RELIQUES
sUr ieniuaHime dans un culte qui glorifle les triomphes de l'esprit sur la chair, et qui expriiue en même temps la foi la plus ferme à la résurrection future k la vie éternelle.
« Mais quel argument peuvent-ils donc nous opposer que nous ne puissions, avec plusd'avanta^e, rétorquercontre eux-mêmes?
Le philosophisme n*a-t-il pas eu aussi son talte et ses reliques? Et Dieu, pour humilier tant d'esprits superbes, n*a-l-il pas permis que la superstition la plus insensée, la [ilus abjecte, vint remplacer en eux les idées naines, les notions religieuses qu'ils avaient abjurées?... Tel qui souriait de pitié à la fixe du fidèle catholique honorant les reli- ]ues d'un apôtre ou d'un martyr, ne ra-t*OQ fias vu se prosterner respectueusement dorant la tombe d'un sceptique, et disputer la gloire de posséder en sa demeure quelques ambeaux de sa triste dépouille? Culte pour 'uite, le culte de la vertu vaut bien celui les passions; reliques pour reliques, les cendres d'un martyr de la vérité méritent )ieD autant d'honneur que celles d'un mécréant qui n*a fait que blasphémer contre $lle; et, anachronisme pour anachronisme, I est plus raisonnable de croire avec tous es siècles, que de vouloir ressusciter le iiècle imjpie aont les funestes doctrines nous mt coûte si cher.
t Ahl le christianisme dont ils méprisent es dogmes, le christianisme dont ils parolieoi les pratiques tout en voulant les déruire, connaît mieux que ces fiers contempears les profondeurs Je la nature humaine. )ans le culte rendu aux reliques des saints, Drume dans les autres points de la croyance atholique, le christianisme a révélé l'homme I rhomme; il s'est emparé de ses tendances latureltes, et, après les avoir purifiées de ouie souillure, il les a fait servir à sa desinée surnaturelle et toute divine. N'est-ce »a$, en effet, un sentiment naturel au cœur le l'homme que ce respect qu'il manifeste 0 toutes circonstances pour la dépouille Dortelle des personnes qui lui furent chères, m que leurs vertus et leur célébrité recomnandent à son souvenir? Cest de ce senti- Dent profond et universel que vient ce que ions appellerons le cuite domestique pour es tombeaux et les souvenirs de famille : le ulte civil pour les restes inanimés des bons irinces et des grands hommes bienfaiteurs le l'humanité, ue là provient aussi, vous le omprendrez facilement, N, T, C, F, le culte eligieux pour la dépouille sacrée de nos »ères dans la foi, de nos apôtres, de nos uartyrs, de nos saints. Les saints sont émilemment les bienfaiteurs des hommes, eursamis, leurs pères et leurs modèles; les aints sont des héros dans toute l'acception lu terme. Et si l'honneur rendu aux restes les hommes illustres parait une justice eners leur oiémoîre, iu>mment pourrait-on inriminer le culte envers ces membres vénéés, instruments, durant une existence trop ourte, des vertus les plus excellentes; ces iiembres, où habitait une Ame qui règne au- >urU*hui dans les cieux; ces membres sa*
crés qui, lorsque Dieu, dans sa puissance, ouvrira les tombeaux, ressusciteront pleins de gloire et brilleront comme dès étoiles pendant toute l'éternité?
c Si l'hérésie venait à son tour taxer de superstition le culte des saintes reliques, nous appuyant sur la doctrine du saint concile de Trente qui vous a été exposée il n'y a qu'un instant, nous lui répondrions avec assurance : La superstition n'est pas autre chose que l'attribution faite k la pure créature d'une vertu divine, d'une vertu opérant [>ar elle-même, sans le concours de la voonté et de l'action de Dieu. Tel fut le culte des païens d'autrefois à l'égard de leurs idoles, tel est le culte que les infidèles des temps modernes rendent encore à leurs fétiches, tels sont enfin les honneurs décernés de nos jours aux ancêtres par les disciples de Confucius, honneurs impies, sacrilèges et vraiment superstitieux, que l'Eglise refusa de tolérer dans tous Ie3 temps, bien qu'elle prévit que, par la proscription de ces usages antiques, elle se fermait les portes d'un grand empire,qui ne demandaiiquecette condescendance pour embrasser tout le christianisme. « Si donc il s'agissait de reconnaître et de vénérer dans les reliques des saints un mérite propre et indépendant de tout rapport à Dieu, seul auteur de la grAce, seul sanctificateur des justes ; s'il s'agissait d'espérer de leur protection une assistance quelconque, sans l'intervention du même Dieu qui veut être glorifié seul dans ses élus, un pareil culte, ajrant pour terme final la créature, mériterait sans aucun doute d'être fléiri comme superstitieux et impie, comme également injurieux à Dieu et pernicieux k l'homme, liais, telle n'est pas évidemment la pensée, tel n'est pas le langage de r£-
flise parlant au saint concile de Trente sous inspiration même de r£sprit d'en haut. Les corps des bienheureux y sont déclarés saiutSf mais c'est parce que Jésus- Christ le Fils de Dieu fait nomme les a sanctifiés lui-même en habitant en eux par sà grAce. Si le concile nous fait un devoir de les vénérer, c'est au'au dernier jour ils doivent, sous le soufe du Dieu vivant, se ranimer et se revêtir de gloire et d'immortalité. Si enfin l'Eglise nous dit d'espérer des grAces signalées par suite de la confiance que nous mettrons en eux, elle ajoute tout aussitôt que c'est Dieu lui-même gui nou$ conférera cei gràeti par leur médiaiion.
€ Quand on connaît cet exposé de notre croyance sur le culte des reliques, ne faut-il pas, en vérité, que l'on soit étrangement prévenu ou aveugle, pour y voir autre chose que l'expression et le sentiment légitime de la piété la plus respectable et la plus pure? « Mais dans le culte des reliques, l'È^lise a un autre but que la glorification des saints: le salut de ses enfants, telle est, vous le savez, sa préoccupation continuelle. Elle espère que la vue des nobles et précieux restes des élus ranimera notre courage, et que, témoins du triomphe des amis de Dieu, nous aspirerons A le partat^er.
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DICTIONNAIRE OU PARALLELE
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«€hez les anciens, on croyait inspirer une noble émulation aux générations naissantes, en plaçant le tombeau des grands hommes le long des voies publiques les plus fréquentées. Ces monuments funèbres, tout en rapprochant les souvenirs glorieun des ancêtres, invitaient silencieusement leurs descendants è les imiter. Mieux éclairée sur les véritables besoins de Thomme, TEglise a retiré et retire tous les jours, soit de Tobscu* rite des catacombes, soit de tout autre cimo tière chrétien , les restes de ses grands hommes, de ses héros, de ses saints; elle les expose publiquement dans les temples où ses enfants viennent si souvent en foule pour s'y reposer des fatigues de leur pèlerinage, et là elle \e\xtdii:Mementote operumpalrum quœ fueruni in generationibus suis. (/ Mach. II, 51.) Mementote qualiter salvi facii «uiU. (/ Maeh. IV, 9.) Enfants des saints, souvenez-vous des OBUvre 8 que vos pères ont accomplies en leur temps; souvenez-vous de quelli^ manière ils ont opéré leur salut.
« Si les enfants, en effet, qui n*ont pas dégénéré, ne peuvent voir le tombeau de leur père sans être attendris et sans se rappeler les plus purs sentiments de vertu que ce père leur a laissés comme en héritage, est-ce que nous, les descendants des saints, nous pourrions nous approcher de/ leurs cendres bénies , sans verser des larmes, non sur eux, mais sur nous-mêmes, sans ranimer notre foi, notre espérance et notre amour par le souvenir de leurs combats et de leurs victoires? Après la puissance de la parole, dit saint Jean Cbrysos* tome, les tombeaux des saints sont ce qa*il j a de plus propre, lorsque nous les avoassous les yeux, a nous porter à'rimitatioo de leurs vertus
« Nous pouvoos dire des reliques des saints, ce que Tertullien disait du sang[ des martyrs telles sont la semence des Chrétiens, êemen Chrisiianorumy car elles révèlent à tous, d'une manière sensible, et les préceptes évangéliques et Impossibilité de les accomplir B
On lit dans VUnivtrs du 23 octobre 1858, k Toci^asion de la translation solennelle déa reliques de saint Clair à Lectoure : « Oo demande qaequefols à quoi servent ces graa^ des démonstrations religieuses? Nous répoo^ drons d'abord que si l'Eglise catholique attache une grande importance è la parole sacrée qui descend de la chaire, elle tient e4 doit tenir beaucoup aussi à ua autre genre de prédication qui (larle aux yeux, ûe là, les statues, les tableaux, qu'elle a toujours considérés, non comme un simple accessoire du culte, mais comme un des plus puissant^ moyens de faire pénétrer dans les Ames les impressions de la foi et d« la piété. Or, qu est-ce qu'une fête comme celle de Leetoure, en »a prenant seulement dans I appareil qui s'y est déployé ? C'est un. immense tableau vivant, animé, qui a reproduit simultanément, sous une foule de nuances diverses, ce qu'il y a de plus grand et de plus doux dans les sentiments religieux. Ciiacua
de ceux qui sont venus, de près ou de loin» pour le voir, en a emporté le souvenir dans son ême. De retour dans sa famille, il a communiqué k d'autres les pieuses émotions qu'il avait ressenties, et cette solennité, célébrée dans une petite ville du Gers,! été comme une prédication à distance qui a eu mille échos.
« Tel a été, à toutes les époques, le caractère de ces démonstrations religieuses; mais elles en ont encore un autre de nos jours. Dans la persécution reli|peuse oui a déshonoré la un du dernier siècle, le culte des saints a été poursuivi avec un acharnement particulier.lLeurs noms ont été effacés du calendrier, leurs autels probnés, leurs statues brisées. On a brû|é leurs ossements sur Us places publiques, on a jeté aux vents leur poussière. Ces sacrilèges solennels ne demandent-ils pas de solennelles réparations? Ne faut-il pas que la France proteste, de la manière la plus éclatante, contre ces fureurs de l'impiété, don4 elle voudrait effacer le souvenir? Il ne s'agit pas seulement pour nous de relever les pierres des saints edlGces qui ont été détruit]», il s'agit aussi de ré*
Krer les ruines du culte des saints dans sprit des peuples. Aux ignominies dont on a voulu le couvrir, nous opposons des fêtes triomphales. Nous accumulons sur leurs tombes sacrées plus d'hommages et de couronnes qu'on n'y avait entassé d'outrages. Ce n'est pas seulement de la piété , c est aussi de la justice. Ceux qui renferment tou^* tes leurs i)enséei ici-bas , s'imaginent que la justice doit régler seulement les relations réciproques des hoounes en ce monde; mais nous qui savons que l'Eglise militante ne fait qu'une même cité avec i'Eglise irioropbante, que nous sommes les concitoyens des saints, nous voulons que justice leur soit rendue aussi sur la terre, et la justice envers les morts, surtout lorsau'elie s'adresse aux héros delà foi et de la cnar i té, el qu'elle est consacrée par des actes solennels de réparation, contribue beaucoup, par l'impression qu'elle produit sur l'esprit public, à affermir les sentiments sociaux parmi les rivants. i>
REâUliRECTION. — On lira avec plaisir le morceau suivant de saint Augustin {Str* mon SUT la Réswrrettion)^ traduit par Ozanam:
« Vous êtes triste d'avoir porté au sépulcre oeiai que vous aimiez, et parce que lool è coup voua n*entendez plus sa voix. Il vivait, et il est mort; il mangeait, et iisQ mange plus ; il ne se mêle plus aux joies et aux plaisirs des vivants. Pleurez-vous donc la semence, quand vous la contiez au sîUon! Si un homme était assez ignorant de toutes choses pour pleurer le graiti qu'on apporte au champ, qu'on met dans to terre et qu'on ensevelit sous la glèbe brisée; et si cei homme disait en lui*même : Cemmeni dose a-l'on enurré ce bié m0iss(mM arec iani a< peine^ baUu^ émondé , conservé d^tu U gf^ nier; nous le voyions^ et sa btatilé faisaU i(^ tre joie ; maint enan t il a disparu de nos yeux '
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RESUnaRCTION.
S'il pleurai! ainsi, nô lui dirait-on pas : Ne t'afflige peint ; ee grain enfoui n'est assurément plus dans le grenier, il n'est plus dans nos mains ; mais nous viendrons pltAs tard visiter ce champ^ et tu te réjouiras de voir la richesse de la récolte là où tu pleures / artttHédu sillon.,. Les moissons se voient cha- (|iie année; celle du genre humain ne se fera qu*une fois è la On des siècles... En attendant, loote créature, si nous ne sommes pas sourds, nous parte de résurrection. Le sotn« lueil et le réveil sont de tous les jours; la lune dis|3aralt et se renouvelle tous les mois. Pourquoi viennent, pourquoi s*en vont les feuilles des arbres? Voici Thiver, assurément ces arbres desséchés reverdiront au printemps. Sera ce la première fois, ou IV vez-vuus vu Vètï passé? Vous Tavez vu:
i automne amené rhiver, le printemps ramène l*été. Lannée recommence dans un temps (\ai lui e^t marqué; et les hommes faits è l'image de Dieu mourraient pour ne plus revivre I »
Nous nous proposions de citer ici deux beaui travaui de M. Devay, eide H. Waterke^n sur la résurrection , mais M. Henri Martin les ayant résumés et complétés, nous aimons mieux lui emprunter une partie de sa belle discussion sur ce mystère :
t Dans la doctrine chrétienne sur la vie future, » dit-il, « il ^ a un dogme qui, depuis les premiers siècles jusqu'à nos jours, n*a pas [été moins attaque par les philosophes que celui de Téternitédes peines; c'est le dogme de la résurrection des corps. Nous avons vu qu'il appartenait aux Hébreux dès avant la captivité de Babylone, et que le £ivre de Job rattribue à ce patriarche iduméen, qui, suivant la tradition, descendait d'Abraham par Esaû; des traditions conservées par les Arabes font remonter ce même dogme aux plus anciens temps de leur nation. Cependant il me semble qu'on a eu tort de le nommer la forme sémitique de la doctrine de rimmortalitédeVàme^ puisqu'on le trouve aussi, dès une haute anticjuité, d'une part dans la religion des Egyptiens descendants de Cbam, d^utre part dans la religion mazdéenne des Bactriens, des Hèdes et des Perses^ peuples de la race de Japhet, et puisqu'il a été adopté par tous les peuples chrétiens. Quoi qu il en soit, de la part des adversaires de la doctrine de l'immortalité, ou bien de la part des partisans de la métempsycose» les attaaues contre ce dogme étaient nécessaires. Elles ne l'étaient pas de la part des philosophes spiritualistes, qui admettent la ne fotore sans prétendre la définir. Ces philosophes auraient pu se tenir toujours sur ce |)ofnt, comme ils l'ont fait la plupart du temps» dans une prudente réserve, et éviter oea questions qu'ils ne peuvent pas résoudre. Cependant, le dogme de la résurrection des corps étant donné par la théologie, la philosophie peut examiner quelles ^ont les conséquences de ce dogme, et comment il se concilie avec les données de la science. Bn usant de ce droit, mais sans se garantir assez de tout préjugé hostile, quel-
ques philosophes ont proposé des objections que nous allons examiner.
« D'après une première objection partie des rangs de la pbiloso[)hie spiritualiste, la doctrine de la résurrection n'aurait pas d'autre origine ni d'autre raison d*6tre qu'un préjugé matérialiste, d'après lequel pour l'homme il ne saurait y avoir de vie réelle, de bonheur ou de malheur, de peine ou de récompense, qu'autant que sa personnalité résiderait dans un corps organisé. Mais ce préjugé est, au contraire, inconciliable avec ce do^me, tel que la foi chrétienne nous le présente; car nous avons vu que, suivant la doctrine de l'Evangile, des ap6tres, des Pères de l'Eglise, les récompenses des Ames justes et les peines des Ames réprouvées commencent aussitôt après la mort, tandis qu'à la fin du monde senlement les corps ressusciteront, pour prendre part à ces récompenses et à ces peines des Ames. Nous avons trouvé la mémo doctrine chez les Hébreux et même chez les Egyptiens, et chez les Perses. Le dogme de la résurrection des morts est donc toute autre chose qu'une hypothèse imaginée pour éviter d'admettre une vie de l'Ame séftarée du corps. La foi nous dit même que certains êtres très-supérieurs è nous, en relation sublime avec Dieu et les uns avec les autres, en relation aussi avec nous comme ministres de la grAce divine, n'ont jamais eu et n'auront jamais d'organes corporels.
« Une autre objection, empruntée aux adversaires du christianisme naissant, ne s'attaque pas à la possibilité d'une nouvelle union de l'Ame avec des organes, mais à la possibilité de la résurrreclion d*un corps identique avec celui dont les éléments, dispersés après la mort, seront entrés dans des combinaisons nouvelles. Je ne m'arrêterai pas è discuter en détail de nombreuses difficultés soulevées plus ou moins ingénieu- - sèment contre cette |)ossibilité. Une réponse
Jénérale suflira pour les faire disparaître, e remarquerai d'abord que, suivant l'opinion de saint Thomas, la dissolution complète de tous les corps humains aura été opérée par le feu avant la résurrection. J'ajouterai volontiers, avec dom Calmet, qu'il n'est pas impossible à la toute-puissance du Créateur de réunir les molécules dispersées, de telle sorte que, dans le corps ressuscité, il n'y en ait aucune qui ne lui ait appartenu A quelque époque de sa vie mortelle, et je conviendrai volontiers aussi que, pour recomposer ainsi chaque corps humain, il y aurait toujours assez de molécules, sans
E rendre celles sur lesquelles d'autres corps umains pourraient avoir des droits supérieurs. Mais je pense, avec saint Thomas, que celte identité complète de matière n'est nullement indispensable pour étal^lrr l'identité parfaite du corps ressuscité avec le corps détruit par la mort. Allons droit au fond de l'objection; quelques questions adressées à ceux qui la proposent suffiront pour en montrer l'impuissance, et pour couper court
dictionnâihë du pârallelf.
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à toutes les dif&cullés dans lesquelles elle se résout.
«Vous niez, leur dirai-je, qu'un corps rendu à une Ame par la résurrection puisse être identique avec le corps qu'elle animait autrefois, et qui avait cessé d'exister comme corps organisé. Vous savez donc bien quel est le principe de l'identité des corps vivants; c^r autrement vous ne pourriez pas savoir s'il est impossible que ce principe se retrouve après la dissolution du cadavre. Ce principe, quel est-il? Réponde qui l'osera. Ce qu'il y a de certain, c'est que ce principe ne consiste pas dans Tidenlité complète et persistante de la matière des corps vivants. Kn effet, dans ce flux continuel et ce renouvellement incessant qui constituent le jeu de la vie physiologique, les matériaux qui ont appartenu successivement à un même corps humain, depuis Tenfance jusqu'à la vieillesse t suffiraient « suivant la remarque de dom Calmet, pour former un corps colossal. Dans ce torrent de la vie, les matériaux passent et changent sans cesse , mais l'organisme reste le même, malgré ses modifications de grandeur, déforme et de constitution intime; la tige naissante du chêne, cachée entre ses deux cotylédons, aura-t-elle cessé d*être le même végétal, quand elle sera devenue un chêne majestueux? L'embryon de la chenille, encore contenu dans i*œuf, aura-t-il cessé d'être le même insecte quand il sera devenu chenille, puis chrysalide, puis papillon? L'embrjron humain, aura-t-il cessé d'être le même individu, quand il sera devenu enfant, homme, vieillard? Non, sans doute. Or, dans le chêne, dans le papillon, dans l'homme, reste-t-il une seule des molécules pondérales de la tige naissante du chêne, de l'embryon de la chenille, del'embrj^on humain? Quel physiologiste oserait aujourd'hui Tallirmer ou même le supposer? Pourtant, nous le répétons, c'est bien toujours le même individu végétal, le même insecte, le même corps humain. Quel est donc ce je ne sais quoi qui persiste dans le chêne depuis sa germination, à travers toutes les périodes de sa végétation; dans Tinsecte à travers tous ses développements et toutes ses métamorphoses ; dans le corps humain à travers toutes les phases de son existence, et qui constitue à la fois la nature spécifique et l'individualité des corps vivants? Ce je ne sais quoi est quelque chose de réel, car la nature spécifique et l'identité individuelle persistent bien réellement dans ces corps. Mais ce principe d'identité, qui ne peut être ni la totalité, ni une partie de la matière changeante de ces corps, est indéfinissable pour nous, parce que nous ne pouvons nas le connaître en lui-même, parce qu'il échappe à toutes nos investigations, et parce que nous ne voyons de lui que ses manifestations, qui sont les phénomènes de la vie, sans pouvoir atteindre ce principe lui-même, qui est la cause permanente de ces phénomènes variables.
« Nous pouvons conjecturer seulement que ce principe est impondérable, puisqu'il
n'est ni di^truil, ni alli'ré ftar le renouvelle, ment successif, mais complet, de touic la matière pondérable du corps vivant. Ce principe n'est vraisemblablement pas l'Ame ellemême, puisque les plantes vivent et n'ont pas d'Ame. Dans l'homme et dans les animaux intelligents, l'âme parait exercer, outre les opérations dont elle se rend coinpte h elle-même, une action instinctive et sans conscience, par laquelle elle excite et régie les phénomènes de la vie des corps; maih il est vraisemblable qu'elle ne les produit nas. Ces phénomènes, qui ont lieu dans tes plantes sans l'intervention d'une Ame, doivem appartenir à l'activité d'un principe impondérable, mais matériel, qui produit et entretient la vie physiologique et avec elle Tidentité spécifiuue et individuelle de chaque corps vivant. 11 me parait probable, d'après les données expérimentales de la science, que cet agent, objet direct et immédiat de 1 activité externe tant volontaire qu'instinctive de l'Ame, et instrument de son action sur la masse pondérable du corps, consiste en certains courants d'ondulations du fluide impondérable. Ces courants, analogues, mai$ non identiques à ceux de l'électro-magnétisme, ne peuvent exister que dans un organisme qui en détermine la nature spécifique et dont ils déterminent à leur tour la nutrition et le développement. Mais, avant la manifestation de la vie individuelle, ils doivent exister déjà, avec leurs taraclères spécifiques, dans l'organisme à l'état rudimenlaire, dans l'ovule, dans le çerme. Pourquoi donc, en ce qui concerne l'homme, ne pourraient-ils pas survivre dans quelque organisme subtil, que la mort n'atteindrait pas, et qui serait destiné à reprendre une activité nouvelle, sous la puissance excitante et régulatrice de l'Ame, au jour de la résurrection? En efl*et, qui nous prouve que le rapport de ce principe vital avec l'Amené
{)uisse pas se maintenir ou se rétablir après a mort du corps visible, et que ce même principe ne puisse pas survivre è la disper- . sion totale de la matière de ce corps après la mort, aussi bien qu'il survit au renouvellement incessant et total de cette matière pendant la vie? Qui nous prouve aussi que ce même principe, parla volonté toute-puissante du Créateur, ne puisse pas, dans son union avec la même Ame, devenir un jour l'agent de la reproduction de ce corps détruit? Et ce corps ne pourra-t-il pas alors être, non-seulement spécifiquement, mis individuellement identique a celui que la mort avait dissous, quand bien même le corps ressuscité ne contiendrait plus les mêmes molécules de matière pondérable qu'à Tun quelconque des instants de sa We mortelle, et bien qu'il puisse êtra doué désormais de facultés très-supérieures à celles qu'il avait autrefois? Pourquoi non, si le papillon est bien identique a l'embrjon de la chenille, après le renouvellement de toute la matière de cet embryon?
« Les expressions de l'Ecriture sainte et les décisions de l'Eglise ne nous obligent
IftI
nESUURECTION.
pas h rroîrc que le norps ressuscité doive Hro f>lus identique au corps détruit par la mort, que ce corps n*était identique à luiiDAme pendant les diverses phases de sa vie niorletie. Bien loin de le, entre le corps mortel et le corps ressuscité, malgré leur jJenlité spécifique et individuelle» ces deux autorités nous signalent une différence merveilleuse de propriétés, dt>nt elles nous donnent un exemple en nous montrant lecorps du Christ dans ta transfiguration, dans les np^iaritions qui suivirent sa résurrection et dans son ascension glorieuse. Pour exprimer mieux la différence profonde entre to corps périssable, inerte, rebelle à rflme, et ce Oléine corps devenu incorruptible, iiisirument actif et docile de la pensée et ^e la volonté, saint Paul va jusqu'à opposer Tune ï laulre les expressions de corps animal et le corpi ipirituel. C'est donc TEcrlture sainte elle-uiême qui nous invite à ne pas fnlendre d'une manière trop étroite l'ideniiié du corps dans ces deux conditions si dii^erses. Mais ce qu'elle nous enseigne de fdçon à exclure tout écart d'interprétation, ^'est qu'après avoir vécu d'une vie séparée, es âmes reprendront leurs corps à la fin des emps et pour toujours, et que ces corps» OUI fpiriiualiséê (ju'ils seront, pour ainsi lire, par leur obéissance complète et facile )ux ordres de l'âme, seront pourtant tounurs des corps, des organismes composés i*uue substance étendue et divisible» bien |ue désormais indissoluble.
«Nierez-?ous que la résucreelion ainsi 'Offlprise soit possible è la volonté créatrice? >ioo, si vous croyez à la création d'un preoier couple humain. Or, nous avons dé- Qontré qu'on ne peut refuser d'y croire, ans rejeter les données les plus certaines 'e la raison. M'acceptez-vous aue les données de l'observation et de rinauctton expéimentaie 7 La conclusion est la même ; car » découvertes géologiques et paléontoloiques montrent que l'espèce humaine n'a «s toujours existé sur la terre, mais qu'elle
est apparue» il y a quelques milliers d'anées, comme un type nouveau, et non comme ) résultat d'une transformation progressive e quelques types plus anciens. Il faut donc u'une première association d'une flnve et *un corps humain ait eu lieu autrement ue par la ^nération. Ainsi, en faveur dB ( |K>ssibilité de la production d'un corps uwaiu sans génération» il v a un précédent >nstaté iiar la science. En faveur de l'identé possible d*un corps ainsi produit avec n f^orps uni autrefois è la même Ame et déuit par la mort, il y a un fait constant, ^^n qu'inexplicable, le fait de l'existence un principe d'identité individuelle qui srsiste dans chaque corps vivant, malgré le rangement total de la matière dont ce corps I compose.
• Ce principe d'identité individuelle doit re le même qne le principe de la vie phjroltigif|ue de chaque corps, et il est vraimblable, avons-nous dit, qu'il résidedans i organisme subtil, inaccessible k nos ob-
servations. I^ survivance de cet organisme après la mort est possible. Ajoutons que chez l'homme certaines observations physiologiques en indiquent la vraisemblance. £n effet, dans la condition actuelle de rhorome déchu, la mort est te terme naturet et inévitable de la vie du corps humain ; mais certains faits laissent entrevoir que le principe vital a une énergie plus durable quo la vie du corps visible, car la longévité huniainn est quelquefois accompagnée d'un révf'il ihi
f)rincipe vital, et d'un effort de sa part pour aire recommencer les phases de ta vie dans un corps décrépit ; c'est ainsi qu'on a vu se produire chez les vierllanis des deux sexes une dentition nouvelle» la naissance de nouveaux cheveux pareils h ceux du jeune ^ge, et quelques autres phénomènes analogues.
Cet effort du principe vital n'a que des effets peu étendus et peu durables, parce qu'il s'exerce sur des organes usés par ce travail incessant que la mort opère dans nos cor[>s pendant le cours de la vie. Cet effort exceptionnel chez l'homme» et qui n'a jamais ^té signalé chez les animaux, est peut-être un faible vestige de la transformation gtorieuso
2ui aurait tenu lieu de la mort, si Thomnie tait resté innocent et immortel tout entier. Mais, surtout, ce phénomène, dans le corps mortel de l'homme déchu, parait être un indicedelasurvivancedu principe qui, au jour de la résurrection générale, par l'ordre et sous l'excitation toute-puissante du Créateur, re* nouvellera l'organisme humain.
« Demanderez-vous ce que peut devenir ce principe entre le iour de la mort et celui de la résurrection? Qui le sait? mais au'impôrte? Voulez-vous pourtant une nypothèse? En voici une qui n'est pas nouvelle, puisque Leibnitz a pu en trouver la notion, en'partie chez saint Grégoire de Nvsse, en partie chez les néo-platoniciens, vous êtes libres de supposer, avec Leibnitz, Cfue le principe de la vie physiologique est impon* déi^ble» mais (ion incorporel, et que I Ame reste unie h ce principe» tandis qu'elle est séparée du corps pondérable et visible. Je ne prétends ni accepter cette hypothèse, ni la rejeter. Je remarque seulement que le dogme de la résurrection peut s'en accommoder; mais il peut aussi s'en passer. En effet, rien ne prouve que l'union avec l'Ame sott indispensable è l'existence du principe mystérieux de la vie physiologique; et, d'un autre côté» rien ne prouve a priori que l'Ame» substance simple» ne puisse pas» pour un temps plus ou moins long, exister et penser sans être unie à un organisme quelconque ; de même que rien ne prouve o priori qu'ayant bien été unie k un corps pendant la vie nrfortelle, elle ne puisse pas être réunie un jour k ce même corps reformé d'une manière plus parfaite pour une vie immortelle.
« Dira-t-on que l'immortalité d'un corps vivant est impossible? Pourquoi ? Serait-ce parce que les corps vivants» dans leur condition actuelle» ont une existence limitée diaprés les lois mêmes qui les régissent? De
fin
il4t
quel droit suppose^^ton rklcntîlé coinf)1ète (les lois de la condilion actuelle des corps avec les lois d'une condition plus parfaite? Dira-t-on que tout corps, par sa nature même, est susceptible de périr par dissolntîonf C'est vrai ; mais pour qu'il se dissolve effectivement» il faut que les forces qui tendent k le dissoudre viennent à remporter sur celles qui tendent à le conserver. Or, connaissons-nous la limite de Ténergie que ces dernières forces peuvent recevoir du Créateur, diml la puissance, comme Platon ]*a dit, peut faire durer à jamais ce qui n'est pas impérissable par essence? Et, pour cela il n'est pas besoin de supposer une action immédiate, spéciale et perpétuelle de Dieu : il sunil que, dans cette association nouvelle de TAme et du corps, l'organisation soit dans un état d'équilibre stable, sans pertes à réparer, sans nutrition, sans croissance, sans ossification progressive, sans dépérissement, et que Tftme, qni dans Télat actuel a peutêtre à son insu le rôle d'exciter les phénomènes de la vie physiologique, reçoive alors sur les organes une puissance de même instinctive et nécessaire, mais beaucoup plus étendue, pour en régler les fonctions nouvelles et pour soustraire le corps à toutes les causes de destruction.
« Craint-on que la terre, même transfor« mée, ne puisse suffire k la multitude des bienheureux ? Mais qui nous force à considérer la terre comme leur demeure exclusive? Dans notre condition actuelle, la force motrice, tant instinctive que volontaire, de l'âme n'agit sur la masse pondérable du corps que par l'intermédiaire d'un moteur impondérable, dont les courants produisent les contractions musculaires, et par elles les changements d'attitude et de position réciproque des diverses parties du corps, et cette force interne ne peut produire un mouvement de translation du corps entier qu autant que les muscles moteurs trouvent L\x dehors un point d'appui suffisamment résistant. Maissaint Augustin pense, et il est permis de croire avec lui, qu'après la résurrection l'Ame pourra mouvoir le corps dans Tespace par un pouvoir volontaire, exercé directement sur toutes les parties à la fois, et que l'organisme perfectionné pourra, sous l'action de l'Ame, se maintenir dans les conditions nouvelles de la vie en un milieu quelconque, et malgré toutes les causes tant internes qu'externes de destruction. Ainsi, une déUnition célèbre, mais peu exacte dans l'état actuel des choses, pourra se trouver réalisée dans la vie immortelle et bienheureuse ; il nous est permis d'espérer que, dans cette autre vie, l'homme sera vraiment une intelligence toujours senne j jamais dominée ni entravée par de$ organes.
« Qu'on ne dise pas que cette hypothèse est invraisemblable, f>arce (qu'elle s'éloigne trop des conditions de l'existence actuelle de rhomme. La vie de l'Ame, à jamais séparée de tout organisme, cette vie annoncée au nom de la philosophie par quelques-uns de
nos adversaires, s'éloignerait bien plus en*» core de ces conditions, dont elle serait la négation pure et simple en ce qui concem» la double nature de l'homme* Dans noire hypothèse, au contraire» ces conditions qni existaient toujours on puissance dans lame séparée, se rétabliraient en réalité par la résurrection, avec des modifications qui constitueraient un perfectionnement de notre double nature. Or, au point où en est la science, ce perfectionnement futur, loin d*étre déclaré impossible, devrait plutAi être proclamé vraisemblable. En effet, la physiologie nous apprend que le corps humain, depuis l'état d'embryon jusqu'à l'âge adolie, parcourt une série de développements dont le premier terme est une organisation analogue, par ses caractères apparents, à celledes êtres les plus infimes du rèffne animal, et dont le dernier terme est la forme humaine parfaite ; de sorte que, par rapport i l'homme, les animaux les plus inférieurs sont des embryons permanents. La même science parait nous indiquer que beaucoup de maladies organiques consistent en une tendance rétrogradede certaines fonctions vers l'état enh bryonnaire. Hais, d*un autre cAté, il est parfaitement constaté que, dans certains états nerveux, soit spontanés, soii produits par quelque excitation externe ou par qoelqoe désordre de l'organisme, les sens et la forte motrice acquièrent par excqition une poissauce étrangère et supérieure è la condition habituelle de l'homme.
« Par exemple, dans ces états, on entend distinctement les sons les plus faibles k une distauiie où les meilleures oreilles ne les entendraient nullement; on voit disUneteroent les objets les plus petits dans une obscurité profonde, ou bien è des distances prodigieuses, ou bien è travers des bandeaux épais; on produit sans effort un développement prodigieux de force musculaire, soit poor L'impulsion, soit pour la résistance. Je ne parte |X>int ici des phénomènes problématiques de ce qu'on appelle le magnétiime animalf bien qu'on ne puisse pas les rejeter tous. Je veux bien auesi ne pas invoquer des faits beaucoup plus merveilleux, quo présentent les vies oe plusieurs saints personnages. Je m'arrête exciosivement è des phénomènes bien et dûment constatés par U science contemporaine. Je dis que r«s phénomènes indiquent dans Forganisme bomain des iacuhés Latentes, dont l'entier développement ne se produit pas en cette vie, mais dont quelques indices y apparaissent exceptionnellement comme une anticipation de l'avenir. C'est comme si le corps d'une chenille laissait entrevoir qaelqM^ linéaments futurs du papillon.
« Je dis que la rénovation par laqaelle ce progrès doit s'opérer longtemps après la dissolution du corps visible n'est pas plo^ invraiseoiblable que ce progrès mèoie. kit prenons garde d'être dupes d'un préiugé et d'une illusion vulgaire. Les merveilles les plus apparentes de l'ordre aciod du monde excluent de notre part Téton oemeot par rb>*
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RESUREIBCTION.