LIVRES SACRES
rénergie, rontrasteni avec quelque petite bienséance dont on sait gré à fauteur d'à- Toir osé s'affranchir» il doit y avoir du sublime, et il y en a infiniment dans l'usage que l'Ecriture sainte fait partout des termes e( des images les plus opposés ë la fausse délicatesse de nos mœurs. Le Cantique de$ caïuï^uea n'a d*autre tort que d'avoir été traduit dans une langue qui, par le soin même qu'on a pris de la rendre chaste , ne )*e5t pas et ne peut plus l'être (CS).
«Hais, è mesure que, dans une morale où la lumière sort de tant d'endroits, l'esprit s*éclaire parfaitement sur la différence (la bien et du mal, et saisit toute la diversité des devoirs imposés à l'homme, le oœur s*y intéresse et $'y échauffe partout du plus beau feu. Exemples de vertu dans tous les genres 1 0 mon Sauveur, le tien est surtout victorieux. Motifs tirés de toutes les sources d'où ils peuvent jaillir; motifs d*ordre et de convenance, de beauté ou de difformité, d'aatorité, de crainte et d'espérance. Secours poissants accordés è la faiblesse qui veut suivre la loi, et qui ne le peut pas toujours; consolations puissantes pour la conscience tendra et craintive; exhortations pressantes On a entendu un langage oui, s'il
est celui de l'homme, et nous ne 1 envisa- (Seons que comme tel è présent, est du luoins un langage qu'il ne lui est arrivé de parler gu'une seule fois.
c Mais, si le cœur, même dans ses émotions les plus épurées en apparence de tout ce qui tient aux sens et è Tiniagi nation, se nsseni cependant toujours de l'action de ces deux puissances souveraines de notre être, et si l'imagination est la reine de l'éloquence et de la poésie, cette éloquence et cette poésie seront sans doute dans TEcriture. Sans elles, le triomphe sur nos Ames D*est jamais qu'imparfait. On serait moins embarrassé de dire où l'éloquence n'est
Kintdans l'Ecriture, que d'indiquer tous ) endroits où elle est comme sur son trône et dans toute sa majesté : tantôt simjile et gracieuse ; tantôt forte et terra^^sante ; tantôt grande et maiestueuse; presque toujours tout cela en même temps, par la grande souplesse d*àiue des écrivains sacrés, à qui toutes les roules de la sensibilité sont également ouvertes et connues. Je n'ai point vu denfaut qui pût lire, sans être touché jusqu'aux larmes, Thistoire de Joseph ; et le mot: J$ $uis Joseph 9 mon pire vit^il en^ tore ( Gtn. xlv, 3], rappelle et efface le Jfe, M« ; adtum qui feçi ( ViaoïL., JEneid^ ix, ^); la mère des sept Machabées exhortant le dernier de ses Gis à suivre ses frères au loartyre , c'est' Véturie et Coriolan , c'est
(6S) Ce soin d*écarter d'une langue toutes les fipresMona rt les images iloiit la délicatesse et la modestie Mumient s^ilarmer, 8upp«ise déjà une &me dont les idées uni blessé souvent la délicatesse et la modestie. On doit avoir pen«é soi-même à ce qs*Qo craini aae ne peaseni ceus qui nous entendent, d plus de décence dans les mois et les tours d'une langue, n'en proutent qu«! moi us tlaiis le €«ur de ceux qui la partent... Pouiquoi peutou
plus encore. Que Ton compare le discours que Dieu tient à Job, avec celui que Sénèque met dans la bouche de la Providence pariant à l'homme malheureux, et Ton sentira la différence. Toutes les prières d*une certaine étendue (car les élans vifs et passionnés de tant d'Ames pieuses vers le Seigneur, qui peut les compter?), semées avec une profusion et une variété si prodigieuse dans toute l'étendue du volume saint, depuis celle d*Abraham pour les villes de la plaine, jusqu'è celle de Jésus-Christ avant sa mort, sont, indépendamment même des choses et du prix qu'elles en reçoivent, des modèles de simplicité, de noblesse, de force
et d'onction Pourquoi les païens, dans
leurs invocations à Jupiter, n'ont-ils jamais pu, è force de génie, produire rien de semblable 7
< Quelle foule de discours et de harangues sur toutes sortes de sujets, dans toutes sortes d'occasions i Quelle Drièveté mâle et noble dans celle de David è Goliath avant le combat!... Tous les discours de Jésus- Christ, ceux surtout qu'il adresse aux Juifs peu de temps avant sa mort, pour les convaincre d*injustice et de mauvaise foi ; et à ses disciples, pour les consoler de son départ prochain ; saint Pierre, dans la t>remière persécution qu'il souffre pour l'Evangile; saint Paul, dans Jérusalem, è Lystres en Lycaonie, dans Taréopage^ s'adressent aux pastpurs et aux anci^^ns de Milet, parlant sur les degrés dn temple, dans le snnhédrin, devant Félix, Festus et Agrippa, offrent une moisson de beautés où la clarté et la force du raisonnement, l'énergie de l'expressiont partout l'empreinte des plus belles Ames, se disputent notre admiration. Et que serait-ce des traits vifs et rapides, de< mots heureux, des réparties ou sages , ou unes , ou profondes, ou tendres, ou menaçantes et terrassantes, de ces éclairs où l'homme tout entier, le grand homme sort et brille un instant pour laisser au fond de l'Ame qui l'a aperçu une impression ineffaçable ? Que fierait-«*« de l'éloquence seule (les choses, des situations, des moments, pour ainsi dire, que Técrivain saisit pour faire parler ses héros?
•( D'une éloquence aussi caractérisée, et
3ui 'coule comme un fleuvje, depuis Eilen, ont elle nous peint l'innocence et les malheurs, jusqu'il Patmos,où elle prend des formes augustes par les ombres même du mystère qu'elle y répand, nous passons sans peine k la poésie dont elle a toujours été fille, et qui, dans Tgcriture, s'annonce sous tous les traits qui peuvent la rendre respectable. — Je l'y trouve avec tous ses
lire dans le français d'Amyot le 29* traité de Pluurque, qu*ii ne serait pas sûr peut-être de faire passer dans notre langue? Parce que ce français était celui des bownie gem^ et que les lionnes g* ns peuvent toul dire. Leurs mœur#, peiiiles dans leur style, en font, dans sa plus grande libtTté même, la sagesse, et ce sont nos mœurs empreintes dans le nôtre qui en rendent la modesife même inunodesir et dangereuse.
attributs : poésie du suîet, poésie des moypns et de Tordonnance générale, poésie de détails. S*il s'agissait d'ajouter sur ce sujet inépuisable un second discours , et plus d'un à celui-ci t nous prendrions un cours de belles-lettres, quel qu*il soit, comme table des matières, et nous lui donnerions TEcriture sainte pour base, nous le remplirions d*eiemples puisés dans cette source, qui n*a encore été qu*entrevue. Quelle épopée que celle dont Thomme tout entier, sa destination dans les ?ues do Dieu, ses malheurs, ses ressources, son bonheur, sont le sujet; dont le théâtre est le monde ; le temps et l'éternité, la mesure ; TinteHigence divine, le siège et la place ! Dans la supposition sur laquelle je raisonne, etquinesouffrelesmiracleset les prophéties que comme cette intervention des causes supérieures, évoquées par le génie créateur du poSte, quelle machine d'un merveilleux nouveau et seul digne de ce nom I Quel Olympe que celui oit Dieu lui-raAme est assis, appelant, d'une main, à lui le Christ, Sauveur et Rédempteur du inonde, les anges, les archanges, les chérubins et les séraphins, ministres immortels de ses volontés; repoussant, de l'autre, dans rabtme, et v retenant sous des chaînes d'obscurité le démon, acharné à traverser ses desseins ; suscitant pendant des siècles des hommes h la terre pour lui signifier ses vues miséricordieuses, suspendant k leur gré les lois de la nature, ébranlant la terre, fendant les mers, ouvrant les eieux, ranimant la poudre et la cendre des tombeaux, opérant autant de prodiges que ces hommes font de pas dans la carrière qu'il a ouverte à leurs veux! Point ici d'invocation timide adressée h la Divinité qu'ils associent h leurs travaux; dans l'opinion reçue, ils naissent confidents intimes du Dieu qui les envoie; ils naissent inspirés, et nagent dans un océan de lumière surnaturelle qui semble être leur élément. Ainsi a du rEtemel: c'est leur langage ordinaire Je suis aux pieds d'Homère quand
il a dit : « Aimi dit le fils de Saturne^ eHl baisse se$ noirs sourcils. La divine chevelure n'agite sur la tête immortelle du monarque; il fait trembler le vaste Olympe. » Mais je descends au centre de la terre, d'étonnement et de frayeur, quand les prophètes me disent Que Dieu regarde la terre, et qu'elle tremble; qu'il touche les montagnes, et qu'elles fument ; sous ce môme point de vue d'une décoration poétique, mettrait-on en parallèle les roses d'Ezéchiel avec les trépieds d'Homère; l'ange qui conduit Tobie, avec la Sagesse sous les traits de Mentor; les sonses de Nabuchodonosor, les quatre monarchies passant sous les yeux de Daniel, les visions de VApocalypse^ la nouvelle Jérusalem descendant du ciel, avec les destinées de Rome montrées à Enée : les songes, les communications avec les génies supérieurs, les translocations et les transformations subites dont l'Ecriture est remplie avec rhippogryjïhe sur lequel Astolphe fuit dans les cieux, Tanneau magK{ue de
Rradamante , le bouclier dJ^Arthur, les enchantements d'Armide et dMsmène, eneénérat toutes les fictions de Spencer, d^ I Arioste et du Tasse? Mais quelle différence entre ces objets I Dans les uns, et quelque parti que Ton prenne sur le sens qu'il faut leur donner et sur leur origine, il y a toujours un grand funds d'^utilité, d'importance, d'intérêt, et de rapport avec les grandes idées de la religion ; un air de noblesse et de majesté, que leur obscurité relève encore; dans les autres, tout est au moins petit, et ne remplit jamais assez l'ftme.
«Les détails d'expression, d'image, de style et de sentiment, répondent parfaitement, dans l'Ecriture, h la hardiesse, à la magnificence du plan, et de l'ordonnance générale. Nos atiteurs sacrés jettent è pleines mains les trésors de cette érudition, de cette connaissance parfaite des lois, des coutumes, des richesses des divers peuples de la terre, que nous admirons dans le père de la poésie grecque. 11 y a dans la description que présente le Livre de Job des différents animaux, un caractère particnr lier : les animaux intéressent. On est touché des petits du corbeau qui crient; des chameaux qui se courbent pour mettre testeurs petits, et se délivrer de leurs douleurs. On craint pour les œufs de l'autruche abandonnés dans le sable, et on biflme son imprudence. Je ne connais que Lafontaine et M. de Euffon qui aient saisi cette manière : les larmes qu'Homère fait répandre aux chevaux d'Achiile,y appartiennent sans doute. Les auteurs sacrés peignent tout : une ville, par sa situation, son commerce, ses relations ; le marteau de Cunivers^ c'est Babylone; la Léviathùn, la bête des roseaux, c'est l'Egypte. Us peignent tout par Ï9s détails, comme la poésie doit peindre; une ville réduite aux dernières extrémités, c'est un seul homme restant pour sept fein* mes.— Ils peignent les passions par leur siège et leurs démonstrations; ils parlent à une montagne, h un vignoble, à un ruisseau : frappés de l'idée du Seigneur venant juger son peuple, ils s'interrompent et disent h la terre : Tais-toi. Personne n'a autant qu'eux peint la nature, et tiré parti du local, des mœurs, des coutumes politiques et religieuses d'un peuple, pour y puiser une foule d'images, qui par cela même sont plus claires et plus intéressantes pour lui.
c Leur langue les seconde . admirablement. Faite pour te chant ei pour la musique, sa poésie est toute dans le genre du rhythme, et en a toutes les beautés. Sa prose n'a rien qui ressemble à la constrHCtion et au nombre de nos périodes; mais les réflexions que Cicéron fait sur cette propriété de sa langue, comparée à une langue qoi serait plus variée, plus rapide et plus énergique, nous en consolent. Le grand nombre de synonymes, ou prétendus tels* qu'on y trouve, ne nuit [joint k sa précision. Us meilleurs écrivains sont toujours ceux qu oo dictionnaire aide le moins à entendre.^
« Une langue, d'ailleurs, qui courpto l'arab*
UVRJCS
ao iKnnbre de ses dialectes; qui trouve dans le mécanisme de ses conjugaisons, et dans I usage indéterminé de plusieurs lellre», 6e quoi allonger ou abréger les mots à son gré. Bien changer le son. sans en changer la signification; dont l'anal^vse comporte des détails entièrement inconnus dans les autres langues, sera sans doute riche, pittoresque cl flexible, singulièrement régulière et philoiopûioue. Elle ferait croire déjà qu'elle Mul enfanter des chefs-d'œuvre, quand ces chefs -d œuvre n'exisleraieut pas. Quelle poésie que celle du Caniique dis caniiquesl guel morceau enchanteur que la complainte de David sur Jonathas! Comme le psaume xiiii est doux et pastoral, è côté des versets 2, 3 et 4 du chapitre ii do Nakum, où l'oreille est déchirée et brisée par le fracas des mois et la dureté pitlnresque de leur associalionl N avoir rien dit encore de David, et nous e rappeler dans ce moment, c'est nous rappeler qu'il fout finir; car quelle raine à sonderl On ne sait en quoi il excelle, tant il exprime bien tous les sentiments. La joie cependant, quand elle est douce et calme, prend chez lui des traits et uneexpression qu'elle n'a mille part. 11 a, si je puis m'exprlmer ainsi, ues entrées de psaumes qui sont admirables par le naturel, la facilité et l'espèce d'essor m\ie\ il s'abandonne. Souvent on lui trouve 1 air d un homme qui, plein d'une idée ou ^ un sentimeni, s'en est entretenu longtemps me lui-môme, mais oublie qu'il a été seul, PI continue haut une effusion dont il sup- |«se que Ton a entendu les premières paroles. Voyez, dans l'original, les psaumes
ItVI, LXII, LXVII, LXXXVII, XCI, XCHI, XCV, WTi, G, cnu, CXIII, CXIV, CX?I, CXVIl, CXVIII,
j"iî, cxxv, Gxxvi, CL. Que dans la plupart es autres, et surtout dans le xix', on essaye l« changer l'ordre des mots, le temps des ;erbes, moins que cela encore, et on sentira «n avec lequel tout y est placé pour le >»aïsir de Toreille et le'besoin du sentiment. ^2^ Peintures que l'auteur nous fait de la ûéchanceié de ses ennemis sont achevées. ^ imprécations auxquelles il s'échappe onlre eux, envisagées ici comme des moreaui de sentiment, comme ce que Perse O'iliaite au méchant, ce que la passion dit ^tis Corneille, ont toute la beauté que ces xplosions terribles d'une Ame qui ne se ^nnalt plus doivent avoir : le cœur se •rre, on en détourne les yeux. »
.*••••• Oserons-nous observer, » ajoute * "''«net, après avoir rappoité le travail l'écédent, « que le déiste non*seulement ne fut revendiquer aucun des caractères des vres profanes, qui viennent d'être mis en irallèle avec ceui qui assurent la supériolé aux Livres sacrés du l^hrétivn; mais le sa reli^on est incapable par elleêuie de lui faire produire des ouvrages ^ l'histoire, la philosophie, la morale, I épienre, la poésiesurtout, pourraient dispur d'avantages et de préférences avec l'his- :re, la philosophie, la morale, l'éloquence, poésie da l'Ecriture sainte; qu'après tout, qu*elle enfanterait d*estimable dans ces