MIRACLES
philosophe cailioHqiie romain 9*écrie t Qu'on ae cite un seul prodige «luquet elle oe soii pis apf)licabte. Oui, j'en citerai» et en grand nombre, tous les miracles de l'Eran^ile. Jim poor ma contenter d*un seul qui en Tiut des milliers» j*allègue la résurrection de Jisus-Cbrist. Que Ton eiamine tant que Ton Toodra «n philosophe, mais en philosophe qui se paye de raisons, cet événement, en lui-même, dans sa naissance, dans ses progrès, dans sa durée ; Ton ne saurait soupçonner ceux qui Tout les premiers annoncé, ni de s'être trompés par fiiiblesse, ni d'avoir Toulu tromper par malice. I/on en peut TOJr les preuves ci-dessus. L'on démontre, \}èT des raisons sans réplique, pourquoi la chose a dû arriver ainsi. L'on en donne |iour cause la puissance de Dieu. 11 y avait trop k perdre à l'annoncer et h eu faire profession ; trop à gagner, à la rejeter, pour pouvoir seulement mettre en doute, que ce soit par pure ignorance de ce qui s'était passé, ou par attachement à l'opinion de la multitude, qu'on l'ait reçue.
€ La persuasion où l'on est de sa vérité, s'est d'ailleurs soutenue trop longtemps» et se soutient encore malgré l'éloii^nement de dii^boit siècles et les etrorts des incrédules, pour ne pas en conclure qu'elle est au-dessus de toute exception. Que l'on attribue, taut
Îa'ou voudra, l'art prétendu de Navius au iable, comme fait Lactance, que l'on y soupçonne de l'ertiGce, comme l'insinue saint Augustin, ni Tun ni l'autre de ces principes ne baurail s'appliquer à la résurrecliou de Jésus-Christ avec le moindre fondement; et tt faut oonrenir que le témoignage qui en ftit foi, a tous les degrés possibles de cerli-» tude, ou qu'il 0*7 a rien de certain en fait d'histoire.
t C'est donc vouloir s'abuser soi-même et les autres bien vainement, ou plutôt c'est se dégrader de la qualité d'homme raisonnable et de philosophe, qui doit savoir distinguer les ciioses sur les caractères (]u>lles présentent h son esprit, que de con* fondre la résurrection de Jésus-Christ avec cette foule de faits merveilleux répandus chez tous les penples du monde, dont on ne saurait prouver, ni Tori^ine, ni la vérité, quelque bien établis qu'ils paraissent dans la société civile ou religieuse : au lieu que, dans le foit qui sert de base à ta religion chrétienne, l'on n'avance rien qui ne soit attesté par des témoins irréfragables, rien dont on ne rende raison, rien qui soit audessus de la compréhension de l'esprit humain, rien qui ne cadre avec les perfections de Dieu h qui on l'attribue, rien qui ne confonde l'impiété, rien qui ne forme une foi éclairée.
« Entre ces faits, à qui, pour être aussi merveilleui que la résurrection et Tascension de Jésus-Christ, il ne manque que d'être vrais, l'on pourrait mettre à juste titre l'enlèvement et l'apothéose de Rouiulus. Les bits en sont assez ressemblants; l'in- Ouence qu'ils eurent chacun sur l'opinion, la conduite et le culte des fiomains et des
Chrétiens, fut è peu près la même. En faut-il davantage pour que les incrédules prenneni occasion de ce qu'il j a eu de fabutenx dans les uns pour révoquer en doute la vérité des autres? Bientôt ils ne manqueront pas de dire
2ue l'histoire de l'ascension de Jésus-Christ a té moulée sur celle de renlèvemntdeRomu* lus. L'aiBnité des termes des deux narrations pourrait y donner lieu. Mais quelle estrên>e différence n'y a-t-il pas dans 1 exposition, le narré, les auteurs, les témoins, les histo-riens et les sectateurs de l'histoire évangélique et ceux de l'histoire romaine, à l'avantac^e de la première sur ces deux articlest Dans la première, tout est simple, sans ombre d'art et d'ornement : dans la seconde, le tour, la diction, l'élocution, l'embellisse-' ment du style aident beaucoup au merveil** leux de la chose, et y sont Ibrt bien assortis. Dans la première, le fait y est donné pour vrai et assuré, sans le moindre doute : dans la seconde, c'est de perpétuels on dit, qu'on le ra[|porte,/f r^ur, aicHur.fama eH, Dans la première, il n'y a qu'une manière de raf>porter le fait essentiel, la résurrection même et l'ascension au ciel : dans la seconde, les historiens savent à peine à quoi s*en tenir sur la manière de l'enlèvement. Dans la pro"* mière, \qs premiers qui publient la chose de vive voix ou par écrit, le font Tannée, le mois et presque le même jour, de la date de l'événement : dans la seconde, c*est seu« lement sept ou huit siècles après l'événement, qu'on en fait mention dans les écrits publics. Dans la première, les historiens ne rapportent que ce qu'ils ont vu de leurs yeux, touché de leurs mains, et ouï de leurs Oreilles : dans la seconde, les historiens ne proposent que ce qu'ils ont tiré d'une tradition incertaine ou d'annales suspectes. Dans la première, les historiens ont 6 combattre, poor être crus, les préjugés, les passions de leurs auditeurs, et tout ce qu'a d'influence sur les esprits, h religion dominante, el ils persuadent : la seconde ne tend qu'à fiivoriser les préjugés de la religion dominante et de la nation, et elle a peine à se faire jour dans les esprits. Les témoins, les historiens, les partisans de la première se soutiennent dans leur narration jusqu'à la mort, au péril de tout ce qu'ils ont de plus cher, et au milieu des supplices: les )»artisans de la seconde l'ont publiée sans rien craindre de la part des hommes. La première est parfaitement assortie au reste de la vie de Jésus-Christ, et à l'idée qu'il avait donnée de lui-même : la seconde présente un contraste des plus étranges entre la conduite de Uomulus et sa prétendue destinée après sb mort. La première s'est conservée pure, sans altération, sans contradiction formelle, et ap|)uyôe de preuves, au travers de dix-sept ou de dix-huit siècles, et se soutiendra telle, selon toute apparence jusqu'au grand jour de la manifestation ae toutes choses, que la foi sera changée en vue : la seconde ne se soutient presque plus après quelques siècles malgré les appuis dout ou tâchait sans cesse de l'étayer,
et elle est enfin totalement tombée à ne plus s'en releirer. Que n*aurais-je pas encore à dire sur le caractère des historiens et des croyants de Tune et de Tautre, sur la convenance ou la disconvenance que l'une et l'autre peuvent avoir avec la gloire de Dieu et ses perfections, sur leur conformité ou leur dissonance avec les lumières de la raison» sur la nature des devoirs qu'elles nous engagent à remplir ? etc. Ce parallèle fait, pourrait-il encore avoir des gens assez idiots pour se laisser surprendre aux faibles traits de ressemblance aue Tincrédule fait remarquer entre la vérité et la fable?
« Mais que me servirait-il d'avoir prouvé la vérité de ce fait et de cinquante auifes, aussi merveilleux et aussi avérés que celui- Ihf si je n*en pouvais tirer aucune conséquence pour la vérité de la religion qui les réclame?
« Ne serait-il nos mieux Sen venir à de» raisonnements démonstratifs de celte vérité que dC entasser prodiges sur prodiges^ qui fas» cinent les yeiuc sans éclairer l'esprit? Que si fon ne peut ni l'éclairer ni le convaincre par cette voie , c'est en vain que l'on emploiera celle des faits^ y en eût-iCpar milliers et des
flus surprenants opérés par les partisans de erretîr
c C'est encore là un des sophismes de incrédulité, tout propre à en imposer, contre lequel il faut prémunir toute personne qui cherche la vérité de bonne foi. Une légère attention aux suppositions hasardées de l'incrédule» suffira pour dévoiler tout le sophisme.
c 11 suppose 1* que les faits donnés comme miraculeux, sont la plupart des tours de liasse-passe, de vrais prestiges. Mais l'on a fait voir ci-dessus que l'on ne pourrait, sans injustice, mettre les miracles de r£vangile dans ce rang, et qu'ils ont toute la certitude possible.
« il sup()Ose 2% sans aucune preuve, qu'il se peut faire de vrais miracles en faveur d'une fausse religion, tout comme en faveur de la véritable. Cependant l'idée seule du miracle s'y oppose; les perfections du Dieu de vérité ne sauraient le permettre, l'on n'en saurait citer d'exemple incontestable. C'est donc bfltir sur un fondement ruineux.
c 11 suppose 3", conlre l'expérience journalière, que le témoignage des sens, le rapport des yeux n'est jamais aussi sûr ni aussi évident que Test un raisonnement bien démontré. Cependant Ton pourrait en appeler è la bonne loi et au jugement de tout homme qui a ses sens bien disposés (et il y en a assurément plusieurs de cet ordre), s'il n'est pas aussi sûr de la réalité de ce qu'il touche, de ce qu'il voit, de ce qu'il mange, que de la vérité de quelque proposition que ce soit; s'il n'y en a pas même un grand nombre dont la démonstration le frappe et l'éclaire beaucoup moins que ne lait la réitération constante d'un même fait dans une expérience qui ne dépend que des sens.
c II est donc hors de doute que la preuve
des faits fondée sur le téûQOignage des sens, égale souvent et surpasse quelquefois, en évidence et en force, la demonstratioa la plus solide.
c 11 suppose b* que les Mis miraculeux, quoiaue bien prouvés, n'établissent d'autre vérité que la réalité du miracle en question, dont la certitude n'entratne après soi aucune autre conséquence : au lieu qu'une proposition démontrée, en éclairant l'esprit, sert de principe è d'autres vérités également certaines. Cependant il est sUr qu*uQ fait bien prouvé est souvent un principe fécond en conséquences, qui tirent toute leur évidence des preuves qui ont servi à bien éla* blir le fait. La résurrection de Jésus-Cbrisl, par exemple, une fois bien établie, il eoré* suite, par des conséquences aussi démontrées qu'aucun raisonnement puisse Télre, Sue Dieu a manifesté sa puissance en faveur e Jésus-Christ; que ce Jésus n'en a pas imposé au monde par sa doctrine et ses miracles; au*il avait été envoyé de Dieu pour le salut des hommes; que les Juifs ont eu tort de le faire mourir, etc.
« L'incrédule suppose enfin que ces mêmes vérités, que l'on infère d un miracle bien attesté, se démontreraient encore mieui par le raisonnement, et qu'il serait plus aisé d'éclairer l'esprit par un syllogisme, que de le convaincre par un miracle. Mais cette supposition n'est rien moins qu'évidente. Pour en juger, qu'il nous soit r*^rmis de renvoyer notre lecteur aux chapitres v, vi, VIII, X, de l'Evangile de saint Jean, où l'on voit quel fut le succès et des instructions et des miracles de Jésus-Christ. Ses instructions tendaient à prouver que lui, Jésus- Christ, était envoyé de Dieu; que sa missioa avait pour but de retirer les hommes de leurs désordres ; qu'en ajoutant foi à ses paroles et obéissant à ses préceptes, ils se rendraient agréables h Dieu et se procureraient un bonheur éternel. Rien de plus fort que tous ses raisonnements sur ce chapitre, pour qui aurait voulu les entend.'e. Cependant quelle impression firent-ils sur les esprits? Presque tous, plusieurs même de ses disciples, en furent scandalisés, parce qu'ils n'en pénétraient pas le véritable sens. Au contraire, fait-il en même temps des miracles? Tous, hormis les pharisiens entêlés, le regardent comme un prophète et le suivent. Les uns, après avoir entendu un de ses plus beaux discours, disent qu'il a le diable; les autres, sur ses miracles, concluent, avec plus de raison, qu*un démoniaaue ne saurait ouvrir les yeux d'un aveugle, ne exposition claire de la vérité triomphe souvent do l'erreur; mais si le miracle accompagne le discours, il lui donne une force à laquelle on ne saurait résister.
« Rien ne prouve mieux le pouroir qu'on a cru de tout temps attaché à celle force d'arguments, que l'abus qu'en ont isil les fourbes et les ânatiques pour obtenir, par de faux miracles, une créance qne Ton refusait à leurs discours. Les exemples en ^ont sans nombre dans l'histoire profane et
MORALE
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dans llijstoire erei^siastîqne, Jans les légendes et les fies des saints. L'Ecriture même en fournit. Mais gardez -vous biea )K)ur cela de déeréditer les vrais et d'en conclureqne ceux-ci sont inutiles pour établir la foî. Heureusement il y a des caractères Don équivoques qui distinguent les uns des autres, aux veux de celui qui voudra les eiaminer de près et raisonner, et qui obligent (|uelquefois Timposteur môme de dire : Cest ici le doigt de Dieu, auquel je ne puis atteindre. Tels sont les suivants que je tire des mêmes auteurs qu'a cités, sur ce sujet, Fabbé d'Houteville, dans son Traité de la religion ehréiienne prouvée par les faiis, liv. m, réponse à la 8* et 9* diiiiculté.
« 1. Dn miracle, pour être reconnu vrai et servir de confirmation à une vérité proposée, doit être un effet réel et visiblo qui, de Taveu général des hommes, surpasse de beaucoup les forces humaines.
c 2. Il doit être reçu pour tel, si celui qui lopère Ta su, l'a annoncé, et a témoigné Touioir l'opérer avant qu'il arrivât, sans qu'aucun art humain lui ait pu faire connaître l'événement, ni qu'il y ait été amené par des circonstances dont il fut le maître. « 3. Lorsqu'il n'y a aucune raison tirée de la nature de l'effet produit ou de la doctrine l laquelle il sert d'appui, qui engage à l'attribuer è une cause moins puissante que Dieu agissant médiatement ou immédiatement
<« i. Si l'on j aperçoit manifestement un but digne de Dieu ou qui se rapporte è sa gloire, et que l'on y emploie des moyens |H)ur le^fQiluire qui aient quelque ressemblMce avec d'autres actes connus de la Divinité.
1 5. Siceloi qui fait le miracle témoigne ouvertement ou par sa conduite que ce n'est point par sa propre puissance qu'il le fait, mais par la puissance de Dieu, et si l'on n'a aucune bonne raison de reieter son témoigna;;e ft cet égard.
«6. S'il est confirmé par un grand nombre d'autres miracles, où Ton aura reconnu un 00 plusieurs des caractères ci-dessus et qu'il se soutienne dans ses effets; ou s'il a été opéré par des personnes qui, outre le pouvoir de fiiire de tels miracles, soient visiblement revêtues de quelques dons extraordinaires de prophétie, de connaissance et de vertu.
t Enfin la doctrine en faveur de laauelle se fait le miracle doit être telle qu'elle ne répugne ni aux pures lumières de la raison, ni aux devoirs connus de la religion naturelle, ni aux déclarations expresses de la Divinité dont on réclame le pouvoir dans le njiracle opéré, ni au culte qui lui est dû.
« C'est a de tels caractères que toute personne raisonnable reconnaîtra touiours pour vrais les miracles de Moïse, de Jésus-Christ et Je seê apôtres, et qu'il lui sera facile de juger des autres... y
MORALE. — H. Tabbé Bidard , dans une longue série d*articles publiés par VUniver- Bité catholique t a critiqué, avec une grande
force de logique, tous les faux systèmes sur les fondements de la morale. En appréciant, dans les Annales de philosophie chrétienne^ le livredeM.Jules Simoh sur /fderotr^ilaeu occasion d'établir la vérité sur cette importante question. 11 montred'abord, dans plusieursarticles, que la théorie de M. Simon est fausse, qu'elle est incomplète, qu'elle conduit à la négation des devoirs religieux et de^ devoirs de l'homme envers soi-même, et au rejet des devoirs de charité; ou en transformant ces derniers devoirs en devoirs de justice, qu'elle mène au plus vaste socialisme; enfin, qu'en détruisant le conseil, elle écrase l'homme sous un joug insupportable. Dans un cinquième article (mai 1855} M. Bidard défend contre M. Simon les conclusions de Vécole théologique sur la base de la morale Nous allons résumer sa lumineuse argumentation.
« Nous diviserons en trois classes, » dit M. Simon, « les philosophes qui se ratla* chent au système théologique, savoir : ceux qui font dépendre les lois lie la morale de la volonté t'ndt/^i^rfn/0 de Dieu, ce qui revient à dire que, si Dieu l'avait voulu, le bien serait le mal, et le mal serait le bien; ceux qui font dépendre les lois morales de la nature de JHeut et les mystiques, »
Sans doute, M. Simon a raison de blAmer les philosophes de la première classe; mais il se trompe ici encore en croyant que tous les préceptes de la loi morale dépendent de la nature immuable de Dieu, et que le culte seulement dépend de sa volonté libre; car il y a des préceptes naturels secondai res» qtti sont subordonnés è des faits dépendant de la libre volonté de Dieu.
Quant aux seconds, ila ont raison en principe, dit M. Simon, mais l'incompréhensibilité divine empêche que nous puissions expliquer les lois morales piar la nature de Dieu. — Raisonnement détestable. Vincom^ préhensibilité divine peut empêcher qi^e la nature de Dieu soit le livre où nous lirons les lois morales, mais elle n'emuêche pas que la nature de Dieu soit le fondement de ces lois. Donc M. Simon, pour être conséquent, devait mettre le principe de l'obligation morale dans la nature de Dieu, comme ces philosophes qu'il avoue avoir raison en principe ; et non dans le droit humain» dans l'idée abstraite de la justice. D'ailleurs, l'incompréhensibitité divine n'empêche nullement de déduire de la nature de Dieu les devoirs naturels: il est facile de s'en convaincre en parcourant l'un af)rès l'autre les principaux des devoirs envers Dieu, des devoirs envers son prochain^ des devoirs envers soi-même. Cependant M. Simon a tort de croire que les philosophes dont il parle mettent la base de la morale dans la nature de Dieu; ils la mettent dans la volonté néces* saire de Dieu, ce qui est différent. « Sans doute, la raison du caractère de nécessité dans la divine volonté est la nature même de Dieu; mais autre chose est le metif du commandement on de la loi, autre chose est la loi elle-même ou le cominaudement... La