V. — Lossing et Herder
L'Allemagne ne vivant plus que d'emj)iunts faits à la France, depuis la paix de
DI€TIONN\mE DU PAItALLELE.
Westphalie, l'affaiblissement de l'esprit public livra les protestants du Nord au socinianisme de Semler, et les Calholiquâs du Midi, au José|>hisme de Hontheim (Fe* bronius). Lessing, dans son écrit sur Cidncation du genre humain^ combat les sociniens , voit l'enfance du genre humain dans l'ère patriarcale et figurative^ l'adolescence sous la loi mosaïque, fondée sur V obéissance sans contrôle^ et l'Aide mûr dans l'Ë^lise chrétienne qui fonde la resnonsa* bilité des œuvres par les solutions dogmatiques. Son rationalisme consiste à croire à des futures évolutions dans la sphère du dogme. Herder manie moins bien sa pensée, mais il tire parti de la question des langues, autant qu'on pourait le faire, avant la création de la grammaire com^tarée qu'il ne faut pas confondre avec la grammaire générale oe Port-Royal. Avant Guillaume de Humboldt, les uns voyaient avec Platon, dans la parole, une intuition de l'univers, une expression du monde des idées; d'antres, avec Aristote, envisageaient l'autre côté de la vérité, celui de Vtxpérienct^ par contraste de celui de Vinspiration. Ils ai^ercevaient dans le mot ouel(]ue chose d abstrait, correspondant à l'objet énoncé, sans en être le calque; la volonté y avait plus de part que lintuition. D'autres avec Bémocrite et Hobbes, ne voyaient qu'une pure invention dans la parole; d'autres avec Epicure, Condorcet, Trac3r, faisaient de la langue l'effet des impressions physiques; t%%' terjection et la figure imitative y jouaient le principal rAle ; ils espéraient rendre la langue française vraie^ en la purgeant de tonte idée métaphysique.
Quoique les hommes aient la même structure, il n'est pas plus facile de faire un clavier de sons,communè toutes les langues, que de ramener tous les idiomes è un t^pe commun. L'oreille de chaque peuple saisit les sons d'une manière qui lui est propre. Le problème du Lingage est double : psychologique et physiologique. L'individualité des différentes races d'homme se dé* veloppe au sein de cette double généralité. Herder sent au plus vif cette originalité de chaque idiome. Le premier, il a su écouter l'accent le plus intime dans la voix des peuples. 11 a surpris le secret de leurs pensées dans le naïf instinct de leur igno* rance. L'hymne religieux^ l'épopée, la simple romance^ la grande poésie dramatiqui sous ses deuœ faces^ la vieille poésie gnO' mique et didactique^ composant ta saytsif des peuples et la sagesse des écoles^ les manifestations diverses de Vesprit religiens, de f esprit social^ de Vesprit politique, tout lui parlait en son genre^ tout lui révélait une portion de la nature humaine. Il a été un point de départ pour les ScMegel^ pourjef Grimm^ pour tes esprits les plus riches d'entre les philologues et les historiens de sa patrie, herder et Montesquieu^ tout insuf^ fisants qu'ils soient sous le rapport histo^ rique et philosophique du sujet quih traitentf se complètent pourtant, comme Leib-
nilLOSOPHIE DE LWSTOIRE.
nî/s et Boifuei iê complètent en leur genre, Montetquieu est un grand jurisconsulte^ un arand politique ; Uerder a la fibre populaire^ il a une culture d'esprit des plus élevées et des plus universelles. Il s'inspire du génie de la poésie hébraïque^ il a de larges échappées de vues du côté de COrifnt; H fait valoir f le premier en Europe^ les antiquités des peuples placés en dehors du monde classique et du monde hébraïque,
Vl. — Kant ei Ficlite, par rapport à la philosophie
de rhistoire.
Kant est stoïque en morale et en politique; il défend contre Rousseau Texistence (iu devoir. Mais il veut confondre la religion et la philosophie pour transformer Tétât social, le faire sortir de Télat de luiture et entrer dans Tétat de liberté^ où rhomme gouvernera ses entraînements. Fichte rejette Thomme sauvage de Rousseau, mais il accorde à Thomme libre un droit de plus que Kant, celui de se constituer d'après sa volonté. Cependant il se contredit. Après avoir établi, dans son éloquent ouvrage intitulé De la destinée de Vhomme (ouvrage traduil par M. de Pénohëii], les droits de 1 individu, il flnit parle sacrifier à Tomnipotence de l'Etat. 11 ressemble aux Yogis ila rinde , en donnant Dieu comme l'idéal oit rhomme doit s'engloutir , et en disant que le monde n'est pour nous que ce que nous l'imaginons.
?II. — Schellîng.
Le système de Fichte qui faisait mouvoir l'univers dans la sphère de Tbomme était un soufflet donné h la science. A cet idéalisme, Schelling oppose une réaction réa* liste. Combattant le matérialisme, il fait de la nature une mère dont l'enfant comprend les moindres regards. Son identité des contraires n'est autrechose que l'affirmation de la sympathie entre l'univers et Thomme (microcosme). S*il s'était borné Ik, il était <l*aocord avec Kepler et le grand cardin)il de Cusa; mais il va jusqu'à Scot Erigène, Giordano Bruno, Spinosa. ^
H rappelle les erreurs qui remontent |)ar les moines mendiants, jusqu'à Tertullienet Montan; tout en les rejetant, il propose une théorie des Evangiles, où l'Eglise catholique relève de saint Pierre , le protestantisme de saint Paul, où leur réconciliation sera opérée dans Tesprit d*amour qui anime saint Jean. Pierre Leroux a importé ce système en France.