‹ Dictionnaire du parallèle entre diverses doctrines philosophiques et religieuses, d'une part et la foi catholique de l'autreChapitre 67 sur 87 · IC · texte numérisé non relu

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RMSOlf.

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a foi naturelle aui ? érités surnatarelles» (o *af sonnehieat peut la précéder sans doute ; nais la fdi naturelle aux premiers principes, m quelque sens qu'on l'entende, précède oujours le raisonnemeni, puisqu'on ne pent aisonner qu'en partant des premiers principes, et que l'esprit, lorsqu il en acquiert a connaissance rationnelle à l'occasion de 'enseignement, accompagne toujours cette onnaissance rationnelle d un fait de croyante. Aussi les incrédules et les infidèles qui l'ont pas été élevés dans la foi surnaturelle, ini-ilseu la foi naturelle h certaines vérités, vant de pouvoir Caire usage du raisonneaent.

L'usage de la raison, que l'on dit devoir récéder la foi surnaturelle, n'est pas un maff€ plein tt tnti€r^ une raison naturelle léjÀ formée; car il est d'expérience, qu'après 9 premier développement naturel de la raion , *t*enfani devient capable d'un commenement de foi surnaturelle explicite, et cette 01 contribue à accélérer le développemeni aturel qui est nécessaire pour qu'elle puisse e développer elle-même.

Quand nous disons que l'usage de la raion précède toujours (dans une certaine lesure) la foi surnaturelle explicite, nous l'entendons pas qu'il la précède comme anse, mais seulement comme condition me ua non. La cause, c'est la grâce de Dieu, ^uaiitau raisonnement, puisqu'il ne précède as toujours cette foi surnaturelle explicite,

n'est pas même une condition une qua on pour j arriver. Ce n'est qu'un moyen tiie, que Dieu, quand il lui plolt , peut emplacer par un autre.

A la On de l'année 18S5, la sacrée congréation de l'Index, voulant réprimer quelues erreurs où s'était laissé entraîner I. Bonnetty, dans les Annaleê de philoêO" hi€ ehrétiennêt et ne voulant pas cet>endant ^adamner un homme ^ui a rendu tant de )r¥ices à la religion, lui enjoignit de signer uatre propositions, dont plusieurs sont ana- »gues à celles qu'avaient dû signer, une uinzaine d'années auparavant, Id. Bautain i ses disciples. Voici ces quatre proposions t que nous devons rapporter ici , aGn e montrer qu'elles ne sont pas opposées à I doctrine que nous avons donnée plus haut, t aussi ann de réfuter les commentaires isidieux et erronés qui en ont été faits par uelques écrivains.

eiireduP.Mêdena^ secrétaire de la congre' galion de Flndex^ à S. Ex. Mgr le Nonce aposiolique^ à Paris.

Excellence révérendissime ^

Je suis obliqi% en raison de ma charge^ f faire part a Votre Excellence révirenais" gnedeee fuî, dans la drrnière congrégation rF Index ^ a été délibéré à propos de l'ouvrage ^'riodique dirigé et publié par M. Bonnetty.

Connaissant par beaucoup de preuves finntion et V esprit du rédacteur^ qui n'est pas 'uiement orthodoxe^ mais iris-dévoué au ^int'Siége^ et qui a bien mérité de la re/tiun par beaucoup de travaux^ et par les

incessantes fatigues auxquelles il se livre depuis longtemps potir le soutien des saines doctrinesy on a voulu user,envers lui des égards bienveillants et distingués^ pratiqués dautrès fois^ dans des cas semblables , envers dis écrivains éminemment catholiques ^ en né promulguant pas ^ au détritûent de leur reputalion t des jugements qui déclareraient ou erronées^ ou suspectes, ou dangereuses, leurs opinions. Mais, dautre part, c'est un devoir sacré et obligatoire de prévenir, avec toute ta vigilance et le soin possibles , les occasions d'achoppement que d'autres personnes pour-raient se faire ^ à raison , sinon des théories^ du moins certainement des conséquences éloi^ gnées ou prochaines que d'autres pourraient en déduire 9 surtout enmalierede foi. On à éhnc adopté l'expédient de prescrire à t'au^' teur'sustoué une formule de déclaration tellemént explicite et nette^ qu'elle ne laisse ' aux lecteurs de cette Revue, lieu à aucun doute, ni quant aux principes, ni quant à rapplication qui doit en être faite.

Cette formule est renfermée dans les quatre propositions que je vous transmets dans ta feuille ci-annexée, enpriemt Votre ExceU lence^ au nom de la sacrée congrégation, d'agir avec bonté et efficacité ^ a/ht que^ M. Bonnetty la ratifie de sa propre «ou«cription , et que cette pièce me revienne par votre entremtse. Je ne doute pas qu'elle ne trouve docile et facile l'auteur mentionnéf d'autant plus que lui-même , de vive voix et par écrit, a protesté qu'il voulait en tout suivre non-seulement les ordres , mats encore les avertissements et les indications qui lui seraient communiqués au nom du Saint-Siège.

Dans l'attente, etc.

Fr. Ange-Vincent Modrua, de Tordre des Frères prêcheurs, secrétaire de FIndex.

Décret de la sacrée cpegréKaiion de llndex du II

JQin «855.

Sacra Indicis congregatio in generafi con* ventu habita in palatio apostolico Valicano sub die 1 1 Junii 1855, proposito dubio :

An quœ sequuntur philosophiœ thèses pro^ bandœ sint, eœdemque subscriptioni exhi'^ bendœ D. Bonnetty, Ephemeriaum aucforis quels titulus : Annales de philosophie chrétienne , auditis pridem ac mature perpensis theologorum suffragiis , ce n^il decrevitque : Propositiones esse approbandas, et prœfati aucloris subscriptioni exhibendas, salvo sem^ fer apostolicœ Sedie ulteriori judicio, quoad tntegrum ejns opus.

Quod quidem Kminentissimorum PP. decretum Sanctissimo Domino Nostro Pio PP. IX, per me infra scriptum, die 15 Junii curr. anntl855, relatum, eadem Sanctitas sua firmavit atque exsecutioni manéUiri prœcepit.

Thèses hniusmodi sunt :

1' Etsi fiaes sit supra rationem , nulla ta^ men vera dissensio , nullum dissidium inter ipsas inveniri unquam potest, cum ambœ ah uno eodemque immutabili veritatis fonte ^ Deo optimo maximo, orianturt atque ita sibi mutuam opem feront. (Encyc. PP. PU il. 9 Nov. 18^6.)

2' Ratiocinatio Dei exsisientiam , animœ spiritualitatem ^ hominU libertatem^ cum certUudine probare fotest. Fidts posterior est revelatione^ proindeque ad probandam Dei exsisientiam contra atkeum^ ad proban» dam animœrationalîs spiritualitatem ac liber^ (alem contra naturalismi ac fatalismi sectatorem allegari convenienter nequit (Prop, Mubtcript. à Botœnio, 8 Septemi. 18w.)

3* Rationis usas fidem prœcedit^ et ad eam hominem ope revelationis et gratiœ eonducit. [Prop. subscripta à D. Bautain^BSept. 1840).

4" MelhoduSf qua usi sunt D, Thomas , D. Bonaventuraf et alii post ipsos schotastici^ non ad rationalismum dueU^ neque causa fait cur apud schotas hodiemas phitosophia in naturalismum et pantheismum imptngeret, Proinde non ticet in crimen doctoribus et magistris illis vertere^ quod methodum Aanc, prœsertim approbante » vel saltem tacente Ecclesia^ usurpaverint. (Prop. contradict. proposilionibus passim ex 2>. Bonnelty desumptis.)

Signatures, Gard. D'ândhea, préfet^

MoDBNAy secrétaire.

Voici la traduction de cette pièce, qui fut souscrite par M. Bonnetty avec la plus édifiante soumission.

« La sacrée congrégation de V Index ^ dans Vassemblée générale tenue au palais apostoli((ue du Vatican te il i'uinl855, le Mute suivant ayant été proposé: Si les Ikièes de philosophie suivantes doivent être approu* vées et offertes à la souscription de M. Bfn^ nettyf auteur de la revue qui a pour titre : Annales de philosophie chrétienne ; — après avoir entendu préalablement et mûrement pesé les suffrages des théologiens^ a pensé et décrété : que ces propositions doivent être approuvées et offertes à la souscription de l auteur dudit ouvrage^ sauf toujours le ju-

Î cernent ultérieur du Siège apostolique sur a totalité de cet ouvrage.

Lequel décret des Em. Pères ayant été porté par moi soussigné ànotre très-saint Seigneur le Pape Pie IJ^ le 15 jum de cette année 1855, Sa Sainteté Va confirmé et a ordonné qu il soit mis à exécution.

Voici les thèses :

V Quoique la foi soit au-dessus de la raison, i7 ne peut jamais exister entre elles aucune opposition , aucune contradiction , puisque toutes les deux viennent de la seule et même source immuable de la vérité, de Dieu très-bon et très-grand , et qu ainsi elles se prélent un mutuel secours. {Encyclique de Pie IX, du 9 septembre 1846.)

2* Le raisonnement peut prouver avec certitude l'existence de Dieu, la spiritualité de l'âme, la liberté de Vhomme ; la fui est vostérieure à la révélation : on ne peut aonc convenablement l alléguer pour prouver ^existence de Dieu contre Calhée^ pour proU" ver la spiritiMlité de Came raisonnable con» tre un sectateur du naturalisme et du fatalisme, (Proposition souscrite par M. Baiiiain, le 8 septembre 1840.) 3* L'usage de la raison précède la foi , ei

y conduit Chomme par le secours de la tM^ îation et de la grâce. ( Proposition souscrite par M. Baulain, le 3 septembre 1840«)

4* La méthode dont se sont servis Hkird Thomas, saint Bonaventure et les aulm $colastiques après eux^ ne conduit pas au rationalisme, et n'a point été cause de eeq^, dons tes écoles contemporaines , la philosophie est tombée dans le rationalisme et lepanihéismt En conséquence, il n'est pas permis de faire un crime à ces docteurs H à ces maîtres de s*étre servis de cette méthode, surtout t% présence de Vapprobationf ou au moins du silence de VEgtise. (Proposition contraire i plusieurs propositions de M. Bonnetty.)

JÉRÔME , cardinal d'AwDRBA , préfet. — Fr. Ange-Vînc^nt Modbna , de rordre des Frères prêcheurs, secrétaire de la con^ gation de VIndex.

' Il suffit de Hre ces quatre propositions pour se convaincre qu*avec elles s'accorde parfaitement la doctrine qae nous a^ons exposée aucomnoencement de cet article. La troisième proposition signifie qne Yutage de la raison précède la foi surnaturelle ti» plicite; c'est précisédsent ce que nousarons dit. Cette proposition et les autres répriment les excès des supematuralistés qui ont été appelés quelquefois, dans ces dernières années, traditionalistes. Quelques écrivains semi-rationalistes, qui, sans sortir de l'orthodoxie, abandonnent Tune des plus belles thèses de la philosophie catholiaue, la nécessité de renseignement pour le dévelop* pement de la raison, ont toqIu profiter des quatre propositions que nous venons de rapporter, pour accabler leurs adversaires , en les représentant comme supematuralisttf et traditionalistes^ et en les confondant tous avec M. Bonnetty. Mais cette ruse de guerre, ou cette méprise, comme on voudra rappeler, n*a pas eu le succès qu'on en espérait. Tous les esprits judicieux ont compris qu'on n'est pas supematuraliste o-u iraditionaltstt pour afiirmer, avec M. de Bonald , que l'homme, isolé complètement de la société, n'arriverait jamais aux vérités naétapbysiques. D'abord cette question est compléiement étrangère h I objet des quatre propositions qui viennent d'être citées , et |)ar conséquent le décret du Saint-Office n'a pas condamné une opinion dont il ne s'est pas occupé, et qui est soutenue aujourd'hui par l'immense majorité des philosophes du premier ordre. De plus, il est notoire que les défenseurs de l'opinion de M. de Bonald ont critiqué, les premiers, les assertions snpernaturalistes ou traditionalistes de M. Bonnetty, et ont reproché à cet honorable écrivain précisément ce qui lui est reproché par la sacrée congrégation ; donc les semirationalisles ont échoué con^plétement en essayant de trouver dans le décret de TIûdex une approbation de leur système, si clairement désapprouvé par le concile d'Amiens, et par Tallocution du Souverain- Pcintife du 9 décembre 1854, outre qu'il est oppobé à la raison et à Texpërience.

Pour montrer que nous ue sommes pas

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RAISON

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seuls à' réprouver rinlerprétation que les semi-rad'onalistes ont essayé de donner aux quatre propositions» citons ici le remarquable commentaire qu'en donne M. Tabbé Duplessy, dans la Bibliographie catholique de décembre i8S5.

1" Sur la i" proposition. — « Seulement, nous avons dit et nous répétons que le tort de Descartes et des philosophes qui l'ont suivi a été de séparer la religion de la philosophie* ce qui a conduit d*abord à raisonner en dehors de la foi, puis à raisonner contre la foi» et enfin S proclamer l'indépendance absolue de la raison » dont le devoir, pourtant, dans les grandes questions 3ui intéressent la croyance et les mœurs, est éprendre la toi, qui lui est sui)érieure, sinon pour point de départ , du moins pour

(;oide et pour règle. C'est ainsi que la foi et a raison s'entr'aident : la foi, en fournissant à la raison son objet, sa lumière dirigeante et préservatrice ; la raison, en ouvrant r&me à la foi, et en lui prêtant ses motifs de crédibilité.

2' Sur la 2* proposition. — « Qu'on ne puisse alléguer la foi contre ceux qui la nient, c'est d'une nécessité logique; car toute discussion, pour aboutir, suppose des principes communs et convenus. Qu'on puisse donc par le raisonnement démontrer avec certitude l'existence de Dieu , la spiritualité et la liberté de l'flme, prolégomènes obligés de loute démonstration complète de la religion, c'est ce qui est incontestable ; seulement nous avons dit que ces grandes vérités n'ont point.été trouvées parla raison, qui n'a pu être dépourvue un seul instant de ce qui constitue notre vie intellectuelle et morale ; mais nous avons toujours ajouté aussilAt que la raison, une fois en possession de ces vérités, pouvait se les démontrer rigoureusement à elle-même, les démontrer aceux qui les nient; et même qu'elle pouvait, moyennant la droiture de l'esprit et du GCBur, les dégager des erreurs qu'une fausse éducation , qu'une tradition menteuse y avaient mêlées. En d'autres termes , dans Tordre de la connaissance, elles sont venues au genre humain par une révélation primitive ; dans l'ordre de la démonstration , le raisonnement doit et peut les établir avant d'en exiger la foi.... »

Sur la 3' proposition. — « L'usase de la raison précède la foi, c'est-à-dire I acte de foi, la loi explicite, comme l'œil précède la perception de la lumière, car c'est la raison qui perçoit l'objet de la foi, et qui saisit les motifs de crédibilité. Par le encore il est vraide dire que la raison conduit à la foi. Pour tous les hommes, la raison précède la foi, en ce sens que la raison seule perçoit les vérités de foi ; mais pour les hommes qui ont reçu la foi infuse au baptême , qui ont été ensuite élevés dans son sein, on doit dire que la foi précède la raison, en ce sens qu'ils croient déjà lorsqu'ils sont en état de ^e rendre compte de leur crovanoe; et ici ce n*est que par une sorte d'abstraction que la raison précède la foi. La raison précède

donc toujours la foi explicite dans l'ordre de la connaissance, toujours aussi dans l'ordre de la démonstration qu'on est obligé d'en faire à ses contradicteurs, mais par abstraction seulement dans l'ordre de démonstrrition qu'on s'en fait à soi-même. D'ailleurs, remarquons bien que la raison ne conduit pas a la foi comme elle conduit aux vérités naturelles et aux découvertes scientifiques. D'elle-même , elle ne découvrirait pas l'objet de la foi, qui doit lui être communiqué par la révélation; elle s'assure seulement que Dieu a parlé; d'ellemême aussi elle n'inclinerait pas le cœur è croire, comme elle force la conviction dans les choses naturelles : elle a besoin du concours de la grâce divine.

Sur la h* proposition. — «... Nous n'avons jamais rattaché qu'au protestantisme, puis à Descartes et au philosophisme les erreurs des écoles modernes , le naturalisme et lo panthéisme. Peut-être, cependant , devrait* on dire, sans rien ôter à la gloire de ces grands hommes, que quelques-unes de leurs théories secondaires, ou du moins de leurs expressions , auraient besoin d*êlre modifiées aujourd'hui, dans la crainte de l'abus qu'en pourrait faire le rationalisme.

« En résumé, 1"* nécessité en fait d'une fécondation extérieure , par l'éducation sociale, pour que l'intelligence ne reste pas à l'état stérile ; 2" nécessité» en fait du moins, d'une révélation primitive pour la mise en possession des vraies idées de Dieu et du devoir moral; 3* nécessité pour tout Chrétien de prendre la révélation pour point de départ et pour règle des spéculations philosophiques; d'ailleurs, 4* harmonie de la vraie philosophie et de la religion; droit et pouvoir absolus de la raison dans la recherche et la démonstration des vérités de son ordre; droit et pouvoir réels encore, quoique moins absolus peut-être, de la raison, dans la recherche et la démonstration des vérités qui constituent ce qu'on appelle la religion naturelle, et dans la réfutation des erreurs opposées ; droit et pouvoir nécessaires de la raison dans la démonstration de la crédibilité des mystères. Voilà à quoi se réduisent les doctrines que nous avons pu soutenir dans nos pages. Or, nous ne voyons pas que ces doctrines soient en opposition

avec les quatre propositions romaines

S'il en est qui contestent ces droits de la raison, et si c'est eux qu'on désigne sous le nom de traditionalistes^ nous le déclarons hauteotent, nous ne sommes pas traditionalistes..», »

Sauf que la révélation n'est pas le point de départ, ce commentaire est exact; seulement, il n'est pas complet, et les vérités qui y sont exprimées ne se présentent pas sous une forme assez précise. Nous croyons que le résumé par lequel nous avons commencé cet article a fourni la preuve de ce jugement. Il nous reste à signaler deux autres commentaires du même décret, (\elui de \à Revue catholique de Louvain, et celui de Mgr l'évêque de Montauban.

DICTIO^NAfRE DU PARALLELE.

Sefon la Rem^e eathotique (n* de décembre 185&)9 M. BcMinetlv a eu raison de dire que la religion naturelle a été de fait révélée de Dieu, que l'homme resterait toujours enfant si sa raison ne subissait Paction d*une raison déjàTormée, et que, par conséquent, comme le reconnaît Fiente, le premier couple a dû être enseigné par Dieu. Mais il s'est trompé: 1* en niant toute idée innée. « Tantôt confondant les idées innées avec de véritables connaissances innées, et remarquant avec raison que l^bomme n'a point de véritables connaissances innées, on en a conclu qu'il n'a point d'idées innées ; tantOt, prenant la présence ou l'inhérence de l'idée ou de la vérité intelligible dans l'esprit pour une identiGcation de cette idée avec l'esprit , on a repoussé la doctrine des idées innées comme entachée de panthéisme, v

La Revue ajoute ici en note : « Les philosophes savent que par idée innée subjective on entend l'aptitude de Fesprit à connaître des vérités intelligibles autrement que par la seule réflexion sur les données des sens» et que par idée innée objective, on entend la vérité intelligible en tant que présente ou inhérente è l'esprit a vaut qu'elle soitconnue, avant qu'on en ait la conscience explicite. Cette vérité est, selon les uns, la vérité incréée elle-même, quelque chose de Dieu, ou plutôt Dieu môme, comme s'exprime Bossuct; selon d'autres, cette vérité est quelque chose de créé, h la ressemblance de la vérité incréée et représentative de celle-ci. L'adoption des idées innées objectives, qu'on les appelle principes de vérité, germes de vérité, semences de vérité, raisons primordiales, premiers principes, ou simplement vérités, idées, principes, l'adoption de ces idées est de la plus haute importance pour la question qui nous occupe ici; mais la manière de les envisager comme identiques ou comme non identiques avec la vérité incréée même, ne tire guère h conséquence par rapport à la question présente. »

lA Revue dit ensuite que si l'on s'était borné à reieter les idées innées cartésiennes qui se développent spontanément^ elle eût approuvé celle proscription. De môme, si Ton avait voulu seulement condamner les idées intermédiaires, ou espèces péripatéticiennes, ou formes kantiennes, elle eût applaudi avec saint Augustin, saint Bonavenlure, Bossuet, Fénelon, Gerdil. Mais en refusant à l'homme tout «principe de vérité inhérent à l'Ame, on est tombé dans une erreur philosophique qui appelait d'autres écarts, et on a nié une vérité reconnue par tous les docteurs chrétiens. (Suivent en note, des citations de saint Thomas, qui démontrent jusqu'à l'évidence que le saint docteur admet les idées innées. Voir De magistro, a. 3. — Summ. TheoLy i p., q. 84, a. 5. — Jbid,, q. 79, a. 12.)

En effet, continue l'écrivain bel^e, l'Ame ayant été dépouillée de toute idée innée, la raison s'est trouvée réduite h être la puissance de percevoir la vérité, reçue uniquement du dehors par la parole. <t On a ainsi

interverti les rôles de la raison et de la tradition dans l'acquisition de la connaissance de la loi naturelle, on est tombé dans un véritable extériorisme ; la raison, qui est le vrai principe de cette connaissance, est devenue un simple instrument; et la tradition, qui, il est vrai, est un moyen indispensable, une condition nécessaire pour le premier développement, pour racquisition de la première connaissance explicite de ce qai nous est inhérent ( on dit premiire^ parce que d'une première vérité connue, la raison peut en déduire d'auiresj, la tradition, dis-je, a été présentée comme la source unique de la vérité, et le principe même de notre connaissance; en un mot, relativemont à l'origine de notre connaissance des vérités mii constituent la loi naturelle, on a attribuée la tradition le môme rôle que la généraliiô des hommes assignent au témoignage humain par rapport aux événements Elstûriques

« il est facile de voir que cet extériorisme complet renferme implicitement la négation de toute philosophie, au moins de toute philosophie morale et religieuse, tout autant que le sensualisme ou l'extériorisme de Locke et (ie Condillac. Ou plutôt, au lieu de coordonner la foi et la raison, \a théologie et la philosophie, il tend tout droit è remplacer la raison par la foi et la philosophie par une théologie sans base.

« Cependant on ne s'est pas arrêté là; de cette erreur on en a tiré une autre qui noas parait beaucoup plus grave. Maisavantde l'expliquer, il semble nécessaire de relever en passant une objection qu'on pourrait être aisposé à nous adresser à nous-mëtnes, à savoir, ( omment en soutenant la néce&»ilé de l'enseignement pour parvenir à la connaissance de la loi naturelle, il nous est [)05sible d'éviter les erreurs qui viennent d être signalées. Voici notre réponse : nous les évitons tout à fait de la môme manière que les philosophes qui, comme saint Tbomas, par exemple, tout en croyant que les premiers principes théoriques et })ra(iques sont innés, disent que, pour connaître les principes, il faut néanmoins l'intervention des sens. Nous ne foirions que remplacer Hntervention des sens par celle de l'ensoigncment ; mais l'enseignement n'est pas plus pour nous que les sensations pour eux» l6 |)rincipe de la connaissance ou de la certitude de ces vérités, il n'en est qu'une simple condition, un moyen ; et de même qu'on aurait tort d'appeler, pour ce motif, tensuûlisteSf les philosophes dont nous parlons, ou ne peut, sans manquer d'exactitude, nous donner le nom de truditiofialistes ou d'eiiériuristes. »

La dernière et plus grave erreur que ta Revue catholique trouve en M. BonneilVi ^'^ môme en M^rDooey, évoque do Monlaubani est celte proposition que le témoignage at la véritable base de la foi en F existence de Dieu qui existe dans tout le monde, ù K^ proposition, qui, dit la Revue, découle M* quement de f extériorisme de M. Booneit.v,

RAISON

lOM

a été avouée pAr Mgr Doney. Or, elle ne <iiffére pas du système du sens commun de M. de Lamennais.

En résumé, en niant les idées innées, on a été conduit à faire de la tradition, d*abord k principe de nos connaissances^ puis ta hase de la cer/{/u(fe des vérités métaphysi- (jiies.

La Revue montre ensuite que les quatre propositions de la sacrée congrégation sont opposées è ces erreurs; elle commente ainsi M (roisième proposition : a On a d autant \>\us tort (de ne pas reconnaître Tusage de la rai5on avantPactede foi positive divine) que, philosophiquement parlant, le premier acte Je la raison, comme raison, nest pas luitnéme simplement un acte de foi positîeehu^ maifte, un acte fait uniquement à cause du témoignage ; mais cet acte est un acte de foi natureliet dans le sens que les philosophes attachent aajourd*hui & ce mot, un acte où, sans se rendre ei[)liGitement compte des motifs de son assentiment, Tesprit adhère à la vérité parce qu'il voit et croit en même rvmns : il Tadrnet h cause de Tévideoce de ridée remarquée à Toccasion de l'évejf lonoé par la parole : le principe de cette foi tst ridée ; l'enseignement n'en est qu'une rondition. »

I! est h remarquer quMI n*7 a aucune coii- Irediction entre cette assertion de la Rsvue , )ue le premier acte de la raison est un acte Je foi naturelle ; et cette autre, qu'un ceraiff usage de la raison précède jusqu'i « foi.natorelle. En effet, la Jlevue parle du «remier acte de lia raison, comme raison^ :^est-è-dire, de la raison s'appliquant à un )bjet métapbjrsique, ou formant une idée Mère ; tandis que Kusage de la raison oue *oa peut dire antérieur h la foi naturelle, r est relatif ({u'aux objets sensibles, connus kar uue idée directe.

Afin que nos lecteurs puissent juger par Qi-mémes de la justesse des reproches idvesaés par la Revue de Louvain à ta lettre le Mgr TôTéque de lloniauban, nous allons rar faire connaître la plus grande partie de ette lettre, que nous tirons des Annotes de àilosaphie chrétienne^ n* de juillet 1855.

Le sarant prélat commence par donner à f Bonaetty les quatre propositions, en* oyées de Home, comme des limites qu'il lut respecter; il ne fait pourtant pas conattre la source de ces propositions, qui n'a ié révélée au public qu'un peu plus tard. I dit ensaile que plusieurs éorivains ont ru qoe, laa .^bumest an parlant des éléments m €on$iiiuêni te raîsofi, prenaient fo tradîau et renseignement dans le sens d'une «ditioa et d'un enseignement de rerdre* wraoïMreff.oeqQi n'eat pas. Puis, comme les ^iemiiùnM âsmprincipes sont plus faciles è %%ssr qu* Ifeipositioa des principes euilémas, il prend poureieiaple Y existence de ^lel^ coosidéréa dans la sphère de Tordre ureoieol aaluroU afin de faire voir ce que L*ut la philoauphie dite tfadtiîORaliste : « Dana l'état actuel de l'humanité, qui est t(as$o€ied et le seul que bous connaissions^

la connaissance de Dieu est donnée h chacun {traditur)f dès son enfance, par veied*ensei-

Ênementet d'affirmation pure et simple. C'est \ foi à cette affirmotion» a cet enseignement^ 3ui constitue toute la connaissance qu*ont e Dieu, de son existence et de ses attributs le plus grand norol>re des hommes. Mais, lorsque la raison est arrivée à un développement suffisant dans un homme quelconque, alors il peut comprendre par le raisonnement pourquoi sa raison ne peut le dispenser d admettre et de croire qu'il y a, en effet, un Dieu tout -puissant et éternel, créateur de ce monde visible. S'il en recherche les preuves, et qu'il les comprenne, la connaissance de Dieu^ la foi à l'existence de Dieu, se trouve alors posée et soutenue dans son esprit, dans sa raison, sur deux basesdifféreutes, le témoignage et la démon^ stration rationnelle^ lesquelles sont toutes les deux également vraies et certaines. Mais, comme Tune des deux, le témoignage^ est antérieure à l'autre, elle constitue, pour la seconde, pour le raisonnement et la démonstration, une règle absolue qu'elle doit respecter. Je m'explique : en cherchant à se rendre compte de l'existence de Dieu, ou

Ëlutût de la foi commune à l'existence de ieu, un homme peut arriver (les iïiits le prouvent] è Tune de ces trois conclusions :

« Qu'il y a certainement un Dieui et que tous les principes qui président aux actes de notre raison commandent de le croire;

«e Ou que cette vérité n'est pas démontrée pour lui, sa raison ne pouvant pas (bute ri intelligence ou d'attention évidemment) comprendre la force et la puissance des. arguments qu'on emploie à la démontrer ;

«c Ou enfin que le monde peut s'expliquer sans Dieu, et qu'ainsi il n*y a pas lieu pour la raison è croire qu'il existe véritablement.

« Et de tout cela il faut conclure que le témoignage est la vraie base de laioi en Dieu qui existe en ce monde ; que les démonstrations rationnelles, quoique certaines en elles-mêmes, n'en sont qu'une iustiBcation plus du moins accessible à la raison de chacun; et que le défaut d'intelligence, de comprétiensTOil de*1a valeur de ces preuves ne peut ni ne doit porter aucune atteinte 1t «tette même croyance^ h cette même fbl, en tant qu'elle a un fondement certain et ihébranlaole dans le témoignage. Eh d'autres termes, il doit être entendu d'avance et avant tout raisonnement , surtout quand on enseigne aui jeunes gens cette partie de la pbtmsophie, oue la continuation de leur foi a l'eiistence de Dieu n'est nullement suber donnée* ans preuf es uu'bn se propose de leur en donner, et que s il arrive qu'ils ne lesoomprcnnenl pas parihitement, ou même (preftes leur semblent fausses, ils n'en auront pa$, pouroda, le droit de cesser d*y croire d'après le témoignage, comme ils y ont cru jusqu'alors, d*en dèu^fr, et à plus forte ralsan de la it<fr. Ils devront alors accuser leur défont d'intelligence et d'attention, |ieut-êtro l'inhabileté de leur maître;

DICTIONNAIRE DD PARALLRLE.

mats il ne devront ni ne pourront 8*en prenlire k la fausseté ou a rincertitude des preuvesen elles-mAmes.

« Bn d'autres termes, les choses visibles de ce monde sont un moyen par lequel noire raison peut connaître naturellement Texistence de Dieu ; mais ce moyen peut être employé de deui m*^nières, et j)ar deux méthoJes différentes, qui conduisent toutes les deux à la même conclusion, mais non, ce nous semble, avec la même sûreté, la même éiridence, la môme certitude. Ou bien, en offet, on prend pour point de départ eld*ap- ]mi la foi naturelle et traditionnelle k Teiistence de Dieu, pour expliauer par ri<lée de Dieu les choses visibles ae ce monde, leur eiLÎstence, l'ordre qui les subordonne et les unit entre elles : ce qui se fait avec une évidence que personne ne conteste, et conduit k cette conséquence nécessaire : qu*t7 faut comerver \afoi naturelle et traditionnelle en Dieuf si l'on veut comprendre quelque chose k ce monde visible.

« Ou bien, en procédant de l'effet connu k la cause inconnue, on prouve que ce monde et l'ordre qui s'y fait remarquer n'existe* . raient pas, s'il n y avait pas au deik une causecréatricetoote-puissanté et intelligente, qui a dû en être l'auteur. La conséquence est certaine^ j'en conviens; mailla perception évidente et claire du rapport nécessaire qu'elle a avec, les prémisses, est diflicile k plusieurs, et beaucoup plus rare qu*on ne |)ense. Cest précisément ce qui constitue le danger, l'inconvénient grave qui est attaché k cette autre méthode, et c'est pourquoi la philoiophie tradiiionaliâte veut uu'ou vienne au secours des Intelligences faimes et inattentives en leur donnant pour appui la foi traditionnelle. C'est pounpioi aussi nous croyons et nous disons qu'il n'est pas permis k un roattre chrétien de procéder comme s'il la mettait préalablement en question et en doute, comm>{ s'il faisait abstraction de la certitude qu'elle puise dans le témoignage qui a été le premier moyen de la connaître et d'y croire, et comme s il disait k ses auditeurs : Si vous n'êtes pas convaincus, si, après que vous m'aurex entendu, vous ne voyez pas avec évidence qu'il y a un Dieu et qu il faut croire qu'il y en a un, vous aurez le droit ten douter»

« Pour qu*il fût permis, dans l'état actuel de Thumanité, de cesser de croire fermement â Texistence de Dieu, t7 faudrait avoir dé^ montré qu^il n^exiete jmu ; \l na êuffirait nui* ment de n avoir pa$ éteperêuadé et convaincu^

Îmr les preuves rationnelles^ quUl existe réelement. Cest que la foi en Dieu règne en souveraine, qu elle preud possession paisiiilement, et dès le commencement, de la raison de tout homme qui vient en ce monde; et s'il est vrai que possession vaut titre, nulle part ce princiiH) ne peut ni ne doit être appliqué avec plus de justesse et de rigueur. Pour déposséder dans Tordre matériel, il fiiut prouver la fausseté des titres de possession; k plus forte raison, pour ctMisser la foi en Dieu de la posse<ssion qu'elle a prise dans

la raison de chacun dès les |>reDiien \^ lants de son esîstence, serait-il néo»<3try de démontrer que c'est une usurpstion éii dente.

« Kt qu'on veuille bien reman|aer qic c'e.st précisément ce qui a lieu dans les hrites mêmes qui ne sont connues que pir U raisonnement, telles que les vérités pO'rA. triques. La foi des élèves k la vérité certiiot des théorèmes est indépendante des preoiet qui la démontrent. Vous en trouverez lieiacoup qui ne les comprennent pas, qui ac les comprennent qu'im{)arfaitement oa uia tard ; vous n'en trouverez pas un qai poir cela les révoque en doute ou les oie. SM avait cette maladresse, chacun voit ce qoM lui en arriverait.

« En terminant, je ne nuis m'eropêcher<k signaler la ficheusesimilitade qui setnnre entre l'attitude qu'ont décidément prise kt rationalistes k legard de la religion, et al)i qu'essayent de prendre et de conserver des nommes honorables qui, avec la mé»

foi et les mêmes intentions que les oôim» font une guerre si vive k la pkUoso^îO^ ditionalisie.

« L'école rationaliste, dans laquelle IDL Saisset et J. Simon jouent en ce momeiita si grand rôle, part de ce |K>iat, çn'elle eoof»dère comme un fait accompli, que U ia religieuse n'existe plus ou presque plos;<i sup|)0$ant que la raison n'est plus rapilbli de la faire revivre, soit parce que leses|nts y seraient trop contraires, soit parée qoe U souveraineté et l'indépendance de la ntsM sont incompatibles avec la foi, mais reooinaissant en même temps quo le monde mrai ne pourrait pas subsister sans U cossirvation ou la restauration des croyiotti principales du christianisme, l'école mio* nalisle veut que tous les philosophes h mettent ardemment k l'œuvre pour déoioitrer l'existence de Dieu, la liberté et r»* mortalité de l'Ame, les devoirs imposée |V la loi naturelle, etc., et pour rendre ces vf rites tellement claires, tellement évideotn^ qu'elles redeviennent paria roitealab commune de tous.

c Ces philosophes, on le voit, nesoofrBt nullement k conduire l'homme au saint pff la connaissance et par la praliqne des àtvoirs que Dieu lui a imposés; ils veolcfl seulement sauver l'ordresocial eCnorat.q»

repose en effet tout entier sur la croyasof^ ces hautes et importantes vérités.

« Il y aurait k dire contre eoi q«e \» ni* son peut démontrer aussi fiMileiDenl, kitf plus facilement, l'érideote crédibilité é» témoignages qui assurent l'exislence de ^ révélation , et avec la révélation VaMp»^ de croire les vérités qui en sont f^bjH ; ^ si les vérités dont îLs'agit sont ao eM ^ base de tout ordre moral et sodal, Ftir^ rience nroove que cette base eile-«l«e ^ vient cbaocelante et manooe de solidiié, « elle n'est pas soutenue elle*méoM psr U !« religieuse puisée k la sooreedelaiérH^ tion; etenfln que c'est mal entendre <<«^ vrais devoirs de la raison, que c'est i»»

tloi

RAISON

tfOi

priser arec impiété les desseins et les cou* seils de la sagesse, de la bonté divine» que de restreindre Tusagede la philosophie dans une sphère aussi étroite et aussi secondaire, au lieu de l'appliguer d*abord et avant tout à ce qui est principal» et d'une importance itttinie nour I homme, à démontrer oue Dieu a donne è Thomme une Un dernière d'un ordre bien supérieur aus intérêts de ce monde» et des devoirs dont raceompiis* sèment est indispensable pour arriver à cette fin.

m Telle est donc la pensée qui anime cette école de ratianaliêine : pourvoir aux besoins de l'ordre moral et temporel par la défense de certaines vérités» avec le secours de la raiion sawîe» à V^scluêian de la foi^ et, pour ce qui concerne une vie future, supposer et enseigner» s'il y en a une» que l'accomplissement des devoirs naturels et naturellement connus suffit i>Ottr y conduire : ce qui est la négation du principe fondamental de la religion» que i*bomme n'est justifié et sauvé que par la foi.

« Voyons maintenant ce que disent et font les adversaires de la pkiloiophie iradUio^ nalisie.

« Ils se proposent de défendre la foi contre les rationalistes» et de convertir ceux-ci au besoin» en leur démontrant que la foi est parfaitement d'accord avec la raison en lant au moins (]u'elle ne lui est contraire en rien. C'est aussi le vœu et la prétention des traditionalistes. Mais ils se sont persuadé et ils soutiennent que la philosophie traditionaliste dimnue la puissance» la valeur» les droits de la raison, au profit de la foi à laquelle elle accorde plus qu'il ne lui est dû» plus que r£glise n exige. Ils afUrment eu même temps que si la philosophie tradilio» oaliste est vraie» il faut renoncer h convertir jamais aucun rationaliste» aucun incrédule. A les entendre» si l'apparition malencontreuse de cette nouvelle philosophie n'avait pas eu lieu» de nombreuses conversions se seraient déjà opérées par l'emploi de celle qu'ils enseignent, et» dans tous les cas» les incrédules et les rationalistes éprouveraient Ijeaucoup moins de répulsion» montreraient beaucoup moins d*bostilité contre la reli-

Eion : ce qui serait dé^è, selon eux» un grand ien ; car, h supMseï qu'on ne puisse pas les ramener h la loi» au moins est-il bon de les conserver dans les vérités qu'ils admetteot en vertu de la raison et du raisonneluent : cela serait toujours bon à quelque rhose, quoique insuffisant (tour le salui. Kt fiui sait d'ailleurs si plus tard ils ne viendraient pas enfin jusqu'à nous 1

m Ces rationalistes modérée^ comme ils s'appellent» et les traditionalistes» sont d'acconl en ce point, «lu'il faut diminuer la puisMonetei la valeur que les rationalistes exclusif attribuent à la raison» et que celle-ci doit être subordonnée à la foi dans tout ce qui regarde les vérités révélées ; mais îK ne sont pas d'accord entre eux quand il s'agit de déterminer en quoi les rationalistes exagèrent la portée de la raison» et ce qu'ils

lui atlriouent au delà de la vérité et de ses droits.

« Selon les premiers, la raison conçoit par elle-même et de son fonds, au moins les premières idées et les premiers principes ; selon les autres, elle les conçoit bien par la vertu qui lui est propre» mais à condition qu'ils lui soient présentés et transmis par renseignement : d'après eux, de même que l'homme physique, en entrant dans ce monde» a besoin d'y trouver immédiatement le milieu de l'air atmosphérique» sous peine de ne pas vivre et de périr aussitêt» ainsi Thomme intellectuel a besoin de nalire au milieu de l'atmosphère sociale qui lui fournit les éléments de respiration propres h sa nature, les premières idées et les premiers principes.

c £t» cela étant» on ne voit pas trop ce que cette dernière théorie peut présenter de plus répulsif que la première» p<)ur les rationalistes purs. Quoi qu'il en soit» l'expérience prouve que ceux-ci voient parfaitement la différence qui existe entre l'une et l'autre. L'avidité avec laquelle ils se précipitent sur les concessions qu'on leur fait» et plus encore les précautions méticuleuses que les rationalistes modérés sont forcés de prendre pour ne pas se laisser dévaliser entièrement par nos adversaires communs , sont deux choses qui sont bien propres à faire réfléchir» je dis plus» è inspirer des doutes sérieux sur la sûreté d'une doctrine

2ui est exposée k ce double inconvénient, l'antre part» on citerait difficilement une conversion opérée par le moyen qu'on parait affectionnerai vivement. L'expérience prouve au contraire que tous les ennemis cîe la religion et de la vérité n'acceptent jamais les actes de tolérance» de concession» de modération, que pour diviser leurs adversaires, et pour avoir meilleurmarché des m/o/^anfs et des exagérés^ les seuls qu'ils craignent véritablement. Aussitôt celix-ci renversés, la guerre recommence contre les autres»

parce qu*on n'a pas fait loutes les concessions voulues» et la |)aix ne saurait arriver qu'après l'abandon de la vérité tout entière.

« Si or\ doute de cela» on n'a qu'à considérer ce qui se passe dans toutes les révolutions; car elles n'avancent que (lar les concessions des esprits soi-disant modérés, et dans tous les cas» si la force est parvenue à en faire échouer quelqu'une, il n'y eu a pas une seule qui ait été arrêtée et empêchée par des idées et par des hommes de juste milieu; il faudrait plutôt penser et dire que ce sont ces idées et ces hommes qui contribuent le plus efficacement à les laire aboutir.

« Kncore un mot :

« L'homme, tel que Dieu l'a fait dès le commencement» est un arbre greffé qui doit croître» pousser des branches, et porter des fruits selon la nature de la greffe^ et non se- ' Ion la nature des racines et du tronc pri* iniiif. — Personne ne s'aviae de laisser pousser des branches qui sortiraient d'un iruuc »auva^e; mais ou veut que toute la

îm

séY«, toiite la vie passenl dan» lo greffe, pnr^ en qa*on veut des fruits, et riqn que des Araits. l)>eu a greffé la foi et la grAée sur la nature et sur la raison naturelle, aOu que les actions de rhoHKne fussent de la foi et de la grAee» et, par le, en proportion avec sa fin surnaturelle.

« Les raiionatistei nient que Tbonime soil itinsî fait, ei ne yenlent qu'un homme naturel» è réiat de sauvageon. Ils ne teulent, en conséquence» que des fruits de Tordre naturel.

« Les rationalhfes modérée reconnaissent et professent i*union inséparable de la nature et do la grftce, de la raison et de la foi ; mais ils permettent h la nature, h la raison, au tautageon^ de produire quelque chose, branches et feuilles, ce qui, bien loin d*élre ijtih?, ne peut que nuire aux fruits de l'ordre surnaturel, et compromettre h la longue la vie même de l'axore humain tel que Dieu ra fait.

« Les iradUionaUites s'opposent, au con^ traire, à ce que la raison naturello s'emploie k autre chose qu'à faire vivre l'homme par la grAcc et par la foi.

« Et remarquez que si la greffe d*un arbre puise, non passa vertu propre, mais sa vie tégétative, dans le tronc sauvage auquel elle a été unie, et sans lequel elle ne vivrait pas, elle ne serait rien, néanmoins ce tronc luimême ne puise pas en lui sa propre vie, mais il la tire du sein de la terre, hors du-

Îuel il ne peut prendre naissance ni vivre, insi, on peut dire que la raison natureile ne trouve point non plus en elle-même le principe unique de son mouvement et de sa vie ; mais elfe est mise en mouvement, en action, et elle vft, parce qu'elle natt dans un milieu social qui est le sein qui lui fournit sa première nourriture, Vatmospbdre où elle trouve les premiersélémentsde sa nutrition.

« Ce que les rationalistes veulent produire n*est bon que pour le feu.

« Les rationalistes modérés, quoique voulant avant tout que la raison porte des fruits surnaturels et méritoires pour le salut , font néanmoins une pari quelconque au feUf grande ou petite.

n Les iraditionatistes voudraient qu'il n'y en eût point, ni petite ni grande, si c'est possible.

«r t J.-M., Effique de Montauban.

« Monlauban, le 30 juillet 1855.ii

Cette lettre contient certainement de beaux aperçus qui seront appréci.és par tous ' les hommes impartiaux ; mais nous ne pouvons en adopter toutes les assertions. A notre avis, le tén^oignage n'est pas la base de ja foi en l'existence .de Dieu, même chez leshommes qui ignorent les preuves rationnelles: cette base^ c'est l'affinité interne de IVsprit avec la vérité. L'enseignement n'est qu^'une condition nécessaire pour que le rapport inné entre la raison et Dieu se trans» Arme pn une idée actuelle. Déplus, nous

{)er$istons è lienser qu'il ne faut pas conbndre sous le nom de traditionalistes deux classes d'écrivains fort différentes : l' ceux

qui, dépouillant In raison oe toute communication intérieure avec la vérité, et prétendant que nos idées viennent entièrement du denors, ont été justement atteints par le décret de i'Indese ; ir oeux qui se bornent à soutenir la nécessité de l'enseignement, comme condition. SI l'on appelle les premiers iraditionaiisteSj on ne compromet pas les vrais principes; mais on ne doit pas donner ce nom aux derniers, dont l'opinion n*a rien de commun avec les quatre propositions envoyées de Rome. Si le Journal his^ torique et littéraire de Liége^ et VAmi de la religion s'étaient bornés à présenter ces réflexions, il n*y aurait rien à dire ; mais ces deux journaux ont voulu profiter de la lettre de Mgr Doney pour montrer une fois de plus combien est médiocre leur intelligence des questions philosophiques. Le Journal historique à\i à Mçr Doney : Si le sein de la terre est pour l'arbre ce que le milieu social est pour la raison, il est donc faux que ce soit la greffe qui correspond è la foi 1 1l ne comprend pas que, dans cette belle cempa* raison, le sein de la terre et la greffe remplissent à l'égard de l'arbre préoisémonl les deux mêmes rôles que l'enseignement et la foi surnaturelle à l'égard de la raison. L'enseignement précède la raison (développée) comme la terre précède l'arbre ; mais la raison précède la foi surnaturelle, comme le sauvageon précède la greffe. VAmi de la religion reproche è la même comparaison de déclarer que les œuvres purement naturelles sont des péchés. Mais cette accusation n'est basée que sur le mot de feu par lequel Mgr Doney termine sa lettre, mot qui pourrait recevoir une interprétatien irreproehable, et qui en tout cas pourrait être effacé, sans que la comparaison qui la précède perdit aucun de ses éléments essentiels. Il est bien clair que Mgr Boney reconnaît au sauvageon la vertu cfe produire des fruits qui ont une certaine valeur; seulement, il dit que ces fruits ne peuvent avoir la même utilité que ceux de la greffe, et que les preuves, même retionnetles, de l'existence de Dieu, seront développées avec bien plus de puissance par la raison en possession de hi foi surnaturelle.

D ailleurs, VAmi de la religion reproche surtout h Mgr Doney de voir dans l'enseignement une condition indispensable pour connaître les premiers principes. On ne petit confondre plus formellement les deux opinions que nous distinguions tout è Tlieure : sans se douter de la bévue qdll commet, le philosophe dç VAmi de la religion se trompo doublement, et en attribuant à Mgr Doney celle des deux opinions qui n*est fias la * sienne, et en ne voyant pas que cette opinion , rejetée par Mgr Doney, est précisément la vraie. Le même critique tombe dans une erreur plus grossière encore , en aflirmant que, puisque, d'après le décret^ l'usage de la raison précède la foi surnaturelle, il sVnsuit que l'usage de la raison précMe aussi l'enseignement social. En vérité,qoaDd on voit des hommes si incompétents se loè-

MAISON

(er à des discussions pliil050|»biqii«s, ou sorait teoté do briser sa plotm, si ce nV(ail un devoir de protester contre des attaques qui fleurent égarei* certains lecteurs tiar le (en Iraocbaot qu'elles emploient à défaut de raisons*

Cooime OB peut être curieux de ««avoir en quoi diffèrent les proPo&itioDS souscrites \tèr M. Ronneltj, et celles que souscrivit, ipiinxe ans au^iaravanl, M. Bauiain, nous allons reproduire ces dernières :

1* Le raisonnement peut prouver arec certitude Texistence de Dieo, et ririfinttë de ses perfections; la foi, don du ciel, sop** |K)5e la révélation; elle ne peut donc pas convenablement être alléguée vis-à-Tia (l*an athée en preuve do Texistence de Dieu.

2* La diyinité de la révélation mosaïque se prouve avec certitude par la tradition orale et écrite de la Synagogue et du christianisme.

3* La preute tirée des miraclea de Jésus- Christ, sensible et frappante pour les té* moins oculaires, n*a point perdu sa forée avec son éelat yis-è-vis les généraiions subséquentes. Mous trouvons cette preuve en tOQle certitude dans )*4utttentidté do Nouveau Testament, dans la traditioa orale et écrite de tous les Chrétiens; et c'est par cette double tradition que noua devons la démontrer à l'inorédule qui ia rejette, ou a ceux qui, aans l'admettre encore, la désirent.

k^ On n'a point le droit d'atlMdve d*an incrédule qu*it admette la risorrection de notre divin Sauveur avant de lui en avoir administré des preuves certaines, et ces i>reuves sont déduites par le raisonnement.

5* Sur CM questions diverses, la raison précède la foi et doit nous j conduire.

6" Quelque faible et obscure que soit devenue la raison par le péché originel, i) lui 'este assez de clarté et de force pour nous guider avec certitude h Texistence de Dieu , i la révélation faite aux Juifs par Moïse, aux Chrétiens par notre adorable Homme-Dieu.

— M. de Maumignv [Vniveri du It juillet 856) critique ainsi la théorie de M. Cousin ur les rapports de la foi et de la raison :

« La plus importante question qui se soit gitée de no& jours est aans contredit celle ui traite de ia nature et des rapports de la lison et de la foi. Religion, morale, phi- >5opbie, politique, tout en dépend. Parmi » fausses opinions qui se sont produites, I plus étrange, k coup sûr, est ceile de F. Cousin : tout en vantant beaucoup et la lison et la foi, il les nie radicalement, nou as seulement par voie de conséquence , lais directe ment. 0*une part, en effet, il >utient que la raison de Tbomme ne lui >partient pas ; de Taulre, appelant foi ce le tout le monde, excepté lui, nomme éviiQce^ et o*eii reconnaissant pas d autre, il ^truit jusqu*à la notion de la foi , même imoine. 11 y a U de si étranges :»opbisme^^

flOG

qu'il faut citer, sans quoi Ton ne pourrait jamais croire i^ue de semblabies doctrines aient été enseignées è Paris, et par le professeur le plus en renom. On aura d ailleurs par tè le secret du rationalisme de M. Cousin.

• Selon M. Coasiis la voionlé seule ai»- («artiem à Kbomme; seule elle constitue la personnalité. La roue», dit^il, vou4 ajppaiv tient-elle? est-elle vôtre? fu'cj^ea qufvom anpar tient? qu'est-ce qui est tôtre envauê?' OjI, U^swieun^ ta volQnti et ses oclet. Je tméx mouvoir mon brat^ et je le momt; ^> prends telle résolution , et ceUe résolution^ est eosôlusivement mitnne; ie ne puis Tmiputer à aucun de vous; elle m'appartieni : elie est ma propriété: et cela est si vrai, fiia» s'il me plaît f je prends une résolution eautraire» C'est l'essence mime de ma volonii dytre libre... En est-il de même des percep* tions de la raison ? La raison peul<lle cen^ cei^otr f ne deux et doux ne font pas quatre t Mn morale^ essayes de concevoir qne le juste n^esl Mi obligatoire : dans les arts , que tello ou telle forme n'est pas belle: vous VeesoMereM en vain. La raison ne se modifie pas à son are; vous ne pensoM pae comme voue voulez ^ votre intelliaenee n*est pas libre

Qu'est-ce à dire. Messieurs? Cesi que vous, ne constitue» pas votre raison < et qu'elle ne vous appartient pas. Tout ce qui est libre est vôtre; tout ce qsù n'est pas libre en vous n'est poini à vous , si la liberté seule etl la personnalité 1..^ Ce n'est pas Cindifridu qui constitue ses conceptions. En d'autres termes, la raison p en soi^ n'est pas mdietduellct mais uaiverselle et absolue; et c*est A ce titre qu'elle oblige tous les individus. Les idées sont des conceptions de cette raison universelle qui apparait en nous... Cette raison... tombée dans f homme, d^infaiUibte devient f^llible. Ce n'est pas elle qui se trompe , mais ce en quoi elle s' égarei De U, toutes ses

(Aerrations La vérité alors nest pas

détruite; il faut la rapporter à la rauon universelle , à cette inteîligemce dont la nôtre , ou plutôt celle fu j, à la pensée pure et incorruptible que la nôtre réfléchit, fait son apparition en nous^ n'est qu'un fragment... La raison, dlt-it encore ailleurs, fait son apparition en nous , ^otyu'eUe ne soit pas nous, et qu'à aucun tètre elle ne puisse être confondue avec notre personnalité. La raisosk e$t impersonnelle. {Cours de 1823.)

« Si H. C0U5U1 se bornait à dire : La rai* son universelle est le type et le régulateur de la raison individuelle, on rapprouverait» Hais c'est énoncer une contradiction Ha-

Erante dans les termes, c'est renverser la ase fondamentale de la logiquoi je veut dire le principe d'identité, que do dire : Fo/re raison n'est (las vôtre; elle ne vous appartient pas. Fénelon, oité h plusieurs reprises |)ar M. Cousin, reconnaît bien avee lui, et du reste avec tous les Pères, que la raison universelle est en nous, sans nous appartenir en propre ; mais cela exclut-il, pour Fénelon, la raison individuelle? FoiU, dit-il» aixvoDXtàWQ, deux raisons que je trouie

DICTIONNAIKE DU PARALLELE.

en moi; Fune est moi-même^ Vautre est au* dettuê de moi. Celle qui est moi est très-im* parfaite t fautive^ incertaine^ prévenue^ pré'^ cipitie^ sujette à s* égarer^ changeante^ opiniâ* (te^ ignorante et bornée; enfin elle ne possids jamais rien que d'emprunt. L'autre est com^' ffitffie à tous les hommes et supérieure à eux. Elle est parfaite^ étemelle^ immuable^ Où estelle^ cette raison suprême? If est-elle pas le Dieu que je cherche ? {Exist. de Dieu, !'• p , chap. â.)

« En d'autres termes» suivant Fénelon et toute la philosophie catholique, deux lumières sont en nous : d'une pari, la raison divine, lumière illuminante; deTautre, la raison humaine, lumière illuminée. L'une in** créée, l'autre créée; l'une universelle, l'autre particulière; Tuue impersonnelle, Paulre iHvsonnelle; Tune qui est le soleil des intelligences, l'autre qui est notre lampe {lurenui), comme parle l'Ecriture, et qui ne brille que d'un éclat emprunté.

« La raison » dit saint Thomas, « est cette puissance de Vdme qui place Fhomme au* dessus des animaux^ et que l'on appelle encore

k tous ^ards. Le mot raison a lui-même deux sens distincts : tantôt on le prend pour la puissance intelligente de l'âme, tantôt pour ce qui procède de cette puissance, c'est-k-dire pour t:ette parole intérieure, pour cette pensée que Ton nomme encore la raison, la sagesse engendrée, ou le Verbe. L'Intellect divin étant la substance même de Dieu, le Verbe qui en procède est une personne; il est Dieu de Ih'eii, lumière de luwiire; expression, manifestation des raisons éternelles ou des rapports nécessaires de toutes les conceptions divines.

« Le Verbe est la vraie lumière qtii éclaire tout homme venant en ce monde (Joan, i, 9), ce qu'il fait de deux manières : naturellement d'une part, et de l'autre surnaturellement, par suite de l'incarnation. Quanta l'homme, t7 n'est pas la vraie lumière , il n'est que son témoin. Fait k l'image de Dieu, lui aussi engendre son verbe ; mais l'intellect de l'homme étant une simple faculté, une simple puissance de l'Ame, et non pas l'Ame elle-noême, le verbe humain, ou la raison humaine est donc impersonnelle, non parce qu'elle ne nous appartient pas, comme le prétend M. Cousin, mais en ce sens que ce n'est point une nersonue distincte de l'esprit humain qui l'engendre. Image du Verbe iricréé, le verbe créé réfléchit les raisons éternelles, et par conséquent la nécessité qui les caractérise : en sorte que nos conceptions sont plus nobles que notre propre intelligence, puisqu'elle est contingente et bornée, tandis que la vérité qu'elle contemple est éternelle.

« Cela ne prouve pas que nos conceptions ne sont pas ènous, cela prouve qu'elles ne dépendent pas de nous seuls, et que l'intelligence humaine étant fécondée par Dieu luimême, céleste é[iO\xt de nos Âmes, ses pro«

duits tiennent de Dieu une grandeer quVtlt n'a pas d'elle-même. Une more volgiirepMi avoir de nobles enfants.

« En résumé, selon saint Thomas, fa nison, lumière intellectuelle de rkeiMM, eilwu certaine ressemblance de la lumière iiufétt, en qui sont contenues les raisons éterwtUa, raisons qui sont en Diea l'essence mèiDe de Dieu, et en nous ;e ne sais quelle ombre de l'essence divine, je ne sais quelle impressimi de la vérité éternelle.

« Si nous concevons nécessairemeot qte deux et deux font quatre, que lesrajfoosdt cercle sont égaux, qu'il faut respecter tu parents, aimer la vertu, fuir le f ice, c*ea que Dieu, notre modèle, le conçoit «in^i; et si, au contraire, notre volonté est UUt d'agir ou de ne pas agir, c'est qu'il en est ainsi de la volonté divine » et que rbomoe est fait k l'image de Dieu.

« En Dieu, la volonté seule est libre; l'iatelligence ne l'est pas.

« Tout ce que Dieu sait^ dit saint Thomas, t7 le sait nécessairement: mais ilu veut pas de même tout ce qu'il reiil, cer i( opère totUes choses selon le conseil ck m n* lonté.

«c Toutefois, en tout ce qui concerne la m* ture divine, la volonté de Dieu est nécessaire. Fait pour pîarticiper par la grâce k la oaton divine, l'homme doit un jour, lui aussi, par ticiper k l'heureuse nécessité qui fixe la t<h lonté divine. Si libre, en effet, que sou l'homme, il ne |>eut pas ne pas vouloir li béatitude ou le souverain bien ; et dès qu'il y est parvenu dans le ciel, la volonté, se reposant en Dieu, perd k cet égard la liberté de faire et de nepas faire, de vouloir et de ne plus vouloir. Fixé pour toujours, l'bomB» perd non pas la liberté, car rten n'est libre comme l'amour, mais le libre arbitre, parce qu'ayant tous les biens, il ne peut plos choisir tel bien particulier de préférence à tel autre.

« En perdant le libre arbitre par suite de u béatitude qui comble tous les désirs de soo cœur, l'homme ne perd pas pour eela b per* sonnalilé, c'est-k«dire la propriété de » substance, de son intelligence et de sa rolonté, propriété qui constitue l'existeoce. La charité l'unit è Dieu sans lui eolever son individualité. La personnalilé ne consiste donc pas seulement, comme le préieoii M. Cousin, dans la liberté, elle ooasist« dans le don que Dieu nous a fiil k tout jamais d'une subsunce, d'une inlelligeiioe . d'une volonté individuelle k l'image de »i substance, de son intelligence et de sa «^ lonté. Substance immortelle, parte oue IhfS est immortel ; intelligence raisonnable, pane que Dieu est raisonnable, ou pIutAt la raisof même; volonté libre, parce que lavoloeta de Dieu est , k l'égard des créatares, aoeterainement libre.

« L'homme est donc libre, libre sur la terre par le libre arbitre, libre dans le cic| par la perfection de la charité. Mais la libefw de l'homme n'est |ias l'indépendance, m c'est Dieu qui enseigne la science à themme^

IIM

RAISON

uia

comme le reconnaît M. Cousin, e'têt lui au»$i

Si opère en nous le vouloir et le faire {Phi' ^ ), n, 15] ; e^eit lui qui opère toutes noe au* ere«, et noue ne pouvons quoi que ce $oit sam lui. Dieu est le premier moteur de la volonté non moins que de Tintelligence, mais ce }iremier moteur n*exclut pas les causes secondes. Dieu meut l'homme, etThommese meut lai-mAme avec Taide de Dieu. Dieu meut rfaooime tout entier, sa volonté non moins que son intelligence» mais il meut rintelligence selon la nature de Tintelligenoe qui impliaue nécessité dès qu'elle est parvenue a l'évidence, et la volonté selon la nature de la volonté qui implique liberté.

<r La doctrine de M. Cousin a de bien dangereuses conséquences pratiques. Si la liberté constitue seule la personnalité, il suit que l'homme, étant dans Timpossibilité de renoncer è sa personalité, est dans Timpossibilité d'aliéner sa liberté, elque la doctrine du renoncement et de rabnégati/)n, qui, selon J'Evaogile, conduit è la bea^tude, doit être repoussée. De conséquence en conséquence, 1« doctrine de M. Cousin, qu'il le veuille ou non, conduit à la destruction des ordres religieux et de l'autorité de l'Iili^lise, d'une part, ei, de l'autre, h la proclamation des droits de l'homme. D'uu autre cAté, si la raison individuelle n'existe pas, si la raison humaine est universelle, éternelle, impersonnelle, rbomme alors est une sorte d'incarnation du Verbe éternel ; l'homme , en adorant sa raison, adore Dieu lui-wAme : et telle est, en effel, aujourd'hui la théologie des sociétés secrètes, comme nous l'aiiprend le récent procès de la Commutu révolutionnaire.

m Ecoutez plutèl :

« L'accusé Fournier : La Commune révolutionnaire était une société philosophique.

« D. QuUst'Ci que cela f

m R. Une société philosophique est une so^ dété pour que la mtsère soit abolie et qu*on ne travaille pas pour faire des bottes pour un empereur ou pour un des prieux de bon IHeUf €ar il nu en apas.

« D. SMieureuXf vous niex Vexistenee de MMcu.*;»

m R. Maie oui. Je sais bien qu'il y a un EtreSaprtme : la raison que je porte en moi: mais dire quHl y a un bon Dieu au ciel^ c'est etupide. Que les prieux de bon Dieu croient ces ehoseS'làf soit; mot, je suis plus philoso^ pke que cela.

m A coup sûr, les rationalistes de salon et (f académie rougissent de celte philosophie grossière : telle est cependant rextréme conséquence du rationalisme de M. Cousin. La négation de la raison individuelle et per- , sonnelle conduit tout droit à l'idolAlrie «le la - raison humaine, qu'on prend alors pour la raison divine; de Ih à l'athéisme il ny a qu'un pas, et les passions le franchissent aisément.

« Après avoir <^tabli que la raison humaine est impersonnelle , H. Cousin continue ainsi: « D*où vient en nous cet hâte merveiU leux, et quel est le principe de cette raison qui nous éclaire sans nous api»artcuic? Ce

principe, c'est Dieu. Or, si la raison avait jusqu'alors en elle une foi immense, quand elle sait qu'elle vient de Dieu, la foi qu'elle avait en elle s'accroît de toute la supériorité de la substance éternelle sur la substance finie, dans laquelle elle fait son apparition. Mais arrive un redoublement 4e foi dan» les vérités aue nous révèle la raison suprême.

« Voilà donc la raison humaine divinisée h ses propres yeux dans son principe. Or, cet état de la raison oui s'écoute et se prend elle-même comme l'écho de Dieu sur la terre. . . c'est ce qu'on appelle l'enlheusîasme.

« L'enthousiasme, c'est le souiQe de Dieu en nous, c'est l'intuition immédiate, 0))posée à l'induction et è la démonstration ; c'est l'aperception des vérités les plus hautes par la raison dans la plus grande indépendance des sens et de notre personnalité. C'est l'enthousiasme qui fait les héros et les poètes, et c'est encore l'enthousiasme qui fait les religions, car toute religion suppose deux choses : 1* aue les vérités qu'elle proclame sont des vérités absolues; S"" quelle les proclame au nom de Dieu même qui les lui révèle.

« Jusque-lè, tout est bien; nous sommes encore dans les conditions de l'humanité et delà raison, car c'est la raison qui est le fond de la foi et de l'enthousiasme, de l'héroïsme, de la poésie et de la religion; el quand le poëte, quand le prêtre répudient la raison, au nom de la foi et de l'enthousiasme, ils ne font pas autre chose, qu'ils le sachent ou qu'ils l'ignorent (ce n'est paji l'affaire du poëte et du prêtre de savoir ce qu'ils font !), ils ne fodl, dis-je, que mettre un mode de la raison au-dessus des autres modes de cette même raison; car si l'intuition immédiate est au-dessus du raisonnement, elle n'appartient pas moins à la raison; seulement l'enlhou^iasme peut aisément conduire à la folie. Voilà le priuci()e universel, nécessaire et lé((itime de la philosophie religieuse, des religions et du mysticisme, principe qu'il ne faut pas confondre aveo les égarements qui fieuvent le corrompre...

« Voici maintenant où commence l'erreur» L'enthousiasme est, je le répète, riniuition spontanée de la vérité pas la raison.... Mais il arrive que ceux qui participent à cette révélation de Dieu faite à tous les hommes par la raison et |Mir la vérité, s'ima« ginent qu'elle leur est propre, qu*elle a été^ refusée aux autres* A genoux devant le prin-> cipe de notre enthousiasme et de notre foi, nous voulons faire plier les autres sous eo même principe et le faire adorer et servir au même titre que nous le servons nous-ui^ mes. De là l'autorité religieuse ;. de là bientôt la tyrannie. Ou commence |Mir croire à des révélations spéciales faites en sa laveur, on finit par se regarder comme un délégué de Dieu et de la Providence, chargé nonseulement d'éclairer et de sauver tes âmes dociles, mats d'éclairer et de sauver malgré eux ceux qpi résisteraient à la vérité ot k

DICTlONNAinE DU PARALLELE.

Il»

Dieu. La folie de l'enthousiasme iiODduit bientôt h la tyrannie de renthoosiastne.»

« Ainsi, pour M. Cousin, la révélation ne vient pas de Dieu. Ce n'est pas Dieu f\m nous Ta faite surnalurcncracnt par les prophèles et par Jésus-Christ, son Fils: la révélation est tout simplement la lumière qui éclaire tous les hommes. Pour compléter sa pensée, M. Cousin nous renvoie h la sixième leçon de l'Introduction. Là il démontre, avec une lucidité dont il faut lui tenir compte, que le premier acte de rintelligence est la vue si^mple de la vérité; que 1 évidence précède le raisonnement; que l'intuitran est antérieure k la réflexion; qu'au début nous ne sommes que spectateurs de la vérité: tout cela est vrai. Saint Thomas développe fes mêmes idées, et démontre comme M. Cousin que l'intuition et le raisonnement sont deux modes d'une seule et même puissance. Mais saint Thomas donne à chaque chose son nom : il appelle l'évidence, l'évidence, tandis que M. Cousin, chose incroyable, alors même qu^on a le texte sous les yeux, en fait la foi 1

« La raison et l'intelligence, dit le Docteur angéliaue, :sont la même puissance.

Concevoir, c est percevoir simplement ta vérité intelligible: de là l'intelligence. Raisonner, c'est aller d*tine chose h une autre» afin de connaître la vérité : de lè la science. Les anges, qui ont la connaissance parfaite de la vérité intelligible, n'ont pas besoin de raisonner. Le raisonnement est à Tintelligence ce que i'acquisitfon est h la possession, rimperfèction k la perfection. La raison humaine part des premiers principes, puis revient à ces premiers principes pour eontrMerles vérités découvertes. Si les homme» connaissaient les conséquences, par cela aeni q^u'ils connaissent les principes , ils n'auraient pa» besoin de raisonner; et c'est ce qui arrive aux anges. Ils peuvent raisonner, mais le raisonnement ne leur apprend rien qu'ils ne sachent d^'à. L'intelligence de l'ange et celle de Thomme sont du même

gmre, mab Tune parfaite, l'autre imparite^; l'ange est une raison, une mtelligence, l'homme est simplement raisonnable.

L'évidence ne trompe jamais, voilk pourquoi les anges, qui voient tout par évidence, ne peuvent se tromper, et que Thomme no peut se tromper sur les premiers principes.

« La raison a deux degrés : la 'raison supérieure, où la sagesse a pour fin les choses éternelles; la raison inférieure, où la science a pour fin les choses temporelles. Nous partons dea choses temporelles pour arriver à la connaissance des choses éternelles, et des vérités éternelles , déjà connues , pour juger des choses temporelles, et les disposer suivant les raisons éternelles. il

« Voilà pour la raison : ici Tinlelligence ^ est mue par l'objet lui-même , c'est-à-dire, '

Kr la vérité qu'elle contemple. Mais quand ntelligence ne voit pas la vérité, et que, n'étant pas dès lors nécessitée, elle floue entre des assertions contradictoires, il faut qu'un certain choix volontaire la dirige d'un

côté plutôt que de l'autre; si ce choix est mêlé de doute, c'est Topinlon ; si nous ehoisissons avec une entière certitude, e^est la foi : dans la vision, au contraire, c'est l'objet lui-même qui attire soit l'intelligence, soit le sens. D'où il suit qu'il ne peut y avoir ni foi, ni opinion dans l'évidence, soit sensible, soit intellectuelle. Croire, ajoute saint Thomas^ est un acte de la volonté, et alors ce n'est pas la raison, c'est la volonté qui détermine i'inielligence. C'est tootefois l'acte de l'intelligence en ce sens que l'objet de la foi est la vérité, et que les motifs de crédibilité sent démontrés.

« La- foi est donc la preuve de et quê nom ne voyant pat , et la tubstance des ekoeet ^e noas esp&ons {Hebr, xi, 1). C'est l'adhésion volontaire de Taveusle au témoignage de son divin guide.. C'est l'adhésion volontaire de rintelllgence à la révélation proprement dite, c'est-à-d\'re, à la parole extérieure de Dieu fécondée pàt la grAce intérieure. Dans l'évidence^ comme aussi dans}la science qui* en est le dévela()pement logique, Tintelligence est nécessitée ; dans la foi, elle est libre, de là son méiite ; car ici c'est la volonté qui entraîne Je consentement de l'intelligence. L'intefli^^ence, il est vrai , voit bien quil but croire,, mais elle ne voit pas ce qu^elle croit. Croîie et voir sont deux opérations qui diffèrent complètement. On ne croit pas ce que l'on voit* on ne voit pas ce que l'on croit. Aussi la foi cessera dans le ciel, quand les bienheureux verront ce qu'ils ont cru sur la terre.

« Quant à M. Cousin, il ne conserve de la foi que le nom. Des trois moyens que nous avons d'arriver à la vérité : l'évidence, le raisonnement, la foi, il ne conserve en fait que les deux premiers. Il ne> sait pas que la foi, loin de contraindre l'inteTJigence comme le fliit l'évidence, est toujours volontaire» et qu'elle nous fiiit atteindre les. vérités qui échappent au raisonnement, et surtout à 1 évidence ; il ne sait pas qu*elle repose essentiellement sur le témoignage soit des hommes, c'est alors la foi humaine; soit cJe Dieu» et c'est la foi divine.

« Selon M. Cousin, voir que le tout est plus grand que la partie, que le cercle » des rayons égaux, qu'il faut préférer le jusVe à l'injuste, c'est de la foi 1 Selon lui, Villus&on est l'ortotne 8Qcréé[det prophéties ^ des pontife eats et des cultes. Nous ne débutons pas par la science^ mais par la /bi, pur la foi dans lo raison^ il n'y en a pas d'autre, éelon lui, c'est par la raison (M. Cousin Ta nié cependant) que nous comprenons, rejetons et admettons toutes choses, et pour aller à Dieu, il n'est pas besoin d'intermédiaires étrangers. Double assertion qui détruit toute religion positive et surnaturelle, tout sacerdoce divin, pour ne laisser subsister qoe le pur naturalisme. Aussi, la foi de M; Cousin est-elle très-commode. Quand vous voyex un de vos semblables^ dit-il, qui se met à douter de Vexistencede DieUfdileS'Vous^répétéz-iÊOus perpétuellement que cet être n'est pas dégradé; quil croit encore, puisqu'il affirme en^

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RELI61QN NATURELLE

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eoft quelque chose (pur exemple, que S et S font 4], et oue^ par consé^entf il a de la foi; que seulement cette foi tombe et se concentre sur un point f et au lieu de le considérer comme un athée^ comme un sceptique... f>ous verrez que la foi en Dieu est a son insu au fond de son coeur.

« Libre à M. Coasin de nier la fot« mais alors qu'il le fasse hautement, qu'il n'altère pas le sens des mots au point de nier radi* ealement ce qu'il confesse en apparence. Là est le grand danger des livres de M. Cousin. Sa parole ressemble à une perpétuelle iro* nie. Quand il confesse il nie» quand il adore il blasphème, quand il Ténère il insulte, et cela si froidement, qu'on ne sait, en vérité, s'il faut s'indigner ou le plaindre. »

RELIGION NATURELLE. — Le livre de H. Simon ainsi intitulé a été apprécié comme il suit par M. Mavnard, dans la Bi* blioqr. eatk. d'octobre 1857 :

cExiste-t-il une religion naturelle ?Si elle existe, est-il possible à la raison humaine, en dehors de toute révélation divine et so-* eiale, de la découvrir, de se la démontrer, de la conserver complète, pure et exempte d'erreurs ? Et dans le cas même où toutes ces questions seraient résolues dans Je sens de l'affirmative, la religion naturelle est-elle saffisante, nous ne disons pas à Thumanité entière, mais à son élite, à son aristocratie, aux philosophes 7

« U existe une religion naturelle, c'est ^è*» dire, un petit nombre de dogmes s Dieu, la Providence» le devoir, la vie future, dont la raison reconnaît la vérité et la Récessité. Abandonnée entièrement à elle-même, la raison parviendrai t-eil«) k les découvrir? Question douteuse, et heureusement plus curieuse qu'atile, (tar, en fait« aucun homme s'a jamais eu, n'aura jamais à remplir cette lourde t&ohe. Dieu ajracit parlé primitive* ment à rhumanité, et sa fiarole se tf ammet-t tant depuis de géiiéraf^ion en ^éoéraUoo. Nier ce fait, ce serait nier la religion naturelle elle-mîème; car supposivr.que Dieu a jeté l'homme sur la terre saos lui ri»a dira de son origine, de sa loi» de sa destinée , c'est s'en faire une idée incompatible avec M nature et son existence.

« Cette religion naturelle qu'uue fois con« nue, la raison se démontre d*une manière certaine et infaillible, laissée à la garde de la raison seule, restera-t-elle complète, se eoQservera^t-elie pure et sans mélange d'er-^ rmrsl Vfa^istoire de la philosopliie et des religions autres qne le christianisme est U pour répondre. Mais, sans entreprendre cet immense parcours, tenons-nous-ron au livre de M, ^ales Simon. Nous le demanderions j^ lui-même, et la franchise de son caractère nous assurerait de sa réponse ; croit^il que ce livre eût pu être fait, nous ne disons pas par QQ obscur philosophe de l'antiquité» mais (lar un Platon et par un Aristote? Le croit-il possible en dehors de l'inQuence chrétienne? Non; car évidemment dans ses grandes vérités, dans ses tendances géaéreiisesy ce livre est chrétien. M. Jules Simon

a dû autrefois croire au christianisme, et même en pratiquer la loi. C'est un prodigue qui a fui de la maison paternelle, emportant une riche part de Théritage; mais, pfus' fort ou plus heureux ouetant d'autres, il n'en a pas dissipé les plus précieux trésors dans les débauches de la pensée et du cœur. Comme l'a bien démontré M. Maret, dans son discours de rentrée, du 19 novembre 1856, le dogme de«la création, fadéOnition de la vie future, le sentiment des limites de Kl raison et de la nécessité d'admettre Tincompréhensible, en un mot, ce qu'il y a de vrai, de fondamental dans ce livre, tout cela est un emprunt fait au christianisme, tout cela tourne uniquement à la gloire et h la démonstration du christianisme, car lui seul a conservé pure la religion naturelle : d*où l'on doit conclure la nécessité d'une révélation. Ces conclusions, continue trèsbien M. Tabbé Marel, ressortent avec plus de force encore des lacunes du livre. En ef- £çt, nous le verrons tout è Theure, le livre se tait ou parle mal sur Tétai primitif de Thomme, sur Je sort du méchant d.ans la vie future, sur le culte dû è Dieu. Seul encore, le christianisme (>eut répondre sur tous ces points aux conditions du problème religieux et aux besoins de l'âme humaine.

a Allons plus loin : ce livre prouve l'im*puissance de la raison philosophique i formuler complètement la religion naturelle, non -seulement ^>arce qu'il reste en deçk des solutions chrétiennes, mais parce qu il ne va pas même aux dernières limites d'une philosophie rigoureuse. Et à ce propos nous Fappellerons deux articles pleins de talent, publiés dans le Correspaiidaiil du 3& août et du 25 octobre 1856. L^ M. le prince de Brogiie cherche à établir une joeocofiatibi*' lilé philosophique entre le Dieu créateur et le Dieu. Providence, entre le Dieu delà raison et le Dieu du cœur. L'un n'est guère qu'une abstraction métaphysique sans pet^ sonnalité, sans souci de son œuvre; l'autre est le Diea vivant, qui entre en ra(>poptavee. nous, qui nous soutient, nous béait et aeua pardonne. Eo adoptant cette thèse pour soa compte, eo la tournant contre M. ^ules Simon pour lui prouver l'impossibilité d'art»*» ver jamais par la raison seule au Dieu <|ue la nature humaine réclame, M. la prince d<i Brogiie allait trop loin, et se oteUait près-» que sous les fo«dres de l'Eglise ; car ta rai<* son est capable de se démontrer le Dieu personnel et vivant, U> pieu auquel noire cœur et nos besoiqs aspirent ; mais il aurait été bien fort s'il se fût boroé è faire de cette thèse un argument personnel contre M. Jules Simon, car il l'eût mis en contradiction avec lui-même, il eût démontré que les tbéo-« ries de sou livre se détruisent l'une par l'an** tre, et qu'ainsi tout l'échafaudage de sa reli* gion naturelle croule par manque de fûiide-^ ment ou par solution de continuité entre les diverses imrties.

« En oiTet , analysons ce livre. Ce sera« commo l'a pensé M. Delarue , la meilleure manière de le réfuter, M. Delarue» en effet,

im

0ICTH»iNAlRE 00 PARALLELE.

partant de ce principe qae , si la vérité se justifie d'elle-même^d'elle-mAmo aussi Terreur se traiiit par sa seule exposition, s'attaclie uniguement è le suivre pas h pas, et, chemin faisant, il en montre les lacunes et les fausses doctrines. — L'ouvrage se divise en quatre livres : La nature de Dieu,— la Providence, — Tlmmortalité, — le Culte.— Dieu existe : c'est le premier mot de la philosophie. Ici M. Jules Simon discute les preuves ordinaires de ce dogme, et il en fait une critique outrée et même dangereuse.

A ces preuves, il^voudrait substituer unedémonstration tirée de la philosophie tout entière. Mais s'il est vrai que la psychologie, la logique, la morale, ramènent partout la Iiensee de rinflni, il est vrai aussi que les

fireuves métaphysiques et physiques de 'existence de Dieu ont une force qui échappe à tout sophisme.

« Si le premier mot de la philosophie est de proclamer que Dieu existe, le second doit être d'avouer qu'il est incompréhensible. Maisrincompréhensibililéde Dieu ne détruit pas son existence : Dieu n'est pas contraire a la raison; il ne lui est pas entièrement inaccessible (p. 36, 37) ; distinctions excellentes, que nous aurons h iuvoquer tout à l'heure contre leur auteur 1 — La raison de cette incompréhensibililé, c'est que Dieu ne nous est pas analogue : Tou$ Us étrei^ excepté l^jeu, sont dam un eystime; eett leur condtiion et leur nature. Lui seul est en dehors et aiU'dessus du sfstime : qu'y a-t^il de commun entre eux et lux (p. 48) ? Ici se développent deux thèses excellentes, l'une contre une vaine analogie établie par certains philoso-

Fbes entre Dieu et l'homme, l'autre {contre infinité du temps et de l'espace. Des philosophesonldit, M. Cousin, entre autres : Vouies«vous connaître Dieu ? Connaissez-vous vous-même. Dieu , c'est l'homme, moins la borne. C'est l'anthropomorphisme, né de Sescarlea, faisant de l'Ame humaine le point de départ et la règle de la philosophie. Ce- -pendant il ne faudrait pas niertoote analogie entre Dieu, auteur de l'homme, et l'homme lait à son image et à sa ressemblance. Tous les Pères, tous les philosophes chrétiens, et par-dessus tous saint Augustin et Bossue.t, se sont pin è signaler dans l'homme la mar-

3 ne de l'ouvrier divin, mais à la condition 'ajouter aussitôt qu'il n'y a là que des figures, d'après lesauelles on no saurait Juger de la réalité infinie. Nous savons gré surtout à M. Jules Simon d'avoir si bien établi que l'éternité du temps et l'infinité de l'espace sont des contradictions dans les termes. Substance, qualité, rafinort, telles sont les trois seules manières d être quelque chose. Or, le temps et l'espace ne sont rien décela. L'esfiace, a dit Leibnilz, n'est que Tordre des coexistences* comme le temps n'est que l'ordre des successions. Il n'y a ni temps ni espace infini; le temps et l'espace commencent avec le monde, ils sont la condition et la nécessité du monde; mais Dieu, qui est infini , n'est ni dans le temps, ni dans l'espace : il est en dehors, il est au-dessus, et

c'est encore pourquoi il nous est ioeoa* préhensible.

€ Cette belle thèse renferme la rétotatioi des panthéistes. La chimère de riallnitédi temps et de l'espace suppose en eBK oécessairement l'infinité au monde dans k sens de la durée et dans le sens de retendue, erreurs contradictoires, qui mènent droitii

Bnthéisme. Le monde est créé, e'est-à-din, it, non pas de rien, comme M. Joies Stom le fait définir par le christianisme (p. S. mais par la puissance de Dieu, etalonqœ rien, et Ik ou rien, excepté Dieu, n'était eacore. Création incompréhensible, sans dosie, dans son mode, mais non dans son idée.

f>arfaitement intelligible. L'objection insoubie contre la création, suivant ll.iotef Simon, est celle qui se tire derexlsteocad! l'être en dehors de Dieu. A cela mêoie, (^ pendant, les docteurs chrétiens ont bit des réponses satisfaisantes. N'im|iorte:silepnthéisme ne veut pas du mystère, il tombe dans l'absurde. Car il est moins dii&dlede comprendre l'imparfait existant eo debon du parfait, que l'imparfait faisant partie 4i parfait. Ainsi en est-il de toutes lesol)jections des panthéistes. Ils allèguent qeepeiser l'imparfait, le vouloir, est pour le («dut une dégradation : que sera-ce donc si lia* parfait est contenu dans le parfait ? Deoièae du mal : il est pour nous un embarras, poir vous une impossibilité ou nne ior^ puisqu'il serait dans la nature de Diea. Ajoutez que votre doctrine détruit ialibeiU* et aussi l'immortalité véritable» l'imiDOrtilité personnelle. Telles sont les grandes it-

tues de cette belle réfutation du panthitsae- In général, c'est dans la discussion d'ooe doctrine, dans sa réfutation, que le takiL de M. Jules Simon triomphe.

« Le Dieu que la raison nous révèle e< parfait, impassible, un, immuable. Le Din que nous révèle le mcHide, que notre (tstr réclame, est aussi providence. M. Jules >mon cherche donc à démontrer le Diar Providence, et à réfuter les objections tiri» soit de l'existence du mal, soit de ^imll>«t^ bilité divine. Mais la conciliatloodu oo<< du multiple, de l'immuable el du |>roiidcctiel, lui semble au fond une difficolté insoluble. Pour s'en tirer tant bien que oau avance que Dieu ne gouverne le monde qf par des lois générales. C'est détruire ceqa ' vient d'établir, c'est-è-dire, la Providcec dans le sens universel que rhumanité soiehe à ce grand mot, c'est détruire tout report personnel entre Dieu et rhomiDe,cr; ruiner è l'avance ce qu'il dira du culte. Qv me fait une Providence qui m'emporte <tir> le mouvement général du monde, an nsa< de me broyer, si la loi le veut ainsi, li v» ne songe pas individuellement à moi. <r«ne voit pas mes besoins personnels, quia r> tend pas le cri de ma prière ? Cest on \f-' tecteur, un ami , un père, que mon i^**** réclame, et non le moteur insensible et u^; trait d'une roachinedont je ne sots tataka^^

3u*un imperceptible rouage. O Diee o ^ 'aucun secours à ma liibiesse, car i> *(

Iii7

RELIGION NATURELLE

IIIS

coopère en rien è mes actes (p. 9U, S78); il ne peut accéder à ma prière , car ce serait renverser une ici sénérale. Peat*étre ainsi serait-il p\w aimame; mais, è coup sûr« i\ s'amoindrirait en se rendant accessible à mes Yœui (p. 2M). Donc, on ne prie pas le Dieu de M. Jales Simon; on ne prie pas dans la religion que M. Jules Simon nous prêche. Et il le repète assez, ici et dans le chapitre du culte. La nature, pour qui la prière est un irrésistible besoin, semble lui arracher d*abord quelque concession : Nous poutons demander la fùree^ la résignatian^la vertu t le bien de Vàme^ non eelui du corpe; ce qui eei de notre deetinée^ et non ce qui ne touche ^à notre épreuve [pourquoi cette distinction ?] (78). Voilà la vraie prière^ la ieule permee. Mais cette concession, il la retire a la page suivante, lorsqu'il dit: Cette prière n'eti aufondqu*un ferme propot de faire /e6t€fi(p. 381* 382) ;c'est-k-dire qu'elle n*e$t |)as une prière. — Même lacune dans le chapitre de l'immortalité. A son ordinaire, H. Simon démontre très-bien l'existence l'une vie future; mais» arrivé aux peines Jes méchants, il s'arrête et déclare (\ue au- :ufi principe de la raiion ne conduit à Ttf* lemité des petfiff et ne permet de Fadmettre 'p. 3^7). Or, si épouvantable, si insondable i certains égards que soit à la raison ce Jogme de 1 (éternité des peines, la raison, îe()endanl, en conçoit la nécessité ; elle con- ;oit, de plus, qu'il est sur la terre la seule ligue assez forte contre le mal, et, dans Tau* re viot U eeule sanction qui laisse subsiser la justice de Dieu et la nécessaire sépaation du vice et de la vertu. Admettons ru'un jour, si reculé soit-il dans les Ages routre-tombe , le méchant verra finir sa leine, el aassitôt le mal triomphe dans le emps et dans l'éternité. Nous dirons peu le chose du culte, parce qu'ici, avec sa ranchise accoutumée, M. Jules Simon re* onoatt l'incompétence de la raison, et l'imuissance de la religion naturelle k donner ur ce point k Thumanité tout ce que Thu* lanité Ini demande. Inventer un culte, dit- I, cela ne se peut, et nier l'utilité d'un culte ela ne se peut davantage. Or, d'un autre Mt les quelques préceptes de la religion nairelle ne sauraient, il l'avoue, constituer n culte. Que faire donc entre celte nécesité et celte impuissance, sinon recourir k *ieu« qui seul peut nous révéler comment il eut être honoré par nous, par quelles voies ous viendra son secours et son pardon, par uels moyens nous nous unirons è lui, ce iji est le but suprême de la religion? — Et esi toujours la conclusion k laquelle on arveen parcourant ce livre. Il ne donne pas léme tout ce que la philosophie peut absoiment donner (7i). Il ne donne jamais tout

(75) Ce qu*ll j a de curieux, aurait pa ajouier . Alayoanl» c*esl flue celle même diiliiictioa fui Ile |Mr la pkilosopnie ^lenne, mais en sens ior»e« Horace demande a Japiier les richesses, la uié; qua oi à la sagesse, il se charge de la Irour lui-inéine.

(71) Nous pourrions faire la même objecUon k

ce que réclament les besoins religieux de l'homme, et ce que donne la seule révélation. Encore une fois , M. Jules Simon le sent comme nous , car il n*est pas ennemi du christianisme, ni mêoie du catholicisme, dont il parle mal quelquefois la langue, mais pour

3ui il n'a que des paroles de respect. Aussi, ans les dernières éditions de son livre, avec une lojaulé qui l'honore, il a effacé des expressions blessantes pour le croyant, échai»hées d'abord k son inintelligence du mystère. 11 avait écrit dans sa première édition, suivie par nous dans cet article, que le mystère ne (»ortepas on sens précis k la pensée, qu'il implique contradiction dans les termes, qu'il est un pur non-être en philosophie, et la négation même de la philosophie et de la raison (p. 230, 231, 23%, %il). Dans les éditions suivantes, bien que les Errata ne soient pas encore complets, il se contente de dire que les mystères ne sont pas démontrés, et qu'ils sont proposés an nom d'une autorité surnaturelle. Il aurait fallu dire qu'ils ne sont pas démontrés en eux-mêmes, mais qu'ils reposent sur la démonstration intrinsèque de la révélation ; il aurait fallu dire du mystère ce que M. Jules Simon luimême dit de Dieu, de la création, que l'incoppréhensibilité ne détruit pas l'existence. Tout se réduit k la question de Texistence de la révélation... Si Dieu a voulu épouser notre humanité..., M. Jules Simon croit-il qu'il soit loisible k l'homme de rejeter une telle destinée achetée d'un tel prix, pour choisir une destinée inférieure ? •

M. Roux-Lavergne parle ainsi du même ouvrage, dans le n* de VVnivere du 28 juillet 1856 :

« Ce livre se divise en qnatre parties : La nature de Dieu; la Providence ; F immortalité de Fàme ; le Culte. Tout l'édifice repose , au moins dans la prétention de l'auteur, sur l'autorité de la raison humaine. Pour en rendre compte méthodiquement, nous devons poser les questions suivantes :

« En premier lieu, quelle est, pour M. Simon, la valeur exacte de la raison humaine? Est-il , sur ce point capital , dn même avis que M. Cousin, que M. de Rémusat, que ses anciens collaborateurs MM. Jacques et Saisset ? Sa doctrine, au contraire, ne diffèret-elle pas de la leur sous des rapports essentiels?

« En second lieu, est-ce de la raison uni*

Suement, et, pour emnrunter son langage, e ses < inductions infaillibles, * que M. Simon tire tout son enseignement? Le déisme qu'il propose ne renferme-t-il pasdesdogmes que non-seulement il ne démontre pas, mais qui sont manifestement indémontrables aux yeux de la raison telle que M. SiaM)n la conçoit ?

M. Navnard. Car al rhemaM en était réduit k la religlou iiaturellet s*U éuii placé dans réial de pure naiure, il aurall la puissance dWaMuier un culte preporitoniié à sa fiu oatureile. Cela est lellemeiil vrai, que, selon Suares, k Tépoque des pairiarcbes, V éuii rautoritë temporelle qui avait le droit de léj^ler ce qui coname le culle.

Itl»

DlCTlONNAmB DU PARALLELE.

€£a troUidme lieu , comment Taateur pread-il })08session du milieu qu'il dit lai appartenir entre les religions positives et rftthéisme?Comment se rempare-t-il h droitet Comment se remparo-t-il a gauche ? Il est certain» il est évident, dirait ici H. Pierre Leroux, qu'il ne peut ni occuper cette position mitoyenne, ni s*y fortifier, à moins qu*il n'éteigne les feux croisés du catholicisme el de Tathéisme. A^t-il encloué les canons qui disent: Jésus-Christ est Dieu; son Eglise est infaillible ; les portes de 1* enfer ne prévau-^ dront pas contre elle? A-t-il pris de droit til les canons opposés, ceux du panthéisme, du nominalisme, du matérialisme, ceux qui disent : Non Bit Detu , et leur a-t-il fermé la bouche par quelaue argument apodictique, par un de ces Doulets qui s'engagent et restent?

« En quatrième et dernier lieu, quel fruit doit ))orter ce livre ? A quel besoin répond-il? Quelles passions bonnes ou mauvaises est- il de nature a satisfaire ?

« Nous allons répondre catégoriquement à toutes ces questions. Mais ce ne sera pas avant de nous être expliqué sur un point préliminaire dont personne, M. Simon moins qu'aucun autre, ne voudrait contester la gravité et Timportance. A qui avons-nous affaire? Ce que M.Simon nous a appris de lui* même, comme personne publique, depuis le temps qu*il parle et qu'il écrit, déterminet-il nettement sa vraie situation intellec** tuelle et morale?

« Toutes tes fois qu'un homme ouvre la bouche ou prend la plume pour enseigner les hommes au nom de la morale, au nom de la religion , au nom de Dieu, n'est-il pas très-naturel et très-légitime de lui adresser cette question : Qui étes-vous ? Et si cet homme a fait plusieurs livres, s'il a une existence publique, cemme professeur et comme écrivain , est-il possible qu'il n'ait pas fourni ample matière aux jugements de ses semblables, en ce qui louche le fond réel de ses sentiments et de ses pensées?

« Il nous est pénible de le dire, mais M. Simon nous enferme à cet égard dans le cercle des probabilités et des conjectures, La lumière ne traverse pas cet esprit de part en part. Nous connaissons M. Jacques ; nous connaissons M. Saisset; nous ne connaissons

{»as M. Simon. Son autorité morale en souf* re. Si nous étions libre-penseur, ce qu'A Dieu ne plaise, nous soupçonnerions M. Simon d'être Catholique en secret, propter tneium Judatortim^ et il fout convenir qu il y a du pour. Malheureusement il y a aussi du contre, ce que nous ne voyons que trop, nous autres Catholiques.

) « Les apparences sont généralement contradictoires, voilà qui est incontestable, et nulle affirmation, nul aveu formel, ne tranebe la difitcnlté. Non» n^accusons pas la aàncériti de M. Simon, encore moins son inteU ligeooe. Nous nous trompons peut-être; mais il nous semble que le défaut si regret* table dont nous nous plaignons tient princi** paiement à quelque doute intime, h quelque

if résolution profonde. H ès4 Vrat qu'il faut en mettre une f>artie ao oompte de sa nalurt spontanément souple et habile, de l'intpar^ tiidité philosophique qu'il ambitionne avec passion, et du respect qu'il professe avee une HOrte de fasie pour les opinbns d'anlrui. Hais ce ne sont Ik que des causes fort secondaires. Il y en a une autre que révèlent de nombreux symptômes et xiont TinfliMice domine. H. Simon nous parait porter en luimême, dans son centre intellectuel et «oral, une incertitude pleine de trouble. Il y a là un abîme que le philosophe a entouré li'iw parapet par-dessus lequel il ne regarde jamais qu'à contre-cœur. Il a beau étaler see convia tioos rationalistes et s'encourager en disant: Ne nous troublom pas ; tenonê fermé: plus il montre de sécurité, moins on en voit. Ce

3ue l'on voit surtout alors , c'est que son éisme ne lui inspire qu'une médiocre confiance, et qu'il ne s'appuie, en prenant toutes sortes de Précautions, à cette margelle équivoque, qu avec une peur horrible de la jeter et de la suivre dans le puits.

« Noos comprenons cela. M. Simon a été Catholique; Catholique éclairé, convaincn, preux. Sa raison s était formée, elle avait mûri dans des temps meilleurs que ceux de Jouffroy. C'était à l'époque où la réaction reliji$ieuse attirait ce qu'il y avait de cœurs désintéressés, d'émes nobles et généreuses parmi les jeunes gens. Lea commuiœewnts de M. Simon, ses ariiitiés,sa conduite, si bien d'accord avec les principes, tout en loi donnait le droit d'espérer qu'il exercerait un jour un autre apostolat que celui de la reli-

fion naturelle. La tentation éprouva ce jeune omme. Qu*allait-il faire des dons de Dieu? Il sentait sa valeur ; il avait conscience de sa force. Il sortit du creuset pour entrer dans la route qui devait le conduire à la fortune ei à la gloire. Assurément il pouvait, sans présomption ^ se croire câiwiule de figurer un jour parmi les demi-dieux de 1 Olympe parlementaire. 11 pouvait se promettre, de son travail et de son talent, qu'il ^'ouvrirait à tour de rôle la Sorbonne, l'Institut, le Palais- Bourbon et le Luxembourg, ces auatre étapes du burgraviat universitaire. Malbeureusement, il lui fallait emprunter pour oeta la clef de M. Cousin, qui la prête si difBrilenient à ses meilleurs amis, et qui a horreur des mystiques. M. Simon se séduisit lui* même par une distinction; 11 se dit: Je serai son élève, et non pas son disciple. Il a été en effet son élève et son suppléant, sans être, absolument parlant, son d&sclple ; niais qu'est devenue sa foi?— Point de nouvelles certaines.

« Lisez les Préfaces que M. Simon a cois* posées pour ses éditions de Descartes, d'Arnaud, de Malebranche ; lisez sa part du JAh niiel de philosophie qu'il a publié arec MM. Jacques et Saisset; vous n y trooTerci rien jqoi vous puisse tirer de doute sur la foi religieuse de l'auteur. N'est-il pas prodigieux qu'il ait écrit deux çros volumes sur récole d'Alexandrie sans rien dire du christianisme, ou à peu près? Qu*il $oit sceptique

RELIGION NATURELLE

HiS

ou iffcrédalé à TéçiiMl de ta religion catho* liqoe, M. Binon doit se déclafer ; tout lui en fait robtîgatio» la plus étroite. Il ne dépend

pas de lui , Il ne^ dépend de personne de chanfieF, de déplacer^ d*obi$cureir ou de di« oinaer eo une façon quelconque la grande, IHioi^ question religieuse posée au inonde depuis la ^enue dn Sauveur. Ce dont il s'a« gii avant tout, c'est de savoir si Jésus^Christ est Dieu. M. Simon ne l'ignore pas; jusqu'à lui iedéisme n'a eu d'autre raison d'être que Itaégalive, ni les déistes d'autre importance qee leurs attaques eonire le principe de ia révélation en général , et, en particulier, Gonlre le catholicisme. Comment donc se fsit«il que» mAroe après le/>evo»r, môme après \9iMigion naturelk^ deux titrea pourtant bien absolus, il soit impossible de saisir la (lensée de M. Simon sur ce qu'il ; a d'ulté^ rieur et de fondamental dans le problème religieui? Or, qu'il en soit vraiment ainai, Toici no6 preuves.

« Qu'est-ce que ia raison humaine pour H. J. Si mont C^st le sens de f absolu, tette (unUté iouf^TùiM a peur objet touteê le$ vi^ rilés Hiemeileê yui êervem ât prmoipô à Vitre €t à la eanvmiêsame', de buâ à Vamour^ de réglé à la liberté (RH. fia^> p« 1^9). -r- Ce $BOs de l'at)sela a^itHl une portée absolue?-^ Non. Créatures imparfaiteSt noue eonnaiê-^ teneehaque ehoee imparfaitement^ «toja dane k meeurede mai besoins, (ibtd.) «r.- Qu'en saveE-vçusf Cas besoins n'unpUquent-ils pas la connaissanqe exacte des rapports que soutiennent l'absoltt et le relatif, de l'infini et du flnitÂvec^voaa eelte eonnaissiinee ?— JSn gé-», M^, noiM ne eon^esitns pas le rapport du fni à Finfini : e*esi une eemàition a êa^usUs U fa^t bieUf bon gré malgré^nous eoumettre. (P. Si56u) TTT 9i Doas ne les comprenons pas ea général, comment ponvons-enous les com- }»raadreîeii;|iart|ciktier, dans la mesure que nos besoins esigeol f I('j auraitril pas, par liasardydaoa ce rapport, d/ôs vérités que nous devons croira sus pouvoir les ootppreudret <*à bien ne itovons-nous praire qu'au vérités qae nous f coinprenons 1 — Uyatu de tout temps ^ mais il y a surtout de no8J.ours des philesopits qui croient sertrir la 9cience en diaimulant Sfs limtps... Notre philosophie nut pa$ fi humaine. Phf humiHés de ce qui noue manque qu enivrée de cf qu'il itoifs est permis d'entrepoirt le premier tnot que nous muions prononcer en parlant de JOieyi e$t eeluitineompr^im9ib.iRt4. Ce mot rép^gne à l^orgueil h^main^ et, 9 il faut le dire, à l'or'- 9^^il phUQ9PBMqi^^u*'f Qn dirait que QPlU parole de Bayle: « Le comprendre est t^ mewe du.prpip^f n est |a deoise m4me de la philosophie^ Croirs eqns preuve ou croire sans temprpmir^ ppraissenl tout atf plu^s , pour la raison himnai^e^ ^e<4^. différentes m^^nières 4*obdiquéti^. (P. S!$, 5Ç.)— Qu'en pens^z-vou^? ^Que ça4 lieujt cqn^mtins ^outie^nei^t ^ peine ^'exam^ (K 3q.)— C*est mon opinion. Mais quoi t'vqp.s n*é\és ^oncpàsde j'avis de votre maître : « taphilçsophieest rexplicationuni^ verselle,.^ i ^ Lte aociripee (es p/us puériles ont été enfeignéee par des hommes de génie

dans les écoles les plus iliustres. Nous parlons au passé, par respect humain. (P. ikk.) — Il esrcharmant.

« Que vous en semble, lecteur ? Mais con-> tinuons de l'interroger. — Admettez-vous la distinction entre ce qui est contraire à la raison et ce qui est au-dessus de la raison? — Très-certainement. Comprendre qu'une chose est contraire à la raison, et cependant t'ad^ mettre, c'est renoncer à la raison et à la philosophie; comprendre qu'une chose est au^ dessus de la raison, c'est seulement reconnaître qtt'il y a des bornes à la raison et à la pAî/o- Sophie. Dieu n'est pas contraire à la raison, il lui est supérieur. {?, 37.)— A merveille l je m'en souviendrai ; poursuivons. Admettezvous la création exnihilo, au sens de TBglise catholique? -" Oui, vraiment. — Ainsi vous répudiez cet aphorisme du maître : Quand At€tt crée, il tire de lui-même, — Allons donc 1 j^>fi/6nd-on par ce mot créer ? La religion chrétienne le définit ainsi: Créer, c'est faire Quelque chose de rien. C'est bien là, en effet, te sens que tous tes partisans de la création donnent à ce mot. (P. §2.) — Vous q'ignorez pas

3ue les rationalistes en masse regardent cette octrine comme insignitiapte. — Quevientcon nous parler de doclrine insignifiante ? Il n'y en (^ pas de plus pleine (h sens. Certes, quand f affirme la création , je sais fort bien ce que jeiffirme et ce que je nie. Qu'y n-l -t7 de réel' Isment incompréhensible sous ce mot de oréa^ tion f une seule chose, mais capitale. Je oom^ prends que ÎHe\^ est la cause du monde; je comprends que Dieu a produit le monde hors de tint, et je comprends enfin qu'avant la pro^ dvittion du monâe, t7 n'existait rien en dehors de Dieu. Mais je ne comprends pas comment Dieu a pu produire le monde dans ces conéU» Uons. (F. 1Q5.)t- J'entends^ le comment de la création vous surpasse.— r C'est cela. Les panthéistes veulent savoir comment Dieu a créé le monde. La vérité est que, loin de savoir le comment, de la création, nous ne savons U eomsnent de* rien « pas mime de la causas que nous sommes4 (P. 106.) — Dieu, ditea->vous, a produit le monde hors de lui. Dieu n'est donc en aucune manière ni dans le tempe, ai dans l'espace? Prenez garde, ce serait rejnter le temps absolu et l'eapaoe infini, ces idéee nécessaires de la raison.. Vous connaisses ce passage! du Coure de fhietoire de la pkitosophie au xynV piiele, nouvelle édition, revus ef corrigée liîkl) : S'il est au pouvoir de la pfneée de l'homme de supposer lu non^xis* i0nce des corps ^ il n'eet pas en son pouvoir de supposer , h wm-^existefwe de l'^pace; l'ir dée de l'espace est donc une idée nécessaire et absolue. (T, U« p. 137.) £t cet autre: l'es^ pace et le temps ont poMr caractère d'être Uli" mitée et infinie. {Ibid^, p, 166.) — Cela ne me gène aucunefnent. On a beau faire; le temps éternel, l'espace infini sont des erreurs qui mènent tout droit au panthéisme. Ce grand vid9 ne peut avoir q^e Dieu pour hôte, et, i dis qu'il y entre, la mobilisé, la divisibilité^ l'envahissent. C'est pourquoi le dogme de l'ifMompréhensibilité répugne à to^s les rationalistes qui se sont laissé leurrer par /*ïn-

lias

DICTIONMAIRE DU PARàLLELE.

Uil

finiié prétendue du ienw» et de Feenaee, Il leur faut uncompréheneiole^un Dieu humain^ parce Çu*t7s ne veulent pas crfuser un aMme entre Dieu et le monde. Ile feront volontiers dee réfutations du panthéiste : mais ces réfu^ lotions prouvent leur bonne foi et leur incou' séquence f et se retournent contre eux-mêmes, iReL nat,f p. 90 , 91.) — Mais vous lacérez la charte éclectique 1 Vous jetez aux vents les plus savantes pages de M. Charles de Rémusatl — M. Simon fait le mort.

« Ne pourrions-nous pas obtenir d*aQtres aveux? Nous savons ce que pense de la rais^on humaine Tancien suppléant de H. Cousin. Tout sens de l'absolu qu'elle soit, elle a des limites; elle est souveraine, mais chez elle ; elle est Qnie, et entre le fini et (ïn/int, t7 n'y a pas de commune mesure» ( P. SU.) Notre auteur déclare même résolument aue Vin fini n*a pas de mesure; qu't/ ne peut être comparé; qu'il échappe à notre esprit^ non^ seulement parce qu tl le domine ^ mais parce que les lois de notre esprit n'étant que pro'^ portion^ comparaison ^ analogie^ mesure ^ ne s'appliquent plus à ce qui n^a pas d'analogue. (Ibid.) Nous faisons nos réserves sur cette dernière assertion , qui nie toute analogie entre Dieu et son OBuvre; elle est excessive ei fausse, comme nous Je prouverons; le reste est vrai.

< A nous en tenir h ces prémisses, ne serions-nous pas fondés à présumer que la philosophie de M. Simon mène tout droit à la révélation; que pour lui, comme pour saint Thomas, elle est le préambule de la foi et la servante de la théologie ; qu'elle ne peut pas être autre chose? Car enfin, ériger en articles de foi le mystère de la création ex nihito et le mystère de l'incomprébensibilité divine, reccmnaltre qu'il y a un abîme entre le fini et l'infini, entre le monde et Dieu, n'est-ce pas reconnaître du même coup que la raison humaine, attendu ses limites , est impuissante h jeter un pont sur cet abîme? N'est-ce pas se condamner soi-même à subir cette conclusion de l'Ange de l'école: La raison humaine étant très-défectueuse en ce qui touche la science de Dieu , la révélation est nécessaire à l'homme pour qu'il en puisse reconnaître avec certitude tout ce qui im- Iiorte à sa destinée ?

€ Continuons sur ce terrain notre dialogue avec M. Simon. — Quel est, k votre avis, l'état de la question entre ceux qui croient k ta création et ceux qui n'y croient pas? — tl n'y a en question que la possibilité de la créatîon. La création esl réelle , si elle est possible. (P. 91.) — En faut-il dire autant de la révélation? — Un moment; h bon entendeur, demi-mot. Ecoutez bien cette distinc* tion que j'ai inventée, et qui fera son chemin, n'en doutez fias. Avez-vous des oreilles |K)urenteqdre? voici ma réponse: Toutmystire est incompréhensible^ mais tout ee qui est incompréhensible n'est pas un mystère. Admettre une chose incompréhensible , c'est reconnaîlre que la raison a des bornes; admettre un mystère^ c'est nier raulorité de la raison. Quand nous soutenons que Dieu est incom"

préhensible^nous n exprinumsfÊtssmén quun aveu de notre fàiblesstifiÊsink quil esl un en trois hypostasUt m tsjfm une opinion sur la nature dtm dn no»

préhensible^ et celte opinion eilikfiiii terminée et contradictoire. (P. 231.]- Xm n'y sommes plus. Quoi! vous TOjexiiKtf férence entre une chose ineonfrOmih^ une vérité ineompréhensiblcT Mm iaot^ compréhensible ou incompréhensible,»

chose est l'objet de rentendemeot, eoU' dire une vérité. Qui parle d'opioo?!!!!

s'aeit [MIS d'une opinion» totqoortcosK»* table; il s'agit d*une vérité. Dire, (mm vous, que Uieu est supérieur i li ni», qu'il ne lui est pas contraire, D'eU-ce^ dire que la vérité qui exprime Dieaim supérieure à la raison, sans lui ètreaitraire, si par hypothèse elle lui estPiTMt! De quelque façon que TinfiDi se nette a rapport avec le fini , l'absolu aTecleieiftf, que Dieu manifeste sa nature parfietatt par la parole; qu'il soit créateur oo réià* teur, la difficulté sera toujours li aiit Dieu fait passer les contingêots de li mexistence à Texistence; il les prodsit* rien; voilà le mj^stère de son opérM.

Dieu jfmrle ; il daigne révéler i saerten intelligente au*il est an en trois penoom voilà le mystère de son être ou desioKat. Il n'jr a, selon vous, dans le Djstèredi ii création, qu'une chose réelleDeolioo»

préhensible, savoir le eomsmt istofh' tion divine.QuelleautreincoopriheBSiUi voyez-vous dans le mystère de li ssii Trinité, posé qu*il soit révélé de Dieoîkc nous enseigne qu'il est un en trois ïjf^ tases ; une très-unique substance eo tn personnes. Evidemment il o*y a Uuospi qu'une chose réellement iocooprébeHi^ savoir le comsnent de la nature diviM-CA deux mystères sont identiques ; lo a^ titre, au même degré, parle mtmtstd^ sont supérieurs à la raison, sans loi ^ contraires; et puisque, d'apris fOUi,lev!^ tère de la création ne nie pas rautoritict^ raison, le mystère de laTrioitéoelaoïe^ non plus.

« La distinction inventée parM.SioM'' un sophisme manifeste. Cest li pooM ' roc sur lequel il a bâti son Eglise, Umc^ raison d'être, Tunique fundeifleol de m i^ ligion naturelle. C est de cette disbao.'c qu'il tient les lettres de créance de soei^ tolat. Sans cette distinction, M. SIidosk^* obligé d'avouer qu'en cessant é*êtrt (M^ lique, il a cessé de bire on boo es^F^" raison.

« Nous le plaignons. H se réfote lui-o^ sans s'en apercevoir, de la oMaiire li^^

claire et la plus concluante. Ila^tft^'* en parlant des athées ills n'otipssnf^ les formules scientifi^ss étmsst m^ vraies pour le fini et pour Finfisi, im •* vait qu'elles étaient fausses. (P. Si) Or. 4' est précisément le critérioo des w9j^ ^scientifiques? N'est-ce PM ^ f*^î2L* non-contradiction ? Ce pnodf» «e ee»^ donc la souveraintfé de la WM^^

im

REIJGION NATURELLE.

Tordre flnf; dans l'ordre infini, pour ce qai rpgnnie, non (las i*existencH, mais la nature ilH rintini, elle n'a, elle ne peut avoird*autre triiérium que rautorité de la parole de Dieu, Celte doctrine, en im{)osanl silence au principe de non-contradiction, lorsqu'il nous porte h nous ériger en juices des vérités de Tordre infini , ne nie pas Tautorité de la raison. Klle la nie si |)eu, oue c*est de Tantorité rofioe de la raison qu elle émane ; car la raison nous dicte avec une égale autorité cesdeoi lois: le critérium des vérités que peut atteindre naturellement l'intelligence numaine est le principe de non -contradiction ; le critérium des vérités qui la surpassent est la révélation divine explicite et positive. A l'égard du mystère de la Trinité, Tonique question est donc de savoir si Dieu s'est défini lui-même: Un en trois kvposia$e$. Si cela est vrai en fait, comme Tfcglise catholique TafOrme, tout philosophe qui dira aiec M. Simon : Ce dogme eHà la fondiier^ miné et contradictoire ; l'admettre^ ce serait nier Cautorité de sa raison , ce philosophe méritera que la raison, de sa pleine et trèslégitime autorité, le qualitie do sophiste.

«Non, il n'est pas possible qu'un pareil sophisme aveugle entièrement M. Simon; non, il n'est pas encore enseveli dans la fausse paix de l'incrédulité. Il dort mal sur cet oreiller, avec une conscience sceptique, où le remords de la foi volontairement éteinte n'a pas lAché prise. Le rationalisme et le catholicisme sont toujours en lutte dans cette œuvre, et si le philosophe insinue parfois qu'il a vaincu le chrétien, jamais il n'ose le dire ouvertement.

■ Quel chrétien (>arle de la raison humaine avec plus d'humilité que M. Simon ? Hélas I nous trouvons pourtant assez de motifs^ en nous regardant^ de limiter notre raison pour la sauter. Souveraine et puissante tpuind elle se contient dans sa sphère ^ elle tombe ^ dis qu'elle en sort^ dans des impossibilités et des paralogismes. (P. 13i.} Nul ne rend aux grandeurs du catholicisme des hommages mieux sentis ; nul ne parle de ses dogmes avec plus de respect i la fois et plus d'exactitude. Il cite Bossuet, Fénelon, saint Augustin, TEvangile, même Y Apocalypse l Demandez-lui si la révélation est possible; si l'on \^\ï\ èire \ la fois philosophe et chrétien, il vous répondra : // peut arriver quun philO" iophe soit en mime temps fidèle à une religion positite. On ne peut nier cette possibilitét car ce serait nier que Descartes fût Catholique^ ou que Matebranche fût philosophe. En effets en se plaçant à un point de vue abstrait^ on voit quil n'y a pas de contradiction à admettre^ d'un câtéf quê Dieu nous ait rendus capables de consiottre la vérité par les lumières natu^ rtlles, de Fautre^ quit nous ait révélé dtrectemeni les vérités utiles au salut. Si la vérité religieuse et la vérité philosophique se conirtaisent^ il est clair 9u*on ne peut admettre l'uue et Foutre à la fois^ parcs qu'il n'y a pas deux vérités ; mais il n'y a rien datu Cessefice de la religion positive et dasu F essence de la philosophie qui nécessite une contradiction

entre leurs dogmes respectifs (Le Devotr, p. 483.)

« La théorie est irréprochable; la règle pratique ne l'est pas moins. La rèale pratique abhorre Foriginalité; il ne se resigne qu'en tremblant à être seul. Il faut qu'il soit tou* jours prit à rompre en visière à la tradition et à Fautoritéf st Févidence de la raison Fy contraint: mais il faut surtout quUl désire toujours avec passion de n^avoir pas à subir cette redoutable nécessité. (Rel. naturMCf p. 293.)

« Si donc M. Simon a cessé d'être Catholique, c'est que, malgré la passion avec laquelle il désirait de ne pas avoir è subir cette redoutable nécessité, il y a été contraint et forcé par l'évidence de la raison. S*il n'est plus Catholique, c'est sa distinction entre l'incompréhensible et le mystère qui en est cause; c'est cette distinction qui lui a découvert avec évidence que le dogme de la sainte Trinité était en contradiction avec les dogmes de la philosophie, et l'a obligé, bien malgré lui, de rompre en visière k la tradition et b l'autorité. Nous avons vu ce que valait cette distinction, et nous avons aémnntré,il nous semble, que si M. Simon n*a plus la foi , il l'a sacrifiée à un sophisme puéril.

« Quoi qu'il en soit, à ne nous en tenir qu aux principes, le rationalisme de M. Si* mon diffère essentiellement de celui de Técole éclectique. S'il n*est plus l'enfant sou* mis de TEglise, c'est par inconséquence. Nous montrerons dans un prochain article que sa doctrine sur la religion .naturelle est ellemême un tissu d'inconséquences et de contradictions. B

M. Roux-Lavergne dit en effet, du même ouvrage, dans le n* de l'Univers du l*' août 1856 : « La religion naturelle ima^née par M. Simon, c*est le catholicisme moins les sacrements, moins la meilleure partie de ses dogmes, moins l'autorité divine de la révélation. ...La religion natureliet dit-il, qui n'est au fond que la philosophie, ne donne que ce qu'elle peut donner. Ses obligations ne se me* surent pas aux besoins de ta société ^ mais à la force de F esprit humain...

« On l'avoue sans détour: la philosophie ne se mesure pas aux besoins de la société; elle le sait, elle le voit. Est-ce que celte impuissance ne lui impose pas, comme la première de svs obligations , de dire nettement quels sont les besoins sociaux qu'elle ne peut pas satisfaire, et par quel moyen il est nécessaire de pourvoir è son insuffisance? A quoi donc serait bonne la philosophie, si elle na servait k cela 7 C'est la raison qui constate les besoins de la société ; c'est la raison qui se juge elle-même incapable d'y répondre ; c'est la raison qui nous montre avec une égale évidence ces deux choses : la légitimité des besoins qui découlent de la nature de la société ; rexisteace nécessaire, en droit, des moyens que ces liesoins exigent. La philiH Sophie est insuffisante, dites-vous; donct devriei-vons ajouteri il Aut la religion |)o-

Hn

un

siiÎTe; et puisqu'il bM qu'elle soiif il $*eD« suit qu*elle est.

€ piea ii*a pas d'aoelogue, c'est le pour M. Simon ui) axiome» uoe vérité première» et il eu fait de continuelles applications. Ce principe est d'une fausseté palpable, S*il n'y avAJt aucune analogie entre la créature et le Créateur» il est manifeste que la créature ne pourrait avoir aucune idée du Créateur. Le semblable produit le semblable : Àgen$ aaU êibi iimiUi dit saint Thomas, et toute créa* tureest un mode selon lequel l'essence de pieu est imitable par des êtres contingents. Rien ne se dit univoquement» univoce^ de Dieu et de ses œuvres extérieures, ni rètre» ni l'essence» ni la substance, ni rintelligence» ni la volonté» ni Topération» parce que ces expressions ne signifient pas en fiieu et dans ses œuvres l'identité de nature ; mats elles signifient de part et d'autre des choses qui, malgré leur profonde diflérence» soutiennent d'incontestables rapports , et

Îbndent par là ce que toute l'école appelle 'analogie d'attribution et l'analogie de proportionalité.

« A côté de cette énormilé» l'auteur en juxtajiosa de diamétralement contraires.

Ainsi» DIeUi qui n'a pas d'analogue» est

J>ourtant notre père» et nous sommes ses en« ants. Ceux-là seuls ont le droit de parier de la sorte qui croient en Jésus-Christ, Fils de Dieu et Fil9 de l'homme) dans la bouche d'un rationaliste» ce langage serait impie, sll était sérieux. Pour sentir le ridicule et Tabsurdité de cette métaphore» il n'y a qu'à la traduire en style métaphysique : l'absolu est le père du relatif, le fini est l'enfant de l'inSm* Quand on a l'honDeer d'être philosophe» et que» comme M. Simon, on est Temiemi (teciaré de l'anthropoQU^rphlsme»

est-OB excuse^ble d'ériger en dogme ses for^ Qiules les ptus outrées?

« La même erreur paraît dans tout son

J'our quand M. Simon avance aue le bonleur de la vie future consiste a voir Dieu face à ùce. L'auteur prête ici bien gratuitejQ^ii à là religion naturelle ce qu'il y a de

t)lus mystérieux et de plus incompréhensible dans la religion surnaturelle. Kt c'est un rationaliste qui parle ainsi 1 Que Dieu puisse élever la nature humaine au-dessus d'ellemême» à la bonne heure; mais que» sans aucun secours surnaturel» en vertu même ties facultés qui lui sont propres» des intelligences essentiellement relatives et finies parviennent à voir face à face celui qui est Tiar essence l'absolu et l'infini; voilà» sous ia plume d'un philosophe» le comble de l'inconséquence. Strictement enfermée dans les limites de eon domaine» la raison n'a rien à '|>réleodre au tlelà» et vou^ en convenez irou9»roême. A yo\Ms qui niez toute analogie MtreDiea et ses oeuvres extérieures... nous *VM8 posons cette unique qaeslion : Le relatif peui*ii naturellement voir Pabsolu face à face?

« Attire coBlradiclion tout aussi inexplicable : Dieu nous conduti» il nous tient par la mmin^ et ceoendont il ne coo|ière pas avec

nous. H. Simon a parliculièrement en borreur la coopération divine... N*admirei-viM«

Iias qu'après cela 11. Simon admette sl^t tésiter» et timme ftrmemmU U dùpu et k création? Car enfin, est-ce aa'il peut coerevoir comment l'acte de la création ne fait p» tomber l'Etemel dans le temps?... La natar« du relatif vous oblige à reconoaltre la cnt» tion» et vous en faites un dogme. Ne s'eimiiil )>as que» pour vous, tout ce qu'exige ii nature du relatif doit être vrai 7 Or cette mture exige avec uoe égale évidence qiM Dieu cofiterre le relatif» et qu'il epjr» aTcc lui... car quand l'être est essentiellem^ dépendant» l'opération l'est eoasi..... Selon vous, le relatif dépend de rabsoiu pour re» cevoir l'être» après auoi la créature ne dé* fiend plus de l'acte oivin» ni pour comiaiMf d'être» ni pour agir. Est-ce que par là ienlatif ne devient pas l'absolu, et v voyez-v<Nu un a>oindre inconvénient que de dire to»* ber l'absolu dans le relatif f... 11 est abser^ d'admirer le catholicisme^et de lui reprocbcr le blasphème; car» M, bimon le sait bien, U coopéraiion divine est un dogme catholique: Deus têt qfti operaiur...^ etc. {Phitip, n, ili Il faut la coopération divine» il faut l« litirt arbitre humain;,., pourquoi vous inquiéter eh cela du comment, vous qui oe vous j ir* rêtez pas quand il s'agit de la créaiicii?*.. Un acte créateur nous tire du néant de Pexi»* tence... la coopération divine tire notre volonté libre du néant de rindéterminatioo... Qu'on le veuille ou qu*on ne le veuille pas,

Siand on avoue que le rapport entre le m l'infini est supérieur à la raison huoiioê, c^est faire la part de la philosophie bien petite» celle de la théolO|{ie bien grande, (m ra[)port ne nous est pas» il est vrai» entière* ment inaccessible; mais le pouvons-ooas pénétrer de nous-mêmes dans la mesure de nos besoins? Non... C'est ce rapport entre le fini et l'infini qu'expriment les dogmes mistérieux du christianisme... Entre une Ibufe d'autres erreurs» M. Simon veut que \4m Dieu te possible et le réel ne soient qu'os. Or il est clair que Dieu ne peut pas réaliser les possibles qui sont indéfinis... H. Sioas ne se trompe pas moins en donnant la fl^ losophie comme qtielque chose qui (<ut remplacer la religion. »

M. Charles de Hazade. dans la Xeme in deux mondes du 15 juillet 18S6. uarie en ces termes du mêiue ouvrage : t L'auteur reprend toutes ces grandes questions de d nature de Dieu» de la Pro? idence» de rio)murtalité; il les aborde sans les résouJrr 1^ d'abord» entre ces deux mots, qui $<^oi \t titre même du livre» n'y a-t*H pas uoe ié<b table contradiction qui dénote la cooTusko des idées? It n'y a point, à proprement \4r* 1er, de religion naturelle. La religion ejuv tement pour olyet d'éclairer ce que h ra • son naturelle est impuissante à expiiq^ic^ par elle-même. Elle ne nie pas la pniio«<'' pltie» elle commence là où finit celle-ci ; ei> embrasse toutes ces êhoses my $térieu$^>^ «i^^ sont entre Dieu et Phomme» et elle en ttif le sen^. L'inconnu et le mystère ne 50oH*>

RELIGION NATURELLE

IlôO

lias 60 effet partout auiourde nous? La vie 56 manifeste sous toutes les formes, elle apparaît dans l'homme et dans le grain gui germe sous le sillon; lirais où est le principe de laTiedans réchelle des êtres? Le mal est répandu sur la surface du globe; la loi de la douleur et robligalion du travail, toutes les rigueurs de Texpiation s*accomplissent avec une ponctualité terrible ; où est la raison de cette injustice apparente qui fait peser sur Thomme, dès'son premier cri, la peine d'une faute qull n'a point commise? Les dogmes religieux n'ont de puissance sur Tesprit humain que parce qu'ils expliquent tous ces phénomènes. Comment un sjstème qui reste muet en présence de ces mvstères serait*il une religion ? Au fond, la religion dont M. Jules Simon se constitue le prophète n'a rien d'inconnu, c'est \h foi de tous ceut qui prétendent se passer de religion. Elle admet Dieu, la Providence, l'immortalité, la vie future, jtourvu qu elle puisse dépouiller ces notrons de ce «lu'ellesont de positif. Elle enseigne le devoir, mais en le débarrassant de toute sanction. Elle ne nie pas l'utilité ou la convenance de la prière et du culte; quant au culte en lui-même, quel qu'il soit, peu lui im«poptel C'est une religion commode, facile et jiassablement impotente. Ce qu'il y a de JMirticulier, c'est que l'auteur ne nie pas la présence de tout un monde de mystères autour de lut; seulement alors il a une réponse bien simple; ne lui demandez pasd'expliquer l'incompréhensible* Cela ne l'empêche pas cepeîidant d'appeler son système une religion, — religion très -concluante en effet, qui, une fois ses principes exgosés, laisse en suspens les plus grandes questions qui puissent intéresser la vie intellectuelle et morale des hommes. Ce n'est point le un fait indifférent; il prouve par un exemple de plus l'impuissance de ces doctrines d'un rationalisme inférieur, et la supériorité de cette parole prononcée, il y a deux ans, (lar M. Cousin, quand il montrait le christianisme et la philosophie spiritualiste se complétant, se prêtant un mutuel appui, etmarr liant au même but. C'est avec ces deux luiDières qu'on rentre dans la vérité. »

En regard de cette appréciation élevée, wettons quelques lignes du compte rendu cjue M. Hauréaua donné du même ouvrage ilans VAthenœum français du 28 juin 1856. « Ecartez de la religion catholique tout ce i|ai tient h l'incarnation, h la rédemption, aux sacrements, à l'orthodoxie purement canonique telle que l'ont définitivement consacrée les derniers conciles de l'Eglise romaine, et vous aurez, sauf de légères différences, la religion naturelle de M. Jules Simon... Nous rendrons toute justice h l'auteur de la Religion wUarelie^ en reconnaissant tiu'il est impossible de mieux présenter un ensemble de* propositions dogmatiques, d'énoncer avec plus de discrétion des opinions qui ne sont pas toutes approuvées, de f>réier de plus séduisants dehors k des in-^ Juc tiens peut-être téméraires, et d'aflirmer

DiCTioxN. nu Paballèle.

avec une réserve plus persuasive des choses qui dépassant la mesure de notre connaissance, ne ()euvent être certaines pour noire raison. Mais nous lui dirons ensuite, que notre limidité résiste à ses entraînements et qu'il franchit les limites dans lesquelles nous voulons nous contenir. » On reconnaît ici le isyslème exposé et répété cent fois par M. Hauréau dans ses deux volumes sur La philosophie scolastique^ système d'après lequel les vérités naturelles que la raison démontre relativement à Dieu et à l'Ame, sont de beaux réves^ de pieuses chimères, des jeux d'esprit qui ne correspondent à aucune réalité, ou du moins qui ne peuvent être l'objet d'une véritable certitude.

Knfin M. l'abbé Bensa, dans VUnivers du 16 septembre 1856, réfute péremptoirement la notion^ mvstère donnée par M. Simon. Celui*ci ne se borne pas à dire que le mys*tère est contraire à la raison; il use, ce que n'avaient pas imaginé les incrédules du xvni* siècle, il ose prétendre que les Chrétiens reconnaissent l'absurdité des mystères, ainsi que l'impossibilité de les démontrer et de les concevoir. — « Les infidèles, h dit M. Bensa, «t ne comprennent rien de ce oui constitue proprement la personnalité. Ils la confondent avec la liberté. Les dogmes chrétieits nous préservent de cette erreur. Nous savons qu'en Jésus-Christ il y a deux volontés libres, deux libertés ft une seule personne. Nous concluons que la personnalité n'est ni la liberté ni la substance individuelle, autrement il y aurait en Jésus-Christ deux personnes, comme il y a deux natures dont chacune est complète et singulière par ellemême. Ces dogmes sont des jalons qui ont montré aux Chrétiens la voie pour trouver la vraie théorie de la personne (savoir la personnalité est ce qni rend une substance rationnelle, déjà constituée dans son individualité, principe unique etineommunicable d'action)... Le mérite de la foi religieuse, selon M. Simon, consiste précisément dans Veffort qu*on doit faire pour admettre des dogmes qui sont contradictoires et qui repugnent à la raison. Beau mérite que d'être absurde et de se contredire I Nous le laissons tout entier è d'autres qne nous connaissons. Et puis , qu'en pensez-vous? L'absurdité nous rend donc agréables h Dieu! Plus nous serons absurdes etsiupides, plus Dieu nons aidera et nous récompensera! Allons donc, Monsieur Simon, respectez donc la Divinitél respectez l'humanité 1 respectez les peuples civilisés t respectez dix-huit siècles de chris* tianisme! respectez Bossuet, Pascal, saint Bernard, saint Augustin, et les autres grands hommes de la sainte Eglise! »

On lira avec plaisir ce passage de Bergier sur Terreur de M. Simon : « On discute vainement pour savoir si les mystères ou dog* mes incompréhensibles que la révélation nous enseigne sont contraires è la raison, ou si l'on doit seulement dire qu'ils sont supérieurs bux lumières de la raison. H nous parait qu'il y a encore ici une équivoque. Si la raison était la capacité de tout

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DICTIONNAIIIE DU PAKALLELH:.

4:onnalir8y les mystères seraient contraires à ]a raison puisquellc n'y conçoit rien. Mais si notre raison n*est dans le fond que la connaissance d'un petit nombre d'objets, si nous sommes forcés d'ailleurs de croire une infinité de faits aussi incompréhensibles pour nous que les mystères de la religion» en quel sens ceuxnbi sonl-ils contraires à la raison? Quand on parle à un aveugle-né des couleurs, d'un tableau, d'un miroir, d'une perspective, il n*y comprend pas plus qu'au mystère de la sainte Trinité; cependant, s'il ne croyait pas au témoignage de ceux qui ont des yeux, il serait insensé. Si cet aveugle s'avisait de soutenir qu'il est contraire à la raison qu'une superficie plate I)roduise une sensation de profondeur, que 'œil aperçoive aussi distinctement une étoile que le faite d'une maison, que la tôte d'un homme soit représentée dans la botte d'une montre, etc., que répondrions-nous? Nous lui dirions : Cela esi contraire, sans doute, à la faible roe>ure de vos connaissances; mais cette mesure et la raison ne sont pas la mémo chose, » etc. {Dict. théoL, art. icaïson.)

Pour compléter cet article, aussi bien que les articles Raison, Rév&lation, Foi, Ensei- GNEMEiiT, etc., qui se tiennent de près, on consultera avec fruit le concile de Périgueux dont Mgr Pie a cité un passage important dans sa i>elle iMtruction synodale iur leê principales erreurs du iemps présent. Il y est expliqué, par la distinction de l'acleet de l'Aabitude, ce que peut être la raison avant la foi. Mgr Parisis, dans son ouvrage intitulé Tradition et Raison^ a traité le même sujet. Ou lira aussi avec fruit le concile d'Amiens* {Voir le commentaire de ce concile, qui terinioe noire Essai philosophique.)

Ajoutons que le livre de M. Simon a été péremptoirciueni réfuté par M. Michel de Casteliiau dans un Essai critique (1 vol. in-12, Paris, Sarlit), dont M. Kavailhe parle ainsi dans V Univers du 29 sept. 1858 : « Tout le livre de M. de Casteinau est dans ces deux propositions : Vous prétendez aue nous Chrétiens, nous admettons des choses qui ne sont ni démontrées ni raisonnables; sans sortir de ce que vous eubeiguez, la métaphysique et la logique, je vous prouve que tous nos dogmes, ceux en particulier que vous attaquez, sont raisonnables et démontrés. Vous prétendez que la religion naturelle, votre religion, n'admet rien que de démontré et de raisonnable, et je vous prouve, par vos proi*res enseignements, par vos propres expressions, que vous êtes obligé de bâtir comme nous sur Vindémoniré, et que s'il était vrai que le christianisme fût établi sur la contradiction et sur l'absurde, votre religion naiurelle le serait au même titre et à d'autres titres encore.

« Il y avait deux écueils è éviter dans ce travail : le premier, de se perdre dans des préliminaires interminables, <lans des généralités sans conclusion inmiédiate et directe. M. de Casteinau ne s'y est p;is troiliné; il s'est précipité in médias res^ et il a déga;jé9

dès l'abord, l'erreur fonci&rc Ju llirt .* M. J. Simon, il l'a livrée au griD'Ijv' s'estatlaché à la poursuivre piedli>iH . à ligne, syllabe h syllabe, jusque dc) ' plus subtils replis,'et ne l'a qaiitéequt . . soute et pour ainsi dire évaiH>rée.DQ&»

coup, il évitait le second ecucil, qui •d'être entraîné par les redîtes de h^, dans les redites de la réfutatioo.i

Le même M. Ravailhe dit er»core:«T le monde sait qu'il est plusieur^ ou' d'entendre la signification du oolJ'i.;^ naturelle. Les théologiens calbohqit^ >.. appelé loi de nature, religion M/yp.< religion des patriarche^, uepuis Adia- r qu'à Moïse, voulant exprimer par U oj* religion révélée de Dieu à lapremitrcf* mille humaine était moins chargée a^i-t ceptes que la loi donnée au {leupie^!;.*' le mont Sinaï: reulication redresse u .

peut avoir aujourd'hui d'équivoqaeli:c.« mination.

« On peut appeler religion witvTtîlt,\:' religion conforme k la nature de Difj.-. la nature dans laquelle rhomiuea éié.utitué. En ce sens, la vraie religion, ce) < .- Dieu nous a donnée, est la rf%ioii,Iik. religion naturelle. — On appelle i^^s> encore religion naturelle un cerlaia e ik<C' bleplusou moins étendu dedogmex:lois empruntés à la religion rérééi* et : la philosophie démontre Ta rationalité tu» sèque et se urouve i elle-même Tei-SiC^- Ainsi entendue, la religion naturtUt, '•■ d'être opposée à la religion réréiée, se • clare au contraire issue d'elle, appa^et u elle; et sans trop discuter théoriqueiLc • la raison abandonnée à ses propreifu-' aurait pu tirer de son fonda toat ..

Eartie de ce système religieux, elle n^y-/istoriquement la substance de tout c«^3' possède à la tradition révélée, comoiekl a la source qui l'a donné, comine le raj^oi. foyer lumineux d'où il émane. >

RELIQUES. — Nous trouvons le kac tsage qui suit dans un Mandemeot )»uMie!: Itô6 par Mgrl'évêque de Beaaui$,«" casion de la reconnaissance et de la in:^ ^ tion des reliques des saints patrons uH ■ ville de Senlis : « Après avoir lé2;iUïut, • vos yeux, le culte des reliques, en ^^^' ' montrant, par la docirinc de ^£gli$^ h' ' toute superstition y exempt de tout rc,che de nouveauté, ainsi que c'e^t ieû'* ' de notre charge, aux termes mêines du - * cile de Trente : lllud verodiUgenind^cf^ episcopi (sess, 25}, nous anêtcroD>-c - W , T, C, F, à répondre aux fiers dé;:. * aux froides plaisanteries d'uoe fhilw.'r ' sans conscience et sans cceur?

€ A entendre les adeptes de cette f '^ à lire leurs ouvrages, où Tignorance «:•*• tière religieu^e est Oagranteà chaque ^^f notre respect pour la cemireJes saintspieux devoirs à l'égard de leurs relique' • seraient que momeriesp ridieulrs pbêtrt^ ' pitoyable anachronisme dans m *iVWr / ré... et quelques-uns d'entre eui.J^' »

sérieux, dit-on, ne veulent »otr qu û» ^ '

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