‹ Dictionnaire du parallèle entre diverses doctrines philosophiques et religieuses, d'une part et la foi catholique de l'autreChapitre 70 sur 87 · IMO · texte numérisé non relu

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seigneroentsupérieury soustrait à toute ins* pection, è tout contrôle officiel ; le régime intellectuel des grands séminaires est celui de la liberté la plus absolue; rien ou presque rien n'étant demandé à Télève comme devoir rigoureux, il reste en pleine possession de lui-roême. Qu'on joigne h cela une solitude absolue, de longues heures de méditation et de silence, la constante préoccupation d'un but supérieur à toutes les considérations personnelles, et on comprendra quel admirable milieu forment de pareilles maisons pour développer les facultés réfléchies. Un tel genre de vie anéantit l'esprit faible, mais donne une singulière énergie è l'esprit capable dépenser par lui-même. On en sort un peu dur, parce qu'on s'est habitué à p.lacer une foule de choses au-dessus des intérêts, des jouissances et môme des sentiments individuels; mais cela même est la condition des grandes choses, qui ne se réalisent jamais sans une forte passion désintéressée. Voilà pourquoi les séminaires sont une ftourcesi importante d'esprits distingués et tiennent une si grande ulace dans la statistique littéraire. La nullité môme de renseignement qui s'y donne est en un sens un avantage : l'esprit des jeunes gens y conserve plus de liberté que dans les écoles où l'enseignement est trop réglé. La vieille scolastique qu'on y apprend est si insignifiante, que personne ne peut s'en contenter. M. Lamennais sortit du séminaire tout formé... Les premiers essais, d*un caractère purement ascétique qu'il publia dès 1807, sont aussi parfaits de style que ses ouvrages les plus admirés. On y trouve ce mélange

t pénétrant d*onction et de vigueur qui forme e cachet de son génie. Il eut tout d'abord, et garda k travers ses transformations l'ampleur du style ecclésiastique, ce vocabulaire sonore, à nuances tranchées, qu'il a porté avec lui dans les camps les plus divers. Le prêtre a ua style à part, et dont il ne se débarrasse jamais. Le grand absolu de ses thèses lui permet des airs hautains qui siéraient mal au philosophe... 11 e^^t censé parler au nom de Dieu; cela est très-choquant dans la polémique, où, par la loi même du genre, [es deux adversaires sont égaux; et, eu etfet, rien de plus fatigant que la polémique catholique, l'apologiste se donnant, une foule d'avantages que la critique désintéressée doit se refuser; mais dans les ouvrages oratoires celle fagon de prendre les choses de haut ebt d'un assez grand effet. C'est par là que les uiandeiueQls des évoques se font souvent lire avec agrément, et que le latin des bulles papales, sans Mguifier ^rand'chose, a un certain charme de plénitude et de grave harmonie. » Nous ne relèverons pas l'inoonvenaace de ces dernières paroles ; tout ce qu'elles prouvent, c'est que M. Kenan n est pas eu état de comprendre et d'apprécier le liUinde» bulles papcUas; mais nous ne pouvons nous empêcher de remarquer que, dans la polémique entre Catholiques et rationalistes, les airs hautains, les exigences fatigaoies sonl du côté de ces derniers, qui n ont

pourtant pas Teicuse d'ôtre censéi parler bm nom de Dieu. N'est-ce pas en effet un avantage énorme que se donne l'incrédule do récuser a priori toutes les doctrines qui dépassent le niveau de sa raison, même quand il lui serait démontré qu'elles sont révélées de Dieu? Pourquoi, d'ailleurs, M. P%enan ne spécifie-t-il pas ces avantages que s'accorde, contre la loi du aenre^ la polémique calbolique? Accuser d une manière aussi vague, n'est-ce pas réellement fuir la discussion,en mettant l'adversaire dans l'impossibilité du répondre?

M. Renan reproche ensuite à M. de I^roennais d'avoir traité h chaque page de VEssai sur l*indifférence des matières qui sont du domaine de l'érudition, et cependant d'avoir négligé de profiter des travaux historiques et pnilosophiques des Allemands, de s'en être tenu à des livres de dixième main , et d'avoir ainsi commis beaucoup d'erreurs. Il ajoute: «Quand on parle des choses,il faut les savoir aussi bien que possible. VoKaire écrivait à Cideville qu'il se proposait bien de ne pas lire VHistoire littéraire de la Francs^ que compilaient patieovment, volume par volume, les Bénédictins de la congrégation de Saint-Maur.Quel dommage I Et que d'erreurs sur le moyen âge, ses mœurs et ses institutions ne se fût-il pas épargnées s'il eût étudié avec plus de soin le savant ouvragedont il parlait surun ton si cavalier I Bossuet de même écrivit tonte sa vie sur la Bible, et n'eut que dans ses dernières années l'idée d'apprendre l'hébreu; notez que préalablement il s'était permis de persécuter Richard Simon qui le savait...

« Le reproche que j'adresse à M. de Lamennais ne lui est pas personnel : il s'applique à toute l'école si distinguée à beaucoup d'égards, qui, dans la première moitié de notre siècle, a cherché a relever le catholicisme du discrédit où il était tombé. Cette école à laquelle on ne peut contester une véritable valeur en philosophie, et surtout en esthéiiaue, en a très-peu sous le rapport de l'érudition. Cela est tout simple: la partie savante de l'ancien clergé oui avait survécu à la révolution, ou bien s était totalement sécularisée, ou bien était teuue par ses tendances jansénistes et gallicanes en dehors de la nouvelle école. M. Daunou et dom Brial se fussent donné la main pour condamner des idées aussi contraires à leurs habitudes d'esprit. Or, en érudition, la tra* dition est nécessaire, et les plu^ louables efforts n'y sauraient suppléer. M. de Chateaubriand, qui avait une intuition si vive des temps et des races, fut arrêté 9\xt le seuil de la grande histoire par l'insuffisance de son instruction. M. de Bonald faisait de grandes considérations sur la succession de> systèmes philosophiques, et n'avait guère lu, hélas I en fait d'histoire de la philosopine ciue M. de Gérando, M. de Mai.*»tre, qui avia 1 esprit éveillé sur taat de choses» en resta toujours à la philologie des Jésuites, dout les Soirées de Saint- Fêler sbourg présentent de si amusants spécimens. M. de Lamennais

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UEVELATiaN.

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s>n tint également aux vieut argumenié; (jai, depais plas d'un siôcte, n'ont {.as cessé (îe défrayer les apologistes; il ne soupçonna \)Hs tin moment que la science eût depuis cinquante ans entièrement changé d*aspect. Même sorti de TEglise, il ne se renouvela pas; en philosophie du moins, il ûe dépassa jamais ses cahiers du séminaire.... La foi à son infaillibilité t*empècha de rien demander m dehors, et de comprendra l'esprit du tér-Uable critique se livrant pieds et mains liés aux faits pour une les laits le traînent oà ils veulent... » il. Benan essaye ensuite de proarer l'incompatibilité du cauiolicisme avec la Hbetlé de conscience, les tendances modernes, etc. : c Le mot de liberté^» ditil, « ne saurait avoir pour les Catholiques le même sens que pour tiôu». » Mais à celle vérité incontestable, il mêle Uii6 foule d'aperçus aussi hxxx que disparates; on eu jugera pat lès extraits qui suivent : « Ce que Socrate a été pour le mouvement philosorihiqne de la Grèce antique, Lamennais Fa été pour le moutement catholique contempomin : tout orocède de lui. Le changement qu'il avait désiré avec une si ardente passion s'est fait sans lui, malgré lui, et avét ses malédictions. SMt eût attendu quelques années, il eflt vu les iTtiûcipes qui le faisaieut condamner de venir la politique générale de TEglise.» M. Renan éonlond tout ici. La contradiction qa'il signale dans Lamûnnais est réelle, s'il l^arle de ses tendances ultramontaines; mais là n'est ptid la cause de sa condamnation ; quant auit principes qui l'ont fait condam^ ner, «'est-è-dîré quant au droit absolu de Terreui* à lé Ml)erté, M. Kenân reproche précisément i l'Eglise de ne pas l'admettre 1 Mais eontfllaons de lire r « L*étflt de TEglise de Vratice est bieil maintenant ce que le voulait Lamennais en 1925, et Tétat général de l'Eglise tend de plus en plus vers te même idéal.... Il vit que le système des Eglises nationales, composées de diocèsses organiser) sur une sorte de droit divin, allait se (lerdant dans l'idée de catholicité, que la féodaifté, ou, en d'autres termes, la souveraineté divisée, tendait k disparaître de l'Eglise, comme elle À dispara (ie l'Etat, et que TËglise obéis^it comme le monde entier à une teirdance vers (a centralisation. Là justesse de ses prérisiotis sur tous ces points est vraiineftt digne d^atlmiration ; Je suis persuadé c{ue rateuir ne fera que confirmer co qu'il a si finement entrevu. Sans vouloir en etrel hasarder de pr0})hétie sur un sujet aussi dëiicat, il^ est permis de dire qu'une graiHl« rénHiiHèa est sur ie point de s'acromplîr dans le sern de la catholicité; que dis-je? elle est ééjfc accomplie. Le type du j^ouvernement que napoléon imagina pour la France devient ceint de t^Eglise. L'in^tituiioa ée l*évêque envisagé comme le souverain spirituel de son diocèse, réglant sa liturgie, i»avlani seal h ses fidèles par ses Mamiemeni^, est efi contradiction avec l'état ïttuel du molide et la tendance des temps iHidernèe ver» les srandes agglomérations. L'évèque en vieoi ee plus eu plus à n'être

DlCTlONN. DU PA^ÀlxiLB.

que te représentant d*un fiouvoir. central, un véritable préfet. Que restera-t-il dehi)ut daoa un pareil état de TEglise? Deux choses : j'adminiâtralion romaine et le jouroalisme. Le journalisme, en effet, est seul caf^alkle d'une action centrale. L'évèque s'adresse à quelques milliers de fidèles, ré{>andus sur queluues lieues de territoire. Le journaliste catholique s'adresse è toute la chrétienté;. il reut enseigner dans le diocèse méoie 4e lévêque qui le combat, parler aux fidèle» sans permission du pasteur. On ne songe^ point assez è l'énorme importance de, cette révolution; ce que les ordres mendiants

furent au xui* siècle^ le journaliste cathoique l'est ûe nos jours : un pcHivoir indépendant de l'évèque, tenant S6s pouvoirs du Pape, exerçant sur le terrain de févèque sans sà participation. L'épiscopat a fiii, à force de luttes, par vaiqcre les ordres religieux; vaincra-t-il le journalisme? Il est certain du moins que, jusqu*ici la victoire est restée è ce dernier: nous avons vu un archevêque humilié devant un journaliste, son diocésain; nous avons vu poser eh priucipe, qiie l'ordinaire ne peut rien sur le journal qui s^imprine dans son diocèse. Il est évident que le gouvernement de TEglise est dominé de plus (mi plus par des influences extraépiscopales, ei que Vavenir ap|»artienl è tout ce qui, de près ou de loin, exercera une action centrale dans la catholicité.

« Mais qu'on réfiéchisse è une autre conséquence qui sort invinciblement de ces prémisses. L'adminLstralion centrale de la catholicité, établie h Rome, et Uestinée i attirer toui à elle, ne peut noint être la pa^iauté italienne des derniers siècles, fondée sur les. traditions et le6 habitudes de lesfirit romain. Tandis que fa papauté a eu dans l'Eglise un pouvoir restreint, elle a pu déférer ce pouvoir à l'Italie; mais du jour où la caiholicité sera réellement gouvernée par Home, elle voudra que ftome soit une vraie image de la catholicité. l)éj(i les cleq^és locaux sont, représentés à Uome (mr un certain nombre d'homines importants, qui bientôt deviendront des puissance», et rejetteront dans l'ombre les rôuà^jes purement romains, il se passera I& quelque chose de ce qui arriva dans la Home profane le jjpur où elle fui maîtresse du mondé : le mande l'absorba à son tour; Rome ne fut plus dans Borne: les provinces l'envahirent, en firent leur chose et se gouvernèrent par elle. Aiosi la papauté prendra le gouvernement entier de la catholicité, mais fa i;atbolicilé voudra alors que la papauté soit catholique et non plus italienne. Le fait q.ui s*est si souvent et si logiquement produit an moyen âge, lorsque la papauté était cosmopolite, tend à se produire de nouveau, et, de même que la papauté universelle du moyen âge eut des Papes de teutesles nations, de même qne la Borne impériale eut, au bout de quelque

été le point de départ et j^cra longtemps le

lies

foyer dn parti catholique. Le jour où Pie IX a reconnu qu'en suirant une politique italienne^» il perdait la papauté, il a posé la question dans ses yéritables termes. La papauté ne peut plus être qu'universelle: le pei^ sonnet italien de Tadministration romaine ira baissant de plus en plus; il cessera de se recruter, et ses yides seront remplis par des étrangers. Mais Tltalie, ne proAtant plus de la papauté et n'y présidant plus, u' en Toudra plus, et ne supportera pas qu'une ' fraction notable de son territoire reste sacrlQéo à une administration qui n'aura plus rien d'italien. Que conclure de tout cela? Que la papauté s'en va de l'Italie; qu'avant cinquante ans, il sortira d'un conclave un Pape non Italien. Ce jour-Ik le parti catholique aura remporté sa dernière victoire, et sera arrivé réellement au gouvernement de la catholicité. » Ce qu'il y a de vrai dans tout cela a été dit, il y a sept ou huit ans, par M. Auguste Nicolas, dans un Appendice à ses Etudes philosophiques sur le chrislia-' nisme. Mais M. Kenan y ajoute des inexactitudes, des exagérations, des confusions. II se laisse éblouir par les apparences, et des modiGeations superBcielles lui semblent des transformations radicales. Les attributions de répiscopat et celles de la papauté, dans ce qu'elles ont d'essentiel, sont aujourd'hui ce qu'elles ont toujours été, et elles ne chan*

fieront jamais. Cette immutabilité se conciie très*l)ien avec le soin que prend l'Eglise de varier sa discipline selon les besoins des peuples catholiques. Dix-huit siècles d'ex-

Eérience prouvent assez cette affirmation. e pouvoir épiscopal n'a rien à craindre des Srogrès de l'amour des fidèles pour le Saintiége; car le Saint-Siège a toujours été le Eremier défenseur du pouvoir épiscopal.

.'un et l'autre d'ailleurs reposent sur la parole de Dieu, et il faut être bien prévenu pour ne pas reconnaître que le Pape a toujours gouverné, comme aujourd'hui, la catholicité, et que les évèques gouvernent encore, (»mme autrefois, leurs diocèses. H. Renan voit une incompatibilité entre l'affaiblissement de l'élément italien dans les concis du Pape, et le maintien du pouvoir temporel pontifical; mais il se contredit; car il compare lui-même ce qu'il appelle la centralisation de l'Eglise avec l'influence des Papes au moyen âge; et cependant, au moyen âge, la fréquente élection d'étran-

f;ers au souverain pontificat n'empêchait pas e Pape d'exercer un pouvoir temporel plus étenau qu'aujourd'hui, même en Italie.

D'ailleurs le Pape ne pourrait-il pas faire

{gouverner ses Etats par des Italiens, tout en aisant participer les étrangers au gouvernement général de l'Eglise? Si certaines branches de ce gouvernement général sont indépendantes les unes des antres (par exem-

Kle, la Congrégation de l'Index et celle des ites), l'administration temporelle de l'Etat pontifical pourrait bien plus facilement encore être séparée du gouvernement spirituel, quoique dépendant de la même volonté sn- I^érieure.

« Ce que nous reprochons k Lamennais* i dit plus loin M. Renan, « ce n'est pasd*itoir changé, mais d'avoir changé d'une manière trop absolue, et, sans rien garder de la foi

3u il abandonnait, d'avoir passé sobiiemeot e l'amour h la haine. Quand on loi pariait de ses variations, il avait coutume de répondre : Je plaindrais rkomme qui Whffmi jamais changé. Il avait raison, si, \)êr chan*

Sèment, il entendait le progrès rationoel 'une intelligence embrassant chaque jov un horizon de plus en pius étendu, toutes conservant le sentiment de ce qu'il varau de bon et de vrai dans les états quelle a quittés; mais les variations de LBiDeDa:$ ne furent jias de ce genre : le lendemain da jour 06 il avait abandonné une croyancMi la détestait. En cela, il montra peu de entique; car le premier principe de la critiqoe est qu'une doctrine ne captive ses adhéreob (jue par ce qu'elle a de légitime. On se itit injure è soi-même en adinetlant qu'onapa croire et aimer ce qui n'avait rien de vrain d'aimable. Si, au lieu de sortir du cluiM'4nisme pour des motifs où la politique et a passion eurent plus de part que la froide

raison, il en fût sorti par la voie rojale<i( l'histoire et de la critique, peut-être eftt 1 gardé sa paix, et se fût-il é|)8rgné les cliquantes contradictions qui ont semblé aoi ieux de plusieurs une tache à $ê probité. • I. Renan, qui ne manque pas une ocosioq de nous dire qu'il n'est plus Catholique, lAche ici de justifier la vote ro^fûte par la-

Suelle il est sorti du christianisme. PeottrCi cependant, n'a-t-il pas gardé sa fox. Nous le souhaitons, afin qu'il éproofe W besoin de changer encore, et qu il reconnaisse enfin que le catholicisme, étant la iérité, est assez vaste pour que l'on puisse, sans en sortir, embrasser chaque jowr 1^ horizon de plus en plus étendu*

« Lamennais, » ajoute-t-il, t ne vit pas (jue la (>olitesse renferme un grand fonds « justesse et de philosophie, il De com^int \>èï ce qu'il y a cTironie dans un certain res* pect... Il y a chez lui trop de colère, et (4f assez de dédain; les conséquences Huéraires de ce défaut sont fort graves ; la («* 1ère amène la déclamation et le mauuu goût; le dédain, au contraire, produit i<m* que toujours un style délicat. La colère 1 besoin d'être («artagée, elle est indiscrète; car elle veut se commoniqjuer. Le déda: est une fine et délicieuse volu|itét qu'on sivoure à soi seul. 11 est discret, car il)* suffit. » — Pourquoi donc M. Renan o« sevoure4-il pas son dédain à lui tout seul, ^ lieu de Tétaler dans les journaux 7 D*':"* leurs, n'est-ce pas se faire ii^jure que de dédaigner, même secrètement, ce qo*on 1 cru? Toutes ces contradictions ne lemtM^ rassent nullement, et il poursuit : « A cei égard , je suis toujours tenté d^opposer à Umennais l'exemple d'un boiuma qui, coi^ lui, avait été prêtre, et qui avait professé la théolosie. Daunou, dont la ibi était ^ujêtre |)lus éteinte que la sienne, inuii» toute sa vie sur des matières ecclésiasiitiuas

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REVELATION

sansqo*OD puisse trouver dans ses écrits» ni une concession à ses anciennes croyances, ni unetîvacité contre elles. Qu*on lise son bel article sur saint Bernard, dans VHistaire liUéraire de la France: c*est d*un bout à l'autre up sarcasme du moyen âge et de ses institutions, voilé sous les formes d*un respect apparent. Lamennais ne connut, ni cette indulgence de l*homme judicieux qui a appris h tout comprendre» ni celte haute placidité de la philosophie, qui ayant dépassé la sphère des disputes et des contra* dictions, est arrivée, comme on disait autre* fois, à se reposer en Dieu. Par le s'explique la médiocrité relative des ouvrages philosophiques qu*il produisit dans sa seconde |)ériode. »

M. Renan parle ensuite des Œuvres posthumes de Lamennais, « Le rhéteur, • dit-il, « domine dans la Préface du Dante: i^homme attachant et digne de toute Tattenton de la critique se retrouve dans les Mélanges. Il se retrouve bien plus encore dans la Correspondance.. Alesi ncheux que Lamennais, en traduisant la Divine Comédie, se soit cru obligé de joindre k sa traduction des considérations appartenant à Thistoire littéraire, avec laquelle il n'était point familier, et toute une philosophie de Thistoire, qui a le tort de dégénérer souvent en lieux communs... L'histoire devient sous sa plume une sorte de grisaille incolore , formée par la réunion du blanc et du noir. (Suit une citation furibonde contre la féodalité.) Si M. de Lamennais , au lieu de 8*en tenir k des données superficielles, avait lu seulement les vieilles lois barbares recueillies dans le Corpus Juris Germanici amtiguit il eût reconnu que, loin de contribuer k détruire, la race germanique a plus contribué qu'aucune autre k fonder la liberté , le droit de l'individu contre FElat , et les institutions politiques dont les peuples modernes sont le plus iustement fiers. L'Histoire de la théologie chrétienne suggéra k Lamennais des idées plus

fines et plus vraies, sans une précision

tout k fait scientiQaue, faute do connaître les détails H semble être sorti du catholicisme pour des motifs de froissement person* nel, bien plus que par la marche fatale de sa pensée ; Tétude lui révéla ensuite les raisons scientiBques de l'acte qu'il avait accompli sous le coup de la passion. Dans cette recherche, k laquelle on ne peut reprocher que d'avoir été faite après coup , il porta une rare sûreté de méthode... Sur la critique du surnaturel, par exemple, on trouve dans son livre d'excellentes discussions, qui égalent presque les belles analyses de la foi au merveilleux, qu'adonnées M. Littré. Ily a des mrrocfaa, quand on y troit ; ils disparaissent quand on n'y crot7 plus. Peut-on mieux direT Et quelle excellente paçe (}ue celle-ci I Sur toui te ^i touche Vinsptration des livres Ae- Inreux^ tlfaui remarquer fue, chex les anciens peuples^ toute législation comme toutepoésie était crue inspirée^ et mand cette opinion s'établit^ elle laisse dans te langagCf danscertai^ nés formules consacrées des traces profondes

qui subsistent encore aujourd'hui. Vhomme voyait Dieu partout ^ le sentait partout ^ êtes n était certes pas en cela quil se trompait. Par une sorte de vive et sûre intuition^ il te décou^ vrait en soi et hors de f ot, mats t7 ignorait ce queiaraisonjaphilosophie^ la science devaient peu à peu lui révéler , le mode de sa présence et les lois de son action. Pour établir rinspi^ ration des écrivains bibliques^ on oublie donc d'abord^qu*en tous lieux ^ les premières histoi' res^ purement traditionnelles^ se composaient de récits vrais pour le fond^ mais ot nés dans le détail de fictions poétiques^ que de tout temps le génie oriental^ ami du merveilleuXf a multipliées sous toutes les formes. Prenant ensuite à la lettre ce merveilleux poétique ^ ces fictions^ y attachant une foi absolue^ on a fondé sur elles l'autorité divine du livre où elles sont consignées^ en même temps que l'on fondait sur Fautorité du /icre, la vérité de ces mêmes fictions. Que si^ en effet j on ne consent pas à se renfermer dans ce cercle , plus de preuves possibles^ ou en tout ccu, des preuves uniquement de raison , et qui dis lors n'ont de force que celle de la Dure raison naturelle, à qui ton pose ce problème étrange: Trouver dans la nature un motif de croire ce

Ïu'on suppose être au-dessus de la nature. » Ixcellente page! dit M. Renan. Excellente appréciation I pourrions-nous dire, car elle donne la mesure des connaissances théolQgi^ues des libres penseurs. Si les raisons scientifiques d'eiposlàsier se bornent là, nous ne ferons pas de compliments aux déserteurs des idées chrétiennes. Ne peuvent-ils comprendre qu'en «'appuyant sur les Livres saints pour établir la réalité d'un fait surnaturel, on fait abstraction de leur caractère inspiré, et que l'inspiration est un mystère qu'on croit comme Jes autres sur un lémoi-

5 nage divin, après avoir pris connaissance es motifs de crédibilité Je ce témoignage? En d'autres termes, il faut des miracles pour prouver l'inspiration, mais les miracles euxmêmes ne se prouvent que (lar des moyens naturels. Il ny adonc pas Tombre d'un cercle vicieux,

H.Renan reproche ensuite k Lamennais les grossières injures qui déparent son style, et son dédain pour les femmes, qui arrivent à tout comprendre, non selon les principes de CE-» colCf mais selon un tact fin et sûr, M. Renan explique ensuite la tristesse de Lamennais, par la lutte entre ses instincts de tendresse et ses tendances spéculatives. « D'ailleurs, » dit-il, « celui que Dieu a louché est toujours un être k part. Il est, quoi qu'il fasse, déplacé parmi les hommes. On le reconnaît k un signe : il n'a point de compagnon parmi ceux de son flge. Pour lui , les jeunes filles n'ont point de sourire. Lamennais était trop

f profondément prêtre pour jamais en perdre e caractère. 11 sortit d'ailleurs trop vieux du sacerdoce pour recommencer une vie com-, plète. II conserva l'austère tension de son premier état et les vagues aspirations d*un cœur tendre jointes kun spiritualisme hautain..... Sa mort fut de même couleur que sa vie, grande, dltière, un peu surexcitée. U

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5e coucha dans son obsUnalion, devenue raisonnée» et monrut dan» $a colore. La ferpeté contre des obsessions indiscrètes ne lui 9uflit pas, il lui fallut la dureté. Une sénuUure simple ne le contenta pas» il lui filtut la fosse commune. Ici, comme toujours, il dépassa l'effet pour l'avoir trop voulu. Ses funérailles otTrireni un aspect étrange. Le jour était triste et brumeux; un

tietit nombre d*amiâ put le suivre entre deux laies de soldats. Tout se 6t en silenpe et sans aucune prière. Au moment où la terre futjetée, le fossoyeur, croyant tenir un mort vulgaire, demanaa : Il n' y a pas de croix î — Ifon^ fut-il répondu. Aucun signe ne marquera donc pour Tavenir la tombe du vieux prêtre. Oh 1 pourquoi un de ces rayons de grAce qui si souvent l'avaient touché ne vint-il pas à sa dernière heure, je ne dis pas le fléchir, mais le rendre, sur quelques points, légèrement inconséquent? Retrouva- t-il la paix à ce moment su^/rème, et la vérité, qu'il avait tan( poursuivie toute sa vie^ se découvrit-elle h lai? il parait que noq. Il se plaignit, dit-on, que le problèpse auquel il avait réfléchi toute sa vie ne lui fût pas resté moins obscur. Qu'importe 7 Le doute est un hommage au'on rend à la vérité. Dieu Ta ju^etil connaît maintenant le niotdecette énigme qu'il a si courageusement essayé de résoudre. Qui sait si une belle déception n'a pas trotnpé sou attente désespérée, et si ses erreurs, fruits d'une soif ardente pour la vérité, ne sont pas des titres pour la posséder? Nous croyons qu'il fut absous s'il arriva è l'apaisement de ses colères, eth la parfaite purification de son cœur; aue ceux, du inoips,qui veulent lui faire acheter sa gloire au prix de Tenfer, le placent, comme Dante l'aurait fait, dans le cercle de ces nobles réprouvés, dignes de faite envie aux élus » M. Renan n'a oublié qu'une chose, c'est de nous indiquer Ips raisons scientifiques de 60rtif du catnolicisme. le conviens qu'il n'est pas facile d*articuler de pareilles raison^; mais si Ton n'est pas en mesure dç les donner, il faudrait, ce semble, quand on trouve sur son chemin le surnaturel, être à son é^ard moins dédaigneux. Faut-il l'avouer,

Suoi qu'il m'en coûte? chacun des articles de [, Benan me fait l'effet d*un avis ainsi conçu : Faisons savoir à tous Français présents et à

venirf quti dater dt ttl iour^ itl en, ^ avons cessé de croire à la d-devosU rkil^ tion. A quoi il me semble eiiieiidre cniu réponse : Liire à tous de ne plus crein: qufi nous importe ? ParUi-nous, si ceU v^i piaUf histoire^ critioMey tangues; mais fûiianotts grâce de vos affaires. Et* 5*il faut dm notre pensée plus gravement, nous soma^f» surpris qu'un boaon^ éclairé, cûouae U. Kcnan, ne sente pas qu'aOicher sans cesse iibcrédulité, c'est faire pmuve, eaire autm choses, d'un goût médiocre. Ce n'est là, il est vrai, que le moindre tort des ;)ourfeo« deurs du surnaturel. 11 faut une singttlièfe faiblesse d'esprit pour ne p«s compreoare la possibilité du miracle» car c'est bien jiuque-là que vont de concert , malgré miU divergences, M. Renan et Lameooaii. Pn n'en serait point là si l'on avait fait plosue cas de la métaphysique. i^L Rnoan Uime.et je l'en loue, ceux qui écriveat :^uf la rein gion, sans se tenir au courant des étu«ie& iihilologiques; il me permettra d'aiouwrqu» l'érpdition, toute nécessaire qu'eue eu, oc peut suffire, eu telle matière, ^m leseSocu spéculatifs^ A moins d'allier à une érudiurj étendue, une métaphysique profonde, <« n'émoUra jamais sur la théologie que dci aperçus plus ou moips risqués. H. Eanin nous objectera peut-être le goût deLaraeooii» pour la métaphysique. Nous répondrons qoe M. lianan lui-même, avant de louer Luueir nai:^ d*avoir déc^oiivert les ressens sciini4-

?'ues d^ .son apostasie, avait déclaré voirra ui l'étoffe d'un erand [»oëte Qt d'un écrÏTiio, non celle d'un philosophe. En effat, uu gu6i marqué pour les abstractiops, n'atteste (as suffisàmmqnt le génie spéculatif. Est-ii te* soin d'ajouter que ce génio 9e rend fis rhomm^ infaillible; quil peutètra réel, oui-

(;ré de grands écarts; que la véoéfatioa pour es grands esprits ne aoit point aller juiqu'^ leursacrifier ta véritécounue? Nemèlous-ootti

fas dçs restrictions à nos bomoiages, m<oii l'égard de Descartes, de MaJebranebe, ae Leibnitz, 4)i|i pourtant, s'ils Qnl pu se Iroor per^ ont ajouta, au domaine de la sdvnoe, des provinces entièies, parce qu'ils n'étaient pas aveuglés, comn^^e tant d*esprils vadernes^ sur la lueilleura partie des choses cqb* naissabies?

SACEADOCB. — M. Tabbé Duquesqay, curé de Saint- taurent, à Paris, a publié, en les adressant 2i ses paroissiens, une série de seizç instructions par lesquelles il a inauguré ses fonctions actuelles. Ces instructions exposent sous toutes ses faces les devoirs de la charge nasiorale. Nous avons surtout remarqué celict qui considère les rapports du prêtre avec les pécheurs. En voici quelques extraits : « Voyez le prêtre. 11 est voué •par état i des habitudes austères.... Mais le oécheur, cq qu'il lui f^ut| h lui| c'est l'exis-

tence brujante, le luxa qu «ogis et ^»

vètomcnts, les fav^^urs de la u^odif, le» ferlins, les fèies^ les spectacles^ la parole bauie, le langage librQ, les sentiments ar\]eoi>« ^^ passions sans gêqe, le rapide tourbiUoa uo plaisirs, les affections iégérea et in^f^^i^^ tes... (.e prêtre et lui, vous ta lojrei i^^^* ne sauraient sa rencontrer. Ils ont d^s baU* tudcs et des relations diamétralement op(<^ sées. U y a plus : la régie de coadttiit ^^ prêtre, si elle est dans la vrai» est la 00* damnation vivante da la conduite da i*^*

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