MAGIE
Tidence tous tes soios d^an atenir qui ne oous appartient pas.
t Telles étaient nos intentions et nos espérances; mais les vues de Dieu ne sont pas toujours conformes aux desseins des bom- Dies, lors même que ceux-ci paraissent le plus en harmonie avec le plan de sa providence. Cejour-li même il nous arriva un accident <)ui, en nous éloignant de Rache-Tehurin , nous jeta dans les plus cruel les perplexités.» Ce que rapporte M. Hue (t. Il» p. 113} sur Tarbre aux aia; mille imageif qui se voit à la lamaserie de Koun-Bouro, n est |)as moins étonnant. Tsong-Kaba, un des plus célèbres bouddhas vivants de Mongol ie» 5*étant fait raser la tète à TAge de huit ans, ses che- Teox furent jetés è rentrée de sa tente, et cet arbre miraculeux en naquit spontanément, c Nos regards» » dit H. Hue, « se portèrent d*abord avec une avide curiosité sur ies feuilles, et nous fûmes consternés d*élonnement en voyant en effet sur chacune d'elles des caractères tibétains très-bien fornés ; ils sont d'une couleur verte , quelquefuis plus foncée» quelquefois plus claire que la feuille elle-même. Notre première pensée fut de soupçonner la supercherie des lamas; iliais, après avoir tout examiné avec l*aiteniion la jrftts minutieuse» il nous fut impossible de découvrir la moindre fraude. Les fiiraclères nous parurent faire partie de la feuille, comme les veines et les nervures; la |K>sition qu'ils affectent n'est pas toujours la mime; on en voit tantôt au sommet ou au milieu de la feuille » tantôt K la base ou sur ies côtés: les feuilles les plus tendres représentent le caractère en rudiment et è moitié formé; Técorce du tronc et des branches, qui se lève peu à peu comme celle des platanes» est également chargée de caractères. Si on détache un fragment de vieille écorce» 00 aperçoit sur la nouvelle la forme indéterminée des caractères qui déjà commencent k germer; et» chose assez singulière, ils ditfèreni assez souvent de ceux qui étaient |kar-aessus. Nous cherchâmes partout» mais toujours vainement , quelque trace de sut«rcberie; la sueur nous en montait au front. D'autres, plus habiles que nous» pourront peut-être donner des explications satîj^faisantes sur cet arbre singulier; pour nous, nous devons j renoncer. On sourira sans doate de notre ignorance ; mais pau nous im|iorte » pourvu qu'on ne suspecte pas la sincérité de notre relation. L'arbre des dix mille imagée nous parut très- vieux; son tronc» que truis bommes pourraient k peine embrasser, n'a pas plus de huit pieds de l«attt; les branches ne montent pÀs, mais ^lles s'étendent en panache , et sont extrêmement loaffues ; quelques-unes sont desséchées, et tombent de vétusté; les feuilles iemeureot toujours vertes; le bois, d'une :^uleur rougeatre, a une odeur exquise» et |ui approche un peu de celle de la cannelle. Les lamas nous ont assuré que dans l'été, rers la huitième lune, il produisait de granie5i fleurs rouges d'une extrême beauté. On lous a dit aossi que nulle part il n'existait
d antre arl)re de celte espère» au'on avait essayé de le muitiidier par des wutures et des graines dans plusieurs Inmaseries de la Tartarie et du Thibet» mais que toutes ces tentatives avaient été infructueuses. »
Pendant un séjour de plusieurs années que nous avons fait h Constantinople, nous avons été à mAmo d*éludier ies derviches^ dont Mme de Belgiojoso raconte des choses si étonnantes. Il y en a à Péra et k Scutari. Ces derniers font des prodiges qui ne le cèdent en rien k ceux qui viennent d'être rapportés; par exemple» ils marchent et pèsent de tout leur poids sur des enfants nouveaunés» sans que ceux-ci ea ressentent aucun mal.
Nous pourrions citer une foule d'autres faits pour montrer que la puissance du démon s'exerce aussi chez les Schamans de l'Asie septentrionale, chez les sauvages de l'Amérique, les races nègres» etc., etc. Ceux qui voudraient à cet égard plus de détails peuvent consulter les ouvrages de MM.
Chesnel et de Mirville. Ce dernier surtout est des plus compétents en cette matière. Pour s'en convaincre, on n'a qu'è lire le fragment remarquable qui suit^ publié par M. Tabbé Maynard dans la Bibliographie ea^ Ihoiique (novembre 1855) :
t 11 y a deux ans k peine, l'Amérique» la France entière» presque toute l'Europe» faisiiient le siège d'une table ou d'un guéridon On sait la position brillante et solide
que H. de Mirville, auteur du livre Des esprits {Des espritê et de leurs manifestatiom llaidi(pAe$)f a su prendre des premiers sur ce terrain mystérieux. Il la garde encore» malgré les nombreux assaillants qui ont voulu la lui disputer. I^ brochure qu'il publie aujourd'hui [Question des esprits^ ses progris dans la science: examen de faits nouveaux et de publications importantes sur les teUfles^ les esprits et le surnaturel) est, en quelque sorte» son bulletin de bataille, et» à certains égards, son bulletin de victoire. En d'autres termes, ce livre est un rapport sur la grande question des esprits dans le monde» c'est-k-dire sur des faits acquis k la science, sur la valeur des explications fournies par les bommes compétents» sur le résultat dernier de tant de livres et de brochures partis des camps les plus opposés. — Il constate d'abord un grand progrès : l'entrée dans la science des phénomènes renvoyés primitivement k la jonglerie ou k rhallucination. Ces phénomènes sont aujourd'hui constatés et adoptés par les membres les plus savants de nos académies. (Foy. la lettre de M. de Saulcy, dans la 9' édit. du livre Des esprits.) La bonne foi des expérimentateurs, l'état normal de leurs facultés ne sont ^lu^ mis en doute. Reste k chercher l'explication des faits, la grande loi inconnue gui renferme le dernier mot du mystère. Ici les OEdipes se partagent en deux camps : d'un côté, les savants qui prétendent rendre compte de tout k l'aide de théories physiques ou psvr choloKÎqnes; de l'autre, les hommes qui, sous Ta-nannière do M. de Gasparin, oppo-
DICTIONNAtlie DU PARALLELE.
tu
sent à loate eiplicalion surnatarelle une fin de non-recevoir, parce quMIs ne croient pas à rinterventîon du surnaturel dans le monde. Les premiers invoquent \esdécollementi de M. Faraday, les mouvements naiêsaniê de M. Babinel, la tendance au mouvement de M. Cheyreul, le fluide du niagnélisme» et veulent que les danses des tables, leurs étonnantes réponses» soient attribuées h la fois aux lois ordinaires de la physique, et au reflet de la pensée de rexpérimcntateur. Mais que do faits, sinon tous, rebelles h ces théories I M. de Mirville les rappelle ou tes raconte, et il n*a pas de peine à prouver Tabsurdité d*une loi ordinaire, régulière et mathématique, laquelle, au milieu de tant d'expériences des physiciens, serait jusau'è re jour restée inconnue; te défaut évident de toute proportion entre les causes assi* gnées et les effets obtenus; enfin, Timpossibitité de voir un simple refiet de la pensée ou de la volonté de rexpérimentateur dans des phénomènes et des réponses qui i*afQigent ou le dépassent.
« Nous voila donc rejetés vers le monde surnaturel. Mais M. de Gasparin veut nous vn fermer l'entrée par ses fins de non-reccvoir. A toutes les preuves que nous avons données nous-mêmes pour établir contre lui que le témoignage, soumis aux règles d'une sage critique, est admissible en matière de surnaturel, M. de Hirville en ajoute de nouvelles, et it déchire toutes ces lois d'exceptions testimoniales qui conduiraient au scepticisme absolu. Fort de ces principes, il revient sur certains faits contestés : Ix)udun, la croix de Constantin, la crois de Higné, Cideville,ctc., et sur tous ces points il réussît à maintenir ses premières positions. Le volume se termine par une lettre de M. Gou-
Senot des Mousseaux, laquelle est une sorte e Préface ou de Prospectus d'un ouvrage que l'auteur des Mœurn et pratiquée des ai* monM prépare contre les attaques de H. de
Gasparin C'est ainsi que, sans prendre
absolument parti dans ces mystérieux débats, et en nous réfugiant dans les limites d*ane discrète réserve, nous tenons nos lecteurs au courant d'une question qui dépasse de beaucoup les enfantillages dont les tables tournantes ont été plus d'une fois le prétexte ou l'instrument. Cette question est celle du surnaturel, de sa plaee et de son rôle dans le monde, surtout dans les siècles passés, où, suivant les sages lois de la Providence, il exerçait une action plus fréquente, ou du moins plus fialpable que de nos jours. Que de vieux comptes è réderl Que de mystères dans les cultes idolltriques, dans les récits divins de la Bible, dans les annales de la primitive Eglise et du moyen âge, a*éclaireront peut-être au jour des manifestations modernes 1 Peut-être est-ce un monde perdu qui va surgir au-dessus de ^^s flots de dénégations et de mensonges sous lesquels l'impiété et la sottise l'avaient abtmé depuis le protestantisme et ja philosophie 1 Terre I terre 1 nous arrivons 1 nous touchons à la patrie de nos pères, où l'action de
Dieu et l'action de l'homme, Taction des toges et l'action des démons, se mêlaient sans cesse sans jamais se confondre i Bnoore va peu de temps, et l'histoire, telle qu'on nous l'a faite, deviendra de la fable, et ce ao'oa trailaitde fable deviendra de rhistoirel\ottt,
Eour nous, ce qui s'agite sous la main de ^ieu au fond de ce chaos plein d*éléoeots confus, de ténèbres et de lumières, et voilà la raison de l'imiiortance que noas attaehooi à ces questions mystérieuses. C'est aiis>i pourquoi nous appelons de tous nos vont la publication do second ouvrage de ll.da Mirville sur les manifestations des espriu dans tous les cultes et dans toutes les sectes, depuis les temps les plus reculés jusqu à nos jours : il peut y avoir là toute une philoso* phie de l'histoire. »
Dans le programme des conférences da diocèse d*Ainiens pour l'année 1855, on demandait si le pouvoir do démon avait diminué depuis rétablissement du christianisoîe. Après avoir démontré que Tavénemenl dn Sauveur a diminué le rôle de Satan dansle monde, un des conférenciers proposait IV perçu qui suit sur les variations de la pui?* sance du démon pendant les sièitles chrétiens. Depuis rétablissement de l'Eglise, disait-il, }e pouvoir que Dieu, dans son adorable sagesse^ a laissé aux mauvais esprits n'a pas varié dans son degré; il a varié kqlement dans les formes par lesquelles il s'exerce. Ainsi, dans les siècles de foi, le démon se montre sans déguisement; nous ea avons mille eiemples daus la vie des saints. Plus tard, la foi diminuant, le dénM>n a intérêt à ne pas se montrer trop ouvertement; car ses apftaritions confirment un dogme d< la foi catholique, l'existence des manuis esprits. Quand ce dogme était accepté aaiversellement, le démon ne risquait rien ea se montrant ; mais quand on ea vint à douter de son existence, il devait se cacher, c«f il pouvait acquérir bien plus d*ioûaeooe sur les hommes, en les persuadant de sa nonexistence. Alors il agit {lar Tintermédiaife de certains hommes oui se mettent en ra^ port avec lui ; et en effet, on ne vit jamais tant de soreiers qu'au xvi* siècle, au moa*enl de la grande révolte de l'esprit hamain contre l'Eglise. Plus tard, la foi diminuant encore, et l'existence des mauvais esprits étant niée par une foule de savants, le démoat pour la raison qui vient d*êCre indiquée, dut se cacher de plus en plus, et c'est alors qu'il eut recours aux fluides^ et s'en servit comme d'intermédiaires. £t, en effet, il ea est des tables tournantes comme do magné* tisme animal et de tous les faits analogues. Se trompent également ceux qui uj fuient que charlatanisme, ceux qui veulent loon expliquer par des raisons physiques, rt ui qui attribuent tous les phénomènes à l'aition du démon. Pour être dans le vrai, i* faut admettre toutes ces explications efl»t»* ble. Il y a d'abord un orore de laiis <iaj, malgré leur caractère étrange, doivent krt attribués à des causes naturelles encurt ignorées; les charlatans ensuite ont espîui*
ta
NARIAGE.
té ces bits dans des vues d*inlér6( matériel ; et enfin le démon est venu k son tour se glisser dans ces phénomènes, pour les tourner et les faire servir à son intérèlf oui n*es( autre chose que la perte éternelle des âoies.
— « On soir, » dit on voyageur {Deuxam en Afriguif par Charles MAftcoTTv us QuivièRis), c nous sommes allés voir les bdrh (pranonetz adra) ou mangeurs/do feu. C'est .une secte de mabométans qui se réunissent i certaines époques de l'année, pour célébrer à leur manière une fête qui doit tirer êOD origine de la religion chrétiennet car ces individus s'apjiellent aussi Beni-Aïssa, ce qui veut dire jUs de Jéêue. On raconte
3oe Jésus étant dans le désert avec ses isciplesv et ceui-ci se plaignant et murmurant de n*avoir rien à manger, il leur dit: Pourquoi murmurei-vousT Aye% la foi^ et roMf aurez ce que voue dieirez. Mangez des pierrtêt des inêectes^ du feu méme^ et $i vous avez la foi^ ce feu^ ces imecteif eee pierres ee xhanjieront en nourriture pour voue. C'est ce miracle que célèbrent les Béni- Atssa. . « La réupion n'est jpas publique. C'est la police qui oous y a (ait entrer. Il est bon d'avoir desajodis partout.
. « Plus de quinze musiciens , avec des tambours de t>asque d'une énorme dimen- .sion, étaient accroupis en cercle dans la cour intérieure d'une maison mauresque.
Leur musique infernale mit en branle deux ou trois individus qui bientôt (irent des contorsions et remuèrent la tète avec une rapidité effrayante» en lui imprimant un mouvement circulaire. La musique augmentant ?a vitesse de son mouvement, leur rage s'accroissait, ainsi que le nombre des convulsionnaires, qui en peu d'instants furent une vingtaine. Alors ce fut un tintamarre épouvantable. Les femmes, q^ui étaient au-dessus de nous, dans les galeries, dansaient aussi, les cheveux en désordre, en (loussaot des gloussements sauvages et aigus.
« Au bout de quelque temps, lorsque Técttme sortait de la bouche d'un des inspirés, il demandait du feu à srands cris. Alors on lui présentait une pelle plate rougie è blanc. Il rcmpoignait avec fureur, la mordait convulsivement, et passait sa langue dessus.
< Puis d'autres, en mugissant, imitaient (e chameau. Us se précipitaient sur des feuilles de cactus couvertes d'éuines très- )»énélrantes, et dévoraient ces feuilles comme du gâteau.
« Un autre jouait avec un serpent, doiit il se faisait des bracelets et un turban.
« Celui-lè avalait des scorpions avec un air de béatitude ineffable.
« Celui-ci s'enfonçait des pointes de fer dans les yeux.
• D'autres se tenaient en équilibre, le ventre nu, !^ur le tranchant d'un sabre nu. Enfin, ils se livraient tous aux folios les plus extravagantes, et toujours avec des rugissements et des convulsions capables de uius rendre fou. Deux personnes qui étaient
avec"" nous ont été obligées de se retirer. Moi-même, je me suis senti impressionné au commencement, mais j'ai fini par m'y lia^ bituer, et j'ai écouté leurs cris et examiné toutes leurs contorsions de sang-froid.
t On a reçu un jeune néophyte de dix a douze ans. Le pauvre enfant m a fait peine
Îuand on lui a présenté le feu, qu^il deman-* ait cependant. Il a pleuré deux ou trois larmes, et puis il s'est remis è secouer la tète et à danser c^mme un frénétique. Tout cela s'eat fait d'une manière solennelle. Pendant qu'on recevait ce petit Maure, les anciens récitaient des prières comme des lita* nies, en se tirant la barbe, et les femmes poussaient un cri perçut; le tout accomfta-
§né du bruit du tambour, résonnant soureroent dans cette salle à demi éclairée; on se serait facilement cru dans quelque antichambre de Satan. •
MARIAGE. —Quel a été l'effet de la violation de l'unité et de Tindissolubilité du mariage chex les nations non catholiques ? Pour commencer par les musulmans, écoutons un témoin impartial, Mme la princesse de Belgiojoso ( Revue dee Deux-Mondes^ 1" février et 1*^ mars 1855), nous racontant une conversation qu'elle a eue avec le muphti de Tcherkess, près d'Angora. « Mais, » demandai-je encore, « Son Excellence n'étant pas jeune, ayant, à ce qu'il semble, tou*
fours eu plusieurs jeunes femmes, et ne es considérant comme telles que jusqu'à l'âge de trente ans, je calcule que pendant le cours de sa longue vie il doit en avoir reçu dans son harem un nombre fort considérable.
— Probablement, » fit le saint homme san^ s'émouvoir*
-* « Et Votre Excellence a sans doute beaucoup d'enfants ? s
Le patriarche et son domestique se re« gardèrent en éclatant de rire.
— « Si j ai beaucoun d*enfauts? » répondit le maître (juand l'accès d'hilarité fut passé. « Je le crois bien, en vérité; mais pour vous en dire le chiffre, je ne le saurais. Dis donc, Hassan, » ajouta-t*il en s'adressent au confident, ff pourrais-tu me dire combien j'ai d'enfants, et où ils sont 7
— Non vraiment. Son Excellence en a dans toutes les provinces de l'empire et dans tous les districts de chaque province ; mais c'est tout ce que je sais, et je parierais que Monseigneur n'est pas plus savant que moi sur ce point.
— Et comment le serais-jeT » dit le vieillard.
J'insistai, car mon patriarche perdait à vue d'œil dans mon estime, et je voulais en avoir le cœur net.
— c Ces enfants, » repris-je, « comment sont-ils élevés? qui en prend soinTè quel Age se sont-ils séparés de leur père T où ontils été envoyés? è qui les a-t-on confiés? quelle carrière suiveut-ils? quels sont leurs moyens d'existence? et à quel signe les reconnaissez-vous ?
— Oh I mon Dieu, je puis m'y tromper
DicTiONNAmE 60 paralij;le.
comme on autre* mais cela m'importe pea. Du reste« ils ont tous été élevés par moi, eomme yous voyez qae j*élève ceux-ci, jusqu'à rage où ils ont pu se suffire à euxmêmes. Les filles ont été mariées ou données dès qu'elles ont atteint leur dixième ou leur douaîème année, et je n'ai plus entendu parler d'elles. Les garçons ne sont pas aussi précoces, ils ne peuvent marcher tout seuls avant leur quatoriième année ; mais aN>rs je leur donne une lettre de recommandation pour l'un ou l'autre de mes amis qui a une grande maison ou un emploi; celui-ci les place chez lui ou ailleurs, et c'est è eux dès lors de se tirer d'atTarre ; je m'en lave les mains.
—Et vous ne les voyez pi us T» demandaije encore.
— • (^le sais- je? le reçois assaz souvent la visite de gens qui se disent mes fils et qui peuvent l'èlre en effet ; je leur fais bon accuf^il et i)onne mine, et les héberge pendant quelques jour$ sans leur fiiire de questions; mais au bout de ce temps ils voient bien qu'il n'y a pas de place pour eux ici, et qu'ils n'y ont al>solument rien è foire. Leurs mères sont mortes, ce sont des étrangers pour moi. Aussi s'en vontils d'eux-mêmes, et ceux qui sont venus Une fois ne reparaissent plus. C'est trèsbien. D'autres arrivent è leur place, et font ensuite comme les premiers. Rien de mieux »
Je n'étais pas encore satisfaite. ^ «Hais, » continuai-je , « ces jolis enfants que vous caressez, et qui vous embrassent si tendrement, sont -ils destinés h subir le même traitement ?
— Sans doute.
— Vous vous en séparerez quand ils au « ront atteint l'âge de dix ou de quatorze ans ? Vous ne vous inquiéterez pascie savoir ce qu'ils deviendront ? vous ne les rêver* rez peut-être plus? Et s'ils reviennent un jour pour s'asseoir encore une fois au ban-
3uet de la famille, vous les traiterez comme es étrangers, et vous les verrez repartir pour toujours, cette fois, sans leur donner un seul de ces baisers que vous leur prodiquez aujourd'hui ? Que deviendrez-vous donc un jour dans votre maison déserte, quand la voix de vos enfiints n'y réson- ■era plusf »
Je commençais k m'animer, et mes auditeurs ne me comprenaient plus. Le domestique pourtant saisit le sens de mes dernières paroles, et s'empressa de me rassurer sur l'isolement futur de son vénéré maître.— « Oh mais 1 » dit-il, € lorsqueces enfants-ci seront grands, monseigneur en aura d'autres tout petits. Vous pouvez vous eu rapporter à lui sur ce point; il ne s'en laissera jamais manquer. »
Et là -dessus maRre et valet partirent
d'un nouvei éclat de rire Je me bornai
è plaindre silencieusement le peuple clioz qui de pareils hommes sont honorés comme des modèles de vertu. »
Un peu plus loin, après avoir fait Téiogo
des paysans turcs, géuéraleoMot mes, Mme de Belgiojoso iiarle eo eas Icrm des Turcs delà classe moyenne eldes hioics classes :
< Entrons dans le harem d'on ttoargeob ou d'un petit gentil homme campinard.... Figurez-vous un corps de logis squré de la mnison.... L'entrée de ce eorns de log» donne d'ordinaire sur un vaste uopr si les poules juchent sur toutes sortes de débris et d'immondices. Du escalier ea beù, aux marches disjointeset vermoulues, «boa* tit aux appartements supérieurs, qoi coa* sistent en un grand vestibule donnant mces dans quatre chambres. Une de m chambres est réservée au seigneur de lies,
Ïuî l'occupe avec sa favorite du moaieaL es autres pièces sont occupées par le rem de ce qu'on appelle ici la fàmUh. Feaiaes, enfants, bêtes du sexe féminin, eselam du maître ou des maltresses, oomposeot h population du harem. Il n'y a pas eo Orien de lits proprement dits, ni de diaiDtim spécialement consacrées ao repos. De grodes armoires contiennent pendant le joar des amas de matelas, couvertures et oreillers. Le soir venu, chacune des babitiaio du harem tire de l'armoire ce qui loictf nécessaire, fait son lit par terre n'importi où, et se couche tout habillée. Quand aat chambre est remplie, les survenantes s'éiF blissent ailleurs, et, si les cbamt»rH Mi encombrées, les dernières venues septocent dans le vestibule ou sur l'escalier. Rien n'est plus déplaisant pour des jeoi européens que l'aspect de ces dames $• levant le matin dans leurs atours de ii veille froissés et fanés par la pressiuo <tt matelas ou par les mouvements irrégalier» du sommeil.
« liC but nrinci[ial d*un chef de bviBi turc étant d'avoir le plus Rrand nombn possible d'enfiints, tout dans fa vie domestique est subordonné è cette considérsuoe. Si une femme demeure deux ou trois am sans concevoir, elle est aussitAt éioigoic: son époux la remplace par une coopipe plus féconde. Personne ne s'inquiite des regrets, de la jalousie de la pauvre délaissée ; mais il est bon d'ajouter qoe si. au lieu de gémir et de pleurer, celle<i s'avise de se défaire par un moyen qoeieooqas de sa rivale, personne ne s'inquiète do smt de cette dernière. Aussi je ne pense ptf
3u'il y ait quelque part de créatures pis* égradées que les femmes turques de U classe moyenne: leur atwiissement setreb^^ sur leur visage. Il est malaisé de se r^ noncer sur leur beauté, car leurs jooe. leurs lèvres, leurs sourcils, et le bord <3« leurs yeux sont défigurés par des eoothm épaisses de fard appliqué sans goût m vr* sure; leur taille est rendue diaonne par ta coupe ridicule do leurs vêtements, et lean cheveux sont remplacés par du poil deckevre teint en orange foncé. L'espressioo di leur visase est à la fois la stupidité, a*' sensualité (grossière, Tliypocrisie et la dareté. De principes de morale ou de re.'i*