‹ Dictionnaire du parallèle entre diverses doctrines philosophiques et religieuses, d'une part et la foi catholique de l'autreChapitre 55 sur 87 · DOS · texte numérisé non relu

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DICTIONNAIRE DU PARAIXELE.

natare ditine, $ans le eommandemeni divin^ ne serait pour nous qu'une nécessité et non une loi morale. Mais qous prétendons que la volonté divine, que le préeepte divin, for* mel^ exprif^ est le ieul^ Punique principe de la loi morale^ qu'il suffit, et que lui seul suf*fil pour expliquer Tobligatiou. Nous avouons bien volontiers que pour counattre la volonté de Dieu, il faudra s'appuyer sur ce que l'on connaît de la nature de Dieu, sur la ronsidération de Tordre de l'univers ou de l'essence des choses, ce qui seul ne suffirait l»as sans une loi extérieure promulguée... Ce oui a égaré M. Simon, c'est <]u*il n'a pas su distinguer le principe de l'obligation, le mon/ de Ta loi et sa raison, le signe ou çnterium^ ou, |)Our emprunter son expression, la formule du devoir, c'est-à-dire le principe général d'où peuvent se déduire les devoirs particuliers de l'homme (c'est l'essence des choses qui résume les devoirs) : trois choses pourtant |irofondément différentes, et qu'une analyse superficielle a presque toujours négligées. » (Voy. Eludes sur les fondements delà morale^ Introduction, dans V Université tatholique, 2* série, t. XV, p. Ui à VU.)

Après avoir montré que« sous le nom de 9nystiques^ M. Simon confond les éléments les plus hétérogènes, M. Bidard lui reproche de se contredire doublement en revenant è la m^ure de Dieu comme luise du de» Toir,sou8 prétexte que \à justice se confond avec Dieu, comme s'il n'en était pas do même de tous les attributs divins, qui ne sont pas, pour cela, base de la morale. {Yoy.f sur ce sujet, l'art. Ensbioiibiibkt ( 7.)

La même question a éié traitée avec succès par M.Laforèt, professeur à l'Université naibolique de Louvain, dans un ouvrage in^ titulé : Principes philosophiqnes de ta mo^ raie. Nous suivrons, pour le faire connaître, l'excellente analyse qu'en donne la Mevne catholique de Louvain (mars 1852).

« La philosophie morale, selon M. Laforêl« n'a pas pour but la découverte des vérités morales; l'homme les tient de la liouté de Dieu avant de s'en être mis en quête par U philosophie, qui ne les lui fournirait que fort incomplètes et tout h fiiit inefficaces pour te bien. La philosophie morale a un rôle

(ilus modeste, mais non point dénué d'utiité et de grandeur. Répondant k ce besoin -tfe se rendre compte que tout homme porte en soi, elle recherche le principe suprême q%i domine tout f ordre moral; elle classe méthodiquement les idées particulières d»pnt cet ordre se compose, et montre comment toutes ces idées se raliachent au principe «upréme.Ce principe suprême, c'est Dieu, c'o&tà-dire le oien absolu, et la morale u^est autre chose a ue la science du bien gouvernant le libre arbitre créé et le conduisant à sa fin ou au bonheur Comment le bien devientil la règle de la volonté créée? De quelle manière la raison conçoit-elle que le bien se mette en rapport avec la volonté ^«jur devenir sa règle? Dans les développements féconds et lumineux que l'auteur a donnés à la solution de cette question, nous trouvons

un exemple de la manière dont il sait re». dre simples et accessibles h toutes lesintetlU

f^eoces les spéculations les plus élevées de a métaphysique. Remontant au prtodf« d« toutes cnoses, il nous fait voir eomaieot ti loi morale, avec ses préceptes divers, a u source dans l'unité de l'Etre divin, teilemem qu'il suffit de nous montrer dans ses perfdottons cet être des êtres, pour que nous j apercevions, dans leur réalité étemelle, toutes les vérités morales particulières qui, rattachées à leur principe, fomii^m U loi morale dans toute sa compréhension. Eirt infiniment parfait, souverainement intelii* gible et intelligent. Dieu se conndtet,en se connaissant, il s'aime nécessatremtoi, car il est la perfection souveraine, et il aiae nécessairement ce qui est parfait. Bd oottemplant son essence infinie. Dieu la connaît en tant que les perfections qu'elle renfenne

S eu vent être imitées, représentées à oaeiii* nité de degrés divers. Cette Toe de Diet (>ar launelle il conçoit ses perfections comiae imitables, suivant tel ou tel ordre, c'est c« qui constitue les idées des ctioses on la possibles. La connaissance des possibles ot inséparable de la connaissance que Dieo a de sa propre nature ; en oonceTaot des êtm comme possibles, il conçoit néoessaireoeot des rapports inhérents à leur naturet c*esi* à«dire, une destinée, une fin* et des mcjeas de l'atteindre. Mais ce n'est pas assex, iiour

Krvenir à la notion de la loi, de oc»nsiiérer I possibles dans l'entendemeot divin; i< loi impliquant le commandement qui est oa acte de la volonté, il faut encore coosidértr les possibles dans leur rapport avec la volonté divine. Dieu, en se considérant, s'aioM et se veut nécessairement; en considénat les ^)ossibles, il les aime ou les veut aver l| la même nécessité en tant que possitiles, cm il aime nécessairement sa nature et sts perfections. La volonté divine étant le booeo soi, tout ce qu*elle aime participe néces>j> reroent de sa bonté, et les possibles, en uot qu'aimés ou voulus de Dieu, nous appanu' sent comme bons; ils se révèlent donc t nous comiue vrais et comme bons tout hh semble, parce qu'ils sont tout k la fois leipression de l'intelligence et de la volooté divines. Le monde, en tant que conçu et nmé de toute éternité par Dieu, est dune im et bon tout ensemble. Que les êtres coo^ui comme possibles soient appelés k rexi^eu(«. ils seront vrais et bons, car ils seront de tout point conformes k l'intelligence et à la iotonte divines, et ils demeureront dans If or vérité et dans leur bonté aussi longteoifi» qu'ils seront conformes au plan divin. Four être dans le bien, l'homme créé libre iion donc se conformer rigoureusement i et plan divin, maintenir les rapports que D.ru a établis entre les êtres, reproduire en qurt* que sorte, par sa libre détermination, l'uruvie divine, faire ce que Dieu fait» voii'^r ce que Dieu veut, sinon il s'écartera de i'urdre, (lu bien, et fera le mal.

c En se révélant à Tesprit humain es tant que vérité, Dieu ne bit pointa llio.^*

MORALE

me de cononandemeDl : car fintelligence, prise en 90i, et séparée de la volonté, n*esl |K>ini libre de ne pas voir la vérité. Mais en se révélant à la volonté boroaine comme le bien absolu. Dieu donne à Tbomme un précepte, et lui ordonne de s'y conformer, avec promesie de récompense s*il obéit, et menace dt^ châtiment s*ii n*obéit pas. Le hieii, en s'imposant ainsi i )a volonté» prend le nom de loi morale. Cette loi en tant que règle actuelle de la volonté créée, n*a pas toujours existé ; elle n*existe avec ce carac* ièreque depuis !a création des esprits finis et libres. Mais, comme de toute éternité Dieu conçoit Thomme avec les rapports inhérents k sa nature, et que de toute éieruiié il le conçoit comme obligé de maintenir ces rapports, il est évident que, de toute éternité, la loi morale existe dans l'ordre idéal; seulement, par la création, la loi passe dans Tordre réel, et bien qu*en elle-ipêroe elle demeure toujours en dehors du temps, elle se trouve mise en rapport avec un terme qui est dans le temps. Cette loi éteraelie, modèle de toutes les lois qui {teuvent s'adresser à la volonté humaine, n'est point seulement une abstraction qui n aurait d'existence que dans la pensée humaine ; elle est concrète, vivante, personnelle ; elle est la vie suprême, la personnalité souveraine et absolue; elle peut être définie : le bien se posant en iace de la volonté créée, lui commandant avec nne autorité souveraine de se conformer k lui, et réclamant de sa part une ot)éi8sance •litière.

« Après nous avoir ainsi conduits par nne série dtt déductions, naissant sans effort les unes des autres, des priucipes les plus élevés de l'ordre métapnysi(]ue k la «>nception toute pratique de la loi morale, Tautear s'attache k déterminer les caractères de cette loi, caractères qui ne sont que le développement des notions établies plus haut sur le bien absolu et sur la manière dont il s'impose comme (trécepte h la volonté libre de l'homme. Vient ensuite la réfutation klafois concise et péremptoire de tous les faux systèmes sur la philosophie morale, depuis la doctrine de Tégoîsme de Hobbes jusqu'au {lanthéisme des disci- Wes de M. Cousin.

« Eu traitant de la loi morale et du devoir qui en découle nécessairement, M. Laforèt se trouvait amené par son sujet k parler du droit, corrélatif obligé du devoir, et k poser ainsi sommairement les princi-

EKs premiers de la philosophie du droit. ftns cette question de l'origine du droit, «n général si mal comprise par les auteurs qui ont traité du droit naturel, M. Lafofèt introduit une distinction de la pins haute importance, entre le droit et le devoir ab* ||olu d'un côté, et le droit et le devoir relatifs de Taotre. Considéré d'une manière géné- ^le et abstraite, U droit absolu sst celui ^i a en loî io roûoA d'élrif tl qui n'est potui

limiié par des droits différents. Un droit semblable ne peut résider qu'en Dieu, qui seul a en soi >a raison d'être; aussi^ considéré d'une manière concrète, n*e6t-il autre chose aue /e pouvoir souverain et illimité en soi de Dieu sur les créatures. La loi morale n'est que l'exercice de ce pouvoir : c'est la volonté absolue de Dieu commandant à l'homme. Le droit absolu en s'exerçant engendre le devoir absolu dans les esprits créés, c'esl-k-dire le devoir dans son expression la plus pure et sans droit qui y corresponde; car, de même que Dieu a sur les créatures des droits sans devoirs* ainsi les esprits créés ont envers lui des devoirs sans droits. On voit donc au'k prendre les choses d'une manière générale et absolue, le droit est antérieur au devoir* comme Dieu est antérieur k la créature libi«e« Mais dans la sphère des existences créées^ dans Tordre relatif et contingent, le devoir préexiste au droit. En effet, dès que l'homme est créé, il est, en vertu de sa créatioA môme, soumis au Créateur, et lié par le devoir absolu. Le devoir absolu est l'ori-

f;ine de tous les devoirs relatifs; tous oni eur source dans cette loi morale, éternelle, vivante, qui n'est autre que Dieu même, et qui impose k l'homme le devoir absolu de respecter Tordre, lequel embrasse tous les devoirs des hommes entre eux. Aux devoirs relatifs correspondent des droits éga* lement relatif^. Ces droits n'ont pas leur raison d'être en eux-mêmes; je n'ai des droits vis-k-vis de mes semblables que |)arce que la loi par excellence, la loi morale, impose k ceux-ci des devoirs envers moi; la source de mes droits est donc dans le devoir absolu de Thomme k l'égard de Dieu, et en dernière analyse, dans le droit iibsolu de Dieu sur Thomme, puisque c'est de ce droit absolu que tout devoir procède. Ainsi supprimez le droit de Dieu, et tout cet eu* semble de droits 'et de devoirs qui constituent Tordre social s'écroule comme un édifice sans base (69). — Les fondements de la morale étant ainsi établis par le développement des notions de loi et de devoir, il restait k l'auteur k s'occuper du sujet dans lequel le devoir est ensendré, c*estk-dire de Thomme en tant qu il est lié par la lui morale. Les moyens par lesquels l'homme parvient k la connaissance «te la loi morale, Tinfluence des affections sur la volonté, la nature et le r6le du libre arbitre, le mérite ou le démérite qui sont la conséquence de l'accomplissement ou de la transgression libre de la loi, les caractères de la vertu et du vice, enfin la nécessité d'une sanction pour la loi morale; toutes ces questions, traitées par l'auteur avec un' égal talent, nous conduisent k cette conclusion, qui nous fait retrouver au terme de Touvrage Tunité qui s'y révélait dès les premières pages : La pleine et irrévocable possession de Dieu, voilk le terme des actes moralement bons. Ainsi la mo-

(W) M. Urorèc empronte ces idée» à Gioberti. (lotroduiîone, cbap. 5.) DiCTIOVM. DU PknàixktM.

DICTIONNMUE Dlî PARALLELE.

raie se tornrïne à Dieu comme elle eommence par lui ; il en est Talpha et Toméga, le principe et la fin. i»

La Revue termine en louant la manière dont M. Laforôr. h propos de la connaissance de la loi morale, traite la question des idées innées et de Porigine de nos connaissances.

£n mars 18S6, la Revue expose la seconde partie de la philosophie morale de M. La- ^orAt ; cette partie est pratique, et embrasse les devoirs de l'homme envers Dieu, envers soi-même et envers ses semblables.

Citons ce que dit la Revue sur les devoirs envers soi-même.

« M. Hautain condamne absolument cette dénomination comme contraire à Tesprit chrélien, et même au bon sens. L'homme, dit-il, n'a rien de lui, il a tout reçu, et ainsi il ne peut rien se devoir; en outre, tout devoir entraîne une obligation, et nul ne peut s'obliger envers soi-même. On voit que M. Bautain rejette cette dénomination de devoirs envers soi, parce qu'il entend par là des devoirs dont l'homme serait lui-même le principe.

« Kaiit observe i son tour que le concept de devoirs envers soi semble renfermer une contradiction. A son point de vue il a raison. Le philosophe allemand identifie la loi avec la volonté créée, dont il proclame l'autonomie; or, dè§ qu'on place le princi()e du devoir dans la raison de l'homme iui-mên)e, il n'est pas aisé de comprendre qu'il puisse être lié par des devoirs envers soi. (Nous avouons ne pas comprendre comment le système de Kant renct moins faciles k comprendre les devoirs envers soi-même aue les autres devoirs; la Revue nous paraît ici se tromper. )

« Lassertion de Kant tombe devant la réfutation de sa théorie générale, laquelle une fois renversée, entraîne dans sa chute toutes les idées gui en découlent. Quant à J'écrivain français, il n'a pas vu qu'il s'agit ici de devoirs dont nous sommes nousmêmes l'objet direct et immédiat, et point du tout de devoirs dont nous serions le principe. Le professeur belge a mieux saisi la question ; tous les i)oints qui s'y rattachent sont chez lui traités de main de maître. «

Quant aux devoirs envers nos semblables, ils se divisent en trois classes.

« La famille, le premier état de l'homme, repose sur le mariage. Aussi M. Laforêt expose d'abord ses idées sur la nature du mariage, puis il analyse rapidement les obligations et les droits réciproques de chaque membre de la société domestique.

« La famille est le fondement de la socU'ié publique. Nous tronvons sur la société publique plusieurs questions, pleines de gravité et d'intérêt, concernant le pouvoir en général et ses rapports avec les subordonnés. Quel est le fondement du pouvoir? Son mode de communication? Quels sont les droits et les devoirs réciproques du pouvoir et des sujets î Oà s'arrêtent les

limites naturelles de robéissancet Voilà autant de points bien graves, qui ont été fortement agités de nos jours, lis sont résolus, dans la philosophie morale du professeur de Louvaiu, avec autant de fermeté que de prudence.

« Laissons ce qui concerne les devoirs de l'homme envers sa patrie et les rapports des Etats entre eux, ou le droU des gens^ pour arriver tout de suite aux devoirs généraux envers nos semblables. Ces devoirs sont renfermés dans la justice et la charité

^ Un dernier point reste à examiner. Comment Phomme est-il mis en rapport pratique avec les prescriptions particulières qui engendrent les différents devoirs dont nous avons parlé? Par la conscience et par l'arbitre ou la libre volonté. L*autear examine donc tes questions générales que soulève l'étude de la conscience morale et de l'arbitre considéré en action. Il consacre ensuite un chapitre aux vertus et aux vices, et il termine en rappelant le résultat suprême el définitif de la morale pour l'homme. »

Le même article résume ainsi ce que dit H. Laforêt sur les divers systèmes erronés relatifs à la loi morale.

« 1* La morale de Vintérit^ le système égoïste^ ou encore tuiililarisme^ prétend que rien de sa nature n'est bien ou mal, mais que le bien c'est ce qui est utile, le mal o*est ce qui est nuisible. L'utile est donc la règle suprême de la bonté ou de la malice de nos actes libres. Voilà le principe; les partisans de cette théorie ne diffèrent entre eux que dans la manière de l'appliquer.

c Parmi les anciens, Aristippe et Epicare doivent être rangés au nombre des priactpaux représentants de cette morale d^radante, que Lucrèce osa célébrer dans un Ions poème, et dont Horace s accommodait si facilement. Sur la fin du xvi* siècle, T. Hobbes l'a développée avec uue rigueur de logique qui fait plus d'honneur a son intelligence qu'à son cœur. Elle prévalut en France dans l'école incrédule du xvm* siècle; HeJvétius se chargea d'en formuler les principes, que l'école voliairienne s'empressa généralement d'adopter, et que Saint- Lambert et Volney ont essayé de rendre populaires au moyen de différentes publications. De nos jours, un célèbre légiste anglais, Benlham, a transporté la même théoriesur le terrain du droit civil, et eo France Destutt-Tracy l'introduisit dans la politique. Elle se retrouve également au fond des idées de presque tous les socialistes contemporains.

« La philosophie ignoble à laquelle le nom d'Ëpicure esi demeuré attaché, n^ supporte pas l'examen, et les principes émis antérieurement, c'est-à-dire I existence nécessaire d'une loi morale, immuable, absolue, la réfutent de la manière la plus péremploire.

tt 2" Les principaux représentants du sv5-

MORALE

lème êintimtntttt ou de la morale du sentiment «pparlienneiit aux Iles Britanniques. lU rompent ouyerlement avec Técoie matérialiste dont nous venons de parler, et mettent une différence essentielle entre le bien et le mal; seulement ils se trompent quand il s'agit de déterminer le fondement ou la règle de cette distinction. Cette rè* gle, selon eux, n*est autre que le sentiment ou la sensibilité de Tâme, qu'ils appellent tantôt teni morale comme François UuUheson, et tantôt iympalhiCf avec Adam Smith.

i Les fauteurs de cette doctrine, et ce fait eit de nature à surprendre, n*ont pas vu que le sentiment n*a aucun des caractères que Ton doit nécessairement attribuer à la loi morale ; ils n'ont pas remaraué davan* lage que leur théorie confond l'effet avec la cause, et que la sj^mpathie, par exemple, suit la bonté de l'acte^ mais ne la précède nullement.

c 3* Emmanuel Kant, l'un des plus profonds moralistes des temps modernes, est le père do système rationaliêie ou de la iKorole absiraite. Le philosophe allemand proclame que la loi est absolue, nécessaire, iinnjtiHble, universelle. Elle s*impose d'après lui, A la volonté créée, à titre d'impé^ ratif caiégarique, ou^ en d'autres mots, elle lui commande avec une autorité souveraine ei sans limites.

« Jusque-là tout est pour le mieux; mais celte loi, oft réside-t-elle ? Voilà l'écueil où vient échouer l'illustre moraliste de fœnlKsbers.

I Pour Kant, la loi morale est tout à fait distincte de Dieu. Elle réside dans la raison bumaine, et s'identifie avec elle; elle oest qu'une simple /brute de la volonté, ^ns réalité propre, en dehors du sujet quelle informe. Ces principes de l'auteur sur la loi morale ne sont qu'uue application rigoureuse de la doctrine générale qu ii professe en métaphysique....

« Li fausseté de cette théorie est fraprsnte. Si la loi ne se distingue pas de la raison humaine, ou bien elle lui est réel- Irmentidentique^ ou elle n'est qu'une pure abstraction, dénuée de toute réalité. Dans ce second cas, elle n'existe pas, ce n'est 4u*une chimère. Dans le premier cas, c'est u>ut simplement le panthéisme. Car la loi, ^lon Kant, est nécessaire, absolue, immuable; par conséquent l'esprit humain qui s'identifie avec elle, doit revêtir les mêmes caractères, et se trouver ainsi totalement divinisé.

« La morale abstraite, sous une forme plus f^u moins prononcée, est la doctrine généralement reçue chez les rationalistes français. M. Cousin, leur chef, semble regarder la lui morale *comme douée d'une valeur propre, comme subsistant abstraction faite du dogme de l'eiistencede Dieu. Plusieurs ^ ses disciples affirment cette intlépen- «iance absolue de Tordre moral. Jouffroy, 'a plus forte intelligence de cette école, D/ace 7e fondement de la loi morale dans

l'ordre universel de la création, c'est4-dire dans l'ensemble des tins des êtres créés. Cet ordre est absolu, selon lui, obligeant par lui-même et indépendamment de Dieu.

« Celte doctrine en général est insoutenable, et quant à la théorie particnlière de Jouffroj, c'est tout bonnement une contradiction. Le philosophe français place le fondement de la loi morale dans l'ordre universel créé, qui est évidemment quelque chose de relatif et de contingent. Cependant il ose le dire absolu, il ose afiirnier que c'est une loi qui se légitime par elle-même, et n'a besoin, pour se faire respecter, d'invoquer rien qui lui soie antérieur ou supérieur.

« k* Un (luatrième système fait dériver la loi morale de la libre volonté de Dieu. Il prétend que toute ghose est bonne parce qne Dieu l'a voulu ainsi librement, et S|u'ii eût pu le vouloir d'une n>anière diférente. Il serait sujperflu d'observer que c'est là faire Dieu changeant, et par suite le détruire.

« 5* Dans le panthéisme, il ne saurait être sérieusement ({uestion de la loi morale. En effet, l'existence d'une loi quelconque est-elle possible dans un système dont le dogme fondamental consiste k n'admettre qu'une seule substance, è ne pas reconnaître de Dieu créateur, ni personnel, et k regarder l'homme comme une modification de l'être universel, qui lui-même agit et se développe fatalement. »

M. l'abbé Bautain a publié un livre intitulé : La morale de V Evangile comparée aux divers systèmes de morale. — Leçons faites à la faculté de théologie^ en Sorbonne^ pour servir d'introduction au Cours de théologie morale. Tâchons de donner, en Quelques mots, une idée de cet ouvrage. «La vraie morale, » dit M. Bautain, « est celle qui apprend le mieux à Thomme à contenir son égoïsme, è le dompter, pour faire de sa volonté l'instrument libre et intelligent de la iusiice et du bien, par l'équité d'abord, par le respect de la loi, -puis par le dévouement et la cWité.» Voilà l'idéal de la morale, tel qu'il ressort du bon sens et du consentement unanime: voilà le critérium^ la pierre de touche qui peut servir à juger tous les systèmes. Or, dit la Bibliographie catholi^ que, dans une analyse dont nous empruntons un fragment, «ni la morale du sensualisme appliqué par Epicure à la vie privée, et par Uobbes à la vie sociale; ni la morale du sentiment, suivant les théories de Hutcheson*, de Shaftesbury, d'Adam Smith et de J.-J. Rousseau; ni la morale du faux mysticisme, représenté par Molinos, le P. Lacombe, Mme Guyon ; ni celle de l'intérêt, qui manque de biase, d'autoritéf de force et de sanction; ni celle du rationalisme, souveraineté de la raison, quia pour principe l'orgueil et pour fin la déification de l'homme; ni celle du platonisme, la plus rapprochée du christianisme, mais qui, en comprenant la justice, n'a pu s'élever jusqu*à la charité, et laisse deviner et désirer quelque chose dé

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plos parfait; ni la morale du scepticisme» qui Toit partout Terreur, oa de l'éclectisme, qui YOit partout quelque fragment, quelque pflrcelle de la vérité ; ni la morale du |mnthéisme, qui conduit précisément à la négation de toute moralité par cela même qu au fait elle n'a plus de droit à opposer, et que pour elle tout est bien parce que cela est : aucune de ces doctrines ne répond au principe fondnmental et à la mesure établie pour point de départ et de comparaison. Reste le christianisme. C'est toute une philosophie, mais une philosophie bien antre, de Dieu, de l'homme et de la nature. Plus d*obscurités ou d'incertitudes avec elle; de quelaue part qu'on l'envisage, elle est adéquate à l'idée de la morale. Elle restreint l'égoïsme par la justice négative, elleaccomplit pleinement la justice positive, elle enseigne à Thomme h dévouer toute sa personne a la réalisation du bien, ^ se faire librement Tinstrument du souverain bien ou de la volonté divine par l'amour. Il y a quatre conditions de la vraie morale; elle les accomplit pleinement. l*Elle nous fait connaître ce qui est juste ou injnsie, le bien et le maU et par conséquent tous nos devoirs; 2* outre les motifs naturels de vouloir la jusiice et le bien, qu'elle approuve et emploie, elle y excite encore la volonté par la foi» la confiance et l'amour; S* elle fournit la force de faire le bien, et cela par l'exemple de Jésus-Christ, par l'exhortation la plus ardente, la plus persévérante, la plus multipliée ; par la commnni«cation de la vertu même de Dieu ou de la grâce; i* enfin elle se fait toute à tous; elle a des enseignements, des remèdes et des consolations pour tous les hommes de tour tes les conditions et de toutes les situations. Les avantages particuliers qu'on a pu cons* uter daMies systèmes humains se retrou^ vent tous en elle au plus haut degré, et ainsi elle est le seul éclectisme véritable. « Donc la morale de l'Evangile, qui a réalisé l'idée de la vraie morale et qui en accomplit toutes les conditions, l'emporte hautement sur tous les systèmes de morale qui ont eu cours

Crmi les hommes, et par conséquent, tous I hommes doivent Tadopter et la pratiquer (p. 833).» Donc aussi, dirons-nous h notre lour, la foi seule a pu apporter sur la terre la vraie et parfaite morale ; donc sans la foi il n'y a point de morale parfaite et vraie. » Balmès réfute ainsi, dans ses LeUre» à un êc€ptique{p. 259 de la traduction de M. l'abbé Bareille), une objection qui consiste à dire que la morale chrétienne devrait, en con* damnant une action, en permettre au moins le désir, ne fût-ce que par prudence, et i»our donner une issue aux passions afin d*éviter une explosion : «Vous aOirmez sans hésiter que la loi, qui s'étend au désir, est empreinte d'une sorte de cruauté ; et vous ne voua apercevez pas que c'est à votre système seul qu'on peut, avec raison, adresser ce reproche, car il a naturellement pour effet d inUiger à chaque homme le supplice de Tantale, en faisant, pour ainsi dire, paster, sous ses lèvres desséchées par la soif,

des eaux fraîches et limpiiles aaiqoell«« ne lui permet pas de toucher. Piseibm, mon cher ami, ces observations, et toqs dfmeurerez convaincu que votre morale senii est entachée de dureté, et non celle de rpvangile; vous verrez que, sons une ap|4> rence de condescendance et de douceor, H'^ principes mettraient le cœur humain à i torture, et que, par une sage et pro«lfnif rigueur, l'Evangile procure aux âmes %ertQr«. ses un détachement plein de calme et c« suavité. L'homme nui sait qu'il ne toi ni pas permis de s arrêter k une ptn^ mauvaise, la repousse dès le preoier Bornent arec force et générosité : il ne pereit [>as, de la sorte, que la passion s'eùllf f^ 'aveugle ; celui au contraire oui ne Tenu. le mal uue dans l'exécution se laissenit »• traînera toutes les i ncii nations de la oalniv, se persuadant aisément k lui-même qsi saura poser ooe limite entre le désir qui k séduit et Pacte qui lui est défendu. Miii est-il besoin de le dire ? Quand les oéne^ idées et les mêmes sentiments absorbent !« facultés d'une âme,oette Aine abdique pra i

Ceu les prérogatives de m royauté; elle oos ient6tulusmaltres6ed'elle^)6me:elleitm s'être dit qu'elle ne franchirait jamus ^ bornes du devoir, elle ne i^eut plus^ool^ nir dans ces bornes des passions qui joub« sent déjà d'une certaine liberté; ûnt^kiu révolte ne tarde pas à punir de lâcbesœscessions.

« Une différence capitale existe, sosi It rapport moral, entre la religion chrétieooe et les différentes philosopbies qui raUaqaot: la reliffion pose en principe qu'il faot attaquer les passions h leur naissance, inr ii raison qu il est plus difficile de les soiusetin et de les diriger quand on les a laissées pur dir et dominer dans une âme; les pbil(>Mr phiea, au contraire, ont pour doctrioe a permettre aux passions, dont les teoduK» sont même les plus dangereuses, deseot* velopper jusqu à un certain point où e-^et

E rétendent les arrêter. Et, chose remsNo^ le, une semblable théorie est professa f« des hommes qui n'ont d'autres moyeas |«tf agir sur le cœur que des discours poBi^t. des paroles vaines et stérile.^, coooe il n aisé de s'enconvaincre touies les fois qaeU philosophie entre en lutte avec une fiii^ quelque peu enracinée;tandisqoela relip^< suit une méthode opposée, elle qui dt^rof de tant de moyens pour agir sur respniit le cœur, pour soumettre rbomme k soo (»« pire. C'est que la religion a appris, de Tis^ piration même qui la fonda» c'est-tHl.rt d'une inspiration divine, k prévenir les' pour n'avoir pas k le guérir, k le com^' quand il est encore faible, pour D*avo«r {«* k le comltattre quand il est devenu p«i^^ et l'on sait toutefois quelle sublime lotte rc livre k cet éternel ennemi, même dans cr*' dernière hypothèse. Il n^appartenail fii ^ -^ débile pensée d*un être mortel dtUtv'^ d*at)ord un libre cours aux eaux déi»ckhie«-N jusqti'k ce qu'elles fussent parrenoe» *s point qu'elle leur a fixé d'avance, tsperai-i

MORALE

Ml

pooroirleur dire, elle aussi : Vous irez jos- (jiie-là, et Ik vous briderez Torgueil de vos

ibis. *

M.Tabbé Bensa,daus VUnivers du 26 sept.

1856, prouve combien se trompent les rationalistes qui s*iinag;inant que le droit absolu pour chacun de faire son dogme, n'entraîne pas l« droit également absolu de faire sa morale, afiirmeut que les grands principes de la morale sont trop clairs pour être révoqués en doute. Ce qui trompe ces rationalistes, c'est qu'ils s'imaginent que, sans la religion, les vérités de la morale auraient Tempire qu'elles ont aujourd'hui. H. Bensa combat celte fausse persuasion par un tableau de la morale du siècle le plus éclairé du paga*nisme, tableau emprunté à MM. Cantu et de Ciiampagnjr, et dont voici quelques traits.

« César avait dit en plein sénat qu'il n'j avait après la mort que le néant. Horace se promettait de ne pas périr entièrement, mais gi Ace k ses ouvrages seulement. — Sous les )>a(ais splendides s'ouvrent descavfsimmeo^ ses, aux voûtes basses, sans air ni lumière» où, le soir venu, le lorarius pousse k coupa de fouet les esclaves, hommes et femmes, ferme sur eux les grilles de fer, et les laisse k leur misère, k leurs blasphèmes, auxem* brassemenls du hasard, aGn que le maître puisse s*enivrer on sûreté, et s*endormir en paix sur les coussins de pourpre de Sidon. Les esclaves devenus vieux, ou atteints d'une maladie incurable, étaient portés dans l'Ile li'Esculape, sur le Tibre, et on les y laissait mourir sans secours. Le sévère Caton, luimême, avait établi une taxe pour les embrassements de ses esclaves. Celles-ci étaient^ obligées de se tenir en grand nombre, nues^ jusqu'k la ceinture, auprès de leur malresse, tandis qu'elle s'occupait de sa paure, chacune présidant k un détail de la oilette. La d^me avait k sa portée une ai- ;uille acérée, dont elle piquait ces malheu*^ *euses aux bras, au sein, pour la plus légère na<ivertance, ou quand tout leur talent ne 'Uifisail pas pour corriger les défauts de la lature, pour rendre l'éclat de la jeunesse i une beauté flétrie par l'Age ou par les ex- ■è>. Parfois la maltresse donne l'ordre k l'eslave préposé aux chAliments(/orartw#) de uspendre la coupable par les cheveux et le la fustiger. — Dans le laboratoire de Louste, l'on venait se pourvoir de philtres course faire aimer, de poison pouraccéléer un veuvage ou une succession, de bois* ons préparées pour ne pas concevoir. Pluar^ue nous dit : Dans chaque famille, il y a uaints exemples d'enfants, de mères, de emmes tuées; les fratricides sont sans nom* »re... En lisant les harangues de Cicérou, »o est moins étonné de la corruption qu'eles dévoilent que de l'etTronterie avec laluelle cette corruption se manifestait, et «le a longue impunité. Ce sont des belles-mèes se livrant k leurs gendres, et empoisonlaot leurs filles; ce sont des parents qui, ^H>ur e défaire de leurs cohéritiers, les tuent ou es font condamner. Kien de plus commun lie les amours incestueux et contre nature;

plus communes encore la prévarication des magistrats, l'infidélité des juges.>

H. Mflzure [Univen du 25 août 1858) distingue deux sortes d'épicuréisme : l'^picuréisme riant d'Horace et d'Anacréon; f'épicuréisme sérieux et désespéré de Byron, de Pline le naturaliste et de Lucrèce.' Ce dernier surtout représente Tépicuréisrae, comme Lucain le stoïcisme. Il chante en beaux vers oe matérialisme qui repose sur l'atomisme et TAtat sauvage primitif, quoique parfois il rende malgré fui de beaux témoignages k l'idée de Dieu. (L. v, v. 1,179 et suivants : admirable passage sur le tonnerre.) Les modernes matérialistes ont copié Lucrèce, sans guère vajouter.Le christianisme seul a renversé I épicuréisrae, en lui disant : /mpur, comme il a dit au stoïcisme : Crue/, t je suis veno,non pour étouffer les sentiments, mais pour les épurer et les consacrer. Seulement allez plus loin pour aimer. Ne vous arrêtez point, avec les fils d'Epicure, k la terre qui est le parvis de la création. »

M. Caro dit, dans sqs EluéUê morales ^ p. 132 :

« Peut-il y avoir une morale $ans convictions préalables, sans systèmes, sansdogmesT Nous ne le croyons f>as.... Je comprends la morale et ses prescriptions pour des êtres immatériels et libres, je ne comprends que la physique et ses lois pour des corps.... Et Dieu, pensez- vous qn*on puisse le négliger sans porter du même coup une atteinte mortelle a la morale? 8i je ne conçois pas un Etre infini dont la raison m'éclaire, je me demande où est le fondement de la justice. La loi morale n'est plus qu'une pure conception de ma pensée, conception toute relative, si elle no s'appuie que sur ma pensée relative elle-même, et si elle ne repose pas, en dehors de moi, sur une réalite absolue dont elle tire toute sa force et son autorité. S'il n'y a pas un souverain législateur, je nie la loi; s'il n'y a pas un souverain arcbi-" tecte de Tordre universel, je nie Tordre; s'il n'y a pas une raison suprême, règle immuable de la mienne, je rejette loin de mol, comme des chimères fatigantes, toutes ces prescriptions qui entravent mes désirs et qui étouffent ma liberté. Si je peux supposer un seul instant que Dieu n'existe pas, et que le ciel est vide, toute la morale s^écroule, elle n'a plus de raison d'être; elle n'a plus de sanction, elle n'a plus de fin. Je succombe sous la conspiration de la violence et de l'ini-^ quité : k qui me plaindre? Le Ciel est sourd k ma plainte comme k ma |>rière, et je meurs désespéré, maudissant la justice. Otez Dieu de ma raison, et du même coup vous ûterei k la victime toute consolation, k ro{)presseur toute crainte, k la vertu tout es[K>ir de récompense, k la loi toute moralité.... Sans Dieu, la morale n'est qu'une superstition^ sans TAme, elle est une pure contradiction k l'ordre, un désordre dans le monde réglé et fatal des phénomènes physiques.... S*aoste«* nir en pareille matière, *ce n'est pas nier» sans douta ; mais les conséquences sont près-

DlCTfONNAIRE DU PARALLELE.

qoe les mêmes : dans les deux cas, la morale manque de princi[ie et de fin. »

MYTHOLOGIE. —Nous croyons être utile à nos lecteurs en plaçant ici ta Préface bibliographique de Touvrage intitulé : Origine des dieuXf des héros^ des fables et des mystères du paganisme^ par If. Vabbé Th. Perrin. D*abord , on y trouvera quelques renseignements sur des écrivains que nous nous sommes borné à nommer; puis on aura une idée de ce qu'étaient, en 1837, les sources généralement consultées en France par les hommes studieux. Quant aux appréciations

3ue contient'cette Préface, ce que nous avons it dans Tlntroduction suiEt pour faire voir en quoi elles s'écartent de la vérité.

Nous reproduirons ensuite trois autres travaux fort importants qui n'auraient pu ti'ouver place dans le cadre d'aucun autre article.

Préface bibliographique. — « Le christianisme» en faisant son apparition sur la terre, a répandu la clarté au sein des ténèbres épaisses dont le monde était enveloppé deimis tant de siècles. En croulant au pied de la croix, le paganisme mit à nu toutes ses turpitudes, tous ses crimes; ses idoles, une fois tombées, ne présentèrent dans leurs ruines que de la pierre et du bois, et le voile du sanctuaire païen étant levé, on aperçut, non sans étonnement, dans ses mystères infAmes, quelques vestiges du culte le plus respectable. Sous ces ngures des faux dieux, on reconnut des traits vénérés; et, comparant le mensonge avec la vérité, on dut conclure, à certaines marques, que l'un s'était indignement paré du vêtement de l'autre. Les cléfenseurs et les soutiens de l'Eglise naissante relevèrent ce qui était à terre pour l'examiner; ils interrogèrent le passé, s'autorisèrent des aveux des poètes et des historiens anciens, et ils prouvèrent, pièces en mains, que le cuite des nations païennes n'était qu un composé de pillage, de vols audacieux faits aux traditions sa* crées. Forts de cette nouvelle position, qu'ils venaient de prendre, ils attaquèrent sans relâche l'édiQce chancelant de la fable, et finirent par lui enlever sa dernière pierre.

« Les Pères de l'Eglise qui se distinguèrent dans cette lutte glorieuse furent Théo* Ëbile d'Antioche, Tatien, Arnobe, Lactance, lusèbe de Césarée, saint Augustin, et beaucoup d'autres encore. Après eux, lorsque la religion de Jésus eut consolidé ses bases, et qu*eile eut acquis la vénération des peu*

1)les, on tâcha d'oublier les contes absurdes, es folies du paganisme, et Ton s'inquiéta peu de ce qu'avait été la fable, et d'où elle avait puisé fa plupart de ses récits, étrangement défigurés. Quelques siècles s'écoulèrent ainsr, sans qu'on entreprit de rechercher sérieusement l'origine des dieux, que les peuples avaient heureusement abandonnés. Quelques savants, il est vrai, bâtirent à ce sujet de ridicules systèmes; mais peu saisirent, môme imparfaitement, la vérité, ^qui^ cependant, avait déjà été connue, et indii^uée à la naissance du christianisme. Ces

secrets ne furent pénétrés qu^au temps des Grotius, des lean Price, des Scaliger, des Heinsius, des Vossius, des Seldenas et des Bochart. Les savants Huet, lean Leclerc, Thomassin, Lavaur, continuèrent les travaux des premiers; mais ce n'est véritablement qu'à l'apparition de V Histoire des ttmpi fabuleux que le monde savant comprit rimportance d'une étude si intéressante pour la religion et pour la science.

«( Les découvertes précieuses gae Gaéria du Rocher venait de faire excitèrent Tardeur d'autres savants, et de nouvelles lumières jaillirent du passé. Nous alioos pa^ 1er brièvement de quelques-uns des principaux ouvrages composés dans Te but de [trouver que presque tous fes ruisseaux de a fable découlent d'une source unique, des traditions primitives des Hébreux. Cet examen sera de quelque utilité à ceux qui voudraient s'occuper d'un travail semblable aa ndtre. — Saint Clément d'Alexandrie, do^ teur de l'Eglise, fat un des Chrétiens les plus ardents à montrer à nu toute la misère du paganisme. Dans son Exhortation aux gentilst il s'est appliqué k faire ressortir les folies de la fable par la comparaison du culte des faux dieux avec celui aes Chrétiens.

« Ce savant homme était, plus que tout autre, capable de traiter cette matière, à cause de ses voyages et de ses grandes connaissances sur la religion qu'il avait abandonnée pour celle de Jésus-Christ. Dans ses Slromates ou Tapisseries^ il revient souvent sur les sujets que nous nous proposons de traiter dans cet ouvrage; mais, pour découvrir les belles choses que renferment ses Stromates^ il faut les parcourir en entier, parce que c'est un recueil sans méthodetOÙ sont consignées pèle-mfrle des instructions morales et théologiques.

« Eusèbe, évoque de Césarée vers la fin du m* siècle, nous a laissé deux monunaenls admirables, sa Démonstration itangé\\((M et sa Préparation évangélique. Malheureuse^ ment il ne nous reste que dix livres de ces ouvrages savants, qu'on ne se lasse jamais de consulter, tant il s'v trouve de science et d'érudition. Ce qui les rend si précieux, c'est qu'ils sont remplis de citations d'auteurs perdus pour nous, et dont tes témoignages appuient fortement les preuires qu'Ëusèbe nous expose dans ses recherchas sur les fobtes. Personne n'ignore que c'est à l'évéque de Césarée que nous devons le fameux fragment de Sanchooiaihon.

« Saint Bpiphane, archevêque de Salamine en Chypre, a aussi inséré dans ses livres un grand nombre de passages d'écrivains dont les œuvres n'existent plus. On consultera avec fruit ces divers traités, où sont recueillies beaucoup de recherches que lui seul pouvait faire au moyen de la connaissance des langues de la terre qu*il savait presque toutes.

« Le P. Petau nous a donné, en 1662, Tédition des ouvrages de ce saint docteur, en deux volumes in-folio : en face du texte grec estf une version latine très-correcte.

MYTHOLOGIE

Théophile d'Anlîoche, Théodoret, owX aussi t)e«iu€Oap travaillé k (tétriasquer i'rdolfttrie ; mais Arnobe mérite surtout la reconnais* Mnce du monde savant et religieux. C'était l'homme de son temps le plus versé dans la théologie païenne, quMI attaqua vivement dans ses sept livres contre les gentils.

« Cet ouvrage important a eu plusieurs mauvaises éditions; nous indiquons, comme U rncilleure» celle de Levde, publiée en 1651» in-4% et revue par Til lustre Saumaise.

« Nous avons tiré de grandes lumières de la Cité de Dieu, le plus beau des ouvrages (le saint Augustin, et des divers traités du côlèbre orateur Lactance ; celui qui e»t intitulé De fulsa religione offre de savantes dis-^ serialions sur le polythéisme et funité de Dieu; un autre, bien connu sous le r^om de De origine erroriSf renferme les plus précieuses recherches sur Torigine du culte pA!en, des faux dieux, des temples, des sacrifices, des augures et de la mythologie en général. Les modernes ont dû nécessairement recourir à cet excellent ouvrage, et reproduire une partie des découvertes et des témoignages irréfragables qui s*y troufent consignés.

« Parmi les modernes, nous rencontrons une foule de savants s'occupant avec zèle e) Avec bonheur de plusieurs grands tra- TAux sur la naylbologie et TEcriture sainte. Siuuiaise prouve que le déluge de Noé a donné lieu aux poêles d'inventer leur faim^ui déloge de Deucalion. Grotius^ Jean Price, éclaircissent plusieurs points trèsotiscurs et ramènent la science à la recber- Hie de la vérité. On consulte avec fruit les HMDarques sur les Psaumes de ce dernier autear. Doughteins, dans ses Recueils sanh [Anaiecta sacra) ; Bogan, dans son ilomère hébraisani^ et dans son Hésiode home-lisant, seront également utiles. Nous citons encore des 'Parallèles sacrés et profanes de Joan Bompart. Cet auteur est peu connu; mt un de ceux qui ont montré avec le ptus d*exactitude Torii^ine des fables prises rians la Genèse. Il faut avouer, malgré ce'a, que ses explications sont trop succinctes, et que, depuis, on a autrement Mairci le sujet qu*il traite. Jacquelot, dans !on Traité de V existence de Dieu^ a fait plu- Meurs remarques de la plus grande utilité. Les ouvrages du savant Huet sont dans toutes les bibliothèques, et il est inutile que nous recomroanoious sa Démonstration àingéliquct OÙ règne la plus vaste érudition.

\ La Méthode pour étudier les poëtes forme trois volumes qu*il faut lire entièrement. Le P. Thomassin, son auteur, v indique les ^mrces où la fable a été puisée, et nous y niontre comment la poésie s'est enrichie 'tes traités de la tradition hébraïque, qu'elle • malbeureusemeot rendue méconnaissable.

• La Géographie sacrée, de Samuel Bofnart, est Tarsenal où ont puisé tous ceux qui ont tenté d'expliquer les mystères du l^i^^nisme. Bochart possédait la plupart des ''"dties orientales, et le seul homme qu'on

f)eut lui comparer,, en fafi d'érudîtinn, est e savant Huet. On lui a reproché des éfymologîes hasardées ; malgré cela, on n'hésite pas à le placer au premier rang des auteurs qui se sont appliqués è découvrir l(;s vois que les mythologues avaient faits aux traditions primitives. Son Phaleg, son Cha* fiaan, qui traitent : le premier, de la d'sper- «ion des nations; le second, des colonies vi du langage des Phéniciens, sont indispensables h celui aui veut s'occuper de travaux sur les temps rabuleux et historiques. Vossius, dans son ouvrage intitulé De tdo/olatria, et Heinsius, dans son livre De pe* renni philosophiop seront aussi fort utiles. I^ conférence de la fable avec Fhistoire sainte^ par Lavaur, présente de nouvelles découvertes ajoutées à celles qu'avaient déjà faites les savants dont nous avons parlé plus haut. Il y a dans cet ouvrage un plan régulier, une méthode suivie; toutefois on lui reproche quelque confusion et quelques erreurs dans les citations. Nous avons fait usage de ce que Lavaur a dit de meilleur et de moins hasardé.

« Jean Leclerc a très-bien expliqué plusieurs fables dans sa Bibliothèque universelle, et nous l'avons cité toutes les fois qu'il a offert quelque chose d'intéressant. On rencontre encore, dans les Mémoires de Trévoux, plusieurs fragments du P. Tournemine, qui se proposait de composer un ouvrage sur les parties de la mythologie tjui ont un rap()ort sensible avec l'histoire sainte : ce sujet n'a point été exécuté.

« Etienne Fourmont a le premier tenté d'expliquer toute la fable par le seul morceau qui nous reste de Sanchonialhon. Le nouveau système qu'il eitibrassc renferme des choses du plus haut intérêt. Ses Réflexions critiques sur les différents peuples sont d'un savant éclairé, mais absolu. L*a1)l)é Michel Fourmont, son frère, a partagé ses opinions, et a expliqué la fable d Orion.

€ L'abbé Banier se lira avec plaisir. Tout en ramenant la mythologie à l'histoire profane, il avoue souvent les rapports évidents de la fable avec les faits détaillés dans les livres sacrés. Son grand ouvrage est trèsestimé.

c L'abbé Bergier avait suivi bd système opposé à celui de l'abbé Banier; il n'a trouvé

3U6 des allégories où celui-ci rencontrait 0 l'histoire Bergier s'avoua vaincu à

l'apparition de YHistoire véritable des temps fabuleux : c'est ainsi que le véritable savant devrait se ^désister de ses opinions, dès qu'elles lui semblent erronées. Il va de ta science dans ses Remarques sur Hésiode^ et nous nous sommes servi de sa traduction lorsque nous avons dû citer les passages du poôte grec. V Histoire du cte/,de Plucne, offre encore un nouveau système, qui a occasionné d'immenses recherches , trèsprécieuses pour ceux-mémes qui ne partagent point l'opinioQ du célèbre nature liste.

« V Histoire véritable des temps fabuleux ^ Mt Guérin du Rorlier, est venue atTcrmir

mi»

DICtlOKNAlRfi DU PARALLELE.

pour jaroiris la science que la philosophie et Fréret s'efforçaient de remettre en doute. Voici ce que Tauteur de la Bibliothèque du nord dit, au sujet de cette iinuiortelle production du savant prêtre français:

« L'Histoire véritable des temps fabuleux présente une découverte non moins impor^ tante pour le monde littéraire que ne l'a été celle ae Christophe Colomb pour le monde politique , ou celle des Copernic et des Newton pour la physique et l'astronomie. U ne fallait pas moins qu'un homme versé aussi profondément dans les langues anciennes^ pour saisir le vrai dans cet amus immense de fables , dont les écrivains grecs et égyptiens ont chargé i histoire de leur pays; et qu€ leurs traducteurs^ leurs commentateurs n^ont qu'enArouillé encore davantage parleurs suppositions^ leurs systèmes et leurs fausses tu* terprétations ; et pour déchirer le voile qui couvrait l'antiquité profane depuis tant de êiicles , dont quelques savants ont essayé de êouiever un coin ^ sans Jamais entreprendre de le lever tout à fait. Quel service M. du Rocher ne rend-il pas à la religion , à lu lit^ tératurCf en démontrant que les histoires iEgyptCf si remplies de prodiges^ si tn« croyables^ si absurdes en tant d'endroits^ et sur lequelles les savants de tous les pays ont hasardé tant de conjectures ^ que cette mythologie si monstrueuse des Grecs , prennent également leur source dans l'Ecriture sainte mal entendue^ travestie en mille manières, et adaptée aux idées grossières des peuples qui y ontpuisé les faits héroïques dont ils ont embelli leurs annales. C'est assurer aux Livres saints une antiquité et une authenti" cité qu^on cherche à leur contester^ par l'exis^ tence mime des histoires dont ils sont le fondement : c'est répandre le jour le plus lumineux sur les ténèbres de l'antiquité. Il résulte de la découverte de M, Guérin du Rocher^ que c'est dans les Livres sacrés qu'il faut chercher les véritables annales du monde ^ qu'eux seuls doivent être nos guides dans Vkistoire des premiers temps ^ de mime qu'Us sont nos garants pour les grands événements qu'ils annoncent. IVoy. sur ces hyperboles la col. d82, et aussi Vlutroduction.)

« L*£tuteur de VBistoire véritable des temps fabuleux àNsAi annoncé, dans son ouvrage, une mythologie grecaue, où ii se proposait de montrer que les faoles découlaient de la Genèse et des livres des Juifs; malheureusement il cessa de s'occuper d'un travail qui lui attirait l'admiration des savants et la reconnaissance des historiens. Peut-dtre eAt-il fini par nous donner quelque chose de son livre tant désiré , si la révolution ne Teût enveloppé dans ses massacres. Aux trois volumes qui nous restent de lui sur les rois d'Egypte, on joint celui de TabW Chapelle, qui a résumé, d'une manière lucide, toutes les preuves de Guérin du Rocher.

< Nous avons aussi Hérodote historien du peuple hébreu sans le savoirt par le savant Bonnaud , et dernièrement on a publié

l'Histoire des derniers Pharaons et des derniers rois de Perse ^ selon Hérodote^ tirée des livres prophétiques et du livre fEsther; S vol. in -8% par Mgr de Bovet, ancien archevêque de Toulouse.

^ L'abbé Girardet , dans son Nouveau système sur la mythologie^ a présenté une foule de choses nouvelles, et a éclairci plusieurs points de la fable avec une érudition peu commune. On lui a reproché quelque légèreté d'expression dans quelques passages.

« Le Parallèle des religions^ de M. Brunet, est peut-être le plus bel ouvrage qu'on ait composé jusqu'ici sur les cultes des peuples; c'est assurément le plus raste. Il est devenu nécessaire, et beaucoup de savants en ont grandement prodlé.

€ Nous indiquons encore la Mythologie de l'Anglais Turner;ie Théâtre de l'idolâtrie; La v%e et les mœurs des Brahmes^ par Abraham Roger ; La conformité des cérésnonies des Chinois avec Cidolàlrie grecque et romaine: La conformité des coutumes des Indien» orientaux avec celles des Juifs ; La nouvelle démonstration évangélique^ ouvrage rem pli de recherches et de saine critique. On trouvera aussi d'excellentes remarques dans le Dietionnaire historique des cultes religieux, par Lacroix, et de précieux détails dans les différentes lettres édiQantes écrites des Indes^ de la Chine, de l'Amérique. Nous conseillerons la lecture des Uemarques de Tzetzès sur Hésio<le et sur l'Alexandre ou la Cassandre de Lycopbron. Pour les connaissances mythologiques, il faut voir une foule d'auteurs, tant anciens (^ue modernes, dont il serait trop long de faire ici le catalogue. Hérodote, Cicéron, Josèphe, Macrobe, Varron, Ovide, Strabon, Platon, Plutarque, Pausanias, Nonnus, Homère, Hésiode, Apollodore, sont une partie des auteurs qui nous ont parlé, soit dans des traités composés exprès, soit par circonstance, de leurs cultes et de leurs dieux ; chez les modernes, le nombre des savants qui, en tous temps, ont abordé les mystères de la gentilité , est considérable : les Français , les Allemands, les Anglais, citent une foule d^ouvragies célèbres , qu*un homme serait à peine capable de lire en toute sa vie. Quant aux mythologies classiques, elles pullulent dans tous Tes pays, et elles ont^ assez généralement, un air de fraternité. »

— Venons maintenant aux trois travaux gue nous avons annoncés. Le premier a été inséré dans le Parallèle des religionSf de Brunet, qui en a reçu communication de Tauteur, Tabbé Chaupy de Cap-Martin« connu par divers ouvrages sur raotîquité, comme la Découverte de la maison de cam-

£agne étBoracCf et la Philosophie des lettres. G premier de ces deux ouvrages a été loué par M. Court de Gébelin ; le second, par le Journal ecclésiastique d'octobre 1790. Le travail que nous citons, mal écrit, mais curieux, devait faire partie d'un grand ouvrage qui sans doatc n'a point pacu.

fêl

MYTfiOLOGIB.

« Il V a* »dit €6 safsnt» « ua secret dans les letires inriennes. C'est ce deut ne peut douter quiconque est tant soit peu versé dans la lecture des auteurs anciens. Hérodote» Diodore, Pausanias, Slrabon* Cicéron ne le.nomment pas seulement, mais en font usage continuellement, lorsqu'ils en sont au |K>iul qui en était Tobjet. Macrob'e, dans son Songe^ et surtout dans ses Saturnales^ expose ce secret fort au long.— Quel était le point du secret des lettres anciennes? Nul doute é){alement que ce ne fût le double objet de la religion véritable, qui est la croyance d'un Dieu en trois personnes et le mystère d'une de ces personnes divines faite homme pour devenir victime pour la rédemption du genre humain. Cela résulte de tous les monuments de Tantiquité. Il en est d'une vinglaine de genres, dont les plus considérables sont les médailles, les pierres gravées, les vases appelés étrusques, mais dont le vrai nom doit être celui de vases antiques de toutes les nations, et enfin tout ce qu'on appelle bronzes, consistant en figures mythologiques, soit des dieux, soit des mystères, lu autre genre de monuments est formé par tout ce qui nous reste d'écrits de l'antiquité.

c Ce second genre de monuments est le plus important. Cependant il serait par luimême insuffisant, è cause du voile du secret dont les écrivains anciens ont eu grand soin de se couvrir ; mais il devient le plus parlant, uni avec les autres, genres dont j'ai parlé, pour deux raisons : la première, que plusieurs sont de l'époque où le secret n'éuiit pas encore établi : tels sont les vases antiques qui étaient une antiquité pour les anciens mêmes, comme on le voit par te que «lit Cicéron de la colonie établie À Capoue, qui recherchait les tombeaux campaniens anciens, pour y trouver des vases qui y araient été redermés d'après le costume le plus antique; et la seconde raison, c'est que, d'après la maxime des anciens, qu'Hérodote atteste des Egyptiens, mais que l'expérience en antiquité apprend avoir été également de la plupart des autres grands peuples primitib, la religion faisait conserver les Hgures des.dieux dans le costume primitif, lans y rien changer, de manière qu on les a dans la plupart telles qu'elles étaient avant Tépoque du secret, c'est-à-dire avec le seul voile de la forme de la religion du temps^ qui était que la vérité n'y fût pas représentée en elle-même, mais sous les emblèmet pris de la nature. —Les Grecs, et d'après eux les Romains, à cause de leur goût pour les arts, firent des changements à la forme de leurs figures, et, depuis le secret, choisirent celles qui étaient plus propres à en cacher l'objet I mais ce changement n'alla pas jusqu'k en altérer la subsunce. On le voit l^r leur Minerve, qui avait été primitivement une figure de vierge avec la tète de chouette, et qu'ils représentèrent comme une ligure guerrière, se contentant de mettre la chouette ou sur sa main, ou & ses pieàs. Ces figures grecques seraient plus diuiciles

à comprendre, si elles étaient seules, par cette raison; mais rapprochées des égyi)tiennes et des indiennes, elles montrent fe même sens facilement, tous les peuples anciens ayant regardé la foi comme la base du commerce, et la foi, dans la doctrine ancienne» étant toujours la loi en Dieu. C'est cette foi religieuse qui est représentée sur leurs monnaies, qui sont ce que nous appelons médailles antiques. Dans ces médailles comme dans le bronze, on distingue également celles dont les types appartiennent à celles qui ont précédé 1 époque du secret, ou ^ui sont de ces peuples oui ont eu la religioQ de ne vouloir rien cnanger au costume de leurs monuments religieux, et celles des nations qui se sont permis de l'altérer dans la forme en faveur du goûL Les médailles du premier genre sont notamment celles des Phéniciens et des Gaulois ; et les autres sont celles ou des Grecs ou des Perses qui adoptèrent le costume et le lanj^age grecs.

« Or, dans les médailles du premier genre on voit la vérité relieieuse à découvert; la croix, notamment, S7 offre avec des manières les plus frappantes, sous tous les points de vue les plus consacrés dans les saintes Ecritures même. Les médailles du second genre offrent les mêmes objets, mais sous des emblèmes moins frappants à l'œil, et dont la force ne se saisit que par la science. Toutes les médailles les plus anciennes sont purementreligieuses. Un cêtéa la tète de la divinité du peuple, qui se rapporte toujours au dieu du mystère, qui était le Dieu rédempteur, et l'autre est le type principal sous lequel on représentait la rédemption même. Les médailles phéniciennes et gauloises ont la croix pure ou historiée, ainsi que les médailles d'Athènes les plus primitive». Celles d'Amasis ont la même tête d'un côté, et de l'autre, une figure de^ bout avec le bonnet pontifical, tenant d'une main an glaive, et de l'autre une tête

2u'on voit avoir été coupée d'une ligure tendue aux uieds du prêtre ; où l'on reconnaît la vérité que nous exprimons en disant du Rédempteur qu'il a été en même temps le prêtre et l'hostie, ou qu'il s'est offert loi-même; ce qui revient aux croix phéniciennes, gauloises et d'autres peuples. — Ceux qui ont fait ces monuments si parlants dans le sens du secret, étant ou les mêmes on les semblables de ceux dont les écrits nous restent, on sent que ce sont les mêmes sentiments qu'ils ont dû exprimer. En effet, en lisant leurs monuments écrits, k la lumière des monuments figurés, on sent que ce sont ies mêmes objets qu'ils ont voulu offrir.

« Il est deux sortes d'écriu anciens surtout, les philosophiques et les poétiques; les uns et les autres sont trouvés faits dans le sens de la même religion. Pour les philosophiques, il a été de maxime de les rapporter tous à ceux de Socrate et de Platon. Cicéron les appelle les philosophes poiri-

cietiê, traitant de plébéiens ceux qui s*en écartaient.

« Cette doctrine socratique est d^autant plus la doctrine véritable, que les pires de la philosophie ne rapprirent ^u'en voyageant chez tous les peuples primitifs, les Gaulois , )6S Egyptiens, les Indiens, les Chaldéens, et en la tirant, comme s'exprime Platon, des livres de ces peuples sacrés et primitifs. Aussi déGnissenl-ils leur philosophie, la science des choses divines et humaines : ce qui exprime, ainsi qu*on voit, une théologie. Cela est évident d'après ce c|ui est ajouté des choses humaines. Un principe des plus Vrais en effet, et qui a servi de base è toute la science antique , est qu'il n y a qu'une vérité, qui doit être la même par conséquent,

Eour les choses divines et pour les choses umaines. Ce qui se trouve constant, et ce qui faisait tout le d<*veloppement de la même science ancienne , est que cette vérité unique ebt, dans les choses divines , en substance, et dans tes choses humaines, en image. C'est un point le plus clairement exprimé par saint Jean (i, 3, 4), qui dit : Quod factum est , in ipso vita era/, et vita eraê lux homi" num; et en termes encore plus clairs par saint Paul , qui dit que les siècles ^ c'est-àdire. Je temps et tout ce qu'il y a de sensible dans le temps, ontété faits pour être une image visible de la vérité invisible. Cette vérité des choses divines est qualifiée bien proprement de vérité invisible, puisqu'elle est formée par un Dieu fait homme, et mort en croix, et ^ue tous les esprits humains réunis n'auraient jamais pu ni imaginer, ni deviner, comme étant ce qu'il y avait de plus au-dessus de la portée de l'entendeuicnt humain. Tout l'humain n'étant donc au'un portrait dli divin, on voit que l'un et I autre sont formés par la même vérité; car ce n'est que la vérité de l'original qui peut Idire ia vérité de la copie. Tels sont les écrits philosophiques de l'antiquité.

(t Les écrits poétiques antiques ne sont que cette même philosophie, comme on le voit par ce que dit Horace d'Homère, que l'ay&nt lu à Préneste, il l'avait trouvé le plus philosophe des philosophes. Ces poésies anciennes sont celles que l'on comprend sous le nom i' orphiques ^ auxquelles on peut joindre les sibylliques. Celles-ci sont d autant plus dans Je sens de la vraie doctrine religieuse , qu'elles ne sont que des chants qu'on faisait dans les mystères. Les autres sont la môme doctrine qu'on exposait en public, et qui, pour cette raison, sont plus voilées. Leur voile cependant n'en est un que pour ceux qui ne sont nullement instruits, ou du fait, ou du sens du secret. Car, pour si peu qu'on en ail celte clef, on voit que, quelque féconde que soit l'imagination des poêles, leurs images ne sortent jamais de la vérité de l'original, qu'ils ne perdent jamais de vue. Le nom de poésie veut dire littéralement les faits de VEsus^ du mot poie qui veut dire faire ^ eliTEsis^ qui est le nom de VEsus. Le nom de poëme veut dire également les faits de la mère^ parce

qui! exprime toute la suite des faits par lesquels cet Esus est devenu la mère des hommes, en l'es concevant par son esprit et en les enfantant dans son sang. Homère a fait son Iliade^ qui veut dire ie chant àelé-' lève de la croix^ et son Odyssée^ dont le nom veut dire la mort de VEsus, c'est-à-dire, ses travaux et ses fruits. Hésiode, dans sa Théogonie^ ses Six jours et son Bouclkr^ n'est que du même sens. Les idylles de Théocrite sont sous des titres consacrés dans l'Evangile même; car on y voH les pêcheurs, les moissonneurs, les vendangeurs, etc., et le corps des pièces est dans te sens évangélique de ces noms emblématiques. Il y a d«^s poëmes anciens sous le titre d* Argonautes ^ de Bacchide, etc.; ceux-là sont de la même doctrine, d'une manière encore moins cachée. Virgile, imitateur de Théocrite dans ses Egiogoes, et d'Homère dans son Enéide , est du même sens, quoique non aussi strictement ren» fermé toujours dans ses bornes. Les auteurs mythologiques anciens , soit en prose, soit en vers, sont également du uoème sens, comme Apollodore, qui était ancien dans le temps des anciens même; et Macrobe, qui est des derniers temps mythologiques, mais qui est un des auteurs les plus propres à servir d^introducteur dans les secrets mythologiques.

« La mythologie, examinée au flambeau de la vraie science acquise par l'étude des monuments, se trouve tellement tout entière du sens de la vraie doctrine religieuse, qu'on peut assurer que, moyennant la seule maxime

de l'entendre comme les fables littéraires, non dans le matériel de sa lettre, mais dans l'intellectuel de ce qu'on appelle la moralité, qui est le seul qu'a dû s'en proposer l'auteur, il n'est pas un cheveu qu'on en doive rejeter. L'indécent, l'obscène oiêroe matériel qu'elle offre , se trouve ne domprendre que quelque sublimité de la doctrine religieuse. Car il est à observer que l'auteur des choses ayant voulu faire image de tout, la réalité la plus respectable se trouve sous l'apparence la plus contraire; et le plus remarquable est que le système de ia langue humaine, qui est le plus marqué au coin divin, offre les noms les plus saints pour les choses qui s'éloignent le plus de la sainlelé. On le voit dans celui de mereirix^ courtisane ou prostituée: ce qui, m'étonnant beaucoup dans le commencement, m'en Gt chercher et trouver la raison, qui est que, quoique la chose, comme réalité , soit le ()lus grand désordre; comme image, elle devient si sainte , qu'elle représente ce qu'il y a de plus saint, qui est le plus grand honneur oublié par l'amour, tel qu'on le voit dans le Rédempteur, qui s'est fait péché pour détruire le péché. Cette image» saisie comme les autres par l'ancienne poésie, en fait ce qu'ony qualitiedobscénité : elle estcellede I églogue » d» Corydon et d'Alexis , de Vii^ gile. Ce rapport de la mythologie a^ec ià vraie théologie est si frappant, qu*ilaélé saisi par tous les auteurs un peu profonds.

MYTHOLOGIE

)i a été bit, depuis la prétendue renaissance des lettres, beaucoup d^ouvrages qui le témoignent. Mais Ih lumière, pour n avoir pas M suffisante , n*a produit que des lueurs dans Bochart , dans Huel, etc. Les Anglais ont plus vu que les Français , notamment Cudwortb, comme on le voit par Touvrage où Ranisay a youIu réduire en ordre et en niélbode ce qu*il avait trouvé entassé dans lauieur que j'ai nommé. La môme chose avait été encore mieux sentie par les Pères de l'Eglise; saint Justin est frappé de ce rapport, comme il l'expose dans une de ses A|)ologies. Clément Alexandrin fait les paratlèles les plus étendus entre la doctrine des lettres anciennes et celle contenue dans DOtre révélation : on peut voir sur cet objet tout le long du v' livre de ses Stromates, Eusèbe de Césarée fit plus : il entreprit de prouver que par celte doctrine des lettres, foieu avait eu Tobjei de pré^iarer les gentils i son Evangile, comme les Juifs môme par la loi qu'il leur avait fait donner. C est l'objet de son grand ouvrage de la Prépara^ tion et de la Demonstraiion évangélique, dont la première partie, qui est la Préparation, n'est que la tissu le plus précieux de passages des anciens qui se rapportent h nos dogmes. Les autres Pères ont tous vu la mime chose, plus ou moins. Mais le mal chez eux est aue, faute d'avoir été aussi ciercés dans l'étude de Tanticiuité, et pour avoir trop méprisé et rejeté 1 étude des antiques oui les refpoussait, à la vérité, de leur temns, a cause du vice de ridoifttrie vivante qu us avaient de leur temps, ils n'ont pu savoir la raison pourquoi tant de choses mythologiques se trouvaient conformes à la vérité théologique. Saint Justin l'attribue au démon même, d'après le dessein de Ta- Tilir en la représentant sous des images vicieuses. La vérité est qu'il n'y eut de la part dii démon , dans la mythologie, que le projet qu'atteste Pausanias, et qu'il attribue aux Grecs, de lui donner un double sens, Tun matériel pour le peuple, et l'autre int4ïllectuel pour les «âges. Ce qui nlnfecta pas seulement le peuple de l'idolAtrie, mais qui en infecta les sages mômes , pour deux raisons : la première, qu'ils connivèrent à ce péché d*idolAtrie, dans lequel ils jetèrent ou entretinrent au moins le peuple; et la seconde, par la manière dont ils partagèrent ce culte populaire idolAtrique, la manière intellectuelle dont ils concevaient les choses, ne pouvant les laver du crime de les prati-

2uer matériellement avec les idolâtres. Ce délut des philosophes est cause de la manière dont en a parlé saint Paul. Après avoir commencé de dire d'eux, qu'ils avaient connu Dieu comme Dieu, qu'ils avaient eu la sagesse de Dieu, il finit leur portrait par dire qu'ils n'ont été que des idolâtres. Ce lion et ce mauTais des philosophes est exprimé de la manière la plus propre par ce qu'il dit, qu'ils ont tenu la vériié captivt. IRom. i, 18.) On voit qu'il appelle leur idée la vérité , ce qui prouve que leur manière de voir n'était pas Terreur; mais^ pour Fa voir gardée en

eux-mômès , et pour n'avoir pas conformé leur manière de faire à leur manière de penser, leur bien ne leur servit de rien, et ils n'évitèrent ^as le mal qu'ils ne pourvurent pas que le peuple évitât. Ce malheur de In philosophie ne s'encourut pas, sans doute, sans que le démon y poussât; mais, au reste, ce mal de la mythologie n'était point inhérent k sa nature, qui en elle-même fut aussi pnreque son nom, qui en elle-même veut dire Doctrine du Verbe; car l'élément muth^ mout^ est la môme parole que celle de notrje langue, mol, qui est le môme que paro/# et verbe* Celte nature de la myihologie est une suite de son origine toute divine; pour le con>prendre et s'en convaincre, il n'est besoin que de rapporter l'ordre établi de Dieu môme pour donner aux hommes la connaissance de sa vérité. — Cette vérité n'est autre que celle qui est apprise par l'Evangile, sans doute; mais saint Jean, dans V Apocalypse (xiv, 6), appelle cet Evangile, {'Evangile étemel. Cet Èvanftile a donc été toujours le môme par son objet, qui est la vérité de» choses divines; mais l'histoire seule de la religion nous apprend que les formes seules en ont été différentes. On en remarque trois: celle qu'on appelle de la loi de nature, celle qui se nomme la loi écrite, et enfin celle qui porte le nom d'Evangile. L'Evangile, sous ce nom môme, se réduit à la double Térité par l'expression de laquelle Jésus- Christ nous donne l'idée abrégée de l'Evangile entier : Hœc est vita œtemaf ui cogno' êcant le solum Deum verum^ et guem muieti Jesum Chriêtwn ( Joan. x vu, 3) ; la croyance du Dieu véritable : ce qui ne doit pas s'entendre par opposition aux faux dieux, mais surtout du Dieu tel qu'il est dans la vérité de sa nature, à laquelle l'esprit humain n'aurait jamais su atteindre, qui est d'ôtre un en môme temps trois; et en la mission de Jésus-Christ, qui comprend sa qualité de Dieu et homme; de Dieu docteur et rédempteur, et de Dieu fondateur de son Eglise, qui est son corps. Tel étant l'Evangile dans sa dernière forme , on voit Qu'il a été le môme» pour son objet, dans les deux qui avaient précédé. — Kien de plus célèbre que la foi des patriarches, qui n'a pu ôtre une vraie foi qu'en étant en Dieu et en celui qui avait été promis dès le paradis terrestre, et dont il était dit qu'il écraserait la tôte du serpent, ce qui comprend tout l'ouvrage de la rédemption.

€ Cette foi de l'Evangile, qui fut la foi du temps patriarcal, fut également la jfoi du temps de la loi écrite, dont un Dieu et un Messie sont la croyance célèbre. Le corps de la loi, qui était tout en rites et en sacrifices, n'avait pour objet également que d'apprendre la qualité de ce Messie dont la mission avait pour objet le sacrifice <ju'ii devait faire de Itti-môme, le plus graphiquement représenté par tous ceux que la loi prescrivait.

« Tel étant certainement l'ordre de l'Evangile éternel, on voit dans la première forme 1 origine de la mythologie ;oar, la mythologie étant une fabie, et la fable littéraire étant

DICTIONNAIRE DU PARAIXELE.

la vérité enseignée et exposée» non en elle^ même, mais en image, en emblème, on voit

S|ue l'Evangile éternel, dans sa première orme, fut cette mythologie mémo : Tépoque de cette première forme est celle qu'on appelle la loi de nature. Le nom ne vient pas, comme on pourrait se le figurer, de ce que la religion, dans cet état, n'étaitque les idées que rfiomme peut en avoir naturellement; la vérité oui fait la religion étant en effet celle d'un Dieu fait homme et mort pour les hommes, elle est une vérité qui n'aurait jamais pu tomber dans l'esprit de Tbomme.

Une religion apprise par la nature seule est donc une chimère. Cette loi de nature ne peut donc l'avoir été dans le sens que ce soit la nature seule qui en ait été la source; elle peut le porter cependant en un sens tout différent, et qui n'a rien que de vrai : c'estdans celui que cette vérité a été apprise dans cette époque, non en elle-même, mais par le moyen des images que la nature fournit; le monde n'ayant été créé, en effet, comme nous l'avons dit d'après saint Paul, que pour se remplir d'images visibles de la vérité invisible , on voit qu'il a été formé comme un livre pour l'y apprendre. Ce livre étant le livre d'une science si haute, il en a dû être comme de tous les livres savants, que la première chose nécessaire a été d'apprendre à le lire. Cette nécessité fut d'autant plus grande, que In vérité substantielle des choses divines qu'il apprenait, était cette vé^ rilé dont nous avons dit qu'elle ne serait tombée dans aucun esprit humain. Il fallut donc un maître qui en fit connaître les caractères et la langue, et qui en apprit le sens. Ce maître fut Dieu même, qui expliqua au premier homme et à ceux de ses descendants avec lesquels il continua à converser, le système de la nature, et qui par Ik apprit è lire dans le livre qu'elle forme, et à entendre la vérité sublime dont il renferme la doctrine. Les disciples furent dignes d'un tel maître ; et par les noms qu'Adam donna aux animaux, que l'Ecriture dit être ceux qui leur convenaient, et qui se trouvent eiprimer la qualité d'images visibles de la vérité invisible, on voit avec quelle éminence Adam avait proûté des leçons de son Bien. D'après ces leçons, ainsi qu'on voit, Adam apprit à connaître la vérité par lo moyen aes images; il Tappritdonc sons la forme de fables, ce qui est la forme mythologique: et la mylholo(^ie n'étant autre chose que la manière de discourir de la vérité, non en elle-même, mais d'après les images que Dieu en a faites , on voit oue c'est è Dieu même qu'on doit rapporter la mythologie, qu'il en est l'auteur, et que la mythologie n'est autre chose que l'Evangile même dans la première forme que Dieu voulut qu'il eût. On a fait sur ce point la réOexion, que Dieu en a usé sur ce point envers le monde naissant comme on en use k l'égard des enfants, qu'on instruit d'abord de la vérité, non en la leur exposant en elle-même, mais ea la leur donnant sensible dans les iables.

« Les hommes continuèrent longtemps à savoir lire dans. le livre de la nature; on se croit pas qu'ils l'aient mal entendu dans les temps antédiluviens : il parait en effet qu'ils ne firent que corrompre leurs mœurs, mais qn*ils ne corrompirent pas de même leur loi : la science sauvée dans l'arche de Noé, se soutint longtemps après le déluge même.OA en trouve la preuve non-seulement dans les Livres sacrés et primitifs, qui se conservèrent chez tous les peuples, et qui leur furent laissés par les patriarches leurs* fondateurs, mais d'après les monuments dont les plus anciens nous offrent les signes de la foi primitive. Mais, peu après, l'ignorance et la grossièreté succédèrent au savoir et aux sentiments primitifs. Ces objets de l'enlendement effacés peu h peu, on ne vit plus que ce qui tombait sous les sens. Les signes de la Divinité furent pris pour la Divinité même: de là l'idolAtrie. La multitude seule donna dans cet excès d'horreur; les sages conlinuèrent à connaître la vérité. Soit difficulté d'ea entretenir la connaissance dans on vulgaire à qui elle était devenue étrangère, soit o^ gueil de leur part, au lieu de continuera la témoigner et à lui rendre Thommase public oui lui est dû, ils prirent la résolution de remporter avec eux dans le secret des mystères, et ils n*en firent plus part qu'aux hommes qui s*en montrèrent dignes par leurar^ deur h la désirer, et par leur disposition è l'embrasser : et, pour punir ce vulgaire ignorant du crime de s'en être montré l'ennemit la résolution n'alla pas seulement à lui dérober la vérité, mais encore à l'induire en erreur. De lA la distinction qui se fit chez tous les peuples anciens, d'initiés et de profanes: d'initiés, qu'on .admettait à la connaissance de la vérité; de profanes» condamnés à ne vivre que do leurres. Le même corps de religion, les mêmes monuments restèrent putir les uns et pour les autres} il n'y eut que la manièro de les voir qui fit la différence: les initiés, regardant les signes sensibles dans te sans pur et spirituel , qui était celui que Dieu}' avait attaché, connurent la vérité religieuse; les profanes, au contraire, n'apercevant que le matériel et le corrompu , aoA* logue k leurs sens, substituèrent k la plus sublime vérité la plus abjecto des erreur;. Tout fut Dieu pour eux, parce que tout arait été signe de la Divinité. Les signes célestes furent les dieux des peuples qui avaient 1 esprit plus êievé; les animaux, les plantes le devinrent de ceuxdmit les Ames étaient plus basses*

« Nous avons datts l'Ecriture ua exeia|tla de la manière dont la vérité se changea eu erreur, et le vrai culte religieux en idolâmer vis-à-vis du même objet. C'est le serpeul d'airain, ordonné de Dieu, fait par Moïse,

Sour servir de remède au mai d'un affreux éau. Par l'exposition qui en est iaite dans TEvangile, on voit quel moyen propre ii était de la fin que Dieu s'en protKMM, puisqu'il était une figure de Jésus-Christ cm*; fié, dont il réveillait et dont il exeilaitla fui. Eh bieft! par le laps du tempsi une figure

MYTHOLOGIE

dont le sens spirituel était si efficace » cessa d'être regardée spirituellefuent. On arriva k u'y reconnaître que la figure d'un serpent matériel , auquel on continua de rendre le culte qui n*élait dû qu*au serpent spirituel. Ce signe si caractérisé de Dieu devint par là une idole» que le saint roi Ezéchias crut devoir faire fondre, ainsi que toutes les autres idoles d'airain ou d*autres métaux, que le peuple lie Dieu s'était faites ou s'était appropriées. Le$ dieux dt$ nations êoni des dînons» dit l'Ëcriture. (Psal. xcv, 5.) Ils ne se 't pas tels dans leur origine; ils ne le sont devenus que par l'abus qui en a été fait, et Mimine |>ar cet abus la vérité y est changée en erreur et en mensonge» Die'u s'y est changé en démons, c'est-à-dire que les démons y ont pris la place de Dieu. »

-^ M. Dôllinger, prévôt de la collégiale et professeur de la faculté de théologie è Munich, a publié iMi ouvrage intitulé :Pagant5me et judatêtnef propytéee d'une hiêtoire^ Chris^ tianisme; le Correspondant de septembre 1857 lui a consacré un compte rendu dont voici un extrait : « Les doctrines religieuses des Grecs et de la plupart des peuples primilifs n*ont pas été congues d'abord d'une manière abstraite, pour être ensuite rendues accessibles aux peuples au moyen de mythes gracieux ou terribles; mais ces mythes sont éclos les premiers dans la conscience des peuples. C'est là une des principales découvertes de la critique moderne, qui, toute probable qu'elle soit, mériterait cependant •ocore un contrôle sévère, et h laquelle il fout en tnut cas apporter de notables restrictions. Ainsi M. Dôllinger nousprouvequ'elle ue>e vérifie [las chez les Romains, dans la religion desquels on reconnaît h tout instant t'aciiOQ réfléchie de ses fondateurs. Tant que cette religion restera exempte de l'influence grecque» on n'y rencontrera pas un seul mythe; aucun grain de poésie n indiane qu'elle ait eu une origine spontanée dans Vesprii du |>euple. Les dieux romains primitifs sont de froides persounificiitions des diverses oocu- IMtionsde Tagriculture. On y adjoint peu,k peu d'insipides allégories reurésentant toutes l«s situations de la vie humaine... Ho- Bière n'inventa pas la religion des Grecs.... Tépoque de h formation spontanée des mythes était déjà passée... Hais, choisissant Crmi les fables des diverses peuplades cels qui lui semblaient les plus poétiques, il créa avec leurs données son olympe et ses douze dieux, que son génie fit accepter géoéralement comme base des croyances comniunes de la Grèce. De |jlus, c'est à lui que la religion de ce pays doit son caractère tout particulier d'anthropomorphisme... Aussitôt que cet esprit humain est parvenu à élaborer le système définitif de cette mythologie» il n*y comprend plus rien I Dès le vi* siècle avant notre ère, commencent avecPhérécyde Cl récole ionienne , les divers modes d*iQterprétation des mythes, déclarés avec raison absurdes par lérudition moderne.

Ces ciplications sont toutes rapportées dans loQvraisfede 11. Dëiliuger, qui a le grand

mérite de présenter pour la première fois, d'une manière complète, les idées religieuses des penseurs de l'antiquité. Pour une partie des philosophes grecs du vi' et do V* siècle, l'histoire des dieux n'est qu'une allégorie ingénieuse sous laquelle il faut chercher Texposé des lois de la nature; pour les autres elle n'est qu'un tissu de mensonges et de niaiseries... Le sens des mythes ne s'était pas plus conservé dans le peuple; il n'existait en Grèce aucun enseignement tra* ditioonel des dogmes religieux qui eût pu en soustraire la sigoIQcation à l'oubli. Les mystères, longtemps considérés comme ayant maintenu dans leur pureté les croyances des premiers âges, ne furent jamais que des spectacles calculés pour émouvoir l'imagination... Pas plus que la philosophie ancienne, le paganisme n'a jamais été une préparation au christianisme,... comme va le prouver un fait de la plus haute importance sur lequel M. Dôllinger a le premier appelé l'attention, c Le savant écrivain établit que le paganisme, bien loin d'être mort à l'avénemenl d'Auguste,|entraitaIors seulement dansladernière période de son développement naturel laquelle ne se termine que vers la fin du II* siècle de notre ère. Le peuple, qui n'a pas tenu compte des railleries de Lucrèce et de Cicéron sur ses croyances, se montre pris d'une ferveur religieuse si intense, quelle entraîne même une grande partie des philosophes du temps (Plutarque, Maxime de Tyr, Apollonius), tandis que ceux de l'époque

[>récédente s'étaient presque tous déclarés lostiies aux dieux populaires... Objecterat-on le besoin d'unité religieuse? Mais reliesoin a reçu une pleine satisfaction dans la divinisation de l'empereur, dans le Panthéon» dans la fusion de tous les cultes du monde. Notons bien que le paganisme d'alors n'est fias une exhumation posthume»

comme le fut plus tard celui de Julien. Les superstitions mystérieuses d'isis, de Sérapis , et d'autres semblables, qui dominent alors, n'en sont qu*au (début de leur vogue, » — - Nous empruntons maintenant trois articles publiés par M. l'abbé Maynard, dans la Bibliographie catholique ^ sur l'ouvrage de M. Leblanc, dont nous avons itarlé dans l'in* troduction {Les religions et leur interpréta^ Hon chrétienne).

AftTlCLS PftEMIBII,

(T. W\ de la Bibliographie catholique,)

« L'objet de cet ouvrage est d'interpréter les religions naturelles, d expliquer leur origine» leur valeur, leur décadence, en les rapprochant du christianisme. Il se composera de deux parties inégales : la première, contenue dans le volume que nous annon* çons, ne renferme que des prolégomènes; la seconde,qui doit avoir plusieurs volumes, explique les principaux articles de foi proposés parles religions, les fonctions que ces dogmes remplissent dans leurs systèmes, et leurs rapports soit avec la tradition primitive, soit avec la révélation chrétienne.

« Pour eomprenare les religions naturelles, il faui parlir de ce principe, que les fables doivent recevoir d'abord un sens physique, lequel doit s'interpréter lui-môme de manière à exprimer les traditions spirituelles, but déGnitif de toute interprétation symbolique, centre de conciliation de toutes les formes contradictoires qu'ont revêtues les fables. — Pour arriver a ce résultat, trois ordres de recherches sont nécessaires. L'auteur les désiene sous les noms demythogra^ phie, de sytnSàtique et de mythique, La mythographie raconte les fables, décrit les cérémonies et les monuments religieux de tous les peuples; la symbolique explique le langage allégorique et universel exprimé par certains symboles, en recourant pour ne pas s'égarer, aux récits de Moïse, qui a conservé sans altération le symbolisme primitif, et aux saints Pères, si instruits dans la science des Ecritures, des religions et des phiiosophies anciennes ; la mythique distingue et classe les sens divers que Inapplication de la symbolique fait naître dans les textes fabuleux : sens historiques, sens humains et partiels, au-dessus desquels il faut placer le sens physique, qui conduit lui-môme au sens spirituel, dernier terme de tous les sens religieux.

€ Il y a donc cinq degrés dans les sens religieux , dit l'auteur (p. 29) : l*âme des mythes est le sens spirituel; cette âme a été incorporée dans le monde ^ qui est comme la substance visible de sa chair; à ce monde oni été assimiles tous les arts, toutetles sciences humaines^ dont je compare les sens aux véte^ ments divers ^ui se modèlent sur ce corps; te sens historique doit être mis à part de la théorie, et la fable est comme le sol inorgani" que, mais couvert de fleurs^ sur lequel s'appuie rédifice de tous les sens; édifice sembla' oie à la tour de Babel, monument de sagesse et de confusion à la fois^ œuvre grandiose d€ tous les peuples,

« Si l'on compare à la révélation chrétienne le résultat ue ce triple travail, on verra que le christianisme ne saurait être expliqué par les religions, et que les religions s'expliquent trôs-bien par le christianisme. C'est que le christianisme a existé à l'état de promesse et de préparation avant de passer à l'état de réalité et d'accomplissement: de là les traces prophétiques et symboliques qu'il a laissées au sein des religions naturelles; traces qu'il est important de rechercher à travers les rites absurdes, cruels ou infâmes, que l'erreur ou les passions y ont ajoutés.

« Le parallèle des religions et du christianisme doit se composer de deux opérations distinctes : l'une, toute préparatoire, compare les religions entre elles; l'autre rapproche du christianisme le résultat de cette comparaison. Lorsqu'on a ainsi opéré le rapprochement des mythes avec certaines parties des Ecritures, des symboles naturels avec les formes extérieures du chribtianisme, on voit que les ressemblances ne viennent que de l'identité des symbolismes

naturel et chrétien, et non d'un plagiat commis par le christianisme sur les religions naturelles, puisque les ressemblances sont bien plus frappantes encore dans les religions des contrées qui n'ont pas eu de rap- Eurts avec l'ancien monde. Ces rites seralabies ne sont eux-mômes que l'application des mômes symboles, et il n'y a pas plus de plagiat dans (es cérémonies chrétiennes que chez un écrivain qui exprime ses pensées à l'aide des termes usités avant lui.

« Cette étude comparée montre encore qu'il y a identité d'origine entre les religions naturelles et les croyances primitives; en d'autres termes, que les croyances nationales de tous les peuples ne sont que des dégénérations de la révélation primordiale; ou bien encore, qu'il n'y a jamais eu qu'une seule religion sous trois formes successives, naturelle, écrite et orale. Mais la première de ces formes religieuses se fractionna au pied de Babel, comme la langue qui l'exprimait, et se métamorphosa en une foule de religions naturelles, douées elles-mômes de la faculté de ^e diviser, de se transformer, de se recomposer, suivant les divers besoins des races humaines.

« !dalgré ses divisions nombreuses et ses diverses transformations, la religion primitive n'aboutit pas immédiatement h l'idolâtrie et au polythéisme.

« M. Leblanc l'appelle ethnique avant sa dégradation païenne, du nom des nations qui l'ont professée, et il confond le culte primitif, l'ethnicisme et le paganisme, sous la dénomination générale de naiuralisme.

Il en suit alors les phases successives de son origine au déluse, du déluge à Moïse, de Moïse k l'ère chrétienne. — Comme nous l'avons observé déjà, la religion primitive fut symbolique, c'est-à-dire composée de métaphores continuéesetsystématis6es,parc«»

que Dieu voulut l'approprier à la double nature de l'homme. Le paradis terrestre renfermait une nature exceptionnelle , langue symbolique et religieuse , Bible du monde naissant. Mais le sens spirituel de cette première révélation se corrompit bientôt sous l'effort de diverses causes, et surtout sous l'empire de la magie ou de l'art de iHirtiniper à la puissance divine par la cé!ébration de certains rites. L'homme devînt chair, selon l'expression de l'&.riture , |)ar l'initiation au moyeu de symboles inftïnes; puis, sachant qu'il ne pouvait 6tre sauvé que par un Dieu fait homme, il s adonna aux sacriGces sanglants et à ranthro^>ophagie. Dieu irrité abîma la créature dans les eaux. Dès lors le symbolisme fut transporté dans la nature ordinaire. Le grand prodige du déluge, s;|rtDbolique lui-mônie, et dont le souvenirs est conservé chez toutes les nations, ouvrit cette ère nouvelle ; dès lors les rites les plus simples, accomplis par respect pour la tradition et dans le désir des promesses divines , renfermaient une foi implicite qui pouvait suffire, à sauver les peuples, et pour que ce naturalisme no se corrompît pas tout entier, Dieu disuosa les

MYTHOLOGIE

nations de manière k ce qae la dégradation (le Tune n'entralnflt pas une dégradation universelle. L'ethnicisme n'est donc pas si étranger qu'on l*a cru à la religion primilivo, autrement il faudrait supposer que la bonté divine avait privé les peuples de tout nio^ende salut. Après le déluge, le syml)0lismc se roodiGa a Tinfini ;'mais, protégée par lui, la vérité religieuse subsistait quand même, et Tadhésion h cette vérité cachée contenait tout l'espoir des fils d'Adam.

« Cependant il lallait un peuple qui fût )Té$ervé des erreurs communes, et qui exerçât la fonction spéciale de préparer immédiatement le christianisme. Dieu choisit la race d* Abraham, le grand crovant ethnique, et te peuple dont Moïse fut le législateur. Tandis que le naturalisme et le christianisme sont universels, le mosaïsme fut national et transitoire : de là , son imperfection, apparente et absolue. Mais il était (loué de toute sa perfection relative , son unique but ayant été de préserver les Juifs de ridolitrie par un divorce complet avec lesjDjbolisnie , et de préparer la dernière révélation toute spirituelle..

c Comme le naturalisme , le mosaïsme semble avoir pour objet moins le salut de rflme que b*s avantages temporels et le salut de l'état social ; mais le sens utilitairement )K)litique des religions avait pour résultat de voiler leur spiritualisme, et de lui conférer une sorte de visibilité, et une durée presque indéfinie, indépendante de la mauvaise volonté des hommes.

« Si nous voulions parcourir les diverses religions : des sauvages, des barbares, des sacerdoces et des sectes philosophiques , nous reconnaîtrions sans peine que, malgré la diversité des civilisations, l'unité ne leur manquait pas et dans l'ordre spirituel et jusque dans leurs formes extérieures; mais bientôt le symbole, sous l'empire de causes nombreuses, prédomina sur le sens et donna naissance à 1 idolitrie, au fétichisme, à toutes ces erreurs cruelles ou infâmes qui enveloppèrent le monde ancien. La religion s'exprimait à Torigine par les choses de la nature, puis les symboles furent pris pour une réaliié littérale, comme nous l'apprend le Ltrre de la Sagesse (xiv, 1 seqq.)^ et régnèrent sous leur forme extérieure en qualité de dieux ; enfin la plus détestable idolAtrie transféra cette divinité blasphématoire non plus seulement aux créatures de Dieu, mais a la création de Tbomme , aux vains ouvrages de ses mains, sans que les sacerdoces pussent résister à l'entratnement de celte mon>trueuse décadence. Mais les rites immoraux et barbares de Tépoque antédiluvienne, qui reparurent alors en s'adjoignent des rit«s absurdes, ne restèrent pas sans remède: prophètes, prodiges, grands hommes, réformes, guerres, exterminations, élatsau- ^a je, nouveaux systèmes symboliques issus de^ systèmes précédents et exempts de leurs torruptioDS les plus choquantes, ont tour à tour dérobé les hommes aux conséquences de leurs couvres et aux chAtiments plus sévères

qu'ils auraient mérités. (Page 253.) Enfin lo paganisme hellénique achève de tuer le naturalisme en perdant complètement le sens des symboles , et le christianisme , en les réalisant, rattache le monde entier à la reli-

Î;ion primitive dont il est le dernier mot et ^accomplissement éterne-l.

a Telle est l'analyse la plus claire , la plus suivie, la plus complète que nous ayons pu faire de ce livre. Il nous a fallu le presser avec grande attention pour en exprimer ainsi la quintessence; car son défaut dominant , h notre avis, est le manque de clarté. Nonseulement on ne voit pas toujours le lien C(ui en rattache ensemble les diverses pi-irties, mais la réflexion est quelquefois nécessaire pour bien pénétrer le sens d'un seul chapitre. Cela vient de deux causes, crojronsnous :de la suppression fréquente des idées intermédiaires, et du renvoi au volume suivant de développements essentiels. Sans doute) l'auteur devait avoir égard à la suite de son ouvrage et être sobre de détails dans ses prolégomènes ; mais ne pouvait-il pas adopter un plan qui coûtAt moins de torture au lecteur, et lui donnAt aussitôt une suflisante satisfaction ?

« Ces réserves faites, nous n'avons plus qu'à louer, et nous nous plaisons A faire ressortir les avantages de ce remarquable travail. Dans plusieurs de ses parties, il nous paraît jeter un jour nouveau, non-seulement sur les religions anciennes, mais sur bien des passages obscurs de nos saintes Ecritures. Il respire un snint respect pour l'humanité, dont il n'envisage les erreurs qu'avec une piété aflTectueuse, lorsqu'il ne peut leur trouver une excuse 'suffisante. Il remplit à chaque instant le cœur d'une douce joie, d'une reconnaissance profonde pour la miséricordieuse Providence qui n'a jamais abandonné l'humanité dans sa marche A travers les solitudes les plus désolées, et qui a toujours fait jaillir sous ses pas les eaux vivifiantes de la grAce , pour nous servir des expressions de rauleur lui-môme: c'est avec bonheur qu'un esprit chrétien reconnaît que les voies de Dieu sont au-dessus de nos pensées; que sa bonté a su pénétrer partout où il s'est trouvé des hommes ; que la puissance de la vérité est infiniment sui^érieure à celle de l'erreur humiiine;que notre ignorance doit souvent méconnaître la vérité et la sainteté, lA môme où Dieu lésa secrètement déposées, et que s'il nous était donné de soulever le voile qui projette sur nos Ecritures sa vaste obscurité, une foule de riarticularités qui dérivent évidemment de la religion primitive, et qui nous semblent dif;nes de dédain, feraient naître dans nos Ames e sentiment d'une solennelle admiration.

(P. 140.) l£nfin, et surtout, ce livre fournit une réponse péremptoire A la grande objection que l'incrédulité contemporaine adresse au christianisme. A en croire nos modernes philosophes, le christianisme n'aurait qu'une origine humaine; il ne serait qu'une sorte d'éclectisme ou de syncrétisme des religioiio naturelles ; son divin auteur aurait donné

rendez-vous dans son humble échoppe do Kaz'ireih à toutes les sectes religieuses on philosophiques, pour demander h chacune d'elles quelque partie de son symbole et en composer le vaste système chrétien.

« Malgré sa profonde absurdité» cette objection est séduisante dans ses développements scientiOques; mais elle tombe devant les recherches auxquelles s'est livré M. le Blanc. De ces recherches, il ressort évidemment que les ressemblances oui existent entre la religion chrétienne et les religions naturelles ne proviennent que de leur identité d'origine et de leur point de départ commun du sein d'une révélation primitive, puisque ces ressemblances se remarquent souvent plus profondes dans les religions professées par des peuples qu'aucune communication n'unit jamais, ou qui même, ainsi que nous l'avons observé déjà, n'ont pa» eu de rapports avec l'ancien monde.

« Nous ne saurions donc trop engager l'auteur à poursuivre sou travail avec courage et confiance. L'exégèse catholique y Sagnera, et la polémique religieuse trouvera ans ses recherches des réponses solides et savantes h opposer au rationalisme contemporain.

DECXliMK AHTICLB.

(T. 1111 de la Bibliographie catkolipie.)

« Nous serons plus bref dans le compte rendu de ce second volume que dans celui du premier, ayant déjè, k propos de celui-ci (t. XII, p. 17^), fait longuement ressortir la valeur et la portée de tout l'ouvrage. Après avoir donné précédemment les prolégomènes, M. le Blanc entre en matière aujourd'hui, et dans les deux sections que contient ce volume, il explique la nature des personnages de la mytnolo^e, et en raconte l'histoire fabuleuse. Voici comment il procède toujours. 11 expose d'abord un point de la doctrine ethnique; puis, sous ce titre : Traditionêj il énumère les fables de tous les

Kuples de l'Occident et de TOrient, de ncien et du nouveau monde, et il cherche h les rattacher, par des analogies et des interprétations ingénieuses, à la théorie générale qui lui paraît en renfermer le sens véritable. 4 En tête de tous les systèmes religieux est une triade suprême, dont le premier terme est Dieu inaccessible, inconnu; le second, Dieu manifesté, devenu intelligible), sensible, et s'incorporant le monde ou la nature, emblème de la société des âmes pures et divinisées par leur union avec lui ; le troisième, enfin. Dieu considéré comme le principe de la vie. Cette doctrine est littéralement spirituelle, c'est-à-dire qu'elle renferme un sens réel dont les philosophies sont les dégénérations. Mais ce sens est en même lempsexprimé par les choses de la nature, et donne ainsi naissance à la doctrine svmt)olique. Le symbole total et primordral dont

tousIesautressymbolestirentleurorigine,est le monde, non pas te monde purement matériel, mais le monde vivant, regardé par la théologie ethnique comme un animal divin.

Etre collectif, il se divise, comme es|«c(, en deux hémisphères; comme subslaiice, tu quatre éléments ; comme durée, eo doau parties. Considéré au point de vue ibéoW gique, il est Dieu, et se scinde eo autant 4« divinités, que nous venons d*y distinguer d'éléments ou de parties. Enfin, an poiotile vue spirituel, c'est la société religieuse, fi la vie et les Ames sont divisées oi^rarchi. queroent et chronologiquement d^unemi* nière analogue-, c'est-a-dire, qu'il est \^n,T ^ les ethniques ce que l'Eglise est |¥)or ie« Chrétiens. Mais le symbole fut pris poar ii chose signifiée, et par Ik s'explique ridoUtrie, ou la déification des êtres naturels ou 4h fétiches, leur représentation abrégée. D*apr^ ce qui précède, on doit s'attendre k troofcr dans les religions ethniques des djade$, des tétrades, des ogdoades, des dodécades, c'est-à-diro un monde scindé endeQi,efl quatre, eu huit ou en douze déités associto» qui désisneront iymboliautmeni les deoi hémisphères, les quatre éléments, les qui* tre saisons ou les quatre poiuts eardioaoi, leurs dédoublements ou leurs iotervallas les douze mois de Tannée ; îhéoçimifMnL ces mêmes objets (personnifiés; êviriiwUt' mentf la hiérarchie, la vie, le développemetâ successif de la société des Ames. — Par cette rapide analyse, on voit qu'à leur poira ùi départ le système chrétien el celui du oat»* raiisme sacerdotal s'identifient compt^ ment, et {]ue la différence ne commenta qu"! la confusion du second terme de la truûe avec l'univers ou le monde créé. Dès k^* les deux systèmes ne peuvent être rap|Kt>chés, sinon par la ressemblance des symt*^ les prophétiques de la Bible et des my^ naturels, on bien |>ar les rapports de signification qui prouvent que les nombressaite» des nations ont leurs équivalents dans m saintes Ecritures.

« M. le Blanc essaye d*opérer ce rapprochement dans une explication ingéoieuif des dix plaies d'Egypte. G*est ingéoieui. nous nous plaisons a le redire» mais ti^t* aussi hasardé.

« Comme nous l'avons annoncé* la sereo^^ section de ce volume raconte les actions ^f* dieux, dont la première a fait oonoatut !< nature. Ces actions se manifestent ioojf^f^ sous un aspect circulaire; les cycles vont c: haut en bas^ pour remonter de tias en bi6t« et se divisent en quatre parties ; uu étal àt stabilité et de bonheur au sommet d< «i sphère mondaine ; une chute au point le plus profond, en décrivant le preosier deoucercle; Ik, au plus l>as, un état de wcd ou de transformation, suivi d'on état de «<^ ou de renouvellement; une aseensioo as point primitif, en achevant un ccrrle coah menée. On doit distinguer les cyWesdf* (lieux-mondes, des dieux-solaires, de^dtem* hommes et des Ames. Les cycles flaondi?'^* désignent, dans leur sens symbolique f^ spirituel, les quatre états du monde et de ^ société religieuse, si célébras par les qoaira A^es des poètes, et, dans leur sens tM<V^ nique, la vie et la transformatoo des dieoii

MYTHOLOGIE

les cycies solaires « reproductions abrégées (les cycles mondains, présentent un sens (béogonique analogue, et dans leur sens symbolique et spirituel, s'appliçjuent h Tannée solaire et à la sagesse divine, symbolisée par le soleil qui règne d'abord au ciel, puis descend sur la terre, y meurt, reprend fa Tie et retourne h son premier séjour. On doit comprendre désormais, sans autres détails, comment s'eipliqueraient les cycles humains et le cycle des âixies.

I Plus encore que la première, cette sectioQ offre de frappantes analogies ayec les idées chrétiennes. 11 y a aussi de profondes différences, comme, par exemple, la transroigraiion, la métempsycose, la multiplicité des âmes dans le môme individu , que l'auteur expose et motive savamment par le symbolisme naturel, et l'on voit une fois de plus l'intérAt et l'utilité qu'offre ce docte ouvrage. Ici nous devons renvoyer h notre premier ariiclei car nous ne pourrions que répéter nos éloges et nos réflexions • Ajoutons ce{)endant que ce volume est beaucoup plus clair et beaucoup mieux ordonné que le précédent, et aussi que nous ne prétendons pas, en recommandant aux esprits sérieux ce remarquable travail, assumer la respoosaknlilé de toutes les assertions uu'il renferme, car quelques-unes, appliquées à rinterprétatîon des Livres saints, nous ont semblé trop symboliques , d'autres plus ingénieuses que fondées, bien qu'il soit diOi- «i)ed*en démontrer Terreur. »

nOlSliuB ARTICLE.

(T. XV de la Biblioffraphie catholique.)

■ C'est peur la troisième fois que cet ouvrage se présente devant nos lecteurs (Voy, nos tomes Xll, p. 17b, et XIII, p. 436], ce sera la dernière, car en voici le dernier volume. — Dans le tome II, si l'on s'en souvient, l'auteur, en deux sections, explif]Qait la nature des personnages mvthoiogiques et eu racontait Tbistoire fabuleuse. C'est en deux sections encore que se partage celui-ci , toutes les deux destinées è confirmer par quelques applications la doctrine précédemment exposée. En effet, dans la troisième section, intitulée : JPro- Hhnti principaux du naturalisme^ l'auteur revient sur ses pas, et par l'examen de ûuelc^ues articles plus connus, il justifie la théorie des cycles. {Voy. notre tome XIII, p. 437.) Il traite successivement des consommations du inonde et de ses nouvelles créations, de la mort du Dieu humanisé, des sacrlGces humains, des mystères, des déesses-mères et des cavernes cosmogoniques , des démiurges et des orgies. Or tout cela contient le mouvement du cycle, soit des dieux-mondes, soit des dieux solaires, soit des dieux-hommes, soit des Ames, et dans ses divers sens, théologique, symbolique et spirituel, ou, si l'on aime mieux, c'en est une autre ex|)Osition. Ici nous voyons le monde divin, physique ou religieux, toucher •> ^a iin. A celte (X)nsoromation correspond la

DiCTiONX. DU PaBALLÈLE.

mort du Dieu humanisé, du Dieu Sauveur, que les sacrifices humains représenteflt et reproduisent en action. Les mystères ne sont que l'ensemble des cérémonies jugées propres à mettre les âmes en rapport avec la mort et la résurrection de ce Dieu, avec la consommation et la nouvelle création de la société religieuse, dont le monde physique est le symbole, c'est-è-dire qu'ils ont pour bot la création nouvelle, soit du monJe physique, soit de la société des flmes, soit d'une âme individuelle. Toutes ces oeuvres sont accomplies par la déesse-mère et le démiurge, composant l'hermaphrodite divin, et dont la forme horrible est le reflet du chaos dans lequel ils sont plongés. Les grottes et les cavernes cosmogoniques symbolisent le sein de la déesse, et les orgies représentent, tantôt les fureurs des proianes, tantôt la joie délirante des initiés, lorsqu'ils s'unissent h la déesse et au démiurge.

c II est facile de saisir les analogies de cette doctrine avec le christianisme, qui enseigne aussi la consommation du monde et sa réparation par la mort du Dieu Sauveur ; gui voit dans les sacrifices humains une imitation abominable du sacrifice de l'Homme-Dieu, ou du sacrifice mystique de l'homme corrompu ; dans les n)ystères , une traduction symbolique de la régénération spirituelle; dans la déesse-mère, une personuificatiou de la société qui , sur le point de périr,épouse le démiurge ou Dieu créateur et régénérateur, et produit un monde nouveau. « La quatrième section détruit les erreurs et les symboles principaux du naturalisme. Elle a pour but de prouver que le point de vue proposé explique ces erreurs et ces symboles. Le monde est l'incorporation de la raison divine : de fè la divination de la nature, ou le naturaliime exeluiif: il est Dieu et comprend toutes choses : de lè une sorte de panthéisme (le panthéisme système* tique n'appartient qu'à la philosophie) ; il se divise en plusieurs parties : de Ik le pa^ lythiiêtne: il est le symbole de la société religieuse p qui comprend des justes et des impies : de là le dualisme ; il est le symbole de la société religieuse, en tant qu elle se confond avec la société politique : de là l'apothéose des rois et des grands hommes; il a été divinisé non-seulement dans si^s diverses parties, mais dans leurs images humaines et même dans leurs symboles diminutifs et équivalents ; de là Ytdolàirie et le fétichisme ; Dieu doué de force sensible et de mouvement, on a voulu deviner sa volonté en conséquence de ses apparences et de ses mouvements : de là la divination: 1 homme faisant partie du monde et pouvant, par conséquent, participer à sa puissance en qualité d'un de ses membres, a cru pouvoir commander à un dieu inférieur : de là la nmgie; enfiu le monde passant sans cesse, et Tâme humaine avec lui, d'une extrémité à l'autredu cycle, ces diverses phases de sa révolution ayant été symbolisées par des formes animales, on en a conclu les transmigration^ et la métempsycose; et comme un monde

ne succède à un autre qu^en s*incorporanl ses éléments» ne se régénère que par la mort du dieu humanisé » ne se féconde que ))ar faction du soleil et de Dieu« on a cru perpétuer Texistence de Thomme par Van^ thropophagie ^ accomplir un acte magique de regénération par les êacrifices humaine , et figurer la réception de la vie par des symboles de génération et par des prostitu* (ions reliçiieuêes. C'est ainsi que les vérités chrétiennes se retrouvent au fond do tous les systèmes religieux du monde, et que les erreurs les plus monstrueuses du naturalisme s'expliquent par un abus et une corruption de ces mêmes vérités. Concluons donc que les incrédules ont montré une

confiance trop présomptueuse, lorsqu'ils ont espéré trouver la réfutation du christianisno dans l'examen des croyances de tons les peuples; et les Catholiques trop de timidité, lorsqu'ils ont paru craindre que la yérité ne restât obscurcie, étouffée et muette sous les ténèbres et les bruits confus de l'erreur.

c Nous n'insisterons pas davantage sur un livre dont nos lecteurs connaissent déjà l'esprit, le but et la manière ; nous leur recommandons de nouveau ce docte travail, tout en maintenant les doutes et les réserves que nous avons précédemment exprimés au sujet de quelques assertions et surtout de quelques interprétations symboliques des I^ivres saints. )»

ORDRES RELIGIEUX. — Le major Fridolin dit dans la Revue ie$ Deux-Mondei du 15 mars 1857 :

« Nulle part le renoncement aux bonnes choses de ce monde n'a été pratiqué avec des formes extérieures comparables en brutalité et en cynisme à celles adoptées par les cinq ordres religieux qui se divisent les milliers de dévots de profession que compte la population de l'Inde,* savoir : les nerhanees^ les nerunjunees^ les bairagees, les punchaleei et les oodasseei... Les adeptes ne se réunissent jamais... Ce n'est pas toutefois sans études préliminaires que l'on arrive à cet état de

§rÂce,etquiveutentrerdans les rangsde Tune es sectes de Sannyassis^ doit faire son apprentissage en compagnie de quelque solitaire de sainteté reconnue, puis se livrer sous sa direction h des pratiques souvent fort originales... L'un d'eux... a déclaré, qu*à l'exemple de son directeur, il demeurait des journées entières assis sur ses talons, bouchant hermétiquement de ses dix doigts ses narines, sa bouche et ses oreilles, ne s'occupant que du soin de ne jamais rejeter l'air par le même orifice qui 1 avait inhalé. Des profes* seursde sainteté émérites forcent leurs disciples h demeurer des heures entières ensevelis dans la terre jusqu'au cou, à se déchirer la chair à coups de fouet, h rester assis sur des sièges garnis de clous, etc. 11 y a toutefois quelques compensations aux tortures volontaires que s'imposent tes saintes gens ; aussi l'on assure que les Sannyas^ sis sont on ne peut mieux venus auprès de la plus belle moitié de l'espèce indienne, et qu il suffit que le bflton et les sandales, insignes de la profession, soient déposés à la portexl'une hutte, pour que le mari, même te moins débonnaire, s'abstienne de troubler de sa présence une mystique eutrevue.

« Le camp des baxraaees^ situé aux aborls du canal (a HurdwarJ, présente quelques épisodes caractéristiques qui illustrent d'une manière frappante ces folles coutumes. Ils sont Iti des douzaines de hideux animaux ! Hélas ! pardon, sagace éléphant, chien, ami

de l'homme, cheval compagnon de ses plaisirs et de ses travaux, d*étre forcé par ta pauvreté de la langue d'appliquer à cette variété de Tesjpèce humaine, le nom générique sous lequel vous êtes ordinairement désignés, car je ne vois dans le règne animal que les quadrumanes, et parmi eux seuls encore les singes, qui se mordent la queue, que Ton puisse assimiler rationnellement à ces repoussants et stupides mammifères. Ils sont là,dis-ie, par douzaines, sur les rebords de la route, aux portes des huttes, presque tous aussi peu vêtus qu'Adam avant sa faute, le corfts souillé de cendres ou peint de couleurs bi- 2arres, avec toutes sortes de postures fantastiques ou ridicules. Celui-ci, en signe d'hommage à ta Divinité, a étendu depuis des années son bras droit vers le ciel, si bien que le pauvre membre ankylosé et décrépit est devenu incapable de mouvement. Il y a si longtemps que cet autre tient les deux poings fermés, que les ongles liassent & travers ja paume de la main au milieu d'une suppuration infecte. Ce saint homme, ou, avec plus de fidélité d'expression, ce dindon au gris plumage, demeure à la môoae place depuis l'Age de puberté, debout sur une patte, le poitrail appuyé sur une manière de balançoire. Le quartier général de ces fanatiques est digne de leurs habitudes intimes, sous l'ombrage d'un arbre multipliant (ficus indica) s'élève une sorte d'autel sur lequel reposent quelques plats de cuivre garnis de riz et de fleurs. Aux quatre coins de Ja pierre, plus laids et plus hideux que les plus hideux magots chinois, sont accroupis quatre fakirs m naturalibus : un chœur de fidèles célèbre les louanges de la divinité à grand renfort de hurlements, de roulements de tambours, d'éclats d'instrucaeols de cui^ vre ; à la nuit, des torches de résine éclairent d'une sombre lueur cette scène vrai* ment diabolique, que le plus farouche pinceau serait inhabile à reproduire.

^ Des haines implacables divisent ces diverses sectes religieuses, et l'autorité anglaise doit exercer une surveillance iuces-

9il

PAPE

santé ponr prérenir des rencontres que termineraient infailliblement de sanglantes catastrophes. »

Deux mots résument donc le parallèle entre la Traie religion et les fausses relativement aux ordres religieux. Ou ces dernières

sont incapables d*enfiinter Une société de co genre, ou^ si elles réussissent è faire vivre sous le même toit une aggrégation d*hommes, et è posséder ainsi une ombre de nos communautés» ces institutions deviennent le réceptacle de tous les vices.

PAPE. — Nous empruntons la portioh de cet article relative aux erreurs protestantes, k un ouvrage intitulé : Le catholicisme et le proteêtantisme miê à la portée du peuple^ par J.-B, Coumailleaui cure de Moucbamps,au diocèse de Luçon. Cet ouvrage est en l'orme de dialogue.

« M. LB Dovàs. —le vois bien l'origine de votre Eglise ; elle vient de Jésus-Christ, puisque de vos évéques on peut remonter jusqu'aux apAtres. Sans douic, les apôtres ne pouvaient passe tromper en annonçant I^Ë- ^angile, puisque Jésus -Christ leur avait promis son assistance ; mais celte infaillibilité est-elle bien assurée h l'Eglise? Je crois qu'on peut le révoquer en doute.

« M.DB GoBDB. — En le croyant, vous êtes dans l'erreur; car l'Eglise est aussi assurée de l'assistance de Dieu que Tétaient les apôtres. Les mêmes promesses, qui ont été lailes aux apôtres, lui ont été faites, puisque Jésus-Christ, en parlant aux apôtres, ne leur faisait pas des promesses personnelles qui les regardassent uniquement; mais c'était VEglise qu*il avait en vue dans Jes paroles qu il leur adressait. En effet, il leur dit : i/iex, inêtruieex leê natiom; apprenex-leur net emeignmnenti; je $uii avec voue jusqu'à la eonsommaiion des siècles. {Matth. xxviu, 19,30.) Les apôtres sont morts, et Jésus- Christ savait bien qu'ils devaient mourir. Cest donc avec leurs successeurs qu'il a promis d'être. Peu de jours avant TascensioD,il promit h ses apôtres de leur envoyer le Saint-Esprit : Il demeurera étemellemeni •ree toiM, leur dit-il, c'est-à-dire jui^u'â la arnsomÊMUon des siieles. Les apôtres ne devaient cependant pas rester longtemps sur la terre, c'est donc avec leurs successeurs , avec l'Eglise, que demeurera éternellement cet Espnt de vérité qui vous instruira de tautu choseSf continue le Sauveur, oui vous apprendra toute vérité f et qui votu fera res* souvenir de tous mes enseignements. IJoan. XVI, 13, U.) «H. LB DomIs. —Hais, Monsieur, est-ce

Iae chacun de vos évoques est inspiré de >ieu et infaillible r

< H. DB GoBDB. — - Ce n'est pas ce que j'ai dit, et ce n'est pas non plus ce que nous crovons. Jésus-Cnrist n'a point promis l'inbillibilité à chaque pasteur pria séparément: cest à l'Eglise qu'il a fait cette promesse, au corps de ses pasteurs enseignants; croyant <*e ûui est cru ou enseigné par l'Eglise caihorique,nou8 sommes oonc assurés de posséder la vérité; croyant ce que nous en-

seigne notre ctirét Qui est soumis h son évoque, (|Ul lui-même est en communion avec le Pape, et par lui avec tous les évoques catholiques du monde, nous sommes certains d^être dans la vraie Eglise de Jésus-Christ, unis de communion avec tous les vrais fidèles, et de posséder la vérité.

« H. LB DoMÈs. — L'Eglise ne &'est-elle jamais trompée, enseignant une doctrine dans un temps, et la réformant dans un autre?

c M. DB GoRDB. — Jamais : DieU, qiii i'ins'* pire et la conduit, ne lui manque pas hn besoin; il refait passer par bieil des épreuves f)Our épurer la foi de ses élus ; mais il ne 'abandonne jamais dans ses enseignements. Enlseignant toujours la vérité, elle n'a pas besoin de réformer ce qu^ellea déflui, parce qu'elle nô s'est pas trompée. Bien des novateurs se sont élevés dans chaque siècle pour séduire les enfants de l'Eglise par leurs nouveautés et semer l'erreur; mais elle les a toujours condamnés. Aussitôt que leur jugement a été prononcé, les vrais Catholiques tes ont regardés comme des hérétiques, k moins qu'ils ne se soient soumis et qu'ils n'aient détesté leurs erreuhs.

c H. LB Denis. — En prononçant ainsi , TEglise ne s'esi-elle point arrogé une autorité qu'elle n'exergait pas dès le commencement?

« H. DB GoBDB. — Non ; dès le commencement, au temps même des apôtres, l'Eglise s'est montrée avec la même puissance qu'elle a exercée depuis. Les apôtres , au concile de Jérusalem, réglèrent les différends élevés parmi les fidèles et décidèrent ce qui était permis aux gentils convertis. Saint Paul chassa de l'Eglise l'incestueux de tlorinthe et livraàSatan Hyménéeet Alexandre. Saint Jean menaça de déposer l'évêque Diotrèphe et dégrada, au rapport de saint Jérôme, le prêtre qui avait composé un livre apocryphe a la louange de saint Paul. Saint Clément même, avant la mort de saint Jean^ régla, en sa qualité de vicaire de Jésus- Christ, de successeur de saint Pierre et de chef de l'Eglise, les différends qui s'étaient élevés parmi les fidèles de Coriq^the. Si nous suivions tous les siècles qui se sont écoulés depuis, nous trouverions partout la puissance ecclésiastique exercée par le râpe , par les évoques et par les prêtres, telle qu'elle l'est encore de nos jours, parce que 1 Eglise catholique est ce qu'elle a toujours été. C'est pour exercer cette autorité qu'elle tient de Dieu que le concile de Laodicée se rassembla avant que Dieu eût appelé les

DICTIONNAIRE DU PARALLLLE.

em|)erears h Ifl foi; et e'esl encore pour exercer cette rndroe autorité que se sont réunis, depuis €lîx4iuit cents ans, tant de conciles dans toutes les parties dn monde, pour régler ce qui regardait la foi et les mœurs.

a M. LE DOMÈs. — J'avouc, Monsieur, que la manière dont vous expliquez votre Eglise me satisfait beaucoup et me parait bien digne de Dieu. Oh! quelle différence avec notre pauvre Eglise protestante 1 quelle suite dans la succession de vos évoques! quelle unité dans votre foi, toujours la même dans tous les siècles, parce que Jésus - Christ \ei1ic sur ce dépôt sacré qu'il a conflé è la garde de TËglise! Tout cela est bien digne de la sagesse de Dieu. J*ai cependant quelques diilicultés qui ne sont pas résolues, relativement au cnef de l'Eglise.

« Vous dites que le chef de l'Eglise est le Pape ; j'avais toujours cru ({ue c'était Jésus- Christ, et qu'elle n'en avait point d'autre : celui-là doit bien suffire en effet.

« M. DB GoRPE.— Jésus-Christ est le chef invisible de l'Eglise; il l'a fondée; il est avec elle tous les jours, selon qu'il l'a pro« mis, pour la couvrir de sa protection; mais il a voulu qu'elle eût uarmi les hommes un chef visible qui fût le père de la famille chrétienne, le roi de ce royaume spirituel, le centre de l'unité catholique, et le chef du gouvernement spirituel et de la police extérieure de rt'glise. Dans toute société humaine, n'est-ce pas le chef qui en est comme la vie,et qui donne le mouvement h tout?

« Jamais aucune société n*a pu avoir une' longue existence, si elle est restée sans chef. Elle doit donc bien avoir un chef, cette Eglise sainte, dont la durée doit être celle du monde.

« M. LE Dov&s. — Mais cette autorité du Pape sur l'Eglise n'est-elle pas une invention des hommes, fondée uniquement sur son utilité dans le gouvernement?

« M. DB GoRi>B. — Il est vrai que l'autorité du Pape a été bien utile à la religion chrétienne; c'est le Pape qui a affermi l'unfté dans la foi et dans le gouvernement de l'Eglise, lorsqu'il ii'esr élevé des hérésies et (les schismes; c'est lui qui a fait prêcher la foi en France, en Angleterre, en Allemagne, dans les ))avs du Nord, aux Indes et dans le Moureau-iVfonde; on peut dire que les deux tiers de l'univers chrétien doivent aux envoyés du Pape le bienfait du christianisme. Quel service le Pape n'a-t-il pas rendu au monde, par la civilisation qu'il a mise chez les nations autrefois demi-uarbares, et par les soins qu*il a eus de faire cultiver et conserver ta connaissance des lettres dans les siècles d'ignorance pendant lesquels le clergé seul avait le goût de l'élude? On peut bien dire , à la vue des services qu'eue a rendus, que si Dieu n'avait pas établi l'autorité des Papes, il eût fallu l'inventer.

Mais les hommes n'ont pas eu cette peine. Jésus-Christ, la suprême sagesse, a, luimême, élat)li le Pape son vicaire ou son remplaçant sur la terre, dans le gouverne-

ment de Kon Eglise; lorsqu'il a fondé ccUo Eglise, il lui a donné la forme essentielle qu'elle devait toujours conserver.....

« M. LE DoMÈs. — Saint Pierre a-t-il bien exercé cette primauté de puissance, en présence des autres apôtres, et l'ont-ils bien regardé comme le chef de l'apostolat?

A M. DE GoRDB. — lia commencé h l'exercer aussitôt après rAscension, en proposant ée donner à Judas un successeur dans IV postolat. C'est lui qui, après la Pentecôte, prêcha le premier l'Evangile aux Juifs; c'est lui qui fit le premier miracle dans la guérison du perclus assis h la porte du temple. Lorsque les apôtres, après avoir été jetés en *prison, furent appelés h rendre raison de leur foi et de leur prédication, c*est lui qui parla au nom de tous. C'est lui qui punit Ananie et Saphyre; oui condamna la première hérésie, dans la personne de Simon le Magicien. C'est h lui que Dieu révèle qu'on doit admettre les gentils è la foi,el c'est lui qui est chargé par Dieu d'aller lear prêcher lésns-Christ et de les baptiser en ta personne de Corneille. Aussi, lorsqu'il se trouve en regard avec les autres apôtres, il est partout le premier; ainsi, au concile de Jérusalem, c'est encore saint Pierre qui dé« cide que les gentils convertis ne doivent pas être assujettis à la circoncision; c'est lui cjui, après un mûr examen, porte la décision. C'est encore saint Pierre, chef de l'Eglise et de l'apostolat, que viAt voir saint Paul nouvellement converti et appelé à l'apostolat par une voie extraordinaire; c'est Kerre, et Pierre uniauement, qu'il vint voir à Jérusalem, avant de commencer ses travaux apostoliques : Veni videre Peirum. [Gahtt, i» 18.) Ainsi partout saint Pierre nous est montré exerçant la primauté; partout il parait le premier; c'est lui que Ton consulte, c^est lui qui décide, c'est lui qui commence les grandes œuvres; partout, comme h (eur chef, les autres apôtres lui laissent l'honneur et la puissance.

c M. LE DoMis. — Je conriens bien que saint Pierre a été le chef des apAtres de 1 £glise; mais ()u'est-ce que cela fait an Papef

a M. DB GoBDE. — Ce que cela fait au Pape! Cela prouve qu'il a autorité sur toute l'Eglise, sur les fidèles et les pasteurs.

« M. LE DoMÈs. — Je ne vois pas cela.

« M. i>E GoBDB. — Jésus-Cbrist a dû régler, dès le commencement, la forme que devait avoir son Eglise : c'est pourquoi il a établi des pasleurs pour la gouyeroer; mais il a voulu que ces diOérents pasteurs eussent un chef, dans la personne de saint Pierre, qui gouvernât l'Eglise comme un père sa famille, un roi son royaume. L'Eglise n'a pas dû finir avec saint Pierre; Jésus-Christ Ta établie pour durer jusqu'à la fin du monde; saint Pierre a donc dû ^foir un successeur qui héritât de sa puissance et qui gouvernât à sa place; autrement Jésus-Christ eût mal pourvu au gouvernement de son Eglise, qui se fût trouvée, par la mort de saint Pierre, sans chef et sans pierre fondamentale. Alors Tenfer eût pré-

PAPE

fM

valu contre die, tnaigré la promesse de Je* 9US->Cbrisl.

« Saiol Pierre fixa son siège à Rome, en l'an ^2 de Jésus-ChrisI, et il y est mort vers Van <6. Soa premier successeur, dans son siège et dans son autorité» fut saint Lin; le sDccesaeur de saint Lin fut saint Clet, et le .successeur de aaint Clet fut saint Clément, qui, du vi?ant de saint Jean, apôtre et évan-

Séliste, régla, comme chef de TEgiise, le iSérend qui s*était élevé dans TEgiise de Corintbe. vers i*an 158, Polycarpe, disciple de saint Jean, vint h Rome, cinquante-fauit ans seulement après la mort de cet apôtre, pour traiter de la question de la PAque. Il s'adressa au Siège de Rome, parce que là était le successeur de saint Pierre et le chef de toute l'Eglise. Saint Irénée, évéque de Lyon, quatre-vingts ans seulement après la mort du dernier des apôtres, confonaait les hérétiques, et leur prouvait la vérité de la reli((ion catholique, en leur montrant la succession non interrompue, des évéques dans les dÎTcra sièges, depuis les apôtres, surtout, disait-il, dans le siège de TEglise de Rome, qui remonte h saint Pierre, et qui exerce sur toute TEglise une primauié d'honneur el de puissance. £st-il possible de mieuK reconnaître Tautorité des Papes, sur toutes les Eglises chrétiennesT Aussfi, le Pape saint Victor menaçant d'excommunier les évoques de l'Asie, oui s^ montraient opiniâtrement attachés à leur usage de célébrer la PAque, Irénée lui écrivit pour le prier de ne i)as les traiter avec tant de sévérité, mais en lui reconnaissant bien le droit de les condamner, Quoiqu'ils fussent, pour lui, à l'autre bout u monde. Alors donc, comme aujourd'hui, dans les premiers comme dans les derniers siècles, le Pape exerçaU, comme successeur de saint Pierre, son autorité sur toute l'Eglise. G*est à lui qu*on dénonçait les novateurs, comme le fit saint Denis d'Alexandrie, dans le m* siècle ; c'est à lui qu'on rendait cooiple des décisions des conciles dans les aflEaires importantes, comme fit le concile d'Arles dans l'aBàire de Donat; c'est lui oui

iirésîdait, en personne ou par ses délégués, es conciles généraux, comme il fit à Nicée, è Cbalcédoine, k Ephèse, etc.; c'est au Pape qu en appelaient les évoques des jugements portés contre eux : c'e&t ainsi que firent saint Athanase, saint Chrysostome, et bien d'autres qu'il serait trop long de nommer. Les païens môme ont reconnu cette su|*rématie de l'évéque de Rome sur toute TE- «tlise, comme on le voit dans l'affaire de Paul de Samosate. Si maintenant je voulais niler les saints Pères, qui nous attestent que saint Pierre a fixé son siège à Rome, qu'il y est mort, que le Pape est son successeur, et que lui aussi a puissance de juridiciioa sur toute l'Eglise; les évoques, les docteurs, les écrivains de l'Orient et de roccident, tous n'auraient qu'une voix pour rendre hommage h la vérité ; j'aurais le témoignage de tous les hommes instruits qui ont existé pendanldix-huit cents ans ; yauiais le témoignage des p(»jcus et des liércti(|uc$.

Bien des protestants en conviennent, tels que Grotius, Leibnilz, Senkemberg, etc.; Buoer lui-même écriv«iit è Cranmer : Nou$ avouùnêgue^ dans ropinion des anciens Pires de r Eglise t Rome tenait (e premier rang, parée qu'elle était regardée comme la Chaire de saint Pierre, et ses évéques comme les suc^ ctsseurs du frince des apôtres, — Quiconque, dit Dumoulin, lit les écrits \les Pires du iv* et du V* siècle, verra qu'ils accordent la primauté à tévique de itome, et qu'ils affirment !m'à lui appartient la sollicitude de toutes es Eglises, Ei ce sont vos ministres les plus fameux qui parlent ainsi, tant c'est une vérité claire que le Pape est le successeur de saint Pierre et l'héritier de sa puissance apostolique. »

— Dom Guéranger, répondant à un article de M. de Rèmusat, a eu occasion de relever certaines attaques contre la papauté. En reproduisant un fragment de cette réponse, nous n'entendons pas en assumer la responsabilité, quant è la forme, qui nous parait trop vive; nous croyons seulement que ce morceau est utile è citer comme document : € Tout ce qui précède peut, jusqu'à un certain point, être mis sur le compte de la léf^èreté d'un homme du monde, mais ta tirade qui fait suite offre une triste preuve del'ho»tilité concentrée, mais implacable, que la philosophie séparée, conserve à TE^Iise. Je ne sache rien de plus propre à détromper ceux d'entre nous qui ont conçu des espérances sur cette école et qui ne craignent pas de la prôner etde la flatter. Il s'agitde Rome, qui, comme l'on sait, est intervenue dans la controverse traditionaliste, en envoyant à souscrire quatre propositions qui devaient servir de règle en ces questions. Ces pro-

Eositions ont pour objet de relever la raison umaine de rabaissement dans lequel plusieurs voulaient la tenir ; ne semble*t-il pas Sue, du moins dans une telle démarcne, ome devait trouver grâce auprès de M. de Bémusal? Ecoutez son incroyable appréciation d'un fait que l'on aurait cru digne de toutes ses sympathies. Après avoir parlé des conciles assez obscurs que nos provinces des Gaules ont tenus il y a quelques années, et qui ont dans leurs décrets proclamé les principes opposés au traditionalisme, M. dé Rémusat ajoute : £nyifi le Souverain Pontife a tenu un semblabU tamgage* La cour de Rome, en effet, dans tout ce ^i ne touche pas trop directement son autorité, incline à la modération. Elle est politique, eest-à-dire quelle est sensée. Or, maintenant ses droits sont omp/ement reconnus. Elle a obtenu et elle obtient chaque jour des églises nationales beaucoup plus que depuis des siècles elle n'aurait osé espérer ni prétendre. Cette victoire^ qui assurément n'est pas sans dangers et que nous sommes loin de célébrer, a cet avantage de porter un vainqueur naturellement doux et prudent àvrouver sa supériorité par sa sagesse. Le Pape n'aspire quà dominer dans un royaume de paix, et les doctrines violentes^ les témérités d'esprit et de raisonnement qui cherchcHl à lui plaire^ ne sont pas plus dans

DICTIONNAIRE DU PÂHALLELE.

8e$ goûts que dan$ ses iniérits. Les ennemis de VEglise ont souvent parlé de Rome Avec nias de violence que ne le fait ici M. lie Remusat ; ront*ils jamais fait avec plus de mépris? je no toucherai pas la question; mais il V a du dépit dans ses paroles. Le Saint-Siège s'est prononcé en faveur de la raison humaine, que de faux systèmes tendaient à annihiler; c*est dans son intérêt, c'est par politique qu'il a parlé en ce sens; ce n'est point parce qu'il aime la vérité, c'est jiarce que la paix lui est agréable et commode! Franchement, il faut qu'un philosophe soit bien difficile. Si Rome eût gardé le silence sur le traditionalisme, M. de Remusat se fût cru en droit d'attribuer ce silence k des sympathies pour cette erreur; elle s'explique contre : son antagoniste refuse de lui en savoir gré. Notez qu'il vient de rappeler, à la page précédente, la doctrine du Catéchisme du concile de Trente, qu'il reconnaît conforme à celle des quatre propositions; n'importe; si Rome prononce dans le sens du Catéchisme, ce n'est point parce qu'elle a toujours enseignéainsi, c'est pour dominer dans un royaume de paix. Qui peut tenir un pareil langage,si ce n'est un ennemi?

« Quant à ce que dit H. de Rémusat sur le peu de sympathie que lui inspire le dévelopf*ement de l'autorité pontificale, il me

rirmettra d'en être surpris. Que lui importe, lui, qui n^est pas Catholique, que le Pape exerce ou n'exerce pas tel ou tel droit? Qu il Jaissa donc ceux qui croient aux clefs de saint Pierre, s'incliner devant elles, et puisqu'il a écrit l'histoire de saint Anselme, et qu'il connaît par conséquent le xr siècle, qu'il ait donc la justice de reconnaître que les barrières au moyen desquelles on avait entravé l'autorité pontificale sont après tout d'assez fraîche date. Il a peu de eoût pour les gouvernements absolus; qu'il se rappelle un peu que les prétendues lit)ertés gallicanes ne se sont formulées et n'ont pris l)hce dans la loi qu'à l'époque où l'absolutisme commen^it k s'étendre sur les Etats européens. Il faut dire aussi, pour être juste envers tout le monde, que l'Assemblée constituante de 1789 ne s'entendit pas mal non plus k affranchir la France du joug du Pape. Dans tous les cas, si M. de Rémosat veut y réfléchir, il conviendra que la philosophie n'a pas couru trop de risques aux époques oii l'ultraipontanisme dominait.

Saint Anselme, son héros, n'était pas mal ultramontain, et quant k sa puissance comme philosophe, il faut qu'elle soit remarquable, puisque c'est pour la glorifier que If. de Rémusat a entrepris son intéressante biographie de ce grand archevêque. Saint Thomas d'Aquin n*était pas sans doute non plqs un contempteur de la raison humaine ; néanmoins c'était encore un ultramontain. Que M. de Rémusat se rassure; les libertés gallicanes ont fait peu de chose en fiiveur de la philosophie, et quant au caractère des hommes de l'Eglise, les doctrines ultramontaines ont su parfois l'élever assez haut, témoin encore saint Anselme, et l'on pourrait

en citer bien d'autres. Ce n'est pas ici leliea d'examiner jusqu'k quel point les doctrines gallicanes peuvent leur être comparables sous ce rapport.

« M. de Rémusat ajoute k ce qui précède ces insultantes paroles : Lisest les eneyeU-

Îfues sur les questions qui intéressent la philosophie^* écartez une phraséologie matheu' reusSf les gémissements affectés^ tes tmputotions gratuites 9 tout le fâcheux style delà chancellerie romaine , et souvent vous (rouverex au fond les droits de la raison recon^ nus à côté de ceux de la foi. Et de quoi donc vous plaignez-vous, philosophe, si les encycliques reconnaissent les droits de la raison? A la mauvaise humeur de votre style, en dirait que cette reconnaissance vous blesse; il n'en devrait pas être ainsi, cependant, i moins que votre antipathie pour 1 Eglise ne soit plus vive encore que votre zèle pour les droits de la raison. Voilk donc ce queveus signalez dans les encycliques des Souverains Pontifes : UnephrasMogiemalheureuse; m^is estirclle donc toujours si heureuse, la phraséologie des philosophes? Les gémissemenu affectés; ces paroles, je l'ose dire, sontone lâcheté. Une fliusse pnilosophie a juré d'éteindre la foi dans lesjeunes générations, et parce que Rome, qui est leur mère, gémit sur leur perte, voici que celte pbilosopaie a le triste courage d'insulter k sa douleur. Les imputations gratuites ; de grkce ne les appelez plus gratuites^ ces împula/tans, voas les justinez trop en ce moment. Le fâcheux style de la chancellerie romaine; celte expression n'est pas de M. de Rémusat; on en trouve l'équivalent dans Luther, k pro|)Os des Décrétafes. En accumulant ainsi, avec tant de fiel, toutes ces injures contre les encycliques romaines, M. de Rémusat s*esl-il souvenu que deux cents millions de Chrétiens sur la terre les lisent ou les entendent lire avec un souverain respect? Je l'ignore; mais ce que je sais, c'est que leur séné, qui débute par deux Kpttres cle saint Pierre, se prolonge pendant plus de dix-huit siècles, qu*elle se continuera jusqu'aux derniers jours du monde, et que l'on n'a pu encore y signaler une contradiction. Heureuse la philosophie si elle pouvait se vanter d'avoir conservé une pareille unité dans ses doctrines, pendant la dixième partie d*une telle durée I »

— « Les grands génies, » dit Mgr l'évêoue de Poitiers, dans sa oelle Instruction synodaU sur kome^ « les grands jgénies éciosent dans tous les climats, et Dieu n'a jamais cessé d'allumer de magnifiques flambeaux sur tons les points de son Eglise. Hais toutes choses égales, on ne trouve plus nulle part, autant qu'k Rome, cette sOreté de tradition qui vient en aide au génie, qui le remplace souvent avec avantage, et qui le préserve toujours des écarts, auxquels il est exposé. ^ 9 Ce serait chose injuste,» ajoute Mgr Luqoet (Univers du k octobre 1857), « de nier les services que rendirent autrefois nos vénérables écoles sacerdotales, la Sorbonne en i>articu* lier, c<Hte mère de la science parmi oou:-

PAPE

Mais il 7 aurait, ce nous semble , un autre aveuglement, à ne pas reconnaître les défauts où les mêmes écoles finirent par tomber. Ces défauts nous paraissent graves.

Peut-être serions-nous dans le vrai en disant (jiio les grands désastres révolutionnaires arrivèrent sous ce rapport, par une permission toute divine, pour atteindre des abus irrémédiables sans ce fléau et pour en préimrer la destruction. Aussi l'évidence des faits va nous répondre : Que nous enseignait la Sorbonne è la fin de son existence f En dogme, le gallicanisme, qualifié de schisme vaniteux et inconséquent par les ennemis mêmes de rEslise ; en morale, des doctrines d'une sévérité outrée qui éloignaient les Ames de la lui et contribuaient activement i Tœuvre de destruction ; en droit législatif, des principes qui nous valurent le mariage civil (le droit des empêchements dirimaots reconnu au prince), et tes appels comme d'abus au conseil d'£tat ; on litur^e pratique, des exigences excessives, et qui eurent des suites très-fâcheuses. Or, depuis quelque temps les meilleurs esprits reviennent... mais tout n*est pas accompli : bien des difficultés demeurent... Le séminaire français de Rome n*a-t-il pas à ce point de vue une importance toute particulière? •

Ces réflexions répondent suffisamment aux vues de M. Renan i^ur la papauté, vues qu*on trouve à Tarticle RivitATioir.

M. Octave d*Assailly, dans un travail sur les mifinestiiffer, écrit avec une rare éléeance, et publié dans le Correêpondant du 25 novembre 1857, s'exprime ainsi sur les croisades: «Sans vouloir porter un jugement approfondi sur les croisades, nous demandons seulement si jamais a retenti ici-bas (larole plus étonnante que celle qui fut prononcée à Rome au mi lien des cendres des martyrs et répétée dans lachrétienté tout entière comme tin mot d'ordre descendu du ciel ; si jamais entreprise a eu Dieu plus immédiatement pour Dut : dans quelle autre jamais les actions et les vertus tinrent plus de place, les hommes témoignèrent avec pi us d*éolat de leur foi... Nous Pavons compris en voyant Walther de la Vogelweide oublier les aventures galantes, les tournois, lesfêteset les dames, se préoccuper ardemment de la conquête de la Terre-Sainte, devenir prédicateur fougueux, et aller, comme Pierre l'Ermite, >ecouf*r partout les princes sous la pourpre, l'âme des chevaliers sous la cotte de maille. Il est admirable lorsque, unissant sa voix à celle des Papes Innocent III, Honorius III et tîrégoire Ix, il rappelle à l'empereur Frédéric que Damietto est perdue ; que les oliviers, dont les racines ont bu le sang de Jésus -Christ, ombragent maintenant les cruautés et les sérails des infidèles. Il s'indigne de voir partout, dans les chapelles, les troncs auxquels la sage prévoyance des descendants de saint Pierre avait donné trois serrures et trois gardiens (bulles d'Inn. III), ^ goraer de Tépai^ne du pauvre, de Targent du riche, et ne servir en dépit des précautions minutieuses suggérées par le Pontife,

qu'à dépouiller TAUemagne au profit de reliffieux dont la cupidité se substitue traltrenséinent aux expéditions d'outre-mer... L'Eglise semblait toucher à l'apogée de sa puis* sance... Tous ses ennemis avaient disparu... L'Occident était pavé de ses victoires; les roues de son char n'avaient plus h redouter la borne des Dioclétien et des Néron. Et cependant elle rêvait au milieu des tombes de saint Pierre et de saint Paul des armements inouïs; elle s'agitait comme une prophétesse, et criait partout : Croisade, croisade 1 C'est que de toutes parts, en Espagne, en Autriche, en Italie , l'islamisme menaçait d'envahir la chrétienté; c'est que l'œuvre du Rédempteur était en danger; c'est que des milliers d'in<fortunés se tordaient les bras de désespoir sur les rives de Palestine, et demandaieni sans cesse au Ciel et aux vagues de leur envoyer des sauveurs. »

Terminons par un fragment du beau Mandement de Msr de Salinis sur le Jubilé -• — c Dieu a fait Te temps et l'espace pour être le cadre d'un dessein éternel. De là, de merveilleuses harmonies que les mystères et les institutions du christianisme nous font entrevoir, mais dont le secret ne nous sera pleinement dévoilé que dans le ciel.

« Lorsque Dieu eut créé, d'un mot l'univers, « il étendit le cordeau sur la terre» « nous dit Job (xxxvui, 5), il la mesura. »Si, d'après l'économie de l'œuvre surnaturelle accomplie sur la terre, nous cherchons à deviner ces lignes tracées h l'origine par ia main de Dieu, ne nous semble- t-il \itks les voir converger successivement vers deux régions, deux villes marquées diversement, mais d'une manière également visible, par le sceau de la Providence?

€ La Judée est évidemment le premier centre du plan surnaturel de ce monde : la Judée où il faut aller, pendant deux mille ans, si l'on veut entendre les voix du ciel qui redisent le passé du monde, et qui racontent son avenir; si l'on veut suivre un à un tous les anneaux de la chaîne divine qui relie le berceau de la race humaine au Calvaire, la déchéance à la rédemption ; la Judée qui vit naître et mourir le Sauveur : la Judéedont les montagnes ont desécbos qui recueillirent les paroles de l'Homme-Dieu; les lacs, des tempêtes qu'il apaisait ; les chemins, une poussière qui garde l'emnreinte de ses pas ; la Judée entin ou fut dressé l'autel du sacrifice, et où fut répandu le sang divin qui réconcilia la terre avec le ciel.

« On s'explique comment, h une époque de foi, l'Europe fut, un jour, arrachée de ses fondements et se précipita vers la Palestine, à ce cri : Dieu le veut I parti de la bouche de c«t homme étonnant, aece fils de l'Eglise d'Amiens, l'une des merveilleuses figures d'une é^ioque héroïque, que l'on cherche, que l'on aimerait h voir revivre dans les murs de la villa qui lui donna naissance. (Ce vœu a été exaucé depuis.)

« Mais si nos aïeux purent affranciiir un moment la Judée par leurs armes, il ne leur était {His donné de rallumer à l'ardeur de

leur foi la vi6 divine éteinte sur uae terre qttiy après avoir fatigué si longtemps la miséricorde de Dîea, en a été pour jamais délaissée; Jérusalem n'est qu*UQ cadavre; il D*y reste que Tombre d*oa passé miraculeux enseveli avec Jésus-Christ, et brisé avec la pierre de son sépulcre. Or, après que Jérusalem eut mérite d*être déshéritée des promesses pour n'avoir pas compris et pour avoir repoussé le salut qui lui venait du ciel, le centre du plan surnaturel du monde dut être déplacé nécessairement par la main de Dieu.

« Où sera assise cette Jérusalem nouvelle, dont l'autre n'avait été que la figure, cette Jérusalem céleste que les prophètes avaient Vue se lever du milieu de la nuit de TidolA* trie, comme une reine couronnée de lumiè^ re, et destinée è éclairer tous les peuples, jusqu'à la fin des lerapsT II n'y a qu'à regarder le passé du monde, et Ton voit se préparer et se dessiner d'avance la pensée divine qui répond à cette question.

« Kn dehors du peuple juif, qu'est-ce que l'histoire des anciens temps? une scène mo*bile où les peuples succèdent aux peuples, où les empires s'élèvent sur les ruines des empires, où des races tour à tour victorieuses se passent te sceptre, jusqu'à ce que Tépée du légionnaire romain, enrayant la roue des révolutions qui emporte le monde depuis son origine, fixe et absorbe toutc*^ prodigieux mouvement dans l'unité de l'empire romain ; l'enfantement de Rome, c'est le travail de l'humanité dans les temps anciens. 11 se trouve que l'Egypte» et la Grèce, et Carthage, et TBspagne, et les Gaules n'ont dit que préparer les pierres oui servent à construire l'édifice de la grandeur romaine : tH ce monde, fait avec je ne sais combien de mondes, a des proportions merveilleuses : on n'admire pas moins l*art infini qui a cimenté ces éléments que la force prodigieuse qui les a rapprochés. En regardant liome païenne, on peut dire : voilà le suprême effort de l'homme, voilà jusqu'où peut aller sa puissance 1

« Bt cela avait été ainsi ordonné d'en haut, afin qu'il fût montré un jour, par une épreuve solennelle, que la puissance de l'homme reste toujours au-dessous de la puissance de Dieu.

« Cette épreuve, vous la connaissez : nous n'avons pas à raconter ici ce duel de trois siècles entre Rome et l'Eglise, où la Providence se plut à réunir toutes (es cîroooslances qui pourraient le rendre décisif.

« Le miracle du triomphede l'Eglise sur le monde est demeuré visible à Rome, et il en résulte que rien n'égale l'impression que la vue de cette cité deux fois souveraine fait sur l'âme du Chrétien.

«( L'ancienne Rome apparaît couchée dans ie silence et dans la majesté de ses ruines. L'imagination refait l'histoire avec ces débris : Rome monte de siècle en siècle, et, lorsque, arrivée au fiilte de sa puissance, elle semble poser dans le Capitule la base immuable do la terre et du ciel, il se irouve

qu'elle n'a fliit que bAtir le piéilestal d'une plus haute unité. Un pauvre pécheur de Galilée pose la pierre immobile, autour de la- 2 uelle s'accomplira l'évolution des destinées ternelies de l'humauité, sur la pierre même autour de Iaquelledevaienttourner,ju8qu*è la fin des temps,les destins temporels duoionde:

Cftpitoll Immobile saxiim. ^.

(VtAGiL. jBnnd,y ii, UB.)

« Les aides fuient devant la croix :les Pa* pes succèdent aux Césars.

« Les Papes et les Césars I le miracle qoe nous contemplons est tout dans ces deux mots.

« Les Césars, la suprême manifestation de la puissance de Thommel Qu'ont-ils duré? Les Papes, humainement ce qu*il y adeplos faible I ils durent depuis dix -huit ceou ans.

« Les assises du monde romaine taientsi profondes, elles paraissaient si indestructibles, que l'on aurait dit que le trône de» Césars ne pouvait crouler qu'avec le monde.

« Il ne fallut, pour l'emporter en fionssière, qu'un vent de tempête venu du Nord.

« Aujourd'hui, comme à Torigine, lorsque l'on regarde du cAté de la terre la base de TEglise, on ne voit que des étais si fragiles, qu'il semble que, pour renverser le siège du successeur de Pierre, un souffle doit suffire.

c Attila baissa devant lui son épée. Le plus grand guerrier des temps modernes ; a t)risé ta sienne.

« Ainsi l'amour a fait un empire plus durable que la force.

« 11 a liiit en même temps un empire pitts étendu.

« liOrsque l'ancienne Rome croyait que ses aigles tenaient l'univers dans leurs serres, elle se trompait dans son orgueil. A l'Orient, plus loin que ces peuples quelle enchaîna les derniers au char de ses triomphateurs, et qu'elle supposait placés aux confins du monde, it existait tout un monde dont Rome soupçonnait à peine Texisteuce. Aa Nord, par delà les fleuves mystérieux, contre lesquels Rome avait appuyé son empire. Dieu rangeait déjà en bataille, dans des SO' litudes inexplorées, l'armée de nations devant taquelle devait tomber bientêl Tempire romain.

« 0ès la fin du m* siècle, les conquêtes de l'Eglise avaient dépassé le cercle de la domination romaine. Qu'est-ce donc, aQjou^ d'hui que la terre a reculé si prodigieusement ses limites, que tant de mondes nouveaux ont été ajoutés à l'ancien monde, et Ju'il ne reste pas sur le globe un point si loigné oCt les missionnaires ne se soient élancés à 1^ suite des navigateurs les plus hardis, pour y planter la croix, pour en prendre possession au nom de l'héritier de l'Homme-Dieu.

« Lorsque les Césars commandaient du haut du Capitole, ce n'était donci après touU qu*une portion de l'humanité dont la terreur ployait les genoux.

« Lors(|uc, du haut du Vatican» ou de Saint-

PÂRiVDIS.

Pierre» .les Papes jettent une bénédiction» une Indulgence à la ville cl au monde» c*est toales les branches de la famille humaine

3ae Kamour et la reconnaissance inclinent evant eux. »

PARADIS. — On lit dans le livre de M. Henri Martin, intitulé La vie future^ p. 1^3 de la 2* édition :

«Certains philosophes flottant entre le sensualisme el le spiritualisme ne sont pas contents du sort que la Théologie catholique assigne aux bienheureux ; ils craignent que les bienheureux ne viennent à s*ennnjer de leur félicité contemplative et immuable» et qu'ils n'aient lieu de regretter la vie terrestre, qui» a?ec ses misères» offre du moins la variété» Tactivité et la possibilité du progrès. Nous répondons» que Tobjection transporte arbitrairement dans la condition future les penchants et les besoins inhérents à la conaition présente de Thomme. Pour tout être qui n*a pas atteint le but de son existence et qui a la liberté de tendre vers ce but» le progrès est un besoin et un devoir. L'inquiétude et Tennui» qui tourmentent Thomme au milieu des choses vaines auxquelles il voudrait s'arrêter sont des avertissements de Dieu c|ui veut que l'homme neserepose qu'en lui. Or» ce repos n'est pas bit pour la terre» qui est le lieu du combat; rbomoie trouve l'ennui partout» même dans les choses saintes» quand il essaye de s'en occuper un instant, sans y donner SCO cœur ; les distractions rj poursuivent et Tjf fatiguent, lors même que soo intention est droite et pure» à moins que» pour un temps et pour ranimer son courage» Dieu loi-mème ne s'empare de toutes les puissances de son ftme;il faut lutter, il faut souffrir; c*est la condition de l'épreuve terrestre. Hais l'être qui a conquis par la vertu le but de son existence peut bien s'y reposer, quand ce but est l'union surnaturelle avec Dieu par la pensée et par l'amour.

« La variété sera-t-elle nécessaire à notre nature intelligible, même dans cette condition sublimo? Admettons, par hypothèse»

Ju^ilen soit ainsi. La yariété manque-t-elle 000 dans l'unité et dans la perfection ia- Goie de Dieu» cause et principe de toute variété» et de toute unité dans la création? Le vrai Dieu n'est pas Fabsolu vide» sans actiyité» sans pensée» sans amour, cette conception abstraite et sans réalité » divinisée par une philosophie insensée» ce néant doucette philosophie prétend faire sortir toutes choses par une nécessité supposée, qui est une évidente impossibilité. Le vrai Dieu que le Chrétien adore et qull espère contempler un jour, c'est la puissance» la peosée et l'amour infinis» personnellement distincts et éternellement inséparables dans Tunité de la substance difine. Notre fiiiiU contemplera le Père éternel» la puissance iuliuie et immuable» engendrant éternellelueot en elle-même son verbe» c'est-à-dire la pensée inOuie. Notre âme contemplera lo Fils» le Verbe^ la nenséo divine, qui dans son unité invariable» comprend éter-

nellement toute vérité» la science de celui qui est (fxod. m, 14) par lui-même» de tout ce qui existe par lui, et de tout ce qui peut être. Notre Ame contemplera l'Esprit-Saint oui procède du Père et au Verbe» et gui est 1 amour infini de Dieu pour la perfection absolue existant éternellement en lui avec conscience d'elle*même. Notre Ame contemplera dans la Trinité» le libre décret de Dieu se déterminant à produire hors de lui-même» è conserver et a régir par des lois souverainement sages toutes les créatures ; décret éternel» dont les effets apparaissent suivant Tordre voulu et dans les temps marqués par la toute-puissance créatrice ; décret immuable» qui, établi d'après Tomniscience dans Téternité indivisible» à laquelle tous les temps sont présentsaux mêmes titres, s*accommode à tout, même aux actes libres des créatures raisonnables, sans avoir besoin de varier jamais. Notre Ame contemplera la providence de Dieu, ordonnant tout avec puissance, avec sasesse» avec amour, dans le monde visible des corps» dans le inonde invisible des purs esprits , et dans rhumanité» qui appartient en même temps k ces deux mondes. Notre Ame verra l'accord de la grAce divine et de la liberté humaine dans l'épreuve terrestre de l'homme; elle verra, dans la Trinité sainte, l'origine et le secret de ces deux adorables mystères de puissance» de saçesse et d'amour» qu'on nomme le mystère de l'Incarnation et de la rédemption du genre humain; là aussi elle verra l'accord de la bonté de Dieu et de sa justice dans le mystère de réteroité des peines €t des récompenses. En cette vie» nous ne faisons qu'entrevoir Dieu» au fond de notre pensée et derrière ses œuvres. La religion nous révèle, dès maintenant» quelque chose des perfections incompréhensibles de l'Btre suprême; mais c'est soos le voile du mystère.

«Alors le voile sera levé» notre intelligence verra Dieu tel qu'il est» et les puissances de notre Ame accrues et fortifiées» ne trouveront pas pour lui assez d*amiration et d'amour.

« Et puis, quel sera le tbéAtre de la vie immortelle? Ne sera-ce pas le ciel» c'est-hdire l'univers entier? Quelle sera la société des habitants de la cité céleste? Ne serace pas la société bienheureuse» qui maintenant se réjouit, nous dit l'Evangile» de la conversion de chaque pécheur» et qui alors célébrera dans une joie unanime son triomphe éternel?

# Quel est l'objet» la source intarissable de cette joie des bienheureux? N'est-ce pas la perfection suprême de Dieu, la L>eauté toujours ancienne et toujours nouvelle»

contemplée en elle-même» se réfiécbissant dans toutes ses œuvres visibles et invisibles» matérielles et intelligentes» et versant dans les Ames de tous les ibienbeureux un amour qui vient d'elle et qui retourne i elle en embrassant dans un transport commun tous les êtres qui Taiment? N'est-ce pas li vraiment uu bQûbei»r q*.;*» l'^e»! '»'c 'vs

vu, que Toreille n'a pas entendu, et qui n*e$t jamais entré dans Tesprit de ]*homme sur la terre ? Quelques âmes favorisées de Dieu en ont eu un pressentiment et comme un avaut-goût; mais le langage humain a été impuissant à en traduire toute la suavité surnaturelle. Consultons pourtant ces âmes saintes, dans les pages inspirées où elles ont laissé une légère esquisse de co qu'elles ont senti pendant ces heures de ravissement, toujours trop tôt écoulées.

Demandons-leur si elles ont craint de voir ce bonheur s'accomplir et durer à jamais; demandons-leur si elles ont craint de s'ennuyer un jour et de regretter dans la cité céleste les misères d'ici-bas.

« Quelques-uns de nos adversaires paraissent craindre particulièrement que les bienheureux n'aient lieu de regretter, dans leur vie angélique, certaines jouissances qui nous sont communes avec les animaux, et qui, dans les desseins de la Providence, sont un attrait utile concourant au but d'une union sainte dans la condition terrestre de l'homme déchu. Le Christ, dans l'Evangile, écarte d'un mot cette pensée, en iïisani: Après la réêurrection^ le$ hommes et les femmes ne se marieront plus ; mais ils i aront comme les anges de Dieu dans le cieL {Matth. XXII, 31.) Dujdste, pour répondre à cette objection, il n'est pas nécessaire de recourir aux textes sacrés; car le platonisme sufQt : on n'a qu'à lire le beau discx)urs de Diotime dans le Banquet de Platon, on y verra que ces jouissances inférieures n'appartiennent pas à l'idéal parfait du bonheur et de l'amour. • . •

« Fort de l'autorité de saint Augustin, j'ose hasarder l'hypothèse suivante, qui me parait se concilier très^-bien avec les textes sacrés : la terre, ce petit coin du monde, est poumons le lieu de l'épreuve; elle est le champ clos où le libre arbitre, provoqué et soutenu par la grAce divine, doit vaincre les passions mauvaises. Le ciel, c'est-à-dire l'univers entier, *que Dieu remplit de sa présence et où sa volonté est faite comme elle devrait l'dtre par les hommes sur la terre, le ciel, dis-je, est le champ ouvert au triomphe; c'est la patrie, où la récompense des enfants de Dieu sera de le contempler, et de l'aimer éternellement en lui-même avant tout et par-dessus tout, mais aussi dans l'unité, la perfection et la variété inGnie de ses œuvres, puisque voir Dieu, c'est voir en même temps sa providence qui (gouverne toutes choses, c'est voir en Dieu les merveilles qu'il opère.

« L'étendue du monde, comme toute quantité réelle , est finie. Par conséquent, à partir de la terre,dans une direction quelcon- L|ae, il y a un dernier atome, et au delà il n'y a plus que l'espace indéfini, qui n'est pas un être réel, mais la possibilité illimitée de rétendue et de la distance. Dieu est présent par tout l'univers par son action créatrice et conservatrice ; en outre, il en Hrasse l'espace indéfini (Hir sa toute puissance, qui peut

réaliser indéfiniment ces mondes au delèdes limites actuelles de l'univers. Sijedesc9ni$ au fond des enfers^ dit à Dieu le Psalroiste, je t*y trouve^ et si je monte au-dessus de (oui les cieuXf je t'y trouve de mime. {Ptal, cxxxviii, 8.) Supposez qu'un jour les corps ressuscites doivent s'élever au-dessus et au delà des limites actuelles de l'univers, tandis que tous les autres corps de cet univers garderaient leurs places : les corps résuscités continueraient défaire partie de ce même univers, dont les limites se trouveraient ainsi reculées par le seul fait de la présence des bienheureux au delà de ses limites actuelles.

« Mais est-il à présumer que le eîei, où Dieu fait éclater plus spécialement sa puissance, le ctef, où, dès maintenant, les pari esprits et les Ames saintes résident en sa

Erésence, et qui sera le séjour éternel des lenheureux après la résurrection des corps, se trouve dans le vide sans limites, au delà des étoiles tes plus éloignées de nous? Cette hypothèse me paraît invraisemblable. Elle ne trouve aucun appui dans nos Livres saints, où l'on ne peut citer en sa faveur aucun texte qui ne s'explique tout aussi bleo et même mieux dans l'hypothèse contraire. « Suivant les Livres sacrés de la religion Mazdéenne, le séjour d'Ormuzd et des âmes bienheureuses serait au-dessus de la voûte du ciel. Depuis le commencement de Tépoque alexandrine, cette croyance des sec* tateurs de Zoroastro a pénétré, avec les mystères Mitbriaques, dans le monde grec et romain, elle a été propagée par les néoplatoniciens avec les prétendus Oracta chaldalqueSf ou Oracles de Zoroastre et dei mages; elle s'est combinée avec les systèmes astronomiques d'Aristote, d'Hipparaue et de Ptolémée. Ainsi s'est formée l'hypothèse d'a-

f»rès laquelle les sphères ou se mouvaient e soleil, la lune, les planètes et les étoiles fixes, et dont la terre occppérait le centre commun, seraient enveloppées dans des deux de cristal , enveloppés eux-mêmes dans le ciel emnyr^e, séjour delà Divinité et des Ames bienheureuses. Cette hypothèse, née au sein de la philosophie païenne, mais acceptée par quelques Pères de l'Eglise, et après eux par des cosmograuhes du moyen Age, a trouvé faveur dans Ta théologie scolastique, i laquelle aucun meilleur système du monde ne s'offrait dans l'état où étaient alors les sciences. Mais jamais celte manière de concevoir le séjour des bienheureux n'a été érigée en dogme par l'Ëglise; il est vrai que cette conception |)0urrait, avec quelques modifications, s'accommoder au système cosmographique de Copernic ou de Newton, aussi bienqu'à celui d'Aristote ou de Ptolémée, ou qu'à celui de Zoroastre. Mais cette hypothèse me parait peu vraisemblable.

« N'est-il pas, en effet, plus probable qae le siège principal de la puissance de Dieu, le séjour réservé à ses élus, le ci>/, ainsi nommé par les Livres saints, au lieu d'être dans le vide» dans l'espace en •**>>«rs de

l'oaifers, est dans les régions SCiDsles des astres, au milieu des plus belles merveilles de ia crëalion, où éclatent la grandeur, la sagesse et la bonté du Créateur 7 Sans doute» les bienheureux ix>urraient s'élever au delà du dernier des astres, et, là même. Dieu serait toujours avec eux. Mais n'auront-ils \WiS daos l'univers un séjour assez grand et assez digne, tout plein de la présence de Celui qui Ta créé et qui régit par sa providence toutes les choses visibles et invisibles ? Rien ne nous autorise à penser que Dieu soit plus présent au dehors de cet univers.

« Y a-t-il dans l'immensité des cieux une région qui soit plus spécialement U cîe/, UparadtSf séjojir des bienheureux,? Je ne VOIS pas une probabilité bien grande en £ivëur de celle supposition; car les Livres saints laissent la question indécise, l'Eglise n*a pas prononcé» et la science humaine ne peut fournir que des données insuffisaules.

« Maintenant, £aut-il nous demander quelles pourront être les destinées du globe terrestre après la fin du monde, c'est*k*dire après la fin des générations humaines et la résurrection des corps? D'autres races dettes composés d'un corps organisé et (1 une âme intelligente et libre succéderontelles à l'espèce humaine sur la terre pour y &ubir h leur tour l'épreuve qui conduit aux peines éternelles ou à l'éternelle félicité? Y a-t-il, outre la terre, d'autres corps célestes où d'autres races du même genre subissent, ont subi ou subiront des épreuves analogues? Quelques-unes de ces races ontelles eu ou auronl-elles besoin d'un Rédempteur? S'il en est ainsi, ne peuvent-elles pas participer aux effets de la rédemption opérée sur la terre en fiiveur de l'espèce humaine, et s'appliquer k elles-mêmes par la foi et par le repentir les mérites de cette rédemption unique? Ce sont là des questions insolubles , mais inutiles pour Thomme, et qui ne doivent inquiéter ni la foi ni la raison. •

PÉCHË ORIGINEL.— S'il fallait rapporter ici toutes celles des doctrines païennes qui l>euYent servir k prouver le dO(|me du péché originel, il faudrait faire l'histoire complète de toutes ces aberrations qui découlent, comme de laur source, de la faute du premier homme. Nous nous bornerons à montrer que les païens ont conservé le souvenir de ce dogme fondamental, quoiqu'ils l'aient gravement altéré.

• Les Ames, » dit M. Creuzer, exposant la religion de l'Inde (t. I, p. Sn9), « dans le rours fatal de leurs migrations, |)arcoureHt nice!>samment tous les corps. Non -seulement rien, dans la nature, n'est absolument inanimé; mais toutes les sphères, tous les mondes, tous les règnes, jusqu'aux plantes et aux pierres elles-mêmes, sont peuplés d esprits déchus d'une noble origine, et qui sans cesse tendent k y retourner. L'univers entier, sous ce point de vue, est comme un ^aste punjatoire. »

« On sait, » dit la Revuê catholique (Lou-

i; ORIGINEL.

vain,Janvier 1856),«qtte,d'après Platon, notre Ame a contemplé le Verbe divin et connu la vérité dans une vie anté-terrestre ou antérieure k notre vieactuelle. Incarcérée plus tard en punition de ses fautes dans un corps terrestre et mortel, elle a perdu le souvenir des connaissances qu'elle avait eues précédemment, de sorte que maintenant, ap^ prendre pour l'homme, c'est se ressimvenir. A la place du mjthe de la réminiscence, mettez le Sait historique de l'état d'innocence et de bonheur du premier homme en Îui tout le genre humain a contemplé, dit homassin, la bienheureuse lumière de l'éternelle beauté, et qui l'a perdue par le crime de désobéissance, vous découvrez dans la conception erronée de Platon la trace de l'enseignement chrétien. »

M. le baron d'Eckstein s'exprime ainsi dans le Correspondant du 25 février iSA : « Nous rencontrons plus ou moins partout quelque chose de pareil à la tradition d'un état d'tnnocenee^ tomme d'un état de chute: quoiqu'il arrive souvent que Ik où nous croyons la saisir d'une façon très-précise, ce n'est que le produit tris 'postérieur d'un thèn>e philosophique, comme M. de Humboldt Ta judicieusement observé. Mais nous trouvons quelque chose de bien plus concluant que la tradition sur laquelle on s'est appesanti trop souvent et k t^h: Nous rencontrons chez les peuples les plus sauvages, bien davantage encore chez les races les plus anciennement cultivées, un rituel des plus signiURstifs, ébauché par la coutume, ou achevé par le sacerdoce; rituel qui s'applique k la purification et k la sanctification de rtiomme, h l'effort pour la relever d'une nature dégradée, déchue. C'est une.trèsl)elle digue, élevée contre l'empire des passions« entre autres dans les antiquités du culte des races ariennes, pour tout ce qui touche la purification des aliments, celle de Tunion conjugale, celle de la naissance, celle de la mort des hommes. Elle s'étend k des époques spéciales de purification de toute une cité, ae tout un peuple. Bn appro* fondissantce sujet, en l'examinant dans ses détails, en l'étudiant dans les langues, en le scrutant dans l'institution des sacrifices, dans les établissements de la vie domestique, civile et politique des peuples de l'antiquité, on est frappé de deux choses : dii sentiment de la conscience troublée^ qui cherche k s'arracher k Vanimalité^ aux passions de la nature, pour récupérer la disnité de l'espèce humaine; de l'ossification de ce sentiment, étouffé définitivement sous le poids et la minutie du cérémonial religieux et social propre aux peuples de l'antiquité. Le fond a péri sous I amas des formes, surtout chez les païens-, mais encore trop abondamment chez les mahoméUns copistes surannés des Juifs. Si nous faisons abstraction des deux extrêmes où s'égare trop facilement la paresse humaine, l'un qui se contente de la forme sans pénétrer le fond, l'autre qui prétend saisir le fond en négligeant la forme, le premier courant parfois à

DiCTlOXNAiRE DU PARALLELE.

Tétai de sépare btanehi^ Vautre arrivant à l'état d*ane vulgarité eompUte^ l'Eglise chrétienne seule est arrivéee à la solution d*an problème vieux comme le monde ; elle y est arrivée par U séuaratidn du sacré et du profime sans détruire leurs rapports natureb et nécessaires, »

Le dogme du pëobé oriflnnel a été Tobjet d'un ottviage publié en 18U p«- M. Tabbé Guttlon^ et intitulé : LHwhvêm rtlevide la ekuit. Un fragment da compte rendu, que la BUMfhgraphie eatkolkfue a consacré à cet ouvrage aévrier I8S6>, jette un grand jour sur Tune aes principales faces du dogme de la cbute : « If. Guitton affirme que les écrivains qui, è la suite de Pascal* ont voulu prouver le péché originel» n'ont pas toujours pris assez soin d'éviter le principe de Terreur de Baïus et des jansénistes. Toujours ils sont placés dans cette alternative : ou bien ils craignent de poser ce principe : l'homme n'eût pu être créé tel qu il naît aujourd'hui, et leur argumentation est vague et chancelante; ou bienils le (losent catégoriquement, et, dès ce moment, ils donnent contre Té* cueiK Avant de porter cette condamnation, l'auteur aurait dû se souvenir que saint Augustin, après une courte mais vive énumération des misères qui accablent l'homme dès sa naissance, a cru pouvoir en conclure contre Julien et les pétagiens qui niaient le péché originel, que Thommo serait exempt de ces misères $i le péché originel n^awnt paiiiU précédé et attire ce châtiment. — Ajouterons-rous que Bossuet s'a|>proprie la doctrine et les expressions de saint Au* gusiin 7 II est vrai que les jansénistes ayant essayé de se prévaloir de cette argumentation, on a répondu que le docteur de la grlce raisonne en partant de cette vérité qu'il u d'abord solidement établie, à savoir ' que l'homme a été créé dans l'état de RrAce et de félicité ; or, ce iSiit une fois admis, rien de i^us solide que son argumentation contre les pélagiens. Mais ne résulte-t-il pas de cette réponse, la seule que les théologiens Cassent et puissent faire, que M. l'abbé Guitton est allé trop loin quand il a dit que le péché originel étant connu , on ne peut tirer de l'étude de l'homme aucune preuve capable soit de convaincre, soit 6e produireune véritable probabilité? 11 serait assez étrange que de nombreux théologiens,

rirmi lesquels M. l'abbé Guitton est porté mettre atohler, se fussent égarés en suivant saint Augustin et Bossuet. Nous nous étonnerions même que les exagérations de Pascal ne reposassent sur aucun fondement. Mais allons plus avant. L'auteur se fait-il une idée bien nette de ce qui distingue — qu'on nous pardonne cette répétition des termes de T&ole— - la nature pure de la nature tombée? Comprend-il toute la portée de cette observation des théologiens qui signalent entre in naiure pure et la nature tonSbée^ la même différence qui existe entre la nudi* té et la êpolùuion? A«t-il bien approfondi io caractère de*cAdltmeiU, de petne, que • Pie VI, dans la censure du synode do Pis-

toie, déclare être celui de la mon, et, oartant, celui des effets du péché originel? Si les misères de cette vie sont en réalité la peine du péché, est-il si étrmge qne le pécheur ressente que c'est un châtiment qu'il •subit? Si par suite du i^ché originel et relativement aux prérogatives de réut primi- -tif, l'homme n'est pas simplement «u, mais d^iouî/M, est-il étonnant qu'il ait conscience de ce caractère de son état pèsent? Sans doute, Dieu aurait pu créer l'homme dans l'état dans lequel il naît aujourd'hui par suite et en punition du péché ; mais, dans cette hypothèse, il n'aurait pas été créé pour une fin surnaturelle. Or, dans l'état que lui a fait le péché, l'homme a perdu cette destinée surnaturelle pour laquelle Dieu Tarait enrichi des dons de la nature et de la grÂce; mais en a-t-il perdu tout souvenir, tout sentiment? Est-il incroyable que Dieu ait laissé dans Thomme, après son péché, dans les profondeurs de sa conscience, an sentiment, si obscur qu'on voudra, mais réel, d'une destinée plus haute, qui n'est plus la sienne, ou avec laquelle il n'a pins de proportion ? Maïs si celait psychologique ne parait pas assez prouvé, ne fsut-il |)as du moins reconnattre que le souvenir historique de l'état primitif de l'homme et de ses premières destinées n'a jamais été ni eomplétement ni universellement perdu? Ori cette tradition ne sufBt-^Ue fias pour (iroduire dans l'homme, entre ses irrésistibles et incessantes aspirations vers Dieu et les misères de son aveuglement et de sa conçu-

tisoence, ce contraste étrange qui t fait dire Pascal, avec exagération, noua ne ie niens pas, mais aussi avec quelque vérité:

V homme eetplne ineoneetabie eaneee myitèft (du péché oriainêl), que ce myUère n'est inconcevable à l'Aomme. »

Ce qu'il faut conclure de ces réflexions, c'est que l'Eglise, en définissant cootre Bains que Dieu aurait pu créer l'homoe tel qu'il naît aujourd'hui, entend que Dieu aurait pu créer l'homme sans les dons qoii a perdus par suite du péché originel, et noo

{)as que Dieu aurait pu nous créer, tout Ha bis sans ces dons, et arec la réminiscence de leur possession. Donc la proposition de Baius offre deux sens, Tun orthodoxe, l'autre hérétique ; donc elle pouvait être condamnée, non^seulenaent k cause de son mauvais sens, mais aussi à cause ue son ambiguïté; donc cette condamnation ne s'étend pas eux deux sens qn'ellel contient; autrement il faudrait appeler hérétiques tous ceux qui ont voulu prouver le péclic originel par ces traces d'un bonheur primitif qui ont fait dire au poëte :

L*homine est un dien tombé qui se seofieni des oen )

Nous avons d^jà parlé de la méienM>\>' coso à Tarticle Ihmortautê de l'ame. N^""^ y sommes ramené naturellement ici ; r^^^ beaucoup de rationalistes prétendent aujourd'hui remplacer le dogme du péché originel par la raélempsycose. « La vieille opinion u« Pythagore, »djt M. LeCebve [Revue caiholi-

PECHE ORIOMEL.

ftff, juinl8S6),« des Brahmanes, des Druides» des prôiresde Mempbis, el de quelques sectes |»erverses, après uo loog oubli , reparaît

au grand jour M. Laurent (professeur à

dand), d'accord avec Ch. Fouriert Jean Re.vnaud, P. Leroux, admet que Tbomme nàit coupable. Il trouve la preuve de cette assertion dans les défauts de l'Ame et du corps, dans les mauvais penchants et les vices innés de Tenfant, mais principalement dans les misères qui commencent par les pleurs de Tenfant et ne finissent qu avec les derniers gi'^missements du vieillard. Les apologistes rbrétiens apportent une preuve analogue )iour confirmer le dogme cnrétien du péché originel ; mais ils considèrent cet argument couiine secondaire : pour eux« le pécné originel n*est pas une hypothèse imaginée pour expliquer I état présent de rbumanilé; c'est avant tout un dogme révélé» basé sur la parole de Dieu. Ce dogme explique parraitement les iatirmités de noire nature ; noais notre vie terrestre étant une vie d'épreuve, les souffrances de l'homme ici-bas ne sauraient seules déaM)Dtrer a priori TexisitDce du péché ori^nel.

« Nous sommes jusqu'ici d'accord avec le professeur de Gand, pour affirmer que rhomme naît dans uu état de péché. Mais |iooruuoi les hommes naissent-ils dans cet étal de pécb6 ? Ici , l'accord cesse. L'Eglise ré(K)od que tous les hommes ont pécbe en Adam. L'école pbalanstérienne au contraire prétend que les hommes n'ont pas péché en Adam, mais qu'ils ont commis des fautes liersonnelles dans une vie antérieure, «i L'enbni, • dit M» Laurent» « ne naît pas dans un état de sainteté. Il y a en lui de mauvais l'eochants, qui sont un péché ou la peine d*un péché. Or la conscience humaine se refuse i admettre qu'une faute commise par le premier homoie ait infecté la nature ; dès lors il ne reste plus d'autre solution que d attribuer ces inclinations à l'abus de la liberté dans une vie antérieure. »

Pour réfuter oe raisonnement, l'écrivain Ga« ibolique montre d'aI)ord que tous les argu- Dienlsopposés par soa ad versai reaupécbé ori* gioel reposent sur une dusse notion de ce doguie; il démontre ensuite que la métempsycose détruit les principes élémentaires de la philosophie • de la morale et de Tordre social.

11 distingue d'abord le péché aeiuei (l'acte mime de celui qui transgresse un commandement), et le péché kabitu€l (état de celui qtti a violé la loi divine et a perdu ainsi la grâce sanctifiante)* Or les incrédules supposent que r église enseigne la transmission du péché aciuel d'Adam, ce qui serait une absurdité, tandis que TEglise enseisne uniquement la transmission du péché nabi tuel <iu brcndier homme. Us supposent encore ||ueiquefois que, selon la doctrine catho* li,que, la nature humaine, depuis la chute, n est capable que défaire le mal; proposition nH)n8trueuse qui a été formellement condamnée par l'Eglise. Ils prétendent enfin que ■^ dogme du |)éché originel conduit à adûii'itreque la grande masse du genre humain

est fatalement prédestinée à la. damuation et au feu éternel de l'enfer.

« Observons d'abord, n dit M. Lefebve, « que, selon la doctrine catholique,' les enfants morts sansj>aptême, sont à jamais exclus du royaume des cieux» ou ce qui est la mènoe chose, qu'ils sont ^urivés pour toigdurs de la vie étenielle,c'estrà-<lire, delavûtonA^atifiaue: car ils sont dépouillés de la sainteté» de la justice surnaturelle, sans laquelle nul ne peut ètreadmisè partager le bonheursurnaturel dessaints. Cetteexci usion.estunecoodamuation, parce qu*elle est infligée è cause du péché d'Adam. C'est là tout ce que l'Eglise a défini par rapport aux Ames oui quittent cette vie. chargées du seul péché originel. Cette dénnition n'a rien qui répugne à la raison , ni çui puisse être taxé de cruauté , rien qui puisse être attaqué par les partisans du propres, puisqu'eux -mômes refusent la. vision oiatifique à tous les hommes et ne leur promettent que -des récompenses d'ua ordre bien inférieur. Mais les hommes exclus du royaume des cieux à cause du seul péché originel, souffriront - ils les cruela tourments de l'enfer ? Des écrivains ho^iies kl'Bglise lui imputent cette opinion, mais sans le moindre fondement .Saint Augustin, qui de tous les docteurs a professé l'opinion la plus sévère par rapport aux enfants morts sans baptême, rejette loin de lui la pensée que leurs peines soient telles qu'on puisse dire qu'il eût mieux valu pour eux de ne pas naître, f^Contra Julianum^ v, c. kk.)

« L'opinion le plus sénéralement reçue parmi les Pères et les théologiens admet que ces enfants no subiront en aucune manière la peine appelée par les scolastiques petna du aefu, mais qu'ils seront seulement privi'S de la viiion béatifique. De plus, saint Thomas (De moia, quiBSt. 5, art. 2 ad 5, I. u SerU.^ dist. 33, quaast. 1, art. 2) enseigne qu'ils ne souffriront pas de cette privation ; et il leur accorde une certaine félicité ayant sa source dans les dons naturels de l'intelligence et de l'amour qu'ils ont reçus de Dieu. Il est môme des théologiens catholiques qui ont soutenu que ces enfSnts parviennent au plus haut degré de béatitude dans l'ordre naturel. » M. Lefebve termine en montrant que le péché originel, comme l'Eglise l'entend, n'a nullement pour conséquence l'erreur de Calvin sur la prédestination absolue, et en faisant observer^ue la métempsycose , outre qu'elle ne serait qu'une sanction illusoire, laisserait, si elle existait , quelques traces dans la ooiémoire des tiommes.

— M. Pierre Dufour, dans une étode criti-

Se surlI.Guizot {Univers du 17 août 1856), t l'observation suivante, afin de montrer 3ue la source de la civilisation moderne est ans le christianisme : «i Qu'on le remarque donc: c'est un dogme chrétien, bien décrié par les esprits irréligieux pour cette fntile raison quil est mystère, c'est le dogme du péché originel , lié au dogme de la rédemption, qui, dans les pays civilisés par Jésos- Christ et par son Uglise, fait respecter k sa naissaiice l'enJEaut déshérité de ce qui rend

DICTIONNAIRE DO PARALLELE

J^homme complet dans son corps. C'était aussi pour les anciens un mystère que celte dis* grâce originelle ; ne pouvant Texpliquer par sa cause qu'ils ignoraient, ils y voyaient une dérogation à l'ordre naturel» une difformité, et Ils la faisaient disparaître avec cette froide bart)arie dont nous autres Chrétiens nous sommes stupéfaits, ne la comprenant plus. Chose étonnante 1 C*est un mystère eclaircissant un autre mystère qui a lavé la civilisation de cette tache; la faute originelle explique la difformité native et met le pauvre être qui en est affecté sous la divine protection du Rédempteur. »

— Le bienheureux Odon, évoque de Cambray au xi' siècle, a laissé un traité du péché originel, dans lequel il se sert du réalisme pour aider à concevoir ce mystère. Nous nous bornerons h en citer quelques lignes , et nous renvoyons pour le reste à l'ouvrage lui-même, qui mérite d'être lu en entier, c Le péché naturel , » dit Odon , « est celui avec lequel nous naissons et que nous contractons d*Adam, en qui nous avons tous péché. Car mon flme était eu lui spéciQque* ment, non personnellement. Or, si la nature commune de toute Ame humaine était dans Adam assujettie au péché, toute Ame humaine est coupable selon sa nature, bien qu'elle ne le soit pas quant h la personne. Ainsi, le péché que nous avons commis en Adam, est naturel en moi, mais il fut personnel pour Adam. Il fut plus grave en Adam qu'en moi ; car... j'ai pécné en lui comme homme, non en tant (qu'Odon ; j'ai péché comme substance, non comme personne; mais comme la substance n'est que dans la personne, le

I'éché de la substance est aussi le pécbé de a personne, sans être un pécbé personnel. € Le pécbé personnel, au contraire, est celui que je commets moi-même, en tant que je suis Odon , et non pas en tant qu'homme seulement; c'est celui que je commets comme personne, et non comme nature; mais comme la personne n'existe pas sans la nature, le pécbé de la personne est aussi celui de la nature, sans être un péché naturel. » M. Labis, è qui nous empruntons cette traduction , ajoute dans le n* de Septembre 1853 de la Revue eatkolique de Louvain : « L'auteur repousse deux conséquences qui semblent découler de sa doctrine. On peut objecter, dit-il, que nous avons démontré, sans le vouloir, que toute Ame est engendrée par traducianisme, ce qui est opposé à l'enseignement orthodoxe. £n effet, si l'Ame procréée dans un nouveau corps n'est pas un être substantiellement distinct de l'être spéciriffue que possédait la première Ame, il s'ensuit que l'essence substantielle d'une Ame quelconque vient de la première Ame, par conséquent que toute Ame descend de la première par voie de traducianisme. Odon, pour résoudre cette objection, ne nie point que toute Ame ne soit une, substantiellement et spécifiquement, avec la première Ame; mais il répond que ses adversaires entendent mal le traducianisme. Pour lui le traducianisme est un génératianisme matériel , par

lequel un individu est prodnit d*Qn autre individu, moyennant un teripe intermédiaire d'une espèce différente, savoir, la semence, oui dans l'animal ou la plaote, n'est ni animal , ni plante. Le traducianisme ne *

f>eut donc exister selon lui que là où entre es individus il y aurait un germe d'une espèce autre que ces individus. Qu'une espèce, conclut-il, passe, tant qu'on voudra, d*on individu à d'autres individus nouYeaui, ii n'y aura pas traducianisme, là où il n'y aura pas de germe intermédiaire; et comme les Ames raisonnables ne produisent pas de germes, l'espèce passe constamment de la première Ame à une nouvelle, sans traducianisme, bien que l'Ame nouvelle reçoive sa substance de celle qui la précédait, b

Cependant Odon parait ailleurs se contredire au sujet de l'originedesAmes. H y a surtout un passage très-obscur (PatroL^ t. CLX, col. 10T7, édit. Migne), ot Odon dit que, selon les orthodoxes qui rejettent la génération de l'Ame, Dieu joint aux nouveaux corps des Ames nouvelles qu'il tire soit du néant, soit de aliquibus secreiis et oecuUis exttantibui* Ces êtres préexistants, cachés et secrets, paraissent h lailemif analogues à ce incorporem êemen animœ sua quadam occulta etintisMi viaseonum ex pâtre currens m fiia(fem,dont parle saint Augustin. (/>e Gen.od /i7l.l.x,c.25.) Dans le même numéro, M. Labls rend compte du second volume des Dogmes ehritiens de M. Laforet , volume qui contient une étude sur le pécbé originel , dans laquelle se retrouve la doctrine d'Odon et de saint Anselme. M. Laforet penche plutôt Ters le génératianisme spiritaaiiste, qui explique mieux que le créatianisme lacommunication du péché originel. Ici, M.Labis interprète la proposition de Baïus, comme nous l'avons fait plus haut. Il dit en parlant de l'embarras qu elle a causé à certains théologiens : € Il en est qui donnent dans une espèce de contradiction. Apris s'être appuyés sur les misères aetuolles de l'huma* Dite pour prouver sa dégradation et sa chute originelle, ils soutiennent que Dieu aorail jm créer l'homme dans l'état où il natt, ne distinguant pas suffisamment cet état de Tétai de natuf'e pure, mais intègre, droite et parfaitement saine. D'autres, pour échap|)er tout à la fois à la condamnation et è la contradiction, n'ont rien vu de plus simple que de supprimer la preuve du péché originel tirée de l'état actuel de l'homme. Pauvre tactique 1 » En effet, Baïus ne voyait pas de milieu entre l'étal actuel de l'homme, elsoa état primitif, qu*il s'imaginait êlre purement naturel; il concluait donc que Dieu, n'ajant pu créer l'homme, comme il natt an^oor; d'huj, avait dû le créer dans Tétat primitif qui étaa réellement sornaturel. Voilà, suivant MM. Labis et Laforet , dans ouel sens a été condamnée la proposition de wîas.

On trouvera à l'article Ybzid» une trace du péché originel.

M. Henri Martin, dans la deuxième édition de son livre sur la vie future, p. Uf , s'exprime ainsi :

mcm 0II]GL1£L.

c Ce n'est pas assez d'avoir montré» sur la question de la TÎe fulare, la supériorité ihéoriqoe et pratique du dogme chrétien : il faut encore le défendre contre les obieclions qui s'adressent soit k ce dogme lui* même, — soit k quelques autres qui sont liés étroitement avec lui.

f La question de TaTenir des émes ne peut pas se séparer entièrement de la ques- [ion de leur condition originelle. Suirant le rbristiaoisme» la rie présente est répreuve unique, dans laquelle Tbomme doit se ren- Ire digne de sa destinée immortelle « et tout bomme natt souillé d'une faute héréditaire, ini le rend incapable d'atteindre cette desimée sans un secours surnaturel. 11 est bien évident que les rationalistes, ennemis de ordre surnaturel, ne peuvent pas accepter le dogme. Nous ne les suivrons pas dans les efforts qu'ils font pour expliquer sans lui les lésordres de la nature humaine : il nous luifii de remarquer que Feurs explications. Ml admettant qu'elles ne soient pas évidemnenl fausses, ne sont pas non plus évidem- Dent Ytaies , .et que par conséquent elles Tont pas la force (rexclure le dogme révélé. Hais ils lui opposent une objection tirée du principe de la responsabilité morale : nous liions y répondre.

I H est de principe, disent-ils, que nul Test punissable pour la faute d'autrui. Ce wincipe est évident quand la punition doit x)Qsister dans la perte d'un droit, par exero- >le dtt droit de n'être pas troublé par les iQtres hommes dans la sécurité du corps , laos la jouissance de la vie , de la liberté et le la propriété; mais il n'en est pi us de même ill s agit du retrait d'une faveur; de tout emps, la conscience publique a reconnu iOfome équitable cette aisçrAr« infligée à un odif idtt , sans aucune lésion de se.s droits , i cause des fautes de ses concitoyens ou de a bmille; elle reconnaît surtout la légiti- Diié de cette défaveur, si le caractère moral krindindu participe à la contagion de la aoie et le rend naturellement incapable de a bieur qu'on lui retire. Or, ce que la reijpon chrétienne enseigne, c'est préciséoeot qu*il en est ainsi pour les enfants d'Alam, et la philosophie ne peut pas prouver e contraire; car elle ne peut pas démontrer |Qe la nature humaine ne soit pas dégradée ; run antre c6té, la religion chrétienne per« Del de croire que nul nomme coupable du ^hé originel , mais exempt de toute faute «rsonnelle, n'aura une existence pire |)our ui que le néant. Ainsi , ceux que le péché ^i^inel seul aura privés de la meilleure «rtie des dons destinés primitivement à oos les hommes, devront encore remercier 9 Créateur. L'on insiste, en demandant offiment la dégradation morale de tons les KMnmes a pu résulter du péché d'un seul, si ç corps seul vient du premier CN&cheur, et i i'àme vient immédiatement de Dieu.

« Pour répondre complètement ft cette toesiion, il faudraitexpliquercomplétement e mystère du péché originel, qui dès lors

ne serait pins un mystère. Il sulBra de montrer qu'il n'est pas sans analogie avec d'autres mystères que nous ne comprenons pas non plus, et que pourtant nous sommes bien forcés d'admettre.

c C'est un fait d'observation, sujet k de nombreuses exceptions et susceptible de plus ou de moins, mais trop certain et trop marqué pour être révoqué en doute d'une manière générale ou pour être attribué au hasard ; c'est « dis-je, un fait ordinaire, que les enfants apportent en naissant et développent, même indépendamment de l'influence de l'éducation et de l'exemple, une ressemblance spéciale avec leurs parents au physique et au moral. La ressemblance physique est déjà inexplicable, comme la génération , à laquelle elle est attachée. La ressemblance moraleest bien plus inexplirable encore, puisque l'Ame de l'enfant, substance simple, ne peut pas être émanée des Amesdu père etdelamère.

« Hais surtout c'est une loi constante et universelle, que les êtres vivants sont semblables, par tous les caractères spécifiques, aux êtres qui les ont engendrés. Dans les êtres qui ont une Ame, cette loi s'applique aux facultés de l'Ame comme à l'organisation du corps. Seulement l'exercice de ces facultés peut être plus ou moins parCait, et il peut être plus ou moins entravé par l'état morbide des organes.

c La révélation nous indique une autre loi très-analogue avec les deux précédentes ; Dieu a voulu que l'homme engendrAt des enfants semblables à lui. quant à la possession ou à la privation de la justice origi* nelle ; le premier homme ayant perdu cette justice par sa faute, tous ses descendants en ont été privés. Dans Adam, avant son péché, le corps était soumis à l'Ame; dans l'Ame elle-même, les appétits et les penchants étaient soumis k la volonté raisonnable; l'Ame tout entière était soumise k Dieu et tendait vers lui comme vers sa fin; mais elle avait la liberté de se détourner de Dieu. Par le péché d'Adam, cet ordre a été renversé; le corps a été en révolte contre l'Ame, les appétits et les penchants contre la raison; l'Ame entière a cessé d'être soumise à Dieu et de tendre vers lui suivant la loi primordiale de sa nature. Cet état, oîi Adam s*était mis |iar son péché, est celui où naissent ses descendants. Leurs aptitudes et leurs penchants varient d'un individu k l'autre, de même que, sous l'unité de chaque espèce vivante, il y a les différences individuelles; mais ils naissent tous avec un caractère commun et héréditaire, qui est la privation delà justice originelle , c'est-è-dire Vabsenee de toute (endanee de l'Ame vers sa fin surnaturelle et obligatoire. Ce de'faut originel de conformité avec la volonté de Dieu est un état de pécké^ analogue, mais non identique , k celui que des fautes librement commises laissent après elles dans une Ame ; car ce dernier consiste dans une opposition effective contre la volonté divine et dans une aversion positive pour la fin surnaturelle. Les hommes qui meurent avec le péché originel seul, meu-

DiCTlONNAHIE DU PARALLELE.

rent in€apabl«s et indignes d*aUcindre cette fin, c>5t-à'^ire Tunion surnaturelle a?eo l>ieu.eiils ne peuvent posséder qa*un bonheur naturel imparfait. Les boaunes qui meurent en état de péché par suite de fautes personnelles non effacées par le repentir» méritent, outre cette privation de la béati^ tude, d'autres châtiments éternels. Pour sor«» tir de l'état de péché originel, avant et dei)uis te sacrifice de la croix, tes hommes ont la grâce de la rédemption qui vient en aide au libre arbitre, et gui, sans rétablir Tordre primitif de Fétat d'innocence en ce qui cou* cerne la soumission naturelle du corps k rame , des appétits et des penchants à la raison, efl^ce du moins la tache originelle, et nous rend capables de tendre vers Dieu , qui esf notre nn , et de nous soumettre à lui. Depuis la promulgation de la loi cfaré-» tienne, cette gréce est attachée à un signe extérieur, au naptème, qui est nécessaire pour le salut éternel, mais qui pourtant peut être suppléé soit par le martj^re, soit par la charité parfiiite jointe au désir explicite du baptême ou bien au désir implicite des moyens de salut pour l'éternité.

« Je dis que cette doctrine, qui est celle de TEglise, renferme une réponse suflkante h Tobjection. Car, sans eipliqoer ce mjstère, elle montre qn*il n'oflVe rien oui soit évidemment déraisonnable, et elle fait voir qu'il n'est pas sans analogie avec d'autres mjrstères incompréhensibles Qu'il faut croire même en dehors de la révélation. Si l'objection parait embarrassante au premier abord, c'est parce qu'elle confond le péché actuel^ qui est un usage mauvais du libre arbitre, avec Vétal dépêché^ qui en est la suite dans l'individu, et avec le péché originel^ état de péché natif, qui, par une loi de la Providence , a été la conséquence du péché du premier homme pour tous ses descendants. Sans doute, la justice de Dieu serait compromise, s'il punissait le p^cA^ originel avec la même rigueur que le péché ae-tuel. Mais il n'en est pas ainsi, puisque la peine temporelle du péché originel n'exclut pas la possibilité du salut chez ceux qui entrent en pleine jouissance de leur libre arbitre, et puisque, pour les autres hommes, la peine éternelle du péché originel $eul consiste dans la privation d'un don surnaturel que Dieu ne leur devait pas, et sans lequel l'existence, imparfaitement heureuse, sera cependant pour eux un bienfait.

« Parmi les auteurs de l'objection à laquelle nous venons de répondre, il faut compter les partisans de la préexistence et des épreuves successives des Ames. Mais en outre, de nos jours, comme aux premiers siècles de notre ère, ces derniers ont contre le péché originel des objections qui leur sont propres. Puisque chaque âme vient de Dieu et non du premier bomine^ n'est-il pas contraire, disent-ils, è la justice, à la bonté et à la sainteté de Dieu, de rendre lui-même cette âme pécheresse en l'unissant à un corps conçu dans la postérité d'Adam, surtout s'il prévoit que celte âme ne pourra pas

recouvrer la justice perdue ; cette objection suppose que Dieu crée d'abord l'âme, et qu il 4ie l'unit au corps que plus tard. Mais e^est le uoe supposition qui n'est pas ioDdée. Dieu assure dans l'espèce humaine raceom* plissement de ta loi générale de la propagation ; en vertu de cette loi, les hommes en* gendrent des hommes semblables à eux, c'e8t«à-dire des êtres composés d'un corps et d'une âme raisonnable. Pour l'âme, Tintervention de la puissance créatrice est oécessaire à l'accomplissement de celle loi, et l'âme est créée dans l'état d'union avec le corps« Même dans la condition que la faaie d'Adam a faite k sa postérité, l'existeace de chaque âme est en elle-œéme un bien, en ee sens quet pour chaque âme, elle est préférable au néant. Cette existence, voilà I W Tre du Créateur ; le reste, c'est-inlire le mal, Tient de la première laote.

« Arrivons à nne seconde objection des

Krtisans de la préexistence. La justice et la nté de Dieu, qui, dans la doctrine da péché originel, se conciliesl ainsi avec la cooditioD générale qu'il assigne au genre humain, sont^ellesineoociliabTes, comme on le prétend, avec l'inégale répartition des misères individuelles? Non; car, si lescon* ditions de l'épreuve sont différentes, le souverain Juge, en rendant un jour à cbacua selon se$ œuvres, demandera moins à ceui qui auront moins regu, et ceux qui auroot péché nar ignorance seront traités avec moins de rigueur que ceux qui auroot péché avec méchanceté réfléchie.

« Voilà comment s'explique et se jusiitie l'inégale répartition des mauvais penchaïus et des obstacles au aalut. Quant aux douleurs passagères de cette courte vie, que sont-elles en comparaison de la béatitude éternelle? que sont-elles même en comparaison de la durée éternelle du bonheur imparfait réservéauxâmesque lepécbéorigincN seul aura exclues de cette béatitude? Au lieu de chercher l'explication de ces misères diverses dans une préexistence non-seulement sans souve^ niretsans preuve, mais contredite par la foi chrétienne, pourquoi ne pas cbereher plutôt cette explication là oili elle se trouve, c est-àdire dans une vie future, dont iaeeriitadere* pose à la fois sur la révélation suroalurelieet sur la raison? Mais que viennent faire dans la vie ces âmes inoombrables qui la quittent avant d'avoir pu faire acte du libre arbitre? A cette question, qu'on présente comme iosoluble pour la théologie catholique, il d^ semble qu'il y a, au contraire, pour cetia théologie, une réponse {acile.

« Ces âmes nées en vertu a'une loi géoéralû que Dieu a établie, viennent toutes eu cette vie prendre possession de la double nature de l'homme; elles y viennent toutes contracter, dès le premier instant de leur existence, leur union, d'atx>rd éphéooère; avec UQ4X)rps que la résurrection leur reni dra immortel ; les unes y viennent pour 6ira régénérées et rendues capables de recevoir éternellement de la bonté de Dieu un bouheiir surnaturel, moindre pourtant que ce*

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