‹ Dictionnaire du parallèle entre diverses doctrines philosophiques et religieuses, d'une part et la foi catholique de l'autreChapitre 65 sur 87 · POUVOIR TEMPOREL · texte numérisé non relu

POUVOIR TEMPOREL

iiïîQ

ils sont rohjel. C'est 1k une singulière manière d'exister, et qui , on Tavouera sans peioe , a trop peu de réalité pour ne pas ressembler au néant ....Tout périt de nousi à notre mort, tout, sauf noire souvenir, qui suffit pour nous immortaliser. Cette docliine, au fond, n'est pas autre chose que la vieille idée du néant matérialiste , sous des formes très-pédanlesque^. » M. Comte parle sans cesse de survivance sans croire k rimmorfalité* comme il parle sans cesse du grand-4tre et du culte qui lui est dâ, quoi«> qu'il ne croie pas en Dieu.

POUVOIR TEMPOREL DU PAPE. —Sous ce nom on ueut entendre deut choses fort distinctes : la souveraineté du Pape sur les Etats de l'Eglise; et la suprématie qu'il exerça au moven flge sur les rois et les peu«pies. Nous allons nous occuper d'abord de ce dernier pouvoir qui présente lui»méme deux faces distinctes.

Il y a en effet , de arands rapports entre le pouvoir exercé par rEglise sur les rois, et Je pouvoir exerce par elle sur les hérétiques» Le premier avait pour but de réprimer les excès de Tautorité, comme le second était dirigé contre les excès de la liberté. Par la d/pofiliofi, les Papes maintenaient les rois dans le devoir; et par la réprestion de l'hérésie, ils y maintenaient les peuples par les rois. La repreuion rendait aux chefs le même service que la dépoiiêiùn rendait aux sujets; ott plutôt Tun et Vautre pouvoir était utile k la société tout entière. Le pouvoir des Papes sur le tem|)orel des rois , et leur pouvoir pour la répression de l'hérésie sont donc corrélatifs. Aussi ont-ils la même source, reposent-ils sur la même base , comme ils oui été ^ttagués au nom des mêmes préjugés. La légitimité de ces deux pouvoirs est incontestable. Les actes des Papes du moyen âffe, contre les mauvais rois et contre les hé^ reliques, doivent s'expliquer, non par le consentementdes peuplesou par quelque autre raison semblable, mais par un droit immuable. Ou plutôt il faut distinguer dans le pouvoir temporel de l'Eglise, tel qu'on l'a vu k l'cauvre, deux éléments : l'on essentiel, qui existe toujours, bien qu'il puisse rester sans application k certaines époques, par suite des circonstances; l'autre accidentel qui doit se modiQer avec les siècles. Ce droit essentiel repose sur la transformation qu'opère le christianisme au sein du peuple. Une nation entièrement catholique fait nécessairement de la religion l'un des éléments fondamentaux de son étal social ; dès lors tout ce qui compromet Texisteoce de la religion au sein de cette nation , porte atteinte k la vitalité de la nation elle-même. Par Ik même le pouvoir dirtct du Pape sur les choses religieuses, rejaillit naturellement et indirect tement sur les affaires civiles. Si le roi, au lieu d'employer son pouvoir h faire régner le Christ qu'a représente, veut altérer la re* iigion, et porte ainsi atteinte k la constitution sociale, le Pape peut déclarer qu'il n'est plus un roi cArAten, et que la société qui veut on roi chrétien^ qui ne peut en vouloir

un autre, doit pourvoir k son salut. Do même, si une hérésie vient k menacer la religion qui est le lien social, le Pa)»e pent et doit déclarer au prince, aue son devoir est de préserver la société ou danger qu'elle court.

Cette importante question a été l'objet d'une magnifique improvisation, prononcée en 18S5, par Mgr de Salinis, alors évêqne . d'Amiens; improvisntion qui tint sospenaus / k ses lèvres, pendant une deroi^^heure tous * les ecclésiastiques d'Amiens , réunis pour une conférence. Nous regrettotis que nos souvenirs ne nous permettent pas de rapporter intégralement ces éloquentes paroles; nous allons seulement tâcher d'en transmettre k nos lecteurs un écho bien affaibli , les prévenant que Uous n'écrivons que de mémoire, et qu'ainsi nous sommes seuls res* ponsables de ce qu'on va lire :

« 11 y a peu d'années, » disait Sa Grandeur autant qu'il nous est possible de nous le rappeler, « les plus chauds partisans do la papauté ne savaient la défendre qu*en la dépouillant de ses droits. On disait : sans doute les Papes ont été trop loin; mais au moyen âge, la société était dans l'enfance , et avait besoin de tuteurs; d'ailleurs, en somme, ce pouvoir exorbitant a été utile, il a sauvé le monde; il faut donc excuser ceux qui en furent dépositaires. Nous ne devons pas au-

i'ourd'hui accepter la question sur ce terrain* I faut reconnaître la base inébranlable du droit des Papes. Il n'y a pas de société possible sans religion. Il y a bien dans Thomme quelques éléments de sociabilité; mais la religion seule les développe et les sanctionne. Les peuples anciens eux-mêmes ne vivaient en société qu'en vertu de l'élément révélé qui existait encore, qiioique altéré, dans chacune de leurs religions; et k mesure que cette révélation primitive s'éteignait davantage, la société s'affaiblissait , k tel point qurelle arriva k n'être plus qu'un cadavre. Le christianisme se lève sur le monde; il met trois siècles k en prendre possession. Dieu qui voulait lui donner plus lard la puissance humaine, montre ainsi qu'elle ne lut est pas nécessaire. Le christianisme grandit sans cette puissance, et malgré elle. Cependant l'Eglise devient Vftme de la société ; tout se transforme sous sa douce influence ; tout ce qui possède l'autorité n'est plus que le lieutenant de Jésus-Christ; tels, le souverain dans l'Etat, le père dans la famille. C'est la loi de Dieu qui est le ciment et le lien de la société, et comme le Pape est l'interprète de cette loi, comme il est le juge de toutes les consciences , il donne sans sortir de sa juridiction spirituelle, des réponses qui produisent des effets civils, par suite de rorea-" nisation chrétienne de la société qui de mande, qui écoute, qui exécute ces réponses. Si par exemple, un roi attaque l'Eglise» et sape ainsi les bases de la société, au lieu d'employer son autorité k favoriser le développement de l'homme chrétien, minister Dei in bonum [Rom. xm , 4}, le Pape peut éclairer la conscience des peuples sur la

(luestion de saTOir si le prince est eiruire dans les conditions où il doit être ponr conserver son droit de commander. De même, si des hérétiques veulent altérer tes croyances publiques, le Pape ne fait que son devoir en éclairant la conscience des rois, sur ce que leur impose leur charge pour ré[)rimer le mal, vindex inùram. Le mojen 4ge n'existe plus; mais les principes <ne périront pas, et s ils n'ont pas d'application aujourd'hui, au moins dans la même mesnre qu*antrefois , c'est que les circonstances ne sont plus les mêmes. Quant l'unité religieuse au4*a été rétablie 9 la puissante intervention des Papes reparaîtra. Elle revêtira sans doute une autre forme, carie monde chrétien n'est plus ce qu'il était au moyen Age. II est sorti des langes de l'enfance. Il a passé par les orages de la Jeunesse; il a fait de terribles expériences au milieu des catastrophes du xTi* et du x¥iir siècle. Son Age mûr comportera une plus grande liberté. L'avenir est le secret de Dieu; mais nous pouvons pressentir que Ja puissance de la papauté renaîtra sous une discipline plus douce. L'intervention de riSglise est encore dans la conscieo«e et dans les désirs des peuples; le* fMts contemporains l'attestent naatMMnt. <2ue l'^n- Ïlicanisme croule; qae le schisme grec, la bine, Tlnde, viennent A se dissoudre, le catholifikae ressaisira l'empire du monde, L&Vnpe redeviendra l'arbitre des peuples. » H. Gosselin a publié un savant ouvrage sur le pouvoir temporel du Pape« Nous aimons à reconnaître toute la richesse d'érudition qui donne à ce travail une haute valeur; mais nous croyons que la question n'y est pas traitée h fond, etuu'il a besoin d^ètre complété parle livre de M. Du Lac, intitulé : LEglise et VEtat ^ 2 vol. in-12} , dans lequel est exposé en détail le point de vue indiqué au commencement de cet article. M. de Noaiiles qui loue M. Gosselin dans son Histoire de Mme de Maintenon, s'exprime ainsi à la p. 299 du t. 11 de cet ouvrage . « Il est vrai qu'un parti dansfEglise chercha bientôt è fonder son pouvoir sur des opinions théologiques qui tendaient, en vertu du droit divin, a lui attribuer une juridiction, au moins indirecte, sur les choses temporelles. Mais il est évident que c'était dans les conditions sociales de cette époque^ le moyen Age) que les Papes et le cierge puisaient principalement leur puissance. » Les réflexions que nous avons présentées au commencement de c«t article montrent dans quel sens les |)aroles de M. Moailles peuvent être Justifiées. Elles s'écarteraient complètement de la vérité, si elles taisaient découler tout le pouvoir temporel du Pape du droit public du moyen âge, droit public qui, à certains égards, était lui-même un effet de ce pouvoir.

On consultera aussi avec fruit le travail do M. Darboy, dont nous avons parlé à l'article

DlSTlRCTIOn D£8 DBDX PCIS8ANCBS.

Quand au pouvoir du Pape sur les états pontificaux, il faut lire un article de D. Guérauger, dans VVnivîn du 29août 1858. Nous

en extrayons ce Cfui surt : a II en est qui demanderont : mais la souveraineté temporelle du Pape a Rome, est-eUe donc un doçme? — Non, elle est tout simplement un iait , mais un fait surnaturel. Il n*est pas même nécessaire d'être Chrétien pour en être frappé; mais si l'on est Chrétien, pour peu quo l'on soit attentif à Thistoire de cette ville, on ne saurait doutai* que le Christ nese la soit réservée. Après cela, rassemblez si vous voulez, toutes les raisons de convenance; montrez Futilité ^ui r-ésulte de l'indépendance du Pape pour le gouvernement de l'Eglise; prouvez que si cette monarchie temporelle du Pape n'existait pas, il fondrait l'établip; tout cela est incontestable, mais en oiAme temps, teneA les yeux ouverts sur la grande synthèse historique qui s'étend de Romulus à Pie IX ; vous verrez mieux encore pourquoi et comment le Christ iient à régner icibas sur ce point de notre globe.

« Malgré les agitations et les bouleversennents, l'Europe tient debout, et par elle le monde ; il ^ a une cauae k cehit e'eei que le Christ a daigné se pas se laisser déIrAaef k B^me. Dans sa miséricorde, il a résisté à tous les complots, non qu'il ait besoin de ce trône, Ini dont la terre n*est que le marchepied; mais il l'a juré : Ce tréne durera auiani çue les cieux (ps. 88). S*il s'affaiblissait, toute institution humaine en ressentirait le contrecoup; c'est la clef de yoAte des sociétés. Le monde a pu s'en passer autrefois, quand les temps n'étaient pas mûrs^ et à quelles conditions! Aujourd'hui, le Christ perdant le sceptre de Home pour toujours, ce serait la Qn des temps. Nul catholique ne s'étonnera de ce langage , s'il croit, comme il doit le croire, que ce monde n'est maintenu qu'à cause de l'Eglise qui recrute ses élus dans son sein. Quant aux économistes, nous les ferons souvenir que la propriété particulière a commencé à courir des risques chez nous, le jour où la propriété ecclésiastique a été violée. Maury le disait déjà dans l'assemblée Constituante, et on ne l'écouta pas; on se flattait que Dieu étant évincé, l'homn^ ne le serait pas pourcela. Depuis lors, néanmoins tout chancelle, tout estxnis en question. Que resterait-il des souverainetés, si la plus sacrée, la seule directement divine, venait à s'éteindre pour toujours. Pense-t-on que Dieu qui a fait Rome éternelle pour luimême, se plierait à nos remaniements? Il est trop tard ; le Christ continue de régner à Rome ; s'il était détrâué, la société s'abîmerait dans le chaos. U y aurait un livre entier à faire sur cette haute question oii Ton montrerait le lien indissoluble de la princi()auté de Pierre avec la ville de Rome, et cet autre lien mystérieux de la suprématie spirituelle avec la monarchie temporelle dans la ville des Césars. Que fhistorien chrétien n'aille donc pas attribuer à Ja disposition d'une Providence ordinaire un fait et un droit qui ont leur racine dans l'ordre surnaturel; on est ici, j'en conviens, sur un terrain tout mystique ; mais n'oublions pas que le centre des destinées de Thumanité apparlient à

PROGRES

Tordre mjsliqae» si on yeutTappeler ainsi: Le Verbe incarné, roi de toute créature, et ne poorant abdiquer son empire. » Le savant religieux montre que la souveraineté des Papes sur Rome, commença dans sa plénitude en 726, par l'indignation des Catboli- Îues contre les tentatives iconoclastes de éon risaurien; Pépin et Cbarlemagne n'ont donc fait que la reconnaître et la défendre contre les Lombards; les provinces niâmes qai sont désignées dans les donations que ees deux princes firent au Saint-Siège, s'étaient déjà données librement au Souverain Pontife, pour jouir de sa protection, et nos illustres monarques ne firent (c'est déjè une assez belle gloire) que détruire les obstacles qui interrompaient l'exécution de cette vo*-

\ lonté populaire.

PROGRÈS. — Le mot de progrès a un

; sens chrétien et acceptable par les vrais philosophes. Il signifie alors, soit le développement du dogme, si bien exposé par le P. Newman dans un ouvrage adhoct soit les trans-

i formations que le tfogme immuable opère

f an sein des peuples par cette féconde influence sur laquelle Mgr de Salinis revient

- souvent dans ses belles instructions pastorales. Hais le progrès a eussi va sens bétéro-

, doxe contre lequel les défenseurs de la vérité ne sauraient protester trop vivement. Laissons parler ici M. Lefèbye, professeur à rUniversité catholique de Louvain {Revue eolAoh*9tte, juin 185o] : « La théorie du pro-

fès en matière de religion, qui sert de base l'ouvrage de M. Laurent (professeur k Gand), est Tceuvre des panthéistes allemands et des socialistes les plus compromis. C'est le renversement complet de la religion chrétienne. Cette théorie est busse, soit (ju'on la considère au point de vpe des principes, soit qu'on la soumette au contrôle de Tnistoire.

c Envisagée au point de Tue philosophique, la doctrine du progrès est une conséquence logique du panthéisme, dont elle a suivi toutes les phases dans les temps modernes; nous avons tu qu'elle ne beul se soutenir dans aucun autre système. Le professeur de Gand, en condamnant le panthéisme, doit en bonne logique désavouer son propre enseignement.

« Les maîtres de l'école progressiste proclament que l'homme ne peut jamais connaître la vérité ; qu'une nouvelle vérité n*e$t qu'une nouTOlle erreur ; que la vérité change selon les temps et selon les lieux ; qu'elle est autre à Athènes, autre h Rome ; vérité en deçk du Rhin , erreur au deik 1 Que ce qui était la vérité au moyen âge est l'erreur aujourd'hui, ou le sera demain. Conséquents , ils doivent bannir la foi et rejeter tout dogme, prêcher le dhDute universel et préconiser le scepticisme absolu ; car dans leurs principes, toutes les religions, tontes les doctrines, sans en excepter la plus nouvelle, celle de Saint-Simon, sont également Traies, ou, si l'on aime mieux, également busses; car ce n'est qu'une affaire d'opinion aussi mobile que les flots de l'Océan.

« On ne saurait confondre dans un même anathème ou dans une glorification commune la vérité et l'erreur, sans faire dispo^ rattre la distinction qui sépare le bien du mal, la rertu du vice. On est ainsi amené k réserver le même sort aux justes et aux plus yils scélérats : l'égalité la plus absolue doit régner entre tous les hommes au ciel comme sur la terre. Les distinctions ariitocmiiquti qu*on a voulu établir entre les Chrétiens et les païens, entre les adorateurs du vice sous toutes les formes et ceux du vrai Dieu, en* tf e les forçais et les honnêtes gens, sont à jamais bannies. La loi morale n'a plus de sanction ( il ne reste rien pour stimuler la Tertu, rien pour stigmatiser le yice et lui imposer un frein.

t Quand on confond la vérité et Terreur, le bien et le mal, il est nécessaire d*afiirmer l'identité des contraires, et de nier le principe de contradiction, base de la logique : il £iut adopter la logique de Hegel

« Condamné par toute saine philosophie»

la doctrine du progrès est aussi en opposition formelle avec l'histoire. Elle admet comme point de départ que l'état d'ignorance fut l'état primitif de l'homme, et que la première religion fut un fétichisme abject. Or« non-seulement on ne prouve pas cette assertion gratuite; mais les monuments les plus certains de l'histoire et les traditions de tous les peuples, d'accord avec les données de la psychologie et les principes de lathéodicée» établissent que la science des choses divines doit être placée k l'origine de la société, et que le cuite du vrai Dieu fut la première re* ligion du genre humain.

« Loin que les connaissances religieusea soient le fruit du progrès et du développement de la raison, l'homme n*a pu, en matière de religion, se maintenir k la hauteur k laquelle il avait été primitivement placé. Les vérités qui avaient éclairé le berceau du genre humain se couvrirent peu k peu de nuages, et ces nuages allèrent s'épaississent de jour en jour; tandis que les arts et les sciences recevaient chaque jour un éclat plus grand, les vérités religieuses en butte aux attaques des sens se corrompaient k mesure que les siècles s'ajoutaient aux siècles. Les superstitions de tout genre, les erreurs les plus absurdes, toutes les extravagances et toutes les turpitudes s'amoncelaient dans le monde. Cette marche rétrograde ne s'arrêta que quand l'Evangile fut annoncé aux hommes, et elle continua chez tous les peuples qui n'eurent pas le bonheur d'entendre la voix des disciples du Sauveur. Plus on approche des temps modernes, plus les nations qui n'ont pas été instruites par les missionnaires s'enfoncent dans l'erreur. L'homme non éclairé par la révélation vint aboutir au fétichisme , dernier degré de la dépravation. Si, k certaines, époques, renseignement chrétien se retire ou cesse d*être écouté chex un peuple, on voit aussitôt renaître les superstitions et les erreurs de tout genre. Cette marche, suivie par les connaissances religieuses, est la réfutation complète

et peremptoire de la théorie du progrès.... Il est absurde de considérer le dogme et la morale de l'Evangile comme un développement de doctrines antiques, comme un produit de la raison La doctrine chrétienne»

sans avoir jamais varié et toujours identique h elle-mémet existe depuis dix-huit siècles; si on admet la théorie du progrès, il ^ a longtemps qu'une telle doctrine aurait cessé d'être en rapport avec les exigences de la science et les progrès de la raison. Comme le contraire est vrai, et que la philosophie, l'histoire et les sciences, aujourd'hui encore^ rendent hommage k la religion chrétienne, et la conOrment, il iaut que la théorie du progrès soit fausse.»

lin ouvrage, que nous avons critiqué à l'article Emeignemmitf contient, sur le sujet qui nous occupe, quelques pages fort judicieuses que nous nous fiaisons un plaisir de citer ici : « C'est dans les rationalistes, » dit le P. Chastel {De la valeur de In raiêon Aumatne, p. U)5), « une singulière prétention de s'imaginer que la raison humaine a décou* yert les dogmes du christianisme, lorsque Ton de ces dogmes est précisément que de telles vérités sont inaccessibles k la raison humaine. Voilà du moins un dogme que les

Îhilo8ophe8,apparemment, n'auront pas pensé découvrir. Mais les rationalistes sommer^ veiileux dans leur manière de prouver que la philosophie inventa et prépara le christianisme. Ils commencent par supposer que le christianisme est un beau système de doctrines rationnelles, purement natureliesi et après cela ils soutiennent kleur aise que chacune de ces vérités a pu être entrevue et même découverte par le génie philosophique. C'est-à-dire qu'ils commencent par nier I essence même du christianisme, ()Our affirmer qu'il était humainement possible. Nous croyons ce tour de force indigne de leur bonne foi. S'ils admirent le christianisme*

au'ils commencent par admirer ce premier ogrne qui les sépare de lui : l'impuissance tadicalede la raison humaine pour arriver au christianisme.

« C'est là une oes vérités les mieux établies par les Pères des premiers siècles, en face dfe la philosophie humaine. Ils protos*tent contre la seule pensée d'être, comme Chrétiens, les disciples du Lycée ou de l'Académie. Est-ce que notre religion, s'écrièrent-ils souvent, est une religion philoso^ phique, et le Chrétien a-t-il été instruit dans les écoles d'Athènes? Quel rapport y a-t4l entre Platon et le Christ ? etc.

c De nos jonrs encore, le chef auguste de .l'Eglise rappelle cette parole des premiers temps et la confirme de son autorité infaillible. Ré()ondant à ces prétentions du ratio- Dalisme, il dit : Les ennemis de la révélation divine voudraient, dans leur ardeur sacri^ légSf introduire le progrès humain iusque dans la religion catholique; comme si cette religion était Fouvrage, non de Dieu, mais . des hommes; une invention philosophique qui [puisse tire perfectionnée par des moyens \umains. A ces hommes en délire s^applique

merveilleusement ce que Terlullien dUait aux philosophes de son temps : « Le chri$tiani$mt que vous mettez en avant nest autre que celui des stoïciens , des platoniciens et des dialecticiens. » (EncycL du 9 nov. 1849.)

c C'est une chose bien remarquable^ dans la question présente, que cette opposition constante, énergique, que firent les premiers docteurs chrétiens à la philosophie et aux plus grands philosophes du paganisme» Lors même qu'ils reconnaissaient quelqu'une des vérités enseignées par la philosophie, ils ne manquaient pas de faire voir qu'ils na Tavaiont pas reçue d'elle, et qu'ils possédaient, avec la vérité pleine et entière, une règle supérieure pour discerner dans le chaos des écoles le vrai du faut. Lorsqu'ils s'accordaient aVec les philosophes, ce n'était pas en allant à eux, mais en les jugeant> comme supérieurs à eux. S'ils avaient procédé des philosophes, n'auraient ils pas avec empressement revendiqué la gloire d'ancêtres si illustres, et n'au raient-ils pas tenu à honneur de les continuer? Mais,loia de là; ils ont proclamé entre le règne de la philosophie et l'avènement de la doctrine nouvelle une rupture éclatante, absolue, lis ont désavoué le plus hautement possible toute descendance des philosophes et de la philosophie. Mon-seulement ils se sont séparés d>ux, mais ils se déclarèrent contre eux ; et tout en avouant ce qu'ils avaient dit de juste, ils montrèrent que plus sourenl encore ils étaient absurdes et dangereux. Non-seulement ils signalaient leurs erreurs sans nombre, mais ils démontraient leurimpuissance pour arriver à une science complète, leur impuissance radicale surtout pour arriver à la vérité chrétienne. Comment expliquer celte conduite dans Thypothèse des rationalistes? Assurément les fondateurs du christianisme ne s'attribuèrent jamais aucune commanatité d'origine avec les philosophes; ils ne crurent jamais à cette descendance et à cette filiation qu'ils repoussèrent constamment. Il est bien tard aujourd'hui pour leur faire acce|Her cet honneur.

c Les premiers Chrétiens se donnèrent comme professant une doctrine tout k fait nouvelle, une doctrine étrangère à la philosophie profane. Mais, à cette époque, il y avait, dans le monde, des hommes instruits des savants, qui faisaient profession de cette philosophie, qui la cultivaient avec ardeur et la défendaient avec un dévouement filial* Eh bien l ces derniers tenants, mais ces vrais tenants de la philosophie ancienne oot-il^ vu dans le christianisme la doctrine de leurs maîtres si re^ectésT Ont -ils embrassé les Chrétiens comme de nouveaux frères? AQ contraire, les principaux dogmes du christianisme furent pour eux uM nouveauté* un scandale; et loin de les admettre, ils nièrent, au nom de la philosophie, la création, la résurrection, tous les mystères prof>res au christianisme, et souvent jusqo*^ 'unité de Dieu Voilà comment on enfi-

sageait le christianisme à celte époque. Par* tisans et adversaires étaient loin d'y vpir une

PROGRES

ronlinuaiion, une évoluUon el un dévelop*'

|)eiDent de la philosophie. Partisans et ad-

rers«ires étaient loin d'avoir sur son origine

les idées que certains hommes se sont si la-

[jorieusement formées de nos jours. Attri*

buer h la philosophie païenne la génération

Ju christianisme, est un rére désesitéré» qui

lie lient pas devant fhistoire ni devant la

iionsidératioD des doctrines. »

Le même auteur réfute très-bien Thypo^*

hèse de la Barbarie primitive de l'espèce

^maine qui se lie chez les rationalistes à la

ioclrine du progrès, et qui est exposée en

ce» termes par M. Jules Simon (Revue ëee

itui-mondes. t. XXVII, p. S36} : « On peut

iiJmetire la supériorité de la civilisation en

iième temps que l'antériorité de la barbarie;

m peut croire que Thomcne est fait pour la

miéiét et reconuatlre, malgré cela, que les

)recQiers habitants de la terre étaient sau-

rages. Dieu qui permet les pestes et la

;uerre et les siècles de barbarie; Dieu qui

aisse subsister, dans trois parties du monde,

les millions de sauvages, n*a-t-il pas pu

«rmeUre, au commencement, ce qu*il per*

M encore aujourd'hui? » — « Non , » répond

e P. Chastel (ouvrage cité, p. 3ii). « Sans

(cale, Dieu n était point tenu de déployer,

»our les premiers habitants de la terre, tou*

es les richesses de sa munificence, et il

icraii difficile de déterminer à quel degré de

•erfttction ou d'imperfection il aurait pu les

)lacer en les créant. Néanmoins, il est tel

iegré de misère et d'impuissance, d'igno-

ance et d'infirmité, où il répugne de sup-

K>ser Qu'un Dieu bon ait pu placer les pre-

oiers nommes immédialcment sortis de ses

DsiQs, quoique aujourd'hui, sous le gou-

eroement de cette même Providence, il

Htisse y avoir des individus qui se trouvent

icepiionnellement dans une condition ana*

)|(ue. Nous voyons des hommes privés de

usage de presque tous leurs membres, ei

autres atteints d'infirmités spirituelles plus

umiliaotes encore ; il y en a qui naissent

^urds et muets; il y en a qui naissent

beugles; quelques-uns naissent sourds,

lueu et aveugles ; voilA ce qu'un Dieu bon

eroiet sous nos yeux. Dira-t-oo « qu'il a

e permeUre, au commencement, ce qu'il

ermet encore aujourd'hui, » et que les

ooiuies, à l'origine, ont pu être tous impo-

ifits ou imbéciles, sourds ou aveugles?

« U théologie enseigne que Dieu aurait

i créer primitivement l'humanité dans

Mt OÙ elle se trouve aujourd'hui, moins

||»éché, c'est-à-dire, avec ce degré d^intel-

poce et de force physiciue, de jouissances

fçle lumières, de privations et aignorancet

kl lui est propre depuis la chute; mais il

I s ensuit pas que, dans cette hypothèse^

I premier nomme et la première femme

•^ttt pu être, en sortant des mains de

Ir Créateur, dans le même état que les

^^\s qui uaissent aujourd'hui, ni qu'ils

^eot pu être créés à rétat purement sau-

'« Beaucoup moins auraient-ils pu être

'S dans une condition inférieure k celle

Muvages, c'est-à-dire privés de toute

DlOTIOR!!. DU PARALLèLB.

connaissance d'une langue et n*ayant, pout s'en former une, qu'une raison plus ou moins faible, fdus ou moins bornée et plus ou moins absorbée par les besoins de la vie

matérielle II répugne à la raison que le

genre humain ait ainsi commencé. Voilà ce que M. de Bonald a eu le mérite de prouver.»

M. Lefebve réfute ainsi (Revue catholique^ novembre et décembre 1855} la théorie du progrès indéfini des religions : « Il est facile de se convaincre que chez les peuples de rOrient les connaissances religieuses ont suivi une marche rétrograde. On connaît, par les relations des missionnaires et des voyageurs toutes les superstitions et les infamies qui, mêlées à l'athéisme et au sensualisme* le plus effréné, régnent depuis plusieurs siècles dans ie vaste empire chinois. Si Ton compare cette religion moderne avec les antiques doctrines de Confucius et de Lao-tseu, il devient évident que les Chinois, en matière de religion, ont fait un pas immense en arrière. Lorsque les livres sacrés de la Chine furent connus en Europe, les philosophes du xym* siècle ont exagéré leur mérite el la pureté de leurs doctrines pour les opposer à l'Evangile : ceUe prétention, sans doute, a été réduite à sa juste valeur; on a constaté que les vérités renfermées dans ces antiques monuments de la Chine sont souillées par de graves erreurs, altérées par des superstitions, obscurcies par des allégories. Cependant il n'en reste pas moi us vrai que ces livres contiennent une doctrine bien supérieure è celle des êges suivants et qu'ainsi ils réfutent la théorie du progrès.

« il faut dire la même chose des antiques monuments de la race zende ou des anciens Perses. Il eerait difficile^ dit Creuzer (t. I, p. 716), de troH/ver^ dans toute raniiquiiéf $i ee n'est chez les Hébreux, rîeA qui fût com^

{arable à la simplicité aussi sévère que «ulime de la religion fondée mut le Zend-Avesta. Le sabéisme y est tellement idéalisé^ le culte des éléments si épuré^ tous les objete de FadO" ration publique ou particulière si rigoureu' sèment subordonnés à Vidée dun Etre bon, auteur, protecteur et sauveur du mandcj que l'on ne saurait guère taser de polytkéiMme le$ sectateurs de cette doctrine. Ce jugement est confirmé par de nombreux passages du Zend'Avesta^ traduit par Anquetil-Duperroo. Est-il nécessaire de faire observer que cette doctrine antique ne fut pas perfectionnée, mais obscurcie et^altérée dans les âges suivants?

c L'histoire de la religion^ dans la mystérieuse Egypte, est aussi en opposition aveô la théorie du progrès. Jablonski, savant d'un mérite incontestable^ soutient que lareli^on

! primitive des Egyptiens fut le monothéismo Pasuheon JSgypttonm, 1. 1, c. 2, | 6). Cette assertion s'appuie sur le témoignage formel de Lucien {De Syrie Daa), de Plutarqae {Da hide et Osiride, c. 9), de Jamblique (i^ myth. JSigypt.) de Théophraste (cité par Porpfayre» De ahst. animal.). Les travaux de Ronge, Lepsi us, Bun^n et Mariette sur les anciens

DlGTiONNAiRE DU PARALLELE.

monuments de l'Egypte, semblent conduire h la même cooclusioa. Plus tard, les Egyptiens abandonnèrent celle antique religion, pour se livrer à TidolAtrie la plus absurde qui ait jamais paru dans le monde, Tadoralioa des animaux. Les Egyptiens portèrent les arts et les sciences à un degré de perfection qui fait encore l'admiration du monde savant et qui n'a peut-être pas été dépassé; mais eu môme temps ils descendirent au degré le plus bas de la dégradation morale et religieuse : preuve certaine que la reli-

fion n*est pas le fruit des investigations de esprit humain. »

L auteur démontre ensuite que, chez les Grecs, la religion primitive ne fut pas souil* lée par les turpitudes qui envahirent les temples aux Ages suivants, et que les œuvres des grands pbilosopties, qui se sont élevés si lort au-dessus ae leurs contemf>orains, ne prouvent rien en faveur de la théo* rie du développement spontané et progrèssif des connaissances religieuses; €ar ces philosophes out eu k leur disposition nonseulement les traditions nationales, mais encore celles de TOrient, dont ils ont profilé dans leurs voyages. D'ailleurs le faux se mêle au vrai dans les écrits de ces philosophes; et enfin, en s'élevant même aux considérations les plus sublimes de la métaphysique, ils n'ont fait faire aucun progrès è la religion des Grecs. Us tenaient la vérité captive, certains que leur voix ne serait pas écoulée; et ils sacriGaient en public k Esculape et à Jupiter. Depuis le commencement de rère chrétienne, tous les peuples qui n*ont pas été éclairés des lumières de l'Evangile n'ont fait que s'enfoncer de plus en fiitts dans l'idolAtrie. Aucune religion de 'antiquité ne fut plus farouche que celle qui, au xi' siècle, ensanglantait, par ses sa- ^crifices humains, les rives de la Baltique. ILes païens de l'Afrique, de l'Asie et de U' Amérique, sont adonnés au fétichisme, qui est clairement, non le premier degré de l'idolAtrie, mais le dernier, celui auquel aboutit la raison livrée à elle-même.

Benjamin Constant avoue que l'homme ne sort pas spontanément de l'état sauvage, d'où il suit que ce n'a pu être l'état primitif du genre humain : « Plus l'homme, » dit-il, {De la reliaion, t. 1) • est voisin de l'état sauvage, plus il est stationnaire. Les hordes errantes que nous avons découvertes, clairsemées aux extrémités du monde connu, n'ont pas fait un seul pas vers la civilisation. Les habitants des côtes que Néarque a visitées, sont encore aujourd'hui ce qu'ils étaient il y a deux mille ans. A présent comme alors, ces hordes arrachent h la mer une subsist^ince incertaine. A présent comme alors, leur richesse se compose d'ossements aquatiques jetés par les flots sur le rivage. Le besoin ne les a pas instruites; la misère ne les a pas éclairées ; et les voya-

Kurs modernes les ont retrouvées telles que I observait, il y a vingt siècles, l'amiral d Alexandre. 11 en est do même des sauvages décrits dans l'antiquité par Agatharchide, et

de nos jours par le chevalier Bruce. Entourées do nations civilisées, voisines de ce royaume de Méroé si connu par son sacerdoce, égal en potivoir comme en science au sacerdoce égyptien, ces bordes sont restées dans leur abrutissement; les unes se logent sous les arbres en se contentant de plier' leurs rameaux et de les fixer en terre; les autres tendent des embûches aux rhinocéros et aux éléphants, dont elles font sécher la chair au soleil ; d'autres poursuivent le vol pesant des autruches ; d'autres, enfin, recueillent des essaims de sauterelles poussées par les vents dans leurs déserts, on les restes des crocodiles et des chcvaui marins que la mort leur livre; et les maladies que Diodore décrit, comme produites pnr ces aliments impurs, accablent encore aujou^ d'hui les descendants de ces races malhea* reuses, sur la tête desquelles les siècles ont passé sans amener pour elles ni améliorations, ni ()rogrès, ni découvertes. »

Les rationalistes ont tâché aussi d'exploiter le progrès qui a été réalisé dans la inonde jiar le judaïsme et par le christianisme, ainsi que le progrès qui s'obserte dans la systématisation du dogme chrétien; mais le second de ces deux progrès n'a jamais eu lieu que sous la tutelle salutaire de TKglise catholique, puisque le mahométisme et le schisme sont stationnaires, tandis que le protestantisme et le rationalisme se décomposent. Quant aux progrès que la ci^ili* sation doit au christianisme, il faudrait, pour

S|u'il pAt en tirer parti, que le christianisme ût l'ouvrage de la raison humaine. Or c'est ce qui n'est pas, comme le prouve M. Lefebve, dans un article (déc. 1855) que nous allons résumer.

Si le christianisme est l'œuvre du progrès humanitaire, il faut qu'il soit un épanouissement du paganisme et de la philosophie ancienne. Or qui osera dire qu'il n'y a aucune différence essentielle entre les ensei* gnements chrétiens et les doctrines païennes. Il y a des analogies sans doute; ma^s « les fragments de vérité que l'on retroure épars dans les doctrines antiques sont entourés des fables les plus absurdes, sont souillés par un alliage impur, et comme encadrés dans un cercle d'erreurs. Dans cet assemblage monstrueux, dans cet océan d idées incohérentes, nul auteur paien n'a su discerner les fragments de vérité jpour en former un corps de doctrine. Au siècle d'Auguste, l'esprit d'erreur s'était empara de toutes les intelligences au point que le^ philosophes allaient se perdre dans tes rêveries du scepticisme, du panthéisme et de l'athéisme, tandis que le peuple recevait sans les discuter les doctrines les plus absurdes, et attribuait aux dieux des actions dont l'homme le plus dépravé rougirait. Le^ doctrines païennes forment un amas de superstitions grossières, de fables absurdes» d'erreurs de tout genre ; les vérités les plus essentielles de la religion naturelle sont méconnues, révoquées en doute, ou proposées par quelques philosophes comme ouo

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opinion assez probable. Voilà ce qu'on ne saurait contester. Aa contraire, le chrislianisme» dès son origine, repousse toutes les erreurs enfantées par Tesprit humain, il n*en admet aucune ; il restitue leur yéri- (dble sens aux traditions qui avant lui étaient travesties et expliquées dans un sens fabuleux ; il met en toute lumière les vérités si étrangement défigurées dans les écoles philosophiques et dans les teral>leâ païens; il affirme avec une pleine certitude toutes les vérités de la religion naturelle. Sa doctrine est claire, précise, sublime, au témoignage même de ses adversaires, elle renferme tout ce qui a jamais été dit de plus beau, de plus vrai sur Dieu, sur Tbomme, et sur leurs rapports mutuels. Toutes les vérités disséminées dans les traditions antiques, jointes à de nouveaux dogmes plus sublimes encore, se trouvent coordonnées dans un symbole lumineux et complet que la raison admire depuis dix-huit siècles, sans pouvoir le sur-

Easser. 11 n*en faut pas davantage pour étalir le contraste le plus frappant, Tantithèse la plus forte entre tes doctrines païennes et les enseignements chrétiens : on a beau faire, on ne parviendra jamais h combler rabtme qui les sépare ; il sera toujours absurde de placer ces deux dot-trines sur une m^me ligne de progrès, et de donner Tune comme le développement naturel de Tautre. c Le contraste est plus grand encore si nous mettons les deux morales en regard l*une de Fautre. Au siècle d'Auguste, la moraie ne faisait pas partie de la religion païenne : dans nul temple on n'enseignait

au*il faut fuir le vice et pratiquer la vertu. y a plus, la religion autorisait tons les vices et toutes les infamies; l'histoire des dieux offrait le modèle de tous les crimes, et tes cérémonies religieuses en enseignaient la pratique. Ce fait est humiliant pour la raison privée des lumières de la révélation ; mais il ne saurait être contesté, il est écrit en caractères ineffaçables sur tous les monuments de l'antiquité ^jaïenne. ^

D'ailleurs, si le christianisme est fauvrage de l'homme, son auteur a dû être un savant du premier ordre pour coordonner avec tant d'habileté tous les matériau! amassés par la saçesse antique; ses premiers adeptes ont dû être les philosophes; ses adversaires auront été les adversaires de la philosophie. Or c'est tout le contraire. Son auteur n'avait {las étudié les lettres humaines; Ses premiers adeptes furent des ignorants ; ses adversaires les ulus acharnés lurent les philosophes. Les Alexandrins prennent le parti du polythéisme. « Comment se ftiit-il que les disciples de Pythagore et de Platon aient attaqué avec acharnement une doctrine qui réalisait tout ce qu'il y avait de beau et de grand dans la doctrine de leurs maîtres T Cette question est insoluble avec les idées de M. Laurent. En vain il prétend que le christianisme et le néoplatonisme sont identi«)ues en essence bien qu'ils se séparent l^r la voie qu'ils sruivent, les Chrétiens ad-

mettant une révélation surnaturelle que les néoplatoniciens rejettent. Pour être con^éq^uent, l'auteur devrait accorder la supériorité au néoplatonisme, car pour lui la révélation est une erreur. Oserait-il soutenir ce paradoxe? Et s'il l'admet comment pourrat-il expliquer la victoire remportée par le christianisme ? Est-ce que la théorie du progrès ne demande pas que la doctrine la plus parfaite triomphe toujours ? Sans cela 1 humanité n'avance pas, elle recule. »

L'auteur termine en prouvant que la propagation du christianisme ne peut s'expliquer naturellement, vu les obstacles qu'il avait h vaincre et la faiblesse des moyens qu'il employa.

— oL'Evangîle,»ditM.deNoaîlles(£fw<oirc de Mme de Maintenons t. Il, p. 6^8), « possède le véritable secret du progrès et du perfectionnement de l'espèce humaine, en les plaçant dans le perfectionnement moral des individus. Sous le rapport religieux, il commande la foi è l'homme en lui laissant son libre arbitre, il inspire la croyance la plus vive en môme temps que la douceur la plus

f)atiente, il concilie le zèfe de la vérité avec a charité pour le prochain. Sous le rapport politique, il produit des effets non moins salutaires ; et tandis qu'on s'épuise à inventer des combinaisons sociales pour améliorer le sort des hommes, combinaisons inutiles si les hommes ne deviennent pas meilleurs, il répare les inégalités et les maux inséparables de la condition humaine

f>ar une bienfaisante action exercée dans 'ordre moral ; il impose la modération au pouvoir, la soumission aux peuples, la fra* ternité à tous, la commisération aux puissants et aux riches, la résignation aux pauvres et aux malheureux, vertus qui donnent un fondement inébranlable au repos des empires, se prêtent à toutes les formes de gouvernement, et qui, si elles étaient pratiquées, rendraient ces formes presque indif» férentes, parce qu'elles en corrigeraient tous les vices. 11 est vrai que ces préceptes sont difficiles à observer, en ce que la loi divine dont ils émanent étant la perfection même, notre nature ne saurait jamais y atteindre ; mais s^il n'est pas donné à l'homme d'être parfait, il lui est donné, outre la récom* pense qui l'attend dans les cieux, de voir sa destinée s'améliorer de plus en pltis sur la terre, à mesure qu'il approchera de la perfection. »

. M. Pierre Dufour a publié dans VVnivcn une critique des idées de M* Guizot sur le progrès. Il reproche à l'écrivain protestant (8 août 1856) de ne voir dans la civilisation que l'idée de développement en général, de changement ; tandis que la civilisation est le développement de l'activité individuelle et sociale selon les lois constitutives de Thomme, comme être intellectuel et moral. Il montre ensuite combien M. Guizot se trompe quand il dit que la supériorité de la civilisation moderne vient de ce qu'elle est l'image du monde physique, de ce qu*eUe offre une immense variété, tandis quuo

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seul élément domine dans les civilisations antiques, tellement que celles-ci remportent quand on ne considère qu'un élément en particulier. L'unité du monde physique échappe à M. Guizot qui d'ailleurs n'eût pas dû chercher dans le monde physique le type du monde intellectuel. De plus, « estce qu'il est avéré que les conciles traitaient, et les traitaient moins sagement, des questions moins utiles que le sénat romain ? Estce un fait acquis que Tarchitecture ogivale est incontestablement moins riche et moins grandiose que l'architecture grecque» et que Saint-Pierre de Rome est inférieur au Parthénon? Serait-il indubitable que la philosophie de l'école de saint Thomas et ôe saint Bonaventure e$t au-dessous de celle de Socrate et de Platon ? Est-ce encore que Raphaël et Michel-Ange sont très-certainement inférieurs è leurs correspondants de la civilisation grecque et romaine? Le siècle de Louis XIV ne peut-il soutenir la comparaison avec le siècle d'Auguste ?.... mou Dieul que les hommes supérieurs sont quelquefois petits quand ils se laissent dominer parles passions et les rêveries du moment I Et (]uelles pauvres généralités 1... Les civilisations antiques possédaient i l'unité» vice capital ; Vimmense êupériorité de la civilisation européenne, c'est qu'elle a fini par admettre tous les principes, et désorm{iis la lutte sera parfaite autant que possible, parce qu'ils lutteront en liberté. Les efforts n'aboutiront jamais, pas même à un certain idéal. N'importe, on luttera. Le comble de la perfection, c'est que les combats, les heurts de tous ces principes amalgamés seront libres. Les principes divers jouiront de la liberté, de la liberté de lutter au sein du chaos.... Nous avons le mot de l'énigme. C'est h cette erreur du siècle sur ridée de liberté que la belle intelligence de U. Guizot est venue, elle aussi, se heurter.... Dieu a donné la liberté à l'homme comme moyen; on|en fait la fin de l'homme... Les deux grands faits de la civilisation moderne et qui accusent son immense supériorité, c'est l'insurrection contre l'autorité spirituelle au xvr siècle, et Tinsurrectiôn contre le pouvoir temporel àlafinduxviir... T a-t-il, en tout cela, une place pour les principes constitutifs et régulateurs de la civilisation, que nous reprochons è M. Guizot de méconnaître? Evidemment non. Développement» c'est-à-dire, œmbat, lutte, ef* fort stérile, M. Guizot ne sort pas de cette idée, et il n'y a place chez lui pour aucune autre : c'est Fétat général du monde. »

Le P. Félix dit dans ses Conférences de 1857 :"« Parmi ces vérités inopérissablescenlres fixes autour desquelles l'humanité accomplit ses marches progressives, il en est une qui est comme le centre de tous les centres, pointculminanl et éminemment central vers lequel elle doit tendre touiours pour marcher au progrès : IHdée de la fin dernière. Cette idée, par rapport au progrès moral et à tous les progrès qui en dépendent, est souveraine, c'est i'idée-mère; c'est

ridée-principe. Elle constitue, en quelque sorte, avec l'idée d'origine, l'flmedu monde moral ; elle est l'étoile polaire du vrai progrès qui fait marcher le monde... Tout pro- Srès est une marche vers le but, et il n'y a e progrès possible qu'à la condition que tout marche avec ordre vers la fin dernière... Or h quoi tient-il que les hommes perdent tout a coup de vue ces principes éternels qui règlent et mesurent nos progrès dans le temps...? A la concupiscence.... Quand elle règne, l'obscurité se fait dans les âmes... Des logiciens viennent et disent : Entre le bien et le mal, la différence n'est que nominale..., l'absolu n'existe pas. — lies moralistes viennent et disent: Toutes les lassions sont saintes, tous les instincts sont légitimes; la répression est un crime..... et la libre expansion est toute la loi de l'humanité. — Des réformateurs viennent et disent : L'inégalité est une tyrannie, la hiérarchie un despotisme , la richesse

une usurpation — Des métaphysiciens

viennent et disent : L'enfer, c'est la misère du jpeuple sur la terre ; le paradis, c'est la jouissance. — Enfin viennent des théologiens qui disent : Dieu, c'est la nature; Dieu, c'est le grand tout; Dieu, c'est la loi des mondes; Dieu, c'est l'hamanilé; Dieu, c'est moi-même I Et élevant iosquà leur dernière puissance l'absurde et le blasphème, il s'en rencontre pour dire : Dieu^ cest le mal!... Mais la concupiscence ne re* tourne pas seulement les intelligences, elle retourne les cœurs, surtout dans le sens rétrograde... L'amour est le centre de gravitation humaine. .< L'intelligence regarde, la volonté commande, c'est l'amour qui marche... Quand cet amour est ordonné, tout est dans l'ordre...; tout le mystère du progrfe

t;il donc au fond de ce problème... : mettre 'ordre dans l'amour. Or^ le désordre dans l'amour, c'est la concupiscence même. U concupiscence, prise dans son essence, peut se définir en ces deux mots : la perversioa de l'amour, ou l'amour retourné. Vous ave« dans ce seul mot la philosophie des passions humaines, la théologie de la concupiscence, et je puis bien ajouter, la science du progrès. Sous le coup terrible de la chute originelle, Vamour^ unité vivante de. toutes les passions, créé pour porter l'homme h sa lia dernière, s'est retourné contre son but» c'est-à-dire contre Dieu lui-mème.Âinsi arraché à son centre divin, il emporta avec lai l'homme et toutes ses puissances dans soo tnouvement terrestre et rétrograde. Il résulte de là que le progrès, c'est-à-dire le mouvement de bas en he^ut, ne j)eut plus exi^^ter dans l'homme qu'à la condition d'une riac^ tion libre et courageuse contre cette ^rot^)talion qui emporte loin de l'infini Tamour arraché de son centre véritable. — La doctrine du progrès chrétien se sépare ici profondément de la doctrine du progrès panthéislique : l'une demande l'expansion lib^e de l'amour qui est dans Tbomme, c'est-è-| dire le règne de la concupiscence, et par i« libre essor de la force désordonnée et rétrc-

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grade, elle aboutit à la consommation da upsordre et de la décadence; Tautre demande Kl réaction volontaire contre l'amour désordonné, et par cette lutte tontre la force rétrograda, aboutit à la restauration de Tordre et à la consommation du progrès. —«Ainsi, vous le voyez, la vraie formule du progrès moral sort d'elle-même des profondeurs du christianisme et des profondeurs de l'humanité, s'éclairant l'un l'autre de mutuelles clartés... Désormais, nous savons, k ne pas l'oublier, où est le secret du progrès moral, condition et garantie de tous les autres. II est dans l'effort de l'homme pour vaincre la concupiscence, et rétablir rordre dans l'amour... Cet amour monte... et ne redescend ▼ers la terre que comme descendent les eaux attirées par le soleil, pour se répandreenune douce pluie ou une féconde rosée. »

Le même dit encore, è propos de la chasteté : c 11 jr a, pour l'humanité déchue une condition de progrès dont rien ne peut disftenser: c'est la condition de l'effort. Dans l'ordie moral, comme dans Tordre physique, l'homme placé sur une pente ne remonte qu'en faisant effort. En tout ordre do choses, supprimez le travail de la lutte, vous n'êtes plus même stationnaire, il faut que vous soyez rétrograde ; si vous ne remontez, effort par effort, le grand fleuve de la concupiscence, il faut que vous le descendiez, et gue de dérivation en dérivation, vous alliez oii il vous porte, c'est-èdire en bas. Les systèmes ont beau flatter par des adulations savantes nos molles générations ; ils ont beau leur promettre, dans des théories nées du sensualisme lui-même, des perfectionnements sans effort et des

Krogrès qui ne coûtent rien, la loi demeure ivulnérable et immortelle : Le progris par Feffart*

«.... Ainsi le sensualisme est radicalement impuissant à donner one impulsion au vé« riiable progrès, parée que rien de ce gu'il renferme et met en jeu, la sensation, Timagtnation et le sentiment, ne peut ni fonder fe devoir, ni créer des vertus... Il faut ajouter que le sensualisme est positivement un principe de décadence... La première chute qu'il produit dans les générations qu'il possède, c'est la chute du génie et ('impuissance des talents réels pour produire les grandes choses... La seconde cnute, c'est la cbote dtt caractère... Les exemples ici parlent mieux que tout le reste. Voyez ee jeune bomme, même bien élevé, même religieux, tuais livré corps et Ame h cet empire énervant do sensualisme, que fera-t-ii un jour là bas dans ce vieux château qui a abrité sons son toit tant d'ancêtres iameuxT.. Il poursuivra, de château en château, les soirées sensuelles, les bals sensuels, les intrigues et les liaisons sensuelles. Que fera-t-îl |H>ar TabnégationT Rien. Pour le sacriflcet Uien. Pour l'héroïsme? Rien. Que fera-t-il poar la joie de sa mère? Rien. Pour Thonnear 4e sa famille? Rien. Pour la gloire de son nom? Rien. Que fera-t-il enfin poar se vaincre lui-même, devenir un homme, se

faire un caractère? Rien. Aussi ce bien élevé n'aura pas de caractère, et ce descendant des héros ne sera pas un homme l Fils de croisés, je te salue! héros de ce temps, j'admire tes exploits! tes ancêtres s'illustraient sur le champ de bataille; ils refoulaient la barbarie et sauvaient la civilisation, ils étaient de leur temps, ils faisaient de l'héroïsme. Toi, tu t'illustres dans les intrignes, tu brilles dans les bals joyeux et les salons parfumés; va, poursuis ta noble carrière, va conquérir le plaisir, tu es de ton siècle... Au bout de ces deux chutes que produit le sensualisme, il y en a une plus grande, plus profonde, et plus désastreuse que toutes les autres, la chute de la chasteté... Laissez-moi, du haut de cette grande tribune, vous dénoncer la plus grande en* nemie de tous vos progrès, la volupté, monstre séduisant, mais cruel, qui dévore, en vous caressant, tous les germes de votre force et de votre grandeur, en dévorant la chasteté, qui fait les âmes fortes et les générations progressives! Le progrès! il n'y a [)as un homme ici qui ne le demande et ne 'appelle : eh bien, combien y en a-t-il, dans cet Immense auditoire, qui en gardent en eux-mêmes le ressort énergique? Qui sont les chastes ici ? Et voulez^vous que je les compte; est-ce la moitié, est-ce le tiers, estce le quart? Ah! je n'ose me répondre, et je me contente de vous dire : «Hommes du progrès, soyez chastes et vous ferez du progrès, parce que vous frapperez en vous, avec la plus grande force du sensualisme, la plus grande cause de décadence humaine. » Dans la même conférence, on lit, sur les trois éléments du sensualisme : « Il se nourrit d'images, il se repaît de sensations, il s'enivre de sentiments; il ouvre son cœur k toutes les sympathies qui lui promettent, ne fût-ce que pour une heure, Tivresse du sentiment; il ouvre ses sens & tous les contacts qui lui promettent la volupté de la sensation, et il ouvre son imagination è tous les rêves sensuels qui lui montrent, par delà toutes les réalités qu'il touche, des plaisirs et des voluptés dont il remplit, pour s'en repattre, tout un monde idéal construit par lui-même. »

M. Garo dit, dans ses Eiude$ moraUif p. 18 : « C'est au dernier siècle que cette croyance au progrès est devenue une sorte de religion. Chose étrange, et qui prouve è quel point le cœur a besoin d'un idéal, et la raison d'un inSni ! C'est dans ces années de scepticisme et d'ironie oià l'on ravissait à l'homme l'objet divin de sa pensée et de son amour; c'est à la date même qui marque le sensualisme triomphant dans l'opinion, dans les écoles, dans les livres, qu'on voit éclore, au sein de cette société incrédule, la foi la plus ardente dans un chimérique avenir. La terre seule reste k l'homme ; ce n'est plos un exil pour lui, c'est son unique s^our, sa patrie. Soit, il saura du moins l'embellir, il la parera de ses plus beaux rêves. La vie actuelle est la seule qui lui soit mesurée I>or la nature; ce n'est plus une épreuv^i

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c*est le temps du bonheur pour qui sait 6tre heureux; soit, les moments sonl précieux; il les décuplera par des raffinements exquis de la jouissance, par uu art délicat et savant de la volupté; il inventera des plaisirs inconnus; il dotera rhumanité de sens nouveaux ; il trouvera même des secrets merveilleux pour reculer les bornes de l'existence; il transportera ici-bas le bonheur suprême; il fera son paradis sur la terre, n'espérant pas le trouver ailleurs. Ce n'est, après tout, qu'un déplacement de destinée. C'est ainsi que d'un sensualisme effréné a pu naître la doctrine du progrès illimité. L'homme a besoin d'un idéal. Si le ciel est vide pour lui, s'il n'y reste pas une autre vie dans laguelle il. croie et il espère, il portera cette idée de l'in&ni dans la vie présente, et agrandira outre mesure, par l'effort de son imagination, l'horizon étroit oxx s'encadre la destinée terrestre. Il ne croit pas à l'immortalité de son flme; mais il fait, de la réalité confusément pressentie d'une existence ultérieure, le roman de la vie actuelle, de la vie dans le temps et dans l'espace. Il ne croit

I)as en Dieu, mais il fait de l'idée vague de a perfection divine la chimère de l'humanité de l'avenir, le rôve d'une perfection sans limites, et d'une plénitude d existence au sein de l'univers transHguré. Après cela, ne nous étonnons plus si nous trouvons sur la lisie des plus ardents apôtres du progrès illimité des noms aussi expressifs que ceux (fe Condorcel en France, de Priestley en Angleterre. Ne nous émerveillons pas de voir que... cette chimérique religion de l'avenir a eu son berceau dans le sanctuaire même du sensualisme. La chimère n'est ainsi presque touiours que la dernière protestation de l'idéal refoulé, comprimé sur un point, et qui ne trouvant pas son issue du côté de ia vérité altérée et de la raison dégradée, remplit l'imagination d*illusions et de songes. Il faut à l'homme du surnaturel quelque part; quand il n'en trouve plus au ciel, il établit le prodige à poste fixe sur la terre... Ne serait-ce pas un prodige bien grand que de voir la nature humaine trans* formée au point d'être étrangère k la misère?.,. Et remarquez comme le dogme du pi*ogrès infini garde religieusement, dans toutes les sectes de notre époque, ce que nous pourrions appeler la marque de fabrique, l'étiquette de son origine sensualiste. A travers tous ces grands mots... une seule idée... se dégage, l'idée dû bonheur matériel... Est-ce a dire qu'il nous vienae dans l'esprit la coupable pensée de aier le progrès? Non p^s, mais nous l'entendons dans le sens complexe du mot... dans le monde des idées et des sentiments comme dans le monde des sensaticuis... De plus, ne croyons {>as, en fait de progrès, à la ligne droite, nous croyons aux lignes courbes, aux lignes obliques, aux lignes brisées... Enfin nous admettons bien, avec la philosophie spiritualiste et le christianisme libéralement in- It^rprélé, que la nature de l'bomrae et la so- ^i\é 6ont perfectibles; nous nions qu'elles

le soient au delà d'une certaine mesure. Nous affirmons au contraire que l'une et l'autre ont leurs limites infranchissables , leur circonscription définie, tracée d'avance par la pensée du Créateur. »

Le même dit (p. 11) ,'en parlant deTidoKtrie humanitaire.

« La religion de rhumanismef hostile à la foi chrétienne, qu'elle s'efforce d'anéantir, est-elle plus clémente à l'égard des dogmes les plus assurés du spiritualisme philosophique?.... Qu'appel le-t-on Dieu dans le néologisme de cette école qui porte constamment un lyrisme extravagant dans le vide de la pensée?.... Ce Dieu fantastique se résout dans l'idée de rhumanité... . voilà toute la théodicée de nos Hégéliens de Paris. . . Et Thomme, ce triste Diea improvisé dans une heure de délire, qu'en font -ils? . .. Certes nous sommes loin, quant à nous, d'adorer la raison ; mais enfin si vraiment nous pouvions croire que l'homme est un Dieu, au moins nous paraltrait-il vraisemblable que la partie divine en lai fût la pensée ... Il n'en est rien pourtant. Dans ces religions bizarres, l'homme est adoré dans son corps comme dans son âme... Les nouveaux prophètes le disent assez haut: il est temps de faire cesser ce long divorce de r^me et des sens; il est temps de réhabiliter la chair, indignement sacrifiéepar le christianisme à des superstitions aveugles, à un ascétisme extravagant» à desmor*r tifications insensées. Le christianisme a jeté l'anathème sur l'homme charnel, il a maudit la matière... Qu'est-ce que celte morale de sacristie, bonne, pour les vieilles déistes, les tartufes et les imbéciles? Ceux qui immolent une seule passion commettent sur leur Ame un attentat, un suicide... C'est pourtant là que viennent aboutir tous ces révélateurs ... N'est-ce pas un des grands penseurs de l'école qui a fornoulé dans cette phrase célèbre un deses dogmes les pluschers;

Le culte systématique de ht femme est le précurseur fiScessaire de la religion de thumanité. Or je le demande, qu'est-ce que ce culte systématique de la femme, si ce n'est la volupté devenue une religion^ Il faut bien qu'on le sache... la matière, chez l'homme ne peut être que dans deux conditions:

réglée ou despotique. Elle obéit ou elle régne.... Mais découronner la raison, la pensée, n'est-ce pas dégrader l'homme? »

< Tous les grands systèmes de philosophie ont à leur usage certaines formes d'exposition.,.. Nos prophètes philosophes ont inventé... la dimonstraiion par Ctnthousiasme.,. Toutes leurs paroles sont de mystérieux oracles., leur imagination bouillonne comme la lave d'un cratère, c'est l'éruption d'un Dieu... De l'emphase à la profanation il n'y a qu'un pais. Le répertoire de l'imagination humaine n'a pu suffire à cette effrayante consommation de métaphores. Il a fallu aller chercher ailleurs; on a ouvert le vocabulaire de l'Eglise chrétienne et on en a fait un scandaleux pilla^. C était chose facile à prévoir: le Christ ba«

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m/inilaire avait mis au sépulcre le Christ de rKvangiie» il était naturel qu'il se revêtit de ses dépouilles, et qu'il essayât de faire illusion au public avec des termes empruntés ani supersilions du passé. On croyait cependant jusqu'à ce jour, qu'il est do maurais goût d'hériter de ceux qu'on assassine. Les nouveaux prophètes ne sont pasdecetavis. La liturgie nouvelle se produit à nos yeux comme une parodie monstrueuse de la li tu rffie consacrée. Leur jargon, mystique à la lois et sensuel, se pare avec un biiarre orgueil de laroboaux arrachés à la langue catholique. Ecoulez leurs dithyrambes, ouvrez leurs livres, et voyez quel mélange burlesque du sacré et du profane... Toute exposition dt>s dogmes prophétiques est rEuchariHie de la vérité ou la Genèse de ridée... Entendez ces mystiques révolutionnaires s'écrier dans leur extase, que la dé' tnoeraiie eei la eeconde entrée du Chriet à Jérusalem, que la Terreur est la montagne du Calvaire, On avait cru longtemps que la révolution avait été prodigue du sangd'aa- Irui. Erreur 1 c'est son propre sang qu'elle a versé comme le Christ; c'est en montant an Calvaire comme lui« que comme lui aussi, elle a incarné, divinisé sà loi dans les es-

Erits. Jargon sans nom qui déGgiire la ingae, comme cette philosophie d'hallucinés défigure le bon sensl... C'est rApo-calypêe nouvelle disent les initiés; oui sans doute; CApocalyse, moins saint Jean et moins TEsprit divin. »

— « Je ne connais pour l'homme, » dit Channing, « qu'une élévation véritable, c'est Télévation de l'flme. Sans elle gu'importent la place et la fortune de l'individu T mais arec elle il règne, il est membre de la noblesse de Dieu, quelle que soit sa place sar l'échelle sociale. « M. Caro qui cite ces paroles continue ainsi : « On a dit quelquefois que ChanninK est un socialiste... Il est une marque infaillible à laquelle vous discernerez le socialisme de ce qui n'est pas lai. Demandez à un système, demandez à un homme quel respect il a pour rindiridu, pour la personne humaine. Le socialisme subordonne l'individu à l'Etat... Au contraire, rien n'égale le respect profond, religieux, je dirai presque superstitieux, de Chanuing pour la ()6rsonnalité humaine, cette immortelle création de l'esprit chrétien. C'est le christianisme qui a relevé l'individu de l'oppression antique de TEtat de nouveau rêvée par les utopies modernes. C'est le christianisme qui a réhabilité rame humaine dans la pleine conscience de sa dignité ... Le stoïcien trouvait cette mile indépendance dans son mépris de la ▼te; le Chrétien la retrouva par la certitude de ses immortelles destinées. Ce qui éiaii un dédain grandiose dans l'Ame stoïcienne, devint, dans Time du Chrétien, une inaltérable sécurité, et celte consolation suprême de se sentir vivre et mourir sous le t égard de Dieu. Le sentiment de la personnalité, fortiBée dans quelques Ames d'élite par la doctrine de Zenon et même exalté

jusqu'k une sorte d'apotliéose impassible et d'indifférence olympienne^ fut généralisé, propagé dans le monde , et en même temps réglé et contenu par l'esprit vivant du Christ. Aussi mAle, il devint moins Apre; il produisit des martyrs qui surent égaler les héros du Portique par la Termeté de leur Ame, sans mettre la même ostentation dans leur trépas, qui surent mourir sans maudir leurs bourreaux, mourir sans insulter la vertu.. Channing reprend en ce sens la grande tradition chrétienne. II cherche le progrès des sociétés moins dans les institutions que dans les mœurs, moins Jans le changement des formes sociales que dans le perfectionnement de l'individu. »

— Après avoir ci lé des fragments délivres de l'Inde, M. de Lamartine dit : « Y a-t il rien dans ce divin langage et dans ces théories théologiques et morales, datant de quatre mille six cents ans, qui atteste la prétendue barbarie et la grossière superstition que certains philosophes ont besoin d'attribuer au vieux monde pour motiver leur orgueil* leux systèmeT N'y sent-on pas au contraire» ou la sagesse d'un Age déjà très-avancé en foi ou en vertu, ou le reflet encore tiède et lumineux d'une révélation primitive, mal effacée de la mémoire des hommes? Ne dirait-on pas à la lecture de ces lignes sublimes, qu'une racine, pleine de la sève morale du christianisme futur, végétait dans les flancs du prêtre indien Les pbiloso-

I)hes de l'Inde sont spiritualistes par exceU ence. Us ne ressemblent en rien aux philo* sophes matérialistes du dernier siècle, ni aux philosophes terrestres delà perfectibilité indéflnie de l'homme sur le globe. Leur Eden comme celui des Cnrétiens, est dans

le pa5$é Il s'est formé depuis quelaue

temps dans notre Europe, en Allemagne, et surtout en France, une école de philosophie bien intentionnée, mais un peu trop superbe. On l'appelle la philosophie de la perfectibilité indéfinie et continue de l'humanité ici-bas. Nous sommes bien é\ou gnéde nier la tendance organique et sainte du progrès en toute chose, cette force centrifuge de l'esprit humain. Hais ces philosophes de la perfectibilité indéfinie et continue, à force de vouloir erandir et diviniser rbumanité dans ce qu'ils appellent l'avenir, la dégradent et l'avilissent jusqu'à la condition de la brute dans son origine el dans son passé. Si on considère l'idée

Ju'ils se font et qu'ils veulent nous faire e rhomme au berceau, le véritable nom de leur philosophie ne serait ni le spiritualisme, ni le déisme, ni le panthéisme, ni même le matérialisme, ce serait le véqétalisme... Séduits par quelques analogies scientifiques, encore trèsnlouteuses, oui leur montrent dans le travail souterrain àes éléments qui composent ce petit globe et dans quelques cadavres d'animaux antédiluviens des traces d'élaboration progressive, de ce perfectionnement prétendu, ces (philosophes ont conclu de la matière A l'Ame et de la pierre à l'homme, lis ont rêvé qu'à l'origine

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DICTIONNAIRE D€ PARALLELE. — AME

iitt

dos choses et des èlres, rbomme ne fui lui-même qu'une boursoufllure de fange échauffée par le âoleil» puis douée d*un insititct qui le força au mouvetuent sans impulsiouy puis de quelques membres rudimentaires qu'une intelligence sourde et obtuse dégageait successivement de la boue, pour se créer è elle-même des organes. » {Coun fam, de Utiérature.)

— M. de Brogiie dans le Correspondant de janvier i%8, après avoir montré aue la Renaissance dans ce qu'elle a de bon fut unfruit du catholicisme, et avoir ainsi réfuté M. Micbelet qui voit un abtme entre le moyen êge et le xyi' siècle, montre gue tel écrivain ne se trompe pàs moins en faisant découler de la Renaissance la Réforme, c 11 y a du ▼rai, » dit-il, c et do fauxdans cette manière de voir. Il y a du faux, car sur bien des points la Réforme est exactement le contrepied de la Renaissance... Il y a du faux surtout, parce que les deux érénements n'ont aucune proportion Tun avec fautre. Une rérolution morale comme la Réforme A ses racines à de bien autres profondeurs dans le sol, qu'une simple modiflcation superficielle de Tart, des lettres, des mœurs on de la forme extérieure de ta société. Apprécier la Réforme au point de vue historique, c'est n'en voir aue le moindre côté ; il faudrait, pour s'en (aire une idée complète, descendre dans les plus secrets abîmes de l'Ame avec le scalpel du moraliste et le flambeau de la tbéotosie... Il y a du vrai

Gurtant aussi dans ropinion commune...

Réforme tient h la Renaissance de deux manières très-différentes, et comme par deux bouts opposés* £lle profita à la fois des excès de la Renaissance et du scandale causé par ces excès mêmes ; et des sentiments que la Renaissance exaltait et de ceux qu^elle Croissait; elle l'exagéra et elle réagit contre elle, et chose encore plus singulière, c'est par la réaction qu'elle commença. ( Le paganisme se glissant dans les vts et dans les monuments du culte donne lieu au reproche de relâchement; la Erésomption de l'intelligence donne lieu à uther de proclamer l'impuissance absolue de la nature à foire le bien , et de la raison i connaître le vrai. ) Telle fut l'entrée de J[a Réforme sur la scène. Ce fut un défi jeté k la raison humaine slorifiée par des con-

Îaêtes inattendues. Hais une rois le signal e la révolte donné contre l'autorité de l'Rgiise qu'on accusait de n'être ni assez vigilante ni assez sévère,... ceux au contraire que cette même autorité de l'Eglise, quoique si doucement, quoique ai mollement eiercée» gênait encore dans leur impatience de liberté et de plaisir,... savants téméraires, philosophes libres penseurs, princes açobitieux, vinrent ae ranger dans le camp de la Réforme... La Réforme opéra donc, dès le premier jour, une sorte de coalition entre ceux que scandalisait la Renaissance, et ceux qu'elle avait enivrés.»

Dans le même article, M. de Rrogite pour répondre à Faccusalion répétée contre TK-

glise par M. Miclielet de s'être opposée k ii i)aissanco de la science moderne, neout d'abord que Copernic et Colomb, qui résument les commencements de cette sdeiht n'ont pas été lobjet de l'iioslilité de TEglise. Il continue: « Est-ce à dire que loat ce mouvement put s'accomplir sans boiv ser quelque routine^ quelque préjogé d'école, que l'enseignement scolastique des universités ne fit |)as quelque résistanrt I se prêt/er à tout ce développement inaueadu qui ne rentrait ()asd«ns êes cadres l^ rêtés? Quel est le tuteur qui ne s'effraye pii on peu quand son élève !U>ut à coup grandi s'écnappe de sa direction 7 S'il en eêl éié autrement, ce serait le premier cbangefflcat dé ce mond(? qui se fût opéré sans Dnrmure et sans déchirement. Mais de ca qst des universités réclamaient et de ce ^M

Î avait des moines dans ces université!, e ce que des docteurs en robes et ea boa* nets carrés ne se montraient pas très^eapressés d'embrancher tant de routes oot^ velles sur les fameux ^rtviumet quodrùm, suit*il de là que dans c«s luttes ne coImi fe christianisme ou l'Eglise catholique brent sérieusement en cause? Parce <|oe les philosophes de la Renaissance étiiiat éblouis par ce charme de Platon qui irait autrefois séduit les Origèoet les Péaieot, les Augustin, tandis que bien des héritiers des scolastiques restaient avec ssi&t Thomas d'Aquin sous le drapeau d'Aristole,

[)ense-t-on sérieusement que lesfoodrntie 'Eglise étaient prêtes a intervenir en laveur des catégories contre les idées? N'j t*t-il d'ailleurs qu'au xvi' siècle qu'on ait va ii routine et l'envie siéger dans les corps eosaignants? Colomb, venant demander ua vaisseau à la catholique Isabelle pour lai conquérir un monde, éprouva j'en cooriesi quelques difficultés a se faire comprcodre, mais le cardinal ministre finit par loi doo« ner raison. Il ne me semble pas qoe, de qos jours, Fulton avec rinvention de li vapeur ait eu un aussi bon accueil de la put du conquérant qui se gloriQatt pourtant da nom de membre de Tlnstitut. La scolaïu-

Î lie tant accusée était l'enseignement oiEdtl 'alors, elle avait cinq siècles de monopole. Or, M. Hichelet sait que perdre le mooopôle de l'enseignement, auand on en a joai, est une chose fort désagréable, et que (a Uor tation d'appeler h son aide, pour le ^rJer, le bras séculier, est à peu près irrésistible. Ce dont il faut demander compte à la scolastique, par conséquent, ce n'est («s deii résistance aveugle qu'elle put opposer i da mouvement qui la détruisait : c'est de remploi qu'elle avait fait, trois siècles duraoi, de son pouvoir, pendant que rintelligeo<>e humaine, encore incapable et mioeore, éUii remise entre ses mains. Or, à voir daoi quel état elle Tavait prise, et dans quel «|ii elle l'avait laissée, de quelles ténèbres eU rêvait fait sortir, et devant quelle lami^f^ eHe-mème pâlit, il ne semble pas Qu'elle **< trop à rougir de sa gestion. Je souhaite sincèrement a d'estimables enseigpeaieou ois-

I(lb9

ItROÇRES.

ciels de ma 4M}Di|ais9ance» s'ils 4cirmt|^u^i loogtempsy de faire d*aussi bons ^ièyes.

c A dire Trai^ ce qqi manque au moi^Vj^f ibent social et scientifique de la Renaissance^ ce ne fnt pas de trouver dans TEgliae un ap-

Suj et une faveur q^i ne lui furent point roisés; ce fut» au contraire! de rencontrer, parmi les chefs de ta religion* un {génie suffisant pour le contenir et le régler... LBcuJte de la beauté antique était n^erveilleux pour enrichir l'art et élever le goût; mais il exposait les sens à d'irritantes convoitises, .. Parce que la science avait franchi des bornes jusque-là réputées inaccessibles, elle pour vait aisément croire qu'il n'y avait plus riea dinfranchissable... Les mystères pénétrés de la nature font souvent mettre en question les mysitëres impénétrables de la foi. Poiur préserver la Renaissance d'un tel écupij, il eût su(B d'un grand homme» d'un seul» mais qui sût rappeler du fond du sanctuaire les vieilles choses de la foi» avec l'accent et sur le mode d'une langue nouvelle... Hais cette voix ne s'éleva pas; Dieu» qui a jgaraotî la vérité à son Edise» ne lui a jamais promis le génie» qu'il lui a pourtant si souvent donné. Il n'y eut point, au début du xti* siècle, d'bommes de génie dans l'Eglise; à leur place» on eut d^s Papes et des cardinaux aimables» souriant i tous les efforts» parfois même à tous les ébals*de la pensée humaine* plus occupés de lui complaire que de la conduire. »

Le même dit encore : « Ot l'on peut voir que l'étude de l'antiquité & elle seule ne rend que très -imparfaitement compte du grand développement de Tesprit humain qui illustra l'époque de la Renaissance» c'esi en passant du théâtre brillant des arts au champ beaucoup plus étendu encore des dér couvertes scientinques de la même date. Là, tout est nouveau : Tantlquité n'avait rien dit, rien soupçonné» rien prévir; on ne trouvait rien dans les parchemins venus de Bv- 2ance. Maltresse absolue d'une moitié du monde» Rome avait parfaitement ignoré Tau* tre» et très-mal étudié le sol môme qui lui obéisi^ait; elle n'avait jamais pu bannirni les chimères de s^s théories ni la crédulitéj de ses observations. Elle n'avait jamaisi cessé de regarder le ciel par les yeux des) prêtres de la Chaldée» et ses flottes toutes

f»uissante3 prenaient au sérieux» comme la imite du abonde» la barrière des colonnes d^Hercule. Ce ne fut donc point l'étude de ('antiquité» ce fut quelque autre école, quelque vie nouvelle» aspirée pendant des siècles d'apparente stagnation» qui donna & l'esprit moderne assez 4e force pour que du premier coup» en moins de trente années, il ait et découvert un nouveau monde, et suivi les mouvements de toutes les sphères célestes» ran^é» en un mot» sous sa loi, et la moitié de la terre et la totalité du ciel.

« Il y a deux noms» en effet', que M. Michelet lui-même cite toujours avec raison» quand il veut faire sentir a son lecteur Timpulsion qui partit alors de la science pour se commuDiauer i toute la société : ce sont ceux

d^ Cqp^rp^c .et 4^ Col(9iAb| # a raisoi;i de tout r^sun^er en ei^i et iraison ^ussi d^ np les se? parer jamais. J ou^ se concentra» en vérité» sur ces ideui souvenirs au^fjne secrète iraternité rassembla. Qûlomn decriv^^t, par ^ quille de son esquif» sur dçs Bots mystér rlepx» la sphéricité de la terré; GopernjQ suivant avec son compas l'oscillation circ^^ laire des astres qui fenc^ept f^pace : ce spoi des jumeaux de même jrace» travaillant a 14 même osuvre... te vftisçeau qui porte Coperr pic est la terre, et toute lié ,où u aborde es\ un monde... Alors pussi» dan^ l'intérieur même de l'homme^ de nouvelles constellations parurent, des sources jail)|rent plus abondantesquelesfleuvesduNouveau-Honde e^ portant» comme eux» des arbres géants si^r Ijaurs rives. »

Nous ne pouvons résister au désir de rat-* tacher h cet article de magniQqqes strophes de M. Victor de Laprade sur las conditions normales du proifrès matériel. Elles sont tirées delà pièce intitulée : JPtàpie :

Lts kHUits du siActo en vain t'efl^yent, Poète qpi vis par le eorar ; Sur tous ces cfiemins qui se frayenl C'est Dien qol passera vaisqoeur.

€eax qui Iravaillent à ces votes Ne revient que charoelYes Jcnes»

Ivresse, omeil et yiis plaisirs; Pour eux la nature asservie, ITest qo^nne tabfe mieux sefrvte, Un lit pour leon prochains loisirs.

Répandes cet impur présage, Vous que flaUe nft tel «venir ; Et voua qui dévorez noire In, Bêvez qult ne doit pas flpîr i Un bras pins puissant vous gouverne ; Paasez, o race suballerae.

Malgré vous Tceuvre se teriK Et vpus y travaillez vous-même ; Travaillez ! c*est la chair qu| sëipe.

C'est respritqui récoltera.

Préparons sa moisson féconde

De justice et de cbarité;

Maïs n^espéroos pas en ee laenda

fiAtir l'étemelle cité.

La vie est un voyage austère .

L'homme embeHit en vain la terre,

Il n^n fem Jamais le ciel !

Pourtant, quand la vague est moins forte»

Parons cetle nef qui nous porte

Vers le monde Immatériel.

Sous les plus riantes étoiles, Le pilote encore soucienx.

Qu'il déploie ou serre ses veltes, A respnt tendu vers les deux.

Il peut, lorsqu'un bon vept s'y Joue, D'or et de fleurs orner sa proue, T dorttlr comme en on berceau; Mais il ii'anra de paii( eerfaipe Qu'au bout de celte mer lointaine.

Es quittant son frêle vaisseau.

^ On lira avec intérêt ce fragment de M. Daniou : « Qu*on rassemble en un fiiisceaa toutes les œuvres , toutes les découvertes, tous les produits de la civilisation païenne; qu'on les place en regard des créations innombrables, des inventions précieuses, des institutions de toute sorte, des chefs-d'œuvre do toute nature, dont le moyen Age et les sociétés chrétiennes ont doté rbumanité, et Ton verra que 1 antiquité tout entière ne peut, en aucun genre, soutenir le parallèle avec les siècles catholiques.

« Dans Tordre des découvertes utiles, sous

le rapport roaiériel, cette supériorité du gé-. nie de la société chrétienne ne saurait être, contestée. La boussole, la poudre à canon, rîmprimerie, le verre à Titres, la soie, le té«, lesçope, les lunettes, les postes, t'eaii-forte, là gravure, les tapis, les orgues, la peinture à Iiiuile, le^ glaces, Talambic, les spiritoeux. Tes cheminées, le papier, les cartes marines,. la connaissance de TAmérique et des antipodes, les horloges, les lettres de change, etc., et, sous un aspect nlus élevé, les hôpitaut, les asiles pour Tenfauce, les monts*de-piété pour les pauvres, les innombrables institutions de charité. Voilà, entre mille, qneU ques-uns des fruits que produisit rintelligence humaine quand elle put se développer sous Taction viviGante de la foi catholique. Cétait au milieu des ténèbres de ce qu'on a appelé la barbarie du moyen Age, c'était à un moment où le paganisme et ses œuvres étaient complètement abandonnés ou oubliés; et cependant, Tantiquité, avec tout le génie, le, talent, l'esprit, fa supériorité que nous nous obstinons a lui reconnaître, na pas surfaire une seule découverte vraiment utile è l'industrie, au travail, et par suite au biea-étre des hommes, s PROSÉLYTISME. — Le prosélytisme n*est

Ïu'une des formes de la charité fraternelle, omment celui qui a le bonheur de posséder la vérité, et qui voit une foule de ses frères en proie aux erreurs les plus grossières et les plus funestes, pourrait-il ne pas brûler du désir de les éclairer, de leur faire partager son bonheur? Aussi, de môme que les saints, et ceux qui marchent sur leurs traces, ne se contentent pas d'établir dans leur &me le règne de Dieu, mais t&cheot en outre de l'établir dans toutes les Ames qui les environnent, et sur lesquelles ils peuvent avoir quelque action, de même l'Ëglise catholique a prouvé, à toutes les époc|ues, sa sainteté, aon union intime avec Dieu, en envoyant hors de ses frontières des essaims d'apôtres qui initiaient les peuples païens à la foi et à la civilisation chrétiennes. Considérez attentivement le tableau général de l'histoire de l'Eglise, vous y découvrirez deux ordres de faits bien distincts : les uns relatifs à l'organisation intérieure de la société catholique; les autres, ayant pour but la diffusion de cette société, pour le plus grand bien des hommes qui n'en font pas encore partie. C'est la papauté qui est toujours à la tète de ce mouvement d'expansion, et c'est dans le sein des ordres religieux qu'elle trouve toujours, pour cet objet, ses instruments les plus dociles et les plus efficaces. Les Bénédictins ont eu la gloire de semer la parole évaugéitque chez la plupart des nations européennes qui se sont formées sous l'aile de l'Eglise pendant le moyen Age. Ces nations elles-mêmes ont fourni ensuite les, Dominicains et les Franciscains, qui, indépendamment des grands services qu'ils ont rendus sur le sol natal, ont surtout contribué k évangéliser l'Orient. Le xvi' et te xvii* siècle, entin, ont vu naître les Jésuites, les Laxarites, la Société des missions étrangères,

dui ont porté si noblement la baonièrt cj. tnolique, et qui, de nos jours, aidés par tlj. sieurs autres congrégations nouvelles, nom presque {)as laisse un seul coin du glotte n dehors de leur zèle et de leur influence.

Tout lej^monde connaît ces pieuses et iotéressantes relations qui arrivaient, ao siècle dei^nier, des ^ays lointains, évtngéiiv^) par la Compagnie de Jésus, et qui, publiés sous le nom de Lettrée édifianteê^ lormeDi l'un des plus précieux monuments de l*hbtoire moderne. Les Annales de la propage fion de la foi en sont la disne contioaatioo, et ce recueil, tiré à un nombre d'exemplaires que n'a jamais atteint aucune autre publhition périodique (près de deux cent Oillle exemplaires), est un signe manifeste que !e àpèle apostolique de ses courageux rédacttm est compris et partagé par une portion Double des fidèles, puisque si grand est le nombre de ceux qui le lisent, et qui répoadeolà ces lettres des missionnaires par une iiriere et une aumône. L'œuvre de la Propa^ti^a de la foi est un témoignage de cette viUliie impérissable de l'Ëglise, qui suscite toajours, en temps opportun, des secours |>roportionnés aux besoins nouveaux. A um époque oii les gouvernements ne sentent pas l'intérêt qu'ils auraient à favoriser, de toutes leurs forces, la prédication de l'Enogile; è une époque aussi où l'Eglise est privée des puissantes ressources qu'elle possédait en d'autres temps, il était indispensaUe 3ue Vassocîation des Chrétiens fervents itDt onner, & ceux qui se dévouent corps et ire au salut des infidèles, l'appui moral ti matériel, sans lequel le dévouement seni: dans l'impossibilité de s'exercer. C'est ce qoi a eu lieu, et cette œuvre qui a commencé, comme toutes les grandes choses, dans !< cœur d'un pauvre, et qui a toujours été eo se développant, malgré des obstacles si&* nombre, fait auiourd*hui Tadmiration de tous les hommes sérieux, la sloire de l'Eglise. la force des missions catholiques, et Téiiification des pieux associés , lesquels cth mutent, avec le mérite de leur prière et i2f leur aumône, le plaisir d'une lecture» qui est, nous le savons, pour beaucoup d>oirt eux, une des plus douces jouissances, et Tune des plus précieuses diversions m peines de la vie.

Mais ce qui doit nous frapper le plos, ce n'est pas le zèle dont l'Eglise catholiqaei toujours fait preuve pour la conversion de* infidèles, c'est la petitesse des moyens hi* mains auxquels elle a eu recours |)Our <t* teindre ce but, et le succès magnifique qoi i toujours couronné ses efforts. Sans doaie, comme nous le disions, le dévoueoeol le plus exemplaire ne pourrait rien sans oo certain appui matériel. Il faut transporter le missionnaire sur le théâtre de son <^{'' ^ gouvernement a eu la l)onne pensée d'onnr souvent le transport gratuit sur st$ "'*• seaux. S'il est k regretter qu'il ne fasse p» davantage pour les missions, il ûol recoonaître que le trans()ort gratuit est an grwJ avantage j mais ce transport gratuit a»i **

PROSELYTISME.

core très-coAteax; car TEtat ne se charge pas de nourrir le missionnaire en route, et il est arrivé souvent que celui qui payait son voyage en allant en Chine par Tisthme ^de Suez, dépensail moins qu*un autre, transporté au même point. par un vaisseau de guorre, que la nécessite de tourner le cap de Bonne-Espérance, et que les tempêtesobligeaient de rester huit mois en route. Il fnut donc pourvoir aux frais de voyage; it faut en outre assurer la subsistance du missionnaire, qui, loin d*élre aidé par ses néophytes, est souvent obligé de i^artager avec Gux le morceau de pain auMI reçoit de la charité de TEurope, et de s occuper de leurs besoins physiques en même temps que de leurs beNOins moraux. Hais s'il est indispensable d'avoir recours, dans une certaine mesure, aux moyens humains, l'Eglise n'em* ploie, dans Pœuvre de la conversion du monde, que ceux des moyens humains dont la prudence la plus vulgaire ne permet pas de se ^sser, que ceux que l'on ne pourrait nécligersans tenter en quelque sorte la Provioeuce. Du reste, elle met toute sa con-* fiance dans le secours de Dieu, dans la bonté de sa cause, dans la toute-puissance de la prière, dans les affinités secrètes qui existent entre la vérité et l'esprit humain.

EnGn, ce qu*il y a de plus admirable, c'est le succès qui couronne le zèle de l'Eglise, malgré fabsence des moyens humains. Ici il suffirait d'invoquer la statistique. Mais personne ne peut contester la multitude des conversions qu'opèrent les missionnaires catholiques, même dans les naysoù, comme dans rinde, des erreurs invétérées opposent i PEvangile un obstacle en apparence insurmontable. Des renseignements récents portent à plus de huit cent mille âmes le sombre des Catholiques de l'Inde anglaise. Quelques détails sont ici d'autant plus né« cessaires que, dans l'impossibilité de nier les succès de l'Eglise catholique, on acher« clié h les diminuer, et à les tenir dans l'ombre. Toutes les géographies rédigées par les libres penseurs sont remplies, a cet égard, d'incroyables errt:ur$,si l'on peut se contenter ici du mot d*erreurs. Le ilanuel q\xi nous fut mis entre les mains pendant nos classes, portait à trois millions le nombre des prole^lantsen France. Or, ladernière statistique olDcielle prouve que, sur 36 millions, de Français, il n'y en a [^as un million qui appartiennent aux diverses branches du protestantisme. Le même Manuel se contentait de dire à propos de la Hollande et de la Prusse, au'il y a dans ces deux pays quel' qut$ Catholiques^ laissaut ignorer à ses lecteurs aue dans ces deux Etats, les Catholiques forment les deux cinquièmes de la |K>fmlation totale, et aue les trois antres cinquièmes sont divisés en une multitude de sectes. Combien de personnes instruites De se doutent pas qu'il y a en Angleterre trois millions de Catholiques $an$ compter r Irlande. Ces erreurs sur notre pays et sur dos pays voisins de nous, peuvent donner une idée de celles que l'hérésie et l'incrédulité

ont tâché de répandre au sujet dea pays lointains. II faut dire aussi que les progrès de l'Eglise sont tellement rapides dans certaines contrées, que les statistiques les plus fidèles et les plus exactes il y a quelques années sont aujourd'hui fautives. Ainsi, aux Etats-Unis, lés Catholiques qui, il y a un demi-siècle, ne formaient qu un cinquantième de la population, en forment aujourd'hui pliM d Un dixième, quoique cette population ait décuplé. Que si nos lecteurs voulaient avoir sur ce snjet des renseigne* ments certains et complets, nous les enga-

Î^eons fort à lire régulièrement, s'ils ne le ont déjà, les AnnaUi de la propagation de Iq foi^ dont nous parlions tout à l'heure. Ils y trouveront avec un accent de foi qui estpleia de .charme pour les vrais Chrétiens, et avec des récits de voyages qui ne peuvent manquer d'inlére2»ser vivement toutes les personnes ayant quelque teinture de géographie, ils y trouveront, dis-je, des indications positives et périodiquement renouvelées sur la situation de l'Eglise dans les différents pays où elle lutte contre l'infidélité. Si nous donnions ici les chiffres actuel* lement exacts , ces chiffres tromperaient celui (jul nous lira dans dix ans. Cesnotions si variables ne peuvent utilement trouver place que dans une publication périodique, où elles sont rectifiées sans cesse à mesure

3ue le besoin s'en fait sentir. Un ouvrage ogmalique comme le nêtre, doit se borner à constater les faits généraux.

Jetons maintenant un coup d'œil sur les cultes faux et sur les philosophies hétéro-> doxes, afin de pouvoir les comparer, au su^et du prosélytisme, avec l'Eglise catholique. Mous nous convaincrons lacîlement qu'en dehors de l'Eglise le prosélytisme n'existe pas, ou que s il existe |>ar hasard, il reste sans succès, malgré un immense déploiement de moyens humains.

Les religions de l'antiquité païenne, nonseulement n'inspiraient à leurs fauteurs aucune espèce de prosélytisme, mais l'excluaient formellement. La religion était une institution poIiti(^ue , réservée , chez les Grecs et les Romains, aux hommes libres et aux citoyens. L'esclave et l^étraneer étaient laissés en dehors. Chaque classe ue citoyens avait même, le plus souvent, son culte spécial. Le bouddhisme seul nous présente le spectacle de missionnaires qui, partis de l'Inde, dans toutes les directions, font partager leurs croyances à des peuples nombreux. Kiais ces a|)Otres bouddhistes étaient forcés de guiiler l'Inde pour échapper à la perse* cution que les brahmanes dirigeaient contre eux ; de plus, dans tous les pays où ils se réfugiaient, ils trouvaient les esprits préparés à une grande révolution religieuse, par les anciennes prophéties oui, dès l'origine du monde, annonçaient a la terre un rédempteur. Le bouddhisme profita de cette disposition des peuples orientaux. Il se présenta pour satisfaire cette attente mystérieuse, cette soiT d'un sauveur, qui se fait observer plus ou moins sur tous les points

DICTIONNAIRE DU PAKALLELE.

du giobo à r^poqae de Tavénemeni du Messie, lacapable de satisfaire ce besoin divine-r ment imprimé dans Hme humaine, le bouddhisme le trompai l'endormit, et les peuplea Ç rirent patience. La Chine, rindo^Cbiney le hibet, les pays tartares, le Japon, Cejlan, les (jurandes lies de la Malalsie, accueillirent ainsi le culte nouveau, en attendant que les envoyés du véritable Sauveur pénétrassent jusqu'aux extrémités du monde.

Les euerres de religion qui ensanglantèrent rinde du m* au vu' siècle de notre ère, et qui expulsèrent le bouddhisme de la péninsule en degà du Gange feront peut-être croire à quelques lecteurs que les brahmanes eux-mômes, étaient animés parjle pro-r sélytisme, quand ils persécutaient les novateurs. Il est certain que toute intolérance religieuse suppose un certain degré de prosélytisme ; il y a corrélation entre ces deux idées. Mais ce prosélytisme rudimenlaire

3ui consiste à retenir de force les habitants 'un pays dans leur culte natal, et qu'il faut bien accorder aux infidèles, quand on les accuse d'intolérance, n*est nas celui doni nous avons fait gloire à la véritable Eglise. Un consultant fes articles que nous avons consacrés aux mots Inqcisitioh, toLÊRANCBi t.iBERTft PB C0NSG1B1ICE, etc,, on se convaincra que sur ce point comme sur tous les autres, le catholicisme supporte avantageusement^ la comparaison avec les autres cultes. Mais il s*a{|itpour le moment de cezèle désintéressé qui porte les partisans d'une doctrine è la répandre, à la propager, au prix des plus grands sacrifices, et dans le but de faire du Dien aux hommes. Ce zèle suppose, en même temps, une foi profonde en la vérité de la doctrine que Ton a embrassée, et un amour généreux de l'humanité. Il saute aux yeux que nulle religion païenne ne peut nous présenter ces deux conditions, sans lesquelles il n'y a pas de vrai prosélytisme.

Le peuple juif, lui-même , quoiqu'il possédât la vérité, n*avait regu de Dieu qu une religion locale et temporaire qui n'était pas faite pour tous les nommes. Il n'est pas étonnant dès lors que ce peuple n'ait pas cherché h convertir ses voisins. Telle n'était

r^as sa mission. L'isolement était une des ois providentielles de son existence. En communiquant avec lesidol&lres. il eût, sans doute , été beaucoup plus porté h adopter leurs erreurs, qu'à leur prêcher la vérité. C'est ce qui arriva chaque fois qu'il sortit de son isolement, surtout lorsque les conquêtes d'Alexandre et des Romains ayant rapproché tous les peuples les uns des autres, des communautés juives s'établirent ep Egypte» on Asie Mineure, en Italie et en Grèce. Depuis même que le peuple juif a été dispersé, sa conservation miraculeuse n'a pas empêché qu'il n'ait gravement altéré ses traditions religieuses. Les prosélytes Cretois et arabes dont nous parlent les saints Livres, les dynasties juives qui ont régné dans l'Yémen^^et l'Abyssinie pendant les pre miers siècles de l'ère chrétienne, sont donc dos exceptions, qu'expliquent suiTisamment

)es rapports intitn^a du judaïsme et du christianisme^

Quant à l'islamisme, on ne peut nier qu'un prosélytisme ardent n'ait signalé ses premiers pas dans le monde. Parti de l'Arabie, il se répandit comme un torrent vers le Nord et l'Occident ; et aujourd'hui encore il gagne journellement du terrain sur le fétichisme en Afrique et dans les îles Malaises. On ne peut donc lui refuser ni le zèle ni un certain succès. Pour le trouver en défaut, il faut examiner les intentions qui l'ont dirigé, les moyens qu'il a choisis. On s'aperçoit alor^ que c'est l'égoîsme et l'amour ae la domination qui ont inspiré toutes ces eonversionst çt que c'est la violence qui les a obtenues. Aussi l'islamisme n'a-t-il essayé aucune propagande Ik où il ne pouvait pas appuyer du sabre une prédication pourtant assez douce pour les penchants de la nature déchue.

Restent la philosophie hétérodoxe et les sectes détachées de l'Eglise. Ici encore nous allons contempler un spectacle des plus instructifs. Les schismatiques orientaux ont perdu totalement la tradition de ce ^^èle qui autrefois a suscité parmi eux tant de généreux apAtres auxquels les nations occidentales sont redevables du bienfait de la foi. Ces sectes engourdies ne nous laissent apercevoir en elles d'autres mouvements que la poursuite des biens terrestres, la simonie, les exactions, les scandaleuses orgies qui marquent chez eux les plus saints anniversaires. Comment ces Eglises pétrifiées, dans lesquelles ne circule plus la sève du tronc planté h Rome sur le tombeau de saint Pierre, comment communiqueraient-elles à d'autres peuples la foi dont elles n'ont gardé que des formules défigurées, et des manifestations incomprises? Un seul peuple schismatique à fait des prosélytes , mais pour la honte éternelle du schisme. Toute l'Europe a entendu avec horreur le récit de cette persécution atroce dont s'est rendu coupable un tyran que la main de Dieu a frappé, et qui a rendu compte, è l'heure qu'il est, de ses barbaries épouvantables, au Juge inflexible des vivants et des morts. Tous ceux qui ont dans les veines one goutte de sangcbrétien, tous ceux qui ont dans le cœur une étincelle d'amour de Dieu, frissonnent encore en pensant que l'empereur Nicolas a plongé d'un seul coup dans le schisme, et a séparé de l'Eglise catholique, par Ta ruse et par la cruauté , plusieurs fni7/iotu de ses sujets grecs -unis. Leurs prêtres ont été transplantés en Sibérie; des intrus et des schismatiques ont été mis frauduleusemeut à leur place, souvent à l'insu des populations, et tous ceux qui ont osé lever la tête pour réclamer les droits les plus sacrés de la conscience, le droit de mourir dans l'Eglise romaine, et d'y élever leurs enfants, ont été traités comme des scélérats, des apostats et des déserteurs.

Le prosélytisme du schisme grec est donc celui de Néron, ordonnant aux Chrétiens d'adorer les idoles sous peine des plus affreuses tortures. Le schisme n'a pas eo

PROSELYTISME.

ions

ifaulre rôle que le cèle inséparable de Tiololérance la plus odieuse; et» |)ar conséquent, ses rares accès de prosélytisme soût plus honteux encoi-e pour lui, que le manque absolu de prosélytisme! qu'on observe à presque toutes les épooues de son histoire.

Si BOUS voulions tracer un tableau com* p)et du prosélytisme des protestants » nous nous irouTerions encore entraînés à empiéter sur le domainederarticleToLiaANGB ;car le protestantisme dut» au xvi' siècle, une

{grande partie de ses succès aux moyens vioenia qui uni taxi la fortune de l'islamisme. Ne Toulant donc pas répéter m ce qui doit être dit aiUeurs suff ce sujet , nous devons nous borner à dire quelques mots des efforts tentés d«puis un demi-siècle par les sociétés bibliques, efforts qui sont la oontrefaQon la plus approchante que rbérésieait tentée du zèle catholique*

On ne peut nier que plusieurs nations protestantes ne se soient imposé de grands sa> crifices pour contribuer à la diffueion de TEvangiie \ mais, tout en fournissant une preuve non équivoque de lèle, les sommes énormes recueillies annuellement çàr les sociétés bibliques prouvent eneoro deux autres uboses. D*abord, elles nous prouvent qua les cbeis des Eglises protestantes sont beaucoup plus riches que le clergé catholique* grAce aux propriétés considérables dont ils ont dépouillé l'Eglise au xvr siècle ; les protestants ne peuvent doao pas prétendre 9u*ils ont plus de zèle qne nous pour les missions, par ceUe raison qu'ils y consacrent plus d'argent que nous; tout ce qu'il faut conclure oe là, c'est qiii'ils' l'emportent sur nous |)ar les ressources matérielles , ^r&ce aux spoliations dont nous avons été victimes. Ensuite, les sommes fabuleuses dont les sociétés bibliques disposent, et qui leur peruieltenl d'allouer. à leurs missionnaires des traileoients princiers, les empêchent de soutenir qu'elles mettent en Dieu toute leur coufiance, et qu'elles n'ont recours, que le moins possible, aux moyens humains. Et malheureusement, rargent n'est pas le seul des moyens humains auxquels les missionnaires iirc^estanis fassent anpel. La calomnie contre les Catholiques, et la violence envers leurs néophytes, ont été avec l'argent les princi- |)aux mobiles des rares succès qu'ils ont obtenus. Car, cela est à remarquer, malgré leurs inuneoses ressources, les missionnaires protestants f qui vont avec leurs femmes et leurs entants évangéliser commodément les pays où ils sont protégés par le canon anglais, ont échoué complètement^ Leur ministère a été absolument stérile dans rinde et en Chine. Quant aux pays où l'on, ne peut pénétrer .sans s'exposer au martyre, il va sans dire qu'ils n'ont pas mènie essayé d*y roeUre le pied, Nous les avons vus à TiBUvre en Turquie; toute leur fatigue se t>ornait à payer, avec Targent de leurs naïfs concitoyens, quelques Arméniens schismalinues» lesquels venaient, moyennant ce salaire, faire leur éducation dans le collège méthodiste. Ces pauvres Arméniens faisaient

semblant d^embrasser le nrôtestânCisiHé ; et dès qu'ils étaient sortis au collège. Ifs retournaient à leur culte natal, ou bien ils oubliaient le protestantisme sans rien mettre à la place. Dans une foulé de pays infidèles, les missionnaires protestants font moins encore; ils se bornent, comme on sait, è distribuer des Bibles, que les indigènes ne pouvant ou ne voulant pas lire , emploient è allumer leur feu,à doubler leurs pantouffles, ou à d'autres usages plus vils encore. Ces faits, qui ont été révélés par de^ témoins dignes de foi, ont révolté quelques esprits éclairés parmi les protestants , mais ils n'ont pas encore refroiai le zèle de la foule, qui est fanatisée par les mensonges de ses prédicants. Les missionnaires protestants n'ont obtenu quelques succès que dans certaines lies de i Océanie, comme aux llesSandwick, è Taïti, à la Nouvelle-Zélande; mais ces succès s'expliquent, répétons-le, par les calomnies contre les Catholiques, lesquels n'étaient pas encore connus dans ces lies h l'arrivée des protestants; ils s'expliquent surtout par les violences dont les émissaires des sociétés bibliques ont usé avec ces peuples enfants, violences qui, longteiops te* nues secrètes, se sont enfin ébruitées par des indiscrétions providentielles, et ont dtt, en

f plaçant d'épouvante tous les cœurs humains, aire rougir ceux qui ne craignent pas d'avoir recours à de tels moyens pour répandre leurs erreurs. Les résultats de ces rares conquêtes du protestantisme ne sont pas moins' honteux pour liii que les voies dont il s'est servi pour les procurer. Toutes les peuplades oui se sont laissé prendre dans les filets de I jiérésie,sont tombées dans une démoralisation pire que leur ancien état d'idolAtrie. Les progrès de la corruption ont été tels, que la plupart de ces peuplades ont été, non décimées, mais réduites à un dixième par les vices qui ont suivi leur contact avec les prédicants. Heureusement pour elles , les envoyés de l'Eglise catholique ont pu, malgré beaucoup d'obstacles, parvenir jusqu'à elles ; la vue des privations et de l'heroisme de ces généreux apôtres n'est pas restée sans fruit; Terreur perd chaque jour un peu de terrain ; et si les lies de l'Océanie ne voient pas leurs anciens habitants disparaître tous, les uns après les autres, |>ar les excès du vice, elles le devront aux missionnaires catholiques.

Reste le prosélytisme des philosophes. H offre beaucou)) d'analogies avec celui des protestants, qui, malgré les récents accès de zèle dont nous avons parlé, se sont en gé^ néral fort peu souciés de la conversion des infidèles, ou ne s'en sont occupés que dans des vues politiques. Une certaine clause des philosophes irréligieux a touiours professé le plus profond mépris pour le peuple. Ces p^jiJosopbes n*aspirent à répandre leurs détestables doctrines que parmi ce qu'ils appellent le$ gen$ éclairée ; les ignorants et les |)auvres ont besoin, selon eux, d'être tenus dans les liens de la iuperêtition. Ce que ces phHosopbes croient ou feignent de croire

être la vérité, est, k leurs yeux, an bien réservé au petit nouibre ; il faut la tenir ca|>tive et ne la communiquer qu'aux dépositaires de la fortune. D'autres philosophes veulent, au contraire, éclairer les masses; mais leur zèle n'emploie d'autres moyens que ceux dont la découverte de l'imprimerie a doté le génie du mal ; aimant fort peu à payer de leurs personries,c0S prudents apôtres veulent éclairer le monde sans sortir de leur cabinet; ils se reposent du soin de la prédication sur les mauvais livres et les mauvais journaux qui sortent en foule de leurs officines. Quand je dis qu'ils ne payent jamais de leurs personnes, je vais trop foin; non contents d'écrire, ils parlent et ils agissent ; mais si, sdns négliger, pour leurs écrits, certains moyens ténébreux de propagande, ils les font paraître ordinairement au grand jour, ils ne parlent et n'agissent que dans l'ombre, au sein des sociétés secrètes, une de leurs plus chères créations. C'est par là surtout qu'ils s'efforcent dô recruter des adeptes et de préparer cesfunestes complots d'où sortent les révolutions. Le bonheur du peuple est souvent sur leurs lèvres; mais le mobile véritable de leur activité , c'est l'intérêt personnel, l'amour-propre, tout au moins l'esprit de système. Leurs moyens de réussir sont des appels perfides aux passions humaines. Que i on compare maintenant le prosélytisme chrétien avec toutes les propagandes hostiles au catholicisme, et que 1 on dise de quel côté se trouve le zèle désintéressé, l'amour des hommes, l'esprit de sacrifii^e, le mépris des moyens humains, la confiance en Dieu, le succès véritable, qui consiste non-seulement à réussir, mais à

être utile.

—M.FéJixNeve{6'orrMp. de janvier 1854),

conclut ainsi un article où il trace le tableau des écritures bouddhiques : « Deux mobiles as^èz puissants doivent diriger et soutenir les Européens dans l'investigation de cette litléiUture bouddhique dont nous venons de montrer l'étendue, et qui s'est propagée en si nombreux rameaux ciepuis la frontière du Népal jusqu aux mers du Japon; car l'iûtérèt de la science se rencontre sur ce terrain avec celui de la religion. S'il y a ici de cruoi satisfaire un besoin légitime de Tesprit numain qui aspire à connaître Tbistoine de tous les temps et à expliquer les révolutions sociales, le besoin de prosélytisme qui n'a jamais cessé d'animer les peuples chrétiens doit se manifester avec autant de force et se ]>orier aussi loin, à une époque où les barrières qui les séparaient de l'Asie païenne et idolâtre tombent tourà tour. Qui, en portant ses regards sur le domaine géographique du* bouddhisme, ne reconnaît en lui le seul adversaire moral que la civilisation orientale trouvera prochainement en Orient, et qui lui opposera la plus grande force de résistance ? II y a donc de nos jours un double apostolat à remplir dans cette voie qui ne fait que s'ouvrir: la mission delà science ne peut être accomplie dans une intention éjfoiste,eQ vue de donner satisfaction à une

curiosité passagère; si elle est bien comprise, elle concourra à ménager les droits et b préparer les conquêtes de la vérité religieuse.

« C'est en se plaçant è cette hauteor que les hommes qui se vouent à la lecture et h l'interprétation des livres bouddhiques, supporteront sans faillir le rude labeur que réclame cette vocation. L'enseignement de l'histoire est forme) à cet égard. C'est au prix de grands sacrifices que se sont consomiBées toutes les découvertes qui ont fait époque dans les annales du monde; la navigation, le commerce, l'industrie et tes arts n'ont fait aucun progrès sans une large part de souffrances et de périls pour les inventeurs. Se* Ion l'expression de Ballanche , presque toujours l'initiation tue l'initiateur... L apostolat de la science lui-même exige patience, dévouement, abnégation... En eflret, un tel travail qui s'exerce sur des textes obscurs, sur des documents altérés » sur des livres d'une insipidité révoltante, mais qui donne la clef d'un vaste système, ne participe-t^l pas, sous certain rapport,'de l'entreprise difficile, mais admirable, du missionnaire qui, explorant des tribus sauvage^ et à peine couBues, vit de leurs usages, s'instruit dans leurs langues incultes, et leur communique, avec le don de la foi, l'intelligence des vérités sociales et la pratique des arts?.». N'est-ce point une autre manière de servir la vérité que d'aller découvrir dans ses sources et dénoncer dans ses origines une erreur qui a subjugué des nations puissantes depuis l'antiquité jusqu'à nos jours? Le jour approche où les puissances européennes, s'engageant

[)lus avant dans les affaires |K>litiques de 'Asie, vont envelopper de toutes parts, et entraîner dans un mouvement nouveau le groupe immense des nations bouddhiques.

La rivalité des églises ne sera pas moins vive que celle des monarchies dans cet assaut qui, tôt ou tard, sera donné par les forces actives de la civilisation chrétienne i l'empire séculaire de la religion du Bouddha. Le prosélytisme catholique le disputera dans celte carrière à la propagande du synode russe ou des consistoires de la Réformation: que la science orthodoxe fournisse donc à ses apôtres des armes abondantes et des traits bien aiguisés... En attendant qne la Providence fasse luire le jour de leur régénération (des nations bouddhiques), il n^st pas inutile d'éclairer ceux qui doivent eo être les instruments , en montrant à nu les plaies hideuses que l'orgueil d'une philosophie idéaliste a infligées à une fraûiioo si miséfable'de l'humanité. »

M.Tabbé Guerber perte ainsi du proséljlismepfotestadtdans VUnitersûM 9h décembre 1851 :

« £n présence de l'activité et des efforts des associations protestantes, et de; succès qui viennent régulièrement couronner leurs efforts, ne faut-il [>as se demaDdei d'où leur vient et cette audace que le suecéf accroît et le succès de cette audace? La Société ifévangélisation serait-elle devenue uns

PROSELYTISME.

do ces puissances oiiralégales dont les neux sont des ordres? A considérer la mo* (iesiie de certains débuts, on serait tenté de rire de tant de jactance unie à tant de faiblesse, et des espérances exagérées entées «>ur ces frôles roseaux. 11 faut, en effet, dans los rapports de ces associations, faire la part he cette tendance du protestant à gonfler des Imlles de savon aux proportions d'un monde, 11 n en est pas moins vrai cependant que ces débuts si minimes qu,'ils {paraissent, sont un élément d'où se développent, à la faveur des circonstances, des communautés protestantes. 11 faudra , si Ton veut, dix, vingt ans à ce travail ; la société y dépensera beaucoup . (l'argent, mais elle arrivera au but de ses ef- , furis; elle y arrivera, quoi que fassent les i)opulations catholiques auxquelles elles*eflorce d'inoculer son virus ; elle est sûre d'y arriver. Elle ne denuinde pour cela qu*une rhQse, te temps, et encore, cette chose-là, elle trouve moyeu de s'en passer. D*où lui vient cette assurance? II est aisé de le comprendre lorsqu'on sait qu'il existe en France une Société des ifUériiê généraux des proteitantif et ce qu'est cette société.

c Assurément, quand on voit les 700,000 )>roiestants de France s'agiter au sein de notre patrie , peser lourdement dans la balance de ceux, qui président aux intérêts de 36 millions de Catholiques, et souvent cooirebalaucercesderuierb, on ne soupçonnerait \^s la nécessité, pour ces 700,000 Français, d'une société spécialement destinée à défendre leurs intérêts. Ces intérêts sopt (MirCaitement sauvegardés, ot quand ou a eateadu l'éloquent pasteur FucA, de Paris, au synode général de Berlin, parler d'intolérance et d'entraves qui arrêtent les développements du protestantisme en France, on se demande jusqu'où peuvent aller les prétentions et les eiigences de ce parti. A un pas de notre province, les Catholiques de Bêle, auxquels il e^l défendu de sonner les cloches et qui ODl à peine la permission de vivre, ne forment pai le trente-sixième , mais le tiers de la population. Ils ne demaqder^ient pas iiiieui que d'être opprimés k la façoa des I roiebtanis de France, et nous sommes persuadés que s'il plaisait un jour aux patriciens de la cité d'OEcolampade d*accorder AUX prêtres catholiques un traitement dou- Me de celui des ministres protestants, d*octro ver à Tévêque le droit d'entrer dans (a tHé{on le refuse quelquefois), d'j convoquer liédefflptorisies,Capucius, Jésuites, etc., nous 'umroes (persuadés que ce jour-là les bons iw)uri$eois de Bâie crieraient k Toppression |3pdle et useraient de tous les moyens que i^ieu a mis entre leurs mains pour briser ce j<>ug intolérable. La Société des intérêts gé^ nmiux a son siège k Paris, et elle a une succursale en Alsace. Cette société, nous ^'t-on, siège au Conseil d'Etat, el les abords ^0 Sénat ne Teffrayent point. C'est par son entremise que les tentatives de ia Société ^ éMDgéiisatioQ se font tolérer d'abord» fa-, voriser et stipendier ensuite t doter enfin el ^t>iir définitivement. 11 est biea enteada

que Ton se couvre partout et toujours de la liberté de conscience et des besoins des cons* ciences. Si les besoins des consciences é.taieht pour quelque chose dans les opéra^ tions de la Société d'évaogélisation, il y aurait eu 61 communautés dans notre département qui eussent afipelé ses sollicitudes plutôt que Saverne; 8o plutôt que Haguenau; Ul plutôt que Renfeld, puisque ces villes renferment un nombre de protestants moindre. Mais il s'a^jit pour les . protestants dVvangéliser ta France gar tous les moyens ; i| s'agit, les députés fraiiçais' à Berlin nous le djsent, il s'agit dp diriger uue attaque en règle contre le catholicisme en France, et pour cela, il. faut avant tout occuper les points stratvgi'jues.

« S'il est vrai, comme on l'assure, que la Siociété des intérêts généraux ne bornepoirit ses sollicitudes au]^ besoins spiritiiels de ses coreligionnaires, mais qu'elle les étend à leurs soucis temporels; s'il est vrèi qu'il entre dans ses attributions de lairè placer ses candidats à elle dans lesempjois publics,, de les appuyer, de les pousser^ on comprendra quelle action résultera, pour chacune de ses entreprises, du concours de toute une société et des convoitises de tous ses protéses, acharnés à aiteindre un but commun. S*il était permis d'employer pour le vrai une comparaison imaginée pour le faux par cet ingénieux M, Michelet, nous dirions que le protestantisme organisé est Une épée dont la poignée est partout o(t il y a un membre de la Société, et dont la pointe est toujours à la positiou qu'elle veut emporter. Cette épée est d'autant plus redoutable qu'elle s'attaqua au catholicisme désarmé, inoffensif , Qt ne songeant mAme pas à combattre,

« C'est un phénomène singulier que la placidité naïve, la charité insouciante et crédule du Catholique placé en face de l'acti* vite, de l'habileté relisieuse du protestant* Le Catholique, on le lui a prêché assez, a appris h laisser ses préoccu[>ations religieuses complètement en dehors de la politique et du maolemeut des affaires temporelles» Jamais on n'a vu ses idées et son action religieuses plus exactement circonscrites daoe les limites de l'Ëglise, style dévot, dans les limites de la sacristie, style libéral. Il ne se doute même paaque ^es convictions religieu* ses puissent ou doivent le guider dans ses rapporta eiUérieurs et.décider de ses sympathies et de ses antipathies, de s^ faveurs et de son opposition. Et au iait,pàaurait^il pris des teodaocea contraires, le eou\rant générai des idées favorisant l'indiffèreoce et TEglise se trouvant trop heureuse de pouvoir vivre? L'exemple que le protestantisme donne eût été cependant bien fait pour imprimer aux esprits une directiondiflérente et ppur trans-* porter dans toutes les relations de la vie, même les plus infimes, des oppositions religieusea qui se produisent sur le terrain des princi* pes. N'a-t-on pas vu en Hollande se former une dizaine de sociétés secrètes, avec le but avoué de couper les vivres aux Catholiques, do les empêcher d'arriver aux emplois piir

loes

DICTIONNAinE DU PARALLELE.

ièc4

blic^» d^obtenîr des places ittfluenles ou lucratives» d'âti^e acbalaodéSt admis au service comme doiàestiques » comme ouvriers ? En Prusse, là population catholique est aux pro^ testants dans la proportion de h h S, et Je nombre des employés catholiques n'y est point dans la proportion de <t à 20. A Genève* des sociétés protestantes existent qui pour- Àuiventy comme oetles de la Hollande» on but de naine active jusque dans les relations avec répicier et le pafefrenier. Si nous ne jouissons pas en Alsace de Tavantage de

i)Osséder de ces évangéliques sociétés» il àut constater du moins que des pratiques semblables ont lieu chez un grand nombre de protestants , et que chez eux le svmbole couvre les défauts de la marchandise des uns et entdche de péché originel la marchandise des autres. Sous ce rapport» comme sous bien d'autres» de louables exceptions se produisent; mais les exceptions ne forment pas la règle. Les Anglais nous recommandent beaucoup le libre échange» et nous nous nous résignons à le trouver excellent, malgré le fameux rers latin ! Timeo Ikmaes... Si les protestants voulaient bien appliquer ce système au sein de la patrie commune» et ne point tirer un cordon douanier autour de leurs coreligionnaires» la charité, l'union y gagneraient» et nous ne voyons pas ce que te pur Evangile y pourrait perdre. Il est évi^ dent cependant que ce système protectionniste» pratiqué pour les personnes et les âiarchandises pretestantes» tandis que les Catholiques sont libres échangistes dansl'ac* éeptionla plus large » ne saurait rester sans enet. Les uns recevant toujours sans donner et les autres donnant toujours sans recevoir» l'avantage dans la possession sera nécessaiitement du côté des premiers. De là ce fait que l'on remarque partout: c'est que les protestants dioiinuenl numériquement et gagnent financièrement. Gela» combiné avec d'autres ressources » mettra au service de la i propagande protestante un autre moyen»

ittioyen tout'puissant s'il était béni de Dieu, le nervui rerum gerendcmiiii, — l'argent.

4C 11 existe k Strasbourg» sùxxs le titre de Fondation de Saint-Thomas» etc., une séria de terres» de maisons» de capitaux d'une va«leur que des hommes compétents nous affirment se monter à au moins 16 millions. Une estimation approximative de ces valeurs est seule possible, puisqu'elles ont pu être sous^ Iraites, nous ne savons par quel bonheur myfitérieux , au eontr&ie de l'Etat. Nous it'examinerons pas ici quel serait le posses- ^ur légitime de ces biens ; si ce seraient les {Coliques, auxquels ils furent donnés par leurs ancêtres datboliques, pour soutenir le culte et rensei;goemeat catholiques; si ce setBMi la ville de Strasbourg» héritière des* biens de main^morte confisqués depuis la RtfOnne; si ce serait l'Etat, qui saisit pendant la révolution tous les biens de maininorte. Nous n'examinerons pas non plus pourquoi, et par quelles influences, le procès interné par la ville aox détenteurs actuels» a été enterré; pourquoi les protestants

ne crurent un instant pouvoir saaver leurs dieux lare?, qu'en sollicitant la rë^lement^ tion de l'affaire par voie administrative. Nous remarquerons seulement que ce commencelùent de procédure causa de vives émotions, que l'on crut , dilM)n » devoir invoquer !a protection d'une voisine puissante, et qu'il y eut des moutements de ferveur et de désespoir tels qu'ils se produisent dsns une lotte suprême pro ariê. et foeis. Or, il n'a

I'amais été donné au put^lîc de voir clair dans es comptes de cette Fondation de Saint- Thomas et de ses annexes. On ne sait point quelles en sont les parties prenantes. On nous parle bien de chanoinesf de Saint-Thomas, largement rétribués pour porter clandestinement ce titre de chanoine» qui ne les oblige à rien, pas mèotie à porter le titre de leur bénéfice. Ce chapitre laisse à la statue du maréchal de Saxe et à quelques marbres plus obscurs le soin d'occuper le chœur de Saint-Thomas et d*y chanter» à leur façon, la gloire de Dieu. Pour lui, il cache ses œo* destes vertus sous le frac du prolessptir^Je tablier blanc du cbarcuiier'et la veste du brasseur» bornant les devoirs de son état à palper le (raitémetn d'une sinécure. Nous supposons charitablement que ces Messieurs ne se donnent point de souci de toucher intégralement la rente des 16 millions» et nous savons qu'une partie de cette rente est consacrée à parfaire le traitement des professeurs de la Faculté de théologie protestante, en même temps professeurs du séminaire.

Mais ici encore il faut remarquer que ces traitements ne peuvent être bien élevés. La délicatesse de ces Messieurs ne saurait leur permettre de toucher à la fois deux, trois ou même quatre gros traitements. Car voici un fait qui se présente dans ee départeitnect de ScHDt-Thomas. Les membres ue la Faculté portent» outre le titre de professeur, qui le titre de pasteur» qui le titre d'inspecteur, qui celui de bibliothécaire» et l'on comprend qu'à ces titres s'attachent nécessairement des traitements qui suffiraient» chacun h lui seul» h flaire vivre un fonctionnaire d'une capacité commune. Nous pourrions même citer tel nom propre auquel s'attachent à la fois les litres de doyen de la Faculté, d'inspecteur ecclésiastique» de pasteur de Saint- Nicolas» de directeur du gymnase» ainsi que Tinévitabie traitement quisuit le titre.Qoaod ofi participe déjà si largement aux traitements de 1 Etat» on ne saurait puiser profondément dans la caise d'une fondation pieuse. Nous en concluons naturellement que Tei*cédaot actif de lacaisse est considérâ)le» trèsconsidérable : Qm en fait-on?

c Si un établissement dirigé par des Jésuites ou des Capucins pouvait Aire accusé do flagrant délit de propriété occulte» dans les conditions et les proportions de l'œnvre de Saint-Thomasi on imaginerait le danger prochain de quelque conspiration monacale, tramée pour renverser dans un moment donné le s^euvernement établi. Des gens moins éclairés crieraient au moine, au moine (ainéant et thésaurisant» et le mot d'ordre ^

lOtô

PROSELYTISME.

donnerail dans les clubs de mettre la main dessus. Catholiques, nous ne jouissons point du priftiége de recourir à ces Imaginations-là«el vraiment nous sommes modéré* mentroQlristés de n'en jouir pas. Mais quelle que doife être la bienveillance de nos sup-* positions, nous ne pouvons pas ne pas répéter cette question : Qu'en fail-on? La plus charitable des hypothèses n*est-elle pas celleci : les administrateurs de Pœuvre, dégagés de loul intérêt iversonnel» mais jaloui de procurer le bien des Ames et la diffusion de rEvangile, mettent une partie de leurs rentes au servif^de cette cause?

« Il y a plus. Les fabriques protestantes et les consistoires ont pu sauver dans la lourmente révolutionnaire une bonne partie de leurs biens, tandis que les fabriques catholi-

Sues y perdirent tout, ou è peu près tout *est encore là un de ces bonheurs dont les Catholiques n*ont pas le secret. Les frais du coite protestant sont à peu près nuls. Voilà encore de vastes ressources, puisque nous pourrions citer telle petite cure de campagne qui vaut au titulaire de 6 à 10,000 fr. Il v en a même d'un rapport de 17,000 fr. Nous nous refusons à croire que d'humbles ^)as«i teurs se résignent à absorber tout entières des rentes qui feraient envie à un colonel de régiment et à un président de Chambre, ici encore se dresse la question : Qu'en fait-on? Des hûpitauxTPoint. Des orphelinats ?Poinl. Des^ calices, des ostensoirs? Point. Des. ren* tes accumulées, des dots? Nous avons de ces pasteurs une idée trop élevée pour ad* mettre qu*ils puissent consacrer è des usa^ ges si profanes le bien de l'Ëglise et le bien des pauvres. Nos ancêtres catholiques, en dotant richement Ses églises, n'entendaient cartes point 90e le produit de leurs legs fût dilapidé ainsi. Les propriétaires actuel^j respectent , nous nous plaisons à le croire , ces integtions et ces exclusions, Mais alors on dem'ande : Quen faii-on?

« (Quelle (|ue soit la réponse, un fait est constant, c'est que les protestants jouissent d'un grand nombre de biens et de valeurs aoustraits en partie au contrôle de r£tat, et

Îai ne sont affectés à aucun usage avoué. ette circonstanc-e nous donnera la clef d'un phénomène qui se reproduit chaque fois que quelque grande muvre les préoccupe: les moindres de leurs embarras sont les embarras d'argent. Ajoutons que la charité privée parmi les protestants est active, bile est un peu bruyante, à la vérité, et trop oublieuse du précepte évangélique qui recommande de couvrir les œuvres de la charité du voile do Thumililé. Trop souvent nous la surprenons sonnant de la trompette et appelant les échos de la publicité au secours des échos que révèle l'obole en tombant dans le ironc du temple. Nous avons là sous les yeux le rapport imprimé d'une petite association qui, sur une rente de 7,000 fr., émarge une dépense de 215 fr. pour frais d'imprimés. Il ii*en est pas moins vrai que les œuvres charitables, toutes les fois qu'un but de propagande s'y rattache, trouvent de l'écho, sur-

DlCTIOflfl. DU PAaÀLtàLB.

tout chez les piétistes, et mettent h la disposition de ceux que le zèle de gagner des Ames catholiques dévore, des sommes im« portantes.

« Après avoir fait voir comment la propagande protestante s'aide de ces deux puissants éléments de succès, Vinflutnce et l'argenif nous aurions à faire voir comment elle £sit Vopinion et appuie sur cet autre facteur ses idées. Nous essayerons, mais nous serons bref.

« Les idées sont portées à travers le monde fur les ailes de la parole d'abord, de la presse ensuite. Nous pourrions signaler comme vé* bicule d'idées prolestantes ces attaques acrimonieuses, incessantes» que le protestant sait mêler aux conversations les plus indifférentes, les pins étrangères aux matières religieuses. On l'a saturé dès son enfance de préventions, de lazzia, de traits calomnieux contre TEglise; la meilleure partie de son svmboie se compose d'articles de ce genre. Il éprouve te besoin de se débarrasser de ce t^gAg^f 6t il lo fait avec empressement. Le Catholique, lui, connaît son symbole, mais il ne connaît que cela, et encore coiinail-il cela imparfaitement, car son symbole est riche, et l'histuire de son Eglise est longue. L'instruction religieuse au il a reçue est inirement positive, la polémique avec ses ruses lui est d'ordinaire parfaitement étrangère. Il s'est borné è croire et è pratiquer, tandis que le protestant, qui a peu de choses à croire, à cette heure-ci, s'est lormé à la négation et à l'attaque. 11 use avec délices de ses movens^ et il se complaît dans ces facilets triompoea,où la victoire reste, depuis les Jours de Luther, k la langue la mieux pendue, au front le plus impudent, à l'insulleur le plus fécond. Avec cela on ne convertit personne, assurément, mais on décatholici^e un peu tes gens ; ils ne deviennent pas protestants, mais ils perdent de leur calibre. Peut-être le clergé catholique aurait-il à modifier la tactique de son ensei((nement pour obvier aux inconvénients qui résultent de cet état de choses, et à fourbir de nouveau les armes ihéologiques du xvi* siècle. Il en nalira quelque chose qui rappellera les disputes Uiéologiques du fias-Empire et les scènes de controverse de l'auberge à TOurs- Noir; apôtres en crinoline, docteurs en jupon, théologiens aux mains calleuses foisonneront. Mais que veut<^onf II ne faut pas que le Catholique soit placé en face de ces attaques incessantes, désarmé et endormi.

c La propagande a trouvé un auxiliaire puissant dans l'enseignement public. Nous nous persuadons que les idées théologicohistortques débitées par plus d'uu de nos professeurs de collège ne portent pas toujours leur certificat avec elles. Ces messieurs se persuadent qu'ils ne sont que les échos de la philosophie, quand ils versent è j>leine5 mains le ridicule sur les dogmes et 1 odieux sur les personnes qui tiennent de t)rès ou de loin a l'Eglise catholique. Plus modcNtes, ils s'apercevraient qu'ils ne font nue rabAcher sur les données d'obscurs pamphlets protes-

ianU« et ils rougiraient peut-être de combattre leur Eglise avec des armes que les protestants instruits de ce temps-ci regarderaient comme indignes d*eui. Cela avait jadis le mérite de rorigiualité, aujourd'hui cela est simple^ ment pauvre et trivial. Mais cela est un appoint pour la propagande, un supplément de prêche, quelque chose comme un catéchisme préparatoire de ce magnifique système tbéologique qui consiste à croire un Dieu et Timmortalité de T&me» Dieu vague» immortalité quelconque.

« Quant h la presse provinciale, elle n'est point hostile dans le Bas-Rhin; il y a même dans ses allures quelque chose aui semble être de l'équité. Mais elle fut très-hostile jadis, et si une impulsion plus honnête, plus estimable, lui a été imprimée depuis , nous désirons, sans l'espérer, qu'elle n'en dévie jamais. Dans le Haut-Rhin , quelques man* darins du piétisme stipendient uue presse formellement ennemie de l'Eglise catholique. Eux aussi appellent cette tourbe de colporteurs qui sèment dans les ateliers et les campagnes dMnfAmes. libelles. Toute conviction sérieuse est honorable, et nous pourrions au besoin rendre justice aux convictions de l'orthodoxe et au dévouement qu*il met à leur service. Hais ce qui est injusti- Sable, ce qui compromet singulièrement l'honnêteté de ces convictions, ce sont les moyens odieux et vils dont on se sert pour les propager parmi de pauvres ouvriers. Prenez leur temps, leur vigueur, leur santé; épuisez leurs enfants dans un travail qui consume; appelez h votre aide les mystères de la chimie pour faire écono* mie de quelques oboles, pendant que ces pauvres déshérités de la fortune s'étiolent dans une atmosphère malsaine; mais, de grâce, laissez-leur ce brin de foi, de respect

I>our l'Eglise, que le contact des docteurs de 'atelier n'a pas encore flétri. Ce peu leur aidera, sinon à bien vivre, du moins à mourir. Le beau profit que vous ferez, si ces pauvres gens que vous ne ferez pas piétistes, mais que vous pouvez rendre impies, ne choient plus à rien 1 Ce mal du colportage a pris depuis quelque temps des proportions telles, que Mgrl'Évêque de Strasbourg a dû faire entendre sa voix de pontife pour le signaler et le flétrir.

c Quels sont, on le demande, les résultats de tant d'efforts, de tant d'habileté, de tant do persévérance? Qu'ont produit tant d'éléments de succès , maniés avec tant de vigueur et tant d'adresse? Des conversions? On a acheté quelques misérables dont on n'oserait citer les noms. La conversion des êmes n'est pas d'ailleurs le côté brillant de la propagande protestante. Quand on se borne a croire à Dieu et à l'immortalité de r&me, on s'expose à être obligé de répondre à cette duestion : Vous vouiez me convertir? è quoi? Vous prêchez unedoctrineTlaquelle? Votre foi est la bonne? que croyez-vous, que professez-vous ?

« Mais la propagande a fait quelque chose cependant. Elle a conquis des positions au

protestantisme, des emplois aux protestanus de l'influence au (Wirti. Elle a appris à quelques Catholiques i ndifférents à ne ploscroire, à blasphémer, à ricaner; impuissante pour le bien, elle a fait quelque mal, et elle en fera. Incapable de fonder, elle a fait quelques ruines , et elle est là qui, par les cent bou* ches de la presse, se félicite de cette œuvre d'Erostrate. C'est une œuvre longue et difficile, il faut le croire, puisque déjà Mirabeau y mettait son éloquence et sa popularité. // faut décatholiciêer la France! c'était Tidée fixe, le cri de guerre du parti révolutionnaire; il essaya de la réaliser. II lui fui donné d'amonceler des ruines, de les rougir de sang; il lui fut donné de plonger la France dans l'opprobre et la misère, il ne lui fut pas donné ae la décatholiciser. La propagande s'y essaye maintenant. Dieu veille, qui confondra son œuvre? »

M. Rupert dit dans le même journal:

« Il y a une question que le Journal iet Débati aime à nous ramener sans cesse soiis une forme ou sous une autre ; c'est celle-ci : Tout ce que font les Catholiques, les protestants n'ont*ils pas droit de le faire?Ce qui est bien de la part des uns, peut-il être mal de la part des autres ?

c Remarquons tout de suite que, dans les faits qu'il cite en exemple, le Journal its Débats ne veut absolument voir que le côté extérieur et matériel. Ainsi, que des Catholiques donnent des secours a des familles f protestantes, avec l'intention et l'espoir de es amener à la connaissance et à la pratique de la vérité religieuse, ou que des protestants circonviennent des Catholiaaes tombés dans la misère et gu'ils leur donnent de l'argent pour les faire apostasier, c'est pour le Journal des Débats un fait absolument identique, également boa ou également blAmable dans Pun ou l'autre cas Ht applique aujourd'hui à la religion la politique qu'il suivait sous le gouvernement de Juillet : la politique des faits matériellement accomplis ; .1 intention, la moralité et le droit, c'est-à-dire la conformité de ces faits avec l'ordre divin et légitime, ne sont rien pour lui.

« Nous avons d'autres restes, mais notis voulons prouver au Joumaî des Débat$(\r^^ nous tenons à entrer dans sa pensée et à nous rapprocher de lui autant que nous le permettent nos principes, s'il veut de son côté sortir de son système et tenir coœptt^ de la moralité des faits. Nous poserons comme terme commun entre lui et nous « qu'il est toujours bon et louable de faire du bien aux autres, pour les amener euxmêmes à faire le bien ou pour les soutenir dans la pratique de celui qu'ils font. » Quoi qu'en aient pu dire certains esprits ardents et exaltés, qui ne tiennent pas assez compte de la faiblesse humaine et craignent toujours que l'on fasse des hypocrites, nous n'hésitons pas à formuler ce principe qu'il nous serait facile au beaow de soutenir; la pratique des gouverneniems et des familles, l'Ecriture elie-méffle, qui

PBOSELTTISItffi.

fait enireYOir sans cesse des récompenses temporelles è ceui qui ont besoin d'être encouragés dans U pratique du bien, nous fourniraient d*amples arguments contre ces austères et rigides amis de la foi et de la vertu.

« Maintenant» que le Journal dei DébaU se demande sérieusement si c'est en réalité le bien moral et spirituel des Catholiques que les protestants ont en rue dans les secours qu'ils leur donnent. Ni les principes du protestantisme, ni les faits ne {>eufent autoriser personne k en juger ainsi. Les protestants n*ont aucune raison de croire qae les Catholiques sont dans une fausse foie;pour eux, toutes les communions chréiiemies sont également bonnes, ou peuvent également conduire au salut; la foi au Christ suffit, et nul n'est obligé de croire que ce qu'il voit dans la Bible. Il n*y a donc, en priocipet aucune raison qui puisse autoriser les protestants k faire du prosélytisme aux dépens d'une église chrétienne, quelle qu'elle soit, et les plus zélés no sauraient se dire qu'ils font une chose bonne et louable lorsqu'ils déterminent un Catholique à changer de religion. Si quelqu'un d'eux osait le prétendre, nous aurions droit de lui répondre qu'il ment à sa conscience, ou qu'il n'a pas mis sa conscience en accord avec ses principes; dans l'un ou l'autre cas, nous sommes clispensés de l'écouter.

c Les faits, du reste, nous démontrent clairement que ce n'est pas l'amour du bien, ni roeme le zèle d'une conscience égarée, qui fait agir les protestants lorsqu'ils cherchent i séduire les Catholiques. S ils étaient réellement et sincèrement persuadés que les Catholiques sont dans 1 erreur, leur zèle ^t heurs tentatives de conversion s'exerceraient surtout auprès de ceux qui leur paraîtraient involontairement dupes, et pratiqueraient le catholicisme avec plus de régularité et de bonne foi ; évidemment ce sont ceux-là qui devraient exciter chez eux plus de compassion et provoquer les élans de leur prétendue chanté; ce serait alors la contre-partie de ce que nous voyons chez les Catholiques, qui s'attachent avec bien plus d'espéranre et de succès aux protestants honnêtes, exemiilaires, pratiquant avec simplicité les vérités religieuses qu'ils connaissent, et méritant d'arriver par là à la connaissance de la vérité pleine et entière, qui ne se trouve que dans le catholicisme. Loin lie Ifi, les protestants recherchent, pour les attirera eux, les Catholiques qui pratiquent le moins leur religion; ils sentent parfaitement que la vie la moins chrétienne est celle qui dispose le mieux et le plus prochainement au protestantisme; s'il y a un fait avéré et constant, c'est que ce sont les plus mauvais Catholiques qui passent au protestantisme, tandis que ce sont les meilleurs des protestants qui deviennent plus aisément Catholiques; c est l'observation qui a été faite et formulée plusieurs fois môme parmi les zélateurs du protestantisme, et Ton se rappelle la réflexion que faisait un honnête protestant avec sa naïveté allemande : Mais

je voudraiê bien que^ qtumd il prend envie au Pape de earcler son jardin^ il ne jetât pas ses mauvaises herbes par-dessus notre mur. C'est qu'en effet ce qui va chercher racine dans le champ du protestantisme, n'est plus au milieu du jardin de l'Ëglise que plante privée de vie, plante stérile et souvent vénéneuse.

c Si donc le Journal des Débats veut y faire la moindre attention, il ne pourra croire à la moralité du prosélytisme protestant comparé au prosélytisme catholique ; ceux qui s'y livrent ne peuvent être de bonne foi, car ils ne peuvent se persuader sincèrement qu'ils renaent service à ceux qu'ils entraînent hors du sein de l'Eglise catholique; ils ne peuvent se dire qu^Is les font entrer dans une voie meilleure ; ils agissent contre leurs principes et contre l'évidence des faits; on est autorisé à ne voir en eux que des sectaires ennemis de la religion, plutôt qu'attachés eux-mêmes à une religion quelconque; ajoutons, ce que le Journal des Dé' bats doitsavoir commebieu d'autres, que sou vent, sous le voile de ce prétendu prosélytisme religieux, se cache une propagande politique tout aussifunesteaureposdel'Etat qu'à rintégrité de l'Eglise.

« Nous irons plus loin, et nous démontrerons au Journal des Débats qu'il nous est parfaitement permis de donner le nom de c trafic des flmes » et d'achat des consciences, aux pratiques du prosélytisme* protestant^ et de donner un nom tout différent aux succès obtenus par le prosélytisme catholique.

« Le Journal des Débats s'imaginerait-il peut-être qu'il y a des Catholiques sincères qui, après avoir pratiqué leur religion* croient en conscience devoir embrasser le

t)rotestantisme pour trouver la certitude qui eur manque et la paix dont leur &me a besoin? Ce serait une singulière illusion ; jamais cela ne s'est vu et ne se verra. Quand le Journal des Débats à\xrei rencontré ce prodige, nous l'engageons à l'examiner de près, et s'il ne voit pas s'évanouir ce qu'il voudrait appeler, lui, un miracle de la grflce, il fera bien de nous avertir, pour que nous puissions l'admirer avec lui. Or, ces dispositions, introuvables chez des Catholiques^ sont celles qui tous les jours ramènent des protestants au sein de l'unité et en ramèncraienl encore bien davantage s'il n'y avait des intérêts humains qui empêchent souvent de faire ce qu'inspire la conscience. Lors donc que des Catholiques zélés, portant des secours à des protestants tombés dans le besoin, les engagent à abjurer l'hérésie, ils ne font qu'aidera l'accomplissement d'un devoir de conscience, tandis que les protestants qui offrent des avantages matériels à des Catholiques pour les déterminer à embrasser l'hérésie, ne font que substituer l'intérêt à la voix de la conscience ; ils ne secondent pas la liberté religieuse chez ceux auxquels ils s'adressent, ils la violentent et la dfétruisent ; ils ne convertissent pas, ils pervertissent

c Si les agents de la propagande prolestante ne sont autorisés ni par leurs principes ni par Tévidence des faits h croire qu'ils placent dans le chemin des vertus chrétiennes et du salut éternel les âmes qu'ils arrachent à la foi catholique, comment appeler les efforts qu'ils font pour les jeter dans une autre voie que celle où les engageait leur baptême T D'oJl vient qu'ils se hâtent de consigner toute adhésion donnée h leurs propositions d'apostasie? Pourquoi donc n'imitent-ils pas encore Ici la conduite des ministres de l'Eglise catholique? Lorsque ceux-ci voient qu'un protestant est disposé à rentrer dans le sein de l'unitéf ils n ont carde de le 'presser de faire son abjuration ; ils l'examinent, ils réprouvent, ils ne l'admettent à la réconciliation que lorsqu'ils ont lieu de croire è sa persévérance; ils craindraient de l'exposer, par trof) de précipitation» h de coupables regrets qui le ramèneraient dans une voie oh il se trouverait dans un n état pire que le premier. » Et pourquoi cette différence de conduite entre les apôtres de la vérité et les apôtres de l'erreuri C'est que les uns cherchent sincèrement à conquérir des Ames, tandis que les autres ne songent.qu'à les perdre; or, pour les conquérir définittvementi il faut avoir lieu de compter sur leur persévérance» tandis que ceux qui se mettent au service de Tennemi des Ames» agissent comme lui, et procèdent» autant qu'ils le peuvent, par surprise» sachant bien qu'un acte criminel engage toujours plus ou moins et constitue un lien que l'on ne rompt pas facilement.

« Voilà quelques-unes des considérations dans lesquelles le Journal dei Débats lersiïx bien d'entrer» s'il veut savoir la [différence des noms qu'il faut donner è des procédés qui, au premier abord, lui semblent absolument les mêmes. Ces considérations ne doivent |)Oint lui être trop étrangères, car sa rédaction publie parfois des ouvrages d'un mysticisme élevé ; nous dirons même que du moment où un homme politique quelconque veut se tracer une marche sûre A suivre au milieu des questions qui agitent le monde k notre époque, il ne peut absolument faire abstraction de ces considérations. Pour savoir si» en déGnitive, l'erreur a les mêmes droits que la vérité» si ceux qui professent l'une ou l'autre ont des titres égaux à la même protection» il faut examiner comment procèdent les partisans des doctrines opposées» et se rendre com[)te de la différence qui existent dans leur manière d'agir. Ce n'est qu'A cette condition que l'on peut éviter de se perdre en voulant tenir un équilibre impossible entre la vérité et l'erreur, entre le bien et le mal ; ce n'est qu'A celte condition que l'on sera sûr de ne pas s'exposer A combattre les plus précieux éléments de la vie politique et sociale en persécutant la vérité. »

PURGATOIRE. — ;La raétempsvcose, qui se rattache A l'immortalité de 1 Ame et au péché originel» n'est pas sans rapports avec le dogme du purgatoire. On en jugera fiar

cette phrase de M. Greuzer, exposant la religion de l'Inde (T. I» p. 279) : c Les imts dans le cours fatal de leurs migrations, r^rcourent incessamment tous les corps. Noa. seulement rien» dans la nature» d est iInw lument inanimé ; mais toutes les sphèr^. tous les mondes» tous les règnes, josqu^aoi plantes et aux pierres elles-mêmes, m.[ peuplés d'esprits déchus d'une noble ongine, et qui sans cesse tendent A y relnaN ner. L'univers entier» sous ce point de tue, est comme un vaste purgatoire. •

— c L'existence de peines temporaires, i dit M. Henri Martin {La vie future, p. \$^ « pour les Ames humaines après la vie (t^ seule est une vérité enseignée dans l'Erugile, et qui a été reconnue sans contenu* tion pendant les premiers siècles du christianisme, non*seoiernent par TEglUe, mai* par les sectes dissidentes, par celles qui admettaient le dogmedel'éternitédespeines, comme par celles qui le rejetaient. Les (<nè> res pour les morts ont été universelleioeot en usage chez les Chrétiens ; les Pères eipliauent que ces prières sont destinées I soulager et A abréger les peines temporaim des Ames» et lorsque au iv* siècle» sans r.«r l'existence de ces peines» Thérétique Aéni% de Sébaste contesta l'eflicacité des prière

f>our les morts» saint Epiphane lui opf" ' a pratique constante de l'Eglise. Ainsi, dts les premiers siècles, on crojait unam&rment que Dieu inflige aux Ames jnstef.

A partir du moment de la mort, des peiD**; plus ou moins graves et plus ou id>i:< longues» selon la gravité des fautes. Or c>)t en cela précisément que consiste le dogc;< catholique du purgatoire» et non dans quelques opinions accessoires que TEgliie oi pas sanctionnées.

« La négation dexse dosme fut p^0|)afiée'i^

[)ui$ le V* siècle dans rAsie orientale, f 4: es hérétiques nes(orien.<% ; elle le fut enOcident» au xii' siècle» par les cathares et 'ci vaudois» plus tard par les wicIéOtes et w hussilos» et enfin par les prolestants. Tout.^ ces sectes ont voulu supprimer lacrojâC't des peines temporaires de l'autre We. '• offrir en mourant l'alternative effraur entre la damnation éternelle et rentrée •> médiate dans le royaume céleste» où, >* vaut rscriture sainte» rien de sounlc i^ peut être admis. En présence de celte erreur qui se répandait» l'élise éleva li^'^ au XIII' siècle dans le second conn!e gfnéral de Lyon» au xv' siècle dans le : ''* cile de Florence» et au xvi* siècle da^"concile de Trente : elle maintint soit^ylement ce dogme en déclarant avec w"' quelle l'avait toujours enseigné sui^t.:

les saintes Ecritures et l'aocienrie tradiiif des Pères. »

— Ce qui suit» jusqu'A la fin de cet irj:f. est tiréd un ouvrage intitulé : Cmik^uu** et protestanliême f écrit par M. Ful^Hi. en réponse A un apostat nommé Tmicr

Du purgatoire.

« Si» du moins» il avtit supprimé iVoH

PUHGA.TOIfi£.

me disait un des lecteurs de II. Trivier. — Mais le purgatoire I

m On n^imagine guôrct en effet, qu'aucun Catholique se fasse protestant par pure aversion du purgatoire.

€ Celte réneiion abrège ma tAcbe : 11 pouvait être utile de multiplier les citations pour un dogme dont la croyance coûte à lieaucoup d*esprits, comme la transsubstan* tiation; mais rien n^'est moins nécessaire, quand il s*agit d'un dogme qui ne répugne sous aucun point de vue.

« Aussi bien, je suis k Taise ici pour si* gnaler le procédé de M. Trivier. Ce procédé n*est pas varié ; il est le même d'un bout à Tautre de sa brochure. Il l'a intitulé : Exposé; mais la vérité est que M. Trivier n'expose rien. N'attendez pas de lui qu'il vous dise nettement ce qui fait question entre loi et nous. Jamais il n'ai* laque de front : il n'écrit pas pour les théologiens, il n'a garde; sa tactique est de donner le change aux deux classes de lecteurs les plus nombreuses, aux gens du monde et anx gens du peuple.

« Ainsi M. Trivier commence toujours par accumuler, justement à côté du point en litige» des textes de l'Ecriture et des PèreSi lion pour en tirer des conclusions nettes (Car M. Trivier conclut rarement), mais |K>ur préparer l'esprit à des insinuations qui viendront plus tard. Je lui en demande pardon, mais il y a là quelque chose du serpent« Cela n*est guère chrétien, ni même français.

« Il fisiit ensuite son petit roman historique à propos de la question ; sans preuves, bien entendu : un roman en at-il besoin? Puis il démasque son artillerie légère et iait feu de toutes ses batteries, lançant soos forme de questions des objections capi> lieuses, qui,è ses yeiix.sont autant de boulets dooC chacun fait brèche.

m Force m'est donc bien de faire oo que

M. Trivier ne fait pas, et de commencer par

dire franchement au lecteur de quoi il s'agit.

« Comme toute discussion, celle-ci a trois

(»arties : 1* la position de la question on 'exposé du dogme catholique; 9" la démonstration de ce dogme par l'Ecriture et par la tradition ; 3* enfin la réfutation des objections doctrinales et historiques des adver^ saires.

« ie ne promets pas d^étre amusant, mais jn tâcherai d'être court et clair. Et pour cela je ne séparerai point, comme l'a fait mal h l>ropos M. Trivier» la doctrine du purgatoire de celle de la prière pour les morts. Kn effet tout cela se tient; on va le voir.

I 1". — Exposition du dogme catholique.

m Mous croyons que rien de souillé ne peut être uni à Dieu {Apoe. xxi, 37), que toute faute doit être expier et <|ue la souffrance est la condition de rexpiation; jusqu'ici, si Je ne me trompe, nous avons pour nous la conscience du genre humain.

« Comment, lorsque nous quittons cette ierreeocoresouilléSi devenons-nous purs aux

yeux de Dieu ? Est-ce par la délivrance purement physique de cette ()ortion de matière qui nous est propre? Telle parait être l'opinion des protestants.

« Mais conçoit'On que le péché soit arraché de nos Ames par cela seul que nous dé- E osons ce corps mortel? Pour qu'une semtable idée monte dans la tète d'un Chrétien, il faut qu*il ne voie dans le mal moral rien (|ue de physique, il faut qu'il soit descendu jusqu'aux erreurs des gnostiques et des manichéens. Pourquoi, du reste, s'en étonner, puisque les protestants font l'homme entièrement passii en tout ce qui touche sa régénération ? Le Catholiaue, au contraire, no pouvant concevoir 1- homme sans l'exercice ce sa liberté, rejette comme incompatible avec l'ordre moral le procédé mécaniaue des protestants qui parait sup-

Cipser Pnomme purifié par cela seul qu'on ûi aura coupé la tète. Le Catholique, datns la réconciliation de l'homme avec Dieu^ voit un acte libre, une libre coopération à la

SrAce. S'il arrive à l'éternité pur et uni à ^ieu d'esprit et de cœur, c'est-à-dire uni k Dieu de toutes les forces de son être , il est admis sans délai à la pure contemplation de ce qu'il a cru, espéré, aimé. Mais s'il n'a qu'un amour imparfait, qu'il ait laissé subsister en lui des taches léigères plus ou moins nombreuses, il faut que cet amour aille s'épurant jusqu'à ce que le Chrétien soit réeénérié, purifié, purifié dans le fond même de son être. Si donc la mort le sur* prend dans cet état d'amour imparfait, s'il a quitté la terre avec la volonté d'expierses fautes, mais que le temps seul lui ait fait défaut pour cette expiation. Dieu lui accorde de compléter dans l'autre vie ce oui manque à son expiation terrestre ; Dieu lui donne d'accomplir ailleurs cette ex(iiatien qu'il a commencée, qu'il a voulue, du moins, durant sà vie mortelle. El c'est là toute la doctrine romaine du purgatoire. Il est clair qu'elle maintient la loi morale dans toute son intégrité; au lieu que la doctrine protestante, que ta foi sauee êmu Itê muvrei et malgré le$ «tieres, ruine évidemment la morale de fond en comble.

« Nous y reviendrons.

« Ceux,* dit Bossuet, qui sortent de cette vie avec la grflce et la cnarité, mais toutefois redevables encore des peines que la justice divine a réservées, sonffrent ces peines dans l'autre vie. C'est cec^ui a obligé toute l'antiquité chrétienne à ofA^ir des prières, des aumênes, des sacrifices pour les fidèles qui sont décédés en la paix et la communion de TEglise, avec la foi certaine qu'ils peuvent être aidés par ces moyens, voilà ce que le concile de Trente nous propose à croire touchant les âmes détenues dans le purgatoire, sans déterminer en quoi eonsistent leurs peines, ni beaucoup d au* très choses semblables, sur lesquelles ce saint concile demande une grande retenue, bUmant ceux qui débitent ce qui est incertain et suspect.

« M. Trivier ne veut pas de prières pour

DICTIONNAIRE DU PARALLEI.Ë.

les morts. Hais quel cœur bien fait ne se révolte pas à cette |)ensée, qu'entre deux flmes tendrement unies pendant cette vie terrestre, il n'y a plus rien de commun après que la mort les a séparées? Le sentiment contraire est si puissant, que, dans les premiers moments d'une grande douleur, il a fait souvent fléchir le genou à l'incrédule, lui arrachant une vraie prière pour le repos d'une mère, d'un père chèrement aimés.— Oui, il y a un instinct de U nature ({ui coïncide ici avec la vérité révélée. Mais cet instinct n'est qu'une lueur passagère, assez semblable à ces feux qui errent par une nuit sombre dans les cimetières ; au lieu que le sentiment catholique, si précis, si clair, si fondé en raison, ressemble h ces lueurs éternelles que la

1)iété des anciens allumait, dit-on, devant a tombe des morts.

« Le purgatoire, dit excellemment M. de Maistre, est le dogme du bon sens. Comment les peines ne seraient-elles pas toujours proportionnées aux crimes? Ce do^e est si plausible, qu'il s'empare, pour ainsi dire, de la raison, et n'attend pas la révé« lation. On le retrouve dans Platon et dans Virgile : il est vrai qu'on peut expliquer cela par la révélation primordiale faite à Adam, et dont on retrouve partout des rayons perdus.

« Ce fut pourtant un des grands motifs de la brouillerie du xyi* siècle. Les insurgés ne voulaient rien rabattre.de l'enfer pur et simple. Cependant, lorsqu'ils sont devenus pnilosopnes* ils se sont mis à nier l'éternité des peines, laissant néanmoins subsister un enfer à temp$f uniquement pour ia bonne police, et de peur de faire monter au ciel tout d'un trait Néron et Messaline, h côté de saint Louis et de sainte Thérèse. Mais un enfer temporaire, qu'est-ce autre chose que le purgatoire? En sorte qu'après s'être brouiNésavecnous parce qu'ils ne voulaient point de purgatoire, ils se brouillent de nouveau parce qu'Us ne veulent que le purgatoire. (Soiréei de St.-Pét., 8' ent.)

4 Hais c'est assez justifier par la raison un dogme qui se défend de lui-même. Démontrons-le par l'Ecriture et la tradition.

§ II. — Démonstration du dogme.

I. Ecriture sainie. — « Judas Machabée venait de ch&tier Joppé et Jamnia. 11 avait vaincu les Arabes et les généraux d'Antiochus, et il recueillait ses morts pour les ensevelir dans les tombeaux de leurs pères. Mais sous les tuniques des Juifs qui avaient péri dans la {guerre sainte, on trouva des choses qui avaient été consacrées aux idoles dans Jamnia, toutes choses que la loi interdisait aux Juifs. (// Mach. xii, 40.)

« 41. Toui bénirent donc le juste jugement du Seigneur qui avait découvert tes choses cachées.

iiki.Etse mettant en prière, ils conjurèrent te Seigneur d'oublier fe péché qui avait été commis. Or le très-vaillant Judas exhortait le peuple à se conserver sans péché^ ayant

sous les yeux ce qui était arrivé à eauit de$ péchés de ceux qui avaient péri.

« 43. Et ayant fait une quéte^ il envoya douze mille drachmes d'argent à Jérusalem, a/in qu'on offrit un sacrifice pour les péchés de etê morts, ayant lui-même de bons et religievkx sentiments sur la résurrection.

<x 44. {Car s'il n'eût espéré la résurrection de ceux qui avaient péri, il eût été voin ti super/lu de prier pour les morts.)

« 45. Ainsi il considérait que ceux qui avaient accepté le dernier sommeil avec piété, auraient une grâce excellente reposant en eux.

« 46. Cest donc une sainte et salutaire pensée de prier pour les morts, afin qu'iU soient délivrés de leurs péchés.

« Certes, rien ne manque è la preuve qa*oa tire de ce récit. Il s'agit d'un fait arrivé dans la guerre sainte, en pleine réaction contre l'idolAtrie syrienne. Judas Machabée est le fils de celui qui avait dit: Quiconque est zélé pour la loi me suive I Q%tand tous ceux f Israël abandonneraient la loi de leurs pères, mes enfants, mes frères et moi, nous obéirons toujours à la lot de nos pèreg. (/ Jfock. n, 19, 20, 21.) Et dans le texte même qu'on vient de lire, l'horreur des superstitions païennes, étendue au simple contact d'objets qui avaient été offerts aux idoles, ne s'allie-t-elle point à la pieuse coutume de sacrifier pour les morts? Tendez votre main au pauvre, dit Jésus, fils de Siracb, a/fo que votre sacrifice de propiticUion et de oi" nédiction soit parfait. — La libéralité est agréable à tous ceux qui vivent ; n' empêches pas qu'elle s'étende sur les morte. [Eccli. vu, 3S, 37; Tob. iv, 17, 18.)

« C'est ce que les Juifs pratiquent encore aujourd'hui. Et ne dites pas ({ue ni les JVachabées, ni YEcclésiastiq^ie, ni Tobie ne font partie du catalogue des Livres saints dressé par Esdras. La merveille serait que ces liyres en fissent partie, ayant été écrits plus d'un siècle après Esdras. D'ailleurs, il ne s'agit point en ce moment desavoir si les li* vres en question sont inspirés de Dieu, mais bien s'ils établissent historiquement ce fûtf

au'au temps des Machabées, comnae aujour* 'hui, les Juifs tenaient pour une pieuse et salutaire coutume les sacrifices propitiatoires offerts pour les morts.

« Ne dites pas non plus que c'était là une superstition rapportée de Babylone; car s'il y a dans l'histoire des Juifs an fait écla« tant et avéré, c'est que jamais ils ne furent plus loin de la superstition qu*après leurretour de Eabylone. Depuis lors, ils ne sont pas retombés une seule fois dans l'idoUirie, demeurée en abomination parmi eux plus

2u'à aucune autre époque de leurs annales, ela est élémentaire pour quiconque sesX occupé des Juifs.

« Voilà donc une tradition bien constante avant Jésus-Christ, tradition liée au dogme de l'immortalité de l'&me et de ia résurrection future. On ne dira pas que cette tradition put être ignorée de J^sus-Christ. Si donc elle eût été superstitieuse, le Sauveur

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