‹ Dictionnaire du parallèle entre diverses doctrines philosophiques et religieuses, d'une part et la foi catholique de l'autreChapitre 63 sur 87 · PHILOSOPHIE DE L*H1ST0IRE · texte numérisé non relu

PHILOSOPHIE DE L*H1ST0IRE

étaient filles de la loi, sans vitalité propre. M. Cousin, plus tard, a prétendu rétrograder vers Descartes. Comme saint Thomas^ DticarU» est du domaine de Vhistoiref où il a possédé^ comme saint Thomas^ une autorité immense: comme saint Thomas, il sera un grand sujet d'étude pour quelques-uns; mais c'est une tentative également vaine de refaire en philosophie des thomistes ou des carte' siens. On ne relève pas de vieilles murailles en y enfonçant de nouveaux clous.

Ce qui frappe dans H. Guizot c*est le sens politique qu on y rencontre. Sa méthode est remarquable; mais il réussit |mieux dans l'analyse que dans la synthèse. Il manque à ses travaux une certaine chaleur d'inspiration quand il aborde les idées éternelles qui seules remuent profondément l'esprit humain. Il efileure seulement les questions d*oriç{nes ; le moyen fige le choque un peu» mais il est dans son élément quand il arrive aux temps oii les passions politiques et la raisoD d^Etat entrent en|conflit. Il est admirable dans le tableau des luttes de la Grande- Bretagne. La chute des Stuarts, leur resta uratioo« les causes de leur extinction sociale, tout cela est saisi de'main de maître. 11 voit la société anglaise qui passe de l*état allodîal des Saxons, roôlé a*une féodalité raobile,à la forte féodalité normande; il la voit se redressant malgré la monarchie qui essaie en vain d*étre absolue sous Richard 11» réussit sdus les Tudor» échoue de nouveau saus les Stuarts. Connaissant à fond la société anglaise, il a compris aussi les Etats-Unis; mais il a saisi moins bien que M. Mignet les phénomènes sociaux de !a révolution française, parce qu'il était trop dominé par les idées ue Necker.

XY. — L*Ecole allemande.

Après l'idéalisme de Fichte, la physique pleine de mysticité de Schelling, la tentative de conciliation entre l'intuition et la raison l>ar Hegel, le sol suffisamment remué engendre une foule d'esprits compréhensifs.

lianke fouille les archives non en diplomate, mais en philosophe; Gervinus remue plus profondément les questions sociales, mais il n'a pas éprouvé en soi la valeur du christianisme. Le sentiment chrétien lui parait un sentiment de femme, une cause d affaiblissement. Rpris des Grecs et des Romains, retrouvant chez eux un germe d'idées revendiquées en faveur du cbristianisme, il méconnnlt la mission de TEglise, et môme ne considère pas l'espèce humaine dans son universalité. 11 y a beaucoup à apprendre chez lui pour la marche de la civilisation au moyen Age; il juge les littératures sous un point de vue philosophique, comme F. Schleget ; mais il est comme lui partial, dans un autre sens.

XYl. — Conclusion.

Ayant Hegel, les métaphysiciens repoussaient rbistoire comme illo{;ique, tels Descaries et Spinosa. Les esprits bAtards issus de la révolution françaisoi et qui prétendent

transformer en formules logiques rbisK)ire de tous les peuples, ignorent les grandes conditions d'une construction mathématique de l'esprit humain. Malheureusement pour Hegel, Dieu, selon lui, est le reflet de l'homme; loin que l'homme progresse en Dieu, c'est Dieu qui progresse dans l'espèce humaine. C'est ainsi qu'une conception originale et grandiose finit par un blasphème^ Hœhler tient le premier rang parmi les théologiens catholiques qui ont compris la donnée des temps modernes. Il a vu qu'il fallait à TEglise un historien et un exégète selon les nécessités de l'avenir, la réunion d'un Kepler et d'un Leibnitz catholiques. Bossuet avait gravi la hauteur de la montagne: comme un autre Moïse ^ il s'était placé sur le Sinai pour regarder en bas sur tes cimes environ^ nantes qui allaient en s'abaissant devant ses regards. Il déprimait les peuples et les em-

fires en face Se la monarchie de David dans antiauitét en face de la monarchie de Louis XIY dans VEurope moderne, Leibnitx n*a pas la même vue d'atgle. Moins attentif aux pics^ il regardait plus au dedans du cours des eaux^ il voyait se former les fleuves qui nourrissent les peuples^ et fertilisent les empires. Après les nommes distingués oui les suivent, les uns esclaves du xvm* siècle, les autres indépendants, apparaît In mouvement imprimé par la philologie, renouvelée dans les lettres classiques^ grossie des lettres orientales^ re* montant le cours des origines de tous les peuples de la chrétienté, s'étendant graduellement sur toutes les parties du monde. Théologie et philosophie, jurisprudence et politique, arts^ industrie, technologie, littérature et poésie^ tout a été revendique pour le domaine de Vhisloire, Cest au tuf ae ces études ^ prises au grand sérieux de leur contenu..., que le génie du catholicisme a pour tâche de pénétrer.

— «Quand on veut étudier la société,» dit BàUnès(Mélanges, 1. 111, p. 252, trad. Bareille), « quand, dans les faits passés ou présents, on veut lire l'avenir, il est nécessaire de s'élever très-haut, pour échapper à l'impression des détails et des particularités, pour ne pas s'exposer à voir le poème dans un épisode, pour ne pas se tromper sur la nature et la proportion des événements, danger qui est inévitable quand on demeure placé è un point de vue restreint, enseveli dans la poussière soulevée par la marche du monde, et comme plongé dans ces brumes épaisses que les rayons du soleil rejettent sur les flancs de la montagne. Si nous voulons prévoir avec quelque certitude l'avenir de la société, sachons observer la marche des idées, la tendance des sentiments, les nécessités de l'épo(]ue, les faits importants et décisifs, non

I)oint ceux qui jettent le plus d'éclat ou qui but le plus de bruit, mais bien ceux dont la portée est plus grande et l'influence plus étendue. Agir autrement, c'est croire avoir saisi le Ql da drame, quand on n'en signale qu'un incident; c'est confondre le sentiment et l'idée du poëte avec le soa matériel que rendent les instruments, interprètes de sa pensée.

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< La poésie, ceUe eipression de la société, commença, dès les premières années de ce siècle, à revêtir un caractère religieux; elle le consente encore de nos jours, et ne paraît pas k la Teille de le dépouuter.Ce fait, auquel peu de personnes accordent toute Timportance qu'il a, etpfique mieux la marche des dioses que les événements les plus éclatants.

« Il y a de longs siècles déjh, » dit le même (Méîangeê, t. III, p. 97, trad. Bareille) «que la religion poursuit son œuvre en faveur de rhuraanité souffrante.... Et cependant il faut bien reconnaître que Taspect de la société est loin de pouvoir satisfaire Tmil du Chrétien ; qu*on j rencontre encore des iné-

( [alités monstrueuses et d'épouvantables caamités, qu'on y voit encore la joie h côté de la douleur, le plaisir insultant h la mi? sère , le luxe faisant un hideux contraste avec la nudité la plus scandaleuse, prodigalité sans pitié, sans entrailles pour l'indigence et pour la faim.

« Celui oui considère toutes ces choses, abstraction faite des idées d*un ordre supérieur..., celui qui ne possède pas la clef de ces mystères et qui ne voit pas la cause de tant de maux dans une dégradation primitive... celui-lk doit protester sans doute contre cette épouvantable inégalité qui lui parait régner sur la terre, s'indigner contre une injustice aussi révoltante, appeler h grands cns un remède à tous ces maux, et préférer, s'il le faut, le bouleversement du monde h la prolongation de son existence dans son état présent.

« On ne saurait trop le répéter, sans les lumières de la révélation, l'homme, la société, l'univers entier, sont un mystère incompréhensible; si ce divin flambeau ne vient dissiper nos ténèbres, il ne nous sera jamais donné d'expliquer ce mélange de vérité et d'erreur, de bien et de mal, de grandeur et de petitesse, de sublimité et de dégradation* de bonheur et de misère, de joie et de douleurquise présentée nous de (ouïes parts... Au contraire, si nous nous en rapportons è ce que nous enseigne l'auguste rel igiori d'un Dieu mort sur la croix , si nous nous rappelons que l'homme n'est pas sorti des mains do son Créateur tel que nous le voyons aujourd'hui, mais bien dans un état de perfection et de félicité digne du roi de la création, avec une intelUgence lumineuse, un cœur droit, une Ame enrichie de tous les dons du ciel, un corps è l'abri de tontes les souffrances, avec des passions soumises èi la volonté, une volonté soumise à la raison, une raison soumise à Dieu ; si nous nous souvenons que le péché détruisit cette œuvre sublime , brisa cette divine harmonie , que le Seigneur indigné contre sa créature, la condamna à la mort, et l'assujettit è manger sou pain k la sueur de son front sur une terre couverte de ronces et d'épines ; si nous avons devant les yeux cette nistoire merveilleuse, la seule qui nous dévoile l'énigme de l'humanité, tout alors s'éclaire et se déroule naturellement à nas yeux : dans cette interminable série de calamités qui pèsent

sur la nature humaine , nous adorons U main de la Providence qui la conduit à m fin, et nous ne sommes plus tentés de b'£v phémer la sagesse du Tout-Puissant.

c Voilh pourquoi nous avons dit ail^fon et nous répétons ici que la religion e«t i véritable philosophie de l'histoire. San^ > secours de ses lumières en effet, iin|K>^^iUf d'arrêter une idée, de poser un |»rinrij* dans le vaste océan des choses humaioef ; l'esprit hésite, avance, recule... avec oetu prostration morale , cet abattement.... qn. doivent inévitablement succéder i des et* forts.... pour atteindre h Timpossibilité. .. Considérée du point de vue où la rehg^o nous élève, Inumanité nous présente oa magniflque ensemble dont toutes les \^ni^% toutes les relations , toutes les snaiPorM mêmes et toutes les beautés s'accordent h s'unissent dans le même plan : en elle tooi vient du ciel et tout y retourne; le bonbe.r est un bienfait de la miséricorde infioie.le malheur est une expiation de nos botei, l'ignorance est le châtiment qui suit forgueil du savoir , la mort s'explique par» que l'homme a voulu s'égaler à Diea;cfm vie pleine de labeurs, de misères etdetorments est la juste transfornnation d'nne ^.i

Fleine de toutes sortes de félicités, maitqv homme foula primitivement aux pieds aiet son innocence. >

PHRENOLOGIB. — Baimes dans ses M^ langes (t. Il, p. S8(, trad. Bareille) réfu» très-bien le fatalisme phrénoloçiqoedudoc* teur Cubi. c Si telle était, » dit-il, « Tmfluence des organes, comme il n*est pas {»>ssible de supposer qu'il subissent dans ur instant une transformation à peu prèscn:!plète, comment expliquer les cban^*»ments, quelquefois lents sans doute, n- * souvent instantanés, que nous voyons ^ pérer soit en bien, soit en mal? Coaiisr se fait-il que l'homme qui hier encore eu. religieux, est devenu maintenant incrf-i* le, et que, de la pratique de la piété, il ii passé pour ainsi dire sans transition ili plus grands excès de l'irréligion et de Ha* piété ? Combien n'en voit-on pas ao oc* traire chaque jour oui , après avoir cî\)'h' longtemps dans le libertinage et l'iDcrt.;! lilé, changent tout à coup de sentiment' <> de conduite , embrassent avec aoiour e« devoirs religieux, pleurent leurs égareocbU et consentent à les expier par une vie Uj entière de pénitence et de méJilaiioD, j l'ombre des autels et dans la sohtaic •'cloître ? Osera-t-on bien nous espliquer * semblables phénomènes, en (tortantun >••' ridiculement investigateur sur telle ou i-

f partie du créne? » Qticlques pages ; <* oin, Balmès résume ainsi toute sà div»^ sion sur la phrénologie : « En preoter iic^ la spiritualité de TAme , dogme relijtcttS* théorème |ihilosophique, demeure à rM>f^ de toute attaque. Ce grand principe o'i nn à redouter de la multiplicité des orpse que la phrénologie prétend découvrir <i"< le cerveau. L'expérience nous noolre qu existe de vrais rapports entre le otntê^ ^

POLITIQUE

certaioes fonctions de Tâme; maintenant que cet organe soit un oa multiple » cela n'intéresse en rien la nature même de l'Ame ei le caractère de ses opérations.... Il est nécessaire, en second lieu , de toucher avec le plus Rrand respect è la question si déli- I ate dulibre arbitre. Qu*on établisse la différence des inclinations, qu'on les classifie coinrue on Tentendra» qu*on attribue celte dttlérence i celle des or^^anes ou des tempéraments, ou bien è toute autre cause qui plaira le plus à Timaginalion, tout cela imi>orle peu , on a toujours disputé sur lie semblables objets ; et m la plirénologie peut aioutiT la lumière de ses observations aux Clartés des anciennes pbilosopbies, elle ac- ()uiert des droits à notre reconnaissance. Ou'oD rappelle à la société le devoir de donner è ses membres une instruction réelle, une éducation morale et religieuse, qu\)u insiste sur la nécessité d*avoir égard aux (litrérents degrés d'intelligence, à la diversité des caractères et des dispositions; qu'on «joule, si Ton veut, oue la pnrénologie peut fournir à cet égard les renseignements les plus utiles; qu'on reproche aux gouverne- H«enls avec une noble indépendance , avec une généreuse liberté, Tabandon où la plu- (»art d'entre eux laissent rinslruction et i'éduration des peuples, le développement que prennent par leur incurie les inclinatious les plus perverses , h cela nous n'avons rien a dire; mais qu'on n'aille pa<<, du moins, |tar un zèle excessif, jusqu'à délru ire le remords d^ms l'Ame du coupable ; qu'on se garde bien de nous représenter ce dernier comme soumis à une nécessité or|$anique... On peul également établir, si 1 on veut, que entre les races humaines il existe lie profondes différences dues à la différence des temps, des climats et des autres causes semblables ; on est encore libre d'affirmer i|iit* les germes du vice et les semences de la vertu se développent plusfacilementdans les unes que dans les autres. •• Mais qu'on oe condamne pas à une irrémédiable ignorance, à un éternel abrutissement une bran- 1 he t|uelcon(pie de celte grande famille hu- [iiaine, qui procède toute de la même souhe... 1 liomme peut bien, suivant les temps H les 1 ays , tomber dans une dégradation [>lus 0 1 moins profonde; mais.... quand l'heure marquée nar la Providence aura (onné pour lui, il lèvera le front vers le ciel» 9*eii doutez pas : Et moi aussi , dira-t il avec JIM* généreuse Gerté, je fus créé par Dieu et ,'Oiir jouir de Dieu; ma destinée sur la terre i e>i qu'un voyage d*une bien courte durée, •( ma tin, c'est Dieu méiue dans les spienieurs de l'immortalité.

• Nous disons cela pour réponorc plus •ariii'ulièrement à ce que le docteur Cubi a apporté de certains missionnaires : d'après nu ces prédicateurs de l'Evangile auraient irêU'iKlu, en |)arlant de certains peuples... pi'il était iniiK)ssible d'en f ire des Chrétiens i\3iit d'en avoir fait des hommes civilisés. 'uur nous, nous croyen^^ au contraire que e^t Tordre inverse qu'il faudrait établir,

et que le moyen le plus sûr d'introduire la civilisation chez un peuple, c*est d'y faire pénétrer le christianisme. »

POLITIQUE, dans ses rapports avec la religion. — M. le duc de Noailles dit dans son Histoire de Mme de Maintenon (t. Il, p. 246) : « Chose remarqunble, les conséquences que la Réforme ei fermait en son sein furent dès sa naissance poussées à leurs plus extrêmes limites, et la secte des anabaptistes, prédécesseurs de nos communistes modernes, entreprit dès lors, au nom de l'Evangile, de réformer la société civile jusque dans ses fondements.

« En présence du caractère nouveau que prenait surtout en France la Réforme, it est difficile de ne pas s'arrêter à contempler cet événement qui a si longtemps agité l'Europe, et auquel beaucoup aesprils rapportent l'origine de la liberté politique des Elat**. Sans doute, è voir le principe d'indépendance et de souveraineté attribué è la raison individuelle par la religion protestante, à considérer les doctrines politiques de Calvin, qui tendaient à limiter l'autorité royale par les pouvoirs arislocrntiques organisés, à n'envisager même que l'organisation du parti réformé en France, qui plaçait sous les yeux de la nation et lui faisait toucher en quelque sorte le gouvernement représentatit loul fait, on peut facilement avoir cette pensée. Si cependant on y regarde de près, on verra que la Réforme n'a directement introduit la liberté politique nulle part. I^ Suisse était catholique tout entière quand elle fonda son gouvernement libre et républicain. La république aristocratique de V»^nise, celle de Florence, et les autres républiques italiennes étaient aussi catholiques; toutes les villes libres qui s'établiront dans le Nord, au milieu du moyen Aj^e l'étaient également. En un mot, la tentative d'organisation démocratique et républicaine qui se fit sur plusieurs points de l'Europe, du xii* auxvr siècle, au milieu du travail qui s'accomplissait alors pour faire prédominer l'un des éléments sociaux existants, tantôt le clergé, tantôt la noblesse féodale, tantôt les communes, celte tenlalive eut lieu avant que le protestantisme parût.

« La difficulté alors était de faire passer e^tle liberté des petites agrégations municipales aux grands Etats : 1 Angleterre catholique en avait donné l'exemple.

n, En Allemagne, la Réforme a plutôt fortifié qu'affaibli le pouvoir des princes; en Anglelerre, sous Henri VUl et Elisabeth» elle a presque effacé la constitution oui était {dus ancienne qu'elle,et produit le plus dur despotisme que l'Angleterre ait subi, sous une royauté qui , s'aitribuant la décision en matière de foi qu on refusait au Pape , fonda par là une véritable tyrannie religieuse... On a donc exagéré l'importance de la Réforme, que Ton a considérée comme un prodigieux élan de la pensée, et comme l'émancipation de l'esprit humain s'effectuant par une grande insurrection contre l'autorité absolue dans l'ordre spirituel.

DICTIONNAIUE DU PARALLELE.

Toole? Krs hérésies « avant elle» aTaient ea ce même caractère dMnsurreelion» et avaient comme elle puisé leur séparation dans rinterprélation arbitraire de TEcriture; elle ne s*est pas donné à elle-même ce grand rôle. Loin de urendre pour étendard cette émancipation générale de l'intelligence, partout elle prétendit Tasservir à ses propres opinions. Mais elle devint par les controverses qu'elle introduisit dans le monde» et ))ar l'esprit de discussion qu'elle y porta» un élément de plus» très-important» dans le mouvement qui s'y opérait de tous côtés. Elle y jeta» sans même le savoir, une semence qui» plus ou moins longtemps enfouie» n'a été étouffée nulle part» je veux dire ce droit de libre eiamen, ou plutôt de décision personnelle, abandonné à chaque individu, qui fait le fond de la religion protestante, et qui, des choses snirituelles, devait un jour s'étendre à tout. Mais on peut voir que cette semence a été plus funeste qu'utile, et que c'est l'esprit révolutionnaire qui en est sorti plutôt que le véritable esprit de liberté politique» précisément nar celte immolation devant la raison individuelle du grand principe de l'autorité, principe indispensable h la société comme a l'homme luimême. Le mal qu'ont fait Luther et Calvin a été, tou^ en violant eux-mêmes les droits de la pensée qu'ils rérlamaient pour leur compte, de détruire dans l'ordre intellectuel les droits de l'autorité; non de Tautorité coaclive, qui n'en doit pas posséder en pareille matière, mais de Pautorité morale ai^issant sur les esprits par voie d'influence. Le mal qu'ils ont fait a été de soutQer sur le monde la fureur des changements, de ieter le vague et l'anarchie dans les esprits, d exagérer la puissance de la raison individuelle de l'homme» et de faire germer dans le cœur humain 'a présomption et l'orgueil» destructifs de toute paix publique.

< Quant à la liberté politique, c*est-à-dire à la participation raisonnable de la nation au gouvernement, elle serait née quelque jour, sans que le protestantisme s'en mêlftt» du mouvement naturel des esprits» de la diffusion des richesses, de la destruction de la féodalité» depuis longtemps minée; et si l'on veut en chercher l'origine dans les temps anciens» on la trouvera plutôt dans le catholicisme lui-même, qui a offert le premier modèle des gouvernements représentatifs en faisant descendre la loi de la double autorité de ses Papes et de ses conciles» pouvoirs délibérants et sacrés qui prenaient leurs source dans l'élection. Dès les temps aneiens, l'Eglise» se recrutant dans tous les rangs de la société» consacrant par \h le principe de l'égalité et de la concurrence» admettant toutes les supériorités légitimes à ses emplois et à ses dignités; et pour les désigner» mettant en action à la fois les deux principes d(Ait la combinaison offre les chances les plus heureuses» tantôt le choix de Tintérieur |)ar le supérieur, tantôt l'élection du supérieur par les subordonnés , FEglise formait la société la plus populaire,

la plus accessible» la plus ouverte k tous h talents et k toutes les nobles ambioots offrant aux esprits le mouvement «A li 14 par le travail , par l'examen qu'elle e<t b«: éloignée de dérendre, par la fréquente r«^ Dion de ses conciles» et même par U tat>, en même temps qu'elle imposait deseooih lions d'ordre et de sécurité par le m\^\ d'une autorité légitime et le pouvoir recoou d'une décision souveraine.

« Que si le protestantisme parait am n une meilleure destinée que les autres bc^ sies, et par ses progrès rapides, et pir^a prise de possession de certains E^ts, tenV pas aux principes politiques qu'il a (*n-»« qu'il le doit; les faits seuls en donnent tn « raisons manifestes : l'époque où il a (4fi. les intérêts politiques qui s'y sont joiois.n l'indifférence qui a succédé h la foi vire on Ages précédents.

« Lorsqu'en effet cette hérésie est Mf, elle n'était pas en elle-même plusfonn:li* ble que d'autres. Mais Toyez au miliea 'Jt quelles circonstances et de quelles coofi»cations politiques elleapparalt dans le Dooite. C'est le moment oii éclate la rivalité t* François i" et de Charles^uint» oà livson d'Autriche s'élève et devient doouAaflM en Europe» où les ProviDces-Unîes

le ioug de l'Espagne, où lar Rrafle ai é Suède commencent h marquer tiamii ^ grands Etats, où l'Angleterre» par Henn VllL intervient beaucoup plus dans les airâr*« européennes. ... Mais ce qu'il faut sortie remarquer c'est que le protestantisme otfr ; de lui-même et sous plusieurs rapport» ;r. appflt politique presque autant quereli^cci. soit aux peuples par les théories qoi tesdaient à limiter I autorité souveraine. >-» aux princes par l'accroissement de puisiiï^ et de richesses qu'ils y trouvaient... Si msuite vous eonsiaérez l'état du monde k.-» le rapport intellectuel, tous verrex dv époque où l'activité de l'esprit bb* main se déploie dans tous les sens. m. s'enivre de ses progrès et de ses ooaquK^. où la renaissance des lettres et des arts, r la fièvre que donnait aux esprits ra&.v-' des discussions et des livres servirent >

f propager les nouvelles opioîODS ootas^ 'incendie. Si vous le considérez sous len port moral, c'est un besoin de réforme s-i est senti dans tout l'univers.... Tels furr?* le.s grands éléments de succès que troon 1 Réforme k son apparition dans le monJe; ^ lorsqu'après la longue lutte qui la oêli .^ plus en plus aux intérêts terrestres, tïit i* trouva consolidée avec ces intérêts euimêmes, elle continua de se mainteair :-' des causes toutes négatives; c*est-à*J'f que la lassitude des esprits et sorloat ra»>' blissement des croyances» qu'elle roou't ■ elle-même à produire» devinrent pour- * un nouveau gage de durée...

< Ce fut par la féodalité en armes doni u servit les clerniers efforts que le calvu^c* parvint k s'établir en France. »

Dans le premier volume (p. 150) M.de!^<*il* les trace un parallèle de raristocittie i^

POLITIQUE

glaise et de Taristocratie française, parallèle

3ui (iéroODtre parfaitement que la prospérité e TAngleterre ne vient pas du protestanlisme. ^aristocratie anglaise, dit-il, eut besoin de se coaliser pour lutter contre la royauté forte de Guillaume le Conquérautt ei'fflêmepour se défendre contre les Saxons. Bien plus elle sentit la nécessité de recourir \ ces derniers, de s'identifier avec eux ; et de )à lui est venu cet esprit politique qui l'a mise à mèoQe de gouverner la nation. En France au contraire, la grande aristocratie se trouva, dès la chute des Carlovingiens, régale des souverains. Elle n'avait i crain*^ jre ni une royauté purement nominale, ni jn peuple façonné è la servitude par les Ronains. Elle ne fut donc obligée ni de s'ap* >u)Tr sur le peuple , ni môme de former m rorps organisé. C'est la royauté qui sennie besoin de s'allier avec le peuple coure 1 aristocratie pour constituer Tuniténatiolale et briser les petites souverainetés où se antonnaient les seigneurs. Richelieu prétara cette unité, et Louis XIV la consomma. Jais si l'aristocratie française manque de 'es|>rit politique de l'aristocratie anglaise, Jle jeta sur notre histoire, par sa valeur lans les combats, un éclat immortel. Ia Tance lui doit le sol qu'elle couvre aujouri'imi de ses richesses. De plus Texisience ndépendante qu'elle eut en France lui laissa Dngtemps une position et une certaine Tendeur de mœurs que l'aristocratie an- ;laise n*avait pas, un goût d'aventures et de énidont le dernier effort vint expirera la 'ronde. « La Fronde ne fut en effet autre bose qu'une dernière journée accordée à aoibition des grands ; après quoi tout mouement s'arrête, les ambitions se taisent, les 'rétentions abdiquent , et au signal donné «r le grand roi, chacun vient prendre son aogeo silence, pour marcher en ordre dans e k^au cortège, a la tôte duauel « imposant I magnifique, le monarque s avance au miieu du siècle, faisant l'admiration des coueffl[ioraius et celle de la postérité. » Les extraits qui précèdent et ceux que on trouvera à l'article Tol&rance suiSsent *our donner à nos lecteurs une haute idée e 1 ouvrage de M. le duc de Noailles. H est mpossible d'écrire l'histoire avec plusd'imartialiié, do dignité, de noblesse. Quant au Dnd, M. le duc de Noailles défend toujours PS saines doctrines, et se livre conscienieusement aux plus laborieuses recherches <mr rétablir la vérité des faits ; pour ce qui ^i de la forme, le suffrage de l'Académie rançaibc nous dispense de tout éloge. Les iches que nous avons remarquées en lisant e bel Duvrage sont peu nombreuses. Nous i^'nalons la principale è l'article Tolérance. ^uu9 regrettons d*avoirà ajouter ici que J.le duc de Noailles a jugé è un point de vue 'Op gallican la déclaration de 1682. Lui qui su modérer son admiration pour Louis XIV iisqu'à voir une grande faute dans la révoaiiori de Tédil de Nantes que son récit ex-

$ie si bien, aurait dû se montrer plus re pour la déclaration de 1682, qui a

moins d'excuses. Enfin nous trouvons à la p. 312 du 2* vol. une distinction non fondée entre les prêtres de la mission et les Laxaris" tes. Ce sont li deux noms de la même congrégation.

Sur l'influence des diverses doctrines relativemeniàla constitution sociale, on lira avec intérêt le fragment suivant, emprunté è un article de M. Te baron d'Eckstein sur la PAtlosopkie de l* histoire do M. Barchou de Pénohen [Correspondant^ juillet 18^.)

c Le rapport de Dieu h l'homme embrasse l'origine et la fin de l'espèce humaine; celui derHommeà l'univers concerne son établissement terrestre, sa force sociale et sa grandeur politique; celui de Thomme à l'homme touche à sa personnalité, à son individu comme être moral, à son semblable commo être social. Que Ton altère l'un ou l'autre de ces trois rapports, on blesse l'homme au vif.

< A commencer par les rapports de Dieu k l'homme, il ne faut pas copier les musulmans, il ne faut pas sacrifier l'homme tout entier k Dieu, il ne faut pas choisir de modèle dans leur constitution sociale, il ne faut pas profaner Dieu en le mettant partout, diminuer l'homme en ne le plaçant nulle part; il ne faut pas faire de l'homme un simple instrument entre les mains de Dieu, un instrument dont le Seigneur use avec caprice, d'une manière fatale. Dieu n'est plus, en ce cas, le père de l'homme, il en devient le despote; l'homme n*est plus alors le sujet de Dieu, il en est l'esclave. Obéissant aux commandements d'une théocratie absolue , il exagère le principe de la législation roos^iïque. Comme il n'existe pas moins une société domestique, civile, et politique créée par les besoins de la nature humaine, de la société humaine, celle-ci n'a plus qu'une fausse vie; enlacée dans les exigences de ri8lam,comme les moyeux dans la/oue d'un char, elle roule sur l'islam au lieu de tourner sur elle-même. H ne reste plus qu'un seul but è l'état social : la guerre sainte, la guerre de Dieu, la conversion du globe k l'islam, l'exiermination des païens, I esclavage des Juifs et des Chrétiens. La terre est à Dieu, elle n'est pas à l'homme; l'islam ou l'Etat, comme son expression pure et absolue, devient l'usufruitier du sol. Il ne reste h l'homme qu'une richesse mobile, dont une |)art revient encore à l'islam sous des califes qui abusent de l'islam, qui l'absorbent en leur personne sainte et inviolable; chacun cache son pécule, redoutant qu'il soit réclamé par l'Ëtat, ou par le calife recouvert d'un masque saint, du masque de l'islam. I) est vrai, les pauvres sont riches sous la domination de l'islam , ils sont les quasi - saints de l'islam. L'abus n'est pas ici autant dans l'autorité de la mosquée, qu'il est dans le chef de l'islam, qu'il se trouve dans les créatures du chef, dans les serviteurs du calife, hypocrites qui agissent au nom de Tislam.

« Dans une semblable constitution, pas de saintes sueurs, mais une sainte prière en permanence, un saint pèlerinage en permanence; ajoutez-y la prodigieuse instabilité

909 DICTIONNAIRE DU PARALLËIsB.

de TexisteDce humaine, la facilité de tout acie de rapine» de tout acte de meurtre et de violence, dont Tislaui devient le prétexte. Sous de grands chefs p^vSo'xs éclate une très* grande prospérité, suivie à la longue d'une infaillible décadence; c'est ce qui est arrivé aux Rtats musulmans en masse.

« L'ignorance des philosophes du xvui* siècle a faussement accusé les Papes du moyen Age d'avoir poursuivi un butsembla-^ Lie. Quelles que fussent les erreurs de quelques (>ontires, Vidéal qu'ils poursuivaient était tout autre que celui de l'absorption de l'état domestique, civil et politique des peuples, que leur engloutissement sous la verge de l'Eglise. Us voulaient réaliser l'idée de la chrélierUif fondant la république chré^ tienne telle qu'elle se compose de nations historiquement données* peuples dont tes uns avaient la souveraineté d'eux-mêmes, constitués en républiques de diverses natures; dont les autres avaient des rois plus ou moins élus, plus ou moins héréditaires; ré-

Eublique chrétienne qui avait un censeur ^ I Pape ; un censeur, non pas un dictateur. Une naute autorité morale intervenait ainsi dans les conflits des peuples , dans les conflits des rois, dans les redressements de torts graves, d'otfenses public[ues et nationales, de délits flagrants commis envers la mo« raie publique, dont les coupables étaient ou des rois ou des peuples. Le successeur de Charlemagne, protecteur de la république chrétienne,, était censé son épée flamboyante, sou représentant à Textérieur. L'i&lam, au contraire, n'admettait ni monarchies ni républiques; ignorant les fédérations des peuples, il ne connaissait pas même de nom les nations, il ne les distinguait par aucune de leurs individualités; tlgure rigide de son type religieux, son type social était universel et exclusif. Ajoutons è tout cela son vice le plus grossier, la polygamie des pasteurs arabes transportée dans son sein. Reste d'une vieille société patriarcale de nomades, de tribus arabes, plus tard de tribus turques, de tribus mongoles, devenus les guerriers de Tislam, jamais Ifi polygamie n'avait constitué un grand corps social, pas plus sous l'empire du paganisme que du temps de la monogamie chrétienne.

« Tournons-nous maintenant du côté de l'autre question : voyons ce qui arrive si on déplace le vrai rapport de l'homme et du système de l'univers.

^ c De même que l'islam a radicalement sacriQé Thoaime à Dieu, qu'il a fait de l'homme un instrument fatal, l'élu ou le réf^rouvé de In Providence, méconnue au point de ne plus être qu'une fatalité rigide, sur le vieux type d'une astrologie arabe, la révolution française, qui est l'extrême opposé de l'islam, niais qui lui ressemble selon r<analogie de tous les coutraires, sacriQe l'homme radicalement au système de l'univers. Chez elle, il ne s'agit plus d'une fatalité astrale, de nature divine : au lieu de cette fatalité, nous avons le système d'une double mécanique, l'une céleste, l'autre terrestre; une adminis-

Iration y correspond d'une façon étroite, comme expression suprême d'un mécanisme social. Derrière cette administration, comme derrière cet univers, il y a des atomes : ceux de l'univers se combinent de forces électriques, de courants élémentaires; derrière l'administration, il y a les atomes humains, pures unités abstraites, chiffres radicaux et individuels. L'ordre surnaturel des choses, qui est le tout de l'islam, est ici absolument nié; il se trouve remplacé par un ordre exclusivement naturel des choses, à tel point naturel que le monde moral est physiquement expliqué, que la physiologie sert de clef unique pour ouvrir l'âroe, qu'elle y tourne comme dans une serrure pour expliquer la raison, la pensée; l'intelligence n'étant qu'une pure affection en son principe, qu'une pure sensibilité qui revêt progressivement diverses formes. La destinée do l'homme est ici sans passé et sans avenir; une seule chose progresse, la science; elles progrès de l'homme ne sont autres que ceox de la science et de l'industrie, »

Enfin après ces peuples qui méconnaissent ou qui déplacent les rapports de rhomme et de Vunivers, qui grattent le nom de Dieu de dessus le frontispice du temple de /'tintreri, mit l* effacent du cœur des hommes avec l'eaufarte de l*incrédulité et des sophismes, viennent ces hommes qui méconnaissent temporairement les rapports de l'homme à rhomm, ?mi s'y méprennent sous les deux formes par esquelles ces rapports se manifestent : celle du rapport de l'homme à soi, pour tout ce qui touche te mot, lapersonne même; celle du rapport de rhomme à son semblable ^ pour tout ce qui concerne te dévouement social^ ks affections sociales , la charité chrétienne..,. Fondant la morale sans le culte, établissant la loi sans la coutume,,., ils appellent bon sens et raison cet état d'abstraction complets où f homme prétend tout tirer de soif sans recevoir rien de Dieu, ni de l'univers. ,. Ils st goûtent eux-mêmes, ils se savourent euxmêmes comme un pain de salut pour lespèce humaine, ils se ruminent avec une satisfaction sans bornes. Ce que Dieu est pour Us mahemétans, ce Cfue l'univers est pour Us disciples du système de la science éctos au /iru de la révolution française, leur moi, leur personne morale et philosophique, fest atee excès peur eux-mêmes.

— ilonuzo Certes dans un écrit sur le parlementarisme (voir Univers du k avril 1856), tâche de montrer que le système parleffleiitaire ne découle pas des institutions représentatives du moyen âge, mais de l'esprit révolutionnaire ; t car ce système, » dit-il.« nie la monarchie chrétienne dans son untV, dans sa perpétuité, dans sa limitation{là trinité politique dont il se compose ne reconnaissant hors de soi aucune résistance légitime, et soi primant toutes les hiérarchies sociales; libertés locales, etc., c'est-à-dire niant la monarchie chrétienne] dans les conditions desawrteï^ comme dans les conditions deson unité.) « A ne considérer que les apparences et les formes, le parlementarisme de nos jours

POLITIUUE.

leos

i des modales ei des anlécédents de toules )arts ei dans tous les temps... Mais si lais- ;ani de cMé les apparences et les formes, tous allons droit au cœur de la question ; i nous insistons pour que ces formes, iden* iques entre elles, nous révèlent l'esprit qui *y cache et qui les anime, nous trouverons |ue le parlementarisme qui a prévalu depuis fuelques années sur le continent, est une tiose nouvelle, qui n'a ni précédent^ ni oodèle dans Thistoire.

< En examinant d*at)ord la constitution britannique, non-seulement dans son organiation extérieure, mais encore et surtout dans onorganisationintérieureavantiesdernières éformes, nous trouverons que la division lu pouvoir n'; a jamais été réelle, qu'elle n*a !tà qu'une vaine apparence. La couronne l'était pas un pouvoir, ni une nartie consti** ulive du pouvoir; elle était le S7mt)0le et Image de la nation, qui se couronnait elleaôme en couronnant le roi ; être roi, ce n'éail niré(;ner ni gouverner; c'était pure* aent et simplement recevoir des hommages, lette attitude passive de la couronne exclut le soiTidée du pouvoir et l'idée du gouver* le ment, incompatibles avec l'idée d'une perpétuelle inaction et d'un repos perpétuel. La bambre des communes n'était, dans sa corn- K>5ition et dans son esprit, que la sœur cajette de la chambre des pairs. Sa voix n'était la'uQ écho. La chambre des pairs sous son Dodeste titre, était le vrai, l'unique pouvoir le rétat. L'Angleterre n'était pas une mois rchie ; c'était une aristocratie, et cette iristocratie était un pouvoir un^ perpéluelei imité: tin, parce qu il résidait en une perlonne morale , animée d'un même esprit; nrpétuelf parce que cette personne morale ftait une classe, dotée par la législation des noyens nécessaires pour vivre perpétuelleneot ; /jmîl^, parce que la constitution, et les raditions, et les mœurs l'obligeaient k se x>nformerdans la pratiquée la modestie de ion litre. , .

« Ainsi, l'on voit que la nation anglaise a ou jours reconnu, dans la pratique de sa :onstitution,les conditions essentielles, et jarlant divines, du pouvoir public, condiioos qui sont implicitement ou explicitenenl niées parce qui porte sur le continent e nom de gouvernement parlementaire. Les éformes Csites à la constitution anglaise, lans ces derniers temps, sont une vraie rérolution, grosse de catastrophes. La Provitcnce, qui se plait à confondre la sagesse les sages, et la prudence des prudents, a >ermis que l'Angleterre fût conquise par le )arlemeutarisme, dans le moment même où »ll6 tenait pour certain qu'elle nous avait ^ooquis par ses institutions. Cette conquête ie rAngfeterrepar l'esprit continenUl,scra e grand objet des méditations des généraions futures et des historiens k venir; à BOins que par un effort gigantesque du bon >eos qui a toujours prévalu chez cette belle ^l- puissante race, elle ne parvienne à expulser de son territoire l'hôte redoutable qui s'y ?5l glissé. »

DlCTIOK!!. ru PARAIXèLB.

Le R. P . Deoham ps, dans YOraiion funèbre de /orejnedeiBe/oes,ttndesdiscours les plusre** marquables qirait produits l'éloquence contemporaine, après avoir fait remarquer que sonhéroïne était l'arrière netitefilledeMane- Thérèse, et que si Dieu formait de loin une reine au peuple belge, de plus loin encore il formait un peuple pour une dynastie que lui désirait Charles-Quint, s'exprime ainsi sur le ])Ouvoir temporel, considéré dans sa source :

« L'exemple est toujours un bienfait, mais il grandit encore quand il vient de haut. Il n'est une lumière aux yeux de tous, qu'à la condition d'être élevé. Voyez donc ce que peut la vertu sur le trône, et quel don Dieu nous a fait en l'y plaçant* en l'unissant ainsi à la puissance i

« Je dis à la puissance, malgré les préjugés de mon temps, ou plutôt à cau^e des préju->

Eés de mon temps, a cause surtout de tout le ruit que fait l'orgueil pour nier la hiérarchie des conditions humaines.

« A une autre époque, la liberté chrétienne se réfugiait dans la chaire pour donner des leçons méritées aux maîtres du monde. Et nune reaee intelUgUe. {Psal. ii, 10.) Aujourd'hui, plus que les rois, les peuples ont be« soin de leçons, et il faut apprendre au monde

Su'il n'éehap})e pas k Dieu, quand il se donne es maîtres. Cette leçon. Je le sais, est heureusement peu nécessaire ici; mars dût ma parole me revenir tout entière, sans avoir trouvé personne qui ait besoin d'elle, je la dirai cependant, afin que les écbos de ce temple la portent où elle doit aller...

« Oui, la puissance est une chose divine, non-seulement dans la famille où elle naît d'elle-même par ordre de la nature, c'est-k« dire de son auteur; non-seulement dans l'Eglise, cette grande famille des peuples où Dieu l'a prise sous sa garde, en déterminant lui-même sans intermédiaire, sa forme, ses limites, et la loi de sa transmission, comme il convenait à une société universelle et im-

I)érissable ; mais aussi dans l'Etat , où il a aissé ce soin aux hommes. Les sociétés peuvent donc quelque chose sur la forme, la condition, les accidents de la puissance; mais elles ne la tréent pas dans son fond, puisqu'elles en dépendent et n'existeraient pas même sans elle. Et quand des déchirements exigent sa réorganisation, elles sont encore sujettes k la grande loi des faits, qui dans leur génération, leurs liens, et leur ensemble, sont sous la main de Dieu.

« Les multitudes si puissantes pour détruire, ne ie sont donc i)és pour édifier sans lui. Leur agitation ne révèle pas leur force, mais leur infirmité; et l'erreur, k laquelle elles se livrent, l'erreur, cette faiblesse de l'esprit qui produit ou nourrit toutes les autres, n'est que le fruit amer de la disparition de la foi, lumière, raison supérieure, et force tout ensemble, qui apprend k l'homme son insuffisance et le rattache noblemen tk Dieu.

< C'est d'elle que le peuple belge a appris le respect et l'amour du pouvoir.

« C est k elle qu'il doit d'avoir conservé l'un et l'autre.

« El c*est parcQ que le pouvoir a )aiss6 chez nous è la foi, la libre expansion de sa doctrine et de ses œuvres» qu'il a été luimême affermi au milieu de l'ébranlemeui général, récompensé au milieu du chAtiment universel. »

Le P. Ventura {La tradition^ p. 332], s'exprime ainsi :

« En créant le premier homme, Dieu exerça à son égard une triple fonction : 1* la fonction de Père en lui donnant en même temps la vie du corps par TAme, et la vie de rftme par la vérité; 2* la fonction de roi en lui imposant les lois de sa conservation et de la conservation de son espèce ; et 3' la fonction de prêtre en le sanctifiant par sa gr&ce. Or, ces trois fonctions que Dieu exerça directement, lui, ^ regard du premier homme, d'après Tordre établi dès le commencement par sa providen<;e, il ue continue* à les exercer que par l'homme même, à Tégard des autres hommes. C'est par les parents qu'il fait naître à la vie les individus humains; c'est par les chefs dos peuples, quel que soit leur nom, qull conserve les familles vivant en société; et c'est par les prêtres qu'il sanctifie les individus, les familles et les nations.

X De là, trois espèces de pouvoirs parmi les hommes: 1* le pouvoir paternel ; 2* le pou- TOir civil ; 3* le pouvoir sacerdotal. Et de là encore, pour ie dire en passant, l'origine divine de ces trois pouvoirs, et leur droit à une obéissance divine, d'après la doctrine des Livres saints qui disent en propres termes : Tout pouvoir est de Dieu ; résister au pouvoir c'est résister k l'ordre de Dieu: Omnit poteitaê a Deo têt ; qui potestaii reêistUf Dei ordinationtresisiit. {Rom. xiii, U ^•) Car, comment ne serait-il pas divin le pouvoir paternel qui continue la fonction du Dieu créateur? Comment ne serait-il pas divin le pouvoir civil qui continue la fonction du Dieu conservateur? Et surtout comment ne serait-il pas divin le pouvoir sacerdotal qui continue la fonction du Dieu sanctificateur?»

^ Le même auteur a publié depuis peu un livre intitulé : Le pouvoir politique cnrétien^ formé des sermons qu'il a prêches aux Tuileries.

Nous n'avons pas besoin de rappeler à nos lecteurs la belle instruction de Mgr de Salinis sur le Pouvoir, laquelle offre h la fois une si profonde métaphysique, une si vive intelligence des conditions sociales de notre pays, et une si haute éloquence.

Pour montrer Timpossibilité de la séparation de l'Eglise et de l'Etat, M. deMaumigny dit {Univ. du h déc. 1857) : « La vie spirituelle, telle que Tenlend TEglise, n'est f)as, en effet, la vie incorporelle, puisque es corps glorieux, eux aussi, ont la vie spirituelle... Retranchez de la vie spirituelle toute la nature humaine, il ne reste plus que Dieu seul. L'ordre purement spirituel est donc impossible hors de la pure nature divine. Quant à l'ordre purement matériel, il n'est pas impossible sans doute, mais il est impraticable, parce que Dieu qui aurait pu

créer l'homme dans l'état de nature pure, ne Ta pas voulu... L'égalité des ruites qui suppose la possibilité pratique d'un état de pore nature dans la condition actuelle de l'iiu-. manilé, part doncd'unechimère... On objecte cette parole du Christ : Mon royaume n'est pas de ce monde {Joan. xvui, 36), Fort bien;* mais de quel monde s'agissait-il alors? du monde païen, du monde sur lequel régnait le prince du monde, du monde pour lequel il n'a pas voulu prier (Joan. xvii, 9), niais qu'il a vaincu; ou monde qui préférait volontairement les ténèbres à la lumière, du monde qui ressuscite aujourd'hui sous nos yeux, et qui s'appelle révolution, Eutre ce mondC'-li et le Cnrist, rien de commun, et un jour viendra, en effet, où l'Eglise et le monde seront entièrement sépares sur la terre, en attendant qu'ils le soient éternellement. Ce monde anti-chrétien, cela est vrai, le Christ ne le gouverne pas, ne le régit pas ; il le frappe, il le brise, il le juge, il le maudit. Mais le monde qu'il a sauvé, racheté, acquis de son sang, le monde catholique qui se nommait la chrétienté, et dont la France, Qlle aînée de l'Eglise, est le cœur, ce monde-là appartient è celui qui s^appelle le rot, le aéiiré , le dominateur des nations et le prince des rois de la terre. Là, le Christ vainqueur commande et règne,,, « L'union de l'Eglise et de TEtat implique de toute nécessité ou la subordination de l'Eglise à l'Etat ou la subordination de l'Etat a l'Eglise, deux choses diverses ne pouvant coexister sans ordre. Or, par prudence, les neutres rejettent la prééminence de VE-

t^lise I qui offusque tant les philosophes eurs amis. Maïs leur conscience, d'autre part ne leur permet jpas d'accorder la prééminence de TElat. » C'est cet embarras qui les conduit à la séparation, qui est rindinérence sociale en matière religieuse.

Le même dit dans un article sur la centralisation (26 sept. 1858) :

« Ne confondons pas l'unité vivante, œavre de Tart divin, l'unité qui laisse la vie s'épanouir dans sa richesse et dans sa liberté avec cette unité tout humaine, tout artificielle, que l'on nomme laceutralisatîoo. L'Eglise, en etfet, est le moins centralisé des gouvernements, bien qu'elle soit essentiellement une. Si donc les peuples veulent Tunité véritable, l'unité mère et de la force et de la liberté, il faut qu*ils écoutent et qu'ils imitent l'Eglise, il faut qu'ils s'entent sur elle; ils participeront alors et à son indivisible unité et à son admirable liberté... Telle était la Gn que se proposaient les peuples au moyen Age. Sans briset leurs nationalités, l'Eglise les unissait tous dans son vaste sein; sans détruire leurs langues nationales, elle leur apprenait sa langue onmrselle, et le latin était la langue de ta science, de la politique et de la législation ; sans détruire les pouvoirs humains, elle les ramenait à l'unité en plaçant au dessus des sceptres et des couronnes, la croix, sceptre royal du Christ ; sans détruire lesrangs,elle unissait les hommes, en leur donnant ia

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