‹ Dictionnaire du parallèle entre diverses doctrines philosophiques et religieuses, d'une part et la foi catholique de l'autreChapitre 6 sur 87 · ARTS · texte numérisé non relu

ARTS

aui flèches des églises gothiques; on s*écrie : f entre dans le$ éfflises byzantines de Venise ou de Palerme^ qui resplendissent^ depuis le soljusquau faUe^ de mosataiLes d'un style si grave et si retigieux;Je m arrête devant les portes du baptistère aïs Florence^ et je vois comment les artistes qui aident Varchitecture doivent écrire sur un monument Vipopée (fune religion. (Page 9.) Mais quand on est Grec pur san^ comme M. Beulé, c'est i peine si Ton s'oublie un moment à ces petites concessions : le naturel revient au galop, et trois (tAges plus loin, voici comment on traite la nit^me art byzantin aue Ton vient de préconiser. A propos de 1 impossibilité prétendue 01^ serait un maître de justifier et d'ensei-» gner Tart du moyen âge, M. Beulé dit : Oseram7 ériger en modèle toutes les erreurs dune architecture fui ne créait ses types quen al^ tétant Tarchitecture grecque ou romaine^ en détruisant la beauté conquise par Vantiquité^ destruction qui n'eut rien de systématique , mais fut Fceuvre lente de l'ignorance? Du reste. Fart byzantin l'avait commencée. C'est thistoire d^un portrait dont les copies se transmettent de proche en proche^ toujours plus mauvaises et servant a'échantillon à de plus mauvaises encore. » (Page 15.)

c Nous pourrions nous en tenir là sur cette affectation à faire prévaloir la supériorité de Vart ffreCt d'autant plus que Tauteur ne donne pas a ses assertions la forme didactique» qui nous permettrait de saisir le procédé ^application par lequel ce culte exclusif du passé peut se concilier avec la régénération du présent. M. Beulé est enthousiaste, mais, selon nous, il oublie totalement son rôle de professeur. Il chante la Grèce, il anathématise le moj^en Age, qu*il avoue luimèaie n'avoir pas étudié. Nous devons ce- {Mandant remarquer que sea attaques les plus directes portent contre une école qui reconnaît avant toute chose, dans l'art gothique, la plus haute expression du nationalisme et du géuie national. M. Beulé oppose à cette préli^ntion tout ce que la France a produit do remarquable et de caractéristique en dehors de ta période gothique, et rend à l'Allemagne et à l'Angleterre la part qui leur est due dans les nroductions de celte même épooue. Il est de bonne guerre de chercher le défaut delà cuirasse de ses adversaires, et comme les meilleures causes sont quelquefois appuyées ou plutôt compromises par de fort niauvaises raisons, M. Beulé ne manque pas de relever cette assertion de certains parti* ^ans du gothique : L'architecture gothique fit, par excellence^ Farchitecture religieuse^ Il se demande : Le style gothigue itait-il eoc^ clusitement consacré à la religion^ et la maison di Dieu se distinguait-elle de la maison des hommes autrement que par sa richesse et sa grandeur? iVon, assurément. Le styk gothique f*t la langue éTune époque: tout ce quune époque écrite elle T exprime dans la même langes, tout ce qu'elle construit ^ elle le revêt du 1"^ style. La salle d*armes où veillaient les *oldats^ la prison où les malfaiteurs étaient l^léSf la chambre dune galante châtelaine ^

l'hôtellerie bruyante^ tout était de style go* thique. Si les architectes du temps eussent conçu ridée d'une architecture religieuse, il faut reconnaître qu'ifs auraient commis d'éz tranges vrofanattons. Sur ce point, nous nous rallierions volontiers à l'opinion du professeur, si nous étions bien assuré qu'il est lui-même à l'abri de la critique qu'il vient de faire.

« Quelle idée se fait donc M. Beulé d'une architecture religieuse? C'est ce qu'il ne nous dit pas. Prétend-il que le plein cintre et la plate bande doivent seuls avoir le privilège de remplir cet office? Dans ce cas, nous ne nous entendrions plus. Il tomberait dans la même erreur que ses adversaires et nous reprendrions contre lui son propre argument : Le style gothique est la langue d'une ipoque : tout ce qu'une époque écrite elle Vex^ prime dans la même langue^ elle le revit du même style. Par conséquent, si le style gothique était la langue d'une époque , c'est ap^remment que cette époque pouvait écrire et parler. C'est ce qu'elfe a fait; et, comme cette époque fut éminemment religieuse, son langage architectonique a su et a dû parfaitement s'élever à l'expression du sentiment chrétien, tout en s'appronriant aux conditions plus modestes de I arcnitecture civile, domestique et militaire. Ne voir dans cela qu'un même art, parce qu'on y rencontre les mêmes procédés de construction, c'est restreindre son appréciation dans des limites trop grossières. £n architecture, les for mes géométriques ne sont que les lettres de l'alphabet, des mots, des locutions qui n'ont une valeur et un sens que par la manière dont on en fait usage. Saint François de Sales et Bossuet parlaient la mémo langue que Rabelais et Molière, mais tout le monde distingue le genre sacré du genre profane, et il est au moins aussi impossible de confondre une prison à ogives et une ca-* thédrale, que d'assimiler une satire ou une comédie è une oraison funèbre. »

AUTS. — - L'influence du christianisme sur les beaux-arts a inspiré à M. Auçusto Nicolas les lignes suivantes [Etudes phUos.^ t. III, p. 505) : a Si on prend chacun des beaux-arts en particulier, et qu'on remonte aux vrais chefs-d'œuvre qu'il a produits, et aux grands maîtres en qui il se personnifie» on aboutira, de toute part, au christianisme» comme à la clef de voûte des beaux-arts.

« Ainsi, pour la poésie, je ne crois pas qu'aucun homme de coût mette rien au-dessus de nos Livres saints Ainsi encorei

pour l'éloquence, il suffit de nommer Bossuet; pour la peinture, Raphaël; pour la statuaire» Michel -Ange; pour la musique, Palestrina Or la gloire de tous ces maîtres de l'art ne se révèle & nous que par des

chefs-d^Œuvre essentiellement chrétiens

L'Italie n'est la terre classique d«;s beauxarts que parce qu'elle est la terre classique du catholicisme.

« Partout ailleurs aussi les beaux*arts sont divisés; ils agissent isolément et sans but Dans nos teiupleS| vous les trouvées tous réiv

niSy s*animant de concert les uns les antres» et tous animés de l*e$prit du culte chrétien.

« Un autre caractère essentiel qu'il ne faut pas négliger, c*est que, nulle autre part que dans le culte chrétien, les beaux-arts ne soni populairei. Là seulement Téloquence a pour auditoire le peuple assemblé, et, pour ainsi dire, la nature humaine en personne; là, cb<ique jour, tout le monde est admis à goûter et à voir des cérémonies, des chants, des pompes vraiment sublimes Un caractère bien dislinclif encore de la beauté artisti()ue du culte chrétien, c*est qu'elle ne

passe jamais tandis que les vicissitudes

de la mode emportent les productions de l'art profane..;... EnHn, le caractère éminent de la beauté de Tart chrétien, c'est qu'elle est pure, sérieuse; c'est qu'elle ne triomphe que par ce qui ferait infailliblement mourir lart profane; qu'elle ne s'inspire que de la vertu, que de la vérité, et qu'elle ne nous ébranle et ne nous transporto qu'en refoulant toutes nos passions, privilège unique, qui, à lui seul, suffirait pour attester la présence de la vérité.

« Ainsi le christianisme est le centre où tous les beaux - arts se rencontrent dans ce qu'ils ont de plus élevé, de plus collectif, de plus universel, de plus populaire, de plus immuable, de plus vrai, de plus pur. Il est le fonds commun d'oii ils f»articipent, et le divin foyer où ils s'allument. En lui, le beau lui-même est dans son plein, dans son ciel, et, pour ainsi parler, à son zénith.

« Abstraction faite de la crovance, tout homme de goût doit convenir ae cette vérité.

«c Or, a-t-on bien réfléchi à la conséquence rigoureuse qu'elle renferme?

« Le mot de Platon, d'où nous sommes parti (le beau est la splendeur du vrai), en est la juste expression; car ce mot doit s'appliquer, au plus haut degré, là principalement où le beau se rencontre avec tous les caractères de supériorité que nous venons de relever, et qui supposent le vrai dans sa plénitude.

« Il y en a d'ailleurs une raison toute particulière, c'est qu'a I» différence de l'art antique, qui ne orillait G[ue par la forme, et qui, comme elle, n'avait qu'une vérité bornée, essentiellement relative et servile, Tart chrétien, comme nous l'avons déjà dit, tire toute sa beauté du dedan$, c'est-à-dire, de la substance même de la vérité. Aussi, remarquez bien que l'art antique excelle surtout dans la statuaire, qui est proprement l'art des formes. Mais combien l'art chrétien remporte par la profondeur de l'idée, par la sublimité morale du sentiment, dont la peinture, la musique, l'architecture sont plus particulièrement les interprètes! Sa beauté, c'est sa transparence, c'est-à-dire, la beauté même de la vérité intérieure qui ravonne en lui. Pour tout dire, l'art païeaest iormé sur la chair, l'art chrétien est informé par l'esprit; et la beauté- qui vient de l'esprit ne peut être que la beauté de la vérité directoment et ateolument. La beauté spirituelle de

l'art chrétien est donc par essence, comme Platon Ta dit du beau, comme saint Paul l'a dit du Christ : La eplendeur de la vérité, la

Smre de sa substance. » [Bebr. i, 3.) Ici, . Nicolas met en note : « Il ne faut pourtant pas méconnaître, dans la partie élevée de l'art païen, une sorte de beauté idéale et olympique, qui est comme un prolongement et une réminiscence de l'flge d'or, c'est-àdire, de rétat de l'homme avant le péché. Dans l'art chrétien, ce n'est pas une beauté idéale qui brille, mais une beauté surnaturelle, inspirée par un pressentiment et un avant-gout de vàge futur, et qui transfigure les corps sous le rayonnement d'une perfection et d'une félicité morale inGnies qui les pénètre et qui les enlève. >

Le savant apologiste termine par ra[)erçu qui suit : « En relevant l'homme, le christianisme a relevé toutes les choses inférieures 3UL sont sous son empire. Une fois entré ans son cœur, il s'est étendu à toutes ses facultés, à tous ses rapports, et à tout ce monde extérieur qu'il anime de son génie. Il a tiré tout à lui. Par sa doctrine et sa morale» il s'est emparé des idées et des mœurs; par celles-ci, des beaux-arts, qui en sont les organes plastiques; et, par les beaux-arts, de la matière sur laquelle ils s'exercent, et qui, elle aussi, a été par là rachetée, christianisée. I) en a été, en un mot, dans l'ordre de la révélation comme dans l'ordre de la nature : l'invisible s'est reflété dans le visi«ble, et le christianisme a créé une nouvelle terre en révélant de nouveaucp deux. »

M. Victor de Laprade a publié, dans le Correspondant d'août 1858, un article sur les arts. Il explique la prépondérance actuelle de la musique par son caractère d'indétermination, qui répond à un certain étal présent de l'àme. Il s'efforce surtout de montrer que le sentiment poétique de la nature, s'il ne peut suppléer toute autre inspiration, n'offense nullement la révélation positive, et lui prête même le plus puissant secours. Il veut que le poëte fasse entendre les voix de la nature, comme Bethoven dans ses symphonies.

Cet article est un peu trop vague. On lira pourtant avec plaisir la page qui le termine : « Vous pouvez donc, ô poëte, sans crainte d'idolfltrie, adorer l'Eternel dans cette grande nature des Alpes...,, Montez vers l'immense forêt de sapins qui s'élève sur la n\ontagnè; entrez -y comme dans une cathédrale vivante....; marchez avec recueillement sur ces mosaïques de fleurs qui dessinent sous vos pieds de merveilleuses tigures, des ins? criptions qui s'écrivent et s'effacent d'elles* mêmes avec les saisons diverses. Vous les lisez pieusement, et vous avancez sous les longues nefs entre les piliers sonores. Dans les chapiteaux touffus, les plantes grimpantes s'entrelacent avec les nids; les écureuils et les oiseaux s'y promènent comme des bas-reliefs animés. Du haut de la voûte» à travers les découpures des feuilles et des rameaux, une clarté douce tombe, avec un murmure pareil à celui de la foule ou de

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