bien vrai d'ailleurs qu'ils n'aient jamais appelé une répression violente au secours de leurs prédications? Que signifie alors l'action de saint Paul livrant l'incestueux de Corinthe au bras du prince de ce monde, à Satan, pour la perte de sa chair et le salut de son fldike, ou frappant de cécité Elyma<i? Qu'est-ce que l'action de saint Pierre frappant de mort Ananie et Saphire, ou précipitant du haut des airs Simon le Magicien ?
Si le Sauveur préfère que ses apôtres fassent ainsi appel au bras divin, qu*il semble avoir mis è leurs ordres, plutôt qu'aux autorités de ce monde, ce n'est pas qu'il blâme le secours de celles-ci, c'est pour mieux manifester l'action divine* par la iaiblesse des moyens humains qu'il emploie. Telle est au moins l'explication que nous en donne VApôtre : Infirma mundi elegit Deus, ut confundatfortia. (I Cor, i, 27.) En ce temps des voie$surnaturelles,la prédication 'lela foi était confiée à des pécheurs ignoraDts,et la répression des fausses doctrines h l'actiondirectedo Dieu même. Mais après que la toute-puissance eut suffisamment établi par les merveilles de sa droite la divinité du christianisme, elle dut, selon ses voies ordinaires, rentrer dans Tordre naturel des lois de ce monde; aux
Eècheurs succédèrent les docteurs, et au ras invisible qui les défendait le bras visible de ces empereurs maintenant couronné;) de la croix. Pourquoi serait-il plus contraire ft l'esprit du christianisme de protéger au besoin la Toi des faibles par la force des autorités établies de Dieu, que d'exiger de longues et sérieuses études de ceux €|ui . aspirent au ministère évangélique, au lieu de le confier, comme le Sauveur, aux pauvres pécheurs rencontrés sur le bord de la mer? En résumé, il n'est pas de faits dans l'histoire des premiers siècles, il n'est pas de textes dans l'Ëvangile, qui condamnent clairement la pensée fondamentale et le but de l'Inquisition, et même on pourrait tirer de ceux que nous avons cités une conclusion favorable.
Au reste, voulons-nous nous assurer du véritable sens des saintes Ecritures, du véritable esprit du christianisme? Interrogeons les docteurs, les conciles, les Souverains Pontifes chargés de l'interpréter aux peuples, les saints qui en sont les héros.
Or, dès le iv* siècle, saint Augustin, déjà cité, reconnaît la justice des lois portées par