Sur r éternité du monde
Tous ceux qui suivent sont apocryphes»
excepté :
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VOfJlce dn saint Satremenl, — Les Commentaires des Semaines et de la Trinité de Soêce, -r De ents et essentia. — De principiû individuationis, — De principiis naturœ. — De natura materiœ. *- De propositionibus modalibus.
Parmi les ouvrages attribués h saiDt Tho* mas, et contenus daus rédition de Home , ceux que nous venons d'énumérer sont tous et sont seuls authentiques. Pour éviter des répétitions fastidieuses, exposons en peu de mots les preuves d'autbenticilé qui s'appliquent à tous ces ouvrages ; viendront ensuite quelques observations particulières sur certains d'entre eux.
Sept preuves principales garantissent l'authenticiié des Ouvrages que nous avons cités.
1* Le style. — Quoiqu'il y ait des différences assez notables entre \e style de la Somme théologiqut et celui des Commentaires et des Opuscules, il suiGt d'avoir pratiqué quelque temps le Docteur angélique, pour reconnaître sa manière à travers toutes ces différences. La sobriété des développements» la clarté des explications, et surtout cette justesse admirable d'un esprit large, qui part toujours de principes solides, et va droite son but sans hésiter, ne permettent pas de méconnaître la main de saint Thomas dans les ouvrages que nous lui atiribuoosi.
2* La doctrine. — Ce caractère, interne comme le précédent, a une valeur plus grande encore, il est bien vrai que l'identité d'opinion entre deux ouvrages ne prouve \^as toujours Tideniité d'auteur, car saint Thomas a été suivi dans ses moindres opinions par de nombreux disciples, tandis qu'il s^'est plusd'une fois contredit lui-même, au moins en apparence. Cependant, celui qui examine avec soin l'ensemble des opinions soutenues dans un ouvrage, les preuves qui viennent les appuyer, les conséquences que Tauteur en tire, les explications détaillées qu'il en donne, celui-là trouve indubitablement dans cette étude, appliquée aux écrits de saint Thomas, une nouvelle preuve de Taulhenticilé de ceux que nous avons énuniérés, surtout quand, les comparant entre eux, il y reconnaît f.équemment des passages parallèles.
3' Vautorité des manuscrits é^un grand nombre d'ouvrages de saint Thomas^ maauscrits qui se conservent à Paris^ dans les bibliothèques publiques.
k"" Le témoignage des contemporaints de saint Thomas. — Cette preuve est la plus forte de celles qu'on peut appeler externes. Tholomée deLueques, Guillaumô da Toeco, Barthélémy 'ie Capaue, ont vécu du temps de saint Thomas, et ont profité dé ses leçons. Leur probité n'est pas moins à l'abri du soupçon que leur capacité. Leur téaK)igQflge est donc irrécusable, quand ils afllrment l'authenticité des ouvrages eompris dans notre tableau. Il en est (ie mAme du iémoi-^ gu«^e de Nicolas Trivet» dio Bernard Guidonis, de saint Antonin , qui touchent pour ainsi dire à saint Thomas, et qui étaient si
bien placés pour recueillir des renseignements sur ses écrits
5** La tradition des écoles^ surtout de Ftcote dominicaine. — Les premiers anneaux de cette tradition sont formés par les écrivains que nous venons de nommer. Elle est venue jusque nous à travers une suite dod interrompue de témoins que nous ne pourrions citer sans faire un étalage d'érudition aussi aisé que superflu.
6* L*opinion des critiques du xvui* siècle, et même des troissiicles précédents, — Ceuir ci ne sont plus les simples échos des témoi-
f nages contemporains de saint Thomas, .eur conviction s'est enracinée par des recherches comme celles qui nous occupent.
Il est vrai qu'ils ne sont pas toujours d'accord, et que les plus anciens , notamment, sont trop enclins aadopter, sans raison suffisante, l'authenticité de certains ouvrages; mais en les contrôlant les uns par les autres, en pesant les témoignages au lieu de les compter, en considérant non-seulement le talent des critiques, mais encore les circonstances au niilieu desquelles ils ont écrit, on trouve dans le résultat de leurs travaux un précieux mojren de vérification.
7* Enfin, la faiblesse des objections qui ofU été faites contre Vauthenticité des ouvrages énMmérés plus haut. «^ Il en es4 peu , mémo parmi les plus célèbres, qui n'aient été attaqués comme supposés; mais les raisons 4tt'a6 faisait valoir contre ees ouvrages sont aussi faibles que celles dont on se prévalait en faveur des ouvrages apocryphes. Singulière destinée de saint Thoiaast Â|^«ès)ui avoir attribué de misérables productions qui ne pouvaient que le déshonorer, on a été jusqu'à lui contester les Immortels chefsd'oouvre qui seront toujours l'bonaeur ôe son nom, de son ordre et de son sièole«
Parmi les ouvrages que nous avons attribués à saint Thomas , il s*en trouve quelques-uns qui ont été rédigés, d'après ms leçons, pa^ ses disciples. Il faut ranger dans cette catégorie les explications Gommencies sur (plusieurs livres d^'Arislote^ explications qui vieneent après le^. commeotaires des cinquanle^dettx livres que nous avons nommés, et qui sont dus à Pierre d'Auvergne* Les manuscrits de ees divers oommeniairos sont à la bibliothèque de la Sorfaoon*.
Dans la quatrième question disputée, le deuxièoae article a été suppléé par Baudellus.
La uooi a prétendu qu'une partie de la «Somme théoiogique appartenait à Vioœnt de Beau vais et à Alexandre deHalès; mats cette assertion a été misée néant par Noêk Alexandre (1&75), Ëchard (1708), et Rubeis» l'éditeur de Venise (1787).
L'explication des cinquante psaiiiDSS i^*^ pas été écrite par sasnt Thomas ; mais elle a été recueillie de sa bouche. Son Covmen' taire du Cantique des cemtiques coiomenee par cas mots : Sonet tôt tua, (Cant. n, U / Le commentaire du même livre comcocnçant par ces mots : Salomon inâpiratus^ est apocryphe, quoi qu'en dise Touron, auteur
thom:smr
d'une Fte de saint Thomas; Oudin, Pélican, Rubeis font prouvé par les critères internes. Echard et Rubeis ont prouvé de 1am£m& manière Tauthenticilé du Commentaire d*Itaie, commentaire qui, comme celui de Jeré" mie^ a paru à Sixte de Sienne indigne du Docteur angéiique.
Parmi les commentaires qui remplissent le 1. XlVy saint Thomas n*a écrit de sa main
Sue Texpllcation des cinq premiers chapitres e saint Jean.
L'authenticité delà Chaîne d'or^ è laquelle saint Thomas avait donné un nom plus modeste, a été prouvée par Baronius , Jansscn, Eliaga, Echard, Rubeis, Oudin, contre Pierre de Alva.
Des commentaires sur saint Paul, saint Thomas n'a écrit que l'explication de VEpîirt aux Romains^ et quelques passages de lexplication des Epîtres aux Corinthiens et aux Hébreux, Le reste a été rédigé par Réginald.
Quant aux opuscules, le témoignage des contemporains et les caractères internes se réunissent pour nous obliger à n'admettre comme authentiques que ceux dont nous avons donné les titres. Nous devons avouer cependant qu'il nous reste un doute sur Topuscule iutitulé De fato: nous l'avons exclu de notre tableau, précisÀoeot à cause de ce doute. L'ottvrage intitulé De regimme principtim, et oui est fort important pour déterminer les idées politiques de saint Tiioiuas, oe lui appartient pas eu entier ; il n'en a compoiié que le premier livre, et une partie du «ecood ( jusqu*à OpportummigUwrf au cbap. 4). Le W et le i^' livre» €Oii>me la fin «lu ii% iont apocryph^Ns. Cea çouclusions oot été soUdea^ent établies (lar Noël Alexauvtr.e* E<;band« Frigériua, contre Oudin et Barbavara, qui voulaieot rejeter tout l'ouvrage à cause de ia supposition évidente de s^$ derniières parties. Les manuscrits, que l'on peut voir encore à Rome, h Venise et à Paris , ne contiefinent que le premier livre et la partie du second que noua avoQs déclarée authentique.
Dupin a contesté à tort l'authenticité d/3s Commentaires de saint TboaKis^ fur les Semaines et la Trinité de Boéce ; i\e qui l'a trompé, c'est qu'on a attribué faussement à sàini Thomas des Commentaires sur plusieurs autres ouvrages du même Boôce.
Saint Antonin range parmi les apocryphes le livre De principio individuationis ^ et les éditeurs romains en font autant pour les deux opuscules De natura materiœ^ et De propositionibus modulibus. Mais Tholomée, Ouidonis, Valleolelaoi, Pignon, Trivel sont favorables à ces ouvrages, ainsi qu'à cep x qui ont pour titre : De principiis naturœ^ De ente et essentiuAl n'est pas un de ces opuscules en faveur duquel on ne puisse invoquer le témoignage de plusieurs des autorités imposantes que nous venons de citer; et dans tous,8afisexception,il estfaeilede reeonnattre la touclie de l'Ange de l'ôi^ole. Quant aux opuscules qui ne sont pas dans noire tableau, il B'en est question qu'environ deux cents
DiCTio?iiv. DU Parallèle.
ans après la mort du saint, et la plupart ne lui auraient jamais été attribues par un homme éclaire qui aurait pris la peine de les lire. D'ignorants copistes sont évidemment responsables de ces erreurs.
Ce qui prouve combien il était important de poser tout d'abord la question d'authenticité, c'est que cette questiona été résolue, au moins |^artiellement| dans un sens erroné, jusqu'à notre époque. Si l'on est aujourd'hui d'accord sur l'origine apocryphe et sur l'authenticité d'un grand nombre d'opuscules attribués à saint Thomas, il en est cependant plusieurs au sujet desquels des auteurs estimables soutiennent encore des conclusions opposées. Qu'on nous permette ici d'ajouter en peu de mots quelques détails qui peuvent être utiles.
Pierre Pélican publia à Paris en I6S6 une édition des Opuscules. Son supérieur, Jean- Baptiste de Marinis, maître de l'ordre de Saint-Dominique, lui écrivait en l'autorisant à publier le fruit de ses sueurs: Verwn te priusadmonitumvoluif ut mature per te alios" que theologiœ magistros, quos probandis inis operibus fiomtno, expenda$ an quœ D. ThO' mœ ascribis opuseuta^ vere D. Thomœ sint, annon supposititia et adulierina, et atup tanti doctoris qioriam {eux vix aliquid odat potesi) potius mtnuant quam augeasU,
Ce maître des Dominicains étaitl coup $(ir un homme de bon sens; il voyait recueil contre leouel s'étaient heurtés oombca de ses confrères; malheupeusement sas sages conseils ne furent guère suivis,et l'édition de i^éliçan»quoiqu'elle offre un progrès réel sur les éditions ^K'écédentes, en prouvant la sup* position de çei^'t^ins I i vres ( Qe éruditions prii^^ .cipum^iu et iv fie Megimne prinçipum^ etc.), attrU)ue encore f u saipt ^jbScteur une foule d'opuscules qu'il n'a pas éoril^ entre autres ceg^ qui oiU poqr titre : fifi modo acquirendi scienthamfDeuiiurii^Dfi pr^^tenita, e^c.^etc. Le P. Touroo^ilans sa Kje de saiof TJ;»ofoas, donne fm travail ibii.4(^tHiu aur l'auihenticité des ouvr^ige^ du #ain(j mais il tpipbe dans le mèam ejLçè^ que Pélican, excès que n'a p^s su éviter M. Daunou , dans VHisfo\rfi littéraire de /a France, puisqu'il attribue à saint Thomas les opuscules De fallaciiSf De instantibus^ De quatuor oppositis^ etc. etc., qui sont très-certainement apocryphes. M. Hauréau lui-même, d'ordinaire si Habile et si compétent dans les questions d'érudition, cite longuement les opuscules De universalibuSf et De intelleclu et tntelligi^ 6tlt, comme renfermant la pensée de saint Thomas sur des questions de premier ordre Or, non-seulement on ne peut invoquer en faveur de ces Oj)uscule$ aucune preuve d'authenticité; mais encore ils présentent des signes manifestes de supposition. Il n'est pas jusqu'à H.Gratry,qui, dans son bel ouvrage intitulé: De la connaissance de Dteii, n'ait attaché une importance capitale à un passage tiré du livre De concordantiis ^ livre qui est rejeté parTouron lui-même, si enclin d'aiU leurs à attribuer à saint Thomas des ouvra* gi>8 qui ne sont pas de lut.
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DICTIOiNNAIRE DU PARALLELE.
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De même que plusieurs écrivains contemporaius ont tfrossi outre mesure la liste des ouvrages authentiques de saint Thomas, sans aller toutefois jusqu'aux exagérations de Touron et de Pélican, il est d autres écrivains contemporains qui » sans adopter les opinions audacieuses de Launoy et de Dupuis* ont contesté è saint Thomas plusieurs opuscules dont toutes les preuves internes et externes doivent lui faire attribuer la composition. Cette erreur nous parait être celle de H. Liabeuf, chapelain de 1 empereur, dans la Vie de saint Thomas qu'il a publiée sous le pseudonyme de Carie, et dans laquelle, suivant trop aveuglément les conclusions de Rubeis, il raye de la liste des ouvrages de saint Thomas plusieurs opuscules philosophiques dont M. Léon Montet a démontré rauthenticité dans un Mémoire qui a obtenu les suffrages de TAcadémiedes sciences morales et politiques. M. Liabeuf, qui, pour le dire en passant, croit, un peu légèrement peut-être, à l'empoisonnement de saint Thomas par Charles d* Anjou, n*a certainement pas Iules opuscules intitulés: De mUe et e«a«iUJa, De prineipio individuaiioniê, car il y eût reconnu le style et la doctrine dii Docleur aogélique. En somme, M. Léon Hontet nous parait être, de tous les écrivains qui se sont occupés de saint Thomas, celui qui a résolu le plus heureusement la question d'authenticité, du moins relativement au petit nombre d'ouvrages auxquels se sont bor* nées ses recherches.
TAcbons maintenant de faire connaître Tordre dans lequel ont été composés les divers ouvrages du saint docteur.
Saint Thomas est né en 1226 ou en 1227, sous le pontificat d'Honorius lli et le règne de Frédéric 11. 11 est mort en 127i. Nous diviserons en quatre périodes le temps de sa vie, et dans I impossibilité où nous sommes de donner à la plupart de ses ouvrages une date précise, nous ferons connaître, d'après les témoignages de ses disciples, à quelle période chaque ouvrage doit être rapporté.
La première période comprend les années antérieures à 1257, époque à laquelle saint Thomas obtint le titre de docteur. Les ouvrages composés pendant cette période sont les suivants iCommenlairedei nome dif>int% — Commentaires des quatre livres des Sentences;
— De regimine Judœorum: — De principiis naturœ;^ De ente et essentia; — Réponses aux théologiens de Besançon et de Venise ; — Différence de la parole divine et de la parole humaine: — Nature de la parole intérieure;
— De la nature des anges ; — Sur les décrétâtes d'Innocent; — Des sorts; — De (éter^ nité du monde ; — Commentaires de Boice ; — Opuscules sur /e Pater,/* Ave Maria, <e Credo, te Décalogue; — Commentaires sur Aristote; — Quel<^ues commentaires de la Bible, comme JsaiefSûint MatthieUf etc.; — partie des Ques' tions disputées (en la troisième année de liceods).
La seconde période embrasse les années qui s'écoulèrent depuis la réception du doc-
torat par notre saint, en octobre lB7,itsqi'î l'avénemenlId'Urbain IV, en 1251. Voîa.-. ouvrages qui ont été composés dame» ii< de temps: — Compendium theelsfig;^ Partie cfes Questions disputées IDtttrmi — Partie des Quodlibeta; — Àpoûgisdetrh ligieux (terminée et publiée); *- Sewmt entre les gentils ; — Comwuntaires ék m Paul.
La troisième période correspond as mmi* ficat d'Urbain IV, de 1261 h 12tt. SaioiV mas publia alors : -*- La chaîne tor:-- Of^ du saint Sacrement; — Contre Àverrm, - Fi n des Quodlibeta ; — • Contre Us entm éa Grecs; -^ Au chantre d^Antioche.
La dernière période comprend le Imi'< qui s'écoula depuis ravénemeot ds O ment IV, en 1264, jusqu'à la mort da saiiit.O temps fut occupé presque entièremeit (nr : composition de la Somme théologifu, 4stlaquelle il résuma tous ses antres oon^e. mais il publia en même temps: Finde •! Chaîne a or; — Les deux derniers inifc^ sur la vie reliaieuse ; — De reaimim fnsttpum; — Sur P absolution ; — CosÊmtsimit
cinquante psaumes^ k Naples; — Béfsmnr quarante-deux articles, à Jean de fened:partie des Questions aisputéa; — Cemntaire du Cantine des cantiques^
Voilk, autant qu'il nous a été pooilileoe le découvrir, l'ordre dans lequel snotH»mas composa ses ouvrages, de taUeao, ooc» le savons, doit contenir plus d'aoe Ikok Peut-être avons-nous mal assigné la plan ^i qttelquesopuscnles,caril esttrfeHiifficileder reconnaître à travers le dédaledes léocript-
!;es contemporains qui» souvent, rapportt:. e même écrit à plusieurs époqaes, eit* lesquelles on est fort embarrassé pour à*sir. Heureusement les grands ouvrages v ceux dont la date est le mieux coonue;M ' Somme théologique ayant été eommuée r* toirement pendant les neuf ans qui précéb" renl la mort de saint Thomas, nous soms* assurés d'y trouver son dernier mot sur -* questions si nomt>reuses qui y soot tntées.
En résumé, voici Pénumération des outn-
Ses authentiques de saint Thomas où a •* evons chercner sa philosophie : Cemn^ taires d" Aristote ;— De principiis mstwre. - De ente et essentia; ~ De origine et nêtwret'^' et intellectus: — De differentia TerUàm humani: — De substantiis separatii; - ^ sortibus ; — De œtemitate mundi; - (^'» tions quodlibétiques ; — Compendium rif giœ:—Summa contra gentesiy^entn Àtr rolstas , de mnitate intellectus;— Iknp^t*' principum ; — De prtucipie inditUatti^* — De natura materiœ: — De prep$s»f^\ bus modalibus; — Summa theotegiee; ' '' «udictït aêtrorum; — Cowmndmn éf»'^ maines et de ta Trinité de Bok$
Il n'y a pas un seul de ces ouvrages, v ' oue étranger qu'il paraisse par soo tiut . I objet de nos recherches, qui m pais» <**" fournir, sur la philosophie de saiotTh^^''
des lumières précieuses.
THOMISME
I 11. — Des rapports de la philosophie et de la
théologie.
AranI d'iodlquer les opinions de saint Thomas sur les diverses questions de la philosophie, il convient de faire connaître ses idées sur la philosophie en général. Or,
Kur cela» le meilleur moyen est de résumer I développements qu'il donne en plusieurs endroits de ses écrits sur les rapports de la philosophie et de la théologie.
" C'est aujourd'hui une tAche facile que d'eiposer le sentiment de saint Thomas sur les rapports de la foi et de la raison. Indépendamment de la clarté avec laquelle il s*esprime sur ce sujet dans ses deux principaux ouvrages {SummatheoL 1-1» et 2-S» 8; Summa contra geni.f lib. i, cap. â, 3, 0), plusieurs écrivains modernes,
iksrmi lesquels il faut citer surtout H. de témusat et H. Gratry, ont, par des travaux remarauables, épuisé la matière. Toute noire ambition doit ôtre de présenter ici une analyse aussi fidèle que la leur.
« La doctrine de saint Thomas, » dît H. de Rémusat ( Revue des deux mondes t art. sur Yentura)^ « est celle-ci : Les vérités divines , ou, si l'on aime mieux, théologiques, sont de deux sortes, les unes accessibles à la raison, les autres non. Celles * ci comme celles-là peuvent être et sont révélées; mais celles-ci ne sont que révélées. Les premières seules sont l'objet d*une science selon la raison. Les premières et les secondes, mais surtout les secondes, sont l'objet d'une science selon la révélation; puisque la révélation complète la vérité , la science selon la révélation achève la science selon la raison , qu'elle surpasse, mais qu'elle ne détruit pas. »
Ces quelques paroles résument on ne peut mieux la |)ensée de saint Thomas. Pour nous eo convaincre, il sufQra de présenter une laaiyse un peu plus développée des différents passages ou il a traité la question qui nous occupe.
Aucommencementde là Somme ihéologifuef nous trouvons en substance les explications lui avivent : Pour les vérités mêmes (quedst. I , art. 1) qui font l'objet de la philosophie, a révélation était nécessaire; car autrement )es vérités n'eussent été connues que par m petit nombre d'hommes, et encore avec >eaucoap de peine, et non sans mélange l'erreurs. Ces vérités sont donc A la fols 'objet de la philosophie et de la théologie ; uais ces deux sciences les envisagent k des N)ints de vue différents, la philosophie en ant que démontrables, la théologie en tant |ue révélées. (Cela est répété S-S, quost. 9, propos de la ibi. )
^ La théolo^e ( 1 p. , q. 1 , a. 9) est une cience, quoiqu'elle ne parte pas de urinipes connus par la lumière nalureUs de intellect, comme la géométrie. De même ue la perspective a ses principes dans une cience supérieure (ta géîométne), de même I théologie a les siens dans la sàence d^ ieu.
Là ttiéologîe ( I p. q. 1 , a. 5) est supé-
rieure en dignité aux autres sciences , tant par son objet que par ses preuves. Si l'on peut douter de son objet * ce n*est pas que cet objet soit incertain ; c'est à cause de la faiblesse de notre esprit; et si la théologie doit quelque chose à la philosophie, elle ne repose pas sur elle, comme la perspective sur la géométrie, mais elle s en sert, comme le roi du général. Encore, ce n'est
Eas sa propre insuffisance, mais notre failesse qui lui fait demander secours à la Ehilosopnie; car elle reçoit ses principes de ^ieu, et ainsi n'a besoin d'auxiliaire que pour manifester ce qu'elle contient.
Un passage du Commentaire des Senienceg développe très-clairement cette dernière pensée, et fait ressortir tout à la fois la distinction de la philosophie et de la théoloçie (relativement à leurs principes \, et lunion de ces deux sciences : Où il y a plusieurs choses, il faut que l'une rè^le et que l'autre soit réglée pour qu'il y ait de 1 ordre. Or la théologie commande à toutes les autres sciences, comme étant la principale, et elle se sert de toutes pour atteindre son but. C'est ce qu'on voit dans tous les arts ordonnés entre eux, car la fin de l'un est alors sous la fin de 1 autre. Par exemple, la fin de l'art du pharmacien, qui est la préparation des remèdes, se rapporte à la fin de la médecine, qui est la sanlé. D'où il arrive que le médecin commande au pharmacien, et se sert pour sa fin des remèdes préparés par celui-ci. De même, comme la nn de la, philosophie se rapporte à la fin de la théologie , la théologie doit commander h toutes les autres sciences, et se servir de ce qu'elles contiennent.
La théologie (i p., q. 1, a. 8} est argumentative, nonpour prouver ses principes,
3ui sont des articles de foi, mais elle part e là pour prouver quelc^ue chose. Même dans les sciences philosophiques, les sciences inférieures ne prouvent pas non plus leurs principes, et ne discutent pas avec celui qui les nie; elles laissent oela à la science supérieure, e( la première de ces sciences, la métaphysique, ne discute elle-même contre celui qui nie ses principes, que si l'adversaire accorde quelque chose. De même l'Ecriture sainte, n'ayant uas de science supérieure, discute avec celui qui nie ses principes, seulement si celui-là accorde quelque vérité révélée. Autrement on ne peut plus lui prouver les articles de foi par des raisons (tbéolog;iques), mais seulement réfuter ses objections ; car, la foi s'appuyant sur la vérité infaillible, il est certain que les prétendues démonstrations qu'on lui oppose sont des arguments solubles.
L'argumentation qui part de l'autorité a une tout autre force dans la théologie que dans les autres sciences, parce que là il s'agit d'une autorité divine. Cependant la théologie se sert aussi d'arguments em-
(»runtes à la raison, non pour prouver la 6i , ce qui en détruirait le mérite , mais pour rendre plus accessibles à notre intelligence quelques-unes des vérités révélées.
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« Bim (]ue (Summa conlra geni.^ Mb. i, cap. 1 ) là vérité de la foi chrétienne surpasse la capacité de la raison humaine , cependant ce qui est naturellement imprimé dans la raison ne saurait être contraire à celte vérité. Car ce qui est nalurellexûenl imprimé dans la raison est certainement très- vrai, k tel point qu^il est impossible de penser que cela soit faut. D'un autre côté , il n'est pas perdais non plus de croire faut ce qui est tenu par la foi, puisque cela est si visiblement confirmé par rauloriié divine. Comme donc le faux seul est contraire au vrai , ainsi qu'il résulte évidemment dfe leurs définitions, il est im}M)ssibIe que la vérité de la foi soit contraire à cea principes que la raison connaît naturellement.
« Pour connaître ( Ibid. , lib. i, cap. H) k vérité de la foi (il s'agit de la Trinité), laquelle ne peut ètpe parfaitement connue que de ceux qui voient la substance divine, la raison humaine se trouve dans celte position : elle peut bien par rapport à celle vérité rassembler quel(|ues similitudes vraies, mais qui pourtant ne suffisent pas pour que celte vérité soit comprise comme démonstrativement, ou comme entendue de soimême.
t Dans les choses {Ibid., lib. i, c. 3) que nous confessons n^r Dieu, il y a un double mode de vérité. Il y a en effet des vérilés qui surpassent toute la faculté de la raison humaine, comme que Dieu eat trine ei un.
Il y en a d'autres auxquelles la raison naturelle peut atteindre, par ex. que Dieu est , et autres semblables vérilés que les philosophes mômes ont décbonslr^tivement prouvées sur Dieu, guidés par la lumière de la raison naturelle. »
Saint Thomas, on k voit, assigne un double rôle à la raison relativement aux vérilés surnaturelles; celui de résoudra les objections, et celui d'aider à concevoir la mystère; le rôle delà raison est bien plus grand relativement aux vérités démontrables , comme l'existence de Dieu, etc. , quoiqu'ici Qncore la révélation soit nécessaire h quelque degré, comme on Ta vu. En deux mots, le pouvoir de la raison, livrée dux seules forces qu'elle possède dans l'ordre naturel , ce pouvoir n'est pas nul par tap* port aux mystères « mais il n'est pas illimité
Cr rapport aux vërilés compréhensibles, théologie prouve 4)ar rautorilé les deux classes de vérités; à elle encore appartient t le double rôle de la raison par ntppoît aux mysières, tandis que le travail de la raison sur les vérilés religieuses naturelles est du ressort de la philosophie. Si donc la- philosophie a besoin du secours de la révélation :pour être complète, la théologie doit JTaire appel à la raison pour atteindre son développement normal.
Ilesient les arguments rationnels qui ont pour but d'opérer le passage des vérités naturelles à la ibi surnaturelle. Selon saint Thomas, la raison, illuminée des clartés dé la foi ^ peut se démontrer à elle-môme qu'en croyant elle est raisonnable. La raison pos-
sédant la foi peut v conduire d'autres rotions , moyennant le secours intérieur de Dieu, secours qui ne manque jamais. La raison est incomplète si elle ignore l'ordre surnaturel, et vicieuse si elle le méconoatt. Saint Thomas, comme tous les docteurs chrétiens, distingue deux états suroatarels, l'un qui est celui des fidèles, 1a foi; 1 autre, qui appartient à Tautre vie» la vision iotuitive. La foi est une vision obscure sans doute, mais directe , tandis que la connaissance naturelle de Dieu est indirecte, et n'est que la vue du Créateur dans ses images. La foi donc ne disparaît pas tout entière dans l'autre vie; elle disparaît seulement comme énigme^ comme limite, mais elle reste comme connaissance. Considéré en général, l'état surnalurel a'est pas dû à l'homme; Dieu pouvait le créer sans l'y des* tiner. Cependant la destination de l'homme à cet état surnaturel est très-convenable; car chaque èlre ne se perfectionne que par l'action de l'être auquel il est suboraooné. Or Thomme es^ le seul être terrestre qui ne soit subordonné qu*À Dieu ; i4 fout donc que Dieu ajoute quelque chose à ses facultés naturelles pour qu'il devienne parfait. El en effet il y a dans la nature humaine une certaine aspiration vers la vî^ioii inluilive. Non pas que notre nature puisse arriver par elle-même à cette vision. Uette tendance dont nous parlons n'est pas ua désir efficace, c'est un symptêmei. L'hofiiaie a est p^s heureux tant qu'il a oue^ue chose à désirer; or la (}er^ection de notre iiiteWgence dépend de sonTSfipoK à son ohiet,i|iii est l'essence des choses; et ^nsi ^w aura quelque chose à désirer tant qu'elle oe verra pas Dieu sans ombre et sans voiles.
One dernière question qui se raklache à Tobjet de ce chapitcet est celle <le savoir &« le mène intellect |ievt avoir ea même teaips la fui et la êcieiie^ de la même vérité, tietle
auestion a longtemps partagé les docteurs u moyen Age. Quant è saiut Thomas» il $e prononce (H)ur la oé^tUve (i-S** qiMast.€?i art. 3). Celui qui sait,.dit*i4, voit^^u'ii sait, et celui qui croit jue voit pas ce qu'il croit : or il e$t impossible de voir etd«ii6 pas voir eu même temps une vérité: deac il est impossible de la croire et de la saioir dans le même moment. A4lleur8 (qusst. U, De veritatt^ art. 9), il f^-ésente uee raisM analogue : celui qui croit se repose sur l'autorité d'un euire, parée qu'i4 oe peut s'assurer par lui-même de la vérité de ce qu'il •croilv; mais quand il estparvenu ià se démoQtrer oe qu'il cr^yaii, il est certain par luimême , et ne dépend plue% oooimt euH''^ vani, <de l'eru torité. Donc il ne croit pliàs« - Saint Thomas ipêusaot, comme on le Wt^* que Vexisteiice de Dieu peut être démontrée strictement, admet dooe que oetuiqoi la sait ainsi, ne U croit plus, ee^iii ft'euHMobe p»s sa science d'être aussi cerlatiie que la foi des simples^ parce qu'il sait que celle scm^o^' est confirmée par l'autorité divine.
Pour la foi, comme p^ur la science, on peul distinguer l'acte et 1 habitude. Or de ce
THPMISME.
liOi
l'ji précède, il suit que Vac\e de Tune est ncompalible avec racle de l'autre, comme jwibilude de Tape avec Thabilude de i*autre. iU\$ saiDi Thomas admet que Thabilude de .1 foi peut se rencontrer avec l'acte de la cience, quand cet acte n'a pas encore produit rhabiluoes absolument comme l'habitude la la justice peut subsister avec un acte riojustice qui n'est pas encore passé en ha-r Iliade (3-8, quœst. 17S, art. 3, Qd 3). Du este, il trouve la même incompatibilité litre l'opinion et la science qu entre la deoce et la foi (car on ne peut être certain t incertain de la même chose), et il déclare onpaiiblea l'acte de l'opinion et l'habitude le la science qui ne peut passer en acte*
l III. — Sur la logique.
Quel esU aeloo saint Thomas , Tobjet fQr>> oel de la logique? Sont-ce les trois opéraions de l'eapnt (défloir, diviser, argumener}7 Non, c^soot les êtres de raison ou inentions secondes qui dirigent ces opéraions^ En d'autres termes , l'objet formel de s logique» c'est l'arrangement artificiel (eq orme de défloition, de syllogisme, etc.) |a*eile donne k son objet matériel (les choses 4)Dnues). Pour se convaincre que telle est opinion du saint docteur, il suffit d'ouvrir m de ses principaux ouvrages philosophijues {lVMei.9 lib.iv), etd^ lire ce qui suit : > Il y a deux portos 4*âlre, l'être naturel et être de raison. On appelle proprement êtres le raison, ces intentions secondes que la aison découvre dans les choses qu'elle considère, comme l'intention du genre, de la iifférenoe, de rattributi etc., intentions qui ï h vérité ne sont pas dans les choses, mais *oot nne suite de 1 étude qu'en fiiit la raison; et ces êtres de raison sont proprement objet de la logique. » Pans un autre eniroa [Proatmium Bthie,)^ distingqant quatre iortes d'ordr< , celui que la raison voU dans a nature, et celui qu*elle fait 1* dans sou ic(e prnure , c'est-pàAjire dans ses concepts logiqoe), 2* dans les œuvres de la Tolonté morale), 3* dans les (Buyres extérieures (arts aécaniques), il pous fait entendre que l'objet tels logiaue, c'est cet ordre que la raison établit dans (es choses, en les disposant en sylogismes, etc. S'il semble ailleurs (r* part.) lopoar les actes de Tesprit comme le propre >bjet de la logique, c'est qu'il prend le mot l'objet [wMeria] dans un sens différent. Il ^rje non de I o|>jel qu'étudie la logique , nais de celui qu'elle dirige.
Maintenant, la logique est-elle une science? H. Hauréae atlrioue l'affirmative à Duns ^t et la négative à saint Thomas. Or« (lour se convaincre que saint Thomas est ici de l'ivis ie Scot, il suffit de se rappeler qge. selon le l>octeurangélique(|-a,i)et7trliih'6.), il y a -m qualité {vir(uUi) intellectuelles : rinlellij^ence iconuaissance des premiers principes évidents^, la sagesse (connaissances «ont las premiers princioes sont le point de iéiiart), la science (toute connaissance acquise par une démonstration rigoureuse), la prudence (connaissance de ce que nous de-
vons faire], l'art (connaissance des procédés suivant losquels^les choses doivent se faire). On voit par là que saint Thomas appelle art un ensemble de règles qui sont fondées soit sur l'usage, comme la gramtÉaire, soit sur la nature des choses, comme la rhétorique, mais qui cependant ne se démontrent pas rigoureusement, et n'ont qu'une vérité pour ainsi dire relative, c'est-à-dire qui ont pour objet des choses que Ion peut faire de plusieurs manières. Or, la logique donne la raison scientifique des règles qu'elle prescrit, et ces règles sont d'une vérité absolue. Saint Thomas reconnaît toutefois que, dans un sens large, on peut appeler la logique un art, puisqu il est d'avis que l'on peut appeler ainsi la prudence elle-même 0*3> quaast. 58, art. 2). C'est là sans doute ce ^ui a trompé plusieurs critiquea, et leur a fait croire que saint Thomas refuse de voir dans )a logique une science spéculative.
Tous les docteurs du moyen Ige divisent la loKique en pure et appliquée [doetmi et tUetis). La première est la cofinaîssance des règles, par exemple de celles du syllogisott; la seconde (pour nous en tenir au mênie exemple) est l'exécution des syllogismes. Par où l'on voit que, même dans la logique pure, il faut faire de la logique appliquée. A celle-ci appartiennent encore les syllogismes des autres sciences, quant à leur forme. Par exemple, dans un syllogisme dont la ma* lière appartient à la morale, c'est la morale qui donne la certitude des prémisses et de la conclusion, prises en elles-mêmes; mais c*est la loeique qui dispose ces trois juge-: ments en forme syl logistique.
Quoique la losique naturelle sufibe pour faire quelques démonstrations faciles, la logique acquise est absolument nécessaire pour toute science complète. Car la sqience exige une démonstrationf rigoureuse dont on puisse faire voir la conformité aux régules.
Nous avons peu de chose à recueillir dans saint Thomas sur les subdivisions de la logique. Ce qui concerne la perception se retrouvera quand nous parlerons des univer^ saux et de la théorie des espèces. Ce qui est relatif à l'argumentation doit revenir à propos de la certitude. Il ne nous reste plus qu'a signaler deux questions sur la proposition.
Selon saint Thomas, la proposition mentale est un seol coneept représenlant l'attri* but comme uni au sujet; elle n'est pas com« posée de deux concepts, celei de sujet et celui d'attribut. Prœdteatumet subjteêum in^ (elUgi ieeundum tmam êpeeiem totiuê. (Summa contra gent,^ 55.) La raison en est qu'il n'y a là qu'un seul acte. (1, quœst. 68, art. %)
Autre question. I^es propositions contcadictoires sur le futur contingent sont-elles respectivement vraies ou fausses, abstraction faite du décret divin (exemple : il pleuvra tel jour, il ne pleuvra pas ce même Jour) T Saint Thomas répond par la négative. V^^ des deux doit être vraie, mais Te décrei détermine seul laquelle est vraie, laquelle esl fausse (I, quœst. 16, art. 7/. Car avaet le dé*
DlCTIONNAïaE DO PARALLCLE.
creit reiistence future de Tobjet de la proposition n*est pas décidée. Donc fa proposition qai afikaie cette existence future n*est pas vraie. Elle n'est pas fausse non plus, l>uisque la contradictoire n*est pas plus vraie. Celle qui affirmerait la d^cûion serait fausse ; mais son objet n*exprimerait plus le /ïilur contingent; ce serait le préient. (Foy. S. Thomas, iPerihermen., lib. xiii.) De plus, si Tune des propositions était vraie avant le décret, r>a Dieu pourrait la cban^r, ou non ; dans le premier cas , elle n'était pas vraie ; dans le second, Dieu ne serait plus libre.
I IV. — Problème des unfversaax.
Le» idées uni verselIescorres|>onde»t-elles, oui ou non, à une réalité objective quelconque 7 Tel est, dans sa formule la plus générale, le problème philosophique qui occupa tant d*esprits pendant le moyen flge. Les réalistes soutenaient FaOlrmative. Selon eux, par exemple, l'idée d'Aomme en général correspond k une substance à laquelle participent tous les individus de notre espèce. Les nominalistes , au contraire, ne voyaient dans les idée$ universelles que des mots, et les conceptualîste^D'jr voyaient que des conceptions de l'esprit. Il suit de là que ces deux dernières écoles étaient d'accord pour rejeter la réalité objective des idées universelles. Au fond, le conceptualisroe n'est qu'un nominalisiçe véritable, débarrassé seulement de l'exagération attribuée à Roscelin.
Si les trois systèmes qui ont pour objet le problème des universaux nous paraissent se réduire è deux, savoir : le réalisme et le nominalisme , nous devons ajouter que chacun de ces deux systèmes présenta au moyen âge plusieurs nuances. Avant de faire connaître l'opinion de saint Thomas sur ce sujet, il ne sera pas inutile de décomposer la formule générale que nous avons donnée en commençant, et de poser le problème avec plus de détails.
Lds universaux peuvent être considérés h trois états différents : anie rêm^ mre, poit rem. Si, par exemple, nous considérons l'idée universelle d'homme, nous pouvons nous demander ; 1* Y aurait-il quelque chose de correspondant à cette idée, quand môme aucun homme n'existerait, quand même la création n^aurait |>as eu lieu? 2* Y a-t-il dans les individus humains une substance uni-
Sue qui corresponde k l'idée universelle 'eap^e Aumatne ^ 3* Cette idée universelle considérée en elle-même, ou plutôt considérée dans l'esprit qui la conçoit, formei-ellé ooeique chose de réel, indépendamment ae l'esprit t Le nominalisme répond h ces trois questions par des négations. Quant au réalisme, il nous offre sur ciiaque question, au moins sur les deux premières, plusieurs affirmations dont les unes sont inadmissibles, dont les au très peuvent se soutenir. Ainsi, sur le premier point, les réalistes exagérés affirment Texistence éternelle des universaux en dehors de Dieu; la plupart des philosophes de la même école se bornent k affirmer qye les idées ooiver^eUes existent
éternellement dans Fessence divine. Svb seconde question, certaine réafistes afinm la réalité objective de toutes les idées gM> raies indistinctement, on du moins de pit* sieurs catégories d'idées qui, évidenoot, ne correspondent pas k des snbstiocti; d'autres, en plus grand nomt>re, sortont ï l'époque actuelle, se bornent k sootairli vérité du réalisme par rapport aux eipèoa animales et végétales. Quant an Iroisiètt point, les réalistes soutiennent que les uiversaux intellectuels ne sont pas de pom modifications de l'esprit, mais que ce m des entités particulières, où les uns oe voieti que des images, des fiintômes, et qoelo autres ont ose appeler des ôlres véritâWa On voit, par cet exposé , q«e le réili»i ne peut raisonnablement être nié ni être uvnié d'une manière absolue et sans disHer* lion, puisque Tusage a prévalu d'appeterde ce nom des systèmes fort différents sor k même sujet. D'ailleurs, les trois qsesUM» en lesquelles nous avons dëcompMéle pie* blême général des universaux, préKaM entre elles de grandes différences, « » nous les avons rapprochées un ioslaot,cfit moins pour en faire ressortir les affiané^
Îiue pour faire éviter le danser delcsow ondre. Renvoyons donc k la théodicéerewmen'de la première question, k la ÇJ^^ gie Texamen de la troisième, et boreoesnous pour le moment k nous occuper de b deuxième. ,
Mais il nous reste k prévenir uee nw confusion ; car on peut entendre sous le w dldées universelles deux choses biendilh rentes. Ce nom en effet est donné *Jjf* V aux conceptions génériques etspérifc}»
c'est-k-dire a celles qui ont pour 0I4H ^ différentes classes des êtres naturels; ^ aa idées qui ont pour objet les vérités n^tew res et immuables. Il est clair que, perrrport k ces dernières idées, on ne peut foosever que la première et la troisième des qae«lions énumérées plus haut; on ne pesi»
considérer qu^en Dieu ou en Tespril ka»»* Par conséquent, tout ce qui r^p*^*?
idées se trouve renvoyé k la tbéodicéeHi la psychologie, et en examinant la seenaff question, cest-k-dire, les oniversaoi*^* nous n'avons k nous occuper que de h f»^ mière catégoriedes idées universelles, tt^^
3tti ont pour objet les genres, espèces, m* ents, etc.
L'exposé qui précède sert k Érire wtf w cette question des universaux, qoifoteft'' si vivement pendant tout le moyealp*^^ que des écrivains superficiels ont trtide^ puérile, touche réeneroent aux perttef,^ plus importantes de la philosophie. Le»sence divine, le problème de la coooaisM^*- Fa nature des êtres finis, étaient eojes.n«^ vrai que les rapports de ces diverses qi»* lions ne sont pas tels quNm ne l»^*^JT" tenir raisonnanlement, comme en Ti vi* ^ nominalisme sur quelqu'une d*eolfeeli^^ le réalisme sur les autres; mais es •'^-^ bornant même k la question de rosi**^ ta re, qui est l'objet spécial da ce ch^^'^*
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il est encore vrai de dire qu'en ragilanl, |*esprit bamain s*aliaqaait insiindiYemenl au nœud des acieoces métaphysiques. La phifosophîe tout entière, a dit 1 un des plus grands philosophes modernes, repose sur la notion de substance. Or, dans la question des uni?ersaux, il ne s^agissaitde rien moins que d'approfondir cette notion de substance, et de déterminer jusqu*où s'étend son domaine.
Saint Thomas reconnaît, comme son maître Aristote, cinq universaux : l'espèce, qui eiprime toute Tessence de la chose (je suis homme); le genre, qui exprime ce qu'elle a de commun avec les autres (animalité); la différence, qui exprime ce qu'elle a de particulier (ratiouabilité); le propre,qui exprime les propriétés découlant nécessairement de Pessence (la cAo/eur dans le feu); l'accident, qui exprime les propriétés contingentes (la loiu^dansThomme).
Le genre e.st ce que possèdent en commun plusieurs êtres spécifiquement différents. Le genre est affirme de l'espèce, non comme partie, mais comme tout potentiel {De ente ei iiieiuîa, cap. 3) ; car le genre est le tout perfectible, la différence le tout perfectif, et respèce le tout parfait (1-3, quaast.fiT, art. 5). Dans les substances composées, le genre a |H)ur source ce qu'il y a de potentiel dans la chose, c'est-à-dire la matière; la différence a pour source ce qu'il f a d'actuel, c'est-à-dire la forme {De epinL créai, a 1 ad SI). Dans les accidents, le genre vient de la manière d'affecter la substance, et la différence des principes propres à chaque accident, comme le sujet, l'objet, le terme : par eiemple, la diversité des sciences vient de leur objet (9 prodicament. ; De ente et ei'-
Le genre ne peut exister en une seule espèce, parce qu'il est de l'essence du genre dttre quelqne chose de potentiel et de commun, tandis que l'espèce étant quelque rhosa d'actuel, de parfait, composé de genre et de différence, peut exister en un seul individu. Cependant une espèce qui n*a et ne l^eutavoir qu*un seul individu, comme il arrJTe pour les anges, peut devenir universelle par la raison , de même que la raison établit eolre les attributs divins une distinction qui n'est pas réelle ; de même qu'elle dépouille la nature humaine de la singularité , quoique rette nature n'existe que dans les individus. De même qu'on homme rustique reçoit le roi t non royalement, mais rustiquement, de ué*ne nous concevons la nature aneélique, oomme la nature humaine (i,qumst. 85, art.l), e'esi-à-dire, en abstrayant la nature de la singotarité. Or, ainsi dégagée, la nature est communicable à plusieurs. Et si elle n'est pas comroupiqnée, ce n'est pas faute de quelques <^ntJitions nécessaires pour cela, mais faute de ces individus: de même que si un père, 4jant trois fils, vient à en perdre deux, sa relation de paternité n'en regarde qu'un, non paruQ défaut intrinsèque, mais par défaut de pluralité dans son objet.
Qaelie est maintenant l'opinion de saint Tbomas sur l'universel in re, sur l'existence
ODjective des genres, dti espèces, des acci* dents et des autres aniversaoxT Quoiqu'il n'ait nulle part posé la question expro/fijo, il s'xpri me cependant, en plusieurs endroits de ses écrits, de manière à faire comprendre qu'il n'admet pas que l'universel existe a parte reù La nature humaine, dit^il [De ente et eaieiuta, (),ne reçoit que de l'intellect la qualité d'espèce i Ratio speciei accedit naturœ humanœ ut est in intellectu. On trouve plusieurs fois la môme pensée flans la Somme. Que faut-il de plus? Il est vrai qu'en certains passages sur le péché originel, saint Thomas semble considérer le genre humain comme un seul être, et explique par là la transmissiou de la faute du premier homme à tous ses descendants; mais, à moins de soutenir que saint Thomas s'est grossièrement contredit dans le même ouvrage, dans l'ouvrage qui résume toutes les pensées de sa vie entière, il faut reconnaître que les preuves qu'il donne du péché ori-
f[inel ne doivent pas être prises au sens réaiste (1-3, queest. 81, art. 1). En examinant bien les passages dont nous parlons , on reconnaît d'ailleurs que saint Thomas parle plutôt de l'unité collective que de l'unité substantielle. Ainsi il compare la solidarité qui existe entre tous les hommes à celle
Sue tout le monde admet entre les habitants 'une ville. La théorie des espèces^ que nous exposerons plus loin, confirmera notre opinion sur le nomînalisme du saint docteur; car cette théorie est rappelée dans ses écrits à chaque mention (]u il fait de l'universel, ce qui semble indiquer qu'il n'admet pas d'autres universaux que ceux qui sont le
Iiroduit de l'intellect. La nature divisée dana es individus, c'est-a-dire, se multipliant avec eux, les divers individus n'ayant rien autre chose de commun que la similitude de leurs attributs, et l'intellect agent dépouillant les images des objets detoutçs les conditions singulières ou indifiduantes , voilà, je ne dirai pas, les accompagnements obligés de la théorie des espèces, puisqu'on peut la soutenir tout en restant réaliste; mais voilà les caractères avec lesquels elle se présente chez tous les docteurs thomistes, qui étaient mieux placés que personne pour discerner la pensée de leur cçef. Enfin saint Thomas, habitué à suivre Aris^ tote, restait fidèle à la pensée de son maître, en niant runiversel fn re; car tous les interprètes, sauf le Docteur eubtilt s'accordent à reconnaître qu' Aristote est opposé au réalisme.
I V* ^ Des prédicaoMiits.
Les prédieaments sont au nombre de dix i la substance, la quantité, la relation, la qualité, l'action, la passion, le temps, le lieu, la posture et le bêtement {eitue et habituel.
La différence qu'il y a entre les univer» aaux et les prédieaments, c'est que les universaux sont des modes selon lesquels une chose peut en embrasser plusieurs comme ses subordonnées; tandis que les prédieaments sont les genres supreipi^s des cliose^
mi
DICTIONNAIRE DU PAUALLELE.
qui peuvent être afDrmées d'une autre eamme atlnbuls.
L'essence de la substance est, non de sup- (K)rter les accidents, ou de ne pas 6(re supporté par autre chose, mais de subsister par 5oi« {Summaconiragent.y i, 2S.)
Les anses sont dans ta catégorie (prédicament) delà substance; car, en eux, te genre se tire de l'essence en tant que possible, et la différence y de Tessenôe ttx tant qu'actuelle.
Dieu n'est pas dans la catégorie de la substance. (1, quœst. 3^ art. S.)
Pour être dans un prédicament, il faut aTOir genre et différence; car le prédicament est le genre suprême. Or Dieu n'a ni genre ni différence, puisqu'il est acte pur, et que le genre est potenliel. De plus, rien ne peut être univoque entre Dieu et les créatures ( 1, auœst. 13, art. 5). On appelle univôqua les êtres qui possèdent le même nom par suite de l'identité d*essence, comme Pierre et Paul soniunivoQUts dans leur nom d'bomme; tandis que Videntité de nom, sans ridenlité d'essence, rend deui êtres équivo» qu€ê: par exemplet la déesse Vénus et la planète du même nom. Ces notions rentrent dans ce qu'on appelle en scolaslique les ântéprédicaments, comme les notions d'oppoaiiioui de priorité, de simultanéité, forment les postprédicaaients. -^ EnRn une dernière preuve aue Dieu n*est pas dans la catégorie de la substance, c'est que l'infini, ayant la plénitude de l'être, ne peut être compris eu un mode particulier d*être. ^Op. k% cap. 3.)
Une propriété de la substance, c'est d'être le sujet des contraires^ et de n'avoir pas de contraire proprement dit, les contraires étant les choses qui ne peuvent exister dans le même sujet.
La quanliié sert d'intermédiaire entre la substance et les autres accidents. Son essence n*est ni l'impénétrabilité, ni la divisibilité, ni l'extension locale, ni la commensurabtlité; c'est la juxtaposition de plusieurs parties, ce qui comprend la pluralité et la coordination. PosUio quœ esi ordo partium in MOj inralionê quantitatis includitur {Summa contra gent.^ iv , 65). En effet» le corps de Jésu5«Chri$t est avec sa quantité (ou étendue) dau)9 TEucbaristie, et cependant il n'y est pas divisible, impénétrable, etc.
La quantité dimensivese divise en quantité de masse, subdivisée en ligne, surface, solide, — et quantité de multitude, qui se subdivise en autant d'espèces inférieures qu*il y a de nombres. Chaque nombre est un per iiy car il tire son espèce de la dernière unité, comme la triade de la troisième, etc.
i VII Met,) Le n<imbre a donc tout ce qu*il aut pour être un prédicament. Aussi saint Thomas et Scot s'accordent i le regarder comme une upêce de la quantité.
On objecte que le nombre se compose d'êtres complets, et ainsi est un non per le, mais per accidenê , comme un peuple , un assemblage. Il faut répondre que ces êtres complets , comme quantité de masse , sont incomplets comme unités élément de nom-
bre. Car la quantité est distincte de] son unité, puisqu elle n'est une que par'lV nion accidentelle de ses parties, tandis que les autres êtres sont identiques à leur unité, parce qu'ils sont uns en euxmêmes. (YII Met. — 1, qoast. H, art. 1; quœst. 30, art. 3.)
Saint Thomas réfnse de considérer comme espèces de la quantité, le lieu, le temps, le mouvement,, le discours. Quelques thomistes pmisent sur ce point autrement que leur cher, parce qu'Aristote, qui , dans sa Mita* phyiique^ a soutenu Popinion embrassée par Te saint docteur, avait paru, dans sa Logique, exprimer un aviscontraire.La vérité est que, même dans sa Logique, il n'adonné la quantité successive, c'est-à-difeie lieu, le temps, etc., que comme des espèces impropres de la quantité.
Le nombre, ne pouvant $*appliquer qu'à des êtres spécifiquement identiques, ne |>eat, d'après les principes de saint Thomas, s ap* pliquer aux anges.
La quantité se distingue réellement de la subséance, car elle en est l'accident. Si done toute substance corporelle est naturelleroent étendue, elle ne Test pas par elle-mime, mais par un accident inséparable d'elle.
La relation prédicamentale est un accident réel (ce qui exclut les relations deraisoD), qui ne coo^îstô que dans un rapport {ce qui exclut les relations transcendantales qui ont une entité absolue, comme l'Ame par rapport au corps).
Dans la relation , il faut distinguer trois choses : le sujet {id quod refertur , ex. le f)ère), le fondement (ratio referendi, ex. la
f;énération), le terme (id quodrespicitur^ei. e fils). Saint Thomas et âcot disent que la relation prédicamentale est distincte réellement de son fondement ^insi la ressemblance de deux murs blancs est distincte de te blancheur. Ce qui ne veut pas dire que la relation est une substance; Salut Thomas le nie énergiquement : /n ereatit nuUa relaiio est substanlia (1, dist. %,1, 1]. C*e&l précisément parce que le fondement est une entité absolue qu'il doit être distinct de la relation, qui n'est qu'une entité relative, un rapport : Relationes in nobii habeilU aliud esse dependenSf quia earam esse est atiui ab esse substaniiœ. Ûndehabent propntsmmoium èssendi^sicut etinatiis accidentibus eontingit, Scot dit que toutes les relations ont pour terme quelque cbose d'absoht en tant qu'absolu. L*école d'Alcala (Comptutenses), tombant dans l'excès opposé, vent que toutes les relations aient le relatif pour obiet. Selon saint Thomas, les relations mutuelles (par ex. celles du père et du ftls) ont pour objet le relatif (par ex. le fils, non en tant qu homme, mais reduplicativement en tant que fils). Cum dicitur quod retatite esse, fsl adaliudse hnbereper ly(aliud)yintelfigitureor'
relativum quod non est prias, sed simul iwtura (1, quœst. 40, art. S, ad k). Quant aux relations non muluelles (comme celles de Tœil et des couleurs ) , le terme est absolu, et ne peut être dit relatif qu>extrinsèquc-
THOMISME
1ÎI0
ment. (F Iff/. ^ Iio.xvit.) Ici quelques thomistesy par flrersion pour Scott so rapprochent de Técole d^Alcata.
L*onité spécifique des relations se tire de Tunion du fondement et du terme ; et leur diyersité, de la diversité de Tun des deux; car la relation tire son èlre des deux , elle doit donc en tirer son unité. (Quodiib. 9, art. h.) Ces t d'ailleurs une application de l'axiome : Bonum desumilur ex intégra cama ; malum exquocunque defeetu.
L'unité numérique des relations se tire de l'unité du sujet. Ainsi, en un père, il n*y a qu'une paternité, quel que soit le nombre de ses fils.
Il y a trois genres de relations, distinctes par leur fondement, (f JMer., lib. xvn.) Une chose est relative k une autre : ou selon IVire oi^ elle trouve la mesure de sa perfection ( c*est ainsi que les sciences se ra|H portent k leur objet , les créatures k Dieu : ces relations ordinairement ne sont pas mutuelles); ou selon' Toi^rton (cause et effet: ex. un nis par rapport k son |>ère) ; ou selon f%%M{\Mk mur Manc eaiie{e«i/ k un autre blanc, non k un noir). La convenance est de trois sortes: dans la substance, elle est identité ; dans la quantité, elle est égalité ; dans la qualité» elle est similitude. Les relations
Îuant k TactiOD et quant k l'unité sont orinairement mutuelles.
Le quatrième prédlcament est la qualité,
Îu'on petit définir un accident modificatif ou éterminatif de la substance. Elle a quatre espèces, que saint Thomas appelle, après Ari5tote : 1* habitw tîdiMpoiUlo: S* pottntia 91 impoteniia : S* paseio et patibiti» quatUas; kr forma et /foiiro. Le saint docteur essaye (1-8, qua»t. l9, art. 1) de montrer que cette division est bonne. La substance, dit^il, ne peat être modifiée que de quatre manières, anaioguesk ces ouflftre espèces de la qualité. Nous omettons les questions subtiles qu'il traitée propos de ces quatre espèces, d'autant plus que rien ne le dbtingue k ce sujet des autres philosophes péripatéttciens. Disons i»<firiement que les hah\tn$ se divisent en intellectuels et moraux, ce qui comprend toutes les vertus et toutes les sciences. La éispo- «tito, qui appartient k la même espèce, corn* prend, entre autres choses, tous les arts qui exigent de l'adresse corporelle. La deuxième espèce se divise en puissance d'agir et de résister, et comprend toutes les facultés; la troisièmecomprend les couleurs, les sons, la chaleur, etc. ; la quatrième , les figures planes, qui sont ou circulaires, ou triangulaires, etc. , et les figures solides, qui sont ou sphértques, ou ovales, ou cylindriques, etc-
Les quatre prédicaments dont nous venons de parier sont les principaux. Kant a essayé d^ rattacher tous les autres, et les scolastiques avaient préparé les voies k cette tentative du philosophe allemand, en traitant avec beaucoup de détails les questions relatives k ces quatre prédicaments , et en glissant sur lessix autres. Pour le même molif} nous nous abstiendrons de les mentionner
ici« nous contentant 4ie les avoir érinvérés au commencement de ce paragraphe. Peutêtre même avons-nous déjk abusé da la patience de nos lecteurs , en leur offrant tant de notions abstraites et peu utiles. Nous avons hAte de i«sser k des questions pl«s importantes. Notons seulement qu'il y a une ffrande différence entre le predicaoïeot appelé AoAt/iM, et l'espèce de la qualité que nous avons vu décorer du même nom. La seconde est TAoèiltide» le premier est Vha^ bit. Ce n*est |K>urtant pas le vêtement luimême, c'est ce qu'ajoute au corps l'ajustemrent des habits qui le couvrent, a* des armes offensives ou défensives dont il est
muni.
S Vf. — De la certitude.
Si saint Thomas avait rédigé un nanuel de nhilosopbie, il n'aurait probablement pas eu l'idée d en consacrer un chapitre k la eer* titnde. Aussi aommes-QOoa obligés da gla« ner dans ses éorits pour trouver quelques passages qui puissent satisfaire la curiosité qu'on éprouve naturellement de connaître
I opinion de ce grand homme sur un problème si agité de noa jonrs. Il n'y a rien Ik qui doive éKmner. On pariait peu de eertitttde au moyen âge, parce qu'alors on ignorait le doute. Les eontroveraea sans fin des modernes sur le véritable triternm ne pouvaient apparaître qu'k une époque de scepticisme.
L'autorité de saint Thomas a été invoquée par une école qui a voulu, il ▼ a peu <rannées, dépouiller la raison individuelle de tout moyen d'arriver k la eertitode sans le secours de ce qu'on était convenu d'appeler la raison générale, il est vrai qu'on lit dans saint Thomas : Judiehm quod ab ammibttê de veritate éatur non potut sne erronemm.
II suit de Ik sans aucun doute que le eonsenteoieot unanime est un critérium de certitude ; mais on ne peut en oonclure que dans l'eapril du saint docteur, ce soit le seul. L'opinion exprimée dans la phrase que^ nous venons de citer est la même que celle d'Aristota déclarant vrai ce nui est adopté par tous, ou par le plus grand nombre , ou par ks savants, ou par les meilleurs. Or isette opinion, qui «'St celle de tous les bom« mes sensés, n'exclut nullement les critérium autres que le consentement unanime ; car ce consentement unanime, eomoui le remarque un écrivain distiagué (llosnxi,Siifi»ma pkUoiopkiœ 0dmeniemem§eliciDo€tori$)^ est lui-mèoie l'effet de l'évidence , de sorte qu'en se soumettant k la raison de l'autorité, on se sousMt k l'autorité de la raison.
D'ailleurs, les textes ne manquent |«a pour établir positivement une saint Thomas reconnaît la puissance de la raison individuelle. InMlectuê eimptieUer percipiem fnnper esr terue, dit-îl; et il accorde aux sens la même infaillibilité tant qu'ils citèrent dans leur domaine : Seneue cirea smaifti/in jnnper e$i veruê. Ht eilieurs : « L'homme ne tiiînt la certitude de la science que de
DiCnONNAIRB DU PARALLELE.
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Dieu* qui Doas a donné U lomîère de la raison par laquelle nous connaissons les principes d*où nali la cerliinde. » Serait-ce donc que l'erreur est impossible à rbomme? Non, répond l'interprète que nous citions tout fc 1 heure ; car Dieu ne concouK à nos actes intellectuels que comme cause universelle; sa Téracité ne peut donc être in- TO(|uée qu*en laveur de la faculté de percevoir, et de la lumière intellectuelle ; mais les actes de la cause particulière peuvent être défectueux. D*où vient donc Terreur ? Erroff nous dit le saint docteur, «s^ în initia leeiu âitrid$ni9 vd eampomnie. Et si vous voulez sur ce sujet des explications plus amples, ouvrez lesl questions J^e verilaie; vous y trouverez' ce qui suit : In înlef- Ueiu numguam est fauitaê ^ $i rtcU ftaî rèioluiio in prima pnneipia. Voilà la condition pour que l'erreur soit évitée ; mais cette condition est difficile h remplir » car souvent nous ne pouvons saisir la connexion qui existe entre les vérités secondaires et ïbs premiers principes. Suni quœdam imelligi' bilia mêm non nabmu fiecei sanom eonnesto^ nemaji prima principia^ ricut eontingii pro^ pcêiiianibuê ad qwiryan remotionem non S€fuîlurramalîoprtfictptonim. Voilà une cause d'erreur tirée de l\)bjet ; la négation de certaines propositions n*a pas pour conséquence la négation des premiers principes, voici une autre cause qui est tirée de la faiblesse du sujet pensant : Plerumque faU êiioi admiêCMiur propter imbeeiUiiatem inleliectuê noiiri m jtidicofido, et phantoimatum permietionem.
Les assertions précédentes, quoique con* formes, dans leur généralité, a la manière de voir de tous les philosophes qui ne sont pos aveuglés par Tesprit de système, contiennent cependant le germe d une opinion moins satisfaisante, et particulière non à saint Thomas, mais à tous les philosoubes de son temps et à plusieurs modernes. Cette opinion, que nous avons déjà eu Toccasion d indiquer, demande à être exposée ici avec quelques détails. On a vu que saint Thomas {Présente , comme Tunique moven d'éviter tTerreur, le soin de tout rattacher aux premiers principes. Cela ne veut pas dire assurément Que rien n'est certain qui n'ait été démontre strictement. Rien ne nous autorise à prétendre que saint Thomas ait nié la certitude naturelle et irraisonnée. Mais, tout en montrant que la raison individuelle peut a^iuérir par elle-même une certitude scientiflque, il prend cette certitude scientifique dans un sens beaucoup plus restreint qu on ne le fait ordinairement. En mille endroits de ses écrits, il affirme que deux classes de vérités seulement peuvent être Tobjet d une certitude scientifique : d'abord les vérités per $e notœ^ et ensuite celles qui peuvent s'en déduire ri{(Oureusement.
La doctrine de saint Thomas sur les vérités^ per $e noim mérite d'être exposée, parce qu'elle contient, plus qu'en germe, la distinction que Kant devait étanlir plus tard entre les jugements analytiques et les juge-
ments synthétiques, Une propositioD, dit saint Thomas (1, quaast. S, art. 1), est coaosf par elle-même, per ee nato, quand rattriUi est contenu dans la raison du sujet : cofnse»
£ir exemple, dans cette propositioa :
*homme e$t un animal^ l'attribut «hîmI eU essentiel à Thomme. Si donc le sujet et Tiitribat sont universellement connus, la proposition sera connue par elle-même. Il et est ainsi des premiers principes , dans les démonstrations dont les termes soot parfaitement compris, comme, par exemple, Krt et iCitre pus, le tout et la partie. Toute pvtK
Ksitiou (1*2, quœst. M, a. S) dans li|iieUt ttribut appartient è Tessence du si^ ea connue par elle-même, i condition tootafoii que le sujet soit connu. Ainsi cette proposition : Vhomme e$t raisonnabût est une pro* position connue par elle-même, ratlnlioft rat#onna6/e étant essentiel k Thomme.
Les propositions per $e notes sont dose celles qui ont été appelées» dans les taDie modernes, émdente$ d*une évidence ioNDédiate et proprement dite. Par eooséqaeoi, saint Thomas ne regarde comme certtion scientifiquement que les vérités qui possèdent cette évidence, et celles qui penvenl s*en déduire rigoureusement par le reisoonement. L'évidence immédiate et révidescs médiate, ou démonstration stricte, tels soat donc les deux seuls critérium de la certilodt scientifique. Ce n*est pas le moment d*appréoier cette doctrine Mais nous de?oas dès (maintenant faire remarquer quelqieiunes des conséquences qui en décooleat D*abord, les vérités morales, qui ne sont ni évidentes strictement, ni susceptibles d'être déduites des premiers principes, ne pe«iveut plus être certaines scientifiquement Ou si Ton essa/e de les démontrer, on m met en contradiction avec la notion qoeToa a donnée de la certitude. L'existence dci corps se trouve dans le même cast et il ftui en dire autant de toute existence o^'ective. Le raisonnement le plus rigoureux ne pout- Ta jamais, en partant d'une idée nécessaire de l'esprit humain, arriver à établir on fut extérieur à l'homme.
Pour résumer en deux mots ce parant*
F ho, si saint Thomas n'est pas tombé Sm erreur de ceux qui n'admettent qu'on ses! critérium^ il semble qu'il a refusé toois valeur scientifique à plusieurs des mojfos sans lesquels les objets si variés de noscoenaissances ne peuvent obtenir une certitude analogue à leur nature.
i vn. — De U msûirt et de la IsfM.
Les anciens n'avaient fms les métaes idées que nous sur la division de la pluiosophie. Le nom de wUtapkfeiquê avait potr eux un sens beaucoup plus restreint, et le nom de physique) un sens l)eancoop ptai large. La métaphysique particulière ne s appliquait qu'à l'étude rationnelle des substances séparées, c'est-à-dire des purs esprits ; la psychologie, même rationnelle, ao était exclue par cela seul que Tâme booaisa est destinée à être unie a un oorjii, el bA
THOMISME
partie d'un composé. La métaphysiqne gé* nérale ou ontologie n*aTaîtt par conséquent, pour objet que les notions communes aux substances séparées. La physique* outre beaucoup de notions botaniques, zoologiques, astronomiques, chimiques, anatomi-* qnes, etc., qui ne font plus nariie de la philosophie, comprenait toute la psjcholo* gie et une partie importante de la métaphysique des modernes. La physique particulière étudiait tous les êtres naturels, et la physique générale les notions communes k tous ces étrest de sorte qu'une foule de questions, appelées ontologiques par les modernes, étaient traitées autrefois dans la physique générale.
Il est assez difficile de se faire une idée exacte de ce qu'entendaient les scolastiques (»ar matiire et forme ; ces mots, que Ton retrouve constamment sous leur plume, et que souvent ils n*expiiqvent même pas, tant Tusage en était général de leur temps, ont disparu, quant a leur ancien sens, dans le naufrage de la philosophie péripatéticienne ; ce n*e5t donc que par la comparaison attentive des textes que Ton peut fixer avec précision la signification qu'avaient, dans resprit de S4int Thomas et de ses contemporains, ce& mots célèbres. Cette comparaison, nods avons dû Taccomplir, et nous croyons avoir saisi, grAce. à elle, le nœud de la difficulté. Puisse notre exposition rendre ce sujet aussi clair pour nos lecteurs que Tétude Va rendu clair pour nous-méme.
Saint Thomas distingue les principes extrinsèques, ou causes des objets, de leurs principes intrinsèques, ou éléments constitulifs. Ces derniers sont la matière, la forme et la privation, s'il s*agit de la génération de l'objet naturel; ce sont seulement la matière et la forme, s*il s'agit de l'objet naturel déjà engendré. Ce simple énoncé nous fait voir qu*il est impossible de comprendre les mots de matière et de forme au sens de saint Thomas, h moins de saToir d'abord ce qu'il entend par génération.
Les changements aue nous observons dans les choses naturelles sont de deux sortes : les uns sont accidentels, comme celui d'un hooQme ignorant qui devient savant; les autres sont substantiels, comme celui du
germe qui deyient homme, et du bois qui evient feU| parce qu'ici il y a production non plus seulement d'une qualité nouvelle, mais d'une substance qui n'existait pas. [Compend. theoLt cap. 7^, ei alibi.) C'est celte dernière classe de changements que ron appelle génération substantielle. Elle était nécessaire ft Tordre du monde ; car Dieu étant un acte pur, les plus nobles des créatures devaient être plus en acte qu'en
fuissance,c'est-k-dire incorruptibles, comme âme, qui, une fois créée, existe toujours ; et les créatures inférieures, les moins semblables k Dieu, devaient être plus en puissance Qu'en acte, o'est-k-dire devaient tour k tour être et n'être pas. Or c'est ce qui arrive par la corruption et la génération substantielle. Car un objet corruptible est en
puissance k l'égard du non-êlrS, e êst-A*dlre qu'il peut cesser d'être sans que Dieu l'anéantisse. En effet, il j a en lui un fonds persistant appelé moHire qui peut^tre dépouillé non-seulement des qualités ou accidents, mais même de l'Are qu'il possède actuellement et qu'on appelle forme ; ee qui a lien, non par la pure et simple séparation de la forme et de la matière, car dans la nature aucune des deux ne peut exister seule, mais par l'union d'une nouvelle forme avec la même matière.
De plus. Dieu a dû donner aux substances créées le poifvoir d'agir afin qu'elles lui ressemblassent. Hais il agit ad imra et ad extra : les formes supérieures, les anses, oSHsnt la ressemblance de ses actes aaintra^ et les formes corporelles ou substances corruptibles offrent celle de ses actes ad exîra^ en produisant leurs semblables. Hais les créatures ne peuvent produire quelque chose de rien, car cela n'appartient qu'k Dieu; il fallait donc, pour qu'elles produisissent leurs semblobles, que Dieu leur fournit une matiire qui fût en dehors du néant, et qui cependant ne fût déterminée k aucune es-
Sèce d'être en particulier, afin que ishaque tre pût en tirer son semblable. \Comp9nd.^ 1».)
Ainsi, d'après saint Thomas, qui n'est ici encore que récho d'Aristote, il se produit des êtres nouveaux qui ne sortent ni du néant, ni d'un être existant déjk actuellement, mais de quelque chose qui tient le milieu entre l'être et le néant, <rest-k-dire de la matière, pure nonibilité de devenir une snbstance'naturelle quelconque.
La matière est donc ce qui se retrouve dans toutes les choses naturelles, comme la première condition de leur existence» ou pluiêt comme le premier élément de leur génération. Que ce qui est froid devienne chaud, voilk une production qui suppose déjk un être actuel {en$ simp/icUer), et qui n'aboutit qu'k un être secondaire et accidentel (eus eeeundum quid); mais qu'un çerme se développe, ou qu'un corps organisé se corrompe, voilk une génération sutâtantielle qui aboutit k un être actuel, lequel n'est pas superposé k un autre et ne suppose rieo d'antérieur k lui-même, si ce n est la possibilité qu'on appelle matière, et qui est le sujet commun duquel se font toutes les cbo» ses naturelles.
Cette matière est indifférente k toutes te^ sortes de cbosi?s, puisqu'elle peut entrer dans toutes les substances; il fiiut donc que la forme la déternrine k une espèce d'être^ et soit ainsi le principe de la variété. Ainsi la matière unie à la forme de l'eau est eau ; que si cette forme est remplacée pêr la forme de la pierre, la matière devient pierre, qu elle est unie k une forme» la ma
Pendant qu'
tière est donc en jmtiiaMe, relativeoient aux antres formes, c'est-à-dire qu'elle est privéû de ces formes, mais qu'elle est apte à les recevoir: c'est ce qui nous ialt comprendre le troisième élément, appelé privation, qui est^ comme la matière et la focme» un des priiir
ms
DIGTIOMNAIEE DU PARALLELE.
cipes mtnasèquM de la génération des choses patarelles; car lorsque la chose est engeodréet la présence de la forme exclut la prtva/i'on^qui est Tabseoce delà forme; d*où la, chose eiîgeodrée o*a que deux principes intrinsèques * mais si on considère Tobjet ayant la géoération» il a un troisième principe intrinsèque, qui est l'aptitude de la matière à recevoir cette forme dont elle est privée» et par conséquent h perdre la forme ({libelle a maintenant (puisqu'elle ne peut jamais exister sans forme.)
On peut, par ce qui précède» se faire une idée ae la différence profonde 'qui sépare l'acception acolastique des mots matière et forme» de leur acception usitée aiyour*d*hui. En voyant une statue de bois, nous disons que le bois en est la matière» et que cette matière a reçu la forme de statue; mais» dans le bois considéré à part, et è Tétât infomut si Ton |»eut ainsi parler, l'école distinguait déjà une matière et une forme : une matière» pure possibilité» identique dans les substances les plus diverses, et la forme du bois» à laquelle elle rapportait tout ce ga'il y a d'actuel et de déterminé dans Tob* jet dont il s'agit. L'école ne voyait donc dans ee que nous appelons forme qu'une qualité accidentelle, dont la production supposait déjà un être composé de matière et de forme, et constitué tel par la génération sobslantielle» c'est-k-dire par l'union d'une forme avec une matière précédemment unie k une autre forme.
H n'est pas inutile de remarquer que deux sciences du premier ordre ont conservé jus-
au^aujourd'hui les expressions de matière et e forme. La logique pure appelle, par métaphore, matière cTun jugement ou d'un raisonnement, les concepts ou les jugements dont il est composé; et elle appelle forme le Ijen qni rattache Tnneè l'autre les diverses parties de la matière. La théologie, de son côté, applique encore aux sacrements les expressions de matière et de forme. Ces deux sciences nous semblent prendre ces roots dans un sens qui n'estni celui desscolastiques ni celui du vulgaire, ou plutÂtqui tient peut-être à la fois de l'un et de l'autre. Ainsi» en logique et en théologie, la matière n'est pas une pare possibilité, elle est quelque chose d'actuel et de déterminé. Mais si ces deux sciences s'éloignent des scolastiques au sujet de la matière, elles s'é» loignent de l'usage au sujet de la forme, qui est pour elles, non une qualité accessoire, mais quelque chose d'essentiel pour compl4* ter la matière, pour loi conférer sa dernière actualité, comme dit saint Thomas» quelque chose enfln sans quoi deux concepts ne formeraient jamais un jugement, ni trois jugements un syllogisme, ni un signe sensible on sacrement.
Dans son Trniti e^nire hi geniilê (lib. i, c.M), saint Thomas rattache ilathéodicée te système ontologique que nous venons d*ex|K>ser, et ce passase est encore phis net
Sue celui du Compenékmm analysé pins haut, ien, dit-il, est acte p«r; la matière est puis-
sance ou possibilité pore ; entre ces deux extrêmes sont toutes les autres choses ma* lées d'acte et de puissance. El plus loin (cap. hh) il ajoute : De même qu'un être doit aux formes accidentelles d'avoir telleê qualités, de même qu'il doit aux formes sabstantielles d'être cet être plutôt que tel autre, de même il doit è la création d'être un être ; c'est-à-dire que, pour modifier un être, la' génération n'est pas nécessaire, et que, fOUT former cet être, la création n'est pas nécessaire non plus. H suffit, dans ce dernier cas, de la génération substantielln, comme.il suffit, dans le premier, de l'altération.'
A cette doctrine deux objections devaient être faites, et elles le furent. Sans la ju^er pour le moment, nous devons dire au moins comment ses auteurs et ses partisans la défendaient. Si la matière n'est qu'une possibilité, objectait-on, elle n'est pas même un milieu entre l'être et le néant, elle n'est rien ; car, avant la création» elle n'était également qu'une possibilité; or il est évident qu'alors elle n'était pas sortie du néant. Ensuite» si la matière n'est pas un pur néant, elle est q[uel(^ue chose d actuel, ce qui est contre ladéttnuion.
Saint Thomas (GstU., ii, 37) répond à la première obiection en distinguant deux aortes de possibilité : la possibilité objective, qui est simplement la non-réfmgnance à I existence, et la possibilité réceptive» qui est une aptitude réelle à devenir tous les états. Quant h la seconde objecttonf les thomistes la résolvent (ou croient la résoudre) f»(ir la distinction des deux sens du mot actueL La matière, disent-ils, existe actuellement, c'est-à-dire de /bil, c'est incontestable; mais qu'elle existe actuellement en ce sens qu'elle possède une actualité propre, nous le nions.
L'essence étant distincte de l'existence, de ce que la matière a une essence autre que celle de la forme, on peut conclure qu'elle ait aussi une existence propre. Non-seulement, comme nous l'avons dit» la matière n'existe pas sans la forme, mais même la matière n'a pas une existence propre qui dépende de celle de la forme, et contribue è produire l'existence du composé (qusst. i De potentia^ art. Ij; aussi, quoique la matière ne puisse commencer que par la création, elle n'est pas créée, mais c^ncréée (part. I , quœst. (5, art. 4), car la création aboutit à Têtre; or, la matière n'est qu'uQ commencement d'existence.
Il y a plus : saint Thomas assure (ouodlib. 3, 1; et 1, ouaBSt. 66, art. I) que Dieu lui-même, avec toute sa puissance, ne pourrait faire que la matière existit sans la forme; car fui accorder ce pouvoir reviendrait à dire que l'être actuel peut exister sans acte, ce qui est contradictoire.
Une particularité assez remarquable, c'est que jsaint Thomas prétend que la matière des corps célestes est différente de celle des corps sublunaires; les corps célestes sont incorruptibles, c'est-à-dire que leur matière
THOMISIie.
lîlS
ne peul être séjMrée de lente formes, ei ils nesant susceptibles que d'un changement local.
La forme n'ayant pas Tètre par elle-même, mais étant ce par auoi le composé a fétre, D*est pas produitOi à parler rigoureusemeut; ca qui est produit, c'est le composé. Cependanl, pour expliquer Torigine de la forme, ou lui applique, en un sens lai ge, le mot de production. Or les formes des composés engendrés sont de deux sortes: les unes sont corruptibles, comme celles des animaux: les autres sont-i^eorruptibles, comme les flmes raisonnables. Les premières sont tirées de la matière, sans laquelle elles ne peuvent exister, de sorte qu*en étant séparées elles perdent toute existence. Les formes incorruptibles, au contraire, sont créées par Dieu au moment où le corps est capable de les recoTOir. Outre les composés engendrés, il V a les com(>osés créés, comme les corps célestes et les quatre éléments des corps sublunaires. Les formes de ces composés non engendrés ne sont pas tirées de la matière, mais elles ont été (xéées avec elle. Cette matière n*a/ant jamais été privée oe sa forme actuelle, B*a pu en être la source*
La matièr«^ comme la iTorme, est de Tessence du composé.(l)e mie et «steiuta,cap. 9.) Kntre elles nul intermédiaire n'existe; -leur ubion est immédiate, car c*est ta forme qui actualise la matière : ce sont les propï-es |»arôles de saint Thomas (1, qtt«k»t. 76, art. 7} : forma per seipsam faeii matêriam €Si$ in uciUf «iMN per €si€niiam suam fU aetuê. lire dai e$it per ali^uod tnedium^ eed eecundum eciçeam umitwr materiœ «i aelus yu$; née M aii^tfid iMiieiUi niêi cgeeu i/nad {oeii mtUe^ riam eeee in acêu,
Kofin, le composé m se distingue pas de ses deux parties prises ensemble {(rsiti., it, 81}; car alors il formerait une troisième partie d*un autre tout, au sujet duquel on |iourrait demander encore s'il est distinct de ses parties^ et ainsi de suite jusqu*k rinfidi.
Nous renons d*ex|)Oser des principes que nous retrouverons en psychologie et en pb/sîque ^rticulièpe : VidA de fortne sert aux a^colastiques k expUquer4a Nature des corps, aussi bien que la nature de l'âme. Si 1 on uou» reprochait quelques répétitions, uous ferions observer que Tordre par nous choisi, quelque attaquable qu*il soit au point de vue ue la méthode, est suffisamment justifié, dès qu il olTre une image fidèlç de la philosophie que nous essaj^ons d'exposer. L^historien d'une doctrine doit-il cnercher .à lui donner l^enchaluemeni rigoureux qu''ene n'a pas reçu de son auteur? Itst-oe tiotre bute si saint Thoofas mêle constammeot Vune k J'autpe la logique, Ja physique et la théodicéeï
1^ cause diffère du principe en ce que ce &ur quoi elle influe, ce au*elle cot)iribue h ITOduiro est distinct d elle substantielletuent. On peut donc dire que le potïit e$t' le
principe de la ligne, mais fl n*en est pas la cause (1, qusst. Ss, art. 1).
il y a quatre sortes de causes : matérielle, formelle, efficiente et finale (// Phmie. , lib. x). Les causes matérielle et formelle ne sont autre chose que la matière et la forme, prises au sens qui a été indiqué plus haut. Seulement, au lieu de les considérer ici comme éléments ou principes, on tes considère comme causes, ce qu elles ne peuvent être que par le concours de l'agent ou cause efficiente. Elles sont toutes les deux moins nobles que Teffet qu'elles contribuent à pru duire, puisqu'elles n'en sont que des nattics. La cause finale (2, dist. 15, art. ij est plus noble que Teffct, car il sô rapporte è elle. Cependant les êtres libres peuvent se proposer une fin mauvaise dans un acte bon.
SilacauseeYBciente est de la môme espère
Sie son effet ^comme dans la géfiératioii larnellejt elle est aussi noble que toi; si elle contient cet effet éminemment (comme Dieu contient les créatures), elle est plus noble que lui (l,*quœbt 4, art. 2). Les causes
.doivent être rangées ainsi par ordre de noblesse : finale, ellicietite, formelle, matérielle; et ainsi, par ordre de temps : finale, efficiente, matérielle, formelle.
Cet axiome : Causer iutit sibi inHeem cau$œ (F Jtfel., lib. u), signifie que la matière sou-; tient la forme, el que la ibrme actualise la matière. Or, soutenir. c*est aMualiser, cVst causer. Cela signifie ae plus que Fagem et la fia influent l'un ^ur Taulre; car la Un* considérée daus rintention. influe sur1*agerf t; et celui-ci influe sur la fin considérée daifis l'exécution.
Quant k la cause idéale, ou plan d*après lequel agit la cause efficiente, tstle rentre dans la cause formelle, car on peut la définir : une forme ou idée que la cause efflcienle imite en agissant 'qûasst. 9 t)e vertt.^ art. 1, 3 et S); cette idée e5t donc la forme de Tobjel, considérée» non plus comme inhérente, mais
. comme imitée.
La cause idéale rentre aussi, k ccrfttns égards, dans la cause elItcieTile et dans là cause flnalef; dans fcfflciente, parce que ridée archét;{>e dirige l'agent dans son œu-
^ vre; dans la lînale, pa^ce qo'e le but de l'k-
Fent est de produire une œuvre gui exprime idée.
Todt 6tre qui est cause efficiente i»t Tel quant k .««on tout; mais pour les êtres composés, on peut demander quetle est la partie de leut tout par laquelle ils exercent leur Tondtlon de cau^e efficrente. Or saint Thcmras '(Gtnt., W) affirme que la forme substanttefre seule peut produire une forme sobstatïtielle, et que les formes accidentelles ou
Îualltés ne peavem produire que des accient^, des modifications, fis se trompent donc ceux qui attribuent tndte «ctivhé aut formes accidentelliDS. 'Les foiiues 'substantielles Sont le ]>remier priifct))e de toute produttloD substantielle, comme de loute action: ainsi i*flme est le premier principe lie l'intellrgence, de la volonté, etc. ; mais la forme substantrclle n'est pns le pTincfi»e pro-
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chaiq de l'action, c'est-k-dire» elle agit par rintermédiiHre des formes acddentelles.
Dieu seul agit immédiatement , parce qu'en lui l'eâsence et l'opération sont identiques ; mais, de même que la racine ne produit les fruits qu'au moyen des bcancbes, de même la forme substantielle ne peut rien produire que par quelque chose distincte d elle. Car la jbculté opérative est un accident. Or l'accident est réellement distinct de la substance. Donc celle-ci n'opère pas immédiatement, (1, quœst. 54, art. 3.)— On objecte que ce
2ui est le principe de l'existence doit tre le principe d'opération; or, c'est la forme substantielle qui est le principe im* médiat de l'existence. — On répond par la distinction du principe médiat et immédiat. Ou objecte encore : La forme accidentelle produit par elle-même une forme accidentelle; pourquoi la forme substantielle ne produirait-eJle pas par elle-même une forme substantielle? — La raison de la différence est que la forme accidentelle est la facqlté opérative de la substance; elle n'a donc pas besoin^comme celle-ci,d'une faculté opérative (ce qui continuerait à l'infini), comme un serviteur par oui le mattre agit,n*a pas besoin lui-même d un serviteur par lequel il agisse, (De ipirit, creat.f art. 11, ad 10.)
La causalité est l'action de causer, ou Vacte teeond de la cause^ dont l'ocre premier est la puissance de causer
La forme substantielle ne produit pas les formes accidentelles qui lui sont unies, et
3ui découlent d'elles par ce qu'on appelle la imafULtian. C'est l'auteur de la forme substantielle qui, en la produisant, produit les propriétés qui dépendent naturellement d'elle. Cependant, comme les propriétés.sont produites à cause de la forme substantielle, elle peut être dite inij)roprement cause efficiente à leur égard (1, quœst. 71Q; elle leur transmet l'action de sa propre cause, comme le premier anneau d'une chaîne transmet aux anneaux suivants le mouvement qu'il re(oit.
La cause instrumentale est celle qui n'agit pas par une vertu propre; or, on peut agir de trois manières par une vertu propre : 1* quand cette vertu est une propriété; 2* quand elle est subordonnée à une propriété ( comme la charité h la volonté ) ; 3* quand elle est reçue en un sujet (comme la lumière dans la i une).
La cause instrumentale (ou l'instrument) a besoin d'être mue par la cause principale. (â, quœst. 62, art. 1; Geni., u, 21.) Cependant rinstrument a une action propre; et en cela il diffère du milieu, qui ne £iit que transmettre l'action d'un être sans y coopérer.
La cause finale est celle qui excite h agir; elle est la première dans rintention de l'a-
ont, mais la dernière dans l'exécution. Le ien, vrai ou apparent, peut seul être fin. {Gent.f ni, 3; 1-2, quœst. 8, art. 1.) Ce qui n'empêche pas qu'on ne puisse avoir pour fin le mal connu comme tel, parce que la désobéissance elle-même peut offrir une apjMrence de bien è un être dépravé^ quand
ce ne serait que l'exercice de la liberté. La cause finale influe en inspirant à Tagent le désir d'elle-même. (Quiest.22 Ihverit,^^.%.]
Tous les êtres de la nature, m^me les êtres inanimés, agissent pour une fin. Les philosophes qui rejettent les causes finales se trompent donc. S'il est impossible de pénétrer tous les secrets de Dieu, il ne 1 est pas d'en découvrir quelques-uns par la contemplation de la nature. Une foule d'êtres révèlent leur destination par leur organisation. Les tnonslres eux-mêmes conflrmeot celle vérité, comme une flèche qai dévie suppose un but.
Les êtres inanimés (1-2, quasst. 11, art. i) agissent pour une fin executive.
Les brutes agissent de plus pour une fin appréheneive : c*est-è-dire, perçoivent la bonté de la fin, mais passivement (sans perception des moyens).
Les hommes agissent pour une Bn diree- Itvf, c'est-à-dire saisissent le rapport des moyens avec la fin.
Deux causes totales du même ordre ne peuvent produire ensemble un effet numériauement identique. (F Jfe/., lib. n.)ll y a plus : ce qui vient d'être déclaré im-
Ïossible eneemhlet Test eueceaivement; c*est- •dire, un effet identique numértqoemeot n'aurait pu être produit par une autre cause:
Sar exemple, Alexandre par un autre que bilippe. (Quodlib. 3, art. 25.) De même qu'il y a une aifférence spécifique entre les effets de causes diverses spécifiquement, de même ily a une différence numérique entre leseffets de causes diverses numériquement. Tout au plus, les effets peuvent être semblables.
Le hasard, dont les païens faisaient la déesse Fortune, n'est pas une cause relativement h Dieu; mais relativement è nous, c'esl une cause efiiciente qui a un effet non voulu. Lé Destin» dont ils firent un dieu aussi, n'est que la disposition des causes secondespour des effets éternellement prévus par la Providence. (1, quaBst. 116, art. k.) Le saint docteur mêle à cette doctrine des idées erronées sur l'influence des astres.
Les scolastiques traitent encore* k propos des causes, de la nature, de Tari, et de la violence, qu'ils comparent entre eui, en disant que le naturel est ce dont le principe de mouvement est intérieur; rar/t/fcte/, ca dont le principe est extérieur, ft savoir dans l'esprit de Tartiste, et ce qui imite la nature; le violent^ ce qui, ayant aussi un principe extérieur, est oppoeé h la nature. Le mot de nature en ce sens ne convient pas h Dieu, qui n'est pas soumis au mouvement. Tout mouvement imprimé h une nature inférieure par un agent supérieur lui est non violent^ mais connaturet; car la nature inférieure ne résiste pas.(l,quaBst.l03f art. 6, ad 1; CeiU., m, 100.) Tout ce que Dieu fait dans les créatures leur est donc naturel quand il le veut.
L'art peut imiter la nature, non par des formes artificielles, mais en appliquant les formes naturelles. Il est cependant certains
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THOmSIIE.
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effets naturels que Fart ne peut produire, Votf r»ar exempte. (3, dist. 7| quast. 3f art. 1, od 5.) Car le soleil ne dépend pas de nous. Ainsi on toit k quel prix saint Thomas a échappé aux extravagances des chercheurs de la f)ierre philosophale. L*or formé par le soleil I Ne dirait-on pas un parte entre Tastroiogie etTalchimie?
) IX. — Da moiiTeinent au sent péripalétlcien.
Les six derniers livres de la Physique d*Arislote sont consacrés au sujet sur lequel nous devons, dans ce paragraphe» exposer les opinions de saint Thomas.
Le mouvement, dans le sens où il est
fris ici, est le passage d'un être d'un é(at un autre; il se confond donc avec l'action ci la passion. (1, quœst. 45, art. 3.) Tous avouent que le sujet du mouvement est le patient ou mobile. S'il n'y a pas la même unanimité pour le sujet de /'ac/ton, c*est que ce mot est pris en divers sens. Hais, aelon saint Thomas, c'est encore le patient
3 ai est lesujet de l'action. (/// PAyi., lib. v; :i Mei.f lib. ix.) Si quelquefois saint Thomas dit que le sujet de l'action est l'agent, c*est quil parle des actions immanentes, comme comprendre, vouloir, entendre, voir, qoi ne sont pas des mouvements. Ou s'il l>arle des actions passagères, il prend action dans le sens de l'activité par laquelle l'agent passe delà puissance i l'acte, ou de Tacte premier à l'acte second.
La substance ne peut être terme d'un mouvement; car il faudrait pour cela que la matière première fût le sujet de ce mou- Tement, ce (qu'elle ne peut être, vu son défaut d'actualité. D*ailleurs le passage d'une forme substantielle h une autre (dans la même matière) est instantané. Trois prédicaments seuls peuvent être termes du mouvement : la qualité, la quantité, le lieu; et comme les choses qui sont relatives à une autre tirent leur distinction générique ou spéeiaue de cetleautrecliose(l,qu»st.2, art. M, 3), il y a trois sortes de mouve* ments : le mouvement selon la quantité
(augmentation ou diminution) ; celui selon a Qualité, et le mouvement local.
L infini svncaté^orématique ou en puissance (indéfini) existe, c'est-à-dire, que Dieu Eut ajouter h toute grandeur, h tout nome, à toute perfection ; mais Dieu lui-même ne pourrait faire une grandeur infinie aeiu ou un nombre infini actu (I , quaast. 7, art. Set (); car Dieu ne pourrait y ajouter; or toute créature est acte et puissance mêlés, et trouve des limites dans le genre et la différence. — 11 faut avouer que saint Thomas semble soutenir ailleurs la doctrine contraire. (QuodL 13, 3 ; opusc. ST.)
La durée est la permanence de l'être. On en distingue trois : l'éternité, le temps, et la dorée des anges, des âmes {œvum) (1 , qu»st. 13, art. 5;. La durée en la créature est distincte de la chose qui dure (i, quflsst. 10, art. 3). L'éternité est la mesure de l'être permanent, le temps est la mesura du mouvement; il a un passé et un
futur, et il a lui-même pour mesure la durée de 2k heures, qui est le temps du mouvement du premier mobile (le soleil); la durée appelée œpum n'a pas en elle l'avant et i'après, mais elle peut les recevoir; elle s'applique aux êtres sujets au changement, non dans leur être, mais dans leurs opérations, comme les anges, les Ames, les corps célestes. Les parties du temps sont passées ou futures; il n'a de présent qu'un instant indivisible. (1,'quiBSt. h%, art. S,od 3.)
Au delà de la création matérielle, il n'y a pas d'espace ; le lieu est l'espace occupé par un corps.
Deux corps ne peuvent naturellement être dans le même lieu, mais ils le peuvent par l'opération divine; un même corps ne peut être en plusieurs lieux avec sa quantité, même par miracle. ( Quodl. 3, art. 3.)
Il n y a pas de vide. La nature en a horreur, comme de l'opposé de l'union, qui est le bien de l'univers. Cependant Dieu pourrait faire le vide en détruisant le corps sans rien mettre à la place (ce qui ne s'accorde
Kas trop avec l'iaée du lieu donnée plus aut ; car ce vide serait un espace réel indépendant de l'étendue d'un corps).
Sur la question de la divisibilité infinie de la matière, saint Thomas trouvait en face de lui les deux opinions opposées de Zenon et d'Aristote. Il embrasse celle de ce dernier, c'est-à-dire, la divisibilité à l'infini, divisibilité non physique, mais métaphysique. (/ Pkyi.^ lib. IX.)
Saint Thomas parait ici confondre la division métaphysique avec ta division mathématique, que les partisans de Zenon admettent aussi comme possible à l'infini. La division métaphysique est celle que la raison conçoit comme possible, dans un objet réel, 9Uoique la main ne puisse l'effectuer. La division mathématique est celle d'une grandeur abstraite.
Les scolastiques supposent une solidarité essentielle entre l'opinioD qui admet que la quantité se compose d'éléments sim-
1>les, et l'opinion qui compose le temps d'ééments indivisibles. De I opinion de Zenon, disent-ils, il suivrait qu'un cheval ne peut pas parcourir un espace quelconque plus vite qu'une tgrtue, car chacun de ces oeux animaux ne pourra parcourir qu'un point indivisible de l'espace, en un même instant, attendu qne l'indivisible peut seul correspondre k I indivisible. Et qu'on ne dise pas que la tortue, après avoir parcouru un point dans un instant, comme le cheval, se repose pendant un autre instant. Car l'exemple de la roue où la circonférence et le moyeu se meuvent d'un mouvement continuel et cependant inégal prouve qu'il n'est pas besoin que la tortue interrompe son mouvement pour être précédée par le cheval.
Les autres raisons qu'on oppose à l'opinion de Zenon se tirent de la difficulté où elle est d'expliquer l'origine de l'étendue; car, pour qu'un objet augmente de quan-
AîA
DICTIONNAIRE 0U rARALLELE.
{il\
tité, il faut quMl s*Qnîs9e à un autre par ses extrémités ; or, le point, l'indivisible n'a pas d'extrémités.
Quant à l'objection formidable qui se tire tïontre la divisibilité à l'infinit de ce qu'elle ne crée pas les parties, mais les suppose, de sorte que si l'on peut diviser un obiet h rhiHni, cet objet tontient déjà actuelle- Tcteni Un nombre infini de parties, ce c[ui est absur»le, saint Thomas y répond lai- Wement (4, dist. 10, 1-8). Le nombre, dit-il, n'existe qu'après la division actuelle. Avant celte division, la distinction des parties ne produit qu'un nombre en puissance, et non un nombre actuel. Ses disciples ne répondent pas d'une manière plus satisfaisante à cette autre objection gui consiste h dire que si la matière est divisible à l'intini, il y a autant de parties dans un grain de sable que dans tout l'univers. Ils ne soupçonnent pas non plus qu'on puisse leur rétorquer l'argument du cheval et de la tcnrtue. Et cependant, on Fa fait avec succès; car si le cheval va cent fois plus vite que la tortue, et que celle-ci ait un mètre d'avance , pendant que le cheval parcourra ce oïètre, la tortue parcourra un centième de mètre, et ainsi de suite, de sorte qu'elle ne pourra jamais être dépassée ni même atteinte.
Mais n'empiétons pas sur le paragraphe réservé è l'appréciation, et terminons ce qui resarde la présente question, éo notant que, selon les ^coiastiques, il .n'y a d'indivisibles que les extrémités, le point extrémité de la ligne^ la ligne extrémité de la surface^ la surface extrémité du corps. Ces indivisibles ne sont pas des choses distinctes des parlies divisibles ; ils en .^^ont ÙQS modes, et par conséqueiu en sont distinctes comme les uiodes le sont de leur ^ujeL
Les conditions du iwuv«inent en général .soAt ftu udBdbre de deux : Ja distinction du moieur et du Hiobile, et leur union. Cêv^ V amm quod iauM^huTt.uh loit» mot^elur, puiaque le même être ne peut être ea acte (moteur) et eu puissance j(mobiJe) soms le même rapfiArt ; Sr aucun moteur n*agit à disUmce : ii faut qu'il soi! présent ^utiataniieltement ou TirtueJl^metit i i'objet mû;. Ji raison en est que r^icUoa suit Tâtre;. «panort ieqmtur e^e. il but doucéir» dans le leHips et dans le lieu où l'on ck>il agir.
S X. ^ Cosmologie,
Les matières qui sont l'objet de ce paragraiihe appartieoneni plutôt è laphv^itiue 4ju'li la ,pûilosaphie,; niais saint Tbogias 4jyani jcûmpris, dans la philosophie, des ijuestions ibéolo^iques et physique^ nous sommes x>bligé, pour donner une idée de Hà philosophie, de iaire quelques excursions dans le drOmaine de la physique ni de la théologie.
L'idée que saint Thomas -Blt^che au mot iin rmnde se v^aseni de rimpenferiion des
eonnaissances cosmographiques à son epo« que. Ii a pourtant examiné au sujet du monde plusieurs questions que tes progrès des sciences physiques n'ont pa^ fait vieillir.
La pluralité des mondes est rejetée par saint Thomas (1, quœst. M, art. 3j. Il s'appuie surtout sur Tunité qui doit reluire éans tout ouvrage bien ordonné, ce ^ui prouve qu!il n'entendait pas cette pluralxtt, qu'il regarde comme possible, et non comme réelle, dans le même sens que les auteurs modernes. Pontenelle et ses partisans, en soutenant aue la terre n'est pas le seul globe habite, n'affirment nullement l'existence de plusieurs mondes indépendants les uns des autres. Cette observation prouve combien il faut se défier, dans l'examen des systèmes, de la ressemblance des mois qui dfésignent souvent des opinions différentes, le sens des expressions se modifiaul avec le cours des Âges. Tont ce que dit saint Thomas de la perfection du monde est une nouvelle preuve de cette vérité. Au premier abord, en le voyaot affirmer que rien ne manque à l'oauvre de Dieu, on serait tenté de le ranger parmi 4es fauteurs de l'optimisme. Mais en examinant la ques* tion de plus près, on s'aperçoit qu*il veut dire seulement que la sagesse de Dieu reluit dans toutes les parties de l'univers, et que les créatures nuisibles elles-mêmes ont leur utilité. Nulle part il ne soutient qu'il fût impossible à Dieu de créer un monde plus parfait; le contraire résulte môme implicitement de ce quMl dit de la possibilité de plusieurs autres mondes que le monde actuel.
Une question beaucoup plus grave est celle de l'éternité du monde, fUr laquelle saint Thomas a composé on traité spécial, quoiau'il l'ait touchée plusieurs fois dans %e% À&à\ Sommes et ailleurs. 11 soutient qu'en Cail le monde a cofflmenoé,etil prouve mèuM par des raisons de oonvenance que ce mode de création éîait le meilleur; mais il soutient qu'il n'y a rien «de centradicjtoire dans l'idée d'un motnde é4«rnel; il affirme sans équivoque qu'il serait possible que le monde n*eût jamais commencé, comme il est possible à Dieu ;de le faÂre durer toujours* Il se base uniquenaenteqr l'autorité de saint Augustin, et sur la «oo-répugnance de cette opinion. Dieu («yant pui de toute éternité, exeroer son pouvoir de créateur. 11 avait à combattre sur ce ierrain saint fionaventure, Aichard de Sainte Victor, GuHlaume de Paris, qui ont défendu Topinioo oontraire par des raisons d'Hija grand poids. A la vérité, saint Thomas se borne à jdj#e iiu'-une cpéature queloDnqve a puexister m toute étiernité ; car il avoue en pluisieurs endroHs ûq ses écrits (Geni.t ii, SS; I4 quasst. 47, art. S), quoiqu'il ))aMi$se2'e rétracter ailleucs (t, quœst, 46, art. â; 3 De poleni.^ 17), que les êtres successifs, comme ceux qui doivent leur existence ^ la génération, que l^s mouvements desaéa-
IttS
TimmsiiE.
tares ont dû aroir on commencement; il dit la môme chose du temps (75).
Saint Thomas, suivant i opinion d*Aris* Cote, assure que le monde céleste est d'une autre nature que le monde élémentaire ou sublunaire ; que les corps célestes ne sont pas spirituels, étant composés de matière et de forme, ni animés, étant l'instrument d'un moteur plus noble qu'eux, mais qu'ils sont d'une substance incorruptible naturellement et inaltérable. Cette incorruptibilité des corps célestes consiste en ce qu'il n'y a en eux aucune génération, ni aucun changement, comme' ceux qu'on observe sur la terre, et e'est ici que saint Thomas repousse implicitement la pluralité des mondes au sens de FoUlenelle.
De rincorruptibilité, saint Thomas oonclut Afec Aristote que les deux sont solides et non fluides. Quant à leur nombre, il distingue fempyrée^ séjour des bienheureux, qui eet immobile; puis huit cieux mobiles, correspondant au mouvement des sept planètes connues alors, et au mouvement des étoiles tixes.
Quant aux qualités des corps célestes, si on leur accorde à tous la quantité et à presque tous la lumière, leur ineorruptibiiité ne permet pas de leur attribuer la chaleur, le froid, la sécheresse, l'humidité, le poids, la couleur.
Au sujet de Tinfluence des corps célestes sur le monde subinnaire, saint Thomas, tout en rejetant les folies des astrologues de son leoips, qui prétendaient deviner l'avenir par liss inoufements des astres, accorde encore Bux globes célestes une influence énorme sur la terre et sur tout ce qu'elle contient, [t , quttit. 115, art. 3.) Toute l'activité des :-orps sublunaires vient des corps célestes, Jit*tl, en s'appuyant sur saint Augustin et >«iint Denis, et la raison, c'est que les corps uférieurs doivent être soumis aux corps «tus iiarfails, comme ceux-ci doivent l'être I des intelligences, de l'aveu d'Aristote. ^^ reste, l'influence des corps célestes ne ;*exerce pas seulement par la lumière et la Jiateur, mais par des qualités occultes qui causent les mouvements des corps et même \ ivelquefois la vie des animaux, mais qui ne »<*i]vent agir sur la volonté humaine qu'inirectement, soit par les objets qui nous n lourent, soit par l'appétit sensitif, c'est- — cJire par les penchants que nous recevons, iMtis eu être esclaves, de l'influence des ^ires.
Il y a, dit saint Thomas (5 De poteni.^ 8), fi€^ autre influence des astres qu'on peut ^ >f>eler intentionnelle, comme nilumination i l'émission d'espèces visibles, qui nedé- ^nd pas du mouvement local des cieux, et es 'ils conserveront après l'extinction de ce
^75) Osas l'article t*'<le h q. 46 indiqnée plus »«•&• ttinl Tboinaspaiati dire qii*attciiii être Uni ^ po être éleriN!l; uiai» tel n'est pas le schs de , ^iirase, coiniiic le prouvent le litre qui précède I sm preuve qui suit, ^ainl Thomas veut prouver uruuve seulement cm cei eudroil que le monde «r^ft pas Héceuairement éternel, et qu*ll ae IVst
DiCTiOMif. DU Pakallêlb.
mouvement local et des changements plus considérables de la terre.
Mous iravons pas besoin de dire que, le mouvement local étant une perfection des astres, saint Thomas croyait au mouvement du soleil autour de la terre. Cette opinion s'appuyait d'ailleurs, aux yeux des scolastiques, sur quelques textes mal compris do l'Écriture sainte, parmi lesquels nous citerons les suivants : Fundanii lerram super stabilUatem suam; n<m if^linabilur in «eaculum iœculi (Ptal. cm, 5) : Orbetn immobitem (/ Parai, xvi, 30} : Terra in atemum ttat» {EccL I, k.)
Nous devons maintenant développer, au sujet de la génération et de la oorrupîion, la théorie dont la formule générale a seule été exposée plus haut.
La génération n'est pas une action distincte de l'altération; elle en est la consommation, car toute créature agit immédiate^ ment sur l'accident et non sur la substance: or le changement de l'accideut est l'altération. [De ontm., a. 12.)
La forme substantielle t comme le com-
f>osé de forme et de ioQaiièré (du nature) est e terme quo de la génération, c^est-à-dire ce qui constitue l'être engendré; la personne est le terme quU c'est-à-dire l'engendré luimême; les propriétés sont le terme secondaire.
Dans la corruption substantielle, non-seulement il ne reste aucune forme substantielle de l'ancien composé, mais il ne re.ste même aucun accident: par ex., quand un homme meurt, tous les accidents de l'homme
Eérissent et sont remplacés par d'autres semlables, mais non identiques. La quantité (étendueidu cadavre n'.est donc t)as la qu«n* tité de l'nomme vivant ; car les qualités do l'homme, étant les qualités du composé qui n'existe plus, doivent disparaître avec lui, puisque les accidents ne peuvent exister sans leur sujet d'inhérence. (1, De gener,^ lib. X.)
Lie$ accidenu mêmes qui disposent la matière au changement qui va s'opérer {Di^o^ silionei prœviœ) périssent au moment de la génération; ex. : La chaleur du bol», avant l'ignition, périt quand le bois prend la forme du feu; mais cette forme apporte avec elle des accidents qui disposent la matière à la recevoir idiipoêitiones coneomi' tantes) ; ex. : la chaleur excessive du feu. Ces accidents précèdent dune la forme m
Îfenere causœ materiatis (c*est-à-dire, la orme en dépend quant à I existence), et ils en sont l'effet in génère causœ formalis {c*es\r è-dire, elle est la source de ces acoidents). Ce que saint Thomas explique par la comparaison du vent qui entre dans une salle par une fenêtre qu'il a ouverte. L'ouverture de la
pas non plus en fait. Mais ii rarticle S de cette même queaUoDt il tâche de réhiter louies les rai^ sons qua4'on donne pour mooirtr quNan être ini ne peut pas eue éternel, ei il dit iréa-nettement que la uou éternité du monde n'est connue <|tte par la lui.
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DICTIONNAIHE DU PARALLELE.
fbDèlreprécède, tu génère eamœ malerialii^ j« souffle du venl dans la salle, puisqii'oa n*y peut sentir le vent que quand la fenêtre est ouverte; mais le souffle du vent précède in génère eausœ fortnaliê et efficieniiêf puisqu il est la cause de fouveriure de la fenêtre.
L'altération s< fait non, comme le veulent les épicuriens» par une émission substantielle de ragent dans le sujet, ni (comme Oescartes Ta dit plus tard) par une nouvelle disposition des parties du sujet au moyen des particules de Tagent : elle se fait au moyen de la production par Tagent, dans le sujet, d'une qualité semblable a celle de Tageut. C'est le s/stème d*Aristote; il offre une incompatibilité assez remarquable avec le système de Vémissionf longtemps soutenu par les pbvsiciens au sujet de la lumière, et aujourd'hui abandonné.
Quant à l'augmentation d'intensité d'une qualité existante, elle se fait, selon saint Thomas, non par l'adjonction de parties nouvelles, mais par le passage de la qualité h un mode pliis parfait. (1-2, quœst. 42, «ri. 2, ad 2.)
Dans les mélanges, les formes des éléments sont remplacées par une nouvelle forme, celle de l'être mixte, au moins s'il est mixte parfait; car il ne peut y avoir qu'une forme: or les précédentes doivent disf^raltre avec leurs accidents, d'autant plus que toute génération suppose une corruption : or le mélange parlait est une génération.
Saint Thomas suit Aristote pour les quatre éléments et leur position : il met la terre au centre, l'eau sur la terre, l'air sur l'eau, le feu sur l'air. Ces quatre éléments sont le résultat des quatre combinaisons du cbaud,dtt aec, du froid, de Thumide. Le chaud humide est l'air, le chaud sec le féu, le froid humide l'eau, le froid sec la terre. Cependant ces éléments ne sont pas la terre que nous foutons, l'air que nous respirons. Peau que nous buvons, etc., qui ne sont pas simples, mais sont altérés par divers mélanges.
Les qualités occultes ont |)0ur cause le chaud, le sec, le froid, l'humide, et pour effet une grande inlluence sur les tempéraments, les minéraux, etc.
La chaleur potentielle ou virtuelle des scolastiques rentre assez dans la chaleur latente des modernes. Ils l'expliquent par des par^ iie$ igniee. Le froid n'est pas une simple privation de chaleur ; c'est quelque chose de positif.
Les êtres non simples ou mixtes se divisent en parfaits et imparfaits ; les premiers se subdivisent en animés et inanimés; les animés sont l'animal et la plante ; les autres sont minéraux ou fossiles, ce qui comprend les métaux, les pierres, et les fossiles proprement dits. Les tempéraments son! : le bilieux (où domine le feu), le sanguin (l'air), le flegmatique (l'eau), le mélancolique (la terre). Il y en a toujours un qui l'emporte sur lesautres.(8,disl. S6,qu»st.l, art. l,ad 1.) Le mélancolique porte à la volupté; mêlé
au bilieux, il prodoit les héros. (l-Lqnan 23,art. 7, ad 1.)
Quant aux minéraux , dit saint Thoais après Aristote, la terre en fournit la mtière (comme la mère), et les astres litonK (comme le père).
Les mixtes imparfaits sont les météoras pour lesfluels saint Thomas suit enoore Aratote. Il clier che dans le psaume xvu oneciplication physique de la foudre : Àitnéi fumui in ira ejut^ et ignie a facie qui tmtit. Donc la foudre c'est la fumée qui »'élèii de la terre, et qui dans l'air sechaageiB feu.
La lune est la cause des marées; nia Thomas a connu ce fait ; mais les eipiicitions qu'il en donne ne méritent pas dêtft rapportées; ou plutôt ces explicsiions k sont que des affirmations du fait (cwuetfif motum hcaletn^ etc.). Du reste, DescarteiK faisait euère mieux, en croyant aue la iaœ presse la mer au milieu pour la faire reHaer sur les bords.
L'élément aqueux, h lui seol. al fin grand que la masse de la terre. (1, dêt li*
2uiBst. l,art.5, ad 3.) Comme Icimuo léments, il a deux mouvements, Tu qu est l'effet du ciel, et par lequel il eoire te la terre pour engendrer les plantes, baamaux, les minéraux ; l'autre qui estuliRl, et par lequel il remonte pour foroer lai fleuves.
Une dernière question est celle du omle des générations. Une chose saocesùH, comme le temps écoulé, tiue actioo pasiée, ne peut, même par la puissance de Dm.
renaître identique numériquement; car a serait à la fois le même (selon ThypolMs^i et non le même (puisque la discontinuité n interruption est aux choses successives «
Ïue la division est aux choses pennaneaia»^ n être permanent, comme rbomme,nep(a
naturellement renaître identiaae numén-
Juement, mais il le peut par la puissaacc ivine (ex., la résurrection générale), ca' l'action divine ne dépend pas du teof* (Quodiib. h, art. 5.)
Constatons enfin que saint Thomas adotf formellement l'hypothèse des sénératiùss spontanées (1, quœst. 70, art. a, adSj.Oe lu encore aans le Commentaire du Mil^'* des sentences (2, dist. 18, 2, 3, 5), que ta cieux peuvent suppléer la semence : 5sppleni vtm $emini$.
I IL -Nature de la siibsUnce corporelle, tf F^
d*individuatiott.
On a déjà pu voir par les notions de |Afsique générale , ex|M)sée8 dans les dà* pitres précédents, que saint Tbooiai h loin de considérer la matière comoM es9«> tiellement étendue. La philosophie corfu»culaire est séparée par un abîme de ttoi distinction de matière et de for$M que ee» avons déjà rencontrées! souvent, et sar^ quelle nous aurons encore à revenir.
La quantité, ou l'étendue, est oécesiatft è la matière pour que celle-ci soit i\^^^ ble (1, quœst. 50, art. 2); mais, lotlfefl'dr-
tm
THOXISMB.
mer Pessenoe, elle n*en est <]u*un aceident, accident priocipali à la vérité» et qui supporte les autres. L'essence d*un corps se compose de sa matière et de sa forme ; mais cette essence elle-même n*est qu'une puissance ou |)ossibilité par rapport à I existence. En Dieu seul, qui estrade pur, Tes* sence se confond avec Texistence. Dans les êtres finis, Tessence ne peut être réduite en acte que par la création.
Cette notion de la substance corporelle fait éviter à saint Thomas les erreurs des ofcasionnalistes. La forme substantielle des corps a une activité qui, il est vrai, s'exerce par les formes accidentelles ; car les corps ne sont perceptibles que par les accidents, leur essen(Së ne pouvant être atteinte que |Vir Tintellect. (3, quœst. 75, art. 5 , ad 2 ; Gent.t IV, il.) Mais cette activité, pour être réduite à s'exercer par les qualités occultesi n'en est pas moins réelle. Les corps agissent les uns sur les autres, non-seulement |)ar un mouvement local, mais encore |)ar déduction de la puissance à l'acte.
L'activité de la forme n'est pas la même dans les êtres animés et les êtres inanimés. Ceux-ci se meuvent par leur activité propre, mais seulement pour retrouver leur état naturel (par exemple, lorsqu'ils sont hors du centre); ceux-là peuvent se mouvoir, même quand ils sont dans leur état naturel.
Nous devons nous borner, dans ce paragraphe, à faire connaître l'opinion de saint Thomas sur certaines questions de physique
S générale, en montrant Tapplication qu*il a aite des principes énoncés plus haut. Les observations auxquelles nous nous livrons en ce moment ne sont Jonc pas des répétitions, mais des développements. 11 nous a paru nécessaire de faire précéder de cette remarque les citations suivantes, qui justifieront l'analyse que nous venons de faire de la doctrine thomiste sur la nature de la substance corporelle.
« L'indivisinle, » dit saint Thomas (i part., quaesu 8, art. â), « est de deux sortes. L'un 9$t un terme du continu^ comme le point ians ce qui est permanent, et le moment iacs ce qui est successif. L'indivisible dans le fiermanent ne peut se trouver en plusieurs larlies d*un lieu , ou en plusieurs lieux, >arce qu'il occupe une position déterminée; le même que l'indivisible dans l'action, ou e mouvement, ne peut être en plusieurs «rtiea du temps, parce qu'il occupe un rang léterminé dans le mouvement ou dans l'acion. Mais il est un autre indivisible en delors de toute espèce de continu^ et c'est dauii e sens que Dieu, l'Ame et l'ange sont indîisibies. Cette dernière espèce d'indivisible e s»*appliqtte pas au continu, comme chose ui lui appartienne, mais en tant qu'elle aiieinl par son activité. Et ainsi, selon que elle activité peut s'étendre, et que les ob- *is qu'elle atteint font plus ou moins nomreus, plus ou moins grands, l'indivisible » trouTe en un, ou en plusieurs lieux, grands u petits.»
Soiot Thomas ne voit donc pas, comme
Kant, dans Pespace, une condition de toute existence. L'être spirituel ne peut pas même être en rapport avec l'espace ; c'est par ridée de causalité que s'explique l'oroni-présence de Dieu, oui, au lieu d'être contenu par les lieux où il est, U'S contient lui même, et leur donne avec l'être la propriété de contenir: Virtuiem loeaiivam. Hais ce qu'il y a de plus remarquable dans le passage cité, c'est l'expression d'indivisible appliquée aux éléments des corps, expression qui s'accorde si bien avec l'activitéque saint Thomas reconnaît aux formes $ubitanlieUe$ des êtres purement matériels. Il est impossible de méconnaître l'affinité de l'opinion de saint Thomas avec celle que devaient développer plus tard Leibnitz et Boscovich, et qui, &ous le nom de dynamisme, devait attirer è elle tant de bons esprits. Selon saint Thomas^ les élé* ments des corps sont simples, ce qui pe les* empêche pas d'être fort différents de la substance spirituelle , puisqu'ils peuvent, comme on l'a vu, être en rapport avec )e lieu. Pour mieux comprendre la pensée du saint docteur sur ces questions ardues, empruntons encore quelques citations è la partie de la Somme où il traite de l'Eucharistie, ce mvstère chrétien qui soulève tant de problèmes ontologiques.
« L'accident peut exister sans son sujet ; c'est ce qui arrive dans le Sacrement par la pubsance divine. Car, puisqu'un effet dépend plus de sa cause première que de sa cause seconde. Dieu, qui est la cause première de la substance et de l'accident, i)eut, ftar sa puissance infinie, conserver l'existence à l'accident, après lui avoir soustrait la substance, par laquelle il était conservé en existence, comme par une cause seconde» de même qu'il peut produire les autres effets des causes naturelles sans l'intervention de ces causes, ainsi qu'il a formé un corps humain dans le sein de la Vierge sans le concours d'un homme. » (m part., qusst. 7T, art. 1.)
€ Quand l'accident reçoit de Dieu d'êtrn par lui-même (c'est-à-dire de continuer à exister après la soustraction de la substance)» il peut aussi être le sujet d'un autre accident. »(iii, quœst. T7, arU 2, ad 1.)
Les accidents, en effet, résident dans le sujet par l'intermédiaire d'un accident qui est l'étendue ou la quantité dimensive ; cette opinion, que nous avons indiquée, est développée en ces termes par saint Thomas:
« Les autres accidents résident, comme dans leur sujet, dans la quantité dimensive. En effet, 1* comme il parait aux sens, il y a là quelque eko$e qui est coloré et affecté d'autres accidents, et, en cela, les sens ne sont pas trompés; S* la première propriété de la matière est la quantité dimensive, d'où Platon fait consister les premières différences de la matière è être quelque chose de grand ou de petit. Et, comme la matière est le premier sqjet, il est conséquent ooe tous les autres aecidents se rap|iortent à ce sujet au moyen de la quantité dimensive (de même que l'on dit que la sorbce est le premier
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DICTIONNAIRK DU PARALLELE.
sujet de la couleur), et c'e.sl pour cela que quelques-uns ont vu dans les dimensions kïs substances des corps. Et comme» le sujet étant soustrait, les accidents restent selon l'être qu'ils avaient auparavant, il faut que tous les accidents restent fondés sur la quantité dimensive; 3* comme le sujet est le principe d'indivlduation des accidents, ce qui est le sujet de quelques accidents doit être» en quelque manière, un principe d'individuation ; car il est de la nature de l'individu de ne pouvoir être dans plusieurs. Cela peut arriver de deux manières: d'abord si un être n'est pas destiné à exister enqueU que choêef comme les formes immatérielles séparées, subsistant par elles-mêmes , qui sont individuelles f)ar elles-mêmes; en second lieu, si une forme substantielle ou accidentelle est destinée à être dans quelque chose, mais non en plusieurs, comme cette blancheur qui est dans ce corps. » (in part, quœst. Tlf art. 2.)
.De ces citations on peut conclure que» selon saint Thomas, retendue ou quantité dimensive n'appartient pas à l'essence des corps; elle n'est qu'un accident : donc la substance corporelle, considérée en ellemême, et abstraction faite des accidents, est înétendue« et en elle réside le principe d'activité des corps.
La dernière citation nous amène naturellement à parler de l'opinion de saint Thomas sur une question qui se rattache à celle des universauT. La recherche du principe d^ndividuation a beaucoup occupé les philosophes du m|)yen Age. I! s'agit ici, non f)las de définir ce qu'il y a de commun dans es êtres, mais ce qu'il y a de spécial dans chacun des êtres d'une même espèce. Ces deux questions sont corrélatives, quoique souvent des philoiophes, unis d'opinion sur Tune des deux, se soient divisés sur Tautre. Saint Thomas se prononce en mille endroits dé ses écrits, et sans ambiguïté, pour l'opinion qui fait de la matière le principe d'intiividiiation. Ce n'est pas, il est vrai, la matière en général, qui détermine l'individualité; c'est impossible, puisque la matière s'étend à plus d'êtres encore que la forme. En effet, on a vu que la matière est indifférente à constituer une sorte d'être plutôt qu'une autre. C'est la forme qui, en la déterminant, produit les espèces. Mais parla même que la forme constitue l'espèce, elle né peut être le principe de la distinction dans les limites de l'espèce; ce dernier rôle apliartient donc è la matière, non plusinoeterminéc (qui, loin de caractériser les individus, est commune h toutes les espèces), mais h la matière déterminée |iar la quantité dimensive. D'ailleurs, dans les limites de l'espèce, la distinction ou multiplication n'est que numérique ; or la matière déterminée peut seule se diviser en parties de même espèce. La différence de formes entre deux êtres produirait une diversité de nature, c'est-à-dire une différence spécifique. Déplus, Pacte estmultiplicable uniquement à cause de la puissance dans laqueHe il est
reçu ; cari'acte pur est essentiellement unique. Or, la jpuwance dans laquelle est reçue la forme, c est la matière. EnGo la distinction inBme (qui est la distinctionnumérique) doit provenir de ce qu'il y a d'infime oans les choses (c'est-à-dire de la matière).
Une dernière raison qui se rattache à la doctrine thomiste sur les idées, doctrine que nous exposerons bientôt, c'est que l'expérience que nous avons du mode dont saccomplit l'abstraction, suppose que la matière est le principe d'individuation. Car pour nous former l'idée générale d'une espèce d'êtres, nous dépouillons l'image sensible de toutes les conditions maiirieUes et individuantes. Nous définissons l'espèce par ce qu'il/y a en elle de formel, d'intelligible, et nous en comprenons tous les individus en un seul (M>ncept; ce qui suppose que la distinction numérique, dont nous faisons abstraction, ne vient pas de la forme que nous considérons.
Nous verrons plus loin quelles conséquences décolilent de cette doctrine, par rapport aux an^es; quanta l'flme, elleoe perd pas son individualité par sa séparatioa d'avec le corps, parce qu'elle ne cesse jamais d'être destinée à être unie à un corps.
Plusieurs écrivains ont prétendu que saint Thomas a cessé de suivre Aristote, eu donnant la matière comme principe d'individuation. Il eût été peut-être plus exact de dire qu'Aristote n'est pas, sur cette question, aussi clair que saint Thomas. Ce qui est certain, c'est que le saint docteur a cru, ici encore, se montrer disciple d'Aristote; et on n'ose guère l'accuser de s'être fait illusion en cela, quand on lit au livre xii de la Uito^ physique^ ch. 8 : « Les choses qui sont distinctes numériquement ont une matière.»
En appréciant l'opiuiondesaintThomassur le principe d'individuation, nous essayerons d'indiquer les rapports de celte question avec le grand proolèm^ des universaux.
Une dernière question, qui se rattache très-intimement à la nature de la substance corporelle, nous reste à signaler. On a vu que la substance matérielle n'est divisible que quand elle est revêtue de la quantité. Sans la quantité, elle est divisible , non actuellement, mais radicalement ou en puis^ sance. Diversitas partivunnon poteslifUeiligi in maleria sine quamUcUe. {GenL^if 65<) X^ tnota quantilatef omnis substantia remoMt indivisibilis. (i [lart., auœst. 50, art. 3.) Mais la substance matérielle, revêtue dequau* tité et soumise à la division, se divise-t-elie seulement quant à l'étendue, ou quant à elle-même? £n d*autres termes, les résultats de la division, sont-ce des parties subs* tantielles intégrales, c'est-à-dira. des parties dont chacune possède l'essence de la substance, la matière et la forme t Saint Thomas répond aHirmativement (De antm., i). « DQ<^ forme divisible, dit-il» est tout entière en chaque partie, quant à la totalité de son essence (matière et forme) ; mais quant à ses parties quantitatives, elle est tout entier» dans le tout, et partiellement dans chaque
THOUISME.